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L’Etau de Paul Greveillac. Gallimard. 💛💛💛💛

L’Etau est le troisième roman de Paul Greveillac que je lis . Après Maitres et esclaves et Art Nouveau , on sent une continuité dans l’œuvre de l’auteur.
D’abord le 20ème siècle , ensuite un sujet ancré dans la réalité de l’Histoire. Toujours un savant mélange de réel et de fiction.
Dans Maitres et esclaves qui se passe en Chine on retrouve l’idée de l’ Etau : l’oppression, le régime totalitaire, le pouvoir
Dans Art Nouveau il est question de l’architecture de la MittelEuropa entre Hongrie, Autriche et Allemagne. Ce sujet revenant dans l’Etau avec l’architecte hongrois Aldor Erkan.

Etau : Presse formée par des mâchoires qu’on rapproche à volonté, de manière à tenir solidement les objets que l’on veut travailler . Au figuré : ce qui opprime.

L’ensemble des personnages du roman de Paul Greveillac seront au prise avec cet étau.
Courant sur la totalité du 20ème siècle l’Etau est une réflexion profonde sur le jugement que l’on porte sur les évènements et les hommes et les femmes qui les vivent.
Dans les années 1990 ,Nad’a Zdrazilova est exclue de l’Université de Prague. Elle est victime d’une campagne de délation concernant son père qui aurait été complice des nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. Son père Bohus Zdrazil est devenu PDG de l’entreprise Fernak à force de travail, après avoir démarré apprenti dans l’entreprise.
Fernak est une entreprise créée en Tchécoslovaquie au début du 20ème siécle par deux doux dingues : Viktor Forman et Viktor Jelinek.
Leur rêve : traverser l’Atlantique à bord de leur avion , leur bébé : L’Alkonost.
Au delà du rêve Fernak produit des avions et des voitures et devient le fleuron industriel de la Tchécoslovaquie.
Les années 30 arrivent tout comme l’annexion de la Bohème Moravie par l’Allemagne hitlérienne.
Fernak passe sous la coupe de Reinhard Heydrich , redouté et zélé nazi alorq que Bohus Zdrazil en est devenu PDG.
L’usine est réquisitionnée pour participer à l’effort de guerre en fabricant avions et chars.
Bohus Zdrazil est dans l’Etau : collaboration, résistance , résistance passive ?

C’est le centre du roman de Paul Greveillac.
Cette époque terrible ne peut être résumé à des jugements manichéens , nommant les bons et les méchants.
comment se permettre de juger 50 ans après ?
Pire : comment est il possible de juger des enfants pour ce qu’aurait éventuellement fait le père ? Quelle responsabilité des enfants sur le parcours des parents ?
Et que dire de cette ville-usine où les machines jouxtent les baraquements des ouvriers-prisonniers, sur le chemin de fours crématoires.
Pendant ce temps là de petits SS font main basse sur les œuvres d’art et trafiquent.
Terribles abymes. Que reste -il du destin de Bohus Zdrazil pris dans l’étau ?
Que découvrira Nad’a ?
Un roman, puissant, brutal, profond au service d’un monde non binaire.

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Paul Greveillac étudie les lettres et les sciences politiques1.

Il reçoit le prix Roger-Nimier ainsi que la Bourse de la Découverte de la Fondation Prince Pierre de Monaco pour son premier roman, Les Âmes rouges, dont l’histoire se déroule au temps de l’Union soviétique. Le personnage principal est un censeur, amoureux de cinéma et de littérature. Les Âmes rouges est également remarqué par l’académie Goncourt, qui le fait figurer sur sa liste de lecture pour l’été 2016 [archive].

En janvier 2017 est parue, dans La Nouvelle Revue françaiseLa Narvanouvelle inspirée par le Juste Uku Masing (en).

Le récit Cadence secrète. La vie invisible d’Alfred Schnittke est paru en avril 20172. Cette biographie romancée du compositeur Alfred Schnittke reçoit le prix Pelléas en avril 2018, bien qu’étant parue un an plus tôt3.

