Avec son récit Aller à La Havane, Leonardo Padura nous entraine dans une ville labyrinthique dont il nous donnera certaines clés.
Leonardo Padura né en 1955, a toujours vécu à La Havane, quelque soit les régimes et dictatures. La Havane , c’est pour lui le quartier de Mantilla en périphérie de la Havane où il vivait avec ses parents. La belle idée de Leonardo Padura pour ce récit et d’avoir intégrer dans ces réflexions et mémoire nombre textes provenant de chacun de ces romans , et de s’être appuyé sur son personnage de fiction Mario Conde pour déambuler avec nous dans La Havane des années 50 à maintenant. De la nostalgie mais aussi du désenchantement de sentir que cette ville n’est plus tout à fait la sienne. Il n’y a pas de pages pour parler directement du castrisme . Il y a des pages pour parler des effets de celui-ci : la révolution agraire, les spolations, le manque de liberté. Et puis dans une deuxième partie, Leonardo Padura brosse des portraits à partir d’articles qu’il a écrit quand il était journaliste. On découvre l’esclavagisme, le quartier chinois, Marti et les autres catalans de Cuba, Yarini , le plus grand des proxénètes ou encore les musiciens Chano Pozo et Chori. Ce désenchantement, cette nostalgie sont le coeur de ce récit. » Comme tout organisme vivant, les villes ont besoin d’affection et, depuis des décennies, La Havane en a reçu bien moins qu’il faudrait. Aujourd’hui, elle reçoit peut être moins de caresses que jamais » (page 316)
Il entre comme journaliste à la revue culturelle Caiman Barbudo dont il sera expulsé en 1983 puis participe au supplément dominical du journal Juventud Rebelde et signe des critiques littéraires, ainsi que des articles de fond. En parallèle, et « à l’écart de tout activisme politique, il écrit des scénarios pour le cinéma , notamment pour un documentaire sur la salsa. Jusqu’en 1995, il est rédacteur en chef de La Gazeta de Cuba.
Il amorce sa carrière de romancier en 1988 et devient l’auteur d’une série policière ayant pour héros le lieutenant-enquêteur Mario Conde.
Mario Conde, célibataire, d’abord au milieu de la trentaine dans les premiers romans, puis quadragénaire, évolue donc dans des récits subtilement agencés, afin de contourner la censure, où les « enquêtes criminelles sont autant de prétextes à lever le voile sur la société cubaine et ses faux-semblants
Après avoir parcouru en vélo » Sur la route du Danube » Emmanuel Ruben a décidé de vélocipéder sur la route de la Loire, en partant de l’Estuaire et en remontant son cours jusque aux sources du fleuve au pied du Mont Gerbier des Joncs. Cette remontée du fleuve se fera en quatre étapes réparties entre 2018 et 2022. La première étape remonta la Loire armoricaine à l4éte 2018. La deuxième étape se déroulera durant l’été 2019 et visitera le val de Loire. En 2020 Emmanuel Ruben vélocipèdera sur la Loire Moyenne entre Sologne et Allier. Enfin à l’été 2022 la in du parcours se fera le long de la Loire supérieure jusqu’aux sources du fleuve. Pour son périple le long du Danube, Emmanuel Ruben était accompagné de Vlad. Vlad, ukrainien, qui na pu de nouveau accompagner l’auteur. Vlad est parti se battre dans le Donbass. Pour cette remontée du fleuve Emmanuel Ruben sera avec sa compagne Anne pour les trois premières étapes.
Sur la route de la Loire est un carnet de voyage géographique, littéraire et personnel. Emmanuel Ruben a vécu de nombreuses années sur les bords de Loire armoricaine en étant directeur de la MaisonJulien Gracq. Il est aussi un enfant des fleuves avec une naissance à Lyon. Lors de cette pérégrination, nous redécouvrons ce fleuve littéraire et royal entre châteaux et littérature balzacienne, mais aussi son cours qui permet la réfrigération des différentes centrales nucléaires. la Loire une histoire de France naturelle, historique et énergétique. Et cette histoire n’empêche pas des moments de grâce sur les bords de Loire : les couleurs, les iles, l’eau, le sable. L’extase géographique qui tient tellement à coeur à Emmanuel Ruben.
