Les oiseaux chanteurs de Christy Lefteri. Seuil. 💛💛💛💛

Deuxième plongée dans l’île de Chypre.
Après la lecture de L’île aux arbres disparus d’Elif Shafak, voici Les oiseaux chanteurs de Christy Lefteri.
Elif Shafak nous parle des migrations , de l’exil dans la Chypre Turco – grecque entre 1970 et 2020.
Christy Lefteri ancre son roman dans les années actuelles et va enquêter sur les nombreuses femmes invisibles et asiatiques qui vivent à Chypre.
Les trois premiers chapitres commencent par la même antienne : Un jour, le jour ou Nisha a disparu.
Ce jour ou Nisha a disparu , deux personnes vont nous en parler. D’abord Petra Loizides, opticienne vivant le long de la ligne verte, ligne de séparation de Chypre entres grecs et turcs. Nisha est la nourrice de sa fille Aliki mais aussi sa femme de mènage.
Puis Yiannis , jeune homme, locataire à l’étage de la maison de Petra. Il vit une relation amoureuse avec Nisha sans que Petra en soit au courant.
Yiannis est un ancien financier que la crise de 2008 a ruiné. Il vivote de petits métiers en petits métiers et vit du braconnage des oiseaux chanteurs.
A travers Petra et Yiannis nous allons peu à peu découvrir qui est Nisha. A savoir une jeune Sri lankaise qui depuis de nombreuses années vit à Chypre , en ayant laissé dans son île natale sa fille de 11 ans Kumari.
On va surtout découvrir les sombres réseaux d’un pays gangréné par les trafics en tous genres, trafics d’humains et d’animaux.
Christy Lefteri nous livre une histoire sombre avec beaucoup d’humanité et un personnage lumineux : Nisha..
Dans tout le livre ce sont les autres qui parlent d’elle.
Elle parle en son nom sur les deux dernières pages du livre, dans une lettre écrite à sa fille :
« J’ai tant à te dire. Sois patiente . La vérité a besoin de temps. »
La vérité a eu besoin de 350 pages. Cette vérité se mérite.
Merci aux Editions du Seuil et à Babelio pour cette belle découverte.

Christy Lefteri est une romancière.

Elle est née de parents chypriotes. Elle anime un atelier d’écriture à l’Université Brunel. En 2010, elle a publié son premier roman, « A Watermelon, a Fish and a Bible ».

« L’apiculteur d’Alep » (« The Beekeeper of Aleppo », 2019), son deuxième roman, lui a été inspiré par son travail de bénévole pour l’Unicef dans un camp de migrants à Athènes.

La décision de Karine Tuil. Gallimard. 💛💛💛💛

Voici un roman qui est sur le fil du rasoir. Un sujet hautement inflammable : le terrorisme, l’Islam, les juges.
A ces éléments Karine Tuil rajoute les problèmes personnels du juge anti terroriste, à savoir son divorce et sa nouvelle relation amoureuse avec un avocat qui est défend le prévenu dont elle instruit le dossier .
Hautement inflammable ! Oh que oui !
Mais Karine Tuil mène cela à la perfection avec un fil narratif extrêmement tenu nous plongeant dans les arcanes de la justice et de l’anti terrorisme.

Alma Revel, 49 ans, juge anti terroriste doit se prononcer sur le sort d’un jeune homme revenant de Syrie et suspecté d’avoir rejoint l’Etat Islamique. Liberté ou emprisonnement ? Quelle décision ?
Parallèlement Alma Revel est confrontée à sa vie personnelle, avec un écrivain sur le déclin. Alma entretient une relation avec un avocat.
Divorce ou pas ? Mélange des genres dans la relation avec un avocat ? Quelle décision ?

La décision n’est pas unique, elle est multiple.
Les choix que fera Alma seront importants pour sa vie personnelle mais aussi pour la vie de beaucoup d’autres.

