Archives pour la catégorie roman étranger

Les fleuves du ciel d’Elif Shafak . Flammarion. 🟩🟩🟩🟩🟩

Les fleuves du ciel

Elif Shafak

Flammarion

Traduction: Dominique Goy-Blanquet

ISBN : 978-2-08045-987-9 Août 2025

512 pages

C’est avec un plaisir mille fois renouvelé que l’on se plonge dans le nouveau roman d’Elif Shafak Les fleuves du ciel.

Elif Shafak nous avait laissé il y a trois ans entre Londres et Chypre auprès d’un figuier déraciné et replanté à Londres.

Pour ce nouveau roman, Londres est toujours présent et plus particulièrement la Tamise.

À 180 ans d’écart vivent deux des personnages importants du roman. D’abord Arthur, qui naît dans la pauvreté sur les bords nauséabonds de la Tamise en 1850. Puis, près de deux siècles plus tard en 2018, Zaleekhah, hydrologue fascinée par la mémoire de l’eau, emménage dans une péniche afin de fuir la faillite de son mariage.

Arthur, baptisé Rois des égouts et des taudis, est engagé dans une imprimerie où il découvre le livre L’épopée de Gilgamesh, un récit épique de la Mésopotamie et l’une des oeuvres les plus anciennes de l’humanité. Cette oeuvre a été écrite en caractères cunéiformes sur des tablettes d’argile. En 1850, de nombreuses tablettes restent un mystère pour la traduction. L’écriture cunéiforme représentant des syllabes et non une lettre.

Zaleekhah en 2018 a comme propriétaire de sa pénicheune jeune femme Nen qui est tatoueuse et qui ne tatoue que des motifs cunéiformes rappelant la Mésopotamie, Ninive et son fleuve le Tigre.

Au bord de ce fleuve, en 2014, vit une famille yézidie autour de Grand-Mama et de sa petite-fille Naryn, 9 ans. Celle-ci doit être baptisée et cette famille décide de rejoindre la vallée sacrée de Lalesh.

Chacun des personnages, Arthur, Zaleekha, Naryn vaudrait à lui seul un roman. Elis Shafak se fait conteuse pour entrelacer ces trois histoires et les relier au cours imprévisible de l’eau.

La goutte d’eau, les fleuves, une mémoire de l’humanité.

Elif Shafak s’appuie sur une documentation nourrie mais qui laisse la place au roman.

À travers ce voyage incessant entre 1850 et 2018, entre la Tamise et le Tigre, Elif Shafak nous rappelle les affres du dérèglement climatique, du pillage des vestiges historiques, de la cruauté faite aux Yézidis, mais aussi la grandeur humaine de certains dans le partage, l’empathie.

M. Bradbury, Grand-mama, Leila, Nene sont des êtres de bienveillance, de culture, de spiritualité qui révéleront à eux-mêmes Arthur, Naryn et Zaleekha.

Un roman magistral auquel il faut joindre les derniers mots des remerciements d’Elif Shafak : « On dit qu’un romancier ne doit pas tomber amoureux de son sujet, mais même si j’admire les dons intellectuels et apprécie le domaine des idées, je ne crois pas qu’on puisse écrire un roman avec son seul esprit rationnel. le coeur doit s’y mettre aussi et une fois que le coeur y est, allez savoir où il vous entraînera.

Ce roman est le lieu où m’a entraîné mon coeur.

Ce roman est mon chant d’amour aux fleuves : ceux qui vivent encore et ceux qui ont disparu depuis longtemps. »

Elif Şafak, ou Elif Shafak (nom de plume d’Elif Bilgin), née le 25 octobre 1971 à Strasbourg, est une écrivaine turque. Elle vit et travaille à Londres.

Primée et best-seller en Turquie, Elif Şafak écrit ses romans aussi bien en turc qu’en anglais. Elle mêle dans ses romans les traditions romanesques occidentale et orientale, donnant naissance à une œuvre à la fois « locale » et universelle. Féministe engagée, cosmopolitehumaniste et imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, Elif Şafak s’attaque dans ses écrits à toute forme de bigoterie et de xénophobie.

Trois enterrements de Anders Lustgarten. Actes Sud. 🟩🟩🟩🟩◼️

Trois enterrements

Anders Lustgarten

Actes Sud

Traduction de Caro

ISBN : 978-2-33020-883-7 Septembre 2025

304 pages

Trois enterrements est un récit à plusieurs voix, tragique et sans illusion sur le monde et la brutalité des politiques migratoires.