Écrivain et géographe, Emmanuel Ruben explore l’espace et les mots. À travers ses carnets de voyage et ses récits, il parcourt les rives du Danube et de la Loire, construit le pays imaginaire de Zyntarie, ou bien interroge la longue histoire des juifs d’Algérie. explore l’espace et les mots.
Né en 1980 à Lyon, Emmanuel Ruben grandit dans l’Isère et développe dès son plus jeune âge un goût pour les cartes. Plus tard, il intègre l’École normale supérieure de Lyon, étudie la géographie à l’Institut de Géographie et le russe à l’Inalco, l’Institut national des langues et civilisations orientales.
Emmanuel Ruben s’attache aussi aux fleuves. En 2014, il remonte le Danube à vélo. Ce périple, d’Odessa à Strasbourg, donne lieu à un carnet de voyage, Sur la route du Danube (Payot & Rivages, 2019). « Quand j’ai remonté le Danube, au début je me suis dit ‘je vais faire que de la géographie' », raconte-t-il. « L’histoire du Danube, tout le monde la connaît, il y a eu un très grand livre de Claudio Magris, publié en 1986, Danubio, qui raconte toute l’histoire du Danube. Je me suis dit ‘tu es géographe, tu vas raconter la géographie de ce fleuve’. Je me suis rendu compte très vite qu’on ne peut pas raconter la géographie sans raconter l’histoire. L’histoire est omniprésente. Quand vous remontez le Danube, vous voyez bien que les événements historiques ont marqué partout le fleuve. C’est comme de l’histoire qui coule depuis sa source, qui charrie des strates d’histoire et qui les amalgame sur les rives. »
En 2026, Emmanuel Ruben publie Sur la route de la Loire. Une traversée de la France à vélo (Stock, 2026), un autre carnet de route, qui le mène cette fois le long de la Loire. Ici encore, il observe les différentes strates historiques que recouvre l’espace. S’il découvre le château des ducs d’Anjou à Angers, Emmanuel Ruben rappelle également le massacre de trente-deux juifs par le comte de Blois en 1171.
Dans Malville (Stock, 2024), celui qui a grandi au bord du Rhône propose cette fois un récit littéraire et écologique. En 2036, une vallée de l’Isère est ravagée par l’accident nucléaire de la centrale de Malville, double fictionnel de la centrale de Creys-Malville dans laquelle travaillait le père d’Emmanuel Ruben.
Révolutions est le tome 2 de le roman des artistes de Dan Franck. Son premier tome romantisme avait été encensé par la critique. On peut dire sans se tromper qu’il en sera de même pour ce deuxième tome. Ce deuxième tome se lit comme un roman d’aventure couvrant la période 1846 – 1857. Nous sommes au carrefour du livre d’histoire, du Lagarde et Michard et c’est avec un plaisir renouvelé que nous retrouvons Balzac, Hugo, Flaubert aux prises avec la république et le nouvel Empire de Napoléon III. C’est avec délectation que l’on retrouve nos classiques que nous n’aimions pas tant que cela durant notre cursus scolaire ! Et nous suivons la tribu Hugo en exil, Flaubert face à la censure de l’Empire , et le politique Lamartine. Balzac nous a quitté, Hugo traverse le siècle, les feuilletonistes vont copier leurs ainés. C’est dense , prenant et d’une richesse incroyable. A quand le troisième tome ?
