48 indices sur la disparition de ma sœur de Joyce Carol Oates. Philippe Rey. 🟩🟩🟩◼️◼️

48 indices sur la disparition de ma sœur.

Joyce Carol Oates

Philippe Rey

Traduction : Christine Auché

ISBN : 978-2-38482-074-0 Mars 2024

286 pages

La dernière fois que G (Georgene) a aperçu sa soeur M ( Marguerite) Fulmer, nous étions le 11 Avril 1991 pas loin d’Aurora on Cayuga au Nord de l’Etat de New-York.
La dernière fois que G a aperçu M s’est au travers d’un jeu de miroir.
M a 27 ans , étudiante en art et sculptrice, elle partait à son université.
G sa soeur cadette à 22 ans.
M est une belle jeune fille, éthérée , appréciée et aimée de tous.
G est une jeune fille moche, légèrement boulotte travaillant au guichet de la poste locale et franchement jalouse de sa soeur.
M et G ont perdu leur mère il y a quelques années des suites d’un cancer.
Elles vivent avec leur père dans une grande maison bourgeoise. le père étant un homme de pouvoir à la tyrannie facile.
M est proche d’un sculpteur et artiste Elke. Celui- ci a un goût artistique pour les corps et les cadavres.
48 indices sur la disparition de ma soeur est découpé en 48 chapitres non chronologiques et linéaires.
La narratrice de ces 48 chapitres est G ( Georgene) la jeune soeur. Nous sommes 22 ans après les faits et M n’est pas réapparu.
Chaque chapitre , pour Georgene, est l’occasion de réfléchir à chaque indice menant à la disparition de Marguerite.
Cette narration est sous-tendue par le temps qui a passé, les souvenirs, la mémoire mais aussi par la psychologie pour le moins instable de G.
L’autrice Joyce Carol Oates remet tout cela en perspective par une écriture fractionnée fait de passage en italiques, de nombreuses parenthèses représentant en partie la psyché de G.
On peut être dérouté par ce parti pris qui ne permet pas à la lecture d’être fluide.
Mais quelques chapitres passés, on entre dans le livre et on comprend rapidement que cette façon de faire nous permet de mieux appréhender les affres psychologiques de Georgene. Comment se remémorer des événements tragiques à leurs justes valeurs.
Le fait que la dernière vision de sa soeur M se fasse à travers un jeu de miroir est symptomatique de cela.
Ces 48 indices permettront ils de résoudre cette disparition ? Peut être ou peut être pas.
Joyce Carol Oates nous délivre un roman âpre et vénéneux et jongle avec les codes du thriller et les fantasmes.

Joyce Carol Oates, née le 16 juin 1938 à Lockport dans l’État de New York, est une femme de lettres américaine prolifique, à la fois poétesseromancièrenouvellistedramaturge et essayiste. Elle a également publié plusieurs romans policiers sous les pseudonymes Rosamond Smith et Lauren Kelly.

Parmi ses romans les plus célèbres on peut trouver Nous étions les Mulvaney (1996), Un livre de martyrs américains (2017), Reflets en eau trouble (1992) et Blonde (2000) qui est considéré comme le « chef-d’œuvre de sa carrière ». Son roman semi biographique a pu bénéficier d’une adaptation télévisée peu de temps après sa sortie et surtout d’une adaptation cinématographique au début des années 2020.

Un entretien avec Joyce Carol Oates sur France Inter ( Eté 2024 )

Junil de Joan-Lluis Lluis. Les Argonautes. 🟩🟩🟩◼️◼️

Junil

Joan-Lluis Lluis

Les Argonautes

Traduction :Juliette Lemerle

ISBN : 978-2-494289-45-1 Août 2024

272 pages.

