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Annapurna, une affaire de cordée de David Roberts. Guérin. 🟩🟩🟩🟩◼️

Annapurna, une affaire de cordée.

David Roberts

Traduction: Gérard Pétiot

ISBN : 978-2-91175-522-4 . 2001

366 pages

Le 3 juin 1950, Maurice Herzog et Louis Lachenal atteignaient le sommet de l’Annapurna à 8071 m. Premier sommet himalayen de 8 000 m vaincu par les hommes.

De cet exploit naquit un livre écrit par Maurice Herzog  : Annapurna premier 8000.

Cette expédition sur l’Annapurna n’était pas que sportive. Elle était aussi une façon de refaire vivre l’honneur national après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Cette expédition était formée d’alpinistes et de guides de renom (Lachenal, Terray, Rebuffat, Couzy) et d’un alpiniste amateur ingénieur chez Kléber Colomb  : Maurice Herzog.

Le deal était simple  : Herzog devait aller au sommet accompagné d’un guide. Chaque alpiniste avait accepté de ne rien écrire sur cette expédition pendant 5 ans, ni de divulguer quelques photos qui soient.

Annapurna Premier 8000 était la version officielle de l’expédition. Maurice Herzog en était le héros. Tous les autres étaient réduits à des comparses. le récit portait en lui la tragédie  : les mains et les pieds gelés, le retour apocalyptique de l’Annapurna. Cette version fut la seule pendant 5 ans. Chacun respectant sa promesse. Et puis, au bout de cinq ans, les langues et les écrits se délièrent. La conquête de l’Annapurna prenait une autre dimension.

D’abord Louis Lachenal écrivit Les carnets du vertige. Puis Lionel Terray Les conquérants de l’inutile et enfin Gaston Rebuffat Entre terre et ciel. Ces alpinistes disaient leur vérité, bien différente de celle d’Herzog.

Pourtant, Les Carnets du vertige de Louis Lachenal avaient été expurgés par Gérard Herzog, frère de Maurice.

La conquête de l’Annapurna gardait une partie de son secret.

Et puis, en 1996, Michel Guérin, éditeur, découvrait les originaux de Louis Lachenal. Les Carnets du vertige allaient révéler leur vérité.

Michel Guérin prit contact avec l’Américain David Roberts, écrivain et alpiniste.

De ce contact naît un livre en 2000 : Annapurna, une affaire de cordée.

Ce livre reprend la conquête de l’Annapurna et compare les différentes versions. C’est un livre juste, documenté, qui remet les choses à leur place. Les hommes, la montagne, l’aventure, l’ego sont toujours les moteurs d’histoires extraordinaires.

La lecture de ce livre nous replonge dans ce monde des expéditions d’il y a 70 ans et la conquête de l’Himalaya.

Une madeleine bien agréable. Un retour salutaire sur une expédition nationale.

David Stuart Roberts était un grimpeur, alpiniste, professeur d’université et auteur de livres et d’articles sur l’escalade et l’histoire du Sud-Ouest américain. il est décédé en 2021

Il obtient un diplôme de mathématiques de l’Université Harvard en 1965 et un doctorat d’anglais à l’Université de Denver en 1970. David Roberts a été professeur de littérature au Hampshire College, à Amherst, dans le Massachusetts, de 1970 à 1979.

Il a pratiqué l’alpinisme jusqu’au milieu des années 1970. Au cours de treize saisons passées dans la nature sauvage de l’Alaska, Roberts est devenu connu grâce à de nombreuses premières ascensions, notamment le Wickersham Wall sur le mont McKinley. Ses aventures en Alaska lui ont inspiré son premier roman, « La Face perdue » (« The Mountain of My Fear », 1968).

Doué d’un grand talent pour « inviter » un public de néophytes en montagne, il s’est imposé comme l’une des voix les plus prolifiques de la littérature d’aventure. Il a publié plus de vingt livres, dont six aux éditions Guérin, notamment « Annapurna, une affaire de cordée » (2000)

Alors c’est bien de Clémentine Mélois. Gallimard. 🟩🟩🟩🟩◼️

Alors c’est bien

Clémentine Mélois

Gallimard

ISBN : 978-2-07307-503-1 Août 2024

208 pages

Voici un récit d’une tendresse folle et iconoclaste.