Sept exilés ou migrants veulent quitter les côtes françaises pour rejoindre l’Angleterre. Parmi ces migrants, il y a Omar, jeune homme de 18 ans, sportif qui veut rejoindre Asha en Angleterre. Asha, 17 ans, son amoureuse. Il garde précieusement sa photo dans son blouson.

Avec Omar et Asha, le roman donne voix à Andy Jakubialk, policier enrôlé dans une milice raciste menée par Baratt et Cherry, infirmière qui, après une nuit de garde, est confrontée à la dépouille d’un jeune homme sur une plage anglaise.

Par des chapitres alternés entre chacun de ses personnages, Anders Lustgarten d’une écriture précise, tendue, trouve une justesse remarquable dans la brutalité quotidienne, la loyauté ou le refus d’agir. L’auteur dans les remerciements nous dit qu’il écrit vite. Cela se ressent. Il y a une urgence dans l’écriture, entre classicisme et oralité. Il y a aussi la volonté de dire les préoccupations sociales et les prises de conscience politique à venir.

La dernière phrase du roman nous ramène à la situation initiale : « Ils s’élancent dans l’avenir. »

Le roman nous détaille cet avenir ou ces avenirs selon les personnages. Et l’on peut imaginer que tous les jours des jeunes migrants s’élancent dans l’avenir, tout comme ceux qui les aident, ceux qui les refusent, ceux qui les aiment, ceux qui les politisent. Ils s’élancent dans l’avenir qui est le nôtre. Cet avenir est-il l’un des trois enterrements ? Poser la question vaut réponse.

Livre lu dans le cadre du jury du Livre 2025 de la librairie Au bord du jour à Voiron-Isère.

Anders Lustgarten est un dramaturge britannique résidant à Londres.

C’est en 2007 qu’il se tourne vers l’écriture dramatique ; ses premières pièces sont produites au Finborough Theatre.

Il a notamment remporté le Harold Pinter Playwrights Award, commandé par la Royal Court, en 2011.

Il travaille actuellement sur deux séries radiophoniques pour BBC Radio Four et sur un pilote d’émission de télévision pour Channel Four.

Parallèlement à son activité d’écrivain, Lustgarten milite politiquement à travers le monde, se concentrant sur les actions des multinationales dans les pays en développement.

Eclaircie de Carys Davies. La table ronde. 🟩🟩🟩◼️◼️

Eclaircie

Carys Davies

La Table Ronde

Traduction : David Fauquemberg

ISBN : 979 – 1 – 03711 – 469 – 3

192 pages

En 1843 le pasteur John Ferguson est envoyé sur une île septentrionale des Shetland pour
expulser le seul habitant : Ivar. John Ferguson va faire une chute depuis une falaise et va être
recueilli par Ivar.
John Ferguson est sur l’île pour le déplacement forcé d’Ivar. En manque d’argent il a accepté
cette mission car en tant que pasteur, il a fait scission avec l’Eglise presbytérienne afin de
développer la Nouvelle Eglise. À la suite de sa chute de la falaise, il a été recueilli par Ivar. Va
naître en eux une communauté faite de deux langues et d’un troisième personnage : Mary. Mary
est la femme de John Ferguson. Elle est restée en Ecosse. Mais lors de la chute de la falaise Ivar
a récupéré le portrait de Mary dans un cadre en cuir.
John et Ivar vont peu à peu s’apprivoiser autour de la langue norne, ancienne langue des
Shetland. Depuis la mort de sa grand-mère et de sa mère Ivar vit seul avec ses bêtes et son
rouet. Voir un autre humain est un bouleversement, un miroir. Rencontre inattendue de deux
inconnus
J’ai apprécié la lecture de ce roman du fait de sa concision. Concision des mots, des lieux, des
sentiments. L’autrice s’est servie de deux événements réels pour mettre en présence deux
personnages qui vont se découvrir petit à petit. Malgré la diƯérence de la langue, la raison de la
présence de John, chacun va accepter une éclaircie, une brève amélioration, une brève détente.
Des paysages durs et humides, des conditions de vie spartiates ne vont pas empêcher la
rencontre et la compréhension de l’autre. Une véritable éclaircie clôturera ce roman. Tout en
discrétion.