Écrivain, scénariste, Dan Franck est l’auteur d’une trentaine de livres, sans compter les huit volumes de la série Boro en collaboration avec Jean Vautrin. Il est lauréat de nombreux prix : Prix du premier roman pour Les Calendes grecques, prix Renaudot pour La Séparation, prix des romancières pour Les Enfants, Grand prix FIPA du meilleur scénario pour Jean Moulin, Prix du meilleur documentaire pour Les aventuriers de l’art moderne, EuroFipa d’honneur…
La légende de Billy The Kid ? Mythe ou réalité. Comme à son habitude , Eric Vuillard va disséquer, rechercher, trouver les failles. Forme et fond sont en adéquation. Ce petit livre par la taille et le nombre de pages recèlent tout le savoir faire d’Eric Vuillard. Une écriture précise, teintée d’humour, qui déchiffre , fouille et interroge. Ce n’est pas l’Ouest Américain cinématographique en vidéoscope. Non c’est l’histoire terre à terre d’un orphelin mort à 21 ans tué par le sheriff Pat Garrett. L’Amérique en fera un film et un mythe :Pat Garrett et Billy The Kid. Mais quelle est la réalité de Billy The KId : son nom quel est-il ? A-t-il était ce bandit reconnu. Eric Vuillard va détricoter ce mythe et nous restituer un enfant, un jeune homme à la recherche d’une place, d’une reconnaissance et qui vécut tout sauf la construction d’un mythe.
Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web – mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d’Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre, le prix Alexandre Vialate pour 14 juillet et le prix Goncourt 2017 pour L’ordre du jour. En 2021, La guerre des pauvres était dans la short list de l’International Booker Prize. Il a reçu en Serbie le prix international « Milovan Vidaković » (2023) et en Allemagne le prix Ernst Bloch (2025) pour l’ensemble de son œuvre.
ISBN : 978-2-20417- 591-3 2016 et version corrigée Février 2026
176 pages
Littérature Lexio a réédité un un petit opuscule de Jean Claude Perrier : André Malraux et la reine de Saba. L’édition originale chez Les Editions du Cerf date de 2016. Comme dans La mystification indienne , Jean Claude Perrier s’appuie sur des articles de journaux qui raconte l’aventure vécue. Dans La mystification indienne était racontée le faux voyage en Inde d’Octave Mirbeau. Ici il ne s’agit pas d’une mystification mais du vrai voyage aérien qu’a fait André Malraux en 1934 au dessus du Yemen où se trouve potentiellement le site de Saba. Par ce voyage raconté, Jean Claude Perrier nous dresse un portrait étonnant d’André Malraux , aventurier peut être un peu mythomane , assez autocentré. Même surprise devant ce vol aérien assez rudimentaire où un seul passage au dessus de ruines valideront Saba et sa reine. C’est un récit jubilatoire, qui remet ce vol dans sa réalité historique des années 30 avec la montée des nationalismes.
Deuxième voyage aux Kerguelen pour Emmanuel Lepage et toujours la même magie. Un dessin, des aquarelles pour magnifier les Kerguelen battues par les vents et la brume. Novembre 2022, Emmanuel Lepage embarque pour les Kerguelen afin de rendre compte du travail des scientifiques et aussi pour faire un film qui sera diffusé sur Arte.
« Certains imagine qu’aller à Kerguelen c’est s’extraire du monde, et s’étonnent parfois de n’être jamais seuls. pourtant c’est en rencontrant l’autre qu’on se rencontre soi » Le roman graphique n’est que cela. Une rencontre permanente avec les hommes et femmes de la base de Port aux français, avec les animaux, manchots, éléphants de mer, pétrels, albatros, skuas, avec la nature sauvage.
Des hommes et des femmes aux prises avec ce lieu loin de tout où une communauté de 50 personnes doit s’apprivoiser. Par petites touches délicates, Emmanuel Lepage va être le confident de chacun afin de déceler les failles, les attentes.
Comment ne pas être touché par Matteo ou Tobie dont la fonction est de tuer les chats et les rennes qui pullulent . Drôle d’activité quand on pense venir faire de la biologie animale au bout du monde. Reste des hommes et des femmes qui seront changés par ce séjour dans les terres Australes et qu’un incident prolongera involontairement le séjour et les fera Danser avec le vent. Majestueux comme le regard des éléphants de mer et la stature » humaine » des manchots.
