Comment j’ai rencontré Les poissons d’Ota Pavel. Editions Do.💛💛💛💛

Comment j'ai rencontré les poissons par Pavel

Très belle découverte que la lecture de Comment j’ai rencontré Les poissons d’Ota Pavel.
Un passage à la Fête du livre de Bron (69) et un arrêt
devant les livres de la Librairie Lucioles de Vienne me met en présence du livre d’Ota Pavel.
Le libraire me parle de ce livre et de son pouvoir positif et joyeux.
Allons-y !
Et bien merci Monsieur le libraire pour votre conseil.
Quel plaisir que la lecture de cette autobiographie.
Je ne dirais pas comme Erri de Luca et Mariusz Szczygiel que ce livre est le plus antidépressif du monde ou encore qu’il produit des bulles de joie sous la peau.
Ota Pavel est un journaliste et écrivian tchèque mort en 1973.
Il a commencé à écrire n 1964 , suite à l’apparition de ses troubles bi-polaires. L’écriture comme thérapie
Et c’est vrai que la joie de vivre , le bonheur simple d’Ota Pavel auprès des rivières et des poissons contraste fortement avec ses troubles bi-polaires .
De même que les événements historiques qui sous-tendent le récit d’Ota Pavel ( La Tchécoslovaquie entre 1936 et 1960 ) apportent un climat pas toujours propice à la joie et au bonheur.
Avoir 9 ans , dans une famille juive en 1940 ne prédispose pas naturellement au bonheur surtout sis le Papa et les frères sont déportés.
Avoir 15 ans à la fin de la guerre et voir s’installer le communisme dans son pays n’engendre pas obligatoirement la joie de vivre.
Hors le contexte historique , j’ai trouvé beaucoup de similitudes entre le livre d’Ota Pavel et les les livres de Marcel Pagnol : Souvenirs d’Enfance – La Gloire de mon père ou encore le Château de ma mère.
Dans les deux cas une nature omniprésente au contact des animaux. Pour Pägnol la Provence , le Garlaban et la chasse aux bartavelles. Pour Ota Pavel les étangs de Bustehrad prés de Prague ,la pêche , les carpes argentées et les anguilles d’or.
Dans les deux cas la figure du père , la relation père fils.
Dans les deux cas de l’empathie , de la tendresse , de l’humour et le bonheur simple de la vie.
La différence entre Pavel et Pagnol : le contexte politique .Autant avec Pagnol on peut reprendre les termes de Eric de Lucca et Mariusz Szczygiel – bulles de joie, anti-dépressif, autant il est difficile avec Pavel de faire abstraction du contexte . le texte , le style sont anti dépressif et peuvent produire des bulles sous la peau; mais ce style léger cache des réalités plus dures, que ce soit le contexte historique ou la maladie mentale de Ota Pavel.
Ce mélange de légèreté et de gravité donne une grande profondeur à cette autobiographie et je reprendrais les dernières phrases d’Ota Pavel dans son épilogue :
« Parfois, assis près de la fenêtre à barreaux, je pêchais ainsi en souvenir et c’en était presque douloureux. Pour cesser d’aspirer à la liberté, il me fallait renoncer à la beauté et me dire que le monde était aussi plein de saleté, de dégoût et d’eau trouble. »
« Tandis que je mourrais là-bas à petit feu, je voyais surtout cette rivière qui comptait plus que tout dans ma vie et que je chérissais. je l’aimais tellement, qu’avant de de mettre à pêcher je ramassais son eau dans mes mains en coquille et je l’embrassais comme on embrasse une femme. »
Ota Pavel est mort en 1973 à 43ans

