Archives pour la catégorie roman étranger

Un passage vers le Nord d’Anuk Arudpragasam. Le Bruit du monde. 💛💛💛💛

Ce n’est pas fréquent , même voire rare , d’avoir entre les mains un roman qui nous raconte le Sri Lanka.
Anciennement Ceylan , le Sri Lanka reste lié géographiquement à l’Inde du Sud. Juste un isthme sépare l’île du sous continent indien. Cette proximité avec l’Inde fait que le Nord du Sri Lanka est peuplé de Tamouls , originaire du Tamil Nadu l’une des provinces du Sud de l’Inde. Les Tamouls vivants au Sri Lanka sont de religion hindou. Cette religion existait bien avant l’arrivée du bouddhisme dans l’île.
Depuis que le Sri Lanka a obtenu son indépendance de la grande Bretagne en 1948 les relations entre la majorité Sri Lankaise et la minorité tamoule sont difficiles. Cette tension a conduit à la formation de groupe demandant l’indépendance des Tamouls et du Nord et Nord Est de l’Ile. En 1976 fut crée le Mouvement des Tigres de libération de l’Eelam Tamoul ( LTTE ) et appelé plus succinctement les Tigres du Tamoul.
Une guerre civile féroce a ensanglanté le pays et à pris fin en 2009.
Ceci longuement posé , il est plus facile de mettre en place la trame du roman.
La guerre civile est terminée.
Krishan est un jeune étudiant qui a terminé ses études en Inde à New Delhi. Il est de retour chez sa mère à Colombo et avant d’entamer sa vie professionnelle , il souhaite aider la population du Nord de l’ile qui a été traumatisé par la guerre civile. Il se met au service d’une ONG locale.
Il revient chaque fin de semaine chez sa mère à Colombo. Celle-ci vit avec Appamma ,sa mère et grand mère de Khrishan.
Appamma est de santé déclinante et requerra à terme l’aide d’une soignante.
Lors de l’un de ses séjours dans le Nord il a rencontré Rani , femme d’un certain âge qui accepte de devenir aide soignante auprès d’Appamma.
Rani fait des retours réguliers dans son village du Nord.
Lors de l’un de ces retours , Krishnan et sa mère vont être informés que Rani a été retrouvée morte au fonds d’un puits.
Krishan souhaite assister aux funérailles de Rani et entame un long voyage en train vers le Nord du Sri Lanka.
Ce voyage sera un temps de réflexion , de calme , de retour sur lui même et de lien avec Rani.
Que penser d’un étudiant qui vit à New Delhi loin de son pays et des affres de la guerre civile.
Pourquoi être privilégié alors qu’une partie de la jeunesse est au prise avec la guerre.
Quel devoir de mémoire Krishan doit il maintenir alors que Rani a perdu son mari et des deux garçons durant cette guerre civile.
A partir d’une écriture sensible, empathique et philosophique , l’auteur , Anuk Arudpragasam nous bluffe par par le portait qu’il nous dresse du Sri Lanka , de sa jeunesse et de son avenir.
Que ce soit l’intime ou plus prosaïquement le général , son écriture détaillée , très précise nous entraine au cœur des sentiments ou au cœur des rites des funérailles hindous avec une grande sensibilité.
Pour avoir découvert il y a une dizaine d’années le Sud de l’Inde et le Sri Lanka , j’ai retrouvé dans ce roman  » Un passage vers le Nord  » des émotions qui m’avaient traversé.
Une très belle découverte.

Docteur en philosophie diplômé à l’université Columbia, il a publié deux romans. Le premier, Un bref mariage, a été nominé au prix Dylan-Thomas. Le deuxième, Un passage vers le Nord, lui a valu d’être l’un des finalistes du Prix Booker en 2021.

