Archives pour la catégorie Premier Roman

Du Même Bois de Marion Fayolle. Gallimard. 🟩🟩🟩🟩🟩

Du même bois

Marion Fayolle

Gallimard

ISBN : 978-2-07-302581-4 . 113 pages

Janvier 2024.

Marion Fayolle est dessinatrice et autrice de romans graphiques. Jusqu’à maintenant le dessin est son expression. Pourtant le sujet qu’elle veut aborder lui semble ne pouvoir être exprimé par des dessins.
Marion Fayolle a donc écrit son premier roman du même bois  » et c’est une réussite totale.
J’ai eu la chance de rencontrer Marion Fayolle à La fête du livre de Bron en mars. sa dédicace dit tout :
 » Belle promenade dans mes paysages »
et puis un dessin simple : Des nuages et une ligne de montagne pour horizon Une fois le dessin tourné à 90 degrés apparaît un visage.
Nous sommes en Ardèche , sur le plateau, aux confins des sources de la Loire.
Nature, hommes et animaux s’entremêlent dans un court récit magnifique au tour de trois générations d’ardéchois. Et chacun sur ce plateau ardéchois fait partie du cycle perpétuel de la vie, de la mort et de la transmission. La vie et la mort imprègnent les hommes, les femmes mais aussi la pierre, la montagne, les animaux de la ferme.
Marion Fayolle nous raconte avec justesse, émotion et empathie l’histoire d’une ferme, de ces hommes ,de ces femmes et de ces enfants. Il n’y a pas nécessité à les nommer. le pépé, la grand-mère, le gamin, l’oncle, le père, la fille suffisent pour nous dire :
« Les enfants, les bébés, il les appellent les « petitous ». Et c’est vrai qu’ils sont des petits Touts. Qu’ils sont un peu de leur mère, un peu de leur père, un peu des grands-, parents, un peu de ceux qui sont morts, il y a si longtemps. Tout ce qu’ils leur ont transmis, caché, inventé. Tout.
Du même bois.

Originaire de l’Ardèche, Marion Fayolle étudie au sein de la section illustration de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg entre 2006 et 2011. En 2009, elle crée la revue Nyctalope aux côtés de ses camarades Simon Roussin et Matthias Malingrëy. L’illustratrice collabore avec de grands titres de presse internationaux, tels que Le Monde MagazineXXITéléramaLe 1The New Yorker ou encore The New York Times1,2,3. Depuis 2012, ses livres sont publiés aux éditions Magnani.

Ce que je sais de toi d’Eric Chacour. Philippe rey . 🟩🟩🟩◼️◼️

Ce que je sais de toi.

Eric Chacour

Philippe Rey

ISBN : 978-2-38482-034-04

Août 2023

300 pages

Ce que je sais de toi est le premier roman d’Eric Chacour. de parents égyptiens Eric Chacour est né à Montréal et partage sa vie entre le Québec et la France.
C’est donc un roman francophone fait d’une écriture élégante.
Ce que je sais de toi a obtenu le Prix Fémina des lycéens en 2023 et a été encensé par la critique et les lecteurs
Et pourtant je ne me joins pas à ce torrent de louanges. J’ai apprécié la qualité de l’écriture et la lecture du roman est très agréable, mais je n’ai ressenti que peu d’émotion pour les personnages que nous fait découvrir Eric Chacour. Peut être est ce dû au découpage du livre en trois parties : Toi, Moi, Nous. le narrateur, inconnu étant le moi. Il parle donc à la place du Toi et du Nous.
Cela m’a gêné car à aucun moment nous n’avons en réalité accès aux sentiments des autres personnages que le narrateur. Ce narrateur inconnu étant évidemment la clé de voûte du roman.
Toi est donc Tarek, un jeune médecin égyptien qui a repris le cabinet médical de son père au Caire dans les années 1980. Il est marié à Mira, femme discrète. Sa vie familiale tourne aussi autour de la matriarche arabe, de la sœur et de la servante qui connaît la plupart des secrets de familles. Médecine oblige, nous sommes dans la haute société égyptienne.
Et cette aristocratie n’est pas du goût de Tarek. Il ouvre un dispensaire dans le quartier défavorisé de Moquattam. Ce sera une redécouverte de son métier de médecin. le temps n’a plus de prise. Une amitié va naitre avec Ali, pauvre résident du quartier Moquattam. Tarek va le prendre sous son aile et tenter de l’ouvrir à d’autres horizons.
C’est cette histoire que nous raconte le narrateur. Comment la connaît il ? Est-il un personnage influent de cette histoire ? Une fois le narrateur connu, on pouvait espérer plus d’émotions, de ressentis et de sentiments. Ce n’est pas ce que j’ai ressenti.
Mais ce n’est que mon avis et il est loin d’être majoritaire.


