Archives pour la catégorie Premier Roman

La hideuse de Reine Bellivier. Christian Bourgeois Editeur. 🟩🟩◼️◼️◼️

La hideuse

Reine Bellivier

Christian Bourgeois Editeur

ISBN : 978 – 2 – 26705 – 535 – 1 Août 2025

198 pages

La Hideuse est le premier roman de Reine Bellivier. Premier roman sous forme d’enquête qui peut supposer une part autobiographique.
A la fin des années 1950, dans un bourg des Deux Sèvres, Marguerite, mariée et mère de trois enfants, quitte le domicile familial et disparaît sans un mot.
Des années plus tard, sa fille, la narratrice, enquête pour comprendre les raisons et les circonstances de cet événement.
Cette enquête va permettre de confronter les bribes de l’histoire et comprendre peut être les raisons de la disparition de Marguerite.
Cette enquête va aussi mettre en lumière la condition féminine dans les années 1950 et le besoin d’émancipation en n’étant pas seulement  » l’ange du foyer »
La narratrice va aussi s’appuyer sur des textes indices littéraires qu’elle trouvera chez Virginia Woolf ou Emil Ferris.

L’écriture du livre et la structure de celui-ci est ambitieuse. Malheureusement cette ambition se heurte pour moi à une confusion dans la lecture et la compréhension.
Je me suis lancé dans la lecture des premières pages du roman et j’ai du faire machine arrière et recommencer car je ne rentrais pas dans l’écriture et l’histoire.

Je suis donc resté un peu extérieur au roman malgré ses qualités de style et d’écriture.
Le titre du roman La hideuse m’interroge. Hideux ou hideuse est dit d’une personne d’une laideur repoussante ou moralement ignoble ou affreuse ( définition Larousse )
Dans l’ouvrage Reine Bellivier nomme les maris ou compagnons de sa mère : le Premier, l’Autre.
La hideuse caractérise semble-t-il Marguerite. Est-il possible que sa fille qui enquête sur sa mère ait cette impression. Où est-ce ce que ressentent les personnes ayant connu Marguerite.
 » Finalement la seule victime ici, c’est la fée du logis, l’ange du foyer. Est -ce que le prix a été payé ? oui, je crois. « 

Livre lu dans le cadre du Livre 2025 de la librairie Au bord du jour – Voiron – Isère

Reine Bellivier est née en 1982 et vit à Nantes. Son enfance a été marquée par le bocage des Pays de la Loire et plusieurs longs séjours à l’étranger. Après des études de lettres, elle coordonne des projets éditoriaux en indépendante. La Hideuse est son premier roman.

L’entroubli de Thibault Daelman. Le tripode. 🟩🟩🟩🟩🟩

L’entroubli

Thibault Daelman

Le Tripode

ISBN : 978 -2- 37055 – 464 – 2 Aôut 2025

296 pages

Dans un quartier populaire de Paris ou de sa très proche banlieue, vit une famille un peu
beaucoup dysfonctionnelle. Une mère dépassée et excessive, un père alcoolique élèvent cinq
garçons. Chez l’un des enfants s’impose la nécessité d’écrire afin de garder en mémoire cette
enfance et de ne pas s’oublier à demi, peu à peu : l’entroubli.
L’histoire est touchante et authentique. L’histoire d’une famille pauvre, populaire et de leur
quotidien.
Rien de larmoyant. La mère porte cette cellule à bout de bras. Chacun est aimé et aime à sa
façon. Et les événements d’une vie de famille : la maladie du père, l’école, la fratrie. Une famille
complexe, dysfonctionnelle dont Thibault Daelman éclabousse de son style, de son écriture. Un
style fluide, lucide et grâcieux. Un grand talent d’écriture, avec une sensibilité à fleur de peau.
Le choix des mots et des associations donne rythme et musicalité au texte. le texte semble
doux alors que ce texte parle de douleurs, de souffrance, de mémoire.
Le roman courre jusqu’à la majorité du narrateur. On n’a commencé le roman à un moment
anodin de la vie de cette famille, on le quitte de façon aussi simple. le temps et la vie qui
coulent.
« Ecrire pour me réunir, me dissoudre, simultanément.« Des mots pour raconter, des mots pour
les ressentis, les émotions, les souffrances et les silences. Des mots pour que l’entroubli
ne s’efface pas.

