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L’Art de perdre d’Alice Zeniter. Flammarion 💛💛💛💛💛

L'Art de perdre par Zeniter

Quel livre magnifique que L’art de perdre d’Alice Zeniter.
A travers trois gĂ©nĂ©rations sont abordĂ©s avec justesse et profondeur les thĂšmes de la transmission, de l’identitĂ©, du langage,du pays, de l’immigration et de l’Ă©migration .
Sur trois gĂ©nĂ©rations nous allons suivre les turbulences d’une famille algĂ©rienne mais aussi Kabyle.
Nous sommes dans les annĂ©es 1950/1960 sur la crĂȘte d’un paysage Ă  quelques kilomĂštres de Palestro.
Sur cette crĂȘte 3 maisons qui accueillent la grande famille d’Ali.
Ali est un kabyle mais un français du fait de la colonisation de l’AlgĂ©rie Française.
Durant la deuxiĂšme guerre mondiale il a combattu pour la France dans l’Est mais aussi au Monte Cassini en Italie.
Il est revenu au pays comme un héros. Quelques kilos de médailles accrochés à la veste.
Avec Yema ils vivent une vie simple sur leur crĂȘte.
Les enfants arrivent rĂ©guliĂšrement mĂȘme si des fois ,l’un d’entre eux ne peut se raccrocher Ă  la vie.
Il descend rĂ©guliĂšrement Ă  Palestro oĂč il participe Ă  l’association des anciens des deux guerres mondiales.
Quand il descend Ă  Palestro,il entend le bruit du monde et les soubresauts d’une indĂ©pendance qui veut s’installer en AlgĂ©rie. Moudjahidin ou Fellaga. le choix n’est pas un choix. Il faut prendre position .
Ali voit les dégùts de la colonisation mais aussi du NFL
Pour protéger les siens il fait le choix de la France.
Il devient Harki.La force des mots!
Il doit quitter sa crĂȘte et sa Kabylie. Pour le FNL il est un traĂźtre au pays.
Avec sa famille il embarque pour la France et.. …les camps.
Hamid est l’un des fils d’Ali . Il avait 8 ans quand il a quittĂ© l’AlgĂ©rie au bord d’un ferry
Il a passĂ© son enfance de camp en camp dans le Sud de la France jusqu’Ă  ce que sa famille soit
autoriser Ă  s’installer dans un Hlm Ă  Flers dans l’Orne.
Dans 3 piĂšces et avec 9 enfants Ali et Yema vivent l’immigration et Hamid vit une intĂ©gration auprĂšs de ses copains français comme lui.
Le lien se distend entre Hamid et Ali. Ils ne parlent plus au propre comme au figurĂ© la mĂȘme langue.
L’arabe peu Ă  peu disparaĂźt pour Hamid.
Pour Ali la langue française reste interdite
Ali se mûre dans ses secrets et dans sa Kabylie.
La transmission est impossible. Hamid n’a pas de passĂ©.
Au tournant des Années 1970 / 1975 Hamid va partir vivre sur Paris et connaßtre sa future femme Clarisse.
Quatre filles viendront donner des petits enfants à Yema. Ali à déjà rejoint sa derniÚre demeure.
Naima est l’une de ces quatre filles
C’est elle qui est Ă  l’origine de ce livre.
L’AlgĂ©rie dont est originaire sa famille n’est qu’une toile de fond sans intĂ©rĂȘt
Pourtant les questions identitaires, les attentats de Charlie,du Bataclan,de Bruxelles la renvoie Ă  ses origines.
Mais ses origines sont insondables.
Son histoire familiale ne lui a jamais été raconté
A quoi peut elle et doit elle s’accrocher ?
A travers ses trois générations Alice Zeniter nous raconte,à distance sa propre réalité et nous donne à réfléchir sur le fond de la transmission.
Si il n’y a pas de transmission , tout se perd et la vision des choses est totalement dĂ©formĂ©e.
Pour Naima la reprĂ©sentation de l’AlgĂ©rie c’est le Hlm 3 piĂšces de Ali et Yema et non la rĂ©alitĂ© d’un pays.
Si il n’y a pas transmission de la langue de la culture tout se perd.
Mais est ce que la perte n’est pas un bien plutĂŽt que vivre dans des illusions .
Est ce que la perte ne permettrait elle pas d’ĂȘtre soi et de faire siens ses hĂ©ritages
Les descendants ont un travail Ă  faire Ă  fin de s’approprier leur histoire mais se l’approprier dans le temps prĂ©sent.
Ali et Hamid ne veulent ou ne peuvent pas parler de leur passĂ©, de l’ AlgĂ©rie .
C’est Ă  Naima de retrouver ce passĂ© dans la culture,dans l’histoire et d’en faire sa propre histoire.
Alice Zeniter emprunte à Elizabeth Bishop poétesse américaine les vers suivants:
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maĂźtre
Tant de choses semblent si pleines d’envie
D’ĂȘtre perdues que leur perte n’est pas un dĂ©sastre
Perds chaque jour quelque chose.L’affolement de perdre
Tes clĂ©s, accepte le,et l’heure gĂąchĂ©e qui suit.
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maĂźtre
Puis entraßne toi,va plus gite,il faut étendre
tes pertes :aux endroits,aux noms ,au lieu oĂč tu fis
Le projet d’aller. Rien lĂ  qui soit un dĂ©sastre.
J’ai perdu la montre de ma mĂšre. La derniĂšre
Ou l’avant derniĂšre de trois maisons aimĂ©es : partie !
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maĂźtre
J’ai perdu deux villes,de jolies villes. Et plus vastes
Des royaumes que j’avais,deux riviĂšres, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n’y eut pas lĂ  de dĂ©sastre.

