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Marcher à Kerguelen. François Garde.Gallimard 💛💛💛💛

Marcher à Kerguelen par Garde

 

François Garde a été administrateur de l’une des Terres Australes et Antarctique sFrançaises (TAAF) durant les années 2000. il avait l’administration des Iles Kerguelen dans l’Océan Indien à 2 000 km du Continent Antarctique. Durant son mandat il vint une dizaine de fois sur les Iles Kerguelen. Il lui restera une nostalgie pour ces Iles du Bout du Monde.
Scan_20170127_100613 C’est tout naturellement qu’il reviendra sur Kerguelen pour un trek de 24 jours.
Pour cela il sera accompagné de Mika alpiniste et photographe , de Bertrand ancien officier de marine et photographe et de Fred alpiniste et patron de l’unité de haute montagne de Chamonix.
A quatre avec 25 kgs chacun sur le dos ils vont traverser Kerguelen du Nord à l’Ouest et au sud.
Mika et Bertrand vont relater cette marche à travers leur site photos.
Pour Mika sur Latitudes Nord et sur Flickr
Pour Bertrand sur son blog http://www.linstantinne.com/
François Garde lui va tenir un journal de cette longue marche jour après jour.
Marcher à Kerguelen nous relate ce journal
C’est un journal simple , plein d’humilité mais ô combien représentatif de cette marche et de l’état d’esprit de ces quatre marcheurs.
Il faut dire qu’il y a besoin d’une grande humilité devant Kerguelen.
Île battue continuellement par le vent et non les vents.
Île aux mille lacs , rivières et cascades
Iles aux souilles , aux falaises de basalte
Iles de la pluie et de la neige.

 


Et François Garde de nous raconter cette marche en reprenant régulièrement cette litanie : vent – neige -pluie- humidité-col-falaise – souille….
Cela aurait pu être répétitif. Sachant que toute les pages François Gardenous abreuve des noms des lieux qu’il traverse. Par-ici la Baie de L’oiseau, ou le lac de Rochegude. un peu plus loin le couloir Mangin ou le Val du Retour. Et puis encore des noms sortis de nulle part :le fjord des Portes Noires, la baie de Chimay, la vallée de la Mouche, la cabane Mortadelle, ou encore la péninsule Raillier du Baty sans oublier le Grand Rempart , le Petit et le Grand Ross.
Et bien au contraire cette énumération de vaux, de cabanes , de lacs , de montagnes, de fjords nous emmène dans la marche et dans l’intérieur de Kerguelen.
Bien que les hommes aient eu besoin de nommer pour se reconnaître , pour prendre la propriété des Iles Kerguelen , celles -ci restent un territoire inhabité , à découvrir et hostile à la vie humaine.
Cette longue marche confronte ces quatre hommes à cette réalité.
La vie humaine ne s’installe pas sur Kerguelen hormis la base scientifique de Port aux Français.
A l’inverse la vie naturelle explose : l’eau , le ciel, les nuages , les éléphants de mer, les manchots royaux, les pingouins gorfou, mais aussi les pétrels ,les skuas, les goélands .
Des tentatives d’implantation des hommes il reste des rennes , des chats de rats. Ceux ci conquièrent l’intérieur des terres de Kerguelen alors que la faune originelle reste sur les plages et au abords de l’Océan car c’est là qu’il y a la vie.

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Et puis il y a ces paysages que nous imaginons : Ces falaises de basaltes ruisselantes d’eau dans lequel le vent vient s’engouffrer. Ces longues vallées souilleuses et spongieuses , le vert tentant d’éliminer le gris. Ce ciel bas avec dans la brume les langues glacières.
Dans son journal François Garde nous raconte tout cela , mais il nous raconte bien plus .
Il nous raconte la marche. Il nous raconte le vent , le vent de l’Esprit. Il nous raconte nos rêves.
Extrait page 233 : « Les trésors de Kerguelen ne sont ni monétisables ni exploitables. cette île n’a jamais enrichi personne. Tout ce que la nature donne à profusion reste sur place. Un seul produit d’exportation : le rêve -le rêve décliné n souvenirs, en désirs, en timbres, en nostalgies, en images, en contemplations. de ce fret là, je me revendique négociant. »
C’est un beau livre sur la recherche de nos rêves mais aussi sur la recherche de soi.
A la fin de la lecture , se confronter au photos de Mika ou de Bertrand donne une autre couleur à ce journal. Les couleurs sombres qui dominent durant la lecture prennent un éclat extraordinaire.
Ventus est vita mea
C’est inscrit sur la Chapelle Notre Dame du Vent à Port aux Français.
Le Vent est ma vie.
« il faut le silence des vents au dehors pour être attentif et présent au Vent de l’Esprit « François Garde.