Son deuxième roman, Maîtres et Esclaves, est paru en août 20184. On y suit le parcours mouvementé d’un paysan du Sichuan qui devient, au plus fort de la Révolution culturelle chinoise, un grand peintre de propagande. Maîtres et Esclaves figure sur les dernières listes du prix Goncourt5, du Prix Interallié6, du prix Jean-Giono7, et du Prix des Deux Magots 20198. Il remporte le Prix Jean-Giono 2018. Il se voit également attribuer en 2018 le Prix de soutien à la création littéraire de la Fondation Del Duca9.

Son troisième roman, Art nouveau, est paru en août 202010,11,12,13. Le roman retrace la naissance de l’art nouveau hongrois à travers Lajos Ligeti, un architecte fictif juif, originaire de Vienne, qui tente de développer son cabinet à Budapest. L’Autriche-Hongrie, en proie aux nationalismes, à l’antisémitisme, moribonde sans le savoir, vit alors ses dernières années. Avec ce roman, Paul Greveillac se propose aussi, selon ses propres mots, de montrer que « l’Europe d’avant la première guerre mondiale ressemble beaucoup (…) à notre époque contemporaine »14Art nouveau est pré-sélectionné pour le Prix du livre européen 202115. En septembre 2021, le roman remporte le prix du Salon du livre de Chaumont16.

L’Étau est paru en mars 202217. Le roman se situe à la fois pendant la deuxième guerre mondiale et dans les années 2000. Deux protagonistes y subissent l’héritage de leur père, chef d’entreprise pragois accusé d’avoir collaboré avec Reinhard Heydrich et les nazis18,19.

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Les Flammes de pierre de Jean Christophe Rufin. Gallimard. 💛💛💛💛

Jean Christophe Rufin a plus d’un tour littéraire dans son sac. Voici un académicien bien éclectique.
Eclectique comme ces différents métiers ou passions : Médecin, diplomate, écrivain, alpiniste.
On sait que Jean Christophe Rufin vit partiellement à Saint Nicolas de Véroce au pied du Mont Blanc. On sait qu’il entretient une belle amitié montagnarde avec Sylvain Tesson.
Mais de la à nous partager sa passion de la montagne , il y a un pas.
Et ce pas est franchi de façon magistrale.
Quel plaisir de retrouver dans Les flammes de pierre , un peu de Frison-Roche, Rebuffat ou encore Samivel.
Quel plaisir que ce respect et cette humilité devant l’Alpe, devant la montagne.
J’ai lu sur quelques critiques de Babelio que certains d’entre vous n’aviez pas été convaincu et que le livre n’était qu’une bluette entre Rémy et Laure.
Je ne suis évidemment pas de cet avis.
Remy et Laure sont des archétypes d’une relation à la montagne.
Ce roman est une ode à la montagne. Remy et Laure ne sont que des protagonistes qui mettent en valeur la montagne.
Vivant à la montagne je suis peut être plus touché par ce que représente la montagne.
C’est ce que j’ai ressenti dans ce roman. La montagne est un révélateur de nos capacités , de nos failles , de notre ailleurs, de la mort.
La montagne est un cœur qui bat qui accueille les hommes en quête d’authenticité.
Authenticité qui amènera Laure au refuge de la Charpoua et Rémy a délaissé la frime des vêtements fluo et des lunettes haut de gamme.
Authenticité qui fera que chacun ira sur le chemin de l’autre avant de se lover en montagne.

 » Rien ne s’opposait à cette vie des lieux privés de vie. La montagne était telle qu’en elle-même, depuis toujours et à jamais. Seul dans cette tourmente, un minuscule cube de bois, qu’éclairaient à peine des bougies tremblantes, veillait. En lui, deux cœurs, livrés à l’amour et à la contemplation des éléments, étaient les témoins de ces colères surnaturelles.
Nul n’aurait pu dire ce qu’ils faisaient là ni pourquoi la montagne leur apportait tant de bonheur  » ( page 342 )

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Jean-Christophe Rufin, né le 28 juin 19521 à Bourges dans le Cher, est un médecinécrivain et diplomate français.