Et quand Naima montrera une photo d’AlgĂ©rie Ă  Yema sur laquelle apparaĂźt
Une femme de sa famille avec ses bijoux
Yema dira : elle porte mal ses bijoux !
Pour le reste l’AlgĂ©rie le pays est perdu depuis longtemps.

Les RĂȘveurs d’Isabelle CarrĂ©. Grasset 💛💛

Les RÃÂȘveurs par Carré

Les rĂȘveurs est le premier roman de l’actrice Isabelle CarrĂ©.
Je reste sur une impression mitigĂ©e. Autant le dĂ©but du livre m’a interpellĂ©, questionnĂ© , autant dans la deuxiĂšme partie j’ai trouvĂ© cela long et un peu trop nombriliste.
Pour tout dire la lecture de la deuxiĂšme moitiĂ© du livre m’est apparu ennuyeuse et redondante.
Peut ĂȘtre est ce du au partie pris d’Isabelle Carré de ne pas avoir voulu faire un rĂ©cit chronologique.
On ne se perd pas dans le livre , mais les incessants allers retours dans la jeunesse de l’auteur enlĂšve le poids et la force d’un rĂ©cit autobiographique linĂ©aire.
Il est vrai que ces allers retours incessants font aussi entrevoir la difficulté de mettre des mots sur des souvenirs , des émotions.
Je n’ai pas rĂ©ussi Ă  aller derriĂšre le sourire et la discrĂ©tion d’Isabelle CarrĂ©.
En rĂ©alitĂ© telle qu’on la connait lors de ces interviews.
Dans cette autobiographie , elle nous dit bien que cela est son grand combat et que l’image qui est donnĂ©e d’elle n’est pas conforme.
Cela paraĂźt Ă©vident Ă  la lecture des souvenirs de sa vie familiale entre dĂ©pression, rĂ©vĂ©lation de l’homosexualitĂ© du pĂšre et tentative de suicide.
MalgrĂ© l’Ă©criture d’Isabelle Carré , la bande son du livre ( Quelle bonne idĂ©e !) ou encore les flashs des annĂ©es 1970/1980 je n’ai pas rĂ©ussi Ă  complĂštement entrer dans l’univers d’Isabelle CarrĂ©.
Les rĂȘveurs resteront Ă©thĂ©rĂ©s .