Arudpragasam est né en 1988 à Colombo, Sri Lanka, de parents tamouls1. Il a grandi dans une famille aisée de Colombo. Sa famille est originaire du nord-est du pays. Cependant, lui-même n’a jamais été en contact direct avec la guerre civile qui a fait rage dans le nord et l’est de Sri Lanka de 1983 à 2009. Bien qu’il ne soit pas issu d’une famille littéraire, ses parents l’ont encouragé à lire des livres dès son plus jeune âge. Arudpragasam n’a suivi leurs conseils qu’à l’adolescence, lorsqu’il a trouvé un gout pour la littérature philosophique dans une librairie de Colombo2. Il a déménagé aux États-Unis à l’âge de 18 ans pour poursuivre des études à l’université Stanford, où il a obtenu un Bachelor of Arts (BA) en 20103. Après l’obtention de ce diplôme, il a vécu pendant un an dans l’État indien du Tamil Nadu. Il a ensuite entamé un doctorat en philosophie à l’université Columbia, qu’il a achevé en 2019. ( Biographie Wikipédia )

A retrouver sur Le Monde :

https://www.lemonde.fr/livres/article/2023/01/29/un-passage-vers-le-nord-d-anuk-arudpragasam-cendres-du-deuil-au-sri-lanka_6159757_3260.html

Le cartographe des absences de Mia Couto. Metailié. 💛💛💛💛

 » Les lieux sont comme les livres. Ils n’existent que lorsqu’on les lit pour la deuxième fois ».
Comment mieux définir le cartographe des absences de Mia Couto.
Histoire personnelle que raconte l’auteur.
En 2019 l’université de Beria au Mozambique invite le poète Diogo Santiago. Celui-ci va retourner au Mozambique sur les traces de son enfance et de celle de son père entre autre.
Son père Adriano Santiago , poète lui aussi, engagé contre le colonialisme portugais.
Ce retour au pays va redessiner la cartographie des absences et lui permettre de trouver les traces de son passé et de celui des hommes et des femmes qui ont vécu ce colonialisme portugais.
Le roman sera un incessant ballet entre ces années 1970 et l’année 2019.
Pour faire le lin entre ces deux périodes Diogo rencontrera Liana Campos. Liana est une orpheline. C’est parents se sont suicidés car ils ne pouvaient vivre leur amour étant de race différente.
Liana avait comme grand père Oscar Campos , inspecteur de la police du colonisateur , la sinistre PIDE.
Liana a récupéré chez ce grand père un certains nombre de documents concernant l’époque de la colonisation. Il s’agit surtout de courriers et du cahier intime du père de Diogo.
La cartographie des absences va pouvoir se dessiner.
En retour , Diogo aidera Liana à découvrir elle aussi sa cartographie des absences.
Liana et Diogo découvriront le niveau de violence et de racisme de ces années de colonisation ainsi que les choix qu’ont du faire leur père ou grand père.
Ce roman est porté par l’écriture et la poèsie de Mia Couto.
L’indicible est dit de façon claire, brutale, mais souvent avec les mots poétiques attribués à Adriano ou Diego Santiago.
Des portes ouvertes sur un avenir ou l’espoir est présent.
 » le souvenir est le meilleur moyen d’échapper au passé « 
« Je n’ai pas assez de ma peau, j’ai besoin de la tienne pour ne pas saigner « 
« La maison est une attente, seul revient celui qui n’en est jamais sorti »
« Tu apprendras mille langues, et tu mourras toujours dans une langue inconnue « 
« Le poète, ce gardien des histoires qui charrie des absences et des silences comme s’ils étaient des graines « 
Le cartographe a fait que des absences sont devenues des présences.
Des présences qui mettent un nom sur des hommes et des femmes et sur un pays qui ont survécu au colonialisme et à une guerre civile.

Mia Couto est né au Mozambique en 1955. Après avoir étudié la médecine et la biologie, il s’engage aux côtés du frelimo en faveur de l’indépendance du pays, devient journaliste puis écrivain. Il travaille actuellement comme biologiste, spécialiste des zones côtières, et enseigne l’écologie à l’université de Maputo. Pour Henning Mankell, « il est aujourd’hui l’un des auteurs les plus intéressants et les plus importants d’Afrique ». Ses romans sont traduits dans plus de 30 pays.

