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La ville des incendiaires de Hala Alyan. La Belle Etoile. 💛

Sans mentir si votre ramage se rapporte à votre plumage vous êtes le phénix….. ( Jean de la Fontaine )
Voici une phrase qui convient bien au roman de Hala Alyan La ville des incendiaires.
Le ramage ne correspond pas malheureusement au plumage.
L’auteur n’est peut être pas responsable totalement.
L’éditeur plus sûrement.
Faire une couverture avec des bâtiments de Beyrouth détruits et un titre volontairement suggestif. ensuite une quatrième de couverture qui indique :  » Hala Alyan retrace la destinée tragique de tout un pays, le Liban, marqué par la guerre, les tensions religieuses et les protestations politiques. Un pays prêt à s’embraser à tout instant, à l’instar de cette famille rongée par des secrets qui, révélés, pourraient faire exploser sa fragile existence. « 
Effectivement il n’y a que cela qui explose , car comment passer aussi largement de son sujet sur le Liban et le Proche Orient.
A aucun moment on ne ressent cette poudrière qu’a été le Liban pendant 40 ans.
Au détour des pages , seront parsemés quelques mots pour encapsuler le roman . Pour preuve la généralité du propos page 423 : Elle les inscrira à l’école américaine, près de l’université et quand ils seront un peu plus grands, ils raconteront leur année à Beyrouth aux autres adolescents. L’année des manifestations. l’année de la révolution « 
Voila tout est dit.
Il en sera de même dans tout le roman. Des généralités sur le Liban et la Syrie
La ville des incendiaires est surtout et totalement une saga sur une famille.
Famille libano- syrienne qui s’est exilée en Californie.
Nous sommes en présence des parents Idriss et Mazna et des enfants Ava, Marwann et Naj.
Idriss est propriétaire d’une maison familiale à Beyrouth et suite au décès de son pére, il souhaite s’en séparer. C’est l’occasion de regrouper toute la famille à Beyrouth.
Et vont ressortir les secrets , les petites histoires. Une saga quoi !
Et une saga çà se dilue. Alors cela devient lassant et long.
Une déception mêlée d’une certaine colère auprès de l’éditeur.
J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une Masse critique de Babelio.
Je les en remercie pour deux raisons :
1/ C’est toujours un plaisir de recevoir un livre et de découvrir
2/ Je ne suis pas fait pour les sagas !


Hala Alyan est une écrivaine, poétesse et psychologue clinicienne américano-palestinienne spécialisée dans les traumatismes, la toxicomanie et le comportement interculturel. Ses écrits portent sur les aspects identitaires et les effets du déplacement, en particulier au sein de la diaspora palestinienne.

Des printemps en Bretagne de Jean Michel Boulanger. Editions Goater. 💛💛💛

Passant quelques jours de randonnée dans le Cap Sizun et la Cornouaille, rien de mieux que des lectures régionales pour un peu s’imprégner de l’histoire de la région.
La propriétaire du gîte que nous louions été originaire de Douarnenez et nous raconta succinctement l’histoire de ce port, ses conserveries de sardines au début du 20ème siècle , sa mairie communiste, ses femmes en grève en 1924 et cet esprit  » rouge  » toujours présent.
Un tour dans une librairie à Audierne et le libraire nous conseille le roman de Jean Michel Boulanger : Des printemps en Bretagne.
C’est un premier roman écrit par un maître de conférence en géographie et aussi un vice président du Conseil Régional de Bretagne.
C’est parfois didactique mais c’est toujours intéressant et éclairant sur Douarnenez et la Bretagne dans les années 1920.
Francois Tanguy est un jeune garçon qui vit avec sa famille paysanne près de Guingamp. La guerre de 14 aura semé l’effroi dans la famille avec des frères qui ne reviendront pas et une mère qui mourra de chagrin.
Suite à ces études à Rennes, il décroche un poste de professeur auprès des élèves de l’école de pêche de Douarnenez.
En vivant à Douarnenez il va être confronté au communisme libertaire, aux prémices du féminisme avec l’élection d’une sardiniere au conseil municipal.
Il sera confronté aussi à son propre pacifisme suite à la tragédie de la guerre, sans oublier la place du catholicisme en Bretagne.
A côté du personnage fictionnel de François, prend place un personnage haut en couleurs : Flanchec maire communiste de Douarnenez, avec ses ombres et ses lumières.
En tout cas quand vous arpentez les rues et venelles de Douarnenez, vous êtes emprunt d’une certaine gravité vis à vis du combat qu’ont mené les sardinières.
Il en reste des traces comme cette peinture sur l’une des maisons de la place du Sémaphore.
Et savez- vous qu’à Douarnenez tous les magasins sont fermés le dimanche. Souvenir d’une ville militante.