Les Frères Lehman de Stefano Massini. Globe.💛💛💛💛💛

Les frères Lehman par Massini

Il y a un peu plus de 10 ans , le 15 Septembre 2008 la banque Lehman Brothers faisait faillite et entraînait , dans sa chute la bourse de Wall Street et les autres bourses du monde.
C’est la saga de cette famille Lehman que nous raconte Stefano Massini.
Ironie de de l’histoire c’est à la même date ( 11 Septembre ) , mais en 1844 que commence l’histoire d’ Heyum Lehmann , juif allemand émigrant à New York.
Dés son arrivée dans le carillon que l’on nomme Amérique il devient Henri Lehman avec un seul n.
Au côté de Stefano Massini nous voila emporté dans une fresque grandiose de plus de 800 pages, fresque que Stefano Massini écrira en plus de 30 000 vers non rimés.
Et ce style littéraire donne légèreté, humour à cette fresque.
Cela permet à Stefano Massini, dans ce long poème épique de faire cohabiter drame, roman, éléments documentaires et même poésie. Sans oublier de convoquer les références bibliques et les références cinématographiques.
Tout au long des 800 pages c’est haletant et plus l’histoire avance , plus celle -ci accélère pour nous amener à la faillite de la banque Lehman Brothers.
le résultat est saisissant et l’histoire des trois frères Lehman devient vite l’histoire de l’Amérique moderne passant de la vente du coton et du sucre dans le Sud au financement du charbon, des chemins de fer, ou encore de l’effort de guerre en 1917.
L’histoire de la famille est au centre du poème épique de Stefano Massini.
Les générations se suivent , se transmettent ou refusent de participer à la construction de Lehman Brothers.
La première génération est celle du départ de l’immigration.
La seconde est celle déjà de l’obsession de l’argent pour l’argent. Tout est intermédiation , investissement et financement.
La dernière génération semble écrasé par son destin et l’accélération de l’Histoire.
Etre un Lehman signifie aussi être juif et tout le récit est emprunt de cette judéité au travers des titres des chapitres , des mots hébreux parsemant le texte ou encore par les références bibliques.
Etre un Lehman c’est aussi pouvoir passer du 20 éme rang au 1er rang au Temple et pouvoir faire la nique aux Levisohn ou encore au Goldman Sachs. Et si c’est compliqué il y a encore la possibilité des mariages entre familles.
En se dénaturant la banque finit par sombrer et Stefano Massini réuni une dernière fois tous les Lehman dans une même pièce.
Moment magnifique ou chacun régit selon son trait de caractère.
Puis ils se retirent à l’annonce de la faillite de la banque et entre dans la période de deuil religieux.
Vous ressortez de ce livre totalement étourdi et abasourdi par la virtuosité de Stefano Massini.
168 ans de la vie des Lehman et vous n’avez pas vu le temps passé.

 

Les Frères Lehman de Stefano Massini.  827 pages

Un certain Paul Darrigrand de Philippe Besson. Julliard. 💛💛💛

 

Un certain Paul Darrigrand par Besson

Ayant il y a deux ans lu bon nombre de romans de Philippe Besson, allant de Un instant d’abandon en passant par La trahison de Thomas Spencerou encore la Maison Atlantique ou Une bonne raison de se tuer, j’avais terminé cette plongée littéraire avec Les passants de Lisbonne.
Que des grands plaisirs de lecture, grâce à la sensibilité, la précision de l’écriture de Philippe Besson .
Étant pas loin de l’overdose, j’ai zappé  Arrête avec tes mensonges et j’ai lu l’inintéressant Un personnage de roman et le moyennement intéressant L’enfant d’Octobre
J’attendais donc avec grand intérêt  Un certain Paul Darrigrand afin de renouer avec la plume de Philippe Besson tel que je l’ai aimé dans Les passants de Lisbonne.
Je ressort de cette lecture avec une impression mitigée. J’ ai retrouvé le style vif, incisif, nerveux. J’ai retrouvé l’étude fouillée des ressentis des sentiments.
Pourtant il m’a semblé qu’ au fil du roman, cela été plus lourd, répétitif,  comme si Philippe Besson sortant des personnages de fiction et parlant de lui avait du mal à s’incarner réellement.
Je l’ai surtout ressenti dans sa relation amoureuse avec Paul Darrigrand.
Quand il a été question de sa maladie, cela se ressentait moins car en définitif cette maladie est peut être le point central de son livre.
De la joie d’un amour il est passé au bord de la mort et l’on comprend mieux la phrase d’Annie Ernaux qui ouvre le livre :         Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais.