L’univers à portée de main. Christophe Galfard. Flammarion 💛💛💛💛💛

L'Univers à portée de main par Galfard

Il n,est jamais trop tard pour lire un livre. Celui de Christophe Galfard est sorti il y a deux ans. Mais dans le cadre de l’émission La grande Librairie de Novembre il était invité avec Hubert Reeves et Jean Claude Carrière. Et de disserter sur l’Univers , la nuit et les mondes parallèles. Christophe Galfard jeune astrophysicien travaillant avec Stephen Hauwking , excuser du peu ,
nous reparle de son livre sorti il y a deux ans . et là le discours est simple , compréhensible , sérieux et humoristique. L’univers à portée de main !
Dés le lendemain je me procure le livre et me jette comme un mort de faim dans la découverte de l’univers.
et dès les premières pages je retrouve ce discours simple, vulgarisateur .
En 400 pages nous apprendrons tout du plus grand au plus petit . le coup de génie de Christophe Galfard est de faire de livre un roadmovie où nous sommes tour à tour esprit , mini-moi , à califourchon sur un proton ou encore sur une plage des tropiques à admirer le ciel et les étoiles. Nous voyageons dans le Système solaire jusqu’au confins de l’Univers à 13.8 Milliards d’années.
A la sortie de ce livre , nous sommes heureux de pouvoir partager tant de connaissances et de remercier Christophe Galfard de nous avoir donner du temps et de la compréhension.
Quel bonheur de voyager avec Newton , Einstein , Higgs , Planck et tous ces prix Nobel du 20ème siécle.
Quel griserie que de voyager de Soleil en Voie Lactée et Trou Noir.
Et que dire de l’infiniment petit , la danse des électrons , des quarks mais aussi des gluons !
Bien sûr il arrive que cela soit ardu mais une deuxième lecture de quelques pages et c’est reparti.
Et puis Chistophe Galfard nous accompagne , nous prends par la main. Il a la bonne idée de toujours synthétiser ces avancées au bout d’une vingtaine de pages .Cela évite de ce perdre.
Il y aurait de quoi avec la gravitation , l’espace-temps , La courbure de l’univers ,l’électrofaible ,a physique quantique mais aussi les branes , la théorie des cordes et les univers bulles.
Mais non c’est un voyage de culture et de vulgarisation. Et puis nous sommes avec la grande tante de Sydney et ces vases !
Je ne regarderais plus le ciel de la même façon ni même ces petites poussières que l’on voit briller dans le soleil.
Merci Monsieur Christophe Galfard