Ronce-Rose d’Eric Chevillard. Editions de Minuit 💛💛💛

 

Ronce-rose par Chevillard

PremiĂšre lecture d’un livre d’Eric Chevillard avec Ronce Rose. C’est un euphĂ©misme de dire qu’il est simple d’entrer dans l’univers du roman d’Eric Chevillard.
je n’ai rien lu de pareil jusqu’Ă  maintenant hormis peut ĂȘtre Alice au Pays des Merveilles.
Nous sommes au centre d’un univers d’enfant dans lequel Ronce Rose se dĂ©ploie. Elle mĂȘme narratrice du livre nous confie son carnet secret et toutes ses rĂ©flexions. Elle vit avec MĂąchefer et Bruce qui ont beaucoup Ă  faire auprĂšs des banques , des stations service et des commerces . Dans la maison d’en face , tel un Ă©chassier, un unijambiste pose question Ă  Ronce Rose. Dans un sureau quatre mĂ©sanges chantent leur vie. Sur le trottoir passe Scorbella la sorciĂšre.
VoilĂ  l’univers dans lequel nous entraĂźne Eric Chevillard.
Il faut se laisser emporter par le texte , les personnages et surtout par le regard sur le monde de cette petite fille. ce n’est jamais enfantin . Bien au contraire.
Le monde est poétiquement au niveau des yeux de Ronce Rose. Les tournures de phrases , les jeux de mots accentuent cette impression.
tout cela semble irrĂ©el, mais c’est le regard d’un enfant entourĂ© d’adulte.
Comme il est dit dans de nombreux articles sur ce livre, Eric Chevillard a voulu parler de la relation au pĂšre , de l’absence de la mĂšre et du chemin de vie d’un enfant.
La fin Ă©tonnante du livre me donne une autre lecture de ce roman. Quelque soit l’idĂ©e que l’on se fait de ce roman Ronce Rose , il s’agit d’un magnifique moment de lĂącher prise.

Le Lambeau de Philippe Lançon. Gallimard 💛💛💛💛💛

Le lambeau par Lançon

Se lancer dans la lecture de le lambeau de Philippe Lançon n’est pas un acte neutre. Nous voilĂ  plonger pendant 500 pages dans les 8 mois de la vie de Philippe Lançon suite Ă  l’attentat de Charlie Hebdo du 7 Janvier 2015.
Ces 500 pages nous empoignent, nous prennent aux tripes et nous laissent chamboulé aux bords de la nouvelle vie de Philippe Lançon.
Comme éditorialiste et chroniqueur, Philippe Lançon assistait à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.
Des bruits, des jambes noires , des hommes et des femmes qui tombent ,des corps, de la cervelle et du sang. Philippe Lançon est gravement blessé mais il est conscient. Récit glaçant de deux minutes de la vie des hommes.
Au tirs mĂ©thodiques et au cri Allah Ahkbar succĂšde le dĂ©compte des pompiers :un mort lĂ , un mort lĂ , un mort lĂ . …
Philippe Lançon Ă  eu le bas du visage emportĂ© par une balle d’arme de guerre.
Sa vie vient de basculer. le monde d’en bas n’est plus son monde.
Son nouveau monde a pour nom : hÎpital, opérations ,blocs,greffes souffrance ,morphine, cauchemar.
Mais aucune haine pour ses jambes noires qui ont fauché tant de vie.
Tous les chapitres qui constitue la suite du livre vont ĂȘtre une succession de combat pour la vie.
Philippe Lançon n’a aucune complaisance envers lui mĂȘme et ne verse pas dans un long lamento .Tout est digne , Ă©motionnellement fort.Que ce soit sa relation aux personnels hospitaliers, ou avec ChloĂ© sa chirurgienne , mais encore sa relation avec ces policiers qui veillent sur sa vie.
MalgrĂ© sa gueule arrachĂ©e et les tourments qu’il subit, il garde un oeil bienveillant et empathique pour ces personnels des hĂŽpitaux qui travaillent dans des conditions difficiles .
Rien nous sera caché sur toutes ces opérations et greffes afin que le lambeau ne fume pas et que les fistules se bouchent.
Moralement Ă©branlĂ©, Philippe Lançon l’est encore plus physiquement : un morceau de pĂ©ronĂ© pour remplacer la mĂąchoire manquante et un peu de la peau e la cuisse pour recouvrir ce pĂ©ronĂ© .
C’est rude, tout en rĂ©alisme mais sans une once de voyeurisme.
Philippe Lançon est au centre de lui mĂȘme et nous livre simplement son combat,
Un combat qu’il arrive Ă  adoucir avec les lectures de Proust, de Kafka ou encore la musique de Bach.
Des moments de lueurs et d’espoir avec ses parents , Gabriella sa compagne,mais qu’il est difficile de composer avec le monde d’en bas.
Comment ne pas voir dans cette gueule cassée les multiples gueules cassées de la premiÚre guerre mondiale cachées derriÚre leurs masques.
Lors d’une sortie de Philippe Lançon ,celui-ci se retrouve dans le mĂ©tro face Ă  un jeune arabe. Celui-ci sort un bonnet qu’il met sur sa tĂȘte. Moment de malaise pour Philippe Lançon qui met quelques personnes entre lui et ce jeune arabe au cas oĂč. Et puis par peur il quitte le mĂ©tro. Et de nous dire que la peur lui a fait honte !
Monsieur Lançon vous ĂȘtes un grand homme. Votre livre est extraordinairement poignant et humain
C’est cette humanitĂ© que nous devons appeler de nos vƓux :ouverte,tolĂ©rante et qui ouvre grand les yeux sur ce monde , d’en bas ou d’ailleurs