Clémentine Mélois va nous faire revivre son père Bernard et sa famille autour de sa mère et de ses deux soeurs.

Son père vient de mourir et Clémentine se doit de nous raconter cela tant qu’il lui reste de la peinture bleue sur les mains  ! Avec cette peinture, un bleu RAL 5002, elle a peint le cercueil de son papa. Iconoclaste sûrement, mais tellement tendre.

Bernard Mélois était sculpteur et soudait tout ce qu’il trouvait. Sur Internet, vous trouverez ses sculptures, émaillées hautes en couleurs. de même, une vidéo vous présentera sa caverne d’Ali Baba. Un original, Bernard Mélois, comme peuvent l’être les artistes.

Dans son récit, Clémentine Mélois respecte cela et honore la mémoire de son père et de sa famille avec cet enterrement à l’image du sculpteur.

Quelques jours hors du temps pour être au plus près de l’âme et de la vie de Bernard Mélois. Une tendre fantaisie, sensible sur la perte et la filiation.
La vie par dessus tout.
Alors c’est bien

Clémentine Mélois, née le 15 juin 1980 à La Ferté-Milon, est une artiste plasticienne et écrivaine française. Elle est membre de l’Oulipo depuis juin 2017.

Les Saules de Mathilde Beaussault. Seuil Cadre Noir. 🟩🟩🟩🟩◼️

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Les Saules

Mathilde Beaussault

Seuil- Cadre Noir

ISBN : 978-2-02-157698-6 Janvier 2025

272 pages

Le premier roman de Mathilde Beaussault est une belle réussite.

Roman noir maîtrisé, dans un style parlé, qui nous entraîne dans les confins d’un hameau breton, entre Haute Motte et Basse Motte. À la Haute Motte, il y a un pharmacien. Celui-ci a une femme et une fille, Marie, 17 ans et déjà cataloguée  : «  Marie, couche-toi là  !  »

Le corps de Marie va être retrouvé. Elle a été étranglée. Ce corps a été découvert par Marguerite, enfant soi-disant simple d’esprit. Elle est la fille d’un couple d’agriculteurs qui vivent à la Basse Motte pas loin des saules et de la coulée verte où a été découvert le corps de Marie.

Un thriller classique avec un mobile, un coupable et des haines ressassées entre classes sociales. Mais Les Saules n’est pas qu’un thriller classique. Mathilde Beaussault installe une ambiance, une atmosphère prenante. Cette ambiance prime sur l’intrigue, bien que celle-ci soit bien ficelée. de même, la façon de décrire les interrogatoires est originale. Nous n’avons que les réponses des protagonistes dans un style familier, près de la réalité. Les questions des enquêteurs nous sont suggérées par les réponses des personnes interrogées. Cela donne des ressentis remarquables.

Les Saules est un roman noir rural et naturel où les personnages sont ciselés en quelques phrases et descriptions et où l’âpreté de chacun prend sa place et envoûte. Mathilde Beaussault nous entraîne dans cet univers et cette ambiance. Mieux nous nous fondons dans ce hameau breton et, comme Marguerite, nous épiions et essayons de comprendre.

Un premier roman d’une grande intensité. Mathilde Beaussault marche sur les traces de Franck Bouysse ou de Sandrine Collette. Excusez du peu.


Née en Bretagne mais angevine d’adoption depuis maintenant treize ans, Mathilde Beaussault enseigne le français dans un collège ligérien et vient de publier son premier roman.

Biberonnée à la littérature, Mathilde Beaussault lit chaque jour et ses choix sont très éclectiques (de Roland Barthes à Benjamin Whitmer en passant par Marguerite Duras ou Olivier Norek), mais elle est surtout  dingue des romans et nouvelles de Ron Rash . Ses origines paysannes lui ont inspiré ce roman noir rural qu’elle a situé dans un petit village au fin fond de la Bretagne dans les années quatre-vingt.

Un avenir radieux de Pierre Lemaitre. Calmann-Levy. 🟩🟩🟩🟩🟩

Un avenir radieux.