Il a reçu de nombreux prix pour son œuvre, dont le Prix de la francophonie en 2012, le prix Camões en 2013, le prix Neustadt 2014 (Allemagne), il a également été finaliste de l’Impac Dublin Literary Award et du Man Booker Prize en 2015.

L’odyssée de Sven de Nathaniel Ian Miller. Buchet – Chastel . 💛💛💛💛

L’odyssée de Sven est un premier roman qui tient toutes ses promesses. Il ne faut pas s’arrêter au titre et à la couverture du livre. Il ne s’agit pas seulement d’un roman d’aventure se déroulant dans le Grand Nord au Spitzberg.
Nathaniel Ian Miller s’est inspiré d’un véritable chasseur – trappeur dont on ne sait pas grand chose pour son histoire.
Sven est un jeune suédois vivant à Stockholm au début du 20éme siècle. Ce nouveau siècle synonyme de travail , de lutte des classes ne lui convient guère. Ses lectures lui ont fait découvrir Nansen, Amundsen, les explorateurs polaires.
Quittant Stockholm il décide d’assouvir cette passion en rejoignant le Spitzberg et en devenant mineur .
L’aventure géographique, exploratrice va devenir humaine.
A travers ces expériences Sven va découvrir en lui un besoin de solitude, de retrait de la famille, du monde mais aussi un besoin de retour à l’animal, à la nature.
Plus prenant encore un retour à la pierre, à la géologie. Dans ces contrées sauvages, dures et froides le minéral prend toute sa place.
Pour vivre ce chamboulement Sven va être accompagné de personnages profondément humains comme Tapio le trappeur, Charles McIntyre ou encore Eberhard le chien.
C’est avec cette palette de personnages que le roman est plus qu’un roman d’aventures.
Nathaniel Ian Miller nous met en présence de personnages atypiques, improbables. Dans une société dite civilisée, ces personnages n’auraient pas pignon sur rue. Ils feraient partie des déclassés, des laisser pour compte.
Ici, il porte l’histoire. Derrière les affres de la vie il n’y a qu’empathie, solidarité.
On se trouve bien dans ce Grand Nord ! Ce Grand Nord dans lequel Sven et Charles McIntyre n’oublient pas les bienfaits des livres et de l’amitié.
C’est aussi un roman de l intériorité, de la découverte de soi et de la redéfinition de la famille.
Sven était parti pour connaître la solitude. Il en reviendra plus social et ayant fait des émules.
L’odyssée porte bien son nom : un voyage rempli d’aventures singulières auquel Nathaniel Ian Miller donne un éclat particulier par son empathie et son humanité.
Les cabanes du Spitzberg doivent encore être empreintes de l’âme de Sven, Tapio, Helga, Charles ou Eberhard.


Nathaniel Ian Miller est éleveur de bétail dans le Vermont. En 2012, il a participé à la résidence Arctic Circle dans le Svalbard et a découvert la cabane de Sven. L’Odyssée de Sven est son premier roman.

Nathaniel IanMiller a écrit pour le Santa Fe Reporter , Durango Herald , Milwaukee Journal-Sentinel , Missoula Independent et Virginia Quarterly Review . Il est titulaire d’un BA de l’Amherst College et d’une maîtrise en écriture créative et d’une maîtrise en études environnementales de l’Université du Montana.
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La ville des incendiaires de Hala Alyan. La Belle Etoile. 💛