Voici un roman original car traitant d’une époque peut présente dans les romans. Nous sommes au début du premier siècle dans les bords de l’Empire romain.
Une enfant , Junil, qui a perdu sa mère et ses frères et soeurs lors d’un incendie , a dû quitter son village pour s’installer avec son père tyrannique à Nyala. Celui-ci travaille dans une bibliothèque.
L’auteur, Joan-Lluis Lluis, nous épargnera la tyrannie de ce père dès le premier chapitre en ne le nommant pas, tout comme la description des personnages en fin de roman : le père de Junil: si on n’a pas donné de nom à cet homme, il ne faut pas s’attendre à en trouver une description. Ces avis tranchés non sans humour font entre autre le sel de ce roman tout comme ces courts chapitres aux titres énigmatiques et ple8n d’humour :
Il est étrange qu’écrire soit une affaire humaine
De rêvasser à mourir
Les Alains n’étaient pas des chèvres
Trouve des mots durs.
Mais revenons à la bibliothèque dans laquelle travaille Junil et son père. Junil fabrique des rouleaux de papyrus auprès d’esclaves qui lui apprennent à lire.
Dans ces rouleaux Junil va découvrir la poésie d’Ovide qui va lui éveiller de fortes émotions et plus particulièrement les ouvrages Les Métamorphoses et l’Art d’aimer.
Un événement grave va l’obliger à quitter l’Empire romain avec trois esclaves et voyager au coeur des pays barbares.
Ce voyage entre rerre barbare et l’Empire romain est le récit d’une quête de soi et de liberté.
Au cours de cette quête, ce petit groupe de quatre va intégrer d’autres personnages, d’autres dieux, d’autres langages, d’autres esclaves, d’autres hommes libres.
La part belle est donnée à l’écriture au langage mais aussi à une recherche des hommes libres avec la tribu des Allains dans laquelle il n’existe aucun esclave.
Une belle découverte pour un dépaysement en terres barbares et romaines.

Joan-Lluís Lluís est un écrivain français d’expression catalane, né à Perpignan le 29 juin 19631. Romancier, essayiste et poète, il publie habituellement à Barcelone. Il est d’ailleurs le seul écrivain d’expression catalane de Catalogne nord à avoir construit d’emblée sa carrière littéraire à Barcelone, sans passer par l’étape de publications locales. Il est considéré par la critique comme l’une des voix les plus originales de la littérature catalane actuelle et à ce titre a reçu des prix littéraires parmi les plus prestigieux en Catalogne. Certaines de ses œuvres ont été traduites en basque, espagnol, français et tchèque.

C’est également un militant de la langue catalane qui dénonce « le linguicide commis par la France contre les langues dites régionales »2.

Le chant des pentes de Simon Parcot. Le mot et le reste. 🟩🟩🟩🟩◼️

Le chant des pentes

Simon Parcot

Le mot et le reste

ISBN : 978-2-38431-434-8 Août 2024

176 pages

La vallée du Vénéon en Isère a connu récemment des inondations qui ont emporté le village mythique de l’Oisans : La Bérarde au coeur de l’Oisans et des Ecrins. Mais cette magnifique vallée a gardé en son sein deux écrins : le premier est bien connu : Jean Marc Rochette , le dessinateur, l’alpiniste , le créateur du Transperceneige , d’Ailefroide, le loup, et la dernière reine.
Le deuxième va vite être connu. Il s’agit de Simon Parcot, 29 ans, philosophe des sentiers.
Sont roman , le chant des pentes est une réussite totale.
S’appuyant sur les chants sifflés du village d’Aas dans les Pyrénées et sur les chemins des Ecrins, il nous livre un conte pastoral bouleversant.
Mais n’est ce qu’un conte ? Comme tout les contes celui-ci a vocation à dire les choses secrètes, à dire la fantasmagorie et le lien à la nature.
Dans un village de montagne une jeune fille Gayané ne parle pas comme la plupart des enfants..
A la suite d’un rêve, Gayané décide de partir du village et de rejoindre l’alpage du grand Lac par delà les fôrèts.
Les villageois ne vont plus à l’alpage car ils pensent qu’il est hanté par des êtres siffleurs et des personnages mi- humains et mi-vautours.
Pour ce voyage initiatique Gayané sera accompagnée par Hélias, son ami interprète, Manolios le doyen des bergers et La Mule une contrebandière.
Le chant des pentes est un récit de transmission, de langue, d’animisme, de résilience mais aussi d’esprit.
L’écriture de Simon Parcot nous entraine en forêt, dans les alpages, au coeur de la montagne Lumineuse. C’est doux, c’est violent, parfois angoissant. Il faut accepter de lâcher prise et d’arpenter les chemins de montagnes avec des êtres habités par la nature et en symbiose avec celle-ci jusqu’à cette langue sifflée qui irrigue le roman.
Ensuite il sera temps pour chacun de faire sien, le conte et de s’en imprégner.

