Miroir de nos peines de Pierre Lemaitre . Albin Michel.💛💛💛💛💛

Miroir de nos peines par Lemaitre

Miroir de nos peines est le troisième et dernier volet de la trilogie de Pierre Lemaitre  » Enfants du désastre  » auscultant la France de 14/18, celle de l’entre deux guerres et enfin celle de 1940.
Tout comme Au revoir là haut et Couleurs de l’incendie, Miroir de nos peines est un livre romanesque , enlevé, documenté historique.
On est bien dedans malgré l’époque qui n’incite pas à la légèreté. On n’est au plus proche des personnages quel qu’ils soient. Et puis il y a toujours un lien ténu, une petite musique qui nous relie aux tomes précédents de cette trilogie.
Mais pour les personnes qui n’ont pas lu Au revoir là haut ou Couleurs de l’incendie, il n’y aura aucun souci. Chaque tome peut être lu indépendamment.
Comme pour les 2 tomes précédents Pierre Lemaitre nous propulse dans la grande Histoire de France avec une galerie de personnages haut en couleurs
Comme dans Au revoir là haut on retrouve deux hommes que les circonstances de la vie ont rapproché. Et ce duo à les mêmes caractéristiques que celui d’au revoir là haut. Gabriel et Raoul sont les pendants d’ Édouard et Albert dans Au revoir là haut. L’ un est un légaliste un peu fade et introverti ( Albert ou Gabriel) l’autre est extraverti fantasque, à la limite escroc ( Édouard ou Raoul )
Dans Au revoir là haut , Édouard et Albert étaient les moteurs du roman ; c’est par eux que le récit avancé, c’est par eux que la vengeance, l’arnaque se mettaient en place.
Rien de tel dans Miroir de nos peines.
Le personnage central est Louise. Louise Belmont nous l’avions entraperçu dans Au revoir là haut. Elle avait dix ans et était amoureuse d’Édouard qui vivait chez sa mère.
Pierre Lemaitre va rechercher Louise pour en faire le personnage principal de son roman. Et quel personnage !
En ouverture du roman Louise qui a trente ans court, nue, sur le boulevard du Montparnasse . Excusez du peu !
Et nous voilà emmené, aux côtés de Louise, dans les secrets de famille, les douleurs de l’enfance.
Va se mettre en place les ressorts d’un roman d’aventure, d’un roman d’initiation. le tout dans la France de 1940.
Louise est institutrice et serveuse à La Petite Bohème à Paris. Jules le patron ventru, à la moustache et au béret inamovible la couve avec attendrissement.
Gabriel et Raoul sont soldats mobilisés sur le front de l’est pas loin de la ligne Maginot au Mayenberg.
Désiré, hâbleur à souhait parcourt le roman de ces diverses identités et amène rire, émotion et humanité.
Sans oublier Jeanne et le Docteur Thirion.
Tout va se mettre en mouvement et nous allons être emporté dans ce maelstrom tout comme les personnages avec cette drôle de guerre.
Car la découverte des secrets de de famille s’accompagne de la défaite de la France passant de la certitude que la ligne Maginot est infranchissable à l’ exode sur les routes de France.
Des faits réels plus ou moins connus parsèment le récit et donnent véracité au récit.
Gabriel et Raoul font partie de l’exode des prisonniers de la prison du Cherche Midi.
Fernand participera à la destruction des milliards de billets de la Banque de France afin qu’il ne soit pas à la merci de l’armée allemande.
Quant à Désiré, son côté hâbleur ne pouvait que convenir à une entreprise de désinformation . Dormez tranquilles braves gens l’armée française gagne de grandes batailles et refoule l’ennemi allemand.
Et que dire de la restitution et de de la description de l’exode!
On est au coté de ce peuple en déroute.
Comme à l’habitude avec Pierre Lemaitre, c’est foisonnant, c’est humain, terriblement humain.
Cette humanité qui se retrouve sur les routes de l’exode, qui se découvre ou se redécouvre.
Malgré l’époque cela reste une épopée romanesque , virevoltant et humoristique.
Épopée addictive tout comme le sont Au revoir là haut et Couleurs de l’incendie.
Pierre Lemaitre est digne des plus grands feuilletonistes de la fin du 19eme et du début du 20ème siècle.
Quelle trilogie !

 

 

Une joie féroce de Sorj Chalandon. Grasset . 💛💛

Une joie féroce par Chalandon

J’ai aimé et j’ai été emporté par le Jour d’avantProfession du père ou encore Une promesse.
Je me sens donc tout à fait libre pour dire qu’Une joie féroce ma déçu.
Dans le dernier livre de Sorj Chalandon on retrouve l’empathie que porte toujours l’auteur pour ces personnages. Les dialogues sont toujours ciselés et l’émotion affleure à chaque page. Et pourtant…
Cela ne prend pas.
Malgré le sujet ( le cancer chez plusieurs femmes ) il reste un sentiment de superficialité. En définitif que connaissons nous profondément de Jeanne,Brigitte, Melody et Assia.
Ce n’est pas le côté thriller du roman qui relance le roman. Bien au contraire. Tout cela paraît peu crédible et difficilement réalisable pour des protagonistes malades.
Je n’ai trouvé ni joie, ni férocité dans cette citadelle.
Dommage.
Mais je reste un fan de Sorj Chalandon.
Alors au prochain roman. Sans rancune

 

 