Il a été élu en 2008 à l’Académie française, dont il devient alors le plus jeune membre. Ancien président d’Action contre la faim de 2002 à 2006, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

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En Juin 2022, l’Aiguille Verte , les Drus, Les Flammes de Pierre. Photo Alain Deroubaix

Le Grand Monde de Pierre Lemaitre. Calmann Levy. 💛💛💛💛

C’est toujours avec un plaisir certain que l’on ouvre un livre de Pierre Lemaitre et Le Grand Monde ne déroge pas à cette règle. Après la trilogie Les enfants du désastre qui a couvert la France de 1914 à l’Exode de1940 , nous nous trouvons devant une nouvelle trilogie commençant en 1948 à Beyrouth, au cœur de la famille Pelletier.
Tout commence par un pèlerinage annuel fêtant l’entreprise de savonnerie Pelletier dont Louis et Angèle sont les propriétaires. Ce pèlerinage est sacré et les quatre enfants se doivent d’être présent , quitte à ce que jean le patriarche paye le voyage à certains de ses enfants vivant en France.
Ces enfants sont au nombre de 4 : Jean dit Bouboule, François, Etienne et Hélène.
Jean est marié à Geneviève.
Comme à son habitude Pierre Lemaitre a le chic pour nous faire entrer de plein pied dans une famille et de nous faire découvrir peu à peu les failles de chacune et chacun.
Je resterai volontairement évasif sur les événements du livre car c’est un plaisir de s’immerger par soi même dans les affres et espoirs de la famille Pelletier.
La quatrième de couverture est restée elle même évasive et énigmatique .
Néanmoins quelques jalons pour vous mettre l’eau à la bouche.:
Avec Pierre Lemaitre il y a toujours quelques meurtres , du popu et de la bourgeoisie, et puis un scandale.
Dans la trilogie Les enfants du désastre, le scandale portait sur la construction des Monuments aux morts après la Première guerre mondiale.
Dans Le grand Monde il s’agit du Scandale des Piastres en Indochine entre 1948 et 1954.
Avec Pierre Lemaitre il y a toujours de l’amour mais aussi beaucoup de coups fourrés.
Avec Pierre Lemaitre la lecture est toujours addictive et jubilatoire.
Jubilatoire quand au détour d’une page le lien prend forme avec Les enfants du désastre mais Chut ! A vous de découvrir.

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Pierre Lemaitre passe sa jeunesse entre Aubervilliers et Drancy auprès de parents employés1, qu’il situe politiquement « à gauche »2,3.

Psychologue de formation et autodidacte en littérature4, il effectue une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d’enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires.

Il se consacre ensuite à l’écriture en tant que romancier et scénariste, vivant de sa plume à partir de 20061. Il assure chaque mois la rubrique Classiques et Cie dans Le Magazine littéraire jusqu’au changement de nom de ce magazine. De 2011 à 2013, il est administrateur de la Société des gens de lettres5.

Boro, Est-Ouest de Franck & Vautrin. Fayard Grasset. 💛💛💛

Boro nous avait quitté il y a 12 ans alors qu’il participait à la naissance de l’État d’Israël. 12 ans d’absence et le voilà de retour.
En 12 ans le monde a changé tout comme Boro qui tête haute à passé la cinquantaine.
Le monde litteraire de Boro a changé aussi. Les sept premières aventures de Boro reporter photographe ont été écrites à quatre mains : celles de Jean Vautrin et de Dan Franck.
Malheureusement Jean Vautrin s’en est allé rejoindre un paradis littéraire et laissé seul, Dan Franck pour reprendre les aventures.
D’ailleurs celui- ci fait part de son Vautrin blues au début de l’ouvrage en quelques pages émouvantes.
Pour le lecteur il va de soi que la lecture de ce nouvel opus est différent du fait de sa construction linéaire.
Nous avions l’habitude  » d’un toi – à moi  » d’un chapitre à l’autre entre Franck & Vautrin. Nous n’avons plus ce plaisir ludique.
Reste une aventure de Boro tout aussi convaincante que les précédentes.
Boro arpente avec son Leica les différents endroits chauds du globe.
Nous le retrouvons donc en Argentine où une photo prise pourrait permettre l’arrestation d’un haut dignitaire nazi. Nous sommes au début des années 60. Années marquées par la guerre d’Algérie, la construction du mur de Berlin ,la guerre Froide et le rideau de fer.
Boro sera confronté à tous ces dangers auxquels il prendra part.
Comment sauver une jeune pianiste allemande bientôt prise au piège de ka RDA et du Mur.
Nous retrouverons l’agence Alpha Press, la bande des Hongrois et Marika sa cousine à l’amour dévastateur.
Boro veillit bien et appareil en bandoulière, stick au vent, celui- ci reste d’un magnétisme absolu pour les femmes.
Un joli moment d’aventure dans ces années 1960 marquées par les barbelés de la guerre froide et le début de la décolonisation.
La fin de l’aventure fait espérer un prochain tome.
La préface de Dan Franck laisse entrevoir un nouvel écrivain pour la suite.
Tout est possible avec ce Boro
Attendons sereinement.