Simon Parcot est écrivain et philosophe de sentiers.

Jeune, il voyage fréquemment dans le Caucase, les Balkans ou l’Afrique du Nord. Il expérimente le désert, de feu d’abord (Sahara), de glace ensuite (Spitzberg – Pôle Nord). Plus tard, il découvre le Brésil, la folie de l’Inde, la rudesse de l’Himalaya (Népal). Il use aussi ses semelles sur les sentiers d’Europe (Chemins de Compostelle, chemin de Stevenson, Tour de l’Oisans).

Après une expérience en tant que professeur de philosophie, il décide de revenir à la montagne, et d’habiter dans le massif des écrins. Là-bas, il se consacre à l’écriture et invente les « balades-philo », des initiations ambulantes à la philosophie.

La montagne et son univers l’inspirent :

L’île du là-haut d’Adrien Borne. JC Lattès. 🟩🟩🟩🟩◼️

L’île du là-haut

Adrien Borne

JC Lattès

ISBN : 978-2-7096-7123-1 Août 2024

277 pages

Qui connaît le plateau d’Assy , le Roc des Fiz, le lac Vert ne peut qu’être étreint par le roman d’Adrien Borne. L’île du là-haut porte bien son titre. Là-haut tout au dessus de la vallée, accrochés aux falaises des Fiz , des paquebots sédentaires veillent. Des paquebots, le nom donnés aux sanatorium du Plateau d’Assy. Paquebots immobiles devant un panorama splendide : le Massif du Mont -Blanc. L’altitude, le grand air, la nature. Quoi de mieux dans ces années d’après guerre que ce lieu pour rassembler dans ces grands bâtiments les hommes , les femmes, les enfants qui sont touchés par la peste blanche : la tuberculose.
En 1948 , Marcel est un jeune garçon lyonnais qui vit avec sa mère sur les pentes de la Croix Rousse . il va être touché par cette peste blanche. Sa mère Louise n’a pas d’autre solution que de l’isoler et de l’envoyer en sanatorium au Plateau d’Assy.
L’île du là-haut, un lieu d’isolement.
L’isolement et la maladie. Adrien Borne nous transmet cela à travers une écriture syncopée, des phrases courtes ou juste des mots.
Le souffle manque , on cherche l’air.
Et puis il y a Marcel, Scala , Valentine , Andréa. Des perdus, des isolés en recherche. Ces paquebots sanatorium synonyme d’enfermement et d’isolement.
En puisant dans trois époques ( 1948 – 1970 et la catastrophe d’Assy- 2018 ) Adrien Borne nous restitue ce que furent « les sanas » mais c’est surtout Marcel qui nous étreint , ce petit garçon isolé du monde , de l’amour d’un père et d’une mère, de l’amour tout simplement. Ce petit garçon nous parle de tous ces anonymes qui ont fréquenté le plateau d’Assy et qui n’ont pas eu le temps de tout.
Il m’arrive de monter au dessus du Plateau d’Assy à Plaine-Joux pour une rando ou pour m’émerveillais du panorama. Pour ce faire on passe devant les anciens sanatorium reconvertit en appartements ou locations saisonnières et devant la plaque indiquant la catastrophe de 1970. J’aurais dorénavant une pensée pour Marcel, Scala, Andréa, Valentine et tous les autres.
L’île du là-haut les abritent à tout jamais.

Adrien Borne, né le 18 juin 1981 à Rueil-Malmaison, en région parisienne, est un romancier et journaliste français. Il est le petit-fils de l’écrivain Paul-Jacques Bonzon (1908 – 1978), auteur des « Six Compagnons ». Son premier romanMémoire de soie, publié en août 2020, est récompensé par plusieurs prix : prix de la Ville d’Angoulême, prix Alain Fournier, prix des Lecteurs de Levallois et lauréat du Festival du Premier roman de Chambéry.

Adrien Borne révèle en 2016 avoir été victime d’un pédophile lors d’une colonie de vacances. Il décrit cette expérience traumatisante en 2022 dans La Vie qui commence .