Les chants du large. Pocket. 💛💛💛💛

Terre Neuve. Une famille vivant à Big Running dans les années 1990. Il y a les parents , Martha et Aidan et les enfants Cora et Finn.
La plupart des habitants de Big Running vivent de la pêche. Mais le poisson se raréfie et les habitants quittent Big Running. A leur tour Martha et Aidan sont confrontés à ce départ. Ils décident de partir à tour de rôle quelques mois dans l’Alberta pour travailler.
Pendant ce temps Cora refait le monde et les pays en décorant les maisons abandonnées tandis que Finn essaye de faire revenir le poisson pour sauver son île et son enfance.
Au milieu de cela , le brouillard, la brume, les frimas, le chant des sirènes qui nous happent et entoure cette histoire grave d’un halo de poésie et d’envoûtement.
C’est la magie de l’écriture d’Emma Hooper. Elle nous entraîne dans les confins de Terre-Neuve où tout devient possible.
Il faut se laisser prendre par le chant des sirènes, par les contes racontés par les anciens. Il faut comme Finn compter les étoiles et les lumières des bateaux. Il faut entrer avec Cora dans ses maisons qu’elle a décoré.
Entre rêve et magie la réalité est bien présente et dure : sans poisson Terre-Neuve n’est rien. le départ est inéluctable. Comment vit on ce départ quand on est enfants ou adultes ?
Tout cela est traité avec finesse au plus de cette famille et des chants de marins ou de sirènes.
Et dans le brouillard de Terre-Neuve, les ombres et les lumières sont évanescentes et permettent au lecteur de laisser filer son imagination.


Emma Hooper détient un doctorat en études musico-littéraires de l’Université d’East Anglia5 en 2010. Elle enseigne à l’Université de Bath Spa et fait également partie de plusieurs groupes de musique, dont Stringbeans (désormais Red Carousel6), un quatuor à cordes, en tant que violoniste5,7,8. Son projet musical solo, Waitress for the Bees, dans lequel elle marie violon et accordéon, lui permet de faire des tournées à l’internationale et lui a vallu le Finnish Cultural Knighthood8,9. En 2004, elle quitte le Canada pour s’installer à Bath, en Angleterre2.


555 de Hélène Gestern. Arlea 💛💛💛

555. 5.
Voici les deux chiffres que martèle ce roman
555 comme les 555 sonates écrites par Dominico Scarlatti.
5 comme le nombre de personnages principaux
L’auteur, Hélène Gestern n’a pas été jusqu’à faire un roman de 555 pages !
le bandeau de couverture nous apprend que ce roman a obtenu le grand prix RTL Lire et le grand prix Relay.
Des grands prix généralistes pour un roman qu’il est tout autant !
Vous comprendrez avec cette introduction que je n’ai pas été totalement emballé par ce roman
Cela reste une lecture agréable pour un été mais je pense que dans quelques mois les 555 sonates de Scarlatti seront oubliées.
Donc Scarlatti à écrit 555 sonates et l’un des 5 protagonistes de l’histoire découvre dans la doublure d’un étui à violoncelle une partition ancienne qui semble avoir été écrite par Scarlatti.
Ce protagoniste est Grégoire Coblence , ébéniste de son état.
Vont s’ajouter à Grégoire Coblence quatre autres personnages :
Giancarlo Albizon luthier et associé de Grégoire Coblence.
Manig Terzian claveciniste mondialement connue, ayant enregistrée l’intégrale des sonates de Scarlatti.
Rodolphe Luzin-Page, professeur universitaire de musicologie à la Sorbonne et à Harvard.
Enfin Joris de Jonghe collectionneur d’art.
Ces cinq personnages vont devenir tour à tour et de façon régulière et systématique les narrateurs du livre.
Chaque chapitre portant le nom du narrateur .
Il faut ajouter un sixième narrateur, anonyme et en voix off.
Tout est en place pour faire de ce roman un page turner et cela fonctionne bien. Rien à redire.
Comme je l’ai dit précédemment, ce qui m’à gêné, c’est le côté généraliste du roman. Les métiers, les personnages ne sont pas assez fouillés. Il y avait pourtant de l’originalité dans ces métiers : luthier, ébéniste, claveciniste.
Rapidement on devine qui est derrière la voix off.
On avance donc dans un roman dont on devine l’intrigue et pour lequel on n’a pas de quoi s’attacher aux personnages.
Un peu frustrant et je n’ai même pas écouté de Scarlatti ! le comble.