La bonne vie de Matthieu MĂ©gevand. Editions Flammarion 💛💛💛💛

La bonne vie par Mégevand

Quelle belle surprise que ce livre reçu dans le cadre d’une Masse Critique PrivilĂšge. Merci Ă  Babelio et aux Éditions Flammarion
En quelques 140 pages Mathieu Mégevand va nous brosser le portrait et La bonne vie de Roger Gilbert Lecomte.
PoÚte maudit ayant vécu entre 1907 et 1943.
Avant la lecture de ce livre j’Ă©tais complĂštement ignorant de la vie de Roger Gilbert le comte.
Et ce n’est pas le moindre intĂ©rĂȘt de ce livre .
Durant ce cours opuscule Mathieu Mégevand va nous entraßner dans vie déconstruire de Roger Gilbert Lecomte.
Tout est dĂ©construit, Ă  commencer par la page se situant aprĂšs la note de l’auteur. Juste deux mots sur la page mais quels mots ! : CrĂ©er- dĂ©truire.
La vie de Roger Gilbert le comte n’est faite que de cela : CrĂ©er pour se dĂ©truire . Les premiĂšres lignes du livre ne laissent pas de doute : « C’est trĂšs vite une histoire de destruction car la ville de Reims, aprĂšs quatre annĂ©es de guerre, est ravagĂ©e
Venant de Reims, Roger Philippe Lecomte avec ses amis RenĂ© Daumal, Roger Vailland et Robert Meyrat poursuivent une quĂȘte existentielle et poĂ©tique acharnĂ©e .
Cette quĂȘte commence Ă  Reims pour les quatre amis entre poĂšmes ,alcool, drogue et roulettes russes
Reims ne suffit plus Ă  leur crĂ©ation et Ă  leur destruction par l’alcool et la drogue.Robert Meyrat ne les suivra pas sur Paris
Paris et son quartier Montparnasse ,Paris et les surrĂ©alistes d’AndrĂ© Breton.
VoilĂ  un combat Ă  la hauteur des fondateurs de la revue le Grand Jeu.
Ces annĂ©es sur Paris ne seront qu’une descente aux enfers ,voulue et recherchĂ©e par Roger Gilbert Lecomte .
La force du livre de Mathieu Mégevand est dans cette description de la création qui détruit et qui rapproche de la liberté du poÚte.
Vraiment un trÚs beau livre qui donne à réfléchir sur ces années 1930,la création et le surréalisme .