Pierre Lemaitre

Calmann-Levy

ISBN : 978-2-70218-362-5 Janvier 2025

592 pages

Quel plaisir de retrouver la famille Pelletier dans ce dernier roman de Pierre LemaitreUn avenir radieux est le troisième tome de Les Années glorieuses. Après nous avoir fait connaître la famille Pelletier dans le grand monde et le silence et la colère, nous retrouvons cette famille en avril 1959. Louis et Angèle, les parents, ont quitté Beyrouth et se sont installés au Plessis. Les enfants, Jean, François et Hélène, viennent les voir régulièrement. La famille s’est agrandie et les petits-enfants, Martine, Alain, Philippe, Colette, prennent de la place. D’ailleurs, Colette vit à demeure chez les grands-parents.

Les pièces rapportées, gendre et belles-filles, sont toujours là : Lambert, Nine et Géneviève.

En quelques pages et avec talent, Pierre Lemaitre nous restitue tout cela et nous sommes replongés avec délectation et étonnement dans cette famille. Reviennent les souvenirs de la savonnerie, de Dixie ou encore des articles de presse de François. Reviennent aussi les vicissitudes et troubles de Geneviève et Jean. Tout est là pour passer un petit mois en 1959 avec cette impayable famille Pelletier. Un petit mois au rythme « page turner » de Pierre Lemaitre. Des pages empruntent d’amour, de méchanceté, de violence, d’espionnage et de révélations. Mais aussi faite d’une documentation pointue.

Tout cela est truculent. Un avenir radieux est le slogan des pays communistes des années 60, et une longue virée à Prague, en Tchécoslovaquie, nous rappelle tout le bien-fondé de ce slogan !

Au-delà de cet avenir radieux, on voit éclore le personnage touchant de Colette. Un personnage de révolte et de promesses contre la domination masculine et qui préfigure les combats d’aujourd’hui.

Le romanesque, l’aventure, mais aussi le réalisme de la société.

« le lecteur rencontrera deux ou trois circonstances invraisemblables que nous maintenons par respect pour la vérité. » Les Misérables Victor Hugo. Exergue du roman Un avenir si radieux.

Billet des deux tomes précédents :

Le grand Monde

Le silence et la colère

Pierre Lemaitre, né le 19 avril 1951 à Paris, est un écrivain et scénariste français.

Il reçoit le prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut et un César en 2017 pour l’adaptation de cette même œuvre.

Pierre Lemaitre passe sa jeunesse entre Aubervilliers et Drancy auprès de parents employés, qu’il situe politiquement « à gauche »

Psychologue de formation et autodidacte en littérature, il effectue une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d’enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires.

Il se consacre ensuite à l’écriture en tant que romancier et scénariste, vivant de sa plume à partir de 2006. Il assure chaque mois la rubrique Classiques et Cie dans Le Magazine littéraire jusqu’au changement de nom de ce magazine. De 2011 à 2013, il est administrateur de la Société des gens de lettres.

J’emporterai le feu de Leila Slimani. Gallimard . 🟩🟩🟩🟩◼️

J’emporterai le feu

Leila Slimani

Gallimard

ISBN : 978-2-07-309836-8 Janvier 2025

430 pages

J’emporterai le feu clôt la trilogie le pays des autres de Leila Slimani. Trilogie qui a accompagné la famille Belhadj sur trois générations entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 2020.

Lors de mon billet concernant la lecture du deuxième tome, Regardez-nous danser, j’écrivais ceci  : « Bien évidemment, ces évènements ont fait le Maroc et les Marocains. »
« Mais je trouve que Leila Slimani n’approfondit pas ces événements à la lumière de ces personnages.  »
« Par contre, Leila Slimani nous montre des femmes magnifiques, combattantes, libres et sensuelles.
Ces femmes qui me feront lire la fin de cette trilogie »

Et dans ce troisième tome, ces femmes sont effectivement magnifiques, combattantes, libres et sensuelles.

Que ce soit la grand-mère Mathilde, sa fille Aïcha, ses petites filles Mia et Inès ou la belle-soeur de Mathilde, Selma.

Des femmes attachantes à des degrés divers, mais qui nous racontent le patriarcat, la libération et l’indépendance.

Autour de ces femmes, les personnages d’Amine, de Mehdi et de Selim ne se révèlent pas toujours sous leur meilleur jour, mais restent des êtres passionnants et complexes.

