Buveurs de vent de Franck Bouysse. Albin Michel. 💛💛💛💛

Buveurs de vent par Bouysse

Imaginez vous surplombant le Gour Noir. Une vallée encaissée traversé par un viaduc. Plus bas dans la vallée, une petite ville et son énorme usine électrique.  Une usine électrique qui tisse sa toile et phagocite tout.
Il y a eu la guerre quelques années plutôt.
L’imagination court. Pleins de lieux viennent Ă  l’esprit.  Tous plus noirs les uns que les autres.
Qui n’a pas en tĂŞte les vallĂ©es encaissĂ©es des Vosges,du Massif Central, des Alpes ou des PyrĂ©nĂ©es. Ces vallĂ©es sombres dans lesquelles le bĂ©ton des barrages ou des usines Ă©lectriques  teinte de gris le paysage.
Nous sommes dans l’univers qu’ Ă  installé Franck Bouysse. Et l’univers, on le sent bien il est bien prĂ©gnant. Reste maintenant Ă  faire vivre les personnages. Une belle brochette !
D’abord, Joyce le tyran. Il dirige l’usine et en vĂ©ritĂ© la totalitĂ© de la vallĂ©e.  Tout lui appartient. Jusqu’Ă  la ville dont les noms de rue ne sont qu’une dĂ©clinaison de son patronyme : Joyce Principale, Joyce 1, Joyce 5 etc…
Pour ĂŞtre un bon tyran il faut des sbires. Joyce Ă  ce qu’il faut et la panoplie est rĂ©jouissante et inquietante : Double et Snake pour les basses oeuvres , Lynch pour maintenir l’ordre ou encore Salles et Renoir.
Le western n’est pas loin. Il manque une famille. La voila: le grand père Elie, pipe au bec et estropiĂ©. Il vit chez ses enfants: Martha sa fille et son gendre Martin. Martha est confite dans sa bigoterie alors que Martin travaille Ă  l’usine , boit quelques bières au bar l’amiral et bat ses enfants.
Il en a quatre . Bigoterie obligé Martha à souhaitait leur donner le prénom des quatre évangélistes : Marc, Mathieu, Luc et Jean.  Jean est une fille appelé par son grand père Mabel
Marc est battu par son père car il a une passion pour les livres. Mathieu ne pense qu’Ă  la nature et parle aux arbres. Luc est dans son monde, enfant tragique recherchant des trĂ©sors et protĂ©geant les animaux. Mabel a la beautĂ© sauvage de la femme.
Ces quatre là forme une fratrie unie. Leur signe : quatre cordes accrochées sous le viaduc. Quatre cordes dans le vide.
Tout est en place pour le destin tragique de cette vallĂ©e entre soumission   et promesse d’insoumission.
La violence et la cruautĂ© du tyran va rĂ©vĂ©ler chaque personnage. Que ce soit positivement ou nĂ©gativement. Chacun va devoir prendre position pour allĂ©ger cette soumission. Devient on insoumis seul ? A partir d’un Ă©lĂ©ment  et d’un groupe ensuite, peut on envisager une solidaritĂ© et un peuple.
L’histoire est noire et pour retrouver la lumière le chemin est long.
C’est un livre magnĂ©tique et magnifique. La force de la langue de Franck Bouysse est Ă  l’unisson de cet univers noir, Ă©lectrique et bĂ©tonnĂ©.  C’est sauvage !
Et comme Marc, Mathieu,Luc et Mabel nous sommes Buveurs de Vent.