Sucre noir de Miguel Bonnefoy. Rivages💛💛💛💛

Sucre noir par Bonnefoy

Voici un roman réjouissant,  dépaysant et sérieux.  Sucre noir de Miguel Bonnefoy nous amène loin dans les Caraïbes.
Loin dans le temps à la rencontre du bateau du flibustier d’Henry Morgan. Ce bateau est échoué,  mais dans un lieu insolite,  au beau milieu du feuillage tropical d’un arbre.
Nous voila en enfance , au milieu des pirates, de la forêt à la recherche d’un trésor de bien entendu.
Ce trésor qui fascine , fait des diamants, des colliers et des émeraudes  qu’a volé Henry Morgan
Ce trésor existe sûrement et il a été perdu sur ces terres caribéennes  et plus particulièrement  sur les terres de la famille Otero.
Nous sommes 300 ans plus tard .
La famille Otero est propriétaire d’une maison  et d’une petite habitation séparée des autres. Cette petite habitation n’a jamais été occupée. L’acte de vente précisait que les propriétaires devaient s’engager à ne rien toucher dans la chambre du fond et la porte de cette chambre n’était ouverte qu’une fois par an.
Tous les 1er Novembre, une vieille femme entrait dans la maison avec un seau vide à la main et s’enfermer des heures dans la chambre. C’était l’ancienne propriétaire qui venait pleurer son’mari mort.
Elle remplissait son seau de larmes et au milieu de la nuit elle sortait en refermant la porte à plusieurs tours
Immuablement ce rite se perpetuait chaque année.
A partir de ce rite Miguel Bonnefoy va nous transporter dans les Caraïbes au milieu des cannes à sucre, du rhum, des distilleries mais aussi dans ces familles caribéennes restées pauvres ou ayant grimpées socialement et économiquement grâce au sucre et au rhum
Tel un roman d’aventure mâtiné des rites et coutumes nous allons suivre la Serena Otero, Severo Bracamonte mais aussi Eva Fuego sur la trace du trésor de la flibuste et de la transformation de ce territoire caribéen.
N’oubliez pas le seau vide qui se remplit de larmes.
Un joli et agréable moment de lecture non dénué de réflexion.

Manifesto de Léonor de Recondo. Sabine Wespieser 💛💛💛💛💛

 

Manifesto par Recondo

« On meurt, c’est tout, et on agrandit l’âme de ceux qui nous aiment. On la dilate. La mienne va bientôt exploser »
C’est ce que pense Léonor de Recondo alors qu’elle est dans la chambre 508 del’hôpital pour accompagner vers la mort son père Félix.
Ce texte agrandit , dilate aussi l’âme des lecteurs.
Léonor est assise à la droite de son père sur une chaise en plastique.
Sa mère Cécile est assise à la gauche de Félix dans la chambre 508, chambre d’hôpital ressemblant à toutes les chambres d’hôpitaux .
Un huis clos pour une mort annoncée .
Et puis miracle cette nuit du 25 Mars 2015 devient une nuit lumineuse, amoureuse, tendre.
Une nuit pour construire les souvenirs et les émotions d’une vie. Une nuit pour accompagner une lente séparation . Une nuit dans laquelle s’endort Félix.
Et Léonor de Recondo profite de cet endormissement de Félix pour nous transmettre son dernier rêve : être assis sur un banc auprès d’Ernest Hemingway et discourir de leurs vies , de leurs amours, de l’Espagne, du Pays basque de l’enfance de la guerre.
A ces pages oniriques ( mais relatant la vie de Félix et d’Ernest Hemingway ) répondent la réalité de la vie et de la fin de vie de Félix.
C’est bouleversant, d’une profonde et juste émotion.
Il y a de grands passages sur la réalisation d’un violon par Félix pour sa fille Léonor.
Nous l’entendons ce violon.
Souvent déchirant aux côtés de Félix, Cécile et Léonor
Parfois tendre et discret pour accompagner le départ de Félix
Quelquefois tzigane , pour souligner le plaisir qu’avait Félix à retrouver son Pays basque et sa grand mère Amatxo
Que ce livre porte bien son titre : Manifesto
Manifeste de l’amour, du partage, de la beauté créatrice ( ah ! Les pages sur la table d’harmonie du violon )
Manifeste de Léonor pour Félix et Cécile
« Je devine le visage de Cécile couché près du mien dans l’ombre. J’entends son souffle lent. Alors, sans crainte, je l’écoute et le suis….
Je dépose mon coeur dans le tien
Tu dors, tu ne le sais pas.
Je tresse mon souffle autour du tien
Si discret, tu ne le sens pas.
Et je m’abandonne au sommeil  »
Un livre remarquable .