Sans mentir si votre ramage se rapporte à votre plumage vous êtes le phénix….. ( Jean de la Fontaine )
Voici une phrase qui convient bien au roman de Hala Alyan La ville des incendiaires.
Le ramage ne correspond pas malheureusement au plumage.
L’auteur n’est peut être pas responsable totalement.
L’éditeur plus sûrement.
Faire une couverture avec des bâtiments de Beyrouth détruits et un titre volontairement suggestif. ensuite une quatrième de couverture qui indique :  » Hala Alyan retrace la destinée tragique de tout un pays, le Liban, marqué par la guerre, les tensions religieuses et les protestations politiques. Un pays prêt à s’embraser à tout instant, à l’instar de cette famille rongée par des secrets qui, révélés, pourraient faire exploser sa fragile existence. « 
Effectivement il n’y a que cela qui explose , car comment passer aussi largement de son sujet sur le Liban et le Proche Orient.
A aucun moment on ne ressent cette poudrière qu’a été le Liban pendant 40 ans.
Au détour des pages , seront parsemés quelques mots pour encapsuler le roman . Pour preuve la généralité du propos page 423 : Elle les inscrira à l’école américaine, près de l’université et quand ils seront un peu plus grands, ils raconteront leur année à Beyrouth aux autres adolescents. L’année des manifestations. l’année de la révolution « 
Voila tout est dit.
Il en sera de même dans tout le roman. Des généralités sur le Liban et la Syrie
La ville des incendiaires est surtout et totalement une saga sur une famille.
Famille libano- syrienne qui s’est exilée en Californie.
Nous sommes en présence des parents Idriss et Mazna et des enfants Ava, Marwann et Naj.
Idriss est propriétaire d’une maison familiale à Beyrouth et suite au décès de son pére, il souhaite s’en séparer. C’est l’occasion de regrouper toute la famille à Beyrouth.
Et vont ressortir les secrets , les petites histoires. Une saga quoi !
Et une saga çà se dilue. Alors cela devient lassant et long.
Une déception mêlée d’une certaine colère auprès de l’éditeur.
J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une Masse critique de Babelio.
Je les en remercie pour deux raisons :
1/ C’est toujours un plaisir de recevoir un livre et de découvrir
2/ Je ne suis pas fait pour les sagas !


Hala Alyan est une écrivaine, poétesse et psychologue clinicienne américano-palestinienne spécialisée dans les traumatismes, la toxicomanie et le comportement interculturel. Ses écrits portent sur les aspects identitaires et les effets du déplacement, en particulier au sein de la diaspora palestinienne.

Les chants du large. Pocket. 💛💛💛💛

Terre Neuve. Une famille vivant à Big Running dans les années 1990. Il y a les parents , Martha et Aidan et les enfants Cora et Finn.
La plupart des habitants de Big Running vivent de la pêche. Mais le poisson se raréfie et les habitants quittent Big Running. A leur tour Martha et Aidan sont confrontés à ce départ. Ils décident de partir à tour de rôle quelques mois dans l’Alberta pour travailler.
Pendant ce temps Cora refait le monde et les pays en décorant les maisons abandonnées tandis que Finn essaye de faire revenir le poisson pour sauver son île et son enfance.
Au milieu de cela , le brouillard, la brume, les frimas, le chant des sirènes qui nous happent et entoure cette histoire grave d’un halo de poésie et d’envoûtement.
C’est la magie de l’écriture d’Emma Hooper. Elle nous entraîne dans les confins de Terre-Neuve où tout devient possible.
Il faut se laisser prendre par le chant des sirènes, par les contes racontés par les anciens. Il faut comme Finn compter les étoiles et les lumières des bateaux. Il faut entrer avec Cora dans ses maisons qu’elle a décoré.
Entre rêve et magie la réalité est bien présente et dure : sans poisson Terre-Neuve n’est rien. le départ est inéluctable. Comment vit on ce départ quand on est enfants ou adultes ?
Tout cela est traité avec finesse au plus de cette famille et des chants de marins ou de sirènes.
Et dans le brouillard de Terre-Neuve, les ombres et les lumières sont évanescentes et permettent au lecteur de laisser filer son imagination.


Emma Hooper détient un doctorat en études musico-littéraires de l’Université d’East Anglia5 en 2010. Elle enseigne à l’Université de Bath Spa et fait également partie de plusieurs groupes de musique, dont Stringbeans (désormais Red Carousel6), un quatuor à cordes, en tant que violoniste5,7,8. Son projet musical solo, Waitress for the Bees, dans lequel elle marie violon et accordéon, lui permet de faire des tournées à l’internationale et lui a vallu le Finnish Cultural Knighthood8,9. En 2004, elle quitte le Canada pour s’installer à Bath, en Angleterre2.