Histoire d’amour de Stéphane Audeguy. Seuil.💛💛💛💛

Histoire d'amour par Audeguy

C’est un livre déroutant, érudit et qui malgré le fait qu’il picore dans des temps différents, de la mythologie à la renaissance italienne en passant par la seconde guerre mondiale ou encore les rivages du Brésil, a une unité de ton, d’écriture.
C’est tout le savoir faire et le talent de Stéphane Audeguy.
L’unité de ton et le thème central du livre est l’histoire d’amour sous toutes ses formes et à tous les instants. Érotisme, Amour, Partenaires mais aussi le rapport de l’art à l’amour et inversement.
Le personnage qui nous relie à toute cette histoire d’amour, c’est Vincent.
Quinquagénaire il vit a Paris et il aime Alice. Leur passion entre en résonance avec d’autres amours, d’autres époques.
Et Vincent devient Acteon personnage mythologique. …
Laissez vous emporter par l’écriture de Stéphane Audeguy.
Accepter de ne pas tout connaître de la mythologie et puis peu à peu la lecture fait sens.
La violence,les amours , l’érotisme, la description des tableaux de Piero di Cosimo.
Vincent, Acteon, Piero di Cosimo, Laurent de Médicis, Chiron, même homme, même âme, même conscience.
Et pourquoi pas ?
Une belle decouverte

 

Les gardiens de la lagune de Viviane Moore. 10X18.💛💛💛

Les gardiens de la lagune par Moore

Voici un livre qui permet de passer un bon moment de lecture. Roman historico policier qui permet d’approfondir ses connaissances historiques.
Dans le cas présent Viviane Moore nous entraîne dans la Serenissime ( Venise) au Moyen Âge est plus particulièrement dans les années 1100.
Les gardiens de la lagune protègent Venise du monstre qui sommeille sous l’archipel. Ce monstre que l’on devine quand la brume engloutit Venise et la lagune.
Cette légende est un prétexte à l’histoire que va tisser Viviane Moore.
Le plus important n’est pas l’histoire policière. Celle ci se révèle simple avec quelques artifices.
Mais le plus important n’est pas là .
Le personnage principal, omniprésent est Venise.
La Venise moyenâgeuse d’avant la construction du Palais des Doges , d’avant le Grand Canal.
La Venise des petites gens, des métiers artisanaux, mais aussi des brocarts, des Damas et du commerce avec l’ Empire byzantin.
Alors c’est avec plaisir que nous suivons l’enquête d’Hugues de Tarse auprès du doge Vitale Michiel .
C’est enlevé, ludique, historique.
Un bon moment de détente.

 

Les simples de Yannick Grannec. Anne Carrière.💛💛💛💛

Les simples par Grannec

Les simples : Plantes médicinales utilisées telles qu’elles sont fournies par la nature.
A cette définition on peut rajouter une caractéristique des simples. Leurs formes , leurs couleurs ont souvent un rapport avec la maladie et l’organe à soigner.
Sœur Clémence est la doyenne de l’Abbaye de Notre Dame du Loup dans l’arrière pays niçois . Elle est aussi l’herboriste de l’abbaye.
Nous sommes en 1584.
La médecine et la chirurgie en sont encore dans les balbutiements. Les soins sont généralement prodigués par les femmes et les religieuses. Elles ont la connaissance des plantes , des remèdes, des mixtures. Cette culture , ce savoir qu’elles divulguent gratuitement. Soigner, guérir ne peut être un acte mercantile.
Dans ce 16ème siècle générant découvertes et nouvelles connaissances , ce pouvoir des plantes, des bienfaits ne peut rester l’apanage des femmes.
L’abbaye Notre dame du Loup doit son indépendance à la faveur d’un roi. Et les soeurs bénédictines font fructifier leur indépendance.
Les préparations de Sœur Clémence sont prisées jusqu’à la Cour du Roi et apportent une manne financière non négligeable à l’abbaye.
Normalement l’abbaye devrait dépendre de l’Évêché et lui reversé une grande partie de cette manne.
Le nouvel évêque Jean de Solines compte bien récupérer une grande partie de cette manne.
Il envoie donc deux vicaires à l’abbaye afin de trouver une faille , un défaut ou de provoquer un scandale.
On sait tous que lorsqu’on lance une pierre dans l’eau , elle fait des ronds et que l’onde de ces ronds s’étend à l’infini.
C’est exactement ce qu’il va se passer dans l’abbaye.
Dépassé par ses propres turpitudes, Jean de Solines va ouvrir la boîte de Pandore.
Et dans la boîte nous trouvons pèle mêle : pouvoirs – trahisons – diable et sorcellerie.
Le pouvoir et les trahisons sont également répartis entre l’abbaye et l’Évêché.
Avec grande maestria Yannick Grannec nous convie à vivre un an de cette déliquescence.
C’est écrit avec précision , humour , causticité.
C’est écrit avec légèreté et poésie quand il est question de donner la recette d’un remède.
C’est écrit avec dureté et crûment quand il s’agit d’évoquer la vie des soeurs converses ou encore les maladies, les procédés abortifs ou la sorcellerie.
C’est aussi un livre qui nous parle des femmes . Ces femmes qui ont eu un savoir naturel , maternel et que l’homme a détruit par l’Inquisition.
Ces hommes qui voyaient une part du diable dans les femmes.
D’ailleurs dans un traité inquisitoire , le Malleus Maleficarum il est dit que femina accouple fe et minus démontrant que la femme est armée d’une foi mineure à celle de l’homme.
Et dans ce roman Yannick Grannec ne fait que reprendre constamment la définition des simples. Sans doute parce que l’âme humaine est comme les simples : elle se désagrège, s’effrite et disparaît.
Personne , même une herboriste ne pourra capter  » l’Âme fugace des simples , le souffle secret qui a placé le Créateur  »
Les Simples est un livre addictif et jouissif.