La famille Martin de David Foenkinos. Gallimard . 💛💛

La famille Martin par Foenkinos

Je reste perplexe, voire très perplexe devant le dernier roman de David Foenkinos La Famille Martin.
L’idĂ©e de base paraissait ĂŞtre une bonne idĂ©e : Faire d’une personne prise au hasard dans la rue un personnage de roman.
Malheureusement c’est une bonne idĂ©e  qui tout au long du roman devient une mauvaise idĂ©e.
L’exercice de style est vain et se perd dans une grande superficialitĂ©.
Comme si David Foenkinos était pris dans les filets de son idée de base.
A aucun moment ces personnes sensĂ©es rĂ©elles deviennent des personnages de fiction. A aucun moment nous n’avons un intĂ©rĂŞt,  une empathie pour la famille Martin.
Je suis resté assez hermétique aux problèmes de la famille Martin et je suis resté stupéfait devant la facilité à  se faire offrir un billet AR pour Los Angeles  par le narrateur.
D’habitude David Foenkinos, par sa facilitĂ© d’Ă©criture  et une certaine dĂ©sinvolture  ( La DĂ©licatesse  – Les Souvenirs – Je vais mieux ) donnait une atmosphère Ă©lĂ©gante , raffinĂ©e et vĂ©ridique à  ses romans.
Dans La Famille Martin, beaucoup de choses sonnent faux.
Les situations sont peu crédibles.
L’exercice de style à  ses limites.

La Fièvre de Sébastien Spitzer. Albin Michel . 💛💛💛💛

La Fièvre par Spitzer

La Fièvre est le troisième roman de SĂ©bastien Spitzer. Comme dans ses deux romans prĂ©cĂ©dents SĂ©bastien Spitzer part d’un fait historique pour ancrer son roman .
Dans Ces rĂŞves qu’on piĂ©tine il s’agissait de la chute du Troisième Reich et de Martha Goebbels
Dans le Coeur Battant du monde nous étions  à Londres dans les années 1850 autour de Marx et de son fils
Dans La Fièvre nous sommes Ă  Memphis Tenessee en 1878 alors qu’une Ă©pidĂ©mie se dĂ©clare avec Anne Cook tenancière de bordel, Keathing journaliste proche du Ku Klux Plan et RaphaĂ«l T . Brown ancien esclave. Trois personnages ayant rĂ©ellement existĂ©s.
C’est la force de SĂ©bastien Spitzer.  Quelque soit le roman, sa capacitĂ© Ă  lier histoire et fiction est au rendez vous. Tous ces personnages , rĂ©els ou fictifs ont une profondeur, une psychologie une humanitĂ©.  HumanitĂ© s’Ă©ntendant positivement ou nĂ©gativement.
Par un raccourci temporel Ă©tonnant,  le roman nous parle d’une Ă©pidĂ©mie de Fièvre jaune et nous entendons aussi pandĂ©mie de Coronavirus et crise sanitaire. Quand la fiction et le rĂ©el se tĂ©lescopent Ă  150 ans d’Ă©cart.
Mais revenons à  Memphis en juillet 1878 au bord du Mississippi.  Tout est en place pour que des hommes et des femmes ancrĂ©s dans leurs certitudes soient confrontĂ©s Ă  l’Ă©pidĂ©mie,  la peur, la mort.
Ces certitudes qui voleront en Ă©clats  et qui feront de certains des hĂ©ros et d’autres des lâches.  HĂ©ros ou lâches insoupçonnĂ©s.
SĂ©bastien Spitzer sonde comme toujours l’âme humaine et souvent l’âme des plus dĂ©favorisĂ©s ou de ceux qu’on laisse sur le bord du chemin.
A cĂ´tĂ© d’Anne Cook, de Keathing et de RaphaĂ«l T. Brown il y a Emmy, cet enfant de 13 ans, mĂ©tis, qui va ĂŞtre le fil rouge de ce roman.
A la recherche de son père, et protĂ©geant sa mère elle va vivre intensĂ©ment  les ravages de cette Ă©pidĂ©mie mais dĂ©couvrir aussi la capacitĂ© de rĂ©silience  de personnes auxquelles elle n’aurait pas donner le Bon Dieu sans confession.
En parlant de Bon Dieu,  vaut il mieux être sous la protection de la mère abesse du couvent Sainte Mary ou sous la protection de la mère maquerelle Anne Cook ?
L’Ă©pidĂ©mie rĂ©vèle la profondeur de l’âme et exacerbe aussi les sentiments et les idĂ©es : Racisme, Ku Klus Klan , dĂ©lation,  violence, nĂ©gation de l’autre.
Mais dans ce marĂ©cage humain, certains  arrivent Ă  sortir de cette fange  et Ă  simplement exister  pour  l’autre, par delĂ  le bien et le mal.
Ce ne sont pas que des personnages de roman.  Ce sont des femmes et des hommes qui en Juillet 1878 à Memphis Tenessee  ont élevé la dignité humaine.
Cette dignité humaine qui reste le filigrane des romans de Sébastien Spitzer.
Des romans toujours en empathie avec les ĂŞtres,  quels qu’ils fussent  bons, mĂ©chants,  rĂ©els ou fictionnels.
Des romans sur la grande et la petite histoire des femmes et des hommes de ce monde.
Simplement.