En 2014, c’est en collaboration avec son frère, le photographe François Lepage, qu’il publie La Lune est blanche, récit d’une mission en Antarctique. Pour le magazine Télérama, l’album « est le récit intime et puissant de leur mission scientifique en Antarctique. » Fin décembre 2014, pour le même magazine Télérama, l’album fait partie des « 10 meilleures BD de l’année 2014 ». L’ouvrage est finaliste du grand prix de la critique de l’ACBD de 2015, et obtient le prix France Info 2015
Champs de bataille : L’histoire enfouie du remembrement
Inès Léraud – Pierre Van Hove
Delcourt
ISBN : 978-2-41307-513-4 Novembre 2024
192 Pages
Roman graphique passionnant dans la lignée de celui qu’Inès Léraud a documenté sur les Algues vertes, une histoire interdite Nous sommes toujours en Bretagne dans les années 1950. La bretagne est un pays de bocages fait de petites parcelles et de vergers. La guerre et l’après guerre demandent une reconstruction industrielle et un nouveau départ. Ce bocage comme celui de Normandie n’est pas propice à une exploitation agricole où les premiers tracteurs pourront intervenir à travers champs et chemins.
Le remembrement permettra ce changement. Les maires seront mis à contribution: regrouper les terres, exproprier, trouver de nouvelles terres. Les haies disparaitront; les talus seront arasés, les cours d’eau perdront leur méandres, les chemins vicinaux feront place à des routes. Cette politique du remembrement durera jusqu’en 2004.. ¨Pendant 50 ans le remembrement produira un champs de bataille. Oh pas un champs de bataille guerrier . Mais un champs de bataille tout de même. Cette politique de remembrement va mettre à mal des agriculteurs, des familles que l’on va exproprier, envoyer chez Citroën à Rennes, bastonner lors des manifestations ou encore plus abject enfermer en psychiatrie pendant des mois arguant d’une faiblesse d’esprit.. Le paysage actuel de nos campagnes résulte de ces champs de bataille pour lesquels l ‘état a détruit un écosystème et une biodiversité qui nous confronte encore plus au dérèglement climatique.
Cette politique a été mené par des hommes et des gouvernements. Il est édifiant de voir que ce remembrement à pris naissance dans la France de Vichy, puis a été poursuivi dans le cadre de la construction de l’Europe et de la PAC. En s’appuyant sur une documentation importante et sur le dessin de Pierre van Hove, Champs de bataille remontent aux origines d’une catastrophe écologique et sociale dont les conséquences sont plus que jamais visibles et d’actualité.
Inès Léraud a grandi dans le Maine-et-Loire. Documentariste, elle se forme à l’enquête au sein de l’équipe de Là-bas si j’y suis, sur France Inter, puis collabore à l’émission Les Pieds sur terre, sur France Culture, où elle réalise notamment le podcast « Journal breton. La fabrique du silence ». En 2019, elle publie avec Pierre Van Hove aux éditions La Revue Dessinée – Delcourt, Algues vertes, l’histoire interdite, traduit en quatre langues et porté au cinéma par Pierre Jolivet. Elle a cofondé le média d’investigation breton Splann !
Pierre Van Hove est un scénariste et dessinateur de bandes dessinées français.
Dessinateur autodidacte, il se consacre depuis quelques années à l’activité d’illustrateur pour la presse, l’édition jeunesse et la bande dessinée. Intéressé par une approche collaborative, critique et humoristique avec des auteurs venant ou non du champ du dessin , il a publié avec Alessandro Tota « Le voleur de livres » aux éditions Futuropolis en 2015. « Algues vertes », avec Inès Leraud, connait un franc succès.