Éric Chacour est un auteur québécois.

Né dans une famille de Syro-Libanais d’Égypte, il a vécu une partie importante de sa vie en France, où il a écrit les premières pages de son premier roman, « Ce que je sais de toi ».

Diplômé en économie appliquée et en relations internationales, il travaille dans le secteur financier.

L’Horloger de Jérémie Claes. Editions Héloïse D’Ormesson. 💛💛💛

L’Horloger de Jérémie CLaes

Editions Héloise D’Ormesson

458 pages

ISBN : 978-2- 35087-929- 1

8 février 2024

L’Horloger est le premier roman de Jérémie Claes. le mot roman est erroné, il s’agit d’un thriller qui nous emmènera des Etats-Unis, en Provence, en Belgique, ailleurs en Europe ou encore en Patagonie. Ce thriller embrassera la période entre 1940 et les années actuelles.
Au travers de chapitres courts et datés, Jérémie Claes nous dévoile la vie de Jacob Dreyfus.
Jacob Dreyfus a réalisé une enquête qui a permis le démantèlement d’une milice suprémasciste américaine.
Suite à cette enquête sa femme Sara sera assassinée et Jacob Dreyfus ainsi que son fils seront exfiltrés des Etats – Unis.
Se mettra alors en place une chasse à l’homme qui traversera les continents.
Le thriller , haletant, est bien mené et les 450 pages du roman se tournent avec entrain. Une galerie de personnages hauts en couleurs agrémentent avec bonheur le récit.
Qui est donc L’Horloger qui mène cette chasse à l’homme.
Les trois quart du roman nous rapprochent de ce personnage et puis il y a comme une césure , un basculement dans une théorie un peu fumeuse qui malheureusement m’a fait sortir de la réalité du roman.
Entre complotisme et un peu de science fiction, j’ai perdu le sens du roman.
Pourtant j’étais bien avec Jacob , Solane, Lucie, le Scorpion . Malgré les dangers, ils restaient de bons vivants attachés aux bienfaits vinicoles et gustatifs de la vieille Europe. Ils dégustaient quelques Chartreuse verte et Chartreuse VEP ( vieillissement exceptionnellement prolongé ) auxquelles j’étais particulièrement sensible, moi-même vivant pas loin du Massif de la Chartreuse.
La Chartreuse Verte a donc un peu atténué la fin de ce thriller bien que le Mécanisme de l’horlogerie se soit un peu grippé.

Né en 1975, Jérémie Claes est caviste et chroniqueur à la télévision belge. Il vit entre Bruxelles et Namur, et retourne régulièrement en Provence, à Forcalquier et à Gourdon, le village de sa grand-mère. L’Horloger est son premier roman.