De la trempe d’un Robert Capa, Blèmia Borowicz dit « Boro » est un juif hongrois bien décidé à se faire une place au sein de l’univers du reportage photographique dans le Paris des années 1930. Les hasards de l’existence et un culot hors du commun vont finalement l’amener à parcourir la planète tout entière muni de sa canne et de son Leica.

Son destin, qui ne cesse de croiser celui des personnalités les plus célèbres de son temps, serait-il d’ores et déjà tracé ? C’est en tout cas ce que laisse entendre la prophétie délivrée par trois mystérieuses gitanes un soir de novembre 1931 :

« Même si tu es malheureux, tu ne seras jamais à plaindre. Si l’amour vient à passer, saisis-le, mais prends bien garde à ne pas t’endormir au rendez-vous de l’Histoire […]. Plus tard, tu seras l’œil qui surveille le monde. Tu iras regarder les hommes jusqu’au fond de leur nuit. Méfie-toi alors de ne pas mourir d’une balle en plein front […]. En vieillissant tu choisiras tes chemins. Ils te feront sillonner le monde et tu approcheras les grands de ton époque. Mais défie-toi de vouloir gouverner : tu irais à ta perte. »

La Maligredi de Gioacchino Criaco. Métailié💛💛💛💛

Voici un roman emplit de soleil,de vent, de garrigue, de pierre, de tragique et de destinée humaine. Gioacchino Criaco connaît bien cette région car il s’agit de la sienne : La Calabre.
L’Italie du Sud pauvre et écrasée de soleil.
Nous sommes à Africo, en bordure de mer et au pied de l’Aspromonte. le bleu de la mer Ionienne répond à la pierre éclatante de lumière. le vent codifié la vie.  » le vent ne détruit pas la vie, il la déplace seulement d’un lieu à l’autre « . Et ce vent est zéphyr, libeccio ou bruschiu
Un danger d’éboulement à fait que l’État ( les autorités) à déporté les habitants d’Africo sur la côte malsaine et marécageuse.
C’est un jeune garçon, au début du roman qui va nous raconter son village. Un village abandonné, pauvre où les trains ne s’arrêtent pas. Ils ralentissent juste pour que les collégiens puissent les prendre au vol.
Ce jeune garçon s’appelle Nicolino. Il vit avec sa mère et sa fratrie dans une  » rughe »: 2 bâtiments dessinant deux fers à cheval carré, sabot contre sabot : seize logements pour seize familles qu’elles soient d’une personne ou de dix – chaque logement avait deux pièces, une petite cuisine et une toilette. ( page 24)
Dans ses rughes il y a peu d’hommes, car ils ont émigrés pour l’Allemagne afin de trouver un emploi.
Ce sont les mères qui gèrent le village.
Nicolino à deux grands copains Antonio et Filippo avec lesquels il fait les 400 coups.
Nous allons suivre l’adolescence et le début de la vie d’adulte de ces trois copains. Une adolescence entre fêtes, rites religieux, solidarité, désagrégation sociale, le tout chapeauté par les mafias qui sont à l’affût.
Gioacchino Criaco implante son roman dans la deuxième partie du 20ème siècle. Des petites touches, des événements permettent de situer les années, mais sans plus.
Là n’est pas l’essentiel.
L’essentiel est dans ce creuset calabrais où la lutte des classes, les mafias régissent la vie de chacun.
Cela sent bon le cinéma italien des années 1970 -1990,le cinéma des Frères Taviani, le cinéma engagé d’Ettore Scola et Luigi Comencini.
La Maligredi est un roman social, une épopée entre mythe et tragédie. Les côtes calabraises bordées de la Mer Ionienne reçoivent toujours les embruns mythologiques grecs.
A la fin de cette lecture il me reste des bruits de trains, des bruits de luttes sociales, des bruits de pistolets mais aussi le bêtement des brebis et le ressac de la mer.
Il me reste les odeurs de fausse sauce, de pâtes aux pommes de terre, de cyste de garrigue et surtout l’odeur du jasmin que ramassait les mammas. Une odeur douce et suave à l’exact opposé de ce travail ingrat que le ramassage du jasmin.
Un livre remarquable .
Il existe toujours des lieux de lutte, de souffrance de tragédie , mais aussi des lieux d’espoirs où le vent soufflent sans se lasser.

