L’âge de la lumière de Whitney Scharer. Editions de l’Observatoire .💛💛💛💛

L'âge de la lumière par Scharer

L’âge de la lumière est un très joli roman de Whitney Scharer pour nous raconter la vie romancée de Lee Miller.
Quel maestria pour un premier roman.
Roman historique, biographique mais aussi roman sensuel  et psychologique.
Lee Miller est une jeune américaine de 22 ans qui veut s’éloigner de sa famille et qui vient s’installer en France, à Paris en 1929.
Aux Etats Unis elle était une mannequin réputée,  que mettait en valeur son père Théodore a travers des photos et des nus.
Lee Miller est d’une beauté à tomber par terre mais elle ne souhaite plus être photographiée.
Elle souhaite devenir photographe.
A Paris, dans le monde artistique de 1929 il existe une personne reconnue de tous : Man Ray.
Man Ray est un illustre photographe vivant à Montparnasse et côtoyant Dali, Breton ou encore Cocteau.
Par hasard Lee Miller va rencontrer Man Ray et à force d’obstination elle va convaincre celui-ci de la prendre comme assistante.
D’assistante de Man Ray, Lee Miller deviendra son élève puis son amante.
Cela durera 3 ans de 1929 à 1932.
C’est cette période de  3 ans qui est au coeur du roman de Whitney Scharer.
A travers une documentation de tout premier ordre sur l’époque,  la photographie, Whitney Scharer va nous faire revivre l’évolution amoureuse, psychologique, féminine de Lee Miller, véritable personnage romanesque.
Dans une époque où il est difficile pour les femmes de s’émanciper, Lee Miller va réussir à faire reconnaître son talent alors que  Man Ray la canalise dans un rôle d’assistante et surtout de muse.
Lee Miller porte aussi en elle, l’inceste, le viol de son enfance. Tragédie qui impacte toute relation physique ou amoureuse. L’image du père,  l’image de Man Ray sont la même image de son rapport à  l’homme : une soumission et en même temps un besoin viscéral d’être soi.
Whitney Scharer par son écriture sensuelle donne naissance  un corps à corps physique et mental entre Lee Miller et Man Ray.
Au centre de ce corps à corps, la création,  la liberté, la passion, la dépendance et l’indépendance.
Dépendance au père, à l’amant, à l’homme mais aussi non reconnaissance d’une découverte photographique ( la solarisation ) ou d’une création photographique .
Whitney Scharer parséme son récit de très courts chapitres  pour nous focaliser sur des événements qu’a vécu Lee Miller pendant la Seconde Guerre mondiale.
Devenue reporter de guerre , Lee Miller a été  la première à photographier  Dachau , Buchenwald ou encore Vienne et Berlin.

Ou comment une jeune femme mannequin, se libéra  d’un carcan pour devenir une belle héroïne tragique.

Dîner à Montréal de Philippe Besson . Julliard .💛💛💛

Dîner à Montréal par Besson

 

Avec Dîner à Montréal Philippe met un terme à son tryptique englobant Arrêtes tes mensonges et Un certain Paul Darrigrand.
Dans ces deux livres précédents Philipe Besson s’était mis à nu pour nous parler de ses amours de jeune adulte dans les années 1990. La difficulté de vivre ses amours quand ils sont homosexuels et qu’ ‘il faut accepter l’arrivée de la maladie ( sida – séropositivité )
Avec sensibilité et tact il nous a fait connaître sa relation avec Paul Darrigrand, les temps des émois à Bordeaux ou dans l’île de Ré.
Et puis aussi le temps de la maladie et de la rupture.
17 ans après, Philippe Besson retrouve Paul, lors d’une dédicace de l’un de ces livres à Montréal.
C’est l’occasion de se retrouver autour d’un dîner au restaurant.
Il y a Philippe et Antoine son jeune compagnon actuel, et Paul et sa femme Isabelle.
Nous retrouvons l’écriture précise, épurée, sensible de Philippe Besson.
En 200 pages, autour d’un repas Philippe Besson va disséquer, radioscoper ces quatre personnages .
Quelle part de vérité sera t elle mise à nue par Phiippe et Paul. Jusqu’à quel point leurs souvenirs peuvent ils être réveillés ?
Cette passion amoureuse peut elle être ravivé ?
Comment Isabelle l’épouse, loin d’être dupe de la situation , peut elle se positionner.
Et Antoine le récent compagnon de Philippe, que peut il comprendre , attendre de ce moment informel ?
Philippe Besson, entre les lignes nous fait part de ces réflexions, de la complexité de la situation et des sentiments.
C’est enlevé, sensible mais comme je l’ai déjà formulé lors de la chronique de Un certain Paul Darrigrand je préfère les romans de Philippe Besson plus fictionnels.
Il me semble que dans ces romans fictionnels La plume de Philippe Besson est encore plus sensible, et creuse l’âme humaine de façon plus ouverte