Il se tourne vers la télévision à compter de 2016, présentant le Duo de l’info puis la matinale week-end de I-tele avec Sonia Chironi. Il rejoindra ensuite la chaîne LCI.

Les os noirs d’Agnès Jésupret . Liana Levi . 🟩🟩🟩◼️◼️

Les os noirs

Agnès Jésupret

Liana Levi

ISBN :  979-1-03490-948-3 Août 2024

192 pages.

A partir d’une fiction romancée Agnès Jésupret nous propose un premier roman original, agréable à lire.
Agnès Jésupret se définit comme une biographe anonyme. Elle recueille les confidences, les émotions, les pans de vie de personnes qui souhaitent faire appel aux écrivains publics.
Lors de l’une de ces séances elle a rencontré une vieille dame , dans une maison de retraite. Cette dame s’appelle Clara Ignorante. Elle va lui raconter l’histoire de se grands parents siciliens arrivés en Tunisie. Et plus particulièrement celle de son père , Pierre, mort en Tunisie et dont on s’apercevra, lors de l’exhumation de son corps, que ces os sont noirs . Des os noirs semblent dire qu’il y a eu empoisonnement.
A partir de cette interrogation Agnès Jésupret va nous rappeler ou nous faire découvrir  » La Tunisie à la croisée des souvenirs  » comme le dit le bandeau du roman.
Et cette Tunisie à la croisée des souvenirs est riche d’une histoire métissée assez sombre.
Agnès Jésupret nous rappelle que des siciliens ont immigré en Tunisie et étaient réellement les immigrés d’un pays sous protectorat français avec une population autochtone musulmane et la communauté juive.
Jusqu’à la deuxième guerre mondiale , ces différentes communautés vivaient en bonne intelligence. Les siciliens se francisaient.
Puis la guerre a tout fait exploser. L’Italie fasciste , la France collaborationniste, l’Afrikakorps, la chasse aux juifs.
A travers Clara Ignorante ,Pierre et sa famille, Agnès Jésupret rend très humaines les affres de l’Histoire. le tout avec des silences et des absences dues à la mémoire .

Agnès Jésupret vit à Marseille. Depuis plusieurs années elle met sa plume au service des souvenirs des autres et se définit elle-même comme une «biographe anonyme pour des gens qui le sont tout autant». 

Hotel Roma de Pierre Adrian. Gallimard . 🟩🟩🟩◼️◼️

Hôtel Roma

Pierre Adrian

Gallimard

ISBN : 978-2-07302-181-6 Août 2024

192 pages

Que reviennent ceux qui sont loin est le titre du roman qu’a écrit Pierre Adrian avant son dernier roman Hôtel Roma. Et cette phrase  » Que reviennent ceux qui sont loin  » fait le lien entre les deux romans. Cette phrase appartient à l’un des romans de Cesare Pavese et celui-ci est le personnage central de Hôtel Roma.
Pierre Adrian est un inconditionnel de Cesare Pavese et il a voulu se mettre dans les pas de cet auteur qui s’est suicidé à 41 ans, le 27 août 1950 dans la chambre 49 de l’Hôtel Roma à Turin.
11 jours plutôt Cesare Pavese avait informé que sa vie d’écrivain était terminé.
Pierre Adrian va nous entraîner sur les lieux de vie et de mort de Cesare Pavese mais aussi dans une réflexion sur les 11 jours qui ont séparé la fin d’une vie d’écrivain et la mort d’un homme.
Ce sera l’occasion de découvrir Turin, les collines des Langhe , Superga, les gares ou encore Seralunga. Cette découverte de l’univers de Pavese sera rehaussée par des extraits de ces romans : le métier de vivre, Entre femmes seules, La lune et les feux.
Ces extraits de roman montreront combien la vie de Pavese était délicate et mélancolique. Jamais il ne put construire une relation durable avec une femme, son impuissance étant un fardeau bien trop grand.
Et pourtant il disait des femmes :  » il faut devenir plus femme « 
Cette balade dans l’Italie des années 30 à 50 est pleine d’un charme désuet propre à la culture italienne. La douceur italienne côtoie la tragédie et les affres de l’artiste créateur tout en croisant Antonioni ou Monica Vitti.
Cesare Pavese est enterré à Santo Stefano Belbo dans les collines des Langhe.
 » En revenant dans les Langhe, nous voulions nous arrêter là où Pavese aurait pu fuir et continuer à vivre, aux cotés de ses ancêtres et de son ami charpentier. Il aurait marché comme dans ses poèmes, le long d’une colline, les mains derrière le dos. En silence. « 

