Archives pour la catégorie roman étranger

Toute une expédition de Franzobel. Flammarion. 💛💛

Effectivement c’est Toute une expédition que la lecture du roman de l’ écrivain autrichien Franzobel.
Dans ce récit-roman de 542 pages Franzobel nous raconte une tranche de l’histoire « conquérante » de l’Espagne dans le Nouveau Monde en 1540.
Cette tranche d’histoire met en avant l’expédition de Ferdinand Desoto de la Floride au Mississipi.
Ferdinand Desoto est un conquistador espagnol . Avant cette expédition il a participé aux expéditions de Cortes au Mexique et de Pizzaro au Pérou.
Le récit-roman de Franzobel s’appuie sur l’histoire , une documentation très importante pour nous conter cette expédition picaresque.
Ce coté picaresque voulu par Franzobel rend la lecture de ce roman ardu et interroge sur les moments de récits et de fiction.
Tout au long de la lecture , viens à l’esprit le récit de Don Quichotte.
Cela est encore plus flagrant quand au détour d’une page, Franzobel nous apprend que l’un de ces personnages, Elias Plim, pourrait dans l’avenir être Cervantes… ( sauf que les époques ne correspondent pas )
J’ai trouvé d’autres liens plus contemporains. Ce conquistador espagnol me semble proche d’Aguirre ou encore de Fitscarraldo, les personnages décadents du cinéastes Werner Herzog. Ces personnages lançaient dans des aventures extravagantes et vouéss à l’échec.
Desoto est du même acabit.
Son expédition de 800 personnes , 200 chevaux et de multitude de cochons, chèvres et poules, va rechercher l’Eldorado et le passage Sud des Indes Occidentales vers la Chine.
Cette expédition va aller d’échec en échec , de massacres d’Indiens en Massacres d’Indiens, de maladies en pandémies.
Les indiens , ce peuple premier, que les conquistadors veulent détruire.
A travers son écriture Franzobel fait de son livre une satire morale , provocatrice ,devant tendre à la réhabilitation des amérindiens.
Pour cela l’auteur dédie quelques chapitres autour de la propriété des terres indiennes et fait des allées retours entre 1540 et notre époque.
Malheureusement ces chapitres se diluent dans l’expédition . Au point de réapparaitre de façon très étonnante à la fin du livre.
Je n’ai donc pas trop accroché à cette expédition, ou l’acerbe se mêle au ridicule.
Expédition rocambolesque et interminable dont j’attendais la fin avec impatience
Je reconnais à cette lecture d’avoir découvert un pan de l’histoire des conquistadors et de savoir maintenant que Desoto a découvert le Mississippi et que les chevaux espagnols sont les ancêtres des chevaux Mustang.

Franzobel (pseudonyme pour Franz Stefan Griebl1), né le 1er mars 1967 (55 ans) à VöcklabruckHaute-Autriche, est un écrivain autrichien.

Franzobel, de son vrai nom Franz Stefan Griebl, est l’un des écrivains les plus populaires et controversés d’Autriche.

Il est diplômé en génie mécanique de Höhere Technische Lehranstalt et a étudié la langue et la littérature allemandes de 1986 à 1994 à Vienne.

Pendant ses études il travailla au Burgtheater de Vienne. Depuis 1989 Franzobel se consacre à l’écriture.

Dramaturge, poète et plasticien, il est l’auteur de la pièce « Kafka, comédie » (« Kafka. Eine Komödie », 1997) publiée aux Solitaires intempestifs.

Couronné du prix Nicolas Born 2017, son roman sur le naufrage de La Méduse, « À ce point de folie » (« Das Floß der Medusa », 2017), fut l’un des trois derniers ouvrages en lice pour le Deutscher Buchpreis (Prix du livre allemand) 2017.

Les oiseaux chanteurs de Christy Lefteri. Seuil. 💛💛💛💛

Deuxième plongée dans l’île de Chypre.
Après la lecture de L’île aux arbres disparus d’Elif Shafak, voici Les oiseaux chanteurs de Christy Lefteri.
Elif Shafak nous parle des migrations , de l’exil dans la Chypre Turco – grecque entre 1970 et 2020.
Christy Lefteri ancre son roman dans les années actuelles et va enquêter sur les nombreuses femmes invisibles et asiatiques qui vivent à Chypre.
Les trois premiers chapitres commencent par la même antienne : Un jour, le jour ou Nisha a disparu.
Ce jour ou Nisha a disparu , deux personnes vont nous en parler. D’abord Petra Loizides, opticienne vivant le long de la ligne verte, ligne de séparation de Chypre entres grecs et turcs. Nisha est la nourrice de sa fille Aliki mais aussi sa femme de mènage.
Puis Yiannis , jeune homme, locataire à l’étage de la maison de Petra. Il vit une relation amoureuse avec Nisha sans que Petra en soit au courant.
Yiannis est un ancien financier que la crise de 2008 a ruiné. Il vivote de petits métiers en petits métiers et vit du braconnage des oiseaux chanteurs.
A travers Petra et Yiannis nous allons peu à peu découvrir qui est Nisha. A savoir une jeune Sri lankaise qui depuis de nombreuses années vit à Chypre , en ayant laissé dans son île natale sa fille de 11 ans Kumari.
On va surtout découvrir les sombres réseaux d’un pays gangréné par les trafics en tous genres, trafics d’humains et d’animaux.
Christy Lefteri nous livre une histoire sombre avec beaucoup d’humanité et un personnage lumineux : Nisha..
Dans tout le livre ce sont les autres qui parlent d’elle.
Elle parle en son nom sur les deux dernières pages du livre, dans une lettre écrite à sa fille :
« J’ai tant à te dire. Sois patiente . La vérité a besoin de temps. »
La vérité a eu besoin de 350 pages. Cette vérité se mérite.
Merci aux Editions du Seuil et à Babelio pour cette belle découverte.