Ce livre est remarquable par le côté documentaire de la vie d’un juge anti terroriste. Cette documentation se chargeant de donner une âme, des émotions à Alma et propulsant le lecteur au coeur de ce maelstrom.
Les verbatims des interrogatoires du juge face à Abdeljalil Kacem, rentrant de Syrie sont absolument prenant et nous oblige , lecteurs, à nous questionner .
Comme la juge.
Abdeljalil est il sincère ?
Ne joue t’il pas de la taqiya , de la dissimulation ?
A t il des velléités terroristes ?
Doit on le laisser en prison avec un risque de radicalisation ?
Doit on le laisser en liberté avec le risque de provoquer un attentat ?
Quelle décision ? Quel poids de la responsabilité ?

Plus le livre avance , plus l’intensité augmente, plus nous sommes confrontés à nos choix individuels et sociétaux.
Décider reste un acte personnel, avec toutes ses conséquences
« -Le risque de prendre une mauvaise décision n’est rien comparé à la terreur de l’indécision (p185) »

Karine Tuil 
est un écrivain français. Elle vit et travaille à Paris. Elle est diplômée d’une maîtrise de droit des affaires et d’un DEA de droit de la communication (Université Panthéon Assas). Elle est l’auteur de douze romans traduits en plusieurs langues. « Les choses humaines », son onzième roman a obtenu le  prix Interallié 2019 et le Goncourt des lycéens 2019.  Il a été adapté au cinéma par Yvan Attal. Le film « Les choses humaines » sorti en salles le 1er décembre 2021 avec 
Ben Attal, Suzanne Jouannet, Charlotte Gainsbourg, Pierre Arditi, Mathie
u Kassovitz, Benjamin Lavernhe, Audrey Dana, Judith Chemla. Il a été sélectionné à la Mostra de Venise et au festival du cinéma américain de Deauville. Karine Tuil a reçu à Venise le 9  septembre 2021, le prix Kinéo Art et littérature à l’occasion de la sortie de l’édition italienne de « Les Choses humaines » « Le cose umane » aux éditions La nave di Teseo.

L’anarchiste qui s’appelait comme moi de Pablo Martin Sanchez. Zulma La Contre-allée. 💛💛💛💛💛

Quelle magnifique idée littéraire et fictionnelle !
Rechercher son homonyme sur Internet.
C’est ce qu’a fait l’écrivain espagnol Pablo Martin Sanchez.
Pablo Martin Sanchez a écrit l’anarchiste qui s’appelait comme en 2012 et son roman vient d’être traduit aux Editions Zulma et La contre-allée.
Pablo Martin Sanchez est connu pour être le traducteur en espagnol de Raymond QueneauDelphine de Vigan ou Hervé le Tellier.
Il fait aussi partie de L’Oulipo. L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture.
Donc Pablo Martin Sanchez tape son nom sur google et au milieu d’un nombre important d’intrants , il découvre son nom dans le dictionnaire des anarchistes espagnols .
3 petites lignes dans un article consacré à l’anarchiste Enrique Gil Galar : « Capturé, il fut condamné à mort et exécuté avec d’autres militants, comme Julian Santillan Rodriguez et Pablo Martin Sanchez « .
« Membre d’un groupe d’action, Enrique Gil Galar participa le 6 et 7 Novembre 1924 à l’expédition de Vera de Bidasoa au cours de laquelle une centaine de camarades venus de France étaient entrés en Espagne « 
Pablo Martin Sanchez se lance dans l’investigation et recherche documents et informations concernant cet homonyme ayant vécu au début du 20éme siècle. tout cela se concentrera à Barracaldo dans la banlieue de Bilbao.
Il rencontrera Térésa, une vieille femme de 90 ans, qui est la nièce de l’anarchiste Pablo Martin Sanchez et qui lui permettra de dérouler le fil menu de la vie de l’anarchiste.
Mais comment démêler le vrai du faux, entre récit historique et fiction ?
Il est évident que c’est jubilatoire pour Pablo Martin Sanchez de nous entrainer entre fiction et réalité. Et il le fait diantrement bien !
Il profite des interstices inconnus de la vie de Pablo Martin Sanchez pour nous immerger dans le Paris du début du 20ème siècle : les quartiers populaires , les années folles mais encore les petits commerces et les linotypistes.
Une capitale dans laquelle grenouille les anarchistes de tous poils et plus spécialement espagnols.
Car c’est aussi la grande réussite de ce roman : nous faire découvrir une partie de l’histoire espagnole en ces années 1920. Nous connaissons plus de l’Espagne la période la guerre civile de 1936. Elle a pourtant été précédée par la dictature de Miguel Primo de Rivera qui a écrasé ces rêves anarchistes et libertaires. des rêves précurseurs de ce que seront le Pays Basque et la Catalogne.
Enfin comment ne pas être touché par ces engagements jusqu’à la mort ?
Je suppose que Pablo Martin Sanchez l’écrivain a du cheminer longuement auprès de Pablo Martin Sanchez l’anarchiste. Un cheminement qui se poursuit 10 ans après la naissance du roman avec son édition en France.
J’ai rencontré Pablo Martin Sanchez à la Fête du livre de Bron en Mars 2022.
Il était toujours imprégné de ce roman et de ce cheminement.
Sa dédicace : » Cette histoire du passé qui parle bien du présent. »
Le cheminement de deux homonymes à 100 ans d’écart mais qui parlent d’une même voix .
Un livre qui parle d’aventure, d’Histoire, d’amour et de convictions.
Je vous le recommande chaudement.