Le pingouin d’Andrei Kourkov. Liana Lévi. 💛💛💛

Livre culte. Iconoclaste. Humour.
Comment rester sourd au pingouin d’Andrei Kourkov ?
Personnellement je voue une affection prononcée pour le manchot royal. Sa grâce dans l’eau contrastant avec sa démarche pataude doivent être un miroir des domaines où j’excelle et des domaines où je suis d’une médiocrité affligeante.
Et puis Monsieur Manchot est aussi celui qui s’occupe de ces petits.
Ça valorise la paternité !
Donc je voue une affection prononcée pour le manchot royal.
Et donc voici un roman intitu lé le pingouin.
Funeste erreur. Notre pingouin, Micha dans le roman.est un vrai manchot royal , 1 mètre sous la toise , noir et blanc tout comme il faut.
Alors pourquoi parler de pingouin ?
Serions nous au prise avec des secrets, de la conspiration, du complotisme.
C’est bien possible.
Nous sommes au mitan des années 1990 à Kiev. L’URSS à vécu. La Russie émerge et Kiev et l’Ukraine restent encore des vassaux de Moscou malgré l’indépendance de 1991.
Le zoo de Kiev est à l’agonie. Que faire des animaux ? Pourquoi pas faire des demandes d’adoption.
C’est ce qui arrive à notre pingouin manchot.
Un écrivain au chômage Victor Zolotarev va le prendre chez lui.
Un appartement , une baignoire, du poisson congelé. Voilà la nouvelle vie de Micha.
Une nouvelle vie fait de mélancolie.
Victor au chômage n’est pas en bien meilleure forme.
Pourtant il va être contacté par un quotidien pour travailler à la rubrique nécrologique.
A lui d’écrire de belles nécrologies sur des personnes encore bien vivantes.
Travail lucratif que ces  » petites croix  » littéraires.
Et puis un beau jour ces  » petites croix  » disparaissent réellement.
Donc je résume : nous sommes à Kiev au début de l’indépendance de l’Ukraine mais encore sous influence de la Russie, dans un appartement avec Victor qui écrit des notices nécrologiques et un pingouin manchot neurasthénique.
Situation incongrue dans laquelle nous entraîne Andrei Kourkov. Il serait vain de résumer l’histoire de Victor et Micha.
Tout est dans le décalage et une certaine absurdité proche du réel.
Ce décalage et cette absurdité ne m’ont pas toujours convaincu.
Pourtant ce décalage et cette absurdité matche bien avec le monde post soviétique .
Donc pas toujours convaincu mais sûrement interpellé.
Reste Micha, le manchot royal.
Il me conforte dans l’affection que je porte à cet animal.
Rien que pour cela la lecture de ce roman est intéressante . Mais vous aurez compris que cela est éminemment subjectif !


Né en 1961, Andreï Kourlov est un écrivain ukrainien. Avant de se consacrer à l’écriture, il a exercé différents métiers comme rédacteur, gardien de prison, ou encore cameraman. Dans les années 1980, il écrit plusieurs scénarios de films. En 2000, il publie son premier roman, Pingouin, dans lequel il met en scène la vie quotidienne d’un chômeur en Ukraine. En 2014, il publie Face Nord, une biographie du photographe français Charles Delcourt.

Un entretien de 2022 d’Andrei Kourkov portant sur la situation de l’Ukraine et sur son dernier roman : Les abeilles grises.