Un simple dîner de Cécile Tlili. Calmann-Lévy. 💛💛💛💛

Un simple dîner est le premier roman de Cécile Tlili. Un roman court ( 179 pages ), concis et respectant une unité de lieu et une unité de temps.
Unité de lieu : un appartement boulevard Raspail à Paris
Unité de temps : le temps d’un dîner.
Il y a quatre protagonistes. D’abord le couplé qui reçoit. Il s’agit de Claudia et Étienne. Claudia., kinésithérapeute est une femme maladivement timide et inhibée . Sa cuisine reste un refuge majeure. Étienne fait partie d’un cabinet d’avocat, il est beau gosse et maintient sa femme Claudia dans sa timidité maladive.
Les invités sont Rémi et Johar. Rémi est professeur quand sa femme Johar est une carriériste et business woman.
Rémi et Étienne se connaissent depuis les bancs de la Fac de droit.
Le huis clos entre ces quatre personnages va s’installer autour de deux nouvelles :
Johar doit donner son accord à son supérieur Karl pour un poste de directrice générale.
Étienne souhaite obtenir de Johar un nouveau mandat pour son cabinet d’avocat.
A partir de ces deux nouvelles, cela va être un grand chamboule tout que maîtrise parfaitement Cécile Tlili.
Les ressentis de chacun sont explorés avec une mise en avant de Claudia et Johar. Les réactions sont justes, pertinentes.
La tension monte peu à peu, chacun dévoilant des fissures , des non-dits.
De ce huis clos certains ou certaines vont tenter de s’affranchir des règles de vie de la société.
Et la perte est peut être facilitation pour s’affranchir.
Un seul bémol à la qualité de ce premier roman : le milieu social des personnages.
Je ne suis pas certain que dans un autre milieu social, l’affranchissement de certaines règles de vie soit aussi simple.

Cofondatrice en 2020, aux côtés de Constance Baudeau et Mélody Mitterrand, de l’école Walt pour les enfants diagnostiqués neuro-atypiques, Cécile Tlili prend la plume pour la première fois avec « Un simple dîner » pour leqyel elle est lauréate du prix Gisèle Halimi 2023.

Portrait huaco de Gabriela Wiener. Métailié. 💛💛💛

Portrait huaco n’est pas un roman. Gabriela Wiener est une journaliste et éditorialiste péruvienne vivant en Espagne.
Portait huaco est son premier texte. Gabriela Wiener nous livre un texte âpre, cru, voir violent. Ce texte est servi par une écriture puissante et nerveuse.
Dans le cadre de son travail, Gabriela Wiener est à Paris et va visiter le musée du Quai Branly.
Elle est ébranlée par deux choses : d’abord par une statuette préhispanique en céramique représentant un visage indigène. Puis par le nom de la salle du Musée : Charles Wiener.
Charles Wiener qui est l’arrière- arrière-grand-père de l’autrice.
Charles Wiener est un explorateur du 19ème siècle qui a failli découvrir le Machu Picchu mais qui est surtout un pilleur d’objets inca .
Pour Gabriela Wiener c’est le début d’une recherche sur son passé et ce qu’elle est.
Réflexion sur le deuil, la famille, la bâtardise, le désir, le sexe.
Cette réflexion peut nous bousculer car Gabriela Wiener ne cache rien de ces addictions sexuelles, ni des différences de cultures, de race. Idem pour le colonialisme et le post colonialisme
Néanmoins il reste la force d’un texte vivant sur l’identité, sur nos filiations, nos dérives, nos vulnérabilités peut être.
Une découverte étonnante.
Merci aux Editions Métailié et à la Masse Critique de Babélio pour cet envoi


Gabriela Wiener, née à Lima en 1975, est considérée comme l’une des meilleures écrivaines latino-américaines de sa génération. Connue comme journaliste et écrivaine de narrative-non-fiction, son premier roman, Portrait huaco, en cours de traduction dans de nombreux pays, est considéré comme l’un des meilleurs livres parus en 2021.
Elle fait partie du groupe des nouveaux chroniqueurs latino-américains. Elle s’est installée en Espagne depuis 2003.