Lu dans le cadre du Prix 2025 de la librairie Au bord du jour à Voiron- 38. (Jury)

Carys Davies est l’auteur de deux recueils de nouvelles, qui lui ont valu d’être récompensée par le Frank O’Connor Award en 2015. Elle vit dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Les hommes de Shetland de Malachy Tallack. Buchet Chastel.🟩🟩🟩◼️◼️

Les hommes de Shetland

Malachy Tallack

Buchet-Chastel

Traduction : Anne Pouzargues

ISBN : 978 – 2 – 28303 – 980 – 9 Août 2025

288 pages

Jack est un sexagénaire qui vit dans une des Iles Shetland. Il vit seul dans un cottage bercé par la musique country et l’écriture. On peut dire qu’il est un peu introverti et très sensible.
Le cottage dans lequel il vit est celui de ses parents : Sonny et Kathleen Paton.
L’histoire de ce roman va se dérouler, lentement, au rythme des vies quotidiennes des personnages. En oscillant entre les années de jeunesse de Sonny et Kathleen et celles actuelles de la vie de Jack.
Cette oscillation sera marquée aussi par la présence d’un chaton Loretta ,d’une petite fille en quête d’amitié et de la musique country.
Il ne faut pas rechercher dans ce roman des événements extraordinaires.
C’est une vie tranquille qui se déploie devant nous, simple et attachante.
Les hommes de Shetland est le premier roman de Malachy Tallack écrivain, journaliste et musicien.
Il accompagne son roman d’un bar code renvoyant aux musiques et textes qu’il a écrit pour ce livre. Cela concourt à cette simplicité et lenteur. le côté îlien.
Reste que cette simplicité et celle lenteur peuvent engendrer un ennui. Mais l’ennui n’est il pas aussi synonyme de vie îlienne ?
Reste un livre de rien qui se lit sans déplaisir, à l’ombre de quelques musiques country.

Né en 1980 dans les Shetland, Malachy Tallack est écrivain, journaliste et musicien. Il est l’auteur de plusieurs essais remarqués (« Sixty Degrees North », « The Un-Discovered Islandsc») et d’un premier roman – non traduit – salué par la critique (« The Valley at the Centre of the World »)

La Valse Atlantique

Je valsais sur les vagues

J’étais fou, j’étais brave

Je faisais de mon mieux

Quand j’ai baissé la garde, la mer m’a frappé fort

Et elle m’a emporté comme un morceau de bois

Refrain

Elle te bercera, elle te secouera

Elle essayera de te contrôler

Elle te fera tournoyer et tourbillonner jusqu’à ce qu’un jour

Tu apprennes a rester en mesure avec ce rythme de sel

Cette magnifique valse atlantique

Comme une giroflée flétrie

Aux dernières heures de la nuit

Au bord de cette atlantique ,infinie piste de danse

Trop tard je suis rentré, j’ai commencé à tourner

J’ai été avalé et recraché encore.

Refrain

Nage libre de Jessica Anthony. Le Cherche Midi. 🟩🟩🟩◼️◼️

Nage libre

Jessica Anthony

Traduction Claro

ISBN : 978-2-7491-8194-3 janvier 2025

139 pages

Dans une résidence américaine en novembre 1957, Kathleen Beckett refuse d’accompagner son mari et ses deux enfants à l’office dominical. Elle préfère aller nager dans la piscine de la résidence. Et plus que cela, elle ne quittera pas la piscine jusqu’à nouvel.

Avec ce court roman Nage libreJessica Anthony a écrit un roman intrigant, un peu grinçant. En 139 pages, à travers le couple formé par Kathleen et Virgil, elle va nous faire découvrir leurs secrets intimes et la réalité de l’American way of life avec, surtout, la femme au foyer abandonnant ses rêves.

Spoutnik 2 avec son chien Laika tourne autour de la terre, Kathleen refuse de sortir d’une piscine, les mensonges et adultères se révèlent peu à peu. Tout le monde se cache derrière les apparences. Il ne se passe pas grand-chose dans cette journée qui soutient le roman. Mais ce pas grand-chose cristallise les reproches et les frustrations des uns et des autres. Kathleen est sa frustration tennistique. Virgil est son culte pour Charlie Parker

Dans cette piscine, la nage va t’-elle devenir libre ?

 Jessica Anthony est une écrivaine américaine. Son premier roman Le convalescent est paru au Cherche Midi en 2016. Nage libre est son quatrième ouvrage.

quarante jours dans la jungle de Mat Youkee. Marchialy. 🟩🟩🟩🟩◼️

Quarante jours dans la jungle

Mat Youkee

Traduction Charles Bonnot

ISBN : 978-2-38134-060-9 Mars 2025

282 pages.