Les trois tomes de le pays des autres racontent de façon romanesque l’histoire familiale de Leila Slimani. Ce troisième tome se concentre sur Mia et Inès, les filles d’Aïcha et Mehdi. Ces deux jeunes femmes des années 80, vivant dans un régime royal, liberticide et patriarcal, vont connaître, du fait de leurs études, de leurs vies, de leurs orientations sexuelles, la solitude, la séparation, l’exil.

Tout cela vécu dans une culture franco marocaine pour notables et proches du pouvoir royal.

Les questions identitaires, la place et le droit des femmes irriguent ce troisième tome et donnent matière à une oeuvre romanesque qui relève grandement de l’intimité familiale. le pays des autres essaime des racines ici et là-bas.

Je n’avais pas été totalement convaincu par les deux premiers tomes. Je trouvais que Leila Slimani avait traité beaucoup de sujets en restant, il me semble, en surface. Je n’ai pas retrouvé cela dans J’emporterai le feu.

J’ai trouvé une famille intergénérationnelle aux prises avec une double culture et un besoin de liberté irrépressible. Une famille qui souhaite prendre sa place, toute sa place.

« Oui, il a fallu que ce soit moi qui raconte, et je me souviens de ces papillons Belles-Dames qui entament un épique voyage depuis l’Afrique jusqu’au cercle polaire avec pour seul guide le soleil. » « Des papillons minuscules, des migrateurs extraordinaires pesant à peine un quart de gramme, et ce n’est jamais celui qui part qui arrive à destination, mais son petit-enfant » (p.422).

Leïla Slimani naît le 3 octobre 1981 à Rabat, dans une famille d’expression française. Son père, Othman Slimani (1941–2004), est un banquier et un haut fonctionnaire marocain, secrétaire d’État chargé des Affaires économiques de 1977 à 1979. Sa mère, Béatrice-Najat Dhobb Slimani (1948–), est médecin ORL et a été la première femme médecin à intégrer une spécialité médicale au Maroc Ses grands-parents maternels se sont rencontrés en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale, quand Lakhdar Dhobb, un spahi algérien ou marocain, participe à la Libération de Blotzheim, le village d’Anne Ruetsch (1921–2015), issue de la bourgeoisie alsacienne[. Après la guerre, elle s’installe avec lui au Maroc. Anne sera l’une des rares non-Marocaines décorée de l’ordre du Ouissam alaouite, une des plus hautes distinctions accordées par le roi du Maroc[10],[9]. Leïla Slimani a deux sœurs

En 2014, elle publie son premier roman, Dans le jardin de l’ogre. Le sujet (l’addiction sexuelle féminine) et l’écriture sont remarqués par la critique] et l’ouvrage est sélectionné dans les cinq finalistes pour le prix de Flore 2014[19].

Son deuxième roman, Chanson douce, obtient le prix Goncourt en 

La maison du magicien d’Emanuele Trévi. Philippe Rey. 🟩🟩🟩◼️◼️

La maison du magicien

Emanuele Trévi

Traduction : Nathalie Bauer

ISBN : 978-2-38482-207-2 Janvier 2025

218 pages.

La maison du magicien d’Emanuele Trevi explore la relation père-fils. le père Mario Trévi était un psychanalyste connu de Rome adepte de Jung. le narrateur, le fils ou encore Emanuele Trévi s’installe dans l’appartement de son père à la mort de celui-ci ; appartement dans lequel il recevait ses patients.

En intriquant autobiographie et fiction, Emanuele Trevi dessine la figure tutélaire du père. Dans cet appartement où flotte l’âme des patients, le père, Mario Trévi, devient guérisseur et magicien.

Des cahiers de notes, des galets polis, un exemplaire de la Métamorphose de l’âme et ses symboles de Jung et un exemplaire du Yi-King vont mener Emanuele Trévi sur les traces et mystères de « l’arrière-boutique » intérieure de son père.

C’est une lecture surprenante balançant entre souvenirs familiaux et approfondissement de l’oeuvre de Jung. Surprenant aussi les présences étonnantes de femmes aux doux noms de : La Dégénérée, La Visiteuse, La Chattemite.

On peut avoir du mal avec les passages portant sur l’analyse psychanalytique de Jung.

Cette réserve posée, le roman d’Emanuele Trévi teinté de nostalgie et d’humour est agréable à lire et pose la question : Qu’est-ce que la maison du magicien ? Conscience, inconscient, arrière-boutique ?