Christy Lefteri est une romancière.

Elle est née de parents chypriotes. Elle anime un atelier d’écriture à l’Université Brunel. En 2010, elle a publié son premier roman, « A Watermelon, a Fish and a Bible ».

« L’apiculteur d’Alep » (« The Beekeeper of Aleppo », 2019), son deuxième roman, lui a été inspiré par son travail de bénévole pour l’Unicef dans un camp de migrants à Athènes.

L’anarchiste qui s’appelait comme moi de Pablo Martin Sanchez. Zulma La Contre-allée. 💛💛💛💛💛

Quelle magnifique idée littéraire et fictionnelle !
Rechercher son homonyme sur Internet.
C’est ce qu’a fait l’écrivain espagnol Pablo Martin Sanchez.
Pablo Martin Sanchez a écrit l’anarchiste qui s’appelait comme en 2012 et son roman vient d’être traduit aux Editions Zulma et La contre-allée.
Pablo Martin Sanchez est connu pour être le traducteur en espagnol de Raymond QueneauDelphine de Vigan ou Hervé le Tellier.
Il fait aussi partie de L’Oulipo. L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture.
Donc Pablo Martin Sanchez tape son nom sur google et au milieu d’un nombre important d’intrants , il découvre son nom dans le dictionnaire des anarchistes espagnols .
3 petites lignes dans un article consacré à l’anarchiste Enrique Gil Galar : « Capturé, il fut condamné à mort et exécuté avec d’autres militants, comme Julian Santillan Rodriguez et Pablo Martin Sanchez « .
« Membre d’un groupe d’action, Enrique Gil Galar participa le 6 et 7 Novembre 1924 à l’expédition de Vera de Bidasoa au cours de laquelle une centaine de camarades venus de France étaient entrés en Espagne « 
Pablo Martin Sanchez se lance dans l’investigation et recherche documents et informations concernant cet homonyme ayant vécu au début du 20éme siècle. tout cela se concentrera à Barracaldo dans la banlieue de Bilbao.
Il rencontrera Térésa, une vieille femme de 90 ans, qui est la nièce de l’anarchiste Pablo Martin Sanchez et qui lui permettra de dérouler le fil menu de la vie de l’anarchiste.
Mais comment démêler le vrai du faux, entre récit historique et fiction ?
Il est évident que c’est jubilatoire pour Pablo Martin Sanchez de nous entrainer entre fiction et réalité. Et il le fait diantrement bien !
Il profite des interstices inconnus de la vie de Pablo Martin Sanchez pour nous immerger dans le Paris du début du 20ème siècle : les quartiers populaires , les années folles mais encore les petits commerces et les linotypistes.
Une capitale dans laquelle grenouille les anarchistes de tous poils et plus spécialement espagnols.
Car c’est aussi la grande réussite de ce roman : nous faire découvrir une partie de l’histoire espagnole en ces années 1920. Nous connaissons plus de l’Espagne la période la guerre civile de 1936. Elle a pourtant été précédée par la dictature de Miguel Primo de Rivera qui a écrasé ces rêves anarchistes et libertaires. des rêves précurseurs de ce que seront le Pays Basque et la Catalogne.
Enfin comment ne pas être touché par ces engagements jusqu’à la mort ?
Je suppose que Pablo Martin Sanchez l’écrivain a du cheminer longuement auprès de Pablo Martin Sanchez l’anarchiste. Un cheminement qui se poursuit 10 ans après la naissance du roman avec son édition en France.
J’ai rencontré Pablo Martin Sanchez à la Fête du livre de Bron en Mars 2022.
Il était toujours imprégné de ce roman et de ce cheminement.
Sa dédicace : » Cette histoire du passé qui parle bien du présent. »
Le cheminement de deux homonymes à 100 ans d’écart mais qui parlent d’une même voix .
Un livre qui parle d’aventure, d’Histoire, d’amour et de convictions.
Je vous le recommande chaudement.

Pablo Martín Sánchez est un écrivain diplômé en art dramatique de l’Institut de théâtre de Barcelone, docteur en langue française et en littérature de l’université Lille-III et docteur en littérature comparée de l’université de Grenade.
Il a travaillé entre autres comme lecteur, correcteur, libraire.
Il traduit du français à l’espagnol.
Auteur de contes (Frictions, Éditions la Contre Allée, 2011) et d’un roman (L’Anarchiste qui portait mon nom, Acantilado, 2012).
En 2014, il devient le premier membre espagnol de l’Oulipo.