SĂ©bastien Spitzer, après une CPGE, Ă©tudie Ă  l’Institut d’Ă©tudes politiques de Paris1 avant de se tourner vers le journalisme, travaillant pour Jeune Afrique, Canal+, M6, TF1, Marianne ou Rolling Stone.
À partir des années 2010, il devient également romancier et décroche plusieurs prix, dont
le prix Stanislas (2017)2
le prix Emmanuel-Roblès (2018)3.
le prix Méditerranée des lycéens (2018)4.

Meurtres aux Kerguelen d’Olivier Moutin et Sophie Laurent. L’Harmattan . đź’›

Meurtres aux Kerguelen par Montin

Meurtres aux Kerguelen. VoilĂ  un titre et un lieu chargé  de mystère et d’aventures.
Étant passionnĂ© de philatĂ©lie polaire, je connais ces lieux et me dire qu’une intrigue policière allait ĂŞtre menĂ©e au coeur des Terres Australes et Antarticques Francaises ne pouvait pas me dĂ©plaire.
Le roman est Ă©crit Ă  deux mains. Une main fĂ©minine, Sophie Laurent qui a vĂ©cu sur l’Ă®le Maurice et qui a travaillé  pour la Curieuse, l’un des bateaux ravitailleurs de ces Ă®les du bout du monde.
Une main masculine, Olivier Montin, qui a travaillé pendant cinq ans dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises ( TAAF ) et qui de ce fait à effectué de nombreux voyages sur le Marion Dufresne,  navire ravitailleur et scientifique.
Rien ne manque dans ce  » documentaire policier « .
Vous saurez tous  sur les TAAF,  les rotations de la Curieuse et du Marion Dufresne.
Vous ferez le tour des Ă®les Amsterdam,  Crozet et Kerguelen. Vous apprendrez Ă  reconnaĂ®tre les acronymes qui dĂ©signent les Ă®les KER-CRO-AMS. Vous saurez qu’un responsable de district  se nomme DisKer ou DisCro ou encore DisAms.
Vous vivrez aussi au contact des personnels de ces bases perdues dans l’ocĂ©an Indien. Vous apprendrez un peu sur les recherches scientifiques dans l’ionosphere ou dans la Biomasse,
Vous serez confrontés aux vents permanents et à  la rudesse des lieux et du climats.
Vous découvrirez manchots, éléphants de mer, petrels, skuas, albatros et autres chionis.
Un vrai documentaire.
Concernant l’intrigue policière,  elle met longtemps Ă  se mettre en place.
Des les premières pages nous savons qu’il y a mort et meurtre.
Par contre il faudra attendre une bonne centaine de pages sur deux cent cinquante avant que l’enquĂŞte policière se dĂ©ploie un peu. de la faute du documentaire.
Il ne faut donc pas attendre un vrai polar avec ce livre.
En rĂ©sumĂ© un documentaire sur les TAAF agrĂ©mentĂ© d’un zeste de polar.
Si ce n’Ă©tait que cela, cela serait dĂ©jĂ  bien ….
Mais malheureusement ce n’est pas le cas car la forme et le style du livre sont dĂ©sespĂ©rantes
Comment un Ă©diteur peut il acceptĂ© d’Ă©diter un livre dans ces conditions de relecture. A croire que nous avons entre les mains une Ă©preuve non corrigĂ©e
Comment peut on laisser passĂ© autant de fautes d’orthographe,  autant de phrases lourdes sans parler des mots manquants.
Comment ne peut on vérifier la chronologie des jours alors que celle ci représente les titres de chapitres.
Donc nous passons du Mercredi 4 Novembre au Vendredi 4 Novembre puis du Dimanche 13 Novembre au Samedi 14 Novembre  !
Autre point : le Marion Dufresne est indiquĂ© Ă  quai au Port Ă  la RĂ©union.  Quelques chapitres plus loin reprĂ©sentant une dizaine de jours, on le retrouve Ă  quai au Cap en Afrique du Sud rentrant d’une opĂ©ration scientifique d’une dizaine de jours aux ĂŽles Bouvet.
Soit il est Ă  La RĂ©union, soit il est au Cap  mais pas aux deux endroits.  C’est impossible.
J’arrĂŞte lĂ  tous ces exemples qui ont rendu la lecture de ce livre extrĂŞmement pĂ©nible.
Tellement pĂ©nible que le fond du livre est relĂ©guĂ© bien loin ….
Livre reçu dans le cadre de la Masse Critique Polar et Mauvais genres.
Merci Ă  Babelio et aux Éditions L’Harmattan … en attendant mieux la prochaine fois