Les trois femmes du consul de Jean Christophe Ruffin. Flammarion.💛💛💛

Les trois femmes du consul  par Rufin

Les trois femmes du consul est la deuxième enquête de Aurel Timescu, le héros récurent de Jean Christophe Ruffin.
Dans le livre précédent Aurel Timescu , Consul de France très atypique , sévissait à Conakry en Guinée. Cette fois-ci il a été nommé dans un pays d’Afrique Australe : le Mozambique. Il est en poste à Maputo.
Ce bon Aurel Timescu n’a pas changé : Il est légèrement flemmard , placardisé , habillé comme l’as de pique et il a une forte inclinaison pour le vin blanc et le tokay plus particulièrement.
La seule activité qui trouve grâce à ses yeux , c’est de démêler les fils d’une enquête policière.
Et à Maputo , le patron de l’hôtel dos Camaores a été retrouvé ,un matin, mort, flottant dans sa piscine.
C’est le début de l’enquête d’Aurel Timescu qui va être confronté à trois femmes.
Comme pour la première enquête , ce qui intéresse Jean Christophe Ruffin , ceux sont les arcanes des ambassades , de la diplomatie et de l’expatriation.
Comme pour la première enquête , çà se lit comme on mange une bonne friandise.
Un bon moment de lecture et il n’y a pas de raison de refuser de partager un verre de Tokay avec Aurel Timescu.
Atypique mais bon copain.

Cent millions d’années et un jour de Jean Baptiste Andréa. L’Iconoclaste.💛💛💛💛💛

Cent millions d'années et un jour par Andrea

Quel livre déroutant, magique, poétique.
Il tient du conte , du roman d’aventure ,du huis clos, de la recherche du temps perdu.
En tenant du conte il fait pétiller dans nos yeux les histoires, les rêves de notre enfance .
En faisant la part belle à la haute montagne , il nous entraîne dans ces aventures d’amitié d’honneur et de danger.
En nous laissant dans la gangue des moraines et des glaciers, il nous livre un huis clos au plus près de la glace , des seracs,  des craquements et de la beauté bleue d’un glacier.
En nous parlant des fossiles, des dinosaures et des dragons  il nous parle d’un temps enfoui, d’une recherche du temps perdu, d’une recherche de l’enfance, d’une mère , d’un père.
Quand je dis  » il » je parle d’un livre mais derrière ce livre il y a l’écriture, la poesie de Jean Baptiste Andrea.
Cette écriture et cette poésie qui nous emmène loin dans cette montagne entre France et Italie.
« Les yeux fermés,  j’aspire une grande bouffée  de nuit et de flammes, de flocons et d’encens. Je ne me suis pas senti aussi bien depuis longtemps. Je suis à cet instant charnière de la vie d’un homme, le point du fou, celui où plus personne ne croit en lui. Il peut reculer, une décision  dont tout le monde sans exception louera la sagesse. Ou aller de l’avant, au nom de ses convictions. S’il a tort il deviendra synonyme d’arrogance et d’aveuglement.  Il sera à jamais celui qui n’a pas su s’arrêter.  S’il a raison, on chantera son génie et son entêtement face à l’adversité  .
C’est l’heure grave de ne plus croire en rien, ou de croire en tout.  » ( p. 201)
Stan croit en tout . Il est un éminent paléontologue.  Il croit dans l’histoire d’une grotte dans la montagne et dans laquelle dormirai un squelette de dragon
Ni une ni deux, il forme une expédition avec Umberto ami paléontologue,  Peter assistant de Umberto  et Gio guide de haute montagne.
La quête est en route. Mais de quelle quête s’agit-il ?
Est ce une quête de l’enfance, une quête de soi même ?
Et pour le lecteur  » c’est l’heure grave de ne plus croire en rien, ou de croire en tout »
Laissez vous emporter par la magie de l’écriture  de Jean Baptiste Andrea,  oser croire au histoire de dragons, laissez un peu de place aux rêves  et à l’enchantement, mais aussi à la dureté de la vie.
Acceptez d’aller  ou Jean Baptiste Andrea nous entraîne.
Sur un glacier à la recherche d’un fossile.  Cent millions d’années.
Le voyage à été long. Il en a fallu des fossiles  pour en arriver là : Un jour.
Une mère,   un petit.
 » On sera bien ici, tous les deux. Comme autrefois »,Cent millions d’années et un jour.