Livre lu dans le cadre du Prix de la Librairie Au bord du jour à Voiron – 38. ( Jury)

Enseignant à la Sorbonne, Thibault Daelman donne des ateliers d’écriture créative. L’Entroubli est son premier roman, sur lequel il travaille depuis une dizaine d’années.  

Sous leurs pas, les années de Camille Bordenet. Robert Laffont.🟩🟩◼️◼️◼️

Sous leurs pas, les années

Camille Bordenet

Robert Laffont

ISBN : 978 – 2- 22127 – 991 – 5 Août 2025

288 pages.

Sous leurs pas, les années est le premier roman de Camille Bordenet, journaliste au journal le Monde. Pour ce premier roman, Camille Bordenet a sûrement mis en scène son double littéraire. Son personnage principal s’appelle Constance Debord (les deux premières syllabes inversées de son nom) et il a réussi dans le monde de la télévision.

Suite au décès de sa grand-mère, Constance revient dans son village natal en Isère, dans les Terres Froides, à Valfroid. Dans la réalité, Camille Bordenet est originaire de cette région.

Constance Debord est donc revenue dans sa région qu’elle a quittée il y a 18 ans pour monter à Paris. Elle va retrouver Jess, son amie d’enfance. Jess est maintenant mariée avec deux enfants. Elle a un double emploi : monitrice d’auto-école et chauffeur de bus scolaire. L’amitié entre Jess et Constance s’est fracassée sur le départ pour Paris de Constance sans explication.

Avec ce retour, Constance se rend compte du fossé qui s’est creusé entre Paris et la province : la perte des services publics, les difficultés de déplacements, la vie chère, les gilets jaunes, le populisme et la montée de l’extrême droite.

Je n’ai pas apprécié la lecture de ce roman.

Pour écrire son roman, Constance a pris un style proche de l’oralité qui veut donner une simplicité et une proximité avec le réel. Malheureusement ce style trop agressif donne un côté caricatural à l’histoire et accentue le peu d’empathie avec les personnages. Ces phrases peuvent être aussi des listes à la Prévert concernant des artistes de variétés, des noms de produits, des automobiles, des lieux. Une façon d’enfoncer le clou pour caractériser une époque sans véritable nécessité.

Le sujet du décalage entre ceux qui restent et ceux qui partent pouvait porter une réflexion intéressante, mais l’agressivité du langage et le manque de crédibilité de certains événements ternissent le propos.

Sur les traces de Marie-Hélène Lafon et de Nicolas Mathieu, Camille Bordenet donne une voix à ceux qui peuplent les territoires ruraux. Chroniques de nos campagnes entre reportages pour le journal Le Monde et fiction, « l’enfant du pays » revient à la source nous présenter son premier roman.

Camille  Bordenet  a  grandi  aux pieds du massif de la Chartreuse, près du lac de Paladru, en Isère, cultivant sa passion pour la danse, ses copines et les histoires – les vraies et les fictives – sous les abribus.

Après ses études à Grenoble, elle a intégré la rédaction du Monde à Paris, par la voie du concours « Monde Académie », ayant pour vocation de renouveler les horizons des jeunes journalistes dans les grandes rédactions nationales.

Les hommes de Shetland de Malachy Tallack. Buchet Chastel.🟩🟩🟩◼️◼️

Les hommes de Shetland

Malachy Tallack

Buchet-Chastel

Traduction : Anne Pouzargues

ISBN : 978 – 2 – 28303 – 980 – 9 Août 2025

288 pages

Jack est un sexagénaire qui vit dans une des Iles Shetland. Il vit seul dans un cottage bercé par la musique country et l’écriture. On peut dire qu’il est un peu introverti et très sensible.
Le cottage dans lequel il vit est celui de ses parents : Sonny et Kathleen Paton.
L’histoire de ce roman va se dérouler, lentement, au rythme des vies quotidiennes des personnages. En oscillant entre les années de jeunesse de Sonny et Kathleen et celles actuelles de la vie de Jack.
Cette oscillation sera marquée aussi par la présence d’un chaton Loretta ,d’une petite fille en quête d’amitié et de la musique country.
Il ne faut pas rechercher dans ce roman des événements extraordinaires.
C’est une vie tranquille qui se déploie devant nous, simple et attachante.
Les hommes de Shetland est le premier roman de Malachy Tallack écrivain, journaliste et musicien.
Il accompagne son roman d’un bar code renvoyant aux musiques et textes qu’il a écrit pour ce livre. Cela concourt à cette simplicité et lenteur. le côté îlien.
Reste que cette simplicité et celle lenteur peuvent engendrer un ennui. Mais l’ennui n’est il pas aussi synonyme de vie îlienne ?
Reste un livre de rien qui se lit sans déplaisir, à l’ombre de quelques musiques country.