Toute une expédition de Franzobel. Flammarion. 💛💛

Effectivement c’est Toute une expédition que la lecture du roman de l’ écrivain autrichien Franzobel.
Dans ce récit-roman de 542 pages Franzobel nous raconte une tranche de l’histoire « conquérante » de l’Espagne dans le Nouveau Monde en 1540.
Cette tranche d’histoire met en avant l’expédition de Ferdinand Desoto de la Floride au Mississipi.
Ferdinand Desoto est un conquistador espagnol . Avant cette expédition il a participé aux expéditions de Cortes au Mexique et de Pizzaro au Pérou.
Le récit-roman de Franzobel s’appuie sur l’histoire , une documentation très importante pour nous conter cette expédition picaresque.
Ce coté picaresque voulu par Franzobel rend la lecture de ce roman ardu et interroge sur les moments de récits et de fiction.
Tout au long de la lecture , viens à l’esprit le récit de Don Quichotte.
Cela est encore plus flagrant quand au détour d’une page, Franzobel nous apprend que l’un de ces personnages, Elias Plim, pourrait dans l’avenir être Cervantes… ( sauf que les époques ne correspondent pas )
J’ai trouvé d’autres liens plus contemporains. Ce conquistador espagnol me semble proche d’Aguirre ou encore de Fitscarraldo, les personnages décadents du cinéastes Werner Herzog. Ces personnages lançaient dans des aventures extravagantes et vouéss à l’échec.
Desoto est du même acabit.
Son expédition de 800 personnes , 200 chevaux et de multitude de cochons, chèvres et poules, va rechercher l’Eldorado et le passage Sud des Indes Occidentales vers la Chine.
Cette expédition va aller d’échec en échec , de massacres d’Indiens en Massacres d’Indiens, de maladies en pandémies.
Les indiens , ce peuple premier, que les conquistadors veulent détruire.
A travers son écriture Franzobel fait de son livre une satire morale , provocatrice ,devant tendre à la réhabilitation des amérindiens.
Pour cela l’auteur dédie quelques chapitres autour de la propriété des terres indiennes et fait des allées retours entre 1540 et notre époque.
Malheureusement ces chapitres se diluent dans l’expédition . Au point de réapparaitre de façon très étonnante à la fin du livre.
Je n’ai donc pas trop accroché à cette expédition, ou l’acerbe se mêle au ridicule.
Expédition rocambolesque et interminable dont j’attendais la fin avec impatience
Je reconnais à cette lecture d’avoir découvert un pan de l’histoire des conquistadors et de savoir maintenant que Desoto a découvert le Mississippi et que les chevaux espagnols sont les ancêtres des chevaux Mustang.

Franzobel (pseudonyme pour Franz Stefan Griebl1), né le 1er mars 1967 (55 ans) à VöcklabruckHaute-Autriche, est un écrivain autrichien.

Franzobel, de son vrai nom Franz Stefan Griebl, est l’un des écrivains les plus populaires et controversés d’Autriche.

Il est diplômé en génie mécanique de Höhere Technische Lehranstalt et a étudié la langue et la littérature allemandes de 1986 à 1994 à Vienne.

Pendant ses études il travailla au Burgtheater de Vienne. Depuis 1989 Franzobel se consacre à l’écriture.

Dramaturge, poète et plasticien, il est l’auteur de la pièce « Kafka, comédie » (« Kafka. Eine Komödie », 1997) publiée aux Solitaires intempestifs.

Couronné du prix Nicolas Born 2017, son roman sur le naufrage de La Méduse, « À ce point de folie » (« Das Floß der Medusa », 2017), fut l’un des trois derniers ouvrages en lice pour le Deutscher Buchpreis (Prix du livre allemand) 2017.