Pablo Martin Sanchez 1924

Un long, si long après midi d’Inga Vesper. Editions de La Martinière. 💛💛💛

Un long, si long après midi a tout du polar classique des années 60 aux États Unis. Tout est raccord jusqu’à la couverture du livre représentant l’American Way of Life au travers de la cuisine d’un pavillon américain d’une banlieue résidentielle de Santa Monica.
L ‘American Way of Life s’étale sans vergogne dans ce pavillon. Une famille riche, blanche, des enfants, une femme au foyer, une belle pelouse, de magnifiques géraniums, des haies taillées au cordeau, et une bonne noire comme femme de ménage.
Tout est en bonne ordre dans la famille de Joyce , Franck et des enfants Barbara et Lily.
Et immanquablement ce vernis va se craqueler. Joyce va disparaître et ce qui paraissait une vie rangée va voler en éclat.
Car l’ American Way of Life des années 1950/ 1960 se traîne quelques boulets , comme la condition des femmes, la condition des Noirs.
C’est la grande réussite du roman d’Inga Vesper. Sous couvert d’enquête policière, Inga Vesper ausculte la société américaine et ses inégalités.
La lutte pour les droits civiques n’en est qu’à ses premiers balbutiements mais déjà on voit poindre les combats pour l’égalité des femmes et des Noirs.
Le combat de Joyce et de Ruby pour être libres est au coeur de se roman policier fait d’apparence et de faux semblants.
Bien sûr qu’il y aura un coupable et la construction policière est parfaite. Mais est ce le plus important dans ce roman ?
Ce roman est révélateur de l’Amérique des années 60 et de ses turpitudes mais aussi des besoins de libertés,d’élévation de ceux qui sont englués dans l’American Way of Life.
Premier roman d’une belle justesse.

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Inga Vesper est journaliste et écrivaine, auteure de roman policier.

Elle a déménagé d’Allemagne au Royaume-Uni pour travailler comme aide-soignante, avant que l’envie d’écrire et d’explorer ne l’amène au journalisme scientifique. Elle est titulaire d’une maîtrise en gestion du changement climatique du Birkbeck College à Londres.

Inga a travaillé et vécu en Syrie et en Tanzanie, mais est toujours revenue à Londres, car il n’y a pas de meilleur endroit pour trouver une bonne histoire que le pont supérieur d’un bus.

« Un long, si long après-midi » (« The Long, Long Afternoon », 2021) est son premier roman.

Près de la mer d’Abdulrazak Gurnah. Denoel. 💛💛

Près de la mer par Gurnah

Voici un roman qui m’a perdu. C’est délicat de dire cela quand il s’agit d’un écrivain qui a reçu en 2021 le Prix Nobel. et pourtant je n’ai pas accroché au récit d’ Abdulrazak Gurnah.
Je suis resté surs les bords de ce livre. A aucun moment je n’ai réussi à m’inscrire dans le récit qui est proposé.
Pourtant ce récit devait être intéressant et attachant. Intéressant par la dénonciation du colonialisme britannique en Afrique de l’Est. Abdulrazak Garnah est tanzanien, né à Zanzibar et c’est dans ces pays et en Angleterre que se déroule l’action de son roman.
Roman écrit en 2001.
Un jour de 1994 Saleh Omar débarque à Londres afin de demander l’asile. Pour des raisons que l’on apprendra plus tard il se présente à la douane avec un faux passeport au nom de Mahmud.
Par un concours de circonstance le fils du vrai Mahmud va apprendre que quelqu’un a profité de l’identité de son père.
Ils vont se rencontrer et se raconter leurs vraies histoires.
Rien de bien compliqué dans le « scénario  » et pourtant je me suis perdu entre les personnages , les lieux.
Impossible de me raccrocher. Un sentiment de confusion dans l’écriture et les personnages.
Le Times dit pourtant en quatrième de couverture : « On ose à peine respirer en lisant ce livre, de peur de briser la magie. « 
Je n’ai malheureusement trouvé aucune magie dans la lecture du roman. J’étais plutôt perdu dans un labyrinthe .

Abdulrazak Gurnah - BUZZAFRIK

Abdulrazak Gurnah1, né le 20 décembre 1948 à Zanzibar, est un romancier tanzanien écrivant en anglais et vivant au Royaume-Uni. Ses plus célèbres romans sont Paradise (1994), présélectionné pour le Booker et le Whitbread PrizeDesertion (2005) et By the Sea (2001), présélectionné pour le Booker et pour le Los Angeles Times Book Prize2.

