Archives pour la catégorie Premier Roman

Des femmes en noir d’Anne Isabelle Lacassagne. Editions du Rouerge 💛💛💛

 

Des femmes en noir par Lacassagne

Des femmes en noir est le premier roman d’Anne Isabelle Lacassagne. D’habitude elle écrit des livres pour la jeunesse.
Cette fois-ci , elle s’est inspirée de son milieu professionnel. Travaillant dans un service diocésain , son premier roman a trait à l’Eglise et plus particulièrement a un prêtre dans  une paroisse .
L’idée de départ est simple est en même temps incongrue . Un prêtre , la soixantaine , dénommé André Foucher vient de décéder. Et là stupeur,on s’aperçoit que le prêtre est une femme.
L’Eglise, le diocèse doivent faire face à cette nouvelle.
Pour cela , une enquête est ouverte afin de pouvoir connaitre la vie antérieure du prêtre André Foucher et pour savoir de quelle façon il a pu cacher cela à ses paroissiens et à la hiérarchie de l’Eglise
Les deux personnes nommées pour enquêter sont un jeune prêtre , Bernard-Marie et une laïque , Charlotte , chancelière du diocèse.
Par l’intermédiaire de ces deux personnages nous allons entrer dans le quotidien de la vie du prêtre et d’une paroisse. C’est restitué au plus prés et de façon tout à fait réaliste.
Cette enquête va surtout emmener Bernard- Marie et Charlotte dans la vie antérieure d’André Foucher , dans laquelle se trouve la réponse au fait de ce » prêtre féminin ».Ce livre est aussi et surtout une réflexion sur la place de la femme d’en l’Eglise.
Malheureusement je trouve que livre n’approfondit pas la réflexion sur ce sujet , ni sur le positionnement doctrinal et théologique de l ‘Eglise.
Peut être la faiblesse d’un premier roman , tout comme les situations opportunistes et faciles .( une semaine de vacances chez l’ancienne responsable d’une maison d’accueil – ou tous ces nonagénaires qui ont une mémoire extraordinaire sur des événements vieux de 40 à 50 ans)
La lecture reste agréable et linéaire mais nous sommes dans un entre deux.

Mingus Mood de William Memlouk. Julliard 💛💛💛

Mingus Mood par Memlouk

    
Quelle belle surprise que ce livre de William Memlouk sur Charlie Mingus.
Il est sorti en 2011 et à l’époque c’etait le premier de William Memlouk.
Pour un premier roman il y a une belle écriture et il se dégage de ce livre une atmosphère, un état d’esprit bien jazzy et blues. 
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A travers des éléments autobiographiques et romanesques, William Memlouk nous transporte dans la vie de Charlie Mingus l’un des musiciens de jazz le plus important du 20ème siècle.
Ce roman porte bien son titre : Mingus Mood. Il s’agit bien d’ambiance et d’atmosphère.
Charlie Mingus, personnage entier , haut en couleurs , né dans le ghetto de Watts et devenu un pianiste et contrebassiste de légende.
William Memlouk va s’appuyer sur l’un des moments clés de la vie de Charlie Mingus : le voyage qu’il a fait à Tijuana au Mexique avec ces musiciens pour enregistrer l’un de ces disques fondateurs :Tijuana Moods.
Pour nous parler de ce moment capital, un journaliste va rencontrer en 1981 l’un des musiciens de Charlie Mingus présent à Tijuana.
Au travers de cet interview nous comprendrons ce qu’est le Mingus Mood : un combat contre les blancs et pour la négritude , une exigence musicale mais un toucher de velours sur les cordes de la contrebasse.
Et cette exigence existentielle qui le fait quitter les États Unis pour se rendre à Tijuana .
Tijuana où il apprendra qu’il est atteint d’une maladie dégénérative mais où il créera des morceaux de jazz mélangeant les sonorités blues, blacks et latines.
Avec ce livre nous sommes dans le creuset du jazz, au plus près des plus grands dans les clubs de Greenwich Village.


Ce Mood et ce blues sont l’apanage de la vie de Charlie Mingus .
Et quand on referme le livre il est temps de se plonger dans l’écoute de Tijuana Moods et de sentir la volupté des sons de la contrebasse de Charlie Mingus        

En attendant Bojangles. Olivier Bourdeaut. Editions Finitude 💛💛💛💛

En attendant Bojangles par Bourdeaut

Il n’est jamais trop tard pour livre un livre….
En attendant Bojangles fait partie de ceci. J’avais entendu parler de ce premier roman ayant eu des prix, un tapage médiatique. de ce fait une petite méfiance me tenait à l’écart de cet ouvrage.
Et puis il y a quinze jours Olivier Bourdeaut était présent à La Grande Librairie pour présenter son deuxième roman Pactum Salis.
Et là , l’auteur m’a donné envie de rentrer dans son monde. Donc autant commencer par En Attendant Bojangles.
Direction la Médiathèque , le livre était disponible. Je n’avais pas le souvenir d’un roman si court.
Tout a été dit sur ce roman : l’histoire racontée par l’enfant avec des retours au journal du père George afin de recadrer nos sentiments et émotions , la Maman dont le prénom change au maximum tous les deux jours , Mademoiselle Superfatoire , animal de compagnie on ne peut plus étrange et puis en musique de fond ,la voix lancinante de Nina Simonenous chantant Mister Bojangles.
Ce qui m’a touché c’est le regard de l’enfant et son interprétation des événements. Comment un enfant entrevoit l’amour , la folie mais aussi le monde qui l’entoure. Comment interprète-t il tous les déménagements intérieurs de sa mère.
Ce qui m’ a ému c’est la passion absolue que se voue deux personnes et cette passion va être transcendée par les événements et la maladie.
Tout peut paraître loufoque avec l’échiquier géant , la tonne de courrier non lu et Mademoiselle Superfétatoire.
Mais il faut bien faire vivre cette folie si on ne veut pas se perdre.
Vu par l’enfant cela donne une vie légère , insouciante détachée des normes.
Vue par George et sa femme aux milles prénoms ne pas se perdre c’est vivre cette folie. George était loufoque ,déjanté et il a trouvé « mieux ». Il a trouvé plus fou que lui.
Et c’est avec cette folie qu’il vont construire la réalité de leur vie et non des châteaux en Espagne
Olivier Bourdeaut nous régale par son style , par sa finesse d’écriture et sa facilité à nous montrer la folie que ce soit à travers un enfant ou des adultes.
Chapeau Bas !

Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer. Edition de L’Observatoire 💛💛💛💛

 

Ces rêves qu'on piétine par Spitzer

Ces rêves qu’on piétine est le premier roman de Sébastien Spitzer.
Quelle entrée en matière !

Un sujet ardu traité et même sur-traité : la fin de la seconde guerre mondiale , les camps de concentration et la chute de l’Allemagne nazie .
Et bien Sébastien Spitzer nous livre un livre historique , émouvant et d’une magnifique écriture.
D’abord il faut dire que ce n’est pas un roman au sens littéral du terme.
Sébastien Spitzer s’appuie sur d’importantes documentations et recherche pour en faire la trame de son récit. La part romanesque du livre est là pour servir d’écrin à cette réalité. En aucun cas le romanesque prend le pas sur la réalité.
A la fin du livre en quelques pages Sébastien Spitzer nous explique comment a été mené ce récit.
Il est préférable d’avoir lu le livre avant de lire ces quelques pages.
La grande force de ce livre est le parti pris narratif de l’auteur.
Dans un laps de temps de quelques jours en fin avril 1945 , Sébastien Spitzer va nous emmener dans le bunker d’Adolf Hitler et des dignitaires du Troisième Reich , ainsi que dans les pas d’une cohorte d’un millier de déportés sortie des camps mais encore prisonniers de l’armée allemande.
Un personnage central va faire le lien entre ce bunker et cette cohorte de déportés
Il s’agit de Magda Goebbels , femme de Joesph Goebbels N°2 du troisiéme Reich.
Magda Goebbels est une femme qui à eu plusieurs vies en contradiction les unes avec les autres.
Née d’une union illégitime entre un ingénieur et une employée de maison , elle va être élevée par le mari que sa mère va épouser : un commerçant juif du nom de Richard Friedlander.
Elle même va avoir une liaison amoureuse avec un jeune sioniste Victor Arlosoroff et va porter de l’intérêt pour la cause qu’il défend.
Puis elle va militer au NSDAP ( parti nazi) ,trouver du travail dans ce parti et rencontrer Joseph Goebbels. Elle va devenir ainsi une intime d’Hitler jusqu’à devenir la première dame du Reich.
Et en ces derniers jours d’Avril 1945 ,elle assiste repliée dans le Bunker de Berlin à la chute du troisième Reich
Dans le même temps , sur des chemins d’Europe Centrale un millier de déportés marche , ils l’espèrent, vers leur liberté. Parmi eux Aimé , Judah , Fela et sa petite fille Ava.
Cette petite fille de 3 à 4 ans détient un petit sac de cuir avec des feuillets écrits. Ces feuillets écrits sont le lien de tous ces déportés depuis des années.
Le lien a commencé avec Richard Friedlander et se perpétue jusqu’à Ava.
Ce lien représente entrautre le silence de Magda Goebbels.
Tout le récit oscille entre la folie destructrice du troisième Reich et la force , l’abnégation de ces hommes et femmes qui ont vécu l’enfer , l’anéantissement de leur personnalité et de leur judéité mais qui sont debout.
Le parallèle est saisissant entre la lourdeur bétonnée de ce bunker et la fragilité de cette cohorte humaine , affamée et maigre. Les dignitaires du Troisième Reich se terrent comme des rats alors que des gens de peu et de rien marchent et veulent retrouver leur liberté.
Et cette marche vers la liberté est portée par deux femmes : Fela qui a vécu toutes les insanités et sa fille Ava , née dans un camp , de ses insanités.
Ce sont les parties du livre les plus émouvantes : le regard de cette petite fille sur un monde dont elle ne connaît que l’enfermement , les vêtements rayés et la violence à toute heure .
Émotion au travers des personnages de Richard Friedlander ,Aimé , Judah et Fela qui auront donnés leur vie afin qu’Ava puisse vivre et témoigner de l’horreur.
Et puis sidération devant ce que peut devenir un être humain. Comment est il possible qu’un être humain puissent s’enfoncer dans l’abîme au point de tuer ses enfants.
Je terminerais par l’émotion profonde que j’ai ressenti à la lecture de l’un des feuillets que détenait Ava.
Dans ce texte il est dit le nom des personnes qui ont connu Richard Friedlander , qui ont pris la suite et qui sont morts à sa suite.
Le début du texte donne les noms des personnes et ce qu’ils sont.
Et puis la qualification des personnes se fait plus rares jusqu’à
je m’appelle Valery Munz je suis né en Belgique
je m’appelle Olga Munz j’étais la femme de Valery…
je m’appelle Léonie Kiffer, je suis née…
je m’appelle Adam Pollock, je…
je m’appelle Helga…
Je m’appelle…
je….
Judah est mort hier (……) Nous porterons ces lettres jusqu’à toi Magda Goebbels.
Émotion devant
Cette cohorte d’affamés , de corps déglingués , cette cohorte dans l’urgence de la mort et de la vie
cette cohorte dont on à piétiné les rêves mais cette cohorte vivante par Ava.