Né en 1980 dans les Shetland, Malachy Tallack est écrivain, journaliste et musicien. Il est l’auteur de plusieurs essais remarqués (« Sixty Degrees North », « The Un-Discovered Islandsc») et d’un premier roman – non traduit – salué par la critique (« The Valley at the Centre of the World »)

La Valse Atlantique

Je valsais sur les vagues

J’étais fou, j’étais brave

Je faisais de mon mieux

Quand j’ai baissé la garde, la mer m’a frappé fort

Et elle m’a emporté comme un morceau de bois

Refrain

Elle te bercera, elle te secouera

Elle essayera de te contrôler

Elle te fera tournoyer et tourbillonner jusqu’à ce qu’un jour

Tu apprennes a rester en mesure avec ce rythme de sel

Cette magnifique valse atlantique

Comme une giroflée flétrie

Aux dernières heures de la nuit

Au bord de cette atlantique ,infinie piste de danse

Trop tard je suis rentré, j’ai commencé à tourner

J’ai été avalé et recraché encore.

Refrain

Malu A contre vent de Clarence Angles Sabin. Le Nouvel Attila. 🟩🟩🟩◼️◼️

Malu à contre vent

Clarence Angles Sabin

Le Nouvel Attila

ISBN : 978 – 2-48774 – 929 – 0 Août 2025

192 pages

Avec ce premier roman, Clarence Angles Sabin nous entraîne dans les années 2010/2020 au coeur du Rouergue du plateau aveyronnais et au sein d’une bergerie et du monde rural.
Malu a dix ans et vit avec sont père et sa grand-mère a l’écart dans une bergerie, autour d’un paysage fait de trois collines dont celle où elle va enterrer les brebis mortes.
Malu est une jeune fille mal dans sa peau. Elle se scarifie, se sent harcelée à l’école.
Durant le temps du roman, sa grand-mère va petit à petit perdre la mémoire.
Le père est taiseux et vit de sa ferme. Sa femme qui venait de la ville , est partie après avoir donné naissance à Malu; dans l’impossibilité de s’intégrer à ce monde rural.
Malgré le style de l’auteur ( description magnifique et personnages rugueux) j’ai trouvé que ce roman voulait embrasser trop de thèmes.

Prenant un contexte rural ressemblant aux livres de Sandrine ColletteCécile Coulon ou Franck Bouysse, il ma semblé que le situer aux confins des années 2010 n’était pas réaliste. ce n’est qu’une impression.
J’ai lu que l’autrice avait souhaité écrire autour du mythe d’Antigone
La morale du mythe peut correspondre au livre : héroïne tragique devenue symbole de résistance. A contre-vent.
Antigone honorait son frère Polynice par des funérailles dignes. Ce n’était pas seulement un devoir familial mais un devoir divin.
Malu vit et revit cela avec l’enterrement de ces brebis. La vie contre la mort.
Livre noir.
Livre lu dans le cadre du « Livre 2025 » de la librairie Au bord du jour à Voiron. ( Jury)

Clarence Angles Sabin, vingt-huit ans, travaille dans l’édition de revues scientifiques. Originaire de l’Aveyron, elle est fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’agriculteurs. C’est dans les paysages qui ont bercé son enfance qu’elle puise son inspiration et nourrit son écriture sensible et ombrageuse.