Les oiseaux chanteurs de Christy Lefteri. Seuil. 💛💛💛💛

Deuxième plongée dans l’île de Chypre.
Après la lecture de L’île aux arbres disparus d’Elif Shafak, voici Les oiseaux chanteurs de Christy Lefteri.
Elif Shafak nous parle des migrations , de l’exil dans la Chypre Turco – grecque entre 1970 et 2020.
Christy Lefteri ancre son roman dans les années actuelles et va enquêter sur les nombreuses femmes invisibles et asiatiques qui vivent à Chypre.
Les trois premiers chapitres commencent par la même antienne : Un jour, le jour ou Nisha a disparu.
Ce jour ou Nisha a disparu , deux personnes vont nous en parler. D’abord Petra Loizides, opticienne vivant le long de la ligne verte, ligne de séparation de Chypre entres grecs et turcs. Nisha est la nourrice de sa fille Aliki mais aussi sa femme de mènage.
Puis Yiannis , jeune homme, locataire à l’étage de la maison de Petra. Il vit une relation amoureuse avec Nisha sans que Petra en soit au courant.
Yiannis est un ancien financier que la crise de 2008 a ruiné. Il vivote de petits métiers en petits métiers et vit du braconnage des oiseaux chanteurs.
A travers Petra et Yiannis nous allons peu à peu découvrir qui est Nisha. A savoir une jeune Sri lankaise qui depuis de nombreuses années vit à Chypre , en ayant laissé dans son île natale sa fille de 11 ans Kumari.
On va surtout découvrir les sombres réseaux d’un pays gangréné par les trafics en tous genres, trafics d’humains et d’animaux.
Christy Lefteri nous livre une histoire sombre avec beaucoup d’humanité et un personnage lumineux : Nisha..
Dans tout le livre ce sont les autres qui parlent d’elle.
Elle parle en son nom sur les deux dernières pages du livre, dans une lettre écrite à sa fille :
« J’ai tant à te dire. Sois patiente . La vérité a besoin de temps. »
La vérité a eu besoin de 350 pages. Cette vérité se mérite.
Merci aux Editions du Seuil et à Babelio pour cette belle découverte.

Christy Lefteri est une romancière.

Elle est née de parents chypriotes. Elle anime un atelier d’écriture à l’Université Brunel. En 2010, elle a publié son premier roman, « A Watermelon, a Fish and a Bible ».

« L’apiculteur d’Alep » (« The Beekeeper of Aleppo », 2019), son deuxième roman, lui a été inspiré par son travail de bénévole pour l’Unicef dans un camp de migrants à Athènes.

L’anarchiste qui s’appelait comme moi de Pablo Martin Sanchez. Zulma La Contre-allée. 💛💛💛💛💛

Quelle magnifique idée littéraire et fictionnelle !
Rechercher son homonyme sur Internet.
C’est ce qu’a fait l’écrivain espagnol Pablo Martin Sanchez.
Pablo Martin Sanchez a écrit l’anarchiste qui s’appelait comme en 2012 et son roman vient d’être traduit aux Editions Zulma et La contre-allée.
Pablo Martin Sanchez est connu pour être le traducteur en espagnol de Raymond QueneauDelphine de Vigan ou Hervé le Tellier.
Il fait aussi partie de L’Oulipo. L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture.
Donc Pablo Martin Sanchez tape son nom sur google et au milieu d’un nombre important d’intrants , il découvre son nom dans le dictionnaire des anarchistes espagnols .
3 petites lignes dans un article consacré à l’anarchiste Enrique Gil Galar : « Capturé, il fut condamné à mort et exécuté avec d’autres militants, comme Julian Santillan Rodriguez et Pablo Martin Sanchez « .
« Membre d’un groupe d’action, Enrique Gil Galar participa le 6 et 7 Novembre 1924 à l’expédition de Vera de Bidasoa au cours de laquelle une centaine de camarades venus de France étaient entrés en Espagne « 
Pablo Martin Sanchez se lance dans l’investigation et recherche documents et informations concernant cet homonyme ayant vécu au début du 20éme siècle. tout cela se concentrera à Barracaldo dans la banlieue de Bilbao.
Il rencontrera Térésa, une vieille femme de 90 ans, qui est la nièce de l’anarchiste Pablo Martin Sanchez et qui lui permettra de dérouler le fil menu de la vie de l’anarchiste.
Mais comment démêler le vrai du faux, entre récit historique et fiction ?
Il est évident que c’est jubilatoire pour Pablo Martin Sanchez de nous entrainer entre fiction et réalité. Et il le fait diantrement bien !
Il profite des interstices inconnus de la vie de Pablo Martin Sanchez pour nous immerger dans le Paris du début du 20ème siècle : les quartiers populaires , les années folles mais encore les petits commerces et les linotypistes.
Une capitale dans laquelle grenouille les anarchistes de tous poils et plus spécialement espagnols.
Car c’est aussi la grande réussite de ce roman : nous faire découvrir une partie de l’histoire espagnole en ces années 1920. Nous connaissons plus de l’Espagne la période la guerre civile de 1936. Elle a pourtant été précédée par la dictature de Miguel Primo de Rivera qui a écrasé ces rêves anarchistes et libertaires. des rêves précurseurs de ce que seront le Pays Basque et la Catalogne.
Enfin comment ne pas être touché par ces engagements jusqu’à la mort ?
Je suppose que Pablo Martin Sanchez l’écrivain a du cheminer longuement auprès de Pablo Martin Sanchez l’anarchiste. Un cheminement qui se poursuit 10 ans après la naissance du roman avec son édition en France.
J’ai rencontré Pablo Martin Sanchez à la Fête du livre de Bron en Mars 2022.
Il était toujours imprégné de ce roman et de ce cheminement.
Sa dédicace : » Cette histoire du passé qui parle bien du présent. »
Le cheminement de deux homonymes à 100 ans d’écart mais qui parlent d’une même voix .
Un livre qui parle d’aventure, d’Histoire, d’amour et de convictions.
Je vous le recommande chaudement.