En 2021, il reçoit le prix Nobel de littérature pour son œuvre mettant en lumière le colonialisme et, selon le comité Nobel pour « son récit empathique et sans compromis des effets du colonialisme et le destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents »3

L’île aux arbres disparus d’Elif Shafak. Flammarion. 💛💛💛💛💛

L'Île aux arbres disparus par Shafak

Un coup de coeur , une pépite !. Les mots ne viennent pas pour dire le bonheur de lecture que procure L’île aux arbres disparus d »Elif Shafak.
Reprendre la quatrième de couverture et s’approprier la phrase de Colum McCann : » Les mots d’Elif Shafak créent un nouveau monde, à notre intention. « 
A partir de son roman Elif Shafak nous entraîne avec les exilés, les déracinés dans un monde du vivant tel que peut en parler Baptiste Morizot dans : Manières d’être vivant.
Ada, seize ans est lycéenne à Londres. Elle vit avec son père , Kostas, chypriote grec éxilé. Celui-ci est spécialiste de l’écologie et de la botanique évolutives.
La mère d’Ada, Defne, chypriote turque est décédé.
Dans le jardin de la maison de Kostas et Ada se tient un figuier.
Ada, se tient debout, dans la classe de Mrs Walcott et laisse sortir de son corps un long cri de rage. Pendant ce cri elle se remémore le passage d’un sermon entendu jadis, peut être dans une église ou une mosquée : « Quand l’âme quitte le corps, elle monte vers le firmament et sur son parcours elle s’arrête pour regarder tout ce qui s’étend sous elle, impassible, indifférente, insensible à la douleur « .
De ce cri de rage, Elif Shafak fait le détonateur de ce roman pour nous dire la rencontre de Kostas et Defne en 1974 dans Chypre déchiré par la guerre civile.
Des personnages d’une folle humanité, puissants débordant de générosité mais aussi de failles et de contradictions.
Pour nous raconter cette histoire , nous naviguons entre Chypre et Londres, entre 1974 et 2020.
Mais cette histoire d’amour, d’exil, de déchirement ne serait être complète sans le point de vue du figuier. Régulièrement celui-ci devient narrateur et confident de Kostas et Defne.
Celui-ci nous rapporte son point de vue sur la situation. Un figuier, c’est vivant. Il perçoit, il entend, il a une mémoire.
Et c’est dans ce personnage du figuier que le roman d’Elif Shafak prend une tournure universelle. Ce figuier nous interroge sur la bêtise humaine mais aussi sur notre temps présent : le dérèglement climatique, la place du vivant et de la nature, la mémoire transgénérationnelle ( racines végétales – racines humaines ) les migrations ( humaines et animales).
L’île aux arbres disparus est un mélange de merveilleux, de rêves ( L’Orient n’est pas loin ) de chagrin et d’imagination.
Plusieurs niveaux de lecture se superposent reliant hommes et arbres autour de l’exil, de la mémoire. Les arbres sont des gardiens de la mémoire de la terre natale et ravivent les souvenirs de nos racines. Peut on être déraciné?
Les arbres garde une mémoire du temps. Tout comme les humains possèdent une mémoire intergénérationnelle et les traumatismes qui en découlent.
Quelle interdépendance entre les hommes et le monde du vivant

.
Je terminerais par l’extrait de l’interview d’Elif Shafak donné à un journaliste pour la Fête du livre de Bron :


« Nous les arbres, nous ne pouvons qu’observer, attendre et témoigner. » Etant un écrivain turque, de quoi vous sentez-vous le témoin ?


Votre question me touche car nous nous trouvons au carrefour de l’humanité. Il n’y aura pas de « retour à la normale » : l’ancien monde est en train de disparaître et le nouveau n’est pas encore né. Ces temps incertains étant effrayants, on voit apparaître des démagogues proposant des solutions faciles. Alors qu’en ces temps de Covid, on a besoin de solidarité, on assiste à une montée des nationalismes. le déclin des droits féminins pointe que rien n’est acté, alors que les femmes et les minorités seront au premier rang des changements sociaux. C’est pourquoi, j’aspire à la sororité. J’aime les arbres au point de les enlacer, il me paraît donc urgent de se reconnecter à la nature. L’éco-féminisme incarne bien ces valeurs car on tend à détruire l’écologie et les femmes. Actuellement, 80% des gens migrent à cause de la crise climatique. Les femmes et les enfants en subissent la plus grande violence.


« Les mots d »Elif Shafak créent un nouveau monde, à notre intention  » Colum McCann.
Il est urgent de lire L’île aux arbres disparus « 

Elif Shafak (auteur de Soufi, mon amour ) - Babelio
Elif Şafak, ou Elif Shafak, née le 25 octobre 1971 à Strasbourg de parents turcs, est une écrivaine turque.
Primée et best-seller en Turquie, Elif Şafak écrit ses romans aussi bien en turc qu’en anglais. Elle mêle dans ses romans les traditions romanesques occidentale et orientale, donnant naissance à une œuvre à la fois « locale » et universelle. Féministe engagée, cosmopolite, humaniste et imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, Elif Şafak défie ainsi par son écriture toute forme de bigoterie et de xénophobie. Elle vit et travaille à Londres.

Interview donné par Elif Shafak au Festival des Livres de Bron

L’auteure turque Elif Shafak aime «construire des ponts entre les gens». Son nouveau roman se déroule lors d’un conflit déchirant à Chypre. L’arrachement à une terre peut-il avoir un impact important sur les descendants ? L’amour est-il un ciment suffisant pour panser les plaies?

par Kerenn Elkaïm.