Signe de vie . J.R. dos Santos . Edition HC 💛💛💛

Signe de vie par Rodrigues dos Santos

Pour commencer cette critique je vais reprendre des passages d’un article du journal le Point. Celui-ci me semble bien résumer mon premier ressenti par rapport à ce livre.
Extrait du Point :
« Interroger le réel, vérifier les faits, garantir les sources, chercher l’exclusivité. le credo des bons journalistes, l’écrivain José Rodrigues dos Santos le connait par coeur…. Curiosité,soif d’aventure, goût de l’enquête et du scoop : de ses qualités journalistiques, J.R. dos Santos a fait la clé du sucés de ses page-turner, mêlant secrets d’actualité et grandes énigmes….
Autre clé du succès : chaque thriller de J.R. dos Santos repose sur un attachement exigeant à la véracité des faits. Si l’auteur met en oeuvre une imagination fertile, ses aventures ont pour caractéristiques de se dérouler exclusivement dans le domaine du possible…. Un univers littéraire sous haute tension et des thrillers aux sources 100% garanties et totalement exclusives : de quoi faire le plein d’adrénaline , entre énigmes historiques et actualité brûlante. »
Signe de Vie , le dernier roman de J.R. dos Santos répond totalement à l’article du Point.
Nous sommes devant un pavé de 700 pages reprenant les données indiquées par le Journal le Point.
Le point de départ : La réception d’un signal extra-terrestre en 1977 provenant de Tau Sagittarii, une étoile 16 fois plus grande que le soleil.
Ce message a été transmis sur la bande 1.42 GHZ à 1.64 GHZ. C’est la bande
de l’hydrogène et le début du trou d’eau ou waterhole. Cette bande de réception se situe entre l’hydroxyle et l’hydrogène soit H2O : l’eau.
De plus dans ce signal reçu en 1977 , si l’on considère les canaux de réception le modèle formé semble correspondre à celui de la série de Lyman. La série de Lyman intègre des nombres quantiques , incluant le plus bas niveau d,énergie de l’électron.
Ce signal est appelé « signal wow ! » et veut montrer aux récepteurs potentiels du message que l’émetteur a des connaissances en physique quantique, en mathématiques et en astrophysique.
Deuxième point de départ : de nos jours les radio télescopes détectent un nouveau signal venant de Tau Sagittarii. Toujours sur le Canal 1.42 GHZ. Il s’agit d’un « vaisseau spatial » qui traverse L Univers et devrait tangenter la Terre à environ 500 klms. Ce vaisseau s’appelle Phanès.
Les différentes autorités spatiales du monde ainsi que l’Onu et le Vatican décide de mettre en place une expédition spatiale en direction de Phanès. Cette mission partira de Cap Kennedy en Floride à bord d’une navette Atlantis. La mission sera composée de 6 personnes : 2 Astronautes américain et canadien qui piloteront la navette mais aussi d’un représentant de l’agence spatiale chinoise , d’un professeur américain d’astrophysique, d’une professeure hongroise d’astrobiologie et enfin de Tomas Noronha cryptoanalyste portugais , qui est le héros récurrent des livres de J.R. dos Santos.
Le vaisseau spatial Phanès doit tangenter le Terre dans 17 jours.
Les 6 personnes de la mission ont ce délai afin de se préparer au départ et à la rencontre avec Phanès
Voici globalement le pitch de ce trhiller.
Comme tous les bons écrivains de thriller ( Dan Brown – Jean Christophe Grangé) J.R.dos Santos découpe son roman en très courts chapitres dans lesquels une une information nouvelle est distillée à la fin de ceux-ci.
mais le roman de J.R. dos Santos n’est pas qu’un thriller.
c’est surtout un roman documentaire qui nous entraîne au coeur des mathématiques , de la biologie , de la physique quantique mais aussi au coeur de Cap Kennedy ou encore de la navette Atlantis.
ces longs passages documentaires , parfois ardu , ne font pas perdre le fil du thriller.
Qui aurait pu penser que Pi , le nombre d’or ou encore la suite de Fibonnaci puissent être les éléments moteur d’un thriller qui s’interroge sur la naissance de l’univers et de la vie.
L’univers a t il une intentionnalité ?
La Vie est elle intelligente et consciente? La vie est elle un hasard ?
Qu’en est il de l’évolution , du darwinisme , de la postbiologie ?
Et pendant que nous réfléchissons à toutes ces questions , la préparation de la navette puis son vol vers Phanès se prépare.
Le thriller nous portera de surprises en événements plus ou moins tragiques jusqu’au dénouement étonnant et original.
A la sortie de la lecture de Signe de vie il me reste un très bon moment de lecture mais aussi des interrogations quand au choix de mélanger thriller et documentation physique, spatiale, mathématique et biologique.
C’est le premier roman de J.R dos Santos que je lis. Peut être en est ce la raison.
Il m’est apparu en certaines occasions dans le livre que cette accumulation d’informations scientifiques donnait une impression de « placage ».
De même vu le niveau important et pointu des informations données qui sont vraies et vérifiable , le scénario du roman m’a donné une impression irréaliste.
comment croire qu’en 15 jours à peine ,Tomas Naranho cryptoanalyste de son état va être capable de conduire un vehicule extra orbital ou encore être en mesure de réparer des tuiles manquantes sur la navette Atlantis.
De même pour la rencontre avec Phanès.
ce côté un peu irréaliste du roman ( tout comme les interventions du Vatican) a donc légèrement terni l’intérêt que j’ai porté au livre car il n’est pas à la hauteur du niveau documentaire du roman
Pour ceux qui sont interéssés par les sujets portant sur l’univers , la vie extra terrestre , je leur conseille de lire : L’univers à portée de main de l’astrophysicien Christophe Gard. Un grand livre de vulgarisation à travers un roadtrip dans l’univers.
Enfin plus humoristique mais néanmoins vrai je vous conseille le spectacle ( maintenant en DVD) d’Alexandre Astier : L’exoconfèrence.