Qui a encore en mémoire les infos du 9 juin 2023 ? Ce jour-là, les chaînes d’infos nous apprirent que quatre enfants âgés de 13 à 1 ans avaient été retrouvés au fin fond de la jungle colombienne. Cela faisait 40 jours qu’on les recherchait suite au crash du Cessna qui les transportait avec leur mère et deux autres personnes. L’avion avait été retrouvé ainsi que les corps des adultes, mais pas de présence des enfants.

C’est cet événement que Matt Youkee, journaliste d’investigation britannique, a décidé de mettre en récit.

C’est un récit passionnant de bout en bout, doublé d’une réflexion et des interrogations que porte une telle histoire dans un pays où ont sévi l’armée, la guérilla des FARC, les cartels de la drogue et où vivent de nombreuses ethnies autochtones au milieu de la forêt amazonienne.

Magdalena est une femme indienne uitoto, mère des quatre enfants : Lesly, Soleiny, Tien et Cristin. Ces enfants sont issus de deux pères différents. Quand elle monte dans le vol HK-2803, elle souhaite quitter la jungle (pour de multiples raisons à découvrir). Elle veut se rendre dans les quartiers de la banlieue de Bogota.

Mat Youkee, comme tout journaliste d’investigation, va nous raconter son enquête et ses rencontres afin de comprendre ce qui a pu arriver et comment quatre enfants mineurs et en bas âge ont pu survivre dans la jungle colombienne. Cependant, il va entourer son enquête de facettes différentes concernant la société colombienne et indienne. Et c’est ce parti-pris qui illumine ce récit.

Au fur et à mesure du récit, on est confronté la réalité de la Colombie :

Pourquoi Magdalena, indienne, quitte la jungle ? Quelle place pour les ethnies indiennes ?

Quand est-il du patriarcat dans les ethnies indiennes ?

Comment faire des recherches dans une jungle aux mains des trafiquants et de la guérilla ?

Les enfants n’ont-ils pas été enlevés par la guérilla pour devenir des enfants soldats ?

Quel rôle joue l’armée et la présidence de la République ?

Que fait-on des chamans, des dieux et de la spiritualité dans la recherche des enfants ?

Toutes ces interrogations vont se télescoper durant le récit pour former une idée kaléidoscopique de la Colombie.

De ce récit, ce qui restera au fond de nous, ce sont ces quatre enfants livrés à eux-mêmes et qui auront en Lesly « une âme liane » pour les protéger. Ces enfants sont aujourd’hui « protégés » par la société dans les hôpitaux et dans des maisons d’enfants. Leur parcours reste difficile.

Ils veulent juste rentrer à la maison.

Mat Youkee est un journaliste d’investigation britannique basé en Colombie depuis plus de dix ans. Il collabore régulièrement à des journaux de renommée internationale tels que The GuardianThe Economist ou The Financial TimesQuarante jours dans la jungle est son premier livre.

Un jeu sans fin de Richard Powers. Actes Sud. 🟩🟩🟩🟩🟩

Un jeu sans fin.

Richard Powers

Traduction : Serge Chauvin

Actes Sud

ISBN : 978-2-333020-0-343 Février 2025

394 pages.

Un jour sans fin est le dernier volet d’un tryptique composé de L’Arbre-Monde et de Sidérations.

Dans L’Arbre-MondeRichard Powers, à travers le botaniste Pat Westerford, nous avait fait découvrir le dernier mystère du monde : la communication entre les arbres.

Dans Sidérations, Théo Byrnes, un astrobiologiste élève seul son fils et chaque soir père et fils explorent ensemble les exoplanètes en tentant de percer le mystère de la vie.

Dans un jeu sans fin, Evie Beaulieu Todd Keanr, Rafi Young et Ina ont tous un lien avec Makatea, un atoll des Tuamotu en Polynésie française. Makatea a été dévasté en 1960 par l’exploitation des phosphates. Jusqu’à trois mille personnes ont vécu sur place. Aujourd’hui, Makatyea est un atoll de 90 personnes.

Et il est envisagé la construction de villes flottantes autour de l’atoll, en dehors de toute contrainte. Une mise en danger des fonds marins et de la communauté vivant sur l’île.