Mes vies parallèles de Julien Leschiera. La Dilettante. 💛💛💛

Voici un premier roman et un auteur qui risquent l’originalité , le sujet casse gueule et qui s’en sortent plutôt bien.
En troisième de couverture un avis laconique : Ce premier roman ne contient pas une once de bonheur, c’est un feel-bad book. Une couverture au graphisme noir et blanc représentant un poil dans la main.
Tout cela pour un livre de plus de 500 pages à la pagination serrée dans laquelle une aération due aux paragraphes est peu présente.
Avouez qu’il y a mieux pour inciter à la lecture d’un roman.
Et pourtant Julien Leschiera, libraire à Clermont-Ferrand va nous arrimer à son feel-bad book.
Première phrase du roman :D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais désiré autre chose que ne rien faire « 
La gageure de Julien Leschiera sera de surfer sur ce pitch très court. Et il tiendra la gageure.
Charles Dubois l’anti-héros de ce livre est un être avachi. Déjà intra-utérin le gynécologue avait prévenu les parents : votre bébé est mou et avachi.
Charles le sera toute sa vie. D’avachi il deviendra faineasse ou feignasse.
Charles est un oisif.
Charles Dubois est un anti héros flamboyant, exaspérant qui fuit la vie et la réalité. Il se raccroche à des vies parallèles dans lesquelles son avachissement est moindre.
Cet avachissement n’est pas un acte politique. c’est juste une façon d’être : tout faire pour passer inaperçu et être invisible au monde. Il pense qu’en s’oubliant on l’oubliera à son tour. Bien que maître dans l’art de ne rien faire le monde est loin de le laisser tranquille.
Il devra faire face aux affres des copains et des copines , aux affres d’une vie de couple pour la moins monacale et autarcique. Il fera aussi des expériences ratées, mais comment pouvait il en être autrement, auprès du monde de l’édition et des médias. Son oisiveté réussira même à lui faire traverser l’Amérique latine.
Contrairement au titre , les vies parallèles restent secondaires et c’est la multitude d’aventures qui prend le pas.
Cela peut être la limite du livre , car pour être un oisif de qualité , il faut avoir autour de soi des coups du destin aux bon moments . Des rencontres fortuites, une aide financière facilitent l’oisiveté.
Cela n’enlève rien à la qualité de ce premier roman ,tenu avec habileté sur plus de 500 pages par Julien Leschiera alors que le sujet du roman prédisposé à la glissade assassine.
500 pages pour transmuter un possible récit cafardeux en récit enlevé et parfois picaresque.

On ne se baigne pas dans la Loire de Guillaume Nail. Denoël. 💛💛💛💛

Premier roman mais que de qualité, de tensions , d’originalité.
Pour écrire son roman , Guillaume Nail s’est inspiré d’un drame arrivé en juillet 1969 à Juigné sur Loire : la mort de 19 jeunes adolescents par noyade dans la Loire.
Un groupe d’adolescents de 16 à à 17 ans en termine avec une colo de six semaines. C’est le dernier jour. On m’est en place un pique nique sur les bords de la Loire.
Benoit et Pauline encadrent ses ados : Pierre, Gus, Totof, Farid , Pavel, Youssou, Jonas, Kévin, Nathan, Adone.
Soudain la phrase résonne au coeur du silence : On va se baigner ?
Ce court roman de 150 pages est fiévreux, tendu, insouciant comme cette bande d’ados.
Guillaume Nail va poser son regard et son stylo sur certains d’entre eux , auxquels il donnera à chacun des chapitres.
Des moments de vie, de difficultés, d’émois. Benoit et un fetichisme malsain ,
Pierre et un pull rose qui en font Pupulle , les émois de Pauline , le mal être parental de Gus.
Le tout écrit dans une langue étonnante faite de phrases courtes, de formules innatendues. Cela peut surprendre, mais c’est l’écriture d’une jeunesse de son temps.. Numérique, rapide, desinhibée semble-t-il.
« Faut oser un peu.. On n’à qu’une vie « 
« Ils cul-séchent leurs bières « 
« Il a couiné juste assez fort pour que Farid se retourne, qui revient, merci, sens inverse.Tout lent d’abord « 
 » Lui préfère l’instinct, hop zim boum »
 » les enfants pyjamas  »  » le grille-pain saute les tartines « 
Et puis il y a une écriture poétique pour dire La Loire. Quatre moments dans le roman pour parler du fleuve, de l’amont, de l’aval et de l’estuaire.
Des moments de calme apparent, de beauté lente et majestueuse . Mais la Loire est en réalité comme ce roman : fiévreuse et sous tension.

Un magnifique premier roman rehaussé d’une playlist qui caractérise bien les ressentis et émotions :
A nouveau sauvages – Un peu de mélancolie heureuse – Une version améliorée de la tristesse – Les Hautes Lumières – On brûlera.