Couleurs de l’incendie. Pierre Lemaitre. Albin Michel 💛💛💛💛

 

Couleurs de l'incendie par Lemaitre

Mes aïeux ! Quel livre !
Quel plaisir de se trouver au milieu des personnages de Pierre Lemaitre.
Celui ci est digne de Dumas et des meilleurs feuilletonistes de la fin du 19 ème siècle et du début du 20 ème siècle.
Autant Au revoir là-haut pouvait être dur , noir comme cette Grande Guerre qui sous tendait le livre , autant Couleurs de l’incendie est virevoltant , cynique , caustique et humoristique.
Attention la lecture de ce livre est addictive.On retrouve là toute la science que Pierre Lemaitre insuffle à ces polars.
Nous sommes en 1927. Marcel Péricourt , père d’Edouard l’un des protagonistes de Au revoir là-haut est décédé.
Le Tout Paris assiste aux obsèques de ce banquier à la tête d’un empire financier.
Derrière le cercueil , on retrouve Madeleine sa fille et Paul son petit fils ainsi que Charles Péricourt son frère.
Dans les intimes il y a encore Hortense , la femme de Charles ,Gustave Joubert le fondé de pouvoir de la banque Péricourt , Léonce Picard ,femme de chambre , André Delcourt précepteur de Paul .
Un événement cruel et tragique durant les obsèques va disloquer ce bel agencement et va placer certains sur le chemin de la cupidité , de la trahison ou d’autres sur le chemin de la ruine et du déclassement.
A partir de là Pierre Lemaitre va orchestrer avec maestria une histoire à la Dumas comme dans le Comte de Monte Cristo. Vengeance , déguisements , usurpation d’identité se mêlent les uns aux autres tout au long des chapitres du roman.
Ces chapitres qui baignent dans l’histoire de France des années 1920 / 1930.
Nous sommes au coeur de la crise de 1929 , au coeur du capitalisme mais aussi de la montée en puissance du communisme et du facisme.
Pierre Lemaitre se sert à merveille de cette Histoire de France pour faire vivre les complots et les vengeances de ces personnages. C’est caustique , cynique .C’est haut en couleur comme Solange Gallinato cette diva obèse et couverte de tulle dont le chant à capella mets le monde à ses pieds.c’est truculent comme cette nurse polonaise , Vladi qui irradie de vie. C’est beau élégant comme cette Léonce Picard dont la beauté n’a pas de limite ; cette beauté qui peut mener son petit monde où elle veut.
A la fin du livre Pierre Lemaitre met en perspective les différentes vies à venir de ces personnages et de ce fait les sort partiellement et totalement d’une suite
Sachant que Couleurs de l’incendie fait partie d’une trilogie commencée avec Au revoir là-haut , j’ai hâte de connaître la fin de cette trilogie.
En synthèse la lecture de Couleurs de l’incendie permet un grand et bon moment de lecture , pas prise de tête, mais de grande qualité et de respect de son lecteur.
Que demander de plus ?