Hélène Gestern est une écrivaine française née en 1971. Elle vit et travaille à Nancy. Elle est enseignante-chercheuse à l’Université, où elle est rattachée à un laboratoire spécialisé dans l’étude du lexique. Elle co-anime à Paris une équipe de recherche et un séminaire consacré aux écrits personnels (autobiographies, journaux et correspondances).

Que reviennent ceux qui sont loin de Pierre Adrian. Gallimard. 💛💛💛💛

Des enfants, des cousins et cousines, des oncles et tantes à foison, des grands mères , des grands pères , une grande maison , le mois d’Août, la Bretagne. Des souvenirs de vacances.
Cela me parle. Souvenirs de vacances en Bretagne , au fin fond de la Lozère ou encore au bord de la Mer du Nord. Arrivent et repartent les cousins et cousines , un oncle une tante ou encore une grand mère. Nostalgie, mélancolie mais aussi douceurs de ces moments partagés en tribu. Des moments de vie qui restent gravés et qui jalonnent de petites pierres notre vie .
Et comme le dit Pierre Adrian : Que reviennent ceux qui sont loin.
Ce roman est un bonbon acidulé , fait de tableaux d’été en pente douce. On se remémore notre enfance; des moments qui n’existe plus.
Pierre Adrian nous diffuse un baume apaisant.
Pour lui c’est le temps des retrouvailles estivales dans la grande maison familiale dans le nord Finistère à quelques encablures des abers. le retour aux sources .
Il faudra faire fi d’une certaine intimité. La grande maison est collective. Ca vit, ça foisonne. Les générations se mélangent . Les plus jeunes sont en apprentissage.
Avec délicatesse Pierre Adrian , trentenaire, nous rappelle que chacun nous avons nos tribus, et que quelque soit nos souvenirs d’enfance ils se nimbent de recommencement, de transmission.
A trente ans il est devenu un oncle pour Jean , petit garçon de 6 ans. le temps file, l’insouciance s’effiloche entre la grand mère nonagénaire et Jean, cet enfant qu’il n’est plus. La grand mère sera t elle encore là l’année prochaine ?
Et pourtant la fatalité sera tout autre, donnant une autre couleur au roman. Rappelant que le bonheur est souvent éphémère et discret.
Pierre Adrian nous parle de la vie , de sa fragilité avec une profonde émotion.
Ce qui est le présent des enfants est déjà des souvenirs chez les plus grands. Le temps passe , recouvre notre vie de souvenirs comme ses grandes marées qui découvrent exceptionnellement un pan de plage.
L’un des plus beaux livres de la rentrée littéraire.

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Pierre Adrian a grandi en région parisienne et vit à Rome. Après des études d’histoire et de journalisme, il a écrit son premier livre, La Piste Pasolini, en 2015 aux éditions des Équateurs : un récit initiatique et une réflexion sur ce qui fait de Pasolini un intellectuel et un « meneur d’âmes » pour la jeunesse d’aujourd’hui5,6,7,8.

Le livre est salué par la critique littéraire comme « un premier livre décapant et passionné » dans lequel l’auteur « est parvenu à capter ce creuset mystérieux où la douleur se mue en écriture » (Francine de Martinoir, La Croix5). Tandis que Bruno Corty annonce : « Pierre Adrian : retenez bien ce nom. Il n’a pas fini de nous surprendre. », Christophe Ono-dit-Biot se réjouit : « La Piste Pasolini nous prouve que la littérature n’est pas morte dans le cœur des jeunes gens. » La Piste Pasolini est sélectionné sur les listes des prix Renaudot et Décembre 2015. Le roman est finalement récompensé en 2016 par le prix des Deux-Magots et le prix François-Mauriac de l’Académie française.