Pablo Martín Sánchez est un écrivain diplômé en art dramatique de l’Institut de théâtre de Barcelone, docteur en langue française et en littérature de l’université Lille-III et docteur en littérature comparée de l’université de Grenade.
Il a travaillé entre autres comme lecteur, correcteur, libraire.
Il traduit du français à l’espagnol.
Auteur de contes (Frictions, Éditions la Contre Allée, 2011) et d’un roman (L’Anarchiste qui portait mon nom, Acantilado, 2012).
En 2014, il devient le premier membre espagnol de l’Oulipo.

Pablo Martin Sanchez 1924

La bibliomule de Cordoue de Lupano-Chemineau. Dargaud. 💛💛💛💛

Voila un magnifique objet ou roman graphique. Dargaud n’a pas lésiné sur la présentation.
260 pages avec marque page doré, la tranche bleue nuit, une postface importante sur le califat de Cordoue.
Et puis le scénario et le dessin de Lupano- Chemineau. Nous sommes en bonne compagnie.
A cette compagnie s’ajoute un bibliothécaire, Tarid, tout en rondeur, Marwann petit voleur, Lubda, copiste à la bibliothèque et une mule.
Nous sommes en 976 dans le Sud de l’Espagne dans le califat d’El Andalous.
Le calife vient de décéder. Son fils est trop jeune pour être au pouvoir. C’est donc le Vizir Al- Mansour qui s’empare du pouvoir.. ( un calife ,un vizir .Iznogoud. Goscinny. Nostalgie )
Le vizir voulant plaire aux radicaux religieux du califat, décide brûler les livres de la bibliothèque dans un grand autodafé.
Et c’est là que nous retrouvons notre belle compagnie qui veut sauver le maximum de livres.
Marwann, Lubda, Tarid et la mule se lance dans une grande aventure à travers l’Espagne
Mais rien n’est simple quand une mule récalcitrance doit transporter tous ces livres porteurs de sciences, de mathématiques, de philosophie.
Où comment sauvez le monde de l’obscurantisme en s’appuyant sur une mule !
Le tout est basé sur des faits historiques.
Magnifique Bd picaresque tant par le dessin, la couleur, que par le texte.