Pactum Salis d’Olivier Bourdeaut. Editions Finitude 💛💛💛

Pactum salis par Bourdeaut

Dire que le deuxième roman d’Olivier Bourdeaut était attendu est un euphémisme.
Dire qu’il allait déchainer les critiques sur Babélio s’est une réalité.
Autant de pour que de contre
Autant de déceptions et que de lecteurs heureux ou même conquis.
Je fais partie des lecteurs heureux.
J’ai passé un agréable moment dans la presqu’île de Guérande avec Jean , Michel et les marais salants.
Evidemment ce deuxième roman d’Olivier Bourdeaut est très loin de l’ambiance d’En attendant Bojangles
Evidemment qu’il faut se défaire des émotions et des sentiments dont nous enveloppé les personnages d’En attendant Bojangles.
Je souscris à certaines critiques qui sont formulées .
Oui , on peut ressentir qu’Olivier Bourdeaut s’écoute écrire.
Oui on peut ne pas aimer l’emploi de nombreux adjectifs
Oui on peut trouver la rencontre des personnages peu réaliste.
Lors de la lecture du premier tiers du livre j’étais un peu dans cet état d’esprit et puis comme on dit prosaïquement la mayonnaise à prise.
Je n’ai pu levé les yeux du livre et je l’ai lu d’une traite avec une sensation haletante.
Avec le recul l’emploi des adjectifs , le coté peu réaliste de la rencontre des 2 personnages et l’impression qu’Olivier Bourdeaut s’écoute parler se sont évanouis.
Je retiens de ce livre une violence dans la rencontre de deux personnages : une violence qui peut aussi être appelée force et on parle d’amitié , une violence qui peut aussi être une destruction et une haine. Destruction par l’alcool, haine de l’autre et misanthropie pour Jean ou encore haine de soi et de ce que l’on est pour Jean et Michel
La rencontre incongrue de ces deux personnages les révèle à eux mêmes . Sans cette rencontre Jean et Michel seraient ils les mêmes ?
Et puis je retiens aussi de ce livre la description des marais salants ,du métier de paludier et des lumières océaniques.
Olivier Bourdeaut a une belle facilité pour décrire des paysages sombres ou ensoleillées.
Enfin je trouve que son écriture sait faire preuve de dérision et d’auto dérision.
Dans ces dialogues entre Jean et Michel j’ai l’impression de voir de jeunes coqs voulant dominer l’autre et le monde par des considérations grotesques , déplacées et d’une grande immaturité.
et c’est cette immaturité qui se transforme tout au long du roman. malgré leurs égo , leurs misanthropies leurs violences ils deviennent plus humains.
En synthèse une belle lecture au milieu des marais salants de Guérande avec des personnages de roman tellement humains et en définitif un petit côté thriller qui donne à réfléchir sur l’amitié et comment on peut s’en servir ou non.

En attendant Bojangles. Olivier Bourdeaut. Editions Finitude 💛💛💛💛

En attendant Bojangles par Bourdeaut

Il n’est jamais trop tard pour livre un livre….
En attendant Bojangles fait partie de ceci. J’avais entendu parler de ce premier roman ayant eu des prix, un tapage médiatique. de ce fait une petite méfiance me tenait à l’écart de cet ouvrage.
Et puis il y a quinze jours Olivier Bourdeaut était présent à La Grande Librairie pour présenter son deuxième roman Pactum Salis.
Et là , l’auteur m’a donné envie de rentrer dans son monde. Donc autant commencer par En Attendant Bojangles.
Direction la Médiathèque , le livre était disponible. Je n’avais pas le souvenir d’un roman si court.
Tout a été dit sur ce roman : l’histoire racontée par l’enfant avec des retours au journal du père George afin de recadrer nos sentiments et émotions , la Maman dont le prénom change au maximum tous les deux jours , Mademoiselle Superfatoire , animal de compagnie on ne peut plus étrange et puis en musique de fond ,la voix lancinante de Nina Simonenous chantant Mister Bojangles.
Ce qui m’a touché c’est le regard de l’enfant et son interprétation des événements. Comment un enfant entrevoit l’amour , la folie mais aussi le monde qui l’entoure. Comment interprète-t il tous les déménagements intérieurs de sa mère.
Ce qui m’ a ému c’est la passion absolue que se voue deux personnes et cette passion va être transcendée par les événements et la maladie.
Tout peut paraître loufoque avec l’échiquier géant , la tonne de courrier non lu et Mademoiselle Superfétatoire.
Mais il faut bien faire vivre cette folie si on ne veut pas se perdre.
Vu par l’enfant cela donne une vie légère , insouciante détachée des normes.
Vue par George et sa femme aux milles prénoms ne pas se perdre c’est vivre cette folie. George était loufoque ,déjanté et il a trouvé « mieux ». Il a trouvé plus fou que lui.
Et c’est avec cette folie qu’il vont construire la réalité de leur vie et non des châteaux en Espagne
Olivier Bourdeaut nous régale par son style , par sa finesse d’écriture et sa facilité à nous montrer la folie que ce soit à travers un enfant ou des adultes.
Chapeau Bas !

Etretat . Extrait Chroniques littéraires de Guy de Maupassant.Le Gaulois. 20 août 1880

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Quand , sur une plage pleine de soleil ,la vague rapide roule les fins galets, un bruit charmant, sec comme le déchirement d’une toile, joyeux comme un rire et cadencé, court par toute la longueur de la rive, voltige au bord de l’écume, semble danser, s’arrête une seconde, puis recommence avec chaque retour du flot . Ce petit nom d’Etretat, nerveux et sautillant, sonore et gai, ne semble-t-il pas né de ce bruit de galets roulés par les vagues ?