La Révolte de Clara Dupont-Monod. Stock💛💛💛💛

La révolte par Dupont-Monod

Voici un livre qui nous ramène dans les temps perdus et peut être oubliés du Moyen Age et des croisades.
Avec La révolte Clara Dupont- Monod nous plonge au cœur de l’Aquitaine , de la France et de l’Angleterre
Nous voilà dans les années 1100 aux cotés d’Aliènor d’Aquitaine , de Louis VII, d’Henri Plantagenet et de Richard Coeur de Lion.
La révolte de Clara Dupont-Monod à trois grande vertus.
Première vertu : bien que ce soit un roman , La révolte nous restitue l’histoire telle qu’elle est. La guerre entre la France , l’Angleterre et l’Aquitaine , mais aussi les alliances les trahisons entre Aliénor d’Aquitaine , Henri et Louis VII.
Comme si cela ne suffisait pas , il y aussi les trahisons entre les enfants dAliènor : Henri, Jean, Richard Coeur de Lion.
Et de se rappeler la geste littéraire et cinématographique avec Ivanhoé.
Deuxième vertu : La révolte nous magnifie un personnage féminin : Aliénor d’Aquitaine , Suffragette du Moyen Age.
Dans ce monde guerrier et masculin , elle ne dépare pas et met sa fougue, sa force ,sa féminité à l’encontre de son propre mari Henri Plantagenet.
Ce portrait de femme est saisissant par son avant- gardisme, cette volonté d’être maître de soi et de rester droite quelque fut la perte de liberté
Enfin ce personnage d’Aliénor ne serait pas complet sans parler de la la relation avec son fils Richard Coeur de Lion.
Relation forte , possessive que de nos jours nous pourrions caractériser comme étant toxique .
Cette relation qui aura un impact direct sur des croisades, des guerres, des morts.
Troisième vertu : La concision du livre de Clara Dupont Monod. Il n’a pas du être simple de nous transmettre ce moment d,histoire et de relation familiale au milieu du bruit des épées , des armures et des trahisons.
Et pourtant le livre est fluide , simple à suivre et à comprendre . Et quelle bonne idée d’avoir inclus des lettres d’Aliènor ou d’Aelis. Ces lettres magnifiques nous élèvent émotionnellement et nous rappellent fort à propos que derrière ce monde de guerre et de trahison , il y a des sentiments et beaucoup de grandeur d’âme.
Je reste pourtant avec une légère restriction sur ce roman.
Je pense que c’est sûrement un parti pris de Clara Dupont-Monod de s’en tenir au fait bien que nous soyons dans un roman.
Dans sa  » note de l’auteur  » elle rappelle qu’on pourrait s’amuser à répertorier ce qui relève de l’imagination ou de la vérité mais qu’on aurait tort d’opposer la mécanique du roman et celle de l’historien, tant les deux sont complémentaires.
Et bien je trouve que la mécanique du roman a pris le pas sur l’histoire et que nous sommes en présence d’une chanson de geste à la magnificence d’Aliénor et de Richard Coeur de Lion alors que se furent tout de même des personnages démoniaques et cruels.
Hormis cette restriction , ce livre reste un beau moment de lecture et de redécouverte de l’Histoire si compliquée entre Le France et l’Angleterre.

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lambertie. Stock 💛💛💛💛

Avec toutes mes sympathies par de LamberterieLivre très personnel que le livre de Olivia de Lamberterie Avec toute mes sympathies.
Le 14 Octobre 2015 le frère d’Olivia de Lamberterie se suicidait en se jetant du pont Jacques Cartier à  Montréal.
Alex avait 46 ans et souffrait de dysthymie, maladie chronique impliquant un spectre dépressif, une mélancolie persistante.
Par des chapitres courts, passant de Montréal à Paris, Olivia de Lamberterie va nous émouvoir par petites touches successives. Petites touches pour nous parler de son enfance et de sa famille  venue de l’aristocratie.  Petites touches pour nous dire les années d’enfance avec son frère Alex et ses soeurs Chloé et Caro. Petites touches encore pour entrevoir des familles recomposées.
Et en filigrane,  ce frère qui tient tant de place. Ce frère qui sombre dans cette mélancolie chronique
La première partie du livre oscille entre tous ces flashs.
Tout est mis à nu. Aucun compromis. Rien de caché. L’émotion fraternelle d’Olivia de Lamberterie affleure et peu à peu imprègne et irrigue toutes les pages du livre.
Cette émotion va emporter la deuxième partie du livre quand Olivia de Lamberterie va être confronté à la  mort de son frère
Sa disparition, son absence vont donner des pages admirables,sans pathos. Un oiseau noir , bleu prendra Olivia de Lamberterie par la main pour l’emmener loin dans le monde fraternel.
« Tu ne nous as pas abandonnés.  Tu t’es arrangé  pour laisser une empreinte si forte dans nos existence qu’elle nous a empêchés de sombrer et qu’elle a fini par nous transcender. Ton existence est indélébile. Tu n’as pas fini de respirer en nous. Ta mort nous a rendus vivants. »
Comme le dit Olivia de Lamberterie en quatrième de couverture : « Je désirais inventer une manière joyeuse d’être  triste »
Cet essai est plus que cela. Il est lumineux