Celle qui parle d’Alicia Jaraba. Bamboo Editions Grand Angle. 💛💛💛💛

Malinalli , Marina, Malintzin, La Malinche… Celle qui parle.
A travers son roman graphique, Alicia Jaraba nous fait revivre Malinalli fille d’un chef déchu d’Amérique Centrale au XVI ème siècle qui restera dans la légende comme la Malinche.
L’Histoire garde beaucoup de vides autour de l’histoire de la Malinche.
La première fois que j’ai entendu parler de la Malinche , c’est par une chanson.
Une chanson du groupe Feu!Chatterton.
Feu ! Chatterton nous invite à partir avec eux dans cette chaleur enivrante de l’autre bout du monde.
Electro-Rock hypnotique, le groupe amène la transe, le sample saturé qui tourne en boucle renforce cet effet. le texte est un délire qui nous invite au voyage et à la rencontre d’une femme indigène.
Et cette rencontre devient réelle sous les crayons et les couleurs d’Alicia Jaraba. Histoire , légende ? La question n’est plus là.
Devant nous une jeune fille qui va vivre le départ, l’esclavage en terre mexicaine. Malinalli a un don : la compréhension rapide des langues des ethnies. Celle qui parle
Et puis Cortes et les conquistadors arrivent au Mexique. Une nouvelle langue.
Malinalli est repérée par Cortes qui en fait son interprète. Malinalli devient Dona Marina.
Celle qui parle permet le lien entre les Espagnols et les ethnies.
Celle qui parle devient proche de l’occupant.
Celle qui parle est une jeune fille qui peut être dépassée par les évènements.
Dona Marina aide le conquistador espagnol Hernán Cortès à défaire l’Empire aztèque en conquérant le Mexique et sa capitale Tenochtitlan. Elle lui sert de traductrice, mais également de conseillère en diplomatie locale et de maitresse.
Mais Dona Marina est aussi Malintzin , cette femme qui parle et qui saura aussi dire non et donner une voix aux femmes de son époque.
Au terme de son roman graphique, Alicia Jarabia nous rappelle que La Malinche reste un personnage controversé de l’histoire du Mexique. Mais que ce qui nous a été transmis provient des conquistadors et des codex Aztèques.
« Dans tous les cas sa voix nous est restée muette. Et cela laisse beaucoup de vide dans l’histoire. J’ai voulu remplir ces vides pour construire ma propre Malinche » Elle est jeune, inexpérimentée, souvent dépassée par les événements. Mais elle est surtout , je l’espère humaine. « 
Et bien c’est totalement réussi.
Par le graphisme , les regards , les couleurs , la poésie Alicia Jarabia nous campe une Malinche humaine, tellement humaine au prise avec l’esclavage, l’occupant mais aussi avec sa condition féminine.
Celle qui parle, une voix parfois maladroite mais UNE VOIX qui à l’époque n’avait pas droit de cité.
Native des contrées
Où Cortés est venu
Trouver haine et fortune
Tu sais de mémoire ancienne
Te méfier des braves
de leur soif inopportune !
Combien de lâches sont venus ici
Courir chimères à coup de fusils ?
Ivres de gloire ont-ils pensé que ton coeur
Serait conquis percé de flèches et de rancoeur
Comme tes côtes mexicaines !
La Malinche. Feu! Chatterton

Alicia Jaraba Abellán est une dessinatrice espagnole de bandes dessinées. Elle a obtenu plusieurs titres dans des concours de bandes dessinées espagnols
LIRE
“Fille d’un chef déchu, offerte comme esclave, elle est devenue l’une des plus grandes figures féminines de l’Histoire.” XVIe siècle. Malinalli est la fille d’un chef d’un clan d’Amérique centrale. Peu de temps après la mort de son père, elle est vendue à un autre clan pour travailler aux champs et satisfaire la libido de son nouveau maître.
Un jour, d’immenses navires apparaissent à l’horizon, commandés par Hernan Cortez, obsédé par la recherche d’or. Le conquistador repère Malinalli et son don pour les langues. Elle sera son interprète et un des éléments clés dans ses espoirs de conquête. Elle sera également celle qui aura le courage de dire un mot interdit aux femmes de son époque : non !