Bella Ciao d’Eric Holder . Editions du Seuil 💛💛💛💛

Bella Ciao par Holder

Voilà comme toujours chez Eric Holder , un livre court avec une écriture fine , ciselée , directe.
Bella Ciao est un roman du renouveau.
Le narrateur , Ă©crivain de son Ă©tat est gangrenĂ© par l’alcool.
Au bout de tant d’annĂ©es Ă  subir cette descente aux enfers , sa femme MylĂ©na lui intime l’ordre de partir.
Notre homme alcoolique ,par la perte de son amour , envisage la noyade sur une plage du Médoc.
Suicide raté mais la possibilité de se raccrocher à une corde.
La corde a pour nom Franck qui lui donne un travail d’ouvrier agricole ,ou encore Mr et Me Robertson qui vont lui donner un toit ( une chambre ) dans leur villĂ©giature du MĂ©doc
Comme souvent dans les livres d’Eric Holder l’homme est Ă  la reconquĂȘte ou la dĂ©couverte d’une femme ( Bienvenue parmi nous – La belle n’a pas sommeil )
Dans Bella Ciao c’est la reconquĂȘte de MylĂšna .
Par des touches minimalistes comme toujours , Eric Holder va nous transporter dans ce MĂ©doc oĂč il vit , nous faire dĂ©couvrir le travail de la vigne mais aussi ces mots , ses couleurs , ses ambiances.
Ce MĂ©doc de petits villages oĂč le bistrot est le lieu central de vie.
c’est dans ce creuset que notre narrateur va se reconquĂ©rir se respecter avant de redĂ©couvrir sa femme et ses enfants.
un joli moment de lecture et une fin de roman laissant la porte à toutes les interprétations

Bienvenue parmi nous d’Eric Holder. Flammarion💛💛💛

Bienvenue parmi nous par Holder

Pour ces jours d’Ă©tĂ© suspendus entre chaleur et langueur pourquoi pas un roman d’Eric Holder.
Autant repartir un peu loin dans sa bibliographie , en 1998 avec Bienvenue parmi nous.
Roman minimaliste Ă  tous les Ă©tages : livre de 150 pages , Ă©criture ciselĂ©e d’Eric Holder , peu de mots pour dĂ©crire mais des mots justes qui parlent des ressentis , du cƓur de soi , des paysages.
En 150 pages Eric Holder nous trace un road trip émouvant.
Taillandier est un peintre reconnu qui ne produit plus rien depuis 7 ans.
Il vit dans une aisance matérielle , auprÚs de sa femme Alice pour laquelle son sentiment amoureux est vivace.
Mais Ă  62 ans , Taillandier est bougon , ronchon et en a marre de la vie.
La seule solution pour lui est de disparaĂźtre. Il organise un dernier repas d’anniversaire avec femme et enfants et dĂ©cide de partir par la route vers les Ardennes.
C’est sans compter Daniella , jeune fille perdue et larguĂ©e qui apparaĂźt dans sa vie par l’intermĂ©diaire de sa femme Alice.
Le road trip vers les Ardennes va prendre la forme d’une autre aventure : un pĂ©riple avec Daniella entre Bretagne et cĂŽte Atlantique.
PĂ©riple durant lequel Taillandier va se rĂ©vĂ©lait Ă  lui-mĂȘme.
Tout cela est écrit avec finesse , élégance et profondeur. Pas de miÚvrerie dans la rencontre entre Taillandier et Daniella.
150 pages ciselĂ©es pour nous dire la difficultĂ© de vivre d’un sexagĂ©naire ou d’une adolescente .
Cette difficulté qui est inhérente à tous et à chacun et dont le titre du roman Bienvenue parmi nous est tellement juste

Des femmes en noir d’Anne Isabelle Lacassagne. Editions du Rouerge 💛💛💛

 