Il naît à Africo dans la région de la Calabre en 1965. Il étudie le droit à Bologne et exerce comme avocat à Milan pendant une vingtaine d’années, avant de revenir s’installer à Africo dans le but de devenir écrivain.
Il publie en 2008 un premier roman policier Les Âmes noires (it) (Anime nere). L’art dont il fait preuve pour décrire la beauté et la noirceur de sa Calabre natale et la manière dont il décrit les turpitudes et les méfaits de la mafia calabraise lui vaut de recevoir pour ce premier roman un excellent accueil critique en Italie. Après cette première réussie, Criaco poursuit sa carrière de romancier, signant également des nouvelles et des articles pour la presse italienne. Il écrit notamment les romans policiers American taste (American Taste) et La Soie et le Fusil (Il Saltozoppo).
En 2014, le réalisateur Francesco Munzi adapte le roman Les Âmes noires au cinéma sous le même titre éponyme. Comme le livre, le film est un succès. Il est sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise 2014, où il est lauréat du prix Pasinetti, et remporte aussi neuf David di Donatello et trois Ruban d’Argent en Italie.
Son frère, Pietro Criaco (it), est un mafieux italien, membre de la ‘Ndrangheta de la famille Cordi.

Les chiens de Pasvik d’Olivier Truc. Métailié Noir. 💛💛

Les chiens de Pasvik est la quatrième enquête de la police des rennes. Depuis 2012 Olivier Truc nous emmène dans le Grand Nord auprès de la police des rennes.
Dans cette aventure nous retrouvons Klemet à Kirkenes au nord de la Norvège aux confins des frontières norvégiennes, finlandaises et russes.
Des frontières , mais à quoi peuvent elles servir pour des rennes dont le territoire est sans frontières.
Des rennes de Piera traversent la frontière est se retrouvent en Russie.
C’est l’incident qui met en branle les gardes frontières , le FSB, la police des rennes et les chiens de Pasvik.
Ce branle bas de combat mettra à jour les trafics mafieux, les douaniers véreux ou encore les éleveurs nostalgiques de leurs traditions sami.
Là se trouve la limite de ce polar nordique : beaucoup de personnages, beaucoup de problèmes superposés.
L’intrication de ces bouts de territoires dépeint sur le roman.
Dans ce blanc nordique , on n’a du mal à savoir si l’on est en Norvège en Finlande ou en Russie.
Pareil pour l’intrigue qui s’étale tel le manteau neigeux. Beaucoup de langueur comme si Olivier Truc avait du mal a faire exister ces personnages.
Il faut attendre au moins 200 pages pour être happé par l’ histoire et puis cela retombe.
Foutu Grand Nord, pas de jour pas de nuit, lumières blanches et brumes.
Idem pour Les Chiens de Pasvik.