  • Mardi 11 janvier 2022

De par son élégance naturelle, Elif Shafak pourrait passer pour une belle plante, mais ce serait ignorer son talent d’écrivain et sa passion des arbres. Méfiez-vous de sa douceur, ses romans et ses engagements ne sont qu’ardeurs. La défense des oppressés ou des oubliés lui valent des ennuis avec la Turquie, pays qui revient toujours dans ses romans (ex. “La bâtarde d’Istanbul”), mais où il lui est interdit d’aller. Or l’amour et l’imaginaire ne connaissent pas de freins littéraires… Ils nous entraînent cette fois à la rencontre d’Ada. Pourquoi pousse-t-elle un tel cri après la mort de sa mère ? Un cri brisant le silence originel de sa famille. Passé et présent s’alternent pour retracer la tragédie de la guerre civile chypriote. C’est là, qu’un étrange narrateur nous ouvre le cœur des Roméo & Juliette locaux. Une somptueuse histoire de mémoire et d’espoir, malgré les déchirements et le goût du pouvoir.

Vous écrivez qu’il y a « un certain nombre de choses qu’une frontière ne peut pas empêcher de traverser ».  En quoi la littérature vous aide-t-elle à traverser des parties du monde et de vous-mêmes ?
Quelle magnifique question. Je m’intéresse depuis toujours à ce qui transcende les frontières. On a tendance à nous placer au sein de tribus, de pays ou de nationalités, or la littérature va bien au-delà de tout cela. Elle nous relie les uns aux autres, en nous rappelant qu’on n’est pas si différent. Ainsi, la littérature possède une résistence et une rébellion intérieure.

Pourquoi « n’y a-t-il presque pas d’histoires racontées par les perdants » ?
La plupart d’entre elles sont des « His-tories », à savoir des récits racontés au masculin. Je viens de Turquie, un pays qui cultive l’amnésie malgré une longue Histoire. Des trous que les ultra-nationalistes ou les islamistes s’efforcent de combler. Cette mémoire imposée n’a qu’un un seul narrateur. Je fais l’inverse en donnant une voix aux minorités oubliées ou oppressées. Proche de la périphérie, je me suis toujours sentie différente, comme si j’étais à la fois une outsider et une insider. Elevée par deux femmes dichotomiques (ndlr. sa mère diplomate et sa grand-mère très traditionnelle), je ne m’intégrais pas à l’école turque, qui m’imposait une seule vision du monde. Je suis devenue une émigrante écrivant dans une autre langue que la sienne (l’anglais). Mais de par ce sentiment d’exil, je suis une autre, voire tous les Autres.

Ce roman donne justement la parole aux « migrants, aux exilés ou aux déracinés ». Qu’est-ce qui vous révolte dans la façon dont ils sont traités ?
Que signifie être enraciné ou déraciné ? On m’accuse d’être « une cosmopolite sans racines », or pourquoi les associe-t-on au sol ou à la Nation, et non au ciel ? Loin d’être statique ou unique, l’identité peut avoir plusieurs racines et appartenances. On peut aimer sa terre ancestrale et natale, tout en se sentant lié à une autre région mondiale. Contrairement aux nationalistes, je suis une citoyenne du monde. En cette ère d’anxiété, on semble indifférent au sort des migrants qui meurent ou souffrent chaque jour. A force de les réduire à des chiffres impersonnels, on oublie que ce sont des êtres humains comme vous et moi. La destruction climatique fera d’ailleurs un jour, de chacun de nous, des réfugiés. En fermant les portes de nos frontières, on croit que les problèmes s’évanouiront. Quel leurre ! Voyez les inégalités de la vaccination du Covid, qui ne sera vaincu qu’en s’unissant.

©Jean-Luc Bertini

Vous écrivez qu’il « y a des moments dans la vie, où on doit tous devenir des guerriers. » Les mots constituent-ils l’arme idéale ?
Si on est un raconteur d’histoires, il y a des moments de l’Histoire, où il est inévitable d’aborder le monde ou la politique. Surtout si l’on vient de démocraties blessées, comme la Turquie. Dès qu’on touche aux inégalités sexuelles, à la violence liée au genre, à l’homophobie, au sexisme, au racisme ou aux minorités, on parle de politique. Impossible de faire taire la féministe en moi, alors je suis un écrivain engagé. Les livres dévoilent notre jardin intérieur… Même des lecteurs conservateurs peuvent oublier leurs préjugés en lisant l’histoire de Turcs, de Chypriotes, d’Arméniens, de juifs ou d’homosexuels. En faisant le lien avec d’autres êtres, ils redeviennent humains.

Ce livre se déroule à Chypre dans les années ’70, alors qu’il existait « une ligne verte séparant les Grecs des Turcs et les chrétiens des musulmans. » Pourquoi cette histoire est-elle méconnue ?
Elle l’est partout, même par les pays colonisateurs. Chypre a connu l’invasion ottomane ou anglaise, qui a suscité des violences ethniques. On doit saisir cela, afin d’aider les habitants à travailler ensemble sur leur passé. Beaucoup de jeunes ou de femmes désirent bâtir la paix. Pour écrire ce roman, j’ai rencontré le comité bénévole qui tente de déterrer les disparus, lors de la guerre civile des années ’70. Le but : leur offrir une sépulture, afin que les desendants puissent enfin entamer leur deuil. On retrouve ce phénomène en Espagne, en Amérique du Sud, en Bosnie, en Pologne ou en Irak. La mémoire est essentielle car ce qui ne peut pas être réparé, finira par se répéter. Je m’intéresse à l’Histoire passée sous silence, y compris dans les familles. Même si j’ai grandi en Turquie, le drame chypriote était très présent en nous. Quand les humains se déchirent, ils finissent pas détruire les animaux et les arbres.