François-Henri Désérable est un écrivain voyageur. Les planisphères de son enfance lui ont ouvert les portes du monde et de l’aventure. Avant de nous narrer son périple en Iran avec l’usure du monde, il avait déjà usé ces chaussures en 2017 sur la route de Che Guevara en Amérique latine en 1951 et 1952. C’est le point de départ initial de ce récit : Chagrin d’un chant inachevé, qu’il emprunte à un poète turc, Nazim Hikmet « Et je n’emporterai dans ma tombe Que le chagrin d’un roman inachevé. » Durant tout le récit et le voyage, nous serons accompagnés d’artistes, d’écrivains, passant de Neruda à Rimbaud, Balzac, Frida Kahlo et plus près de nous Miguel Bonnefoy et l’évocation d’une résidence d’écriture chez Julien Gracq. François-Henri Désérable a voulu mettre ses pieds sur la route du Che Guevara et de Granados. Plus avance le récit et plus la route se fait brumeuse. Cette route devient un prétexte à un road trip joyeux, iconoclaste avec des rencontres improbables. L’auteur nous captive par une écriture proche de l’oral et teintée d’un humour potache qui tranche avec les contrées traversées. Cela n’empêche pas d’être face à la pauvreté, la violence et ce que dénonçait Che Guevara en 1952 est toujours d’actualité. Entre digressions et réalité François-Henri Désérable nous partage un carnet de voyages. Il ne faut pas attendre de ce livre un traité sur Che Guevara ou une analyse politique. le carnet de voyage a une utilité : nous faire rêver et nous donner envie.
Fils d’un joueur de hockey sur glace devenu directeur d’un service de médecine du travail et d’une secrétaire à la Croix-Rouge, François-Henri Désérable passe l’essentiel de son enfance et de son adolescence à Amiens, en Picardie. Son grand-père paternel était quincailler, et son grand-père maternel, vénitien, était gondolier.
Très jeune engagé dans le club de hockey sur glace des Gothiques d’Amiens, il effectue ses études secondaires dans le Minnesota, aux États-Unis, puis au lycée La Providence, à Amiens. À dix-huit ans, il devient joueur de hockey professionnel (il le sera pendant dix ans) et entre en faculté de droit à l’université de Picardie Jules-Verne puis à l’université Jean-Moulin-Lyon-III. À vingt-trois ans, il entreprend une thèse sur « L’exécution des sentences arbitrales face à l’immunité d’exécution des États » qu’il abandonne par la suite pour se consacrer entièrement à la littérature.
Dans le cadre de la collection Ma nuit au musée proposée par Stock, Kaouther Adimi a choisi de passer une nuit à l’Institut du Monde Arabe à la veille de l’ouverture d’une exposition sur la peintre algérienne Baya (1931-1998).
Cette proposition de passer une nuit dans un musée avait déjà été faite à Khaouter Adimi en 2018, mais les émotions avaient été tellement fortes qu’elle n’avait pu réaliser cette nuit au musée.
Ces émotions fortes étaient en relation avec l’Algérie, les couleurs et ces souvenirs d’enfance à Alger liés à la période noire du GIA entre 1990 et 2000.
L’Algérie est bien évidemment le point commun entre Baya et Khaouter Adimi. Et le point central est la rencontre que Khouater Adimi a faite des toiles de Baya en 1994 au musée des Beaux-Arts d’Alger. Khaouter Adimi à 8 ans. Elle est née en Algérie puis à 4 ans elle est partie vivre avec sa famille à Grenoble. Son père, journaliste, militaire par obligation financière, travaillait sur une thèse en France. Au vu des événements en Algérie, il préférera aux risques et périls de sa famille revenir en Algérie.
Dans cette nuit au musée, l’autrice nous parle de sa jeunesse faite de violence, de terrorisme et de la vie de Baya dans les années 1930.
La part belle est donnée à l’introspection de l’auteur par rapport à la vie de Baya. Cela peut être une limite à cet ouvrage. Mais comment ne pas être touché et ému par les souvenirs, les émotions d’une toute jeune fille, qui fait devoir de mémoire et de transmission.
L’art brut, naïf de Baya ainsi que les couleurs de ses tableaux faisant office de pont entre les époques et dessinant un espoir tenu.