Olivier Truc est journaliste depuis 1986, il vit à Stockholm depuis 1994. Où il a été le correspondant du Monde et du Point, après avoir travaillé à Libération.
Spécialiste des pays baltes, il est aussi documentariste pour la radio et la télévision. Il est l’auteur de la biographie d’un rescapé français du goulag, L’Imposteur (Calmann-Levy).
Le 13 septembre 2012 est paru « Le dernier Lapon » aux éditions Métailié. Dans une atmosphère à la « Fargo », au milieu d’un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l’hypermodernité et de la tradition d’un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.

Le temps des grêlons d’Olivier Mak-Bouchard. Le Tripode . 💛💛💛💛

Première incursion dans le monde créatif et original d’Olivier Mak-Bouchard.
De l’enfance style guerre des boutons en Provence de la dystopie et un peu de science fiction.
Mais avant cela il faut parler du livre que l’on a entre les mains. Comme souvent avec le Tripode les couvertures de livres sont magnifiques ( pour rappel le paquebot d’Etoiles vagabondes ).
Et il n’y a pas que la couverture ! La deuxième de couverture nous met l’eau à la bouche : des photos sépia avec Arthur Rimbaud , un rappel de Kodak et des caméras Kwanon.
Quand à la troisième de couverture elle détaille le titre des quarante neufs chapitres autour des photons, des grêlons et des frelons.
et puis deux lignes pour dire que l’édition est enrichie d’une note de l’éditeur, d’une postface de l’écrivain d’un achevé d’imprimer de l’auteur.
Surtout lisez tout jusqu’au bout !
Donc je résume , la Provence , un enfant narrateur , Arthur Rimbaud , des photons ,des grêlons, des frelons …. Ainsi font font.
Et oui ainsi font font car on peut croire être entre conte et réalité.
Cet enfant narrateur a un univers étrange fait de candeur , de simplicité voire simplet.
il vit avec Maman, il a copain bègue donc Jean-Jean et un amour secret et impossible Gwendo.
Il boit du Banania et de la soupe Floraline.
Il a un chauffeur de bus : Bateau Ivre
Il avait un papa et un chat qui s’appelait Kodak. Normal le papa avait un magasin de photo!
La photo , voila la dystopie.
Brutalement sur les photos faites par les smartphones, les appareils numériques les humains n’apparaissent plus. Même à la télévision le présentateur du journal du soir est invisible.
et cela ne suffit pas voilà qu’arrive le temps des grêlons. le nuage numérique est saturé et il recrache des grêlons chronologiquement depuis l’invention de la photo. Tous les humains photographiés depuis les Frères Lumière et Daguerre.
Le monde se couvre de grêlons.
Olivier Mak-Bouchard nous emporte avec lui dans ce monde poétique et grave où l’on ressent les dérives de notre monde contemporain.
Et quoi de mieux qu’un regard d’enfant face aux dérèglements. il garde tout son pouvoir d’illumination.
Allez faire un détour par la Provence d’Olivier Mak-Bouchard et n’oubliez pas :
 » Lorsque tu fais une photo, tu la prends deux fois: une fois avec ton appareil, et encore une fois avec tes yeux.Tu cliques, tu clignes. Et puis tu gardera celle qui te semblera la plus réussie « 