« Nous les arbres, nous ne pouvons qu’observer, attendre et témoigner. » Etant un écrivain turque, de quoi vous sentez-vous le témoin ?
Votre question me touche car nous nous trouvons au carrefour de l’humanité. Il n’y aura pas de « retour à la normale » : l’ancien monde est en train de disparaître et le nouveau n’est pas encore né. Ces temps incertains étant effrayants, on voit apparaître des démagogues proposant des solutions faciles. Alors qu’en ces temps de Covid, on a besoin de solidarité, on assiste à une montée des nationalismes. Le déclin des droits féminins pointe que rien n’est acté, alors que les femmes et les minorités seront au premier rang des changements sociaux. C’est pourquoi, j’aspire à la sororité. J’aime les arbres au point de les enlacer, il me paraît donc urgent de se reconnecter à la nature. L’éco-féminisme incarne bien ces valeurs car on tend à détruire l’écologie et les femmes. Actuellement, 80% des gens migrent à cause de la crise climatique. Les femmes et les enfants en subissent la plus grande violence.

Comment avez-vous eu l’idée de faire parler un figuier et en quoi reflète-t-il votre « arbre intérieur » ?
Ce figuier se veut essentiel et spirituel. Tant la Bible que de nombreuses légendes mondiales prennent un arbre comme élément central (cf. le pommier du jardin d’Eden). Les arbres nous ont précédés et nous survivront, alors ils sont les témoins privilégies de notre présence, nos joies et nos drames. Mon arbre intérieur s’avère fondamental. À moi de le nourrir constamment. Les femmes l’entretiennent souvent mal, parce qu’elles sont dures avec elles-mêmes, or nous devons faire preuve de compassion envers nous-mêmes.

©Jean -Luc Bertini

Qu’en est-il de la tristesse intergénérationnelle, incarnée par la jeune Ada ?
Je crois au pouvoir des émotions et des histoires, mais ce qui m’intrigue le plus, ce sont les silences familiaux dont on hérite. Nos douleurs, nos traumas et nos regrets ont un impact majeur sur les générations suivantes. Ce roman explore cette mémoire intergénérationnelle pour nous aider à voir le monde autrement. Il construit des ponts entre les êtres d’hier et d’aujourd’hui. Ada incarne une mixité d’héritages, mais elle ne peut pas les saisir toute seule. Tant de jeunes ont l’impression que les générations précédentes ont détruit le monde. Ils tanguent face à l’incertitude du passé et de l’avenir.

Arrachée à votre terre turque, avez-vous l’impression d’être une éternelle exilée ou est-ce possible de replanter ses racines ailleurs ?
Difficile d’y répondre, tant le mot exil est lourdement connoté, mais il est vrai qu’il m’a façonnée. Je ne peux plus retourner en Turquie car mes positions engagées m’enverraient directement en prison. Malgré la mélancolie, je crois qu’on porte les lieux en soi. Et puis, quelle richesse de se connecter à d’autres cultures. Il y a toutefois un être fracturé en moi, puisque quelque chose me ramène toujours à mes origines ou à l’enfance. Bien qu’on puisse planter ses racines ailleurs, on demeure un arbre blessé, un « arbre migrant ». Je le soigne en plantant les graines de la vie dans mes livres.

Ici, vous semez aussi des amours impossibles. Pourquoi payent-elles un prix aussi élevé En temps de guerre ou de déchirements ethniques, les amours interdites payent le prix fort, mais l’amitié et l’Eros sont plus puissants que la haine. Dans cette Chypre de 1974, on n’a pas le droit d’aimer quelqu’un qui ne soit pas de son sang, de son rang ou de sa religion. Or “Roméo & Juliette” reste un mythe universel. La haine m’inquiète, parce qu’on n’apprend jamais rien de l’Histoire. On la croit linéaire et progressiste, or impossible de garantir que demain soit plus égalitaire. Au contraire, on peut reculer et refaire les mêmes erreurs. En cette ère de crise pandémique, socio-politique et écologique, on devrait cultiver plus d’empathie.

Vous écrivez que « les ponts apparaissent dans nos vies seulement quand nous sommes prêts à la franchir », pourquoi ?
Parce qu’on n’est pas toujours prêt pour aller à la rencontre d’un lieu, d’une histoire ou d’une personne. Il suffit d’un moment, voire d’une coïncidence. L’amour nous transforme, mais il ne suffit pas. C’est aussi valable pour l’écriture… Cela faisait longtemps que je voulais écrire ce roman sur Chypre, or les livres ne viennent à moi que lorsque je suis prête à les accueillir. Cette leçon soufique se veut une quête sans fin…

La mère d’Ada était « courageuse, un réel esprit libre. » Et vous ?
Je ne sais pas (rires). Disons que j’aime la liberté, l’égalité et la diversité, mais c’est indéniablement dans l’écriture que je me sens la plus libre. Ma terre natale est désormais la terre des histoires. C’est à elle que j’appartiens pleinement.