Une sortie honorable d’Eric Vuillard. Actes Sud.💛💛💛💛

Lire Une sortie honorable d’Eric Vuillard après avoir lu l’enquête de philippe Collin : le fantôme de Pétain permet d’avoir une vue d’ensemble sur des pans de l’histoire de France durant le 20ème siècle.
Le récit D’Eric Vuillard reprend avec son titre la mission qu’avait donné Mayer, président du conseil en 1954, au Général Navarre durant la guerre d’Indochine : il faut trouver une sortie honorable.
Depuis quelques années la France, son gouvernement, ses hommes d’affaires et ses militaires sont au prises avec le mouvement Viet-Minh au Vietnam.
Comme à son habitude, Eric Vuillard nous fait un récit précis, mordant , caustique, noir et sombre de la réalité humaine.
« Plus on approche du pouvoir, moins on se sent responsable ». c’est la phrase que ressasse le Général Navarre dans la cuvette de Dien Bien Phû. Phrase que va décortiquer Eric Vuillard auprès des différents personnages de son roman.
Nous sommes au coeur du pouvoir. Nous devrions dire au coeur des pouvoirs : Pouvoir politique, économique et militaire.
Le pouvoir politique avec ces présidents du Conseil et ses ministres dont certains avaient donné les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. Ces mêmes présidents et ministres qui se partagent le pouvoir. Une fois , à toi, une fois à moi. Tu me tiens par la barbichette. Un petit monde clos , parlementaire et ministériel qui régit la France et les Colonies.
Le pouvoir économique ou celui des grandes familles bourgeoises. La aussi l’entre-soi est une vertu cardinale. On se marie entre familles cousines. On retrouve les tentacules de ces familles que ce soit en politique, dans le clergé , les conseils d’administration et les banques.
La Banque d’Indochine par exemple dont les dirigeants ont leurs ronds de serviette dans tous les conseils d’administration.
Les terres des Colonies sont le terreau de la Bourse et de l’enrichissement facile.
Le pouvoir militaire quant à lui envoie au front au bon plaisir de son pouvoir : tirailleurs africains, maghrébins et de toutes colonies.
Remarquable et effrayant.
Et cette proximité du pouvoir qui fait que la responsabilité se dilue.
Une sortie honorable ne peut être un déshonneur. Les sièges du parlement, des conseils d’administration sont trop confortables tout comme leur subsides.
Alors il y eut Dien Bien Phû , alors il y eut trois millions six cent mille morts Vietnamiens.
Il y eut la chute de Saigon en 1975.
Les derniers mots du récit d’Eric Vuillard :
« Dans l’espérance dérisoire d’une sortie honorable, il aura fallu trente ans et des millions de morts et voici comment tout cela se termine ! Trente ans pour une telle sortie de scène. le déshonneur eut peut être mieux valu. »
Remarquable , effrayant et d’une actualité brûlante.

Le fantôme de Pétain de Philippe Collin. Flammarion. 💛💛💛💛

Le Fantôme de Philippe Pétain est une enquête écrite réalisé par Philippe Collin auprés de 12 historiens.
Ce livre d’enquête est le prolongement des podcasts réalisés sur le même sujet sur les antennes de France Inter.
Cette enquête tente de répondre aux questions : Pourquoi un peuple s’est-il livré à un seul homme en juin 1940 ? de quoi Pétain est-il le nom ? Faut-il craindre son fantôme ?
Au travers d’interviews des douze historiens, la vie de Pétain est retracée, du vainqueur de Verdun au Maréchal collaborateur des années 1940.
C’est toujours intéressant et instructif.
L’enquête n’est pas toujours chronologique mais les retours en arrière permettent d’approfondir la réflexion.
Chaque chapitre se termine par un crédit photos qui permet de synthétiser l’enquête en cous.
Ce n’est jamais trop » historique et intellectuel « .
Par les diverses entrées de l’enquête ( vainqueur de Verdun – La vanité du Maréchal – le fossoyeur de la république – L’antisémite … ) Philippe Collin et ses douze historiens brossent le portrait d’un homme mais aussi d’une époque qui résonne toujours de nos jours .
La plaidoirie de Maitre Jacques Isorni lors du procès de Pétain reste le document de référence pour l’extrème droite d’aujourd’hui afin de réhabiliter le Maréchal Pétain et minimiser son action.
Cette enquête, complète, est nécessaire et salutaire. le temps passe et fait l’oubli. Il ne faut pas oublié . surtout dans ces mois de campagne présidentielle où prospére l’extrème droite.
Il ne faut pas oublier. Un autocrate russe nous le rappelle douloureusement.