Nourrices de Séverine Cressan. Dalva. 🟩🟩🟩🟩◼️

Nourrices

Séverine Cressan

Dalva

ISBN : 978-2-48760 – 046 – 1 Août 2025

272 pages

Severine Cressan donne la parole à des femmes souvent invisibles ou de peu. Les nourrices. le roman n’est pas daté . On parle de Tour d’abandon, de charrettes, de maîtres de villes et de campagnes. le moyen âge, le 18 ou 19 -ème siècle ? Cela a peu d’importance en réalité.
Dans cette période non datée ni géographiquement située, Sylvaine qui vient de sevrer son fils Jehan va devenir nourrice d’un enfant de la ville, une petite fille nommée Gladie. Dans le même temps, elle va découvrir au milieu d’une clairière un bébé abandonné avec à côté de lui un carnet..
Sylvaine va donner son lait maternel à ses deux enfants. Malheureusement Gladie va mourir rapidement et Sylvaine et son mari Andoche vont substituer le bébé de la clairière à Gladie.
Cette substitution va bien entendu créer des péripéties.
Mais l’important n’est pas là. L’important est dans ces nourrices qui se battent pour les bébés, elles mêmes et leur liberté. Elles détiennent un trésor : la vie et le lait maternel. Elles sont pourtant invisibles et non reconnues. Elles sont de l’argent pour les hommes ,les ma8tres et les meneurs.
Nourrices raconte l’émancipation de ces femmes, leur recherche de liberté et la connaissance et reconnaissance de leur corps.
Sylvaine marche dans la forêt derrière la charrette conduite par le Meneur. Les femmes se font brinqueballées par le chemin.
Si Sylvaine marche derrière la charrette c’est que le Meneur a refusé sa présence. Alors Sylvaine marche derrière. Durant deux jours entre collines et forêts. Les femmes vont trouver toutes sortes de raison de ralentir la charrette pour que Sylvaine ne la perde pas de vue.
Et puis elles vont chanter et Sylvaine va suivre le chant. Et puis elles vont descendre l’une après l’autre de la charrette toujours en chantant.. Une chaîne, un lien qui devient un manifeste.
Livre lu dans le cadre du prix 2025 de la Librairie Au bord du jour à Voiron. ( Jury)

Séverine Cressan, née en 1976 dans la région lyonnaise, est passionnée depuis toujours par la littérature et la découverte de nouveaux horizons. Son amour des mots l’a conduite vers des études de lettres modernes et d’allemand puis au professorat. Elle a enseigné en France, en Allemagne et en Belgique. Elle vit aujourd’hui sur la côte Atlantique, au sud de la Bretagne.

La bouche dans le sable de Kevin Thiévon. Le bruit du monde. 🟩🟩🟩🟩◼️

La bouche dans le sable

Kévin Thiévon

Le bruit du monde

ISBN : 978-2-38601-072-9 Août 2025

224 pages

Premier roman bouleversant et maitrisé de bout en bout. Kevin Thievon a vécu en Irak et a pris ce pays en toile de fond de son roman.

Il va faire percuter deux adolescents dans le sud de la France, à Juan-les-Pins. D’abord l’adolescence de Marwan, jeune Irakien de 10 ans. Celui-ci a pour grand-père Ali le chimique, seigneur d’Irak qui a gazé les Kurdes en 1988. Ali le Chimique est au sommet du parti Bass et de la société irakienne. En 2003, lors de l’invasion irakienne, les parents de Marwan et lui-même sont exfiltrés et viennent vivre dans une villa du pouvoir irakien à Juan-les-Pins.

Marwan en France a peu de conscience du rôle génocidaire de son grand-père. Il reste loyal à la famille et à l’aura de celle-ci.

Dans le même temps, Elsa, petite fille de 8 ans vivant à Nantes, vient régulièrement en vacances dans la maison de ses grands-parents à Juan-les-Pins. Et puis Elsa va vivre totalement avec ses grands-parents à Juan-les-Pins.

Il y a aussi Sergio, un homme au visage cabossé par la vie, qui travaille au parc d’attraction du Luna Park. Il s’occupe du train fantôme. Il connaît la grand-mère d’Elsa, Féfée.

Dans le temps du roman, pas toujours chronologique, tous ces personnages vont se rencontrer et constituer un puzzle qui va se découvrir peu à peu. Même les noms changent : Elsa devient Zelda, Sergio peut être Sangar et derrière Féfée peut se cacher Julianne.

Avec une écriture réaliste, courte et de l’âge de l’auteur (32 ans), le récit met du temps à s’incarner. On est d’abord un peu spectateur, et puis le puzzle s’éclaircit. Au sein du kaléidoscope du roman, ces personnages vont interagir et se révéler les uns aux autres. Et pour nous, lecteurs, cette évolution va nous révéler la réalité du roman. Les émotions et les ressentis affluent et vous submergent. Bouleversé et interrogatif sur des vies mutilées par des monstres familiaux et en empathie pour ces exils.