Un entretien réalisé par Kerenn Elkaïm.
Des portraits réalisés par Jean-Luc Bertini

Les Huit montagnes de Paolo Cognetti. Stock. 💛💛💛💛

Les Huit Montagnes par Cognetti

Ou comment une couverture de roman vous fait découvrir un écrivain , une atmosphère et la montagne.
Tout a été déclenché par la couverture de la félicité du loup. Cette couverture bleue et blanche avec une tête de loup stylisée fût un coup de coeur et la lecture du roman a confirmé cela au centuple. ( voir chronique ).
Cette rencontre avec l’univers de Paolo Cognetti se devait d’avoir une suite.
En espérant qu’elle fût aussi savoureuse et lumineuse que celle de la félicité du loup.
Je me précipitais donc sur le premier roman de Paolo Cognetti : Les huit montagnes….
et le sortilège fonctionna à nouveau.
Une histoire paraissant simple , dénuée d’artifice et portant en elle l’universalité.
nous sommes dans les années 1980 au nord de l’Italie ente Milan et Val d’Aoste.
Pietro, enfant de la ville a 11 ans. Bruno, enfant de la montagne à le même âge.
Lors d’un séjour des parents de Piero dans la vallée de Grana , celui ci rencontre Bruno. Une amitié adolescente naitra entre montagne, vie pastorale et grand air.
Une amitié mais aussi une filiation entre Pietro et son père. Celui-ci , solitaire mais heureux d’entrainer son fils en refuge à la découverte de la lumière des glaciers et de la beauté des forêts de mélèzes.
La vie éloignera Pietro et Bruno pendant 20 ans. Et puis ces montagnes autour du Mont Rose ,les réuniront à nouveau
L’enfance s’est enfuie tout comme sa légèreté . le monde adulte a rattrapé Pietro et Bruno :La rudesse de la vie paysanne à la montagne , la fidélité à ses espoirs de jeunesse.
Paolo Cognetti , nous raconte cette réalité aussi simple que rude comme peut être une journée d’hiver en montagne.
peut on resté fidèle à ses rêves de jeunesse. Si oui , jusqu’où Pietro et surtout Bruno sont ils prêts à aller. Une amitié de jeunesse peut elle survivre dans le monde adulte ?
Faut il courir les huit montagnes ou seulement un sommet ( le Sumeru ) comme le sous entend un sage népalais ? Une belle réflexion à approfondir dans le récit de Paolo Cognetti : Sans jamais atteindre les sommets.
Une prochaine lecture dans les vallées du Népal et du Dolpo.
Quand une couverture de livre vous accroche….


Paolo Cognetti : « Il y a là-haut la quête d’une relation plus vraie »

Poussière dans le vent de Leonardo Padura. Métailié. 💛💛💛💛💛

Poussière dans le vent par Padura

Poussière dans le vent est un véritable bonheur de lecture et il faut se laisser prendre par cet ample roman choral qui embrasse la vie d’un groupe d’amis « Le Clan  » sur près de 30 ans entre 1990 et 2016.
Le Clan, c’est huit amis soudés qui vont être affectés par les transformations du monde sur la vie à Cuba
Nous entrerons dans le Clan par le truchement d’une photo de groupe postée sur Facebook par Clara. à l’intention de son fils Marcos. La photo a été prise en 1990 dans les jardins de la maison familiale de Fontanar.
Cette photo est révélatrice de secrets , des souvenirs et plus.
En s’appuyant sur cette photo, Leonardo Paduro va nous entrainer dans un roman à trois niveaux:
1 / La découverte approfondie de chacun des membres du Clan et de leurs secrets
2 / le déroulement d’une intrigue et d’un suspense tenu jusqu’au dernier chapitre
3 / Cuba et son régime politique dans les années 1990 et jusqu’en 2016.
Et pour bien fluidifier ces trois niveaux , Leonardo Padura va faire que son roman ne soit pas chronologique mais qu’au contraire il oscille entre ses trente années de vie de ces personnages.
Il faut un peu de temps au départ pour tout mettre en ordre , entre l’ensemble des personnages et la ligne de temps. Mais une fois que cela est acquis , c’est un grand bonheur de lecture de retrouver Clara , Horacio , Bernardo , Walter , Irving , Joel , Fabio et Liuba.
Poussière dans le vent est un roman de l’amitié, de l’amour , de la fidélité le tout sur fond d’exil, de perte.
La force de ce roman vient aussi de la façon dont est traité Cuba et son régime politique. Rien n’est dit frontalement. Jamais le nom de Fidel Castro n’est prononcé ( Juste une fois le prénom !). On comprend les liens forts avec l’Union Soviétique, on a vent de la chute du mur de Berlin. Une peur certaine des indics espions et délateurs parcourt le roman.
Cette chape enveloppe chaque personnage est dicte en partie leurs actions.
Tout cubain est viscéralement attaché à son île .Mais les pénuries alimentaires, économiques et le besoin de liberté font que chaque cubain devient candidat à l’exil et avec des bouts de ficelle il fait une vie.
Ce roman est aussi celui de la diaspora cubaine à travers les Etats Unis , l’Argentine et l’Espagne .
L’amour, la fidélité à une terre , des paysages, des familles
Mais laisse t -on son pays ?
Poussière dans le vent ?
Leonardo Padura à la double nationalité cubaine et espagnole ».
Quand il est interrogé sur cette double nationalité il répond qu’il a une double citoyenneté : espagnole et cubaine mais qu’il n’a qu’une nationalité et elle est cubaine.
Leornado Padura vit à Cuba.
 » Clara fouilla dans son sac, sortit les clés, ouvrit la porte et entra dans la maison où l’accueillirent la solitude, le silence et ses souvenirs. La coquille de Clara. « 