Pierre Adrian, né le 29 juin 1991, est un écrivain français, lauréat en 2016 du prix des Deux Magots et du prix François-Mauriac de l’Académie française. Il est également lauréat en 2017 du prix Roger-Nimier pour Des âmes simples et du Prix Jean-René Huguenin en 2022 pour Que reviennent ceux qui sont loin. Pierre Adrian a grandi en région parisienne et vit à Rome. Après des études d’histoire et de journalisme, il a publié son premier livre, La Piste Pasolini, en 2015

Mésopotamia d’Olivier Guez. Grasset. 🟩🟩🟩🟩◼️

Mésopotamia

Olivier Guez

Grasset

ISBN :  978-2-24681-895-3 Août 2024

416 pages

Quand on parle du Moyen Orient, de l’Arabie, du début du 20ème siècle de l’empire britannique, on pense invariablement à Lawrence d’Arabie. le cavalier Lawrence d’Arabie, le film Lawrence d’Arabie. On se rappelle que Lawrence d’Arabie à réuni les tribus nomades, qu’ill a combattu avec elles pour leur donner un territoire. le cinéma a magnifié tout cela. Et dans l’imaginaire de chacun Lawrence représente l’Arabie du début du 20ème siècle. Droit sur son chameau le keffieh au vent.
Cette iconographie a fait que nous avons oublié Gertrude Bell.
C’est cet oubli que répare Olivier Guez avec son livre Mésopotamia.
Gertrude Bell est une femme britannique archéologue née en 1868. Elle est aussi écrivaine, exploratrice et femme politique.
Elle est née dans une très haute famille de la bourgeoisie anglaise , à l’époque victorienne. Famille pétrie de carcans et de devoirs.
De part ses études et le statut de sa famille Gertrude Bell fait de nombreux voyages au Moyen-Orient. Elle deviendra à partir de 1916 la seule femme agence de liaison auprès des nationalistes arabes,. En 1919, elle est rattachée au Foreign Office et joue un rôle important dans la création de l’Irak et de l’installation de Faycal au pouvoir.
En tant qu’archéologue on lui doit la création du Musée National d’Irak,.
A partir d’un travail documentaire de grande ampleur O,ivier Guez nous retrace la vie de Gertrude Bell sans omettre de nous parler des carcans qui ont voués sa vie sentimentale à l’échec. C’est passionnant de bout en bout.
On traverse trente ans de géopolitique qui ont façonné le Moyen -Orient d’aujourd’hui et les questions sont toujours là : pourquoi un partage entre anglais, français et ottoman. Pourquoi les s7nnites plutôt que les chiites ? Pourquoi englober les Kurdes avec l’Irak ?
Et si le pétrole n’avait pas coulé à flots, en serait on là ?
Reste une femme exceptionnelle qui avec ses carcans victoriens et personnels à fait face à un monde masculin. Pour preuve la photo officielle de la conférence du Caire en 1921 . Un aréopage d’hommes et de militaires et tout à gauche de la photo,, Gertrude Bell et son chapeau.
Cette femme est en partie effacée de l’histoire.
Lawrence d’Arabie est son frère d’armes. Ne l’oublions pas.

Olivier Guez est un journalisteessayiste et écrivain français, né le 15 juin 1974 à Strasbourg. Après des études à Sciences-Po Strasbourg puis à la London School of Economics (LSE) et au Collège d’Europe de Bruges, il travaille comme journaliste indépendant pour plusieurs grands médias internationaux, dont le New York TimesLe Monde, le Frankfurter Allgemeine ZeitungLe Figaro MagazineL’ExpressLe Point, Politique Internationale, Der Freitag, Der Tages Anzeiger, Das Magazin et Il Foglio.

Il a remporté en 2016 le prix allemand du meilleur scénario pour le film « Fritz Bauer, un héros allemand », réalisé par Lars Kraume en 2015.