Petit-fils d’un génocideur, comment être responsable et non coupable. Quelle identité se construire. Quel regard sur son pays. Un retour est -il possible ? Comment vivre et consolider une relation après un massacre ?

Marwan, Zelda, Sangar et Féfée n’ont plus de bouche dans le sable. La solidarité les aura sauvés. Peut-être pas dans ce qu’ils espéraient initialement. Mais : « Quelques cendres repoussent toujours après la cendre. » Il suffit d’aller voir « 
Livre lu dans le cadre du prix de la Librairie Au bord du Jour. Voiron. 38 ( Jury)

Né en 1993 à Lyon, Kévin Thiévon est diplômé de l’EDHEC et du King’s College de Londres. Son parcours dans les relations internationales l’a notamment conduit à vivre en Irak, un pays dont l’histoire a en partie inspiré ce premier roman.

Kévin Thiévon a été lauréat du Prix du Jeune Écrivain en 2020.

Il vit aujourd’hui à Paris.

Les Saules de Mathilde Beaussault. Seuil Cadre Noir. 🟩🟩🟩🟩◼️

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Les Saules

Mathilde Beaussault

Seuil- Cadre Noir

ISBN : 978-2-02-157698-6 Janvier 2025

272 pages

Le premier roman de Mathilde Beaussault est une belle réussite.

Roman noir maîtrisé, dans un style parlé, qui nous entraîne dans les confins d’un hameau breton, entre Haute Motte et Basse Motte. À la Haute Motte, il y a un pharmacien. Celui-ci a une femme et une fille, Marie, 17 ans et déjà cataloguée  : «  Marie, couche-toi là  !  »

Le corps de Marie va être retrouvé. Elle a été étranglée. Ce corps a été découvert par Marguerite, enfant soi-disant simple d’esprit. Elle est la fille d’un couple d’agriculteurs qui vivent à la Basse Motte pas loin des saules et de la coulée verte où a été découvert le corps de Marie.

Un thriller classique avec un mobile, un coupable et des haines ressassées entre classes sociales. Mais Les Saules n’est pas qu’un thriller classique. Mathilde Beaussault installe une ambiance, une atmosphère prenante. Cette ambiance prime sur l’intrigue, bien que celle-ci soit bien ficelée. de même, la façon de décrire les interrogatoires est originale. Nous n’avons que les réponses des protagonistes dans un style familier, près de la réalité. Les questions des enquêteurs nous sont suggérées par les réponses des personnes interrogées. Cela donne des ressentis remarquables.

Les Saules est un roman noir rural et naturel où les personnages sont ciselés en quelques phrases et descriptions et où l’âpreté de chacun prend sa place et envoûte. Mathilde Beaussault nous entraîne dans cet univers et cette ambiance. Mieux nous nous fondons dans ce hameau breton et, comme Marguerite, nous épiions et essayons de comprendre.

Un premier roman d’une grande intensité. Mathilde Beaussault marche sur les traces de Franck Bouysse ou de Sandrine Collette. Excusez du peu.


Née en Bretagne mais angevine d’adoption depuis maintenant treize ans, Mathilde Beaussault enseigne le français dans un collège ligérien et vient de publier son premier roman.

Biberonnée à la littérature, Mathilde Beaussault lit chaque jour et ses choix sont très éclectiques (de Roland Barthes à Benjamin Whitmer en passant par Marguerite Duras ou Olivier Norek), mais elle est surtout  dingue des romans et nouvelles de Ron Rash . Ses origines paysannes lui ont inspiré ce roman noir rural qu’elle a situé dans un petit village au fin fond de la Bretagne dans les années quatre-vingt.

Les bons sentiments de Karine Sulpice. Liana Levi. 🟩🟩🟩🟩◼️

Les bons sentiments

Karine Sulpice

Liana Levi

ISBN : 979-10-349-1040-3 Février 2025

173 pages

Julien, jeune homme de 28 ans travaillant dans une ONG, l’Association, prend en otage trois de ses collègues de l’association.

C’est le point de départ du premier roman de Karine Sulpice. Vont apparaitre un certain nombre de personnages qui vont interférer avec Julien. D’abord les trois otages : Jeanne, Antoine et Kader. Devant le local de l’association se pressent les chaines d’infos et la foule. Dans cette foule, il y a Jessica et sa fille Laila. Jessica et Leila se rendent souvent à l’association pour rencontrer les travailleurs sociaux. Autour des locaux de l’association se sont positionnées les forces de l’ordre sous le commandement de Maurane le Queuvre.