Kaouther Adimi est la fille d’un père militaire et d’une mère ayant rédigé des articles de politique internationale. Elle naît à Alger, où elle vit jusqu’à l’âge de quatre ans, avant que sa famille ne s’établisse à Grenoble pour quatre ans. Durant cette période elle découvre le plaisir de la lecture avec son père, qui l’emmène chaque semaine à la bibliothèque municipale.
En 1994, elle rentre en Algérie, qui vit alors sous l’emprise du terrorisme. N’ayant que très peu d’occasions de lire, elle commence à écrire ses propres histoires. Alors qu’elle étudie à l’université d’Alger, elle voit une affiche de l’Institut français qui organise un concours de jeunes écrivains à Muret, en Haute-Garonne. Par deux fois, les nouvelles qu’elle soumet à l’attention du jury reçoivent le Prix du jeune écrivain francophone (Le chuchotement des Anges en 2006 et Pied de vierge en 2008). Grâce à ce concours, elle est invitée à Muret, à Toulouse, puis à Paris, où elle rencontre les Éditions Barzakh.
En 2008, elle reçoit le Premier Prix du Festival international de la littérature et du livre de jeunesse d’Alger pour Sur la tête du Bon Dieu.
Elle est diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines.
Son odeur après la pluie avait été un coup de coeur émotionnel et c’est non sans appréhension que je me lançais dans la lecture de Où les étoiles tombent de Cédric Sapin Defour. Appréhension car le livre semblait être de la même veine (même filon) que Son odeur après la pluie. Dans le premier livre, la perte du chien Ubac et sa vie retracée. Dans le deuxième livre, l’accident très grave de sa femme Mathilde et l’épreuve retracée. La justesse du propos de Cédric Sapin Defour et la vérité de celui-ci éteignent dès les premières pages cette appréhension. Le vendredi 12 août 2022, Cédric et Mathilde s’adonnent au parapente dans une vallée italienne à Bolzano. Chacun a décollé à quelques secondes d’écart. Les rotations ont commencé afin de monter dans les thermiques. Les regards se trouvent au détour d’une rotation et puis Cédric perd de vue la voile de Mathilde. Elle gît au sol dans les rochers. Cédric se pose en catastrophe et court vers le lieu de l’accident. A-t-elle survécu et que faire ? Le récit découpé en scènes de l’accident et en scènes d’hospitalisation est rythmé par les J des jours passés et des jours présents. C’est le roman vrai d’un couple face à l’accident, la mort, la séparation ; la perte, le handicap. Ce roman vrai nous est raconté et ressenti par Cédric. L’urgence est là, les inquiétudes s’installent. L’écriture et le style sont simples, sans fioritures. le coeur parle humblement et humainement. Où les étoiles tombent est un hymne à l’amour, à la fidélité, à l’engagement et à l’attachement. D’une histoire qui aurait pu être voyeurisme, il en fait une réflexion universelle. Dans une interview à Ouest-France, Cédric Sapin-Defour dit : « Le degré émotionnel de ce que j’ai vécu était tellement fort que ces moments ont convoqué tout ce que j’avais construit, toutes mes expériences. Je crois très fort à la bienveillance, à la sensibilité des êtres, même si chaque jour me démontre le contraire. Pourtant, quand tu es dans le dur, il y a des personnes, des anonymes, qui sont là. le plus grand mal que causent les cyniques, c’est de nous rendre hésitants dans notre capacité à exprimer notre contentement, notre reconnaissance, notre gratitude. » C’est ce que j’ai ressenti profondément en suivant la reconstruction de Mathilde et Cédric Cette justesse, cette bienveillance font un bien fou malgré le drame vécu.
Né à Saint-André-des-Vergers, dans l’Aube, en 1975, Cédric Sapin-Defour ne fait qu’y passer, suivant ses parents enseignants d’éducation physique et sportive au gré de leurs mutations professionnelles. C’est de grand air dont son frère aîné et lui sont baignés toute leur enfance, avec un goût familial prononcé pour les activités de pleine nature. Dans le Nord ensuite, la maison est une auberge espagnole réunissant joyeusement tous les autres profs de gym exilés de l’intérieur. De cela, l’intéressé conserve le sentiment d’être de nulle part et les plaisirs d’une vie en bande, avec les week-ends et les vacances consacrés au sport.