Apeirogon de Colum McCann. Belfond . 💛💛💛💛💛

Apeirogon par McCann

Apeirogon : figure gĂ©omĂ©trique  au nombre infini de cĂ´tĂ©.
Il y a mieux que ce nom barbare pour donner un titre Ă  un roman. Et pourtant….
Le dernier livre de Colum McCann est Ă©tourdissant  dans sa forme comme dans le fond.
Colum  McCann s’appuie sur des faits rĂ©els qui ce sont dĂ©roulĂ©s il y a 23 et 13 ans en IsraĂ«l et en Cisjordanie.
En 1997 Rami Elhanan, israĂ©lien,  a perdu sa fille de 13 ans Smadar lors d’un attentat kamikaze du Hamas dans Yehuda Street Ă  JĂ©rusalem.
En 2007 Bassam Aramin, palestinien, Ă  perdu sa fille de 10 ans  Abir , abattu par un tireur israĂ©lien alors qu’elle allait Ă  l’Ă©cole.
Rami et Bassam, nĂ© pour haĂŻr le peuple ennemi vont au contraire devenir inlassablement des conteurs de leur vie et inlassablement  des combattants pour la paix au travers des associations le Cercle des Parents ou Les combattants pour la Paix.
A partir de ces Ă©vĂ©nements Colum McCann va tisser un roman hybride entre fiction et rĂ©alitĂ©.
Le roman est constituĂ© de 1000 chapitres ( faut il  voir un lien avec ce qui est dit au chapitre 220 : il n’y a de nombres amicaux qu’en deçà de 1 000 ) Les chapitres peuvent ĂŞtre de plusieurs pages ou au contraire ne contenir qu’une seule phrase.
La première partie contient 499 chapitres numĂ©rotĂ©s de façon croissante ( 1 Ă  499 ). le chapitre 500 est double et il regroupe les interviews menĂ©s auprès  de Rami Elhanan et Bassam Aramin.
La deuxième partie contient elle aussi 499 chapitres numĂ©rotĂ©s de façon dĂ©croissante ( 499 Ă   1 ).
Vous remarquerez que l’auteur s’est astreint Ă  une numĂ©rotation arabe croissante et Ă   une numĂ©rotation juive dĂ©croissante.
Tout le roman est marquĂ©  par ce balancier entre monde arabe palestinien et monde israĂ©lien juif. Qu’il est difficile de rester sur une ligne de crĂŞte .
Cette ligne de crĂŞte que Colum McCann dĂ©crit de façon poĂ©tique avec le fildeferiste Philippe Petit qui a tendu son fil au dessus de la vallĂ©e de Hinnom encore connue sous le nom de vallĂ©e de la Gehenne. Philippe Petit portait une tenue ample aux couleurs des drapeaux israĂ©lien et palestinien. le bras et la jambe opposĂ©e reprĂ©sentant un drapeau. Dans une poche un pigeon blanc qui devait s’envoler reprĂ©sentait la paix.
Pas une colombe car Philippe Petit n’en avait pas trouvĂ© Ă  JĂ©rusalem.  Quel symbole !
Tout comme ce pigeon qui ne voulut pas s’envoler et resta posĂ© sur la tĂŞte de Philippe Petit ou sur l’extrĂ©mitĂ© de son balancier et pouvant compromettre la traversĂ©e du fildeferiste.Ligne de crĂŞte.
Cette ligne de crête qui nous rappelle que tout est géographie dans ces territoires minuscules.
 » Il se penche Ă   gauche et slalome jusqu’Ă  la voie de dĂ©passement,  vers les tunnels, le mur de sĂ©paration,  la ville de Beit Jala. Un coup de guidon, deux possibilitĂ©s : Gilo d’un cotĂ© ( israelien) BethlĂ©em de l’autre. ( palestinien ) »
Chapitre 2 :   » Cette route mène Ă  la Zone A sous autoritĂ© palestinienne. EntrĂ©e interdite aux citoyens israĂ©liens. Danger de mort et violation de la loi israĂ©lienne. »
Il est interdit Ă  tous IsraĂ©lien d’aller en Cisjordanie.  IsraĂ«l ne donne aucune information sur la Cisjordanie.
Chapitre 67  » Au loin au dessus de JĂ©rusalem le dirigeable s’Ă©lève « 
Du dirigeable on peut  observer.  Combien de capteurs de camĂ©ra ?
Chapitre 251  » En 2004, des tourniquets ont Ă©tĂ© installĂ©s aux checkpoints piĂ©tons de Cisjordanie afin que les gens puissent passer en bon ordre…. A intervalles de quelques secondes, les tourniquets sont bloquĂ©s  et les piĂ©tons restent enfermĂ©s dans de long tunnels mĂ©talliques. … La technique utilisĂ©e aux checkpoints est si fine que mĂŞme les murmures les plus discrets peuvent ĂŞtre enregistrĂ©s. « 