Notre otage à Acapulco de Jean-Christophe Rufin. Flammarion. 💛💛💛

Notre otage à Acapulco de Jean-Christophe Rufin est la cinquième aventure du Consul Aurel Timescu.
Après avoir écumé la Guinée, le Mozambique, l’Azerbaïdjan et une principauté d’opérette , le voici au Mexique.
Voilà une destination qui sied mieux à notre cher consul.
Sa virée chez La princesse au petit moi m’avait laissé sur une impression très mitigée.
De passage au Mexique nous retrouvons notre consul tel que nous l’aimons. Toujours décalé vestimentairement, toujours à ne rien faire mais touche à tout tout de même !
Mexique oblige, Aurel laisse tomber le Tokay pour la Téquila et le Margarita. Ce n’est pas un mauvais choix !
Par contre son amour du piano bar ou du piano jazz est toujours là et il va pouvoir nous susurrer quelques roucoulades.
Comme vous devez l’imaginer, j’ai apprécié ce cinquième tome des aventures d’Aurel Timescu.
Jean-Christophe Rufin est revenu aux bases de sa série et cela lui va bien.
Une jeune femme , fille de ministre a disparu au Mexique vers Cancun.
On envoie Aurel au Mexique afin qu’il ne fasse rien . Mais au moins pour la diplomatie française on a pris en compte cette disparition.
Aurel va s’installer à Acapulco.
Acapulco : la baie ,le soleil, James Bond et encore la nostalgie de l’époque des stars d’Hollywood qui faisait vivre la baie
Acapulco 2022 : la drogue , les cartels , la misère , les gangs , la violence, la mort.
C’est dans ce décor qu’Aurel va vivre une rencontre improbable dans sa nostalgie du jazz, du cinéma des années 1950.
C’est dans ce décor qu’Aurel va être confronté à la violence mortifère des cartels mexicains.
Sous couvert du rêve d’Acapulco Jean-Christophe Rufin nous entraîne dans les arcanes d’une réalité mexicaine : un pays complétement gangréné par la violence où la mort est toujours présente , que ce soit par les traditions ou par la brutalité des différents parrains.
Le Tokay est un vin doux qui ne convenait pas . la Téquila est plus raide et a toute sa place ici.
Reste le soleil couchant sur la baie d’Acapulco , une chanson de Sinatra….
La nostalgie a la vie dure.

Toute une expédition de Franzobel. Flammarion. 💛💛

Effectivement c’est Toute une expédition que la lecture du roman de l’ écrivain autrichien Franzobel.
Dans ce récit-roman de 542 pages Franzobel nous raconte une tranche de l’histoire « conquérante » de l’Espagne dans le Nouveau Monde en 1540.
Cette tranche d’histoire met en avant l’expédition de Ferdinand Desoto de la Floride au Mississipi.
Ferdinand Desoto est un conquistador espagnol . Avant cette expédition il a participé aux expéditions de Cortes au Mexique et de Pizzaro au Pérou.
Le récit-roman de Franzobel s’appuie sur l’histoire , une documentation très importante pour nous conter cette expédition picaresque.
Ce coté picaresque voulu par Franzobel rend la lecture de ce roman ardu et interroge sur les moments de récits et de fiction.
Tout au long de la lecture , viens à l’esprit le récit de Don Quichotte.
Cela est encore plus flagrant quand au détour d’une page, Franzobel nous apprend que l’un de ces personnages, Elias Plim, pourrait dans l’avenir être Cervantes… ( sauf que les époques ne correspondent pas )
J’ai trouvé d’autres liens plus contemporains. Ce conquistador espagnol me semble proche d’Aguirre ou encore de Fitscarraldo, les personnages décadents du cinéastes Werner Herzog. Ces personnages lançaient dans des aventures extravagantes et vouéss à l’échec.
Desoto est du même acabit.
Son expédition de 800 personnes , 200 chevaux et de multitude de cochons, chèvres et poules, va rechercher l’Eldorado et le passage Sud des Indes Occidentales vers la Chine.
Cette expédition va aller d’échec en échec , de massacres d’Indiens en Massacres d’Indiens, de maladies en pandémies.
Les indiens , ce peuple premier, que les conquistadors veulent détruire.
A travers son écriture Franzobel fait de son livre une satire morale , provocatrice ,devant tendre à la réhabilitation des amérindiens.
Pour cela l’auteur dédie quelques chapitres autour de la propriété des terres indiennes et fait des allées retours entre 1540 et notre époque.
Malheureusement ces chapitres se diluent dans l’expédition . Au point de réapparaitre de façon très étonnante à la fin du livre.
Je n’ai donc pas trop accroché à cette expédition, ou l’acerbe se mêle au ridicule.
Expédition rocambolesque et interminable dont j’attendais la fin avec impatience
Je reconnais à cette lecture d’avoir découvert un pan de l’histoire des conquistadors et de savoir maintenant que Desoto a découvert le Mississippi et que les chevaux espagnols sont les ancêtres des chevaux Mustang.

Franzobel (pseudonyme pour Franz Stefan Griebl1), né le 1er mars 1967 (55 ans) à VöcklabruckHaute-Autriche, est un écrivain autrichien.