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Philippe Collin est un producteur de radio, auteur et journaliste, né à Brest le 6 avril 1975.

Il effectue des études d’histoire à l’Université de Bretagne occidentale, à Brest. Il est titulaire d’une maîtrise d’histoire contemporaine consacrée à l’épuration des collaborateurs à la Libération. D’abord chroniqueur dans l’émission de Gérard Lefort À toute allure, de 1999 à 2001 sur France Inter puis dans l’émission culturelle hebdomadaire Charivari (animée par Frédéric Bonnaud) sur France Inter (entre 2004 et 2006), Philippe Collin anime l’émission Comme un ouragan pendant l’été 2005 puis Panique au Mangin Palace de septembre 2005 à juin 2010. À la rentrée 2006, Charivari s’arrête et Frédéric Bonnaud lance une nouvelle émission, La bande à Bonnaud, pour laquelle Philippe Collin écrit régulièrement des chroniques. L’émission est supprimée fin juin 2007. Entre septembre 2008 et juin 2010, il anime également l’émission Panique au Ministère Psychique puis La cellule de dégrisement, dans le même esprit décalé – voire délirant – et un rien irrévérencieux que le Mangin Palace. En 2010, il anime l’émission Les Persifleurs du mal durant le mois de juillet, puis 5/7 Boulevard – en référence au Sunset Boulevard à Los Angeles – à partir du mois de septembre, entre 17 h et 19 h. À la rentrée 2011, cette émission prend le nom de Downtown (18 h-19 h) avec Xavier Mauduit. Pour la télévision, entre septembre 2004 et juin 2005 il a également collaboré en tant que journaliste avec Michel Denisot à l’émission Le Grand Journal, sur Canal+. Depuis le dimanche 8 janvier 2012 à 17 h 45, il est coauteur d’une émission culturelle et décalée Personne ne bouge !, sur Arte avec Frédéric Bonnaud et Xavier Mauduit. Depuis septembre 2016 Personne ne bouge ! est diffusée à 19 h. Entre septembre 2013 et juin 2015, il produit et anime l’émission Si l’Amérique m’était contée sur France Inter. Joy Raffin assurait la voix narrative de ce magazine.

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Article de Télérama
En dix épisodes animés par des historiens et des archives de discours, procès, films, “Le Fantôme de Pétain”, produit par Philippe Collin pour France Inter, ressuscite le soldat de Verdun et collaborateur de Hitler.

« Le fantôme de Pétain nous tend un miroir dans lequel nous craignons de nous regarder, pointe le producteur Philippe Collin, qui lui consacre un podcast siglé France Inter. Le vieux maréchal rôde encore à quelques semaines de la présidentielle avec son idée de la “France éternelle” que nombre de nostalgiques, réactionnaires et nationalistes ont défendu. »

Dans cette série en dix épisodes, il retrace la vie hors norme du vainqueur de Verdun et du chef du gouvernement de Vichy, à travers les paroles d’une dizaine d’historiens. Des entretiens ponctués par de nombreuses archives sonores, des fragments de discours ou du procès de Pétain en août 1945 nous plongent dans le chaos de l’Histoire. La réalisation d’orfèvre de Violaine Ballet y mêle des extraits de films, qui apportent une vivacité fascinante à ce récit fleuve.

Le mythe de Verdun survit encore au discrédit du régime de Vichy. Quinze ans après la mort du maréchal, Charles de Gaulle différenciait le Pétain de Verdun du Pétain de Vichy à l’occasion du cinquantenaire de la Première Guerre mondiale. Le président Macron s’est emparé à son tour de ce sujet sensible lors des commémorations du centenaire en 2018 : « On peut avoir été un grand soldat durant la Première Guerre mondiale et avoir conduit à des choix funestes durant la Seconde », a-t-il alors affirmé.