Des femmes en noir par Lacassagne

Des femmes en noir est le premier roman d’Anne Isabelle Lacassagne. D’habitude elle Ă©crit des livres pour la jeunesse.
Cette fois-ci , elle s’est inspirĂ©e de son milieu professionnel. Travaillant dans un service diocĂ©sain , son premier roman a trait Ă  l’Eglise et plus particuliĂšrement a un prĂȘtre dans  une paroisse .
L’idĂ©e de dĂ©part est simple est en mĂȘme temps incongrue . Un prĂȘtre , la soixantaine , dĂ©nommĂ© AndrĂ© Foucher vient de dĂ©cĂ©der. Et lĂ  stupeur,on s’aperçoit que le prĂȘtre est une femme.
L’Eglise, le diocĂšse doivent faire face Ă  cette nouvelle.
Pour cela , une enquĂȘte est ouverte afin de pouvoir connaitre la vie antĂ©rieure du prĂȘtre AndrĂ© Foucher et pour savoir de quelle façon il a pu cacher cela Ă  ses paroissiens et Ă  la hiĂ©rarchie de l’Eglise
Les deux personnes nommĂ©es pour enquĂȘter sont un jeune prĂȘtre , Bernard-Marie et une laĂŻque , Charlotte , chanceliĂšre du diocĂšse.
Par l’intermĂ©diaire de ces deux personnages nous allons entrer dans le quotidien de la vie du prĂȘtre et d’une paroisse. C’est restituĂ© au plus prĂ©s et de façon tout Ă  fait rĂ©aliste.
Cette enquĂȘte va surtout emmener Bernard- Marie et Charlotte dans la vie antĂ©rieure d’AndrĂ© Foucher , dans laquelle se trouve la rĂ©ponse au fait de ce » prĂȘtre fĂ©minin ».Ce livre est aussi et surtout une rĂ©flexion sur la place de la femme d’en l’Eglise.
Malheureusement je trouve que livre n’approfondit pas la rĂ©flexion sur ce sujet , ni sur le positionnement doctrinal et thĂ©ologique de l ‘Eglise.
Peut ĂȘtre la faiblesse d’un premier roman , tout comme les situations opportunistes et faciles .( une semaine de vacances chez l’ancienne responsable d’une maison d’accueil – ou tous ces nonagĂ©naires qui ont une mĂ©moire extraordinaire sur des Ă©vĂ©nements vieux de 40 Ă  50 ans)
La lecture reste agréable et linéaire mais nous sommes dans un entre deux.

Les deux messieurs de Bruxelles d’Eric-Emmanuel Schmitt. Albin Michel 💛💛💛

Les deux messieurs de Bruxelles par Schmitt

Voici un recueil de 5 nouvelles rassemblĂ©es sous le titre de Les deux messieurs de Bruxelles. A la suite de ces cinq nouvelles, Eric-Emmanuel Schmitt a eu la judicieuse idĂ©e d’intĂ©grer son journal d’Ă©criture. Cela nous permet de comprendre le cheminement de l’Ă©crivain et de s’apercevoir que ces 5 nouvelles sont tenus par un fil invisible qui est l’ amour.
La trame de ces nouvelles comme l’Ă©crit Eric-Emmanuel Schmitt est la persistance des amours invisibles et des vies virtuelles qui composent le fond d’une vie rĂ©elle.
Cette trame se retrouvera pour nous parler d’un amour homosexuel, de l’amour pour un chien , de l’amour portĂ© au travers de maladies.
Comme toujours avec Eric-Emmanuel Schmitt, c’est Ă©crit avec dĂ©licatesse , Ă©lĂ©gance , ce qui n’empĂȘche pas la violence des situations.
Sous son aspect enlevĂ© et dĂ©licat pointe une rĂ©flexion profonde sur le couple , la fidĂ©litĂ© , les amours interdites et nos actions en tant qu’homme ou femme .
L’amour portĂ© Ă  un chien peut paraĂźtre dĂ©placĂ© alors que cet amour est un pardon portĂ© aux hommes.
Dans plusieurs de ces nouvelles il est question de ces vies virtuelles , de ces vies que l’on a pas amenĂ© au rĂ©el. La rĂ©flexion se fait plus profonde , humaine et Ă©motionnelle et comme le dit Eric- Emmanuel Schmitt dans son journal d’Ă©criture : « Qu’est ce qu’une vie qui vaut la peine d’ĂȘtre vĂ©cue ? A cette question, il y a autant de rĂ©ponses que d’individu sur terre. Je n’admettrai jamais que quelqu’un en dĂ©cide pour moi ou pour les autres  »
En synthĂšse ces cinq nouvelles sous couvert d’amours invisibles , nous emmĂšne sur les chemins de la tolĂ©rance , de l’ouverture . Vaste et beau programme.