Franzobel, de son vrai nom Franz Stefan Griebl, est l’un des écrivains les plus populaires et controversés d’Autriche.

Il est diplômé en génie mécanique de Höhere Technische Lehranstalt et a étudié la langue et la littérature allemandes de 1986 à 1994 à Vienne.

Pendant ses études il travailla au Burgtheater de Vienne. Depuis 1989 Franzobel se consacre à l’écriture.

Dramaturge, poète et plasticien, il est l’auteur de la pièce « Kafka, comédie » (« Kafka. Eine Komödie », 1997) publiée aux Solitaires intempestifs.

Couronné du prix Nicolas Born 2017, son roman sur le naufrage de La Méduse, « À ce point de folie » (« Das Floß der Medusa », 2017), fut l’un des trois derniers ouvrages en lice pour le Deutscher Buchpreis (Prix du livre allemand) 2017.

Colonne d’Adrien Bosc. Stock. 💛💛💛

Colonne est le troisième tome d’une trilogie commencé avec Constellation et poursuivie avec Capitaine..
La mécanique mise en place par Adrien Bosc est la même pour ces trois tomes.
Un événement historique ou accidentel dans lesquels sont plongés des personnes connues, sportives, militaires ou culturelles.
Constellation nous emmenait aux Açores où s’est écrasé l’avion qui transportait Marcel Cerdan.
Capitaine nous entrainait avec le CapitainePaul-Lemerle en 1941 le long des côtes méditerranéennes avec les réprouvés de Vichy, des juifs, des exilés et des apatrides et des intellectuels. Parmi eux André Breton et Claude Lévi Strauss.
Colonne se situe en 1936 pendant la guerre civile d’Espagne. Nous suivons la colonne Durutti à laquelle s’est jointe Simone Weil.
Simone Weil , philosophe, a passé 45 jours auprès de la colonne Durutti. Blessée , elle du être rapatrié en France.
Adrien Bosc met le focus sur un courrier que Simone Weil a transmis à Georges Bernanos et sur les atrocités quelque soit les victimes , phalangistes, fascistes, anarchistes et républicains.
Je suis resté sur ma faim durant ma lecture , malgré la belle écriture d’Adrien Bosc.
Adrien Bosc, lors de différents interviews a toujours dit que ce qu’il avait intéressé dans le parcours de Simone Weil, c’est le point de bascule qu’elle a connu durant ces 45 jours dans une communauté de destin.
Ce point de bascule prenant comme origine qu’une guerre n’est pas juste et que chacun renie des idéaux pour laisser place à une violence intolérable .
C’est le choix d’Adrien Bosc que de partir de ce point de bascule.
Pourtant quand Simone Weil en 1937 va à Assise elle est bouleversée et se rapproche du christianisme. Elle dira : , j’ai soudain la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves .
Ces esclaves qu’elle rencontrait et défendait au plus prés du monde ouvrier , ou au plus prés de cette colonne Durutti , colonne internationale.
J’aurais aimé qu’Adrien Bosc mette en perspective ces deux visions qu’avaient Simone Weil :.
: « le malheur des autres est entré dans ma chair et dans mon âme »
Simone Weil.

Né d’un père architecte, Adrien Bosc a cinq frères et sœurs1. Son frère aîné, David Bosc, est romancier et éditeur. Après un baccalauréat littéraire au lycée Mistral d’Avignon, il suit une classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Condorcet à Paris mais échoue au concours de l’École normale supérieure2. Il rejoint l’université de la Sorbonne où il obtient un master de lettres1.
« Jeune homme pressé »3, il est embauché par Philippe Tesson à la revue L’Avant-scène. En 2011, il crée les Éditions du sous-sol, avec l’appui de Pierre BergéVictor RobertGérard Berréby et Olivier Diaz. Il y crée deux revues, Feuilleton et Desports, et revend la société aux Éditions du Seuil3. En 2016, il est nommé directeur adjoint de l’édition des éditions du Seuil4. En 2018, il est nommé directeur général des Éditions Points5