Comme toujours, Richard Powers écrit un roman dense entre science, poésie et réalité écologique du monde.

Il n’y a pas d’étonnement à retrouver dans ce roman un Américain libertaire créateur de son entreprise Playground, pionnière dans les jeux vidéo, les réseaux sociaux et l’IA. Cet Américain libertaire, c’est Todd Keane. Il est le narrateur du livre et nous le découvrons quand il vient d’apprendre qu’il est porteur de la maladie de Lévy, dégénérescence non soignable. À travers sa narration, il va mettre en perspective les 60 dernières années et les liens qui unissent les personnages.

C’est du grand art littéraire qui trouvera un épilogue étonnant dans les dernières pages du roman. Un épilogue qui donnera une nouvelle couleur au roman.

Richard Powers fait preuve d’une virtuosité incroyable pour mettre en scène tous ces personnages à différentes périodes de leur vie avant de les réunir à Makatea. Tout comme il fait preuve de poésie pour nous parler des fonds marins, du vivant et des micro-organismes. Les pages sur la danse du sepeiide sont d’une beauté à couper le souffle.

S’attaquer aux grands problèmes de ce monde, IA, écologie,dérèglement climatique, engendre un roman magnifique entre résilience et éternité.

Chapeau, monsieur Powers.

Richard Powers, né le 18 juin 1957 à Evanston dans l’Illinois (États-Unis), est un écrivain américain. Richard Powers devient un auteur reconnu et à succès aux États-Unis au début des années 1990, avec des romans explorant les relations entre sciences (physiquegénétiquetechnologie) et art (musique). Il obtient plusieurs récompenses et distinctions dont une bourse MacArthur en 1989, ainsi que le Lannan Litterary Award en 1999. Il est titulaire en 2010 et 2013 de la chaire d’écriture Stein à l’université Stanford1, avant d’être nommé professeur titulaire d’écriture créative dans cette même université Stanford (à la chaire Phil and Penny Knight Professor of Creative Writing).

Il est lauréat du prix Pulitzer de la fiction de littérature 2019 pour son roman L’Arbre-monde.

Cairns de Martin Baldysz. Paulsen. 🟩🟩🟩🟩◼️

Cairns

Martin Baldysz

Paulsen

Traduit du norvégien par Marina Heide

ISBN : 978-2-37502-4-355 Janvier 2025. 112 pages

Pas de lieu, pas de temps. La montagne et les fjords norvégiens.

Il y a un an, Kirsten Nesse, jeune bergère de 17 ans, s’est réfugiée dans la montagne après avoir tué un chasseur. C’est ce que l’on dit.

Un jour, Kirsten Nesse croise le chemin du garde champêtre. Elle lui demande de dire au pasteur de venir la rencontrer en montagne.

Pour partir à sa recherche, le pasteur Sebastian Ribe souhaite emmener avec lui Reidar Skarren, connu comme le Marginal ou le Montagnard. Chacun est attiré différemment par le divin. Pour le pasteur, la vocation religieuse, et pour Reidar Skarren, la dive bouteille !

Avec CairnsMartin Baldysz nous délivre un récit court et concis, devenant de plus en plus sombre au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la montagne rocheuse, marécageuse et brumeuse. Aux prises avec une nature incarnée, la solitude de la montagne répond à la solitude de Kirsten, de Reidar et du pasteur. Cette nature incarnée, les elfes, les trolls et Huldra, femme mythique à la queue de vache, révèlent les tourments de chacun et les vérités cachées.

Dans ce monde de brumes et de tourments, le cairn reste un point, une bouée, un horizon, un repère. Mais n’est-il que pierre ? Dans ce monde de brumes et de montagnes, l’animisme est maître.

En lisant ce roman, résonnent les moments d’un autre roman magnifiant la montagne et les mythes : le chant des pentes de Simon Parcot. Derrière le sombre et le tragique, il y a toujours et encore la beauté de la nature, cette nature incarnée.

« En goûtant le breuvage, les yeux clos, il eût l’impression de tomber dans un buisson de genévriers, comme lorsqu’il était enfant. Un goût poivré se répandit au fond de lui, une odeur de mousse et de terre retournée. Puis l’odeur d’un cheval marchant d’un pas lourd dans une neige épaisse.

Cairns est le premier roman de Martin Baldysz traduit en français.


Martin Baldysz
 est romancier. Il vit au cœur de la nature dans une ferme de l’ouest Norvégien.