Tout est gĂ©ographie et ligne de crĂŞte.  C’est lĂ  que vivent les familles de Bassam et Rami.
rĂ©unis par le malheur et la perte d’un enfant
PlutĂ´t qu’une narration classique, Colum MacCann nous distille un rĂ©cit fragmenté  comme ces bombes terroristes oĂą israĂ©liennes . La forme fragmentĂ©e  du livre est le miroir de la complexité  des relations israelo-palestiniennes.
 S’ouvrant sur les collines de JĂ©rusalem et se terminant sur celles de JĂ©richo, le livre plonge dans tous les domaines. Il mĂ©lange politique, religion, histoire, musique, ornithologie, gĂ©opolitique, gĂ©ographie.
Il se dĂ©ploie en cercles de plus en plus larges pour absorber tout ce qui, de près ou de loin, de l’infiniment grand Ă  l’infiniment petit, nous apprend quelque chose sur cette terre et ses hommes .
Ces cercles qui  nous disent que le conflit israelo- palestinien est le nĂ´tre.  Nous sommes tous l’un des innombrables cĂ´tĂ©s de l’Apeirogon.
Ces cĂ´tĂ©s de l’Apeirogon qui invariablement reviendront nous dire les circonstances de la mort d’Abir et de Smadar.
Et dans toutes les confĂ©rences qu’ils feront Ă  travers le monde Rami et Bassam auront toujours les mĂŞmes mots :
Mon nom est Rami Elhanan. Je suis le père de Smadar.
Mon nom est Bassam Aramin. Je suis le père  d’Abir.
Simplement humain. Tellement humain.
Avec son humanisme Colum McCann saisit l’insaisissable situation de deux peuples voisins… Il Ă©tait bien placĂ©, lui, l’Irlandais au pays longtemps dĂ©chirĂ©, pour essayer de comprendre cette folie d’une paix à  trouver
 Et cette phrase prononcĂ©e par un frère d’Abir : «La seule vengeance consiste Ă  faire la paix.»
Magistral.

Colum McCann | Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Colum McCann (nĂ© le 28 fĂ©vrier 1965 à Dublin) est un écrivain irlandais. Après avoir Ă©té journaliste, il commence Ă  Ă©crire des romans en 1995 et accède Ă  la notoriĂ©tĂ© avec Et que le vaste monde poursuive sa course folle (Let The Great World Spin, 2009) primĂ© Ă  de nombreuses occasions. Il vit à New York oĂą il enseigne l’Ă©criture crĂ©ative.