“Inconnu des Français en 1914, il était alors sur le point de prendre sa retraite…” Éric Alary, historien
La Grande Guerre aura radicalement changé le destin de Philippe Pétain : « Inconnu des Français en 1914, il était alors sur le point de prendre sa retraite ; puis est devenu quatre ans plus tard tout ce que la France comptait de plus glorieux », raconte l’historien Éric Alary. Le vieux militaire cultive cette image de grand-père rassurant.

Il entre en politique dans la période de l’entre-deux-guerres, en proie à une crise économique, politique et sociale sur fond de repli communautaire. « Xénophobie, antisémitisme, anticommunisme travaillent en prodondeur la société française qui, en 1940, est mûre pour accepter un régime autoritaire, tel qu’il sera mis en place par Pétain et Laval », développe le spécialiste de la Seconde Guerre mondiale Denis Peschanski.

“C’est un pacte faustien, il troque sa gloire éternelle contre la vanité celle de s’accrocher au pouvoir.” Philippe Collin., producteur
Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale confère les pleins pouvoirs à Pétain, 84 ans. Face à la débâcle militaire, il appelle à cesser les combats. « Vingt ans après la Première Guerre mondiale qui a fait 1,4 million de morts, plus personne ne veut perdre encore un père ou un fils sur le front… Les Français veulent que ça s’arrête, et Pétain arrive comme un sauveur, recontextualise Philippe Collin. Son choix de signer l’armistice sous-entend que la France va collaborer avec les nazis. » Et le producteur de conclure, en évoquant la poignée de main entre le maréchal et Hitler à Montoire le 24 octobre 1940 : « C’est un pacte faustien, il troque sa gloire éternelle contre la vanité celle de s’accrocher au pouvoir. »



Un long, si long après midi d’Inga Vesper. Editions de La Martinière. 💛💛💛

Un long, si long après midi a tout du polar classique des années 60 aux États Unis. Tout est raccord jusqu’à la couverture du livre représentant l’American Way of Life au travers de la cuisine d’un pavillon américain d’une banlieue résidentielle de Santa Monica.
L ‘American Way of Life s’étale sans vergogne dans ce pavillon. Une famille riche, blanche, des enfants, une femme au foyer, une belle pelouse, de magnifiques géraniums, des haies taillées au cordeau, et une bonne noire comme femme de ménage.
Tout est en bonne ordre dans la famille de Joyce , Franck et des enfants Barbara et Lily.
Et immanquablement ce vernis va se craqueler. Joyce va disparaître et ce qui paraissait une vie rangée va voler en éclat.
Car l’ American Way of Life des années 1950/ 1960 se traîne quelques boulets , comme la condition des femmes, la condition des Noirs.
C’est la grande réussite du roman d’Inga Vesper. Sous couvert d’enquête policière, Inga Vesper ausculte la société américaine et ses inégalités.
La lutte pour les droits civiques n’en est qu’à ses premiers balbutiements mais déjà on voit poindre les combats pour l’égalité des femmes et des Noirs.
Le combat de Joyce et de Ruby pour être libres est au coeur de se roman policier fait d’apparence et de faux semblants.
Bien sûr qu’il y aura un coupable et la construction policière est parfaite. Mais est ce le plus important dans ce roman ?
Ce roman est révélateur de l’Amérique des années 60 et de ses turpitudes mais aussi des besoins de libertés,d’élévation de ceux qui sont englués dans l’American Way of Life.
Premier roman d’une belle justesse.

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Inga Vesper est journaliste et écrivaine, auteure de roman policier.

Elle a déménagé d’Allemagne au Royaume-Uni pour travailler comme aide-soignante, avant que l’envie d’écrire et d’explorer ne l’amène au journalisme scientifique. Elle est titulaire d’une maîtrise en gestion du changement climatique du Birkbeck College à Londres.

Inga a travaillé et vécu en Syrie et en Tanzanie, mais est toujours revenue à Londres, car il n’y a pas de meilleur endroit pour trouver une bonne histoire que le pont supérieur d’un bus.

« Un long, si long après-midi » (« The Long, Long Afternoon », 2021) est son premier roman.