Il publie son deuxième livre, Des âmes simples, en janvier 2017 aux éditions des Équateurs. Dans L’Obs, Jérôme Garcin écrit: « Ce livre a même des vertus rédemptrices. Il nous dédommage de notre époque. »[1] [archive] Le livre reçoit le prix Roger-Nimier9 en octobre 2017.

En janvier 2018, Pierre Adrian réédite et préface L’Inconnu me dévore du poète Xavier Grall, publié initialement aux Éditions Calligrammes. Il présente la lecture du livre par l’acteur Jacques Gamblin à la Maison de la Poésie à Paris.

En mai 2018, en collaboration avec Philibert Humm, Pierre Adrian publie Le Tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui, toujours aux éditions des Équateurs. Le livre reprend l’itinéraire du célèbre Tour de la France par deux enfants de G. Bruno, publié pour la première fois en 1877. Sélectionné pour le Prix Renaudot de l’essai, Le livre est couronné par le Prix Lamartine des Départements de France.

Amateur de football et de cyclisme, il devient chroniqueur dans Le Magazine l’Équipe en novembre 2016. Il collabore avec d’autres médias tels So Foot et Le Figaro Littéraire.

S’adapter de Clara Dupont-Monod. Stock. 💛💛💛💛💛

Clara Dupont-Monod EAN : 9782234089549
200 pages
STOCK (25/08/2021)

Une fois le roman de Clara Dupont-Monod refermé, il reste une impression de plénitude.
Tout de même étonnant alors que l’on vient d’accompagner une fratrie dont l’un des leurs est handicapé.
Non ,pas un handicapé. Comme le dit l’ainé dès les premières lignes du roman : » Un jour dans ma famille est né un enfant inadapté « 
Inadapté, s’adapter. Des mots qui résonnent tout au long du roman, qui résonnent dans la montagne cévenole ou habite cette famille.
Cette famille dont le regard sera porté sur les enfants. D’abord et surtout les émotions et les ressentis des enfants. Tout passe par eux. Les parents , les adultes en retrait mais présent.
Trois enfants autour d’un être inadapté : l’ainé , la cadette et puis le dernier qui n’aura pas connu l’enfant inadapté.
Trois enfants et trois regards , trois combats , trois souffrances, trois espoirs.
L’ainé emporté par l’amour , l’empathie pour son frère . Une relation de caresse, de toucher, d’ouie. Une intiminté avec la nature et la montagne.
La cadette , elle, dans sa colère ‘avoir perdu son frère ainé par la faute d’un enfant inadapté. Elle refuse tout contact avec se frère qui ne lui renvoie que souffrance physique et malformations.
Le dernier, qui lui se sent enfant de remplacement. Serait-il là si le petit frère n’avait pas été handicapé ? Quel rôle veut on lui faire jouer. Pense-t-il être un sauveur ?
Trois enfants dont la relation au frère inadapté va transformer leur vie future entre effacement et suractivité.
Avec cette fratrie, Clara Dupont-Monod nous livre un roman magnifique et lumineux , toujours sur le fil mais d’une humanité et de profondeur d’âme remarquable.
L’âme ? il faut en parler car elle irrigue ce roman et pas seulement dans le coeur des personnages
Clara Dupont-Monod n’a surement pas choisi par hasard de situer son roman dans les Cévennes. Les Cévennes ont une histoire , une âme. L’âme des camisards; des protestants, l’âme d’un pays montagneux à la vie dure. Et dans cet état d’esprit Clara Dupont-Monod a choisi de faire vivre son roman par des pierres. Les pierres mousseuses de la cour intérieure de l’habitation.
Des pierres qui parlent, qui s’émeuvent. Des pierres qui ont une âme. Des pierres dont l’ainé se sent proche.
Cet ainé si proche de son frère inadapté et si proche de la nature ,de la montagne, des pierres. Ces pierres dont il demande le soutien . Ces pierres qui font partie de cette famille. Ces pierres qui depuis des siècles protègent cette habitation.
Ce terreau humain et naturel m’a profondément touché .
Emprisonné dans son corps flasque, ce petit garçon aveugle n’a que peu de capacité pour entrer en contact avec l’autre. Et pourtant il fait parti du monde, que ce soit le monde humain ou le monde naturel.
Un supplément d’âme dont une fratrie et des pierres mousseusses s’emparent dans un grand roman.

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Clara Dupont-Monod, née le 7 octobre 1973 à Paris, est une écrivaine et une journaliste française.