Au hasard de la visite familiale de hauts lieux naturels, Cédric Sapin-Defour découvre un jour, il a alors 8 ans, Chamonix et l’aiguille du Midi. C’est un choc esthétique. Ce jour-là, précisément, il est entré en alpinisme, observant ce qu’il considérait être des astronautes allant vers des jeux et des territoires inconnus mais dont il pressentait qu’ils mêlaient tous les bonheurs de la vie, l’engagement, la beauté et la camaraderie. La montagne ne le quittera plus. Loin d’elle, il en découvre le récit et cette vertu magique du mouvement immobile, de l’élan. Le goût des mots et de la littérature d’exploration, aussi, s’installent pour toujours. Les mutations vont répondre à cette aspiration : la famille s’installe à Oyonnax en 1986, à proximité des Alpes.
Dans l’Ain, Cédric Sapin-Defour poursuit une scolarité acceptable sans être flamboyante, le nez à la fenêtre. Après s’être égaré trop longtemps dans un cursus de médecine, il en revient à ses premières amours en devenant enseignant d’EPS, tradition familiale oblige. Temps libre et autonomie financière le poussent vers les montagnes où se confirme cette dépendance à la cinétique du corps et de l’esprit. Escalade, alpinisme, ski de randonnée? C’est en pratiquant curieux et généraliste qu’il entreprend de découvrir l’univers vertical avec une préférence pour la douceur et les vertiges du ski. Envisageant un temps de devenir guide de haute montagne, il se ravise pour se recentrer sur une pratique alpine personnelle à laquelle il consacre l’essentiel de son temps et de son énergie. Il trouve, très tôt dans son cursus vertical, un autre moyen d’emmener les autres en montagne. C’est en leur rapportant des récits de là-haut, ses émerveillements, ses interrogations, des parallèles sans cesse tissés entre la montagne et la vie. Son intention est d’inviter le plus grand nombre à goûter aux joies et aux frissons des sommets. Il peste contre l’iniquité du monde et l’impossibilité pour beaucoup de connaître les bonheurs de cette rencontre tellurique.
Cédric Sapin-Defour pratique intensément les activités de montagne, avec son épouse Mathilde, elle aussi professeur d’éducation physique, comme compagnon de cordée et de vie : leur camp de base est, depuis 2005, établi à Arêches dans le Beaufortain, avec moult bouviers bernois et labradors autour d’eux. Et c’est à Beaufort que le professeur d’EPS enseigne, intimement persuadé que les nouvelles générations ne sont pas devenues subitement insensibles aux choses du mouvement et au goût des autres.
Cédric Sapin-Defour écrit, beaucoup. Articles et chroniques dans journaux et des revues (Libération, Montagnes Magazine, « Ça pic » et « Prises de tête » dans Alpes Magazine, Sport et vie, Les Others), essais et livres, notamment pour Guérin/éditions Paulsen. La montagne est là, toujours, décor ou personnage, mais comme pour mieux préciser l’existence, ses pics et ses creux, comme pour mieux comprendre les hommes, leurs forces et leurs fêlures. Au-delà de la montagne, ce sont les grands espaces qui l’attirent, ces lieux nous rappelant à notre petitesse mais nous autorisant à y grandir, ces territoires où la nature résiste et nous enseigne les directions. De plus en plus, ses écrits s’écartent de la seule verticalité pour l’audacieuse idée d’embrasser le monde.
Cédric Sapin-Defour et son épouse ont un projet de voyage au long cours, itinérance de massifs en massifs, de grands espaces en grands espaces pour témoigner des beautés fragiles de notre monde et l’urgence de changer nos modes de vie. Départ imminent, l’œil ouvert et le carnet dans la poche? ( Biographie de Transboréal)