On en revient à Jung !

Né à Rome en 1964, Emanuele Trevi est essayiste, romancier et critique littéraire. Il collabore au Manifesto et au Corriere della Sera. Il a été finaliste du prix Strega 2012 avec Quelque chose d’écrit (Actes Sud, 2013).

Les bons sentiments de Karine Sulpice. Liana Levi. 🟩🟩🟩🟩◼️

Les bons sentiments

Karine Sulpice

Liana Levi

ISBN : 979-10-349-1040-3 Février 2025

173 pages

Julien, jeune homme de 28 ans travaillant dans une ONG, l’Association, prend en otage trois de ses collègues de l’association.

C’est le point de départ du premier roman de Karine Sulpice. Vont apparaitre un certain nombre de personnages qui vont interférer avec Julien. D’abord les trois otages : Jeanne, Antoine et Kader. Devant le local de l’association se pressent les chaines d’infos et la foule. Dans cette foule, il y a Jessica et sa fille Laila. Jessica et Leila se rendent souvent à l’association pour rencontrer les travailleurs sociaux. Autour des locaux de l’association se sont positionnées les forces de l’ordre sous le commandement de Maurane le Queuvre.

Maurane le Queuvre va rentrer en relation avec Julien afin de connître ses attentes.

À travers ces personnages et la discussion téléphonique entre Mauranne le Queuvre et Julien, nous allons remettre en place le puzzle de la vie de Julien.

Et le puzzle de la vie de Julien est formé de burn-out, de dépression. Un burn-out ou une dépression due au travail associatif. En nous présentant les points de vue de chacun, l’émotion est là à fleur de peau et joue sur les réflexions et les cheminements de chacun.

Parce que nous sommes dans le monde associatif, Les bons sentiments doivent affluer. Quel joli titre de roman pour dire exactement l’inverse et parler des noirceurs de l’âme humaine.

Premier roman d’une grande humanité.

Karine Sulpice vit à Lille. Elle a toujours manié les mots, d’abord en tant que journaliste puis avocate, notamment en droit de la famille et du travail, pendant dix ans. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture.

Nage libre de Jessica Anthony. Le Cherche Midi. 🟩🟩🟩◼️◼️

Nage libre

Jessica Anthony

Traduction Claro

ISBN : 978-2-7491-8194-3 janvier 2025

139 pages

Dans une résidence américaine en novembre 1957, Kathleen Beckett refuse d’accompagner son mari et ses deux enfants à l’office dominical. Elle préfère aller nager dans la piscine de la résidence. Et plus que cela, elle ne quittera pas la piscine jusqu’à nouvel.

Avec ce court roman Nage libreJessica Anthony a écrit un roman intrigant, un peu grinçant. En 139 pages, à travers le couple formé par Kathleen et Virgil, elle va nous faire découvrir leurs secrets intimes et la réalité de l’American way of life avec, surtout, la femme au foyer abandonnant ses rêves.

Spoutnik 2 avec son chien Laika tourne autour de la terre, Kathleen refuse de sortir d’une piscine, les mensonges et adultères se révèlent peu à peu. Tout le monde se cache derrière les apparences. Il ne se passe pas grand-chose dans cette journée qui soutient le roman. Mais ce pas grand-chose cristallise les reproches et les frustrations des uns et des autres. Kathleen est sa frustration tennistique. Virgil est son culte pour Charlie Parker

Dans cette piscine, la nage va t’-elle devenir libre ?

 Jessica Anthony est une écrivaine américaine. Son premier roman Le convalescent est paru au Cherche Midi en 2016. Nage libre est son quatrième ouvrage.

quarante jours dans la jungle de Mat Youkee. Marchialy. 🟩🟩🟩🟩◼️

Quarante jours dans la jungle

Mat Youkee

Traduction Charles Bonnot

ISBN : 978-2-38134-060-9 Mars 2025

282 pages.

Qui a encore en mémoire les infos du 9 juin 2023 ? Ce jour-là, les chaînes d’infos nous apprirent que quatre enfants âgés de 13 à 1 ans avaient été retrouvés au fin fond de la jungle colombienne. Cela faisait 40 jours qu’on les recherchait suite au crash du Cessna qui les transportait avec leur mère et deux autres personnes. L’avion avait été retrouvé ainsi que les corps des adultes, mais pas de présence des enfants.