LE 25/09/2020 Extrait interview sur France Culture.

Les mille et une histoires de Colum McCann

L’écrivain irlando-américain Colum McCann est notre invité. Il revient 10 ans après “Et que le vaste monde poursuive sa course folle”. Un roman salué par la critique et traduit en 40 langues. Il signe cette rentrée Apeirogon, chez Belfond. Un titre emprunté à la géométrie, qui désigne un polygone au nombre infini de côté. Une figure géométrique qu’il transpose en littérature pour retracer les multiples facettes du conflit israelo-palestinien.

Apeirogon : de loin un cercle, de près un polygone au nombre infini de cĂ´tĂ©s

L’apeirogon, c’est une forme avec un nombre infini de cĂ´tĂ©. Je sais que c’est un titre assez risquĂ©, mais ce que je voulais dire, c’est que nous sommes tous impliquĂ©s dans chaque rĂ©cit. Nous sommes tous complices. Nous sommes tous prĂ©sents. C’est l’histoire de deux hommes, deux pères qui ont perdu leur fille en IsraĂ«l, en Palestine. Ça pourrait ĂŞtre aussi une histoire qui se passe Ă  Paris, Dublin, ou New York. Une histoire, c’est toute nos histoires.  

Mille et un chapitres : raconter pour survivre

« Après avoir rencontrĂ© Rami et Bassam, je me suis rendu compte qu’ils racontaient l’histoire de leurs filles pour les garder vivantes. Comme ShĂ©hĂ©razade dans les mille et une nuits. J’ai donc racontĂ© mille et une histoire. Mais je voulais Ă©galement que ça ait l’air d’une symphonie, que chaque section soit une note de cette symphonie. Je voulais tenter de reflĂ©ter l’Ă©tat d’esprit contemporain, la façon dont on passe d’un endroit Ă  l’autre en sautant d’un endroit Ă  l’autre, d’un sujet Ă  l’autre ».

Ecrire sur les murs

Je n’aurais pas pu Ă©crire ce roman Ă  partir d’un endroit autre que mon enfance irlandaise. Je suis nĂ© Ă  Dublin. Je me souviens petit ĂŞtre passĂ© du cĂ´tĂ© Nord, j’ai vu les check point et je me suis demandĂ© pourquoi il y avait des soldats. J’ai grandi dans une atmosphère semblable, certes pas identique, mais semblable, Ă  ce qui se passe en IsraĂ«l et en Palestine. J’ai toujours Ă©tĂ© fascinĂ© par cette idĂ©e de paix, des faiseurs de paix, et par l’idĂ©e que la paix est plus difficile Ă  atteindre que la guerre. 

Tous des oiseaux

Colum signifie colombe ou tourterelle en gaĂ©lique. Je n’Ă©tais pas tellement intĂ©ressĂ© par les oiseaux jusqu’Ă  ce que j’aille Ă  JĂ©rusalem et que je rencontre les deux protagonistes de mon roman.  IsraĂ«l et la Palestine est la deuxième autoroute au monde pour les migrations d’oiseaux, qui viennent de la France, d’Allemagne, de Suède, d’Afrique du Sud, de l’AlgĂ©rie… Ils survolent cet espace aĂ©rien. Et souvent, ils atterrissent sur le sol et ils apportent en quelque sorte les rĂ©cits d’autres endroits Ă  ce lieu particulier, IsraĂ«l et la Palestine. 

« Nous avons lĂ  le lieu de rencontre de trois continents l’Afrique, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. Il y a le lieu de rencontre de ces religions, les principales religions du monde. Il y a une Ă©nergie lĂ , une Ă©nergie nuclĂ©aire qui se tient dans cette partie du monde. Oui, oui, il y a un conflit terrible. Il y a Ă©normĂ©ment de tristesse. Il y a aussi une beautĂ© incroyable lĂ  bas. Je voulais capturer cette beautĂ© Ă  travers les formes de ces oiseaux migrateurs ».  