Maurane le Queuvre va rentrer en relation avec Julien afin de connître ses attentes.

À travers ces personnages et la discussion téléphonique entre Mauranne le Queuvre et Julien, nous allons remettre en place le puzzle de la vie de Julien.

Et le puzzle de la vie de Julien est formé de burn-out, de dépression. Un burn-out ou une dépression due au travail associatif. En nous présentant les points de vue de chacun, l’émotion est là à fleur de peau et joue sur les réflexions et les cheminements de chacun.

Parce que nous sommes dans le monde associatif, Les bons sentiments doivent affluer. Quel joli titre de roman pour dire exactement l’inverse et parler des noirceurs de l’âme humaine.

Premier roman d’une grande humanité.

Karine Sulpice vit à Lille. Elle a toujours manié les mots, d’abord en tant que journaliste puis avocate, notamment en droit de la famille et du travail, pendant dix ans. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture.

quarante jours dans la jungle de Mat Youkee. Marchialy. 🟩🟩🟩🟩◼️

Quarante jours dans la jungle

Mat Youkee

Traduction Charles Bonnot

ISBN : 978-2-38134-060-9 Mars 2025

282 pages.

Qui a encore en mémoire les infos du 9 juin 2023 ? Ce jour-là, les chaînes d’infos nous apprirent que quatre enfants âgés de 13 à 1 ans avaient été retrouvés au fin fond de la jungle colombienne. Cela faisait 40 jours qu’on les recherchait suite au crash du Cessna qui les transportait avec leur mère et deux autres personnes. L’avion avait été retrouvé ainsi que les corps des adultes, mais pas de présence des enfants.

C’est cet événement que Matt Youkee, journaliste d’investigation britannique, a décidé de mettre en récit.

C’est un récit passionnant de bout en bout, doublé d’une réflexion et des interrogations que porte une telle histoire dans un pays où ont sévi l’armée, la guérilla des FARC, les cartels de la drogue et où vivent de nombreuses ethnies autochtones au milieu de la forêt amazonienne.

Magdalena est une femme indienne uitoto, mère des quatre enfants : Lesly, Soleiny, Tien et Cristin. Ces enfants sont issus de deux pères différents. Quand elle monte dans le vol HK-2803, elle souhaite quitter la jungle (pour de multiples raisons à découvrir). Elle veut se rendre dans les quartiers de la banlieue de Bogota.

Mat Youkee, comme tout journaliste d’investigation, va nous raconter son enquête et ses rencontres afin de comprendre ce qui a pu arriver et comment quatre enfants mineurs et en bas âge ont pu survivre dans la jungle colombienne. Cependant, il va entourer son enquête de facettes différentes concernant la société colombienne et indienne. Et c’est ce parti-pris qui illumine ce récit.

Au fur et à mesure du récit, on est confronté la réalité de la Colombie :

Pourquoi Magdalena, indienne, quitte la jungle ? Quelle place pour les ethnies indiennes ?

Quand est-il du patriarcat dans les ethnies indiennes ?

Comment faire des recherches dans une jungle aux mains des trafiquants et de la guérilla ?

Les enfants n’ont-ils pas été enlevés par la guérilla pour devenir des enfants soldats ?

Quel rôle joue l’armée et la présidence de la République ?

Que fait-on des chamans, des dieux et de la spiritualité dans la recherche des enfants ?

Toutes ces interrogations vont se télescoper durant le récit pour former une idée kaléidoscopique de la Colombie.

De ce récit, ce qui restera au fond de nous, ce sont ces quatre enfants livrés à eux-mêmes et qui auront en Lesly « une âme liane » pour les protéger. Ces enfants sont aujourd’hui « protégés » par la société dans les hôpitaux et dans des maisons d’enfants. Leur parcours reste difficile.

Ils veulent juste rentrer à la maison.

Mat Youkee est un journaliste d’investigation britannique basé en Colombie depuis plus de dix ans. Il collabore régulièrement à des journaux de renommée internationale tels que The GuardianThe Economist ou The Financial TimesQuarante jours dans la jungle est son premier livre.