Elle publie son premier texte, Eova Luciole, en 1998. La Folie du roi Marc met en scène le mari oublié d’Yseut, dans le mythe de Tristan et YseutHistoire d’une prostituée raconte le quotidien et la psyché d’une prostituée, que l’écrivaine a rencontrée et suivie pendant un an. Son quatrième roman, La Passion selon Juette, décrit le combat d’une femme du xiie siècle qui refuse les diktats d’un monde où les femmes n’ont pas leur mot à dire face à une Église toute-puissante, s’appuyant sur la biographie de Ivette de Huy rédigée en latin médiéval par son ami, le religieux Hugues de Floreffe. Ce roman obtient le prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire qui est décerné pour la première fois. Il est retenu dans la liste du Femina et reste jusqu’à la dernière liste du prix Goncourt 2007. En 2011, elle publie Nestor rend les armes, un texte sur un homme obèse. Ce roman est retenu sur la première liste du prix Fémina 20117.

Elle reçoit le 4 décembre 2014 le prix du magazine Point de vue, pour son livre sur Aliénor d’AquitaineLe roi disait que j’étais diable8.

Son roman, La Révolte, fait partie des quinze romans sélectionnés pour le prix Goncourt 20189 et de la première sélection pour le prix Femina10.

En 2021, son roman S’adapter, qui raconte l’arrivée d’un enfant handicapé dans une famille11, est en lice pour le Goncourt12. Il est récompensé du prix Femina13. Un mois plus tard, le roman reçoit également le Prix Goncourt des lycéens14.


Watergang de Mario Alonso. Le Tripode. 💛💛💛💛

Mario AlonsoEAN : 9782370553126
LE TRIPODE (06/01/2022) 222 pages.

Watergang est un premier roman original et déroutant.
Par la forme de son roman Mario Alonso nous déconcerte. le titre du chapitre nous indique qui sera le narrateur des quelques pages qui vont suivre. Toujours des chapitres courts.
Donc nous connaissons le narrateur pour chaque chapitre. Quand le chapitre a pour titre Kim, Paul, Julia , Jens, John on est dans un univers connu.
Par contre quand le narrateur devient Middelbourg, roman, action, Nous, lande ou canal, on rentre dans un autre monde.
Et c’est là, toute la réussite de se premier roman.
Marion Alonso nous invite à prendre un tout. Autour des personnages le lieu du Watergang est primordial; dédale de fossés et d’ouvrages de drainage du polder
Entre polders et canaux la petite ville de Middelbourg rêve d’ailleurs. Un ailleurs que l’on peut deviner : les côtes anglaises.
Dans cette petite ville, un garçon de 12 ans : Paul. Il vit avec sa mère divorcée et qui travaille dans un supermarché. Il a une grande soeur qui est enceinte.
Milieu social simple. Des vies un peu esquintées.
Et dans cette grisaille, les rêves de Paul : il veut devenir écrivain. Il noircit des cahiers en courant le Watergang.
En faisant parler les personnages et les lieux , Mario Alonso crée une atmosphère naturaliste proche du cinéma des années 50.
Chacun est en recherche d’identité, de reconnaissance.
Est il possible de s’évader du polder, du Watergang. Ce polder, sous le niveau de la mer, entouré de digues. Les côtes anglaises sont elles un mirage. Ou peut on espérer, envisager une autre vie.
L’auteur esquisse des réponses.
La plus originale : les changements d’identité . Paul devient Jan quand il se voit écrivain. Kim devient Birgit pour Paul. Julia la maman devient Super.
Ces personnages pour lesquels l’auteur a une tendresse particulière. Tendresse qu’il nous transmet pour faire de ce premier roman une réussite


« Dans sa tête il y a du vent qui se forme et qui a besoin d’un nouveau couloir pour circuler. Je ne fais qu’exprimer avec des mots ce que son corps exprime pendant son sommeil. Et ce que son corps dit Jens le pense  » ( page 221 )



Né quelque part en Espagne dans les années 60, Mario Alonso arrive en France et se destine à être handballeur professionnel. Il change bientôt d’avis et devient guitariste dans un groupe de New Wave, puis vendeur de manteaux de fourrures et photographe dans une agence publicitaire, avant de se tourner vers le livre, à cause des écrivains américains qui ont fini par le pervertir. Il publie en 2021 Lignes de flottaisons, un recueil d’aphorismes rafraîchissants édité en Belgique par Le Cactus inébranlable. Un second opus est prévu en 2023. Aujourd’hui, l’auteur s’est fixé un nouvel objectif, écrire des romans paysages. Watergang est sa première vague.