Arène de Négar Djavadi. Liana Lévi.💛 💛💛💛

Arène par Djavadi

Arène est un roman contemporain, urbain et totalement de notre Ă©poque.  La crise sanitaire aurait pu s’y inviter sans problème.
Negar Djavadi situe son arène dans l’Est Parisien. L’Est parisien  n’est pas en banlieue. Nous sommes dans Paris intra muros entre le Canal Saint Martin, La Villette, Menilmontant, Belle ville ou encore la Place du Colonel Fabien, les Buttes Chaumont.
C’est dans ce territoire que va se retrouver Benjamin Grossman. C’est le territoire de son enfance qu’il n’habite plus depuis longtemps. Benjamin Grossman est devenu un habitant des beaux quartiers auxquels il ne peut rien arriver. Il est du cĂ´tĂ© de la rĂ©ussite,  de l’argent, des happy few.  La preuve : il est l’un des dirigeants de la plateforme cinĂ©matographique et tĂ©lĂ©visuelle amĂ©ricaine BeCurrent.
Et pourtant…
Benjamin Grossman retourne dans son quartier d’enfance et s’attable dans un bar de Belle ville. Il est bousculĂ© par un gamin et son tĂ©lĂ©phone disparaĂ®t. Il poursuit le gamin, le rattrape et s’ensuit une altercation violente.
Le lendemain sur les rĂ©seaux sociaux circule la vidĂ©o  du corps sans vie d’un adolescent bousculĂ©e par une policière.
Bienvenue dans l’arène urbaine !
A partir de ces deux Ă©vĂ©nements  (vol d’un portable et vidĂ©o dĂ©nonçant des violences policières ) Negar Djavadi va construire un simili polar sombre dans lequel aucun des personnages ne pourra sortir de cette arène et sera confrontĂ© Ă  sa rĂ©alitĂ©.
A la prĂ©cision de la mĂ©canique s’ajoute la remarquable Ă©criture de Negar Djavadi.  Écriture en symbiose avec ces quartiers populaires,  communistes qui sont aujourd’hui un creuset multiracial, solidaire oĂą diffĂ©rents trafics prospères.
Cette arène est aussi une arène visuelle, mĂ©diatique.  L’image trĂ´ne en majestĂ©.  Que ce soit Benjamin Grossman ou les personnages vivant dans cette arène  la relation Ă  l’image est constante. Benjamin Grossman en a fait sa profession et ne vit qu’Ă  travers la production et la rĂ©alisation de sĂ©ries.  SĂ©ries qui abreuverons l’arène.  Que ce soit les jeunes des citĂ©s,  les mères de famille, les travailleurs au noir, tout le monde est addict à  l’image, aux rĂ©seaux sociaux.
La force de l’image n’a pas de limite.  Elle dĂ©boule dans l’arène  et casse tous les codes. Chacun est confrontĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© oĂą Ă  l’irrĂ©alitĂ© de l’image. du jeune de la citĂ©, Ă  la prĂ©tendante  Ă  la mairie de Paris en passant par Benjamin Grossman, les trafiquants ou encore des prĂ©dicateurs; tous sont entraĂ®nĂ©s dans une logique fatale ou  l’image continuera Ă  se nourrir de la rĂ©alité  afin que des plateformes mĂ©dia transforment tout cela en sĂ©ries  violentes et noires, reflet de notre sociĂ©tĂ©.
Noir et implacable.

CFDT - [Entretien] Négar Djavadi : Mille et une vies
Négar Djavadi, scénariste et réalisatrice pour le cinéma, fait en 2016 une grande entrée dans le monde littéraire avec un premier roman d’une richesse peu commune, formidable saga entre l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.
Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny. À l’âge de 11 ans, elle fuit clandestinement l’Iran et la révolution islamique avec sa mère et ses deux sœurs en traversant les montagnes du Kurdistan à cheval. Plus tard installées à Paris, Négar Djavadi suit des études de cinéma à l’INSAS de Bruxelles. Scénariste, monteuse et réalisatrice, elle enseigne également de 1996 à 2000 à l’Université Paris 8.