Olivier Guez est finaliste du prix Landerneau des lecteurs et a reçu le prix Renaudot 2017 pour son roman biographique « La Disparition de Josef Mengele ».

Le Partage des Mondes d’Olivier Grenson. Le Lombard. 🟩🟩🟩🟩◼️

Le partage des mondes

Olivier Grenson

Le Lombard

ISBN : 978-2-80821- 192-5 Avril 2024

240 pages

Quelle belle découverte et quelle émotion en parcourant le roman graphique d’Olivier Grenson ( au dessin et au scénario ). Roman graphique poétique avec un graphisme doux entre pastel et aquarelle malgré la violence de la guerre .
Nous sommes en 1940 à Londres.
Tous les jours, tous les soirs, le blitz, les sirènes, les avions allemands qui bombardent la ville.
Isaac est un vieil homme qui vient de perdre sa femme Eva, emporté par un bombardement. un soir, il rencontre Mary, très jeune enfant qui ne retrouve pas sa maman.
Isaac va la prendre sous son aile en attendant de la ramener chez elle. Retour difficile dans un contexte de guerre et de bombardements permanents. Alors Isaac et Mary vont survivre ensemble entre la maison en ruine d’Isaac, les abris, le métro.
Isaac va la protéger en racontant des histoires comme le fait un grand père. Un grand père qui était jardinier et dont les histoires content les arbres et les fleurs. L’arbre au mille fleurs accompagnera Mary . Les couleurs du rêve, de l’imagination, de l’enfance .
Dans un monde de guerre, les rêves de l’enfance. L’émotion nous étreint et le dessin et les couleurs d’Olivier Grenson sont à l’unisson.
J’ai ressenti une proximité avec ce grand père , rempli d’empathie, de résilience et d’espoir. J’ai ressenti une proximité avec Mary, petite fille ballotée dans un monde violent mais qui vit la vie qu’elle a en couleurs et qui croit dans les histoires. Des histoires qui sauvent.
Issac et Mary sont inspirants.
« A ton tour maintenant de transmettre cette belle histoire. Mais surtout, prends soin de ce soleil qui brille en toi, invisible aux yeux de certains, mais qui illumine les tiens. Isaac- ton nouveau messager. « 

Né à Charleroi en 1962, Olivier Grenson a su, dès l’âge de dix ans, qu’il ferait de la bande dessinée. La découverte des aventures de Lucky Luke et de Tintin constitue, pour lui, une véritable révélation. Aussi suit-il, dès que ses études classiques lui en laissent le loisir, les cours de Vittorio Leonardo… avant de s’initier aux secrets du métier chez Eddy Paape. Après quatre années passées à l’ERG (Ecole de Recherche Graphique) à Bruxelles, où il étudie le graphisme et l’animation, Olivier s’attaque à ses propres séries tout en poursuivant l’enseignement du dessin dans la même école.

Le rêve du jaguar de Miguel Bonnefoy. Payot et Rivages. 🟩🟩🟩🟩🟩

Le rêve du jaguar

Miguel Bonnefoy

Payot et Rivages

ISBN: 9782743664060 Août 2024

304 pages.

J’ai été emporté par cette saga familiale flamboyante qui nous entraîne sur plusieurs générations autour de Maracaibo au Venezuela.
Miguel Bonnefoy dans un foisonnement romanesque et épique nous raconte une histoire familiale qui se confond avec l’histoire du Venezuela.
Cette histoire familiale se déploie entre réalisme, poésie, magie noire et l’élégance de l’écriture de Miguel Bonnefoy. Que celui-ci nous entraîne au Chili, en France ou au Venezuela, c’est avec un bonheur immense qu’on avale les trois cent pages de son roman.
Miguel Bonnefoy dit avoir voulu retracer  » l’histoire de trois générations en un seul souffle, mêler la politique à la vie quotidienne. L’une déteint sur l’autre parce que l’une ressemble à l’autre « .
Cette saga familiale dessine une destinée où la résilience des uns et des autres forge un héritage commun que Miguel Bonnefoy va poétiser autour d’un carnet au mille histoires d’amour, de la broche d’un pingouin en or ou d’une machine à rouler des cigarettes cachée dans un lange.
Cette poésie va composer un réseau de coïncidences qui relie passé, présent et futur.
Avec la transmission au coeur de ces trois générations, Miguel Bonnefoy écrit sur le passé et le présent, sur la vie intime d’une famille mais aussi sur le pouls battant du Venezuela entre dictature et révolution.
Le rêve du jaguar tient du conte et du roman jubilatoire .