Une flamme dans la main nous éclaire le passage
Redevenus païens au milieu du feuillage
Une flamme dans la main nous éclaire le visage
Sur le rivage enfin
A nouveau sauvages
[ Ramo – Thomas Emeriaux.


Guillaume Nail a de multiples talents. Il est traducteur de formation. Il est scénariste et journaliste. Il est aussi comédien.
Egalement auteur jeunesse, Qui veut la peau de Barack & Angela est son premier roman.
Guillaume partage son temps entre Paris et Barneville-Carteret, dans le Cotentin (50).

La playlist de On ne se baigne pas dans la Loire :

https://www.deezer.com/fr/playlist/11141260344

Abondance de Jakob Guanzon. La Croisée. 💛💛💛💛

Une couverture de roman qui dit beaucoup de ce premier roman de Jakob Guanzon .
Trois à-plats de couleurs : Rouge , Bleu comme le ciel et un quart de rond jaune pour le soleil. Des couleurs qui invitent à l’espoir , à l’ Abondance du titre du roman.
Mais il y a surtout une frise noire qui traverse ces trois couleurs. Et de cette frise noire se détachent en ombre chinoise , un pick-up et un homme de dos tenant un petit garçon par la main.
L’ombre et la lumière. Un moyen de se réapproprier son destin. Comment transformer l’ombre en lumière. Comment rendre visible l’ombre.
L’ombre c’est la vie d’Henry qui peu à peu s’est défaite jusqu’à vivre avec son fils Junior dans un pick-up. Les Etats-Unis des années 2015.
Henry a tout perdu : parents, femme, famille, boulot, reconnaissance sociale.
Il a plongé : la drogue, la violence , la prison.
L’Amérique ne l’a pas aidé. Elle abandonne facilement les laisser pour compte sur le bord de la route.
Alors défile l’Amérique périphérique avec ses mobil home, ses commerces et stations services miteux, ses motels défraichis et sa population délaissée.
Abondance est un portrait noir , éprouvant de cette nouvelle Amérique sauvage.
L’ Amérique n’est pas seule responsable de cette noirceur. Henry a sa part d’ombre et celle-ci met un sacré abat-jour sur la lumière. Mais cela mérite -il d’être traité comme un moins que rien.
Chaque chapitre de ce roman a pour titre un montant de dollars. Ces dollars dont à besoin Henry pour survivre.
Un décompte qui nous prend au tripes car il nous donne à voir la vie quotidienne de quelqu’un qui a tout perdu … sauf son fils.
La finesse du regard de Jakob Guanzon empêche que nous tombions trop bas bien que la tragédie soit présente.
C’est un roman qui frappe fort comme l’indique le New York Times sur le bandeau de couverture.
C’est un roman qui perturbe et dont on ne ressort pas indemne.
Les aléas de la vie pourraient faire de nous des Henry ou des Junior.
l’ Abondance n’est pas la chose la mieux partagée dans ce monde.

JAKOB GUANZON est diplômé de sociologie et littérature de l’université de Columbia. Il a travaillé à Madrid comme professeur, traducteur et éditeur. Abondance est son premier roman, publié dans la maison indépendante Graywolf Press (Max Porter, David Treuer…). Abondance a été acclamé par la presse et les lecteurs, et sélectionné pour le National Book Award. Il est en cours de traduction dans plusieurs pays. Jakob Guanzon vit aujourd’hui à New York.

La poésie des marchés de Anne Laure Delaye. Albin Michel . 💛💛

Que vous dire sur ce roman pour lequel je reste entre deux chaises ?En quatrième de couverture il est indiqué « A situation irrationnelle, solution irrationnelle « C’est bien le cas du roman d’Anne Laure Delaye. Il faut sûrement le prendre au quatriéme ou cinquième degré pour entrer dans cette irrationnalité.Mais à force de degré et d’irrationnalité , le propos perd de son acuité et ne défend plus la cause initiale.

Le pitch ( pour être dans le vocabulaire des personnages ) : Lucie, analyste financière chez Vega Energie maitrise les cours et la volatilité des marchés du gaz et de l’electricité.