Pablo Martín Sánchez est un écrivain diplômé en art dramatique de l’Institut de théâtre de Barcelone, docteur en langue française et en littérature de l’université Lille-III et docteur en littérature comparée de l’université de Grenade.
Il a travaillé entre autres comme lecteur, correcteur, libraire.
Il traduit du français à l’espagnol.
Auteur de contes (Frictions, Éditions la Contre Allée, 2011) et d’un roman (L’Anarchiste qui portait mon nom, Acantilado, 2012).
En 2014, il devient le premier membre espagnol de l’Oulipo.

Pablo Martin Sanchez 1924

Un long, si long après midi d’Inga Vesper. Editions de La Martinière. 💛💛💛

Un long, si long après midi a tout du polar classique des années 60 aux États Unis. Tout est raccord jusqu’à la couverture du livre représentant l’American Way of Life au travers de la cuisine d’un pavillon américain d’une banlieue résidentielle de Santa Monica.
L ‘American Way of Life s’étale sans vergogne dans ce pavillon. Une famille riche, blanche, des enfants, une femme au foyer, une belle pelouse, de magnifiques géraniums, des haies taillées au cordeau, et une bonne noire comme femme de ménage.
Tout est en bonne ordre dans la famille de Joyce , Franck et des enfants Barbara et Lily.
Et immanquablement ce vernis va se craqueler. Joyce va disparaître et ce qui paraissait une vie rangée va voler en éclat.
Car l’ American Way of Life des années 1950/ 1960 se traîne quelques boulets , comme la condition des femmes, la condition des Noirs.
C’est la grande réussite du roman d’Inga Vesper. Sous couvert d’enquête policière, Inga Vesper ausculte la société américaine et ses inégalités.
La lutte pour les droits civiques n’en est qu’à ses premiers balbutiements mais déjà on voit poindre les combats pour l’égalité des femmes et des Noirs.
Le combat de Joyce et de Ruby pour être libres est au coeur de se roman policier fait d’apparence et de faux semblants.
Bien sûr qu’il y aura un coupable et la construction policière est parfaite. Mais est ce le plus important dans ce roman ?
Ce roman est révélateur de l’Amérique des années 60 et de ses turpitudes mais aussi des besoins de libertés,d’élévation de ceux qui sont englués dans l’American Way of Life.
Premier roman d’une belle justesse.

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Inga Vesper est journaliste et écrivaine, auteure de roman policier.

Elle a déménagé d’Allemagne au Royaume-Uni pour travailler comme aide-soignante, avant que l’envie d’écrire et d’explorer ne l’amène au journalisme scientifique. Elle est titulaire d’une maîtrise en gestion du changement climatique du Birkbeck College à Londres.

Inga a travaillé et vécu en Syrie et en Tanzanie, mais est toujours revenue à Londres, car il n’y a pas de meilleur endroit pour trouver une bonne histoire que le pont supérieur d’un bus.

« Un long, si long après-midi » (« The Long, Long Afternoon », 2021) est son premier roman.