Ultramarins de Mariette Navarro. Quidam Editeur. 💛💛💛

Quel livre étrange qui nous invite au pas de côté et au lâcher prise.
Quel livre étrange où une femme est commandante d’un cargo sur lequel elle dirige 20 hommes .
Ce cargo de containers relie l’Europe aux Antilles.
L’habitude du trajet , chacun à son poste .
Et puis la demande incongrue des 20 hommes de bord : se baigner au milieu de l’Océan. Et la commandante dit oui. le pas de côté .
Le pas de côté d’une commandante qui accepte la demande incongrue.
Le pas de côté d’une baignade dans un océan de vagues et d’inconnus
le pas de côté d’un cargo que l’on arrête dont on coupe les radars et que l’on fait disparaitre temporairement.
La commandante n’est plus commandante. Les hommes ne sont plus marins . le cargo est à l’arrêt.
Tous ont ralenti le temps de ce qu’ils sont . Ils ont accepté de lâcher prise.
Et ce lâcher prise ouvre sur la poésie, le mystère, le vertige.
Sont ils réellement 20 marins qui vont se perdre dans une brume inattendue s’étendant sur le Tropique ,
Comment envisager qu’un cargo prenne son indépendance et décide de ralentir.
Ralentir , prendre du temps, le leitmotiv de ce court roman dense comme cet océan, ce cargo et cette vie de marin.
un joli moment de lecture.

Après des études de lettres modernes et d’arts du spectacle, Mariette Navarro est formée en tant que dramaturge à l’école du Théâtre national de Strasbourg (2004-2007).

Elle est d’abord dramaturge auprès de Dominique Pitoiset au Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine pour la création de Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee (2009) et Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller (2010), auprès de Matthieu Roy pour Qui a peur du loup ? de Christophe Pellet (2011) et auprès de Caroline Guiela Nguyen pour Se souvenir de Violetta (2011), Elle brûle (2013) et Le Chagrin au Théâtre national de la Colline.

Mariette Navarro travaille comme dramaturge pour différents théâtres et compagnies, fait partie de comités de lecture, et du collectif d’artistes de la Comédie de Béthune depuis 2014. Elle est associée aux Scènes du Jura (scène nationale) pour la saison 15-16, et au théâtre de l’Aquarium pour la saison 17-18.

Elle co-dirige la collection Grands Fonds chez Cheyne éditeur.

Elle intervient régulièrement dans les écoles supérieures d’art dramatique (ENSATTESADCNSAD).

Elle écrit notamment pour les metteurs en scène Matthieu Roy (Prodiges®), Caroline Guiela Nguyen (Elle brûle), Anne Courel (Les feux de poitrineFrançois Rancillac (Les hérétiques), Hélène Soulié (Scoreuse) , et la chorégraphe Marion Lévy (Les Puissantes, Et Juliette, Training)..

Extraits d’un interview de Mariette Navarro sur France Culture

« La notion du temps est un sujet qui m’obsède et qui fait que, j’aurais très bien pu faire ce voyage en cargo  et ne pas écrire dessus, il n’y avait aucun enjeu documentaire, mais l’idée du temps qu’on peut voler à nos quotidiens, aux injonctions, le temps de présence à bord d’un bateau fait tout disparaître : on n’a plus de réseau, plus accès aux bombardements d’internet, et finalement, deux semaines à bord d’un cargo, c’est comme une retraite dans un monastère. » 

« Au début l’impulsion première de l’écriture du livre, le premier personnage qui apparaissait, était ce collectif d’hommes qui se jetait à l’eau, cette image de liberté absolue : on plonge, et on plonge ensemble. Mais très vite, j’ai eu l’intuition qu’il y avait quelqu’un au-dessus de ces hommes, et qui regardait cette scène, mais je ne savais pas qui. Puis, j’ai pris la décision, de façon plus consciente, que ce serait une femme. J’avais envie, comme premier décalage par rapport à la réalité, de faire que le commandant du bateau soit une femme, et cela a changé tout l’imaginaire du texte, en redistribuant les cartes des relations de pouvoir, de travail, et de désirs. »