Né en France d’une mère diplomate vénézuélienne qui a été l’attachée culturelle de l’ambassade du Venezuela à Paris et d’un père romancier chilien, Miguel Bonnefoy a grandi au Venezuela et au Portugal. Il y a suivi sa scolarité dans des lycées français4.

Auteur, il a aussi été professeur de français pour l’Alliance française.

En 2009, il remporte le grand prix de la nouvelle de la Sorbonne Nouvelle avec La Maison et le Voleur. Il publie en italien Quand on enferma le labyrinthe dans le Minotaure en 2009, et en français Naufrages en 2011, sélectionné pour le prix de l’inaperçu 2012.

En 2013, il est lauréat du prix du jeune écrivain avec Icare et autres nouvellesLe Voyage d’Octavio son premier roman, publié en 2015, est finaliste du prix Goncourt du premier roman. En 2017, Sucre noir est finaliste du prix Femina.

En 2018-2019, il est pensionnaire à la Villa Médicis l’Académie de France à Rome.

Miguel Bonnefoy reçoit le prix des libraires 2021 pour son roman Héritage.

Dans une interview avec l’écrivain vénézuélien José del Prado, Bonnefoy a déclaré qu’il avait envie d’utiliser la métaphore et aussi son éloignement des questions politiques. Il a déclaré qu’il réside à Berlin.

La barque de Masao d’Antoine Choplin. Buchet-Chastel. 🟩🟩🟩🟩◼️

La barque de Masao

Antoine Choplin

Buchet-Chastel

ISBN : 9782283038666 Août 2024

208 pages.

La barque de Masao est fait de poésie et de résilience.
Antoine Choplin nous entraîne au Japon auprès de Masao, ouvrier. Il va rencontrer Harumi sa fille qu’il n’a pas vu depuis 10 ans.
Par quelques moments nous allons par bribes découvrir la vie de Masao, Harumi et Kazue la maman et l’épouse absente.
J’ai trouvé ce roman emprunt de poésie, d élégance et d’ atmosphère.
Tel les haïkus japonais, Antoine Choplin en quelques mots ou situations brossé avec finesse la relation entre Masao et Harumi et nous laisse découvrir
Les États d’âme de Kazue.
A tout cela s’ajoute une réflexion sur l’art et les possibilités de chacun face à la création.
Je me suis laissé emporter par la barque de Masao sur le bleu intense de la mer à la recherche de Kazue et d’Harumi.
Ce fut un doux voyage.

Antoine Choplin est un romancier et poète français né à Châteauroux (Indre) le 31 août 1962. Antoine Choplin grandit en région parisienne.

A l’âge de 17 ans, marqué par plusieurs lectures parmi lesquelles La terre n’est qu’un seul pays d’André Brugiroux, il part voyager en auto-stop, en Europe, puis en Afrique.

De retour, il reprend les études, intègre une grande école de commerce, puis un troisième cycle universitaire en économie mathématique.

Pendant quatre ans, il exerce dans ces domaines comme professeur assistant puis en tant que consultant.

En 1989, il décide de se rapprocher du secteur culturel et devient administrateur de Danse à Lille, structure de production et de diffusion chorégraphique.

En 1992, sa passion pour la montagne le conduit à s’installer dans les Alpes. Il fonde en Isère l’association Scènes obliques avec le souhait d’inventer à la culture vivante et à la littérature d’autres formes de médiation au profit de tous, en prise avec les paysages de montagne et en dialogue avec le monde scientifique.

Dans ce cadre, il crée notamment, en 1996, le Festival de l’Arpenteur, Théâtre pentu et parole avalancheuse, et en 2009 le projet CAIRNS, Rencontres internationales de proximité.

En 2003, il fonde la revue littéraire et réflexive « Arpentages » qu’il animera pendant 14 ans.