En attendant le déluge de Dolores Redondo. Gallimard. 🟩🟩🟩◼️◼️

En attendant le déluge

Dolorès Redondo

Gallimard. Série Noire.

Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon

ISBN : 978-2-07301-8-694 Août 2024

550 pages.

Pour son roman thriller En attendant le délugeDolores Redondo s’appuie sur deux faits réels . D’abord en 1969, en Écosse, sévit un tueur en série appelé Bible John. Il a tué trois jeunes femmes et s’est évaporé dans la nature. A ce jour son identité n’est pas connu. Est il vivant, est il mort ? Personne ne sait.
Autre fait réel : les inondations centenales de Bilbao en août 1983 qui vont faire plus de 40 morts.
Ces deux événements vont servir de pont pour le roman de Dolores Redondo.
Et si Bible John avait quitté l’Écosse et s’était réfugié au Pays Basque.
Partant de ce postulat, l’autrice invente le personnage de Noah, policier écossais qui retrouve la trace de Bible John à Bilbao.
C’est du thriller pur jus avec ses codes bien précis : des meurtres plus glauques les uns que les autres, les failles secrètes des personnages, un environnement tragique et la pluie jusqu’à plus soif.
Tout cela se lit sans déplaisir mais au bout de 550 pages, tout est bien humide, spongieux et couleur sang.

Dolores Redondo, née le 1969 à Saint-Sébastien, dans la province de Guipuscoa, au Pays basque, est une romancière espagnole, auteur de romans historiques et policiers.

Après des études de droit, elle travaille dans le commerce pendant plusieurs années.

En 2009, elle publie un premier roman historique nommé Los privilegios del ángel.

En 2013, elle écrit le roman policier El guardián invisible qui est le premier volume de la trilogie de la vallée du Baztan, commune où se déroule l’intrigue.

Les carnets du Congo de Nikolaj Frobenius. Actes Sud. 🟩🟩🟩◼️◼️

Les carnets du Congo

Nikolaj Frobenius

Actes Sud

Traduction du norvégien : Françoise Heide

ISBN : 978-2-330-19804-6 Octobre 2024 ( Edition originale 2018 )

320 pages.

Les carnets du Congo est un roman de l’auteur norvégien Nikolaj Frobenius s’appuyant en partir sur une histoire réelle.
En mai 2009, dans l’est du Congo le chauffeur Abeli Kasongo est abattu sur une piste, dans la jungle. Dans le véhicule se trouvaient deux ex soldats norvégiens, Joshya French et Tjostolv Moland.
Après une poursuite ils vont être arrêtés et accusés du meurtre du chauffeur. Au terme d’un procès « africain  » ils sont condamnés à mort.
Reste le mystère de leur présence au Congo. Que faisaient-ils ? Touristes, mercenaires, agents secrets ?
Le narrateur du roman est envoyé au Congo par un réalisateur de films afin d’écrire le scénario de cette histoire.
Tel est le point de départ de ce roman qui m’a un peu laissé sur ma faim.
Le Congo, les rebelles, les mines d’or, le Rwanda voisin laissaient espérer une fresque aventureuse enlevée. Ce n’est pas le cas. Tout ceci est abordé par petites touches et ne donne pas une vision globale du pays.
L’auteur, Nikolaj Frobenius s’est attaché au narrateur et à son passé qui interagit avec le présent congolais. Cette interaction étant propice aux mensonges, à la paranoïa et à la distorsion de la vérité.
Une facette intéressante du livre est effectivement la distorsion entre la réalité des faits , ses inconnues et la traduction qu’il en sera faite dans un scénario de films. Jusqu’où peut on retravailler des inconnues.
Reste une lecture agréable agrémentée d’un trouble sur les vicissitudes de l’Afrique et de ses agents d’influence.

Né en 1965 à Oslo, Nikolaj Frobenius a étudié au London Institute of Screenwriting. Il a écrit des romans, des pièces de théâtre et des scénarios, comme par exemple celui du thriller Insomnia (l’original norvégien aussi bien que le plus récent remake américain avec Al Pacino) ou Øyenstikker de Markus Holst (dont la musique a été écrite par Magne Furuholmen du groupe A-ha). Actes Sud a déjà publié Le Valet de Sade (1998), Le Pornographe timide (2000), Je est ailleurs (2004), Je vous apprendrai la peur (2011) et Branches obscures (2016) et Les Carnets du Congo (2024).