Tiens Ferme ta couronne de Yannick Haenel. Gallimard 💛

Tiens ferme ta couronne par Haenel

Je viens de terminer la lecture de Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel. Et bien je pense que ma critique sera aussi foutraque et déjanté que ce livre.
A la fin de la lecture de Tiens ferme ta couronne , je suis circonspect,interrogatif par rapport Ă  cette lecture. Il m’a fallu de la persistance pour aller au bout des 330 pages de ce livre. Pendant toute la lecture, je suis restĂ© sur le chemin Ă  cĂŽtĂ© du narrateur. A aucun moment je n’ai pu ressentir une Ă©motion ou tout au moins la possibilitĂ© de me raccrocher Ă  son histoire.
Peut ĂȘtre est ce dĂ» au fait que c’Ă©tait le premier livre de Yannick Haenelque je lisais.
Suite Ă  cette lecture , j’ai lu des interviews , j’ai regardĂ© des Ă©missions Tv oĂč Ă©tait prĂ©sent Yannick Haenel. J’ai lu des critiques du livre dans des journaux spĂ©cialisĂ©s. J’ai lu aussi des critiques des membres de BabĂ©lio.
Autant les critiques des journaux spécialisés sont largement positives , autant les critiques dans Babélio sont franchement partagées.
Pourtant ce livre était dans la derniÚre ligne droite du Goncourt et il a obtenu le prix Médicis.
Il doit bien y avoir quelque chose.
Malheureusement avec moi , il n’a pas trouvĂ© son lecteur.
d’abord il aurait peut ĂȘtre fallu que je connaisse l’oeuvre de Yannick Haenel, sachant que son narrateur est un personnage rĂ©current.
Dans Tiens ferme ta couronne il s’appelle Jean ( une seule mention dans tous le livre ). C’est par la lecture des articles de presse que ce Jean avait un nom depuis 2007 : Jean Deichel. Deichel comme dĂšche – dĂ©chu- dĂ©chet.
Jean est un loser qui vit dans un 20m2 dans le 20Úme à Paris. Il est écrivain de son état et a une obsession : faire lire accepter son scénario de 800 pages qui parle de Melville le créateur de Moby Dick.
Il va ĂȘtre mis en relation avec Michael Cimino , grand cinĂ©aste amĂ©ricain auteur de 2 chefs d’oeuvre : Voyage au bout de l’Enfer et La porte du Paradis.
Voila le point de dĂ©part de la quĂȘte ou du road movie de Jean le narrateur.
A partir delà et de façon aléatoire il va croiser effectivement Michael Cimino mais aussi Isabelle Huppert ou encore un chef de rang trÚs macronien. Il va déambuler dans Paris avec un dalmatien du nom de Sabbat. Ce dalmatien appartenant à un joueur de poker du nom de Tot. Il va aussi rencontrer une jeune femme Lena qui est conversatrice du Musée de la Chasse.
Entre obsession et addiction notre notre narrateur adore la vodka, les alcools Ă  haute dose.
Il a aussi une addiction pour le film de Coppola : Apocalypse Now. le Dvd de ce film tournant en continu dans son petit appartement.
Ce road movie trÚs cinématographique va tourner autour des 2 films importants de Michael Cimino et de celui de Coppola.
Pour Yannick Haenel c’est la quĂȘte de la vĂ©ritĂ© et du point indemne que l’on a prĂšs du coeur.
Seul un loser , vivant hors du monde sociĂ©tal est Ă  mĂȘme de traquer et de trouver cette vĂ©ritĂ©.
Cette vĂ©ritĂ© que l’on trouve dans le cerveau mystiquement alvĂ©olĂ© de Melville et sĂ»rement dans celui de Cimino ou Coppola.
et puis dans ce roman foutraque il y a Proust dont le titre du roman est empruntĂ© Ă  l’un de ces livres , il y a le tableau du Cavalier de Rembrandt Ă  la collection Frick Ă  New york , il y a le retable d’Issenheim Ă  Colmar devant lequel se dĂ©roule des obsĂšques irrĂ©elles.
Et puis il y a le cerf , celui que l’on trouve dans le film « Voyage au bout de l’Enfer ». D’ailleurs le titre du Film en anglais est The Deer ‘s Hunter – la chasse au cerf.
Ce cerf qui sera épargné à un moment du film et qui lui aussi Tiens ferme sa couronne ( ses bois)
Voilà , je suis resté au bord de ce livre , trop plein , trop vide.
La pensĂ©e de Yannick Haenel doit ĂȘtre elle aussi mystiquement alvĂ©olĂ©.
A premĂšre vue , je n’ai pas su entrer dans les alvĂ©oles et dans ce cas lĂ  il est de bon ton de dire : Tiens ferme le livre !