Watergang

La nuit des pères de Gaëlle Josse. Notabilia.💛💛💛💛💛

Gaëlle JosseEAN : 9782882507488
NOIR SUR BLANC (18/08/2022) 173 pages

Il est des livres qui vous accompagnerons longtemps .
La nuit des pères de Gaelle Josse est de ceux là.


 » Mais grand frère, nous le savons tous les deux que ça ne veut rien dire, faire son deuil, que c’est une expression pour les magazines, on continue à marcher avec nos morts sur les épaules, avec nos ombres, et rien d’autres. Nous le savons que, chaque matin, il faut se rassembler, se lever, se mettre en marche, quoi qu’il en coûte. Que la douleur est un archipel dont on n’a jamais fini d’explorer les passes et les courants. Qu’elle est inépuisable. Lente, féroce et patiente comme un fauve. » ( page 39 )


Le grand frère c’est Olivier. Celui-ci demande à sa soeur Isabelle de le rejoindre dans la maison familiale , dans un village des Alpes.
La santé de leur père, Marc, décline petit à petit. Il s’enfonce lentement dans l’oubli et dans son monde.
La relation d’Isabelle et de son père est un long chemin d’absence.

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Je vois de l’attention dans tes yeux, une attention que je n’ai jamais connue. Je respire, et je parle, je te raconte ce que je peux de ma vie. C’est ta fille froissée qui est là, qui essaie de se tenir droite dans le vent. Ta fille qui tremble. Ta fille qui t’as attendu tous les jours, tout le temps.

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Le chemin d’un père restait au village et ne vivant que pour sa montagne et pour son métier de guide.
Un père irascible, violent .
Pendant les quelques jours du roman, Gaelle Josse va nous faire entendre les voix de la famille.
C’est magnifique, c’est juste.
Reviennent les moments joyeux , rares mais tellement importants.
Reviennent les déchirures, les silences, les non dits.

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J’avais dix ans et j’étais un monstre. On me l’a dit . Je l’ai cru.

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La plume de Gaelle Josse est à vif. Elle incise, elle fait mal bien sûr, mais elle est aussi soin, réparation.
Chaque voix à ses secrets, ses vérités.
C’est une lecture intense qui interroge sur nos propres vies et nos propres silences.
Silences enfouis car leurs vérités seraient une déflagration, un cri.
C’est une lecture qui nous dit l’importance du lien, qui nous touche au plus profond.
Chacun nous connaissons la nuit des pères, une nuit qui mène vers la liberté, une mort éveillée.
Magnifique roman.

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Nous voici donc arrivés à la tombée du jour. J’ai voulu être là, avec lui, tant qu’il a souhaité. Il a fallu accepter de laisser partir ce qui doit partir, accepter de le savoir là haut, monté à la rencontre de sa nuit ultime.

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Gaëlle Josse, née le 22 septembre 1960, est une femme de lettres française. Après des études de droit, de journalisme et de psychologie clinique, Gaëlle Josse vit quelques années en Nouvelle-Calédonie.
Elle travaille actuellement comme rédactrice pour un site Internet à Paris et organise aussi des ateliers d’écoute musicale et d’écriture, pour adultes et adolescents.
Elle dit être venue à la littérature par la poésie. Ses livres sont étudiés dans de nombreux lycées.
En 2014, elle est la lauréate du Prix littéraire des Rotary Clubs de langue Française pour son roman Le Dernier Gardien d’Ellis Island.
En 2015, elle est finaliste du Prix des libraires et lauréate du prix de littérature de l’Union européenne pour son roman Le Dernier Gardien d’Ellis Island.
En 2016, elle est marraine du prix littéraire des jeunes Européens.