La redoutable veuve Mozart d’Isabelle Duquesnoy. La Martinière .💛💛💛

La redoutable veuve Mozart par Duquesnoy

Le titre du dernier roman d’Isabelle Duquesnoy La redoutable veuve Mozart caracterise bien Constance Weber,  femme de Mozart.
Redouter : craindre vivement quelqu’un ou quelque chose; envisager comme dangereux, avoir peur.
Constance Weber est tout cela et même plus.
Nous sommes le 5 Décembre 1791 et Mozart vient de mourir à l’âge de 35 ans . Il est perclus de dettes. Il laisse une veuve Constance et deux enfants Karl et François Xaver. Il laisse aussi une oeuvre musicale en devenir ou plus probablement oubliée.  Quand un musicien meurt , un autre prend sa place dans l’aristocratie et les cours royales. … Beethoven,  Schubert…..
Quand un musicien meurt et que son convoi funéraire l’emmène à la fosse commune son oeuvre musicale est bien loin d’être reconnue.
Et pourtant une femme va tout faire, tout sacrifier pour que le nom de Wolgang Amadeus Mozart vive à jamais.
C’est ce que nous raconte Isabelle Duquesnoy à travers un long texte, une longue lettre qu’elle envoie à son fils aîné Karl.
Et Constance Weber épouse Mozart est sûre de son fait :
 » le festival Mozart , c’est moi.
Les monuments et les statues dressées  dans les jardins publics c’est moi.
Le Mozarteum de Salzbourg,  c’était mon idée.  J’ai même tenté  de t’imposer (  Karl ) comme directeur mais tu n’en avais pas la capacité.
Aujourd’hui, sans doute parce que je suis âgée  et que tu me vois criquette et ratatinée, tu viens me faire des reproches. Mais qui es-tu, pour me dire que j’ai mal agi ?  »
Elle est sûre d’elle aussi pour vendre et revendre dès fois de façon frauduleuse les partitions du Requiem.
Elle est sûre d’elle aussi pour changer les prénoms de son fils François Xaver en Wolgang Amadeus II.
Celle longue lettre nous dit aussi l’amour,  la fidélité qu’elle portait à   Mozart.
Mais cette amour, cette fidélité a  tout emporté,  a garotté ses  fils.
Isabelle Duquesnoy nous replonge dans cette fin du 18ème siècle et ce début du 19eme siècle à  Vienne alors que le bruit et la fureur de la Révolution française apportent  leurs lots  d’aristocrates en Autriche avant que Napoléon ne viennent installer son Empire.
Constance Weber a dormi avec le masque mortuaire de Mozart, a gratté à mains nues la terre de la fosse commune pour retrouver une relique de son mari.
Redoutable était-elle, mais que nous lui devons nous de connaître le génie de Wolgang Amadeus Mozart.