La plage dont la beauté célèbre a été si souvent illustrée par les peintres,semble un décor de féerie avec ses deux merveilleuses déchirures de falaises qu’on nomme les Portes. Elle s’étend  en amphithéâtre régulier dont le Casino occupe le centre; et le village, une poignée de maisons plantées dans tous les sens, tournant leurs faces de tous les côtés, maniérées, irrégulières et drôles, paraît jeté du ciel par la main de quelque semeur et avoir pris racine au hasard de la chute . Poussé aux bords des flots, il ferme l’extrémité d’une adorable vallée aux lointains ondoyants et dont les collines, de chaque côté, sont criblées de chalets disparaissant sous les arbres de leurs jardins.

Aux environs, de petits vallons sans nombre, des ravins sauvages pleins de bruyères et d’ajoncs s’étendent dans tous les sens; et souvent, au détour d’un sentier, on aperçoit là-bas, dans une échancrure profonde, la vaste mer bleue, éclatante de lumière, avec une voile blanche à l’horizon.

On marche dans la senteur des côtes marines, fouetté par l’air léger du large, l’esprit perdu, le corps heureux de toutes ces sensations fraîches, quand des rires vous font tourner la tête; et des femmes élégantes, à la taille mince,  au grand chapeau de paille tombant sur les yeux, semant dans la brise saine leurs parfums troublants de Parisienne, passent, joyeuses, à vos côtés.

Extraits des Chroniques littéraires de Guy de Maupassant . 1880

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Falaise des Fous de Patrick Grainville. Seuil 💛💛💛💛

Falaise des fous par Grainville

Le titre du livre de Patrick Grainville Falaise des Fous à 2 F. On pourrait lui en rajoutait un : Foisonnant.
Il y a des hasards qui n’en sont pas .
il était prévu depuis quelques semaines d’emmener nos petits enfants à Etretat pendant les vacances de Pâques et voilà que sort en librairie le livre de Patrick Grainville.
J’ai donc commencé à lire ce livre aux abords des falaises d’Etretat. Evidemment que cela donne une autre ampleur à la lecture du roman de Patrick Grainville.
Se balader sur les falaises d’Aval et d’Amont , déambuler le long de la plage de galets et du Perrey mais aussi le long de toutes ces villas du début du XXème siécle , en ayant en tête les paragraphes écrits par Patrick Grainville.


Mais aussi être au pied de la valleuse de Jombourg , devant la Manneporte et la falaise d’Aval , au soleil et imaginer Claude Monet installant son chevalet au milieu des galets.
Tout cela est un plus dans la lecture de ce livre foisonnant.
Sur 60 ans , de 1867 à 1927 le narrateur de la Falaise des fous , Charles Guillemet va nous faire vivre cette période où lui pêcheur d’Etretat au gré de sa vie va voir vivre Claude Monet , Courbet mais aussi Guy de Maupassant.
Et à partir de là , le livre devient foisonnant. Nous sommes au milieu de la naissance de l’impressionnisme,. Nous sommes à Etretat , à Honfleur , au Havre , à Rouen ,à Paris ou encore à Giverny. Nous sommes au sein des tableaux de Monet ,de Courbet ,de Daubigny ,de Pissaro ,de Manet de Degas.
Mais nous sommes aussi de plein pied dans l’histoire de cette fin de 19ème siècle : La guerre de 1870 , la Commune , l’Affaire Dreyfus puis le début du 20éme siècle et la course vers la 1ère guerre mondiale
Les pages sur la 1ère guerre mondiale sont d’une force inouie.
Ce livre étant tellement foisonnant qu’ il est difficile d’en faire une synthèse simple.
Ce qui ressort à la fin de la lecture de ce livre , c’est l’extraordinaire vie artistique de la Normandie dans les années 1860/1900 , ce maelstrom de peintres , d’écrivain mais aussi d’art lyrique.
Ce livre donne envie d’aller au Musée d’Orsay et de se repasser en boucle les tableaux de Monet -Degas – Manet – Pissaro ou Derain
Je viens de finir la lecture de la Falaise des Fous loin d’Etretat , au pied des montagnes de l’Isère.