En ce début 2022 , La Russie s’apprête à envahir l’Ukraine avec les conséquences que l’on connaît. Le monde peut-il s’effondrer ? Lucie a une prise de conscience et pour donner du sens elle souhaite développer un projet : La PPV ou Poésie Vibratoire du Vivant.

Idée audacieuse, novatrice. Pourquoi pas ?Un brun d’irrationnalité ne ferait pas de mal. Mais là , l’irrationnalité atteint des sommets entre un Sdf un peu perché , des collages et sculptures , un iguane du nom De Robert. le tout hébergé secrètement dans une pièce de l’entreprise.

Je vous fais grâce de l’écologie traité par dessus la jambe et des réunions et brainstorming sans queue ni têtes , ni des séances de saurothérapie à 150 E prodiguées par Lucie !

A force d’irrationnalité le propos dessert une réalité qui est effectivement , le coût de l’énergie , le réchauffement climatique ou encore la poésie et la pleine conscience.

Les derniers mots du roman : Ensuite on verrait bien.

En effet on verrait bien. Une fatalité qui fait qu’on est pas plus avancé.

Balle au centre.

L’odyssée de Sven de Nathaniel Ian Miller. Buchet – Chastel . 💛💛💛💛

L’odyssée de Sven est un premier roman qui tient toutes ses promesses. Il ne faut pas s’arrêter au titre et à la couverture du livre. Il ne s’agit pas seulement d’un roman d’aventure se déroulant dans le Grand Nord au Spitzberg.
Nathaniel Ian Miller s’est inspiré d’un véritable chasseur – trappeur dont on ne sait pas grand chose pour son histoire.
Sven est un jeune suédois vivant à Stockholm au début du 20éme siècle. Ce nouveau siècle synonyme de travail , de lutte des classes ne lui convient guère. Ses lectures lui ont fait découvrir Nansen, Amundsen, les explorateurs polaires.
Quittant Stockholm il décide d’assouvir cette passion en rejoignant le Spitzberg et en devenant mineur .
L’aventure géographique, exploratrice va devenir humaine.
A travers ces expériences Sven va découvrir en lui un besoin de solitude, de retrait de la famille, du monde mais aussi un besoin de retour à l’animal, à la nature.
Plus prenant encore un retour à la pierre, à la géologie. Dans ces contrées sauvages, dures et froides le minéral prend toute sa place.
Pour vivre ce chamboulement Sven va être accompagné de personnages profondément humains comme Tapio le trappeur, Charles McIntyre ou encore Eberhard le chien.
C’est avec cette palette de personnages que le roman est plus qu’un roman d’aventures.
Nathaniel Ian Miller nous met en présence de personnages atypiques, improbables. Dans une société dite civilisée, ces personnages n’auraient pas pignon sur rue. Ils feraient partie des déclassés, des laisser pour compte.
Ici, il porte l’histoire. Derrière les affres de la vie il n’y a qu’empathie, solidarité.
On se trouve bien dans ce Grand Nord ! Ce Grand Nord dans lequel Sven et Charles McIntyre n’oublient pas les bienfaits des livres et de l’amitié.
C’est aussi un roman de l intériorité, de la découverte de soi et de la redéfinition de la famille.
Sven était parti pour connaître la solitude. Il en reviendra plus social et ayant fait des émules.
L’odyssée porte bien son nom : un voyage rempli d’aventures singulières auquel Nathaniel Ian Miller donne un éclat particulier par son empathie et son humanité.
Les cabanes du Spitzberg doivent encore être empreintes de l’âme de Sven, Tapio, Helga, Charles ou Eberhard.


Nathaniel Ian Miller est éleveur de bétail dans le Vermont. En 2012, il a participé à la résidence Arctic Circle dans le Svalbard et a découvert la cabane de Sven. L’Odyssée de Sven est son premier roman.

Nathaniel IanMiller a écrit pour le Santa Fe Reporter , Durango Herald , Milwaukee Journal-Sentinel , Missoula Independent et Virginia Quarterly Review . Il est titulaire d’un BA de l’Amherst College et d’une maîtrise en écriture créative et d’une maîtrise en études environnementales de l’Université du Montana.
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