C’est cet événement que Matt Youkee, journaliste d’investigation britannique, a décidé de mettre en récit.

C’est un récit passionnant de bout en bout, doublé d’une réflexion et des interrogations que porte une telle histoire dans un pays où ont sévi l’armée, la guérilla des FARC, les cartels de la drogue et où vivent de nombreuses ethnies autochtones au milieu de la forêt amazonienne.

Magdalena est une femme indienne uitoto, mère des quatre enfants : Lesly, Soleiny, Tien et Cristin. Ces enfants sont issus de deux pères différents. Quand elle monte dans le vol HK-2803, elle souhaite quitter la jungle (pour de multiples raisons à découvrir). Elle veut se rendre dans les quartiers de la banlieue de Bogota.

Mat Youkee, comme tout journaliste d’investigation, va nous raconter son enquête et ses rencontres afin de comprendre ce qui a pu arriver et comment quatre enfants mineurs et en bas âge ont pu survivre dans la jungle colombienne. Cependant, il va entourer son enquête de facettes différentes concernant la société colombienne et indienne. Et c’est ce parti-pris qui illumine ce récit.

Au fur et à mesure du récit, on est confronté la réalité de la Colombie :

Pourquoi Magdalena, indienne, quitte la jungle ? Quelle place pour les ethnies indiennes ?

Quand est-il du patriarcat dans les ethnies indiennes ?

Comment faire des recherches dans une jungle aux mains des trafiquants et de la guérilla ?

Les enfants n’ont-ils pas été enlevés par la guérilla pour devenir des enfants soldats ?

Quel rôle joue l’armée et la présidence de la République ?

Que fait-on des chamans, des dieux et de la spiritualité dans la recherche des enfants ?

Toutes ces interrogations vont se télescoper durant le récit pour former une idée kaléidoscopique de la Colombie.

De ce récit, ce qui restera au fond de nous, ce sont ces quatre enfants livrés à eux-mêmes et qui auront en Lesly « une âme liane » pour les protéger. Ces enfants sont aujourd’hui « protégés » par la société dans les hôpitaux et dans des maisons d’enfants. Leur parcours reste difficile.

Ils veulent juste rentrer à la maison.

Mat Youkee est un journaliste d’investigation britannique basé en Colombie depuis plus de dix ans. Il collabore régulièrement à des journaux de renommée internationale tels que The GuardianThe Economist ou The Financial TimesQuarante jours dans la jungle est son premier livre.

Le cavalier de Notre-Dame d’Eric Crubezy. Odile Jacob. 🟩🟩🟩◼️◼️

Le cavalier de Notre-Dame

Eric Crubezy

Odile Jacob

ISBN : 978-2-41501-109-3 Janvier 2025

368 pages

Le cavalier de Notre Dame est un récit surprenant.
Après l’incendie de Notre Dame de paris en 2019, un cercueil de plomb est exhumé. A l’intérieur de celui-ci un corps sans nom et inscription.
Des recherches et des indices orientent vers Joachim du Bellay, poète du 16 -ème siècle.
Mais pour quelles raisons a-t-il été inhumé dans notre Dame. Et pourquoi le cavalier ,
C’est tout ce que va nous faire découvrir Eric Cubrézy entre vie ecclésiastique, vie d’artiste et noblesse. On croisera les différents papes de l’époque, François 1er, RonsardRabelais.
C’est fou ce qu’un corps autopsié peu apprendre. Tout comme les sonnets du poète Joachim du Bellay.
L’enquête ne se cantonne pas de la découverte du cercueil. Elle se prolonge par une étude des sonnets et de la société.
C’est un récit universitaire et pointu qui peut parfois être aride.

Éric Crubézy, docteur en médecine, docteur ès science, membre de l’Institut Universitaire de France, est professeur d’anthropobiologie à l’université Paul Sabatier de Toulouse. Ses travaux portent sur les rites funéraires des origines à l’heure actuelle et sur l’évolution et la santé des populations du passé. Il a dirigé des fouilles d’ensembles funéraires en Méditerranée, dans la vallée du Nil, en Asie centrale, en Mongolie et en Sibérie.