Me reste en image les couleurs dorées du soir sur la falaise d’Aval mais aussi sur la grève de la Manneporte.
Me reste en image l’estuaire de la Seine et la majesté de ce fleuve.
Mais il me restera surtout cette fresque historique que Patrick Grainville a mené de main de maître.
La falaise des fous se termine en 1927
Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre commence en 1927
Ce sera la prochaine lecture dans la continuité historique.

A contre-courant d’Antoine Choplin. Paulsen 💛💛💛

À contre-courant par Choplin

Je ne connaissais pas Antoine Choplin. Il a fallu une Masse Critique de Babelio pour que je découvre ce livre dans la liste proposée. Vivant en Isère je ne pouvais qu’être intéressée et intrigué par l’idée de remonter l’Isère depuis sa confluence avec le Rhône jusqu’à sa source dans les glaciers de la Vanoise.
N’ayant pas reçu ce livre dans le cadre de la Masse Critique , je me le procurais et entamé la lecture de ce livre original.
Livre original dans sa forme avec cette remontée de l’Isère faite aux quatre saisons d’une année en suivant au plus prés possible les chemins de halage.
Antoine Choplin vit en Isére dans le Grésivaudan et cette marche déambulation est un retour aux sources.
Nous ne sommes pas dans un livre sur la randonnée et l’introspection. Il s’agit plus de bulles de 3 à 4 jours de marche sur un terrain connu d’Antoine Choplin. C’est une autre façon de voir de découvrir la région dans laquelle on vit , on travaille.
Chaque bulle de 3 jours correspond à une saison et à un tronçon de l’Isère à contre courant.
Et dans chacune de ses bulles Antoine Choplin se découvre et nous interroge sur l’écriture mais aussi sur l’industrialisation ou encore le tourisme.
Et pendant toutes les pages de cette déambulation , nous sommes heureux de marcher aux cotés d’Antoine Choplin et de ces compagnons de voyage ou de soirées.
Il nous donne à vivre une partie de son intimité . Quel plaisir de l’entendre parler du festival des Arpenteurs et des scènes obliques. Festival qui a lieu en Juillet aux Adrets dans le Massif de Belledonne en Isére.
Un festival qui veut parler de littérature de musique dans des lieux de montagne , éloignés tout en profitant de randonnées et de paysages magnifiques
Ce livre est un joli moment dans le temps et hors du temps.
Il m’a donné envie de repartir sur les chemins de halages de l’Isère vers La Sône et Saint Marcellin.
Mais il m’a aussi donné envie de repartir en montagne en compagnie d’un livre.
Un beau moment de lecture.

Les Chemins de Chartreuse. Promenade littéraire. Jean Sgard. PUG 💛💛💛💛

Les chemins de la Chartreuse par Sgard En ce dimanche ensoleillé de Mai 2017 , je me suis installé dehors face au Massif de la Chartreuse pour lire cet essai.
Pour un lecteur qui ne connaît pas la Chartreuse , le livre pourras paraître moins intéressant.
Encore que !
Les 200 pages de ce livre sont une déambulation de 700 ans sur les chemins de Chartreuse depuis l’installation de Saint Bruno au désert de Chartreuse jusqu’à Balzac et son médecin de campagne vivant dans les montagnes de Chartreuse,
Un essai qui fait réfléchir sur ce qu’est un chemin. A quoi sert il : lien-economie-religion -méditation etc….
Un essai qui parle de montagne de botanique de littérature de chrétienté, qui convoque Balzac,Chateaubriand,Lamartine,Rousseau ou encore Mandrin
Un essai qui nous rappelle que le Massif de la Chartreuse était le pourvoyeur en bois de la marine royale
Et puis il y a la Grande Chartreuse , ce monastère édifice mais aussi délimitant à lui tous seul ce massif de la Chartreuse et pour lequel existeront un Grand Chemin et aussi un chemin commercial et touristique


Cet essai est magnifiquement documenté et nous restitue une Chartreuse originelle qu’il me presse de retrouver sous mes pas lors de quelques randonnées dans les semaines à venir
Ce fût une belle après midi ensoleillée et à lire et contempler ce Massif de la Chartreuse et plus particulièrement le Grand Som sous lequel dans sa clairière verte et paisible, un monastère invite à prendre le Grand Chemin.

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Monastère de La grande Chartreuse et Le Grand Som  2 026 m.

Merci Jean Sgard pour cette rêverie et promenade chartrousine .