Leonardo Padura: «J'ai besoin de Cuba pour écrire» - Le Temps

Leonardo PADURA
Cuba
 BIOGRAPHIE
Leonardo PADURA est né à La Havane en 1955 où il vit. Diplômé de littérature hispano-américaine, il est romancier, essayiste, journaliste et scénariste pour le cinéma. Traduit dans 15 pays, best-seller en Espagne et en Amérique latine, il fait partie des grands noms de la littérature mondiale.
Pour l’ensemble de son œuvre, il a reçu le prix Raymond Chandler en 2009, le Prix national de littérature cubain en 2012, et le prestigieux prix Princesse des Asturies en 2015.

Le titre du roman est tiré d’une chanson du groupe Kansas :

Poussière dans le vent datant de 1975.

Poussière dans le vent,
Ils ne sont que poussière dans le vent

La même vieille chanson, juste une goutte d’eau en mer infinie
Tout que nous faisons,
s’effondre par terre, bien que nous refusions de voir

Poussière dans le vent,
Nous ne sommes que poussière dans le vent

Ne t’accroche pas,
rien ne dure pour toujours, sauf la terre et le ciel
Ca t’échappe
et tout ton argent ne pourra acheter une autre minute

Poussière dans le vent,
Nous ne sommes que poussière dans le vent
Poussière dans le vent,
Nous ne sommes que poussière dans le vent

La félicité du loup de Paolo Cognetti. Stock. 💛💛💛💛

La félicité du loup par Cognetti

Que dire de l’importance d’une couverture et d’un titre. La félicité du loup ? Difficile de faire plus antinomique.
Une tête de loup couleur ciel détourant deux montagnes.
Le tour est joué.
Et le roman donne raison à la couverture.
Ce roman est un petit bijou de 200 pages.
Son auteur Paolo Cognetti , italien, vit dans le Val d’Aoste , dans une vallée reculée dominé par le massif du Mont Rose.
De cette vallée il est à 2 heures de route de Milan et depuis les sommets de la vallée il peut apercevoir les Appenins Ligure et la Méditerranée.
C’est dans ce décor que se situe le roman La félicité du loup.
Fontana Fredda est un petit village de montagne qui l’hiver devient petite station de ski.
Alors que l’hiver commence Fausto, quarante ans, écrivain en mal d’écriture a trouver un job de cuisinier dans l’unique restaurant du village. dans ce restaurant il y a Silvia , 27 ans , serveuse.
Ils se rapprochent doucement.
Deux êtres sur une crête, dans un entre deux. on sait peu de leur vie antérieure, on le devine et l’on comprend que ce village de montagne peut être un refuge, une réflexion , propice à une découverte.
ils se rapprochent doucement mais ne se promettent rien .
La vie est simple dans ce village et cette vallée entre les pisteurs , les forestiers ,Babette qui tient le resto , Gemma la vieille femme et Santorso qui ne vit que pour la nature, les coqs de bruyère et les tétras-lyres.
C’est la force du livre de Paolo Cognetti : la simplicité, la rusticité au service de l’amour, l’amitié et la nature.
Ce sont des gens de peu , des montagnards , des gens de confiance, de fraternité.
Et tout est rehaussé par la montagne grandiose, la faune et la flore.
Le chant d’amour inclus les hommes , la nature et la félicité du loup.
Lumineux.

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Photos de Paolo Cognetti - Babelio.com
Paolo Cognetti suit des études universitaires en mathématiques, qu’il abandonne très vite pour des études de cinéma, afin dit-il, « d’apprendre à raconter des histoires ». En 1999, il sort diplômé de la Civica Scuola di Cinema « Luchino Visconti », école de cinéma de Milan et fonde, avec Giorgio Carella, une société de production indépendante (CameraCar).
Il débute l’écriture en 2004 en participant à un recueil de nouvelles rassemblant les nouvelles plumes italiennes, un véritable « manifeste générationnel » proposé par les éditions minimumfax sous le titre La qualità dell’aria. Dans les années suivantes, il publie deux recueils de nouvelles Manuale per ragazze di successo (2004) et Una cosa piccola che sta per esplodere (2007), ainsi que le « roman à nouvelles », forme hybride entre le roman et le recueil, intitulé Sofia si veste sempre di nero (2012).
Le 8 novembre 2016 paraît Les Huit Montagnes (Le otto montagne), qui reçoit le prix Strega puis est traduit dans une trentaine de pays1 et dont la traduction française obtient le prix Médicis étranger en 20172.
Désireux de faire vivre la montagne en dehors des pistes de ski, il monte, en été 2017, avec son association Gli urogalli un festival consacré à la littérature, aux arts et aux nouveaux et nouvelles montagnardes baptisés Il richiamo della foresta (L’Appel de la forêt) en hommage à Jack London.