Le pingouin d’Andrei Kourkov. Liana Lévi. 💛💛💛

Livre culte. Iconoclaste. Humour.
Comment rester sourd au pingouin d’Andrei Kourkov ?
Personnellement je voue une affection prononcée pour le manchot royal. Sa grâce dans l’eau contrastant avec sa démarche pataude doivent être un miroir des domaines où j’excelle et des domaines où je suis d’une médiocrité affligeante.
Et puis Monsieur Manchot est aussi celui qui s’occupe de ces petits.
Ça valorise la paternité !
Donc je voue une affection prononcée pour le manchot royal.
Et donc voici un roman intitu lé le pingouin.
Funeste erreur. Notre pingouin, Micha dans le roman.est un vrai manchot royal , 1 mètre sous la toise , noir et blanc tout comme il faut.
Alors pourquoi parler de pingouin ?
Serions nous au prise avec des secrets, de la conspiration, du complotisme.
C’est bien possible.
Nous sommes au mitan des années 1990 à Kiev. L’URSS à vécu. La Russie émerge et Kiev et l’Ukraine restent encore des vassaux de Moscou malgré l’indépendance de 1991.
Le zoo de Kiev est à l’agonie. Que faire des animaux ? Pourquoi pas faire des demandes d’adoption.
C’est ce qui arrive à notre pingouin manchot.
Un écrivain au chômage Victor Zolotarev va le prendre chez lui.
Un appartement , une baignoire, du poisson congelé. Voilà la nouvelle vie de Micha.
Une nouvelle vie fait de mélancolie.
Victor au chômage n’est pas en bien meilleure forme.
Pourtant il va être contacté par un quotidien pour travailler à la rubrique nécrologique.
A lui d’écrire de belles nécrologies sur des personnes encore bien vivantes.
Travail lucratif que ces  » petites croix  » littéraires.
Et puis un beau jour ces  » petites croix  » disparaissent réellement.
Donc je résume : nous sommes à Kiev au début de l’indépendance de l’Ukraine mais encore sous influence de la Russie, dans un appartement avec Victor qui écrit des notices nécrologiques et un pingouin manchot neurasthénique.
Situation incongrue dans laquelle nous entraîne Andrei Kourkov. Il serait vain de résumer l’histoire de Victor et Micha.
Tout est dans le décalage et une certaine absurdité proche du réel.
Ce décalage et cette absurdité ne m’ont pas toujours convaincu.
Pourtant ce décalage et cette absurdité matche bien avec le monde post soviétique .
Donc pas toujours convaincu mais sûrement interpellé.
Reste Micha, le manchot royal.
Il me conforte dans l’affection que je porte à cet animal.
Rien que pour cela la lecture de ce roman est intéressante . Mais vous aurez compris que cela est éminemment subjectif !


Né en 1961, Andreï Kourlov est un écrivain ukrainien. Avant de se consacrer à l’écriture, il a exercé différents métiers comme rédacteur, gardien de prison, ou encore cameraman. Dans les années 1980, il écrit plusieurs scénarios de films. En 2000, il publie son premier roman, Pingouin, dans lequel il met en scène la vie quotidienne d’un chômeur en Ukraine. En 2014, il publie Face Nord, une biographie du photographe français Charles Delcourt.

Un entretien de 2022 d’Andrei Kourkov portant sur la situation de l’Ukraine et sur son dernier roman : Les abeilles grises.

Le procès des rats de Charles Daubas. Gallimard. 💛

Le procès des rats est un roman étrange et confus.
Charles Daubas nous entraîne en 1510 entre Bourgogne et Morvan à Autun. Autun haut lieu religieux et médiéval. Son évêché en fait foi.
En cette année 1510 , les cultures ont été ravagées par une cohorte de rats et la peur de la peste s’immisce rapidement entre les remparts d »Autun.
Comme cela se faisait au Moyen Âge, un procès contre les rats est intenté. Dans le rôle de l’accusateur, l’Église , dans le rôle du défenseur, l’avocat Chasseneuz .
Ce procès qui tient lieu de titre et de quatrième de couverture n’est pas le centre du roman. On en parle au début, on en parle à la fin. Une autre histoire fait vivre de façon confuse le roman : l’histoire de Jean Mortagne dit Caboche, boucher-éleveur , et de quelques enfants vivant dans la forêt et aux prises avec une ourse et d’autres animaux.
La superposition de ces deux histoires rend pour le moins le roman peu cohérent.
Bien que court ( 150 pages ), le roman paraît fastidieux et le but recherché par l’auteur est loin d’être perceptible.
Je n’ai malheureusement trouvé aucune philosophie, aucune poésie dans cette lecture.
Je pensais que serait développé une réflexion sur le pouvoir des hommes, des animaux. Quelle place donne t on à chacun..
Le procès des rats reste à faire.