Celle qui parle d’Alicia Jaraba. Bamboo Editions Grand Angle. 💛💛💛💛

Malinalli , Marina, Malintzin, La Malinche… Celle qui parle.
A travers son roman graphique, Alicia Jaraba nous fait revivre Malinalli fille d’un chef déchu d’Amérique Centrale au XVI ème siècle qui restera dans la légende comme la Malinche.
L’Histoire garde beaucoup de vides autour de l’histoire de la Malinche.
La première fois que j’ai entendu parler de la Malinche , c’est par une chanson.
Une chanson du groupe Feu!Chatterton.
Feu ! Chatterton nous invite à partir avec eux dans cette chaleur enivrante de l’autre bout du monde.
Electro-Rock hypnotique, le groupe amène la transe, le sample saturé qui tourne en boucle renforce cet effet. le texte est un délire qui nous invite au voyage et à la rencontre d’une femme indigène.
Et cette rencontre devient réelle sous les crayons et les couleurs d’Alicia Jaraba. Histoire , légende ? La question n’est plus là.
Devant nous une jeune fille qui va vivre le départ, l’esclavage en terre mexicaine. Malinalli a un don : la compréhension rapide des langues des ethnies. Celle qui parle
Et puis Cortes et les conquistadors arrivent au Mexique. Une nouvelle langue.
Malinalli est repérée par Cortes qui en fait son interprète. Malinalli devient Dona Marina.
Celle qui parle permet le lien entre les Espagnols et les ethnies.
Celle qui parle devient proche de l’occupant.
Celle qui parle est une jeune fille qui peut être dépassée par les évènements.
Dona Marina aide le conquistador espagnol Hernán Cortès à défaire l’Empire aztèque en conquérant le Mexique et sa capitale Tenochtitlan. Elle lui sert de traductrice, mais également de conseillère en diplomatie locale et de maitresse.
Mais Dona Marina est aussi Malintzin , cette femme qui parle et qui saura aussi dire non et donner une voix aux femmes de son époque.
Au terme de son roman graphique, Alicia Jarabia nous rappelle que La Malinche reste un personnage controversé de l’histoire du Mexique. Mais que ce qui nous a été transmis provient des conquistadors et des codex Aztèques.
« Dans tous les cas sa voix nous est restée muette. Et cela laisse beaucoup de vide dans l’histoire. J’ai voulu remplir ces vides pour construire ma propre Malinche » Elle est jeune, inexpérimentée, souvent dépassée par les événements. Mais elle est surtout , je l’espère humaine. « 
Et bien c’est totalement réussi.
Par le graphisme , les regards , les couleurs , la poésie Alicia Jarabia nous campe une Malinche humaine, tellement humaine au prise avec l’esclavage, l’occupant mais aussi avec sa condition féminine.
Celle qui parle, une voix parfois maladroite mais UNE VOIX qui à l’époque n’avait pas droit de cité.
Native des contrées
Où Cortés est venu
Trouver haine et fortune
Tu sais de mémoire ancienne
Te méfier des braves
de leur soif inopportune !
Combien de lâches sont venus ici
Courir chimères à coup de fusils ?
Ivres de gloire ont-ils pensé que ton coeur
Serait conquis percé de flèches et de rancoeur
Comme tes côtes mexicaines !
La Malinche. Feu! Chatterton

Alicia Jaraba Abellán est une dessinatrice espagnole de bandes dessinées. Elle a obtenu plusieurs titres dans des concours de bandes dessinées espagnols
LIRE
“Fille d’un chef déchu, offerte comme esclave, elle est devenue l’une des plus grandes figures féminines de l’Histoire.” XVIe siècle. Malinalli est la fille d’un chef d’un clan d’Amérique centrale. Peu de temps après la mort de son père, elle est vendue à un autre clan pour travailler aux champs et satisfaire la libido de son nouveau maître.
Un jour, d’immenses navires apparaissent à l’horizon, commandés par Hernan Cortez, obsédé par la recherche d’or. Le conquistador repère Malinalli et son don pour les langues. Elle sera son interprète et un des éléments clés dans ses espoirs de conquête. Elle sera également celle qui aura le courage de dire un mot interdit aux femmes de son époque : non !

Une sortie honorable d’Eric Vuillard. Actes Sud.💛💛💛💛

Lire Une sortie honorable d’Eric Vuillard après avoir lu l’enquête de philippe Collin : le fantôme de Pétain permet d’avoir une vue d’ensemble sur des pans de l’histoire de France durant le 20ème siècle.
Le récit D’Eric Vuillard reprend avec son titre la mission qu’avait donné Mayer, président du conseil en 1954, au Général Navarre durant la guerre d’Indochine : il faut trouver une sortie honorable.
Depuis quelques années la France, son gouvernement, ses hommes d’affaires et ses militaires sont au prises avec le mouvement Viet-Minh au Vietnam.
Comme à son habitude, Eric Vuillard nous fait un récit précis, mordant , caustique, noir et sombre de la réalité humaine.
« Plus on approche du pouvoir, moins on se sent responsable ». c’est la phrase que ressasse le Général Navarre dans la cuvette de Dien Bien Phû. Phrase que va décortiquer Eric Vuillard auprès des différents personnages de son roman.
Nous sommes au coeur du pouvoir. Nous devrions dire au coeur des pouvoirs : Pouvoir politique, économique et militaire.
Le pouvoir politique avec ces présidents du Conseil et ses ministres dont certains avaient donné les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. Ces mêmes présidents et ministres qui se partagent le pouvoir. Une fois , à toi, une fois à moi. Tu me tiens par la barbichette. Un petit monde clos , parlementaire et ministériel qui régit la France et les Colonies.
Le pouvoir économique ou celui des grandes familles bourgeoises. La aussi l’entre-soi est une vertu cardinale. On se marie entre familles cousines. On retrouve les tentacules de ces familles que ce soit en politique, dans le clergé , les conseils d’administration et les banques.
La Banque d’Indochine par exemple dont les dirigeants ont leurs ronds de serviette dans tous les conseils d’administration.
Les terres des Colonies sont le terreau de la Bourse et de l’enrichissement facile.
Le pouvoir militaire quant à lui envoie au front au bon plaisir de son pouvoir : tirailleurs africains, maghrébins et de toutes colonies.
Remarquable et effrayant.
Et cette proximité du pouvoir qui fait que la responsabilité se dilue.
Une sortie honorable ne peut être un déshonneur. Les sièges du parlement, des conseils d’administration sont trop confortables tout comme leur subsides.
Alors il y eut Dien Bien Phû , alors il y eut trois millions six cent mille morts Vietnamiens.
Il y eut la chute de Saigon en 1975.
Les derniers mots du récit d’Eric Vuillard :
« Dans l’espérance dérisoire d’une sortie honorable, il aura fallu trente ans et des millions de morts et voici comment tout cela se termine ! Trente ans pour une telle sortie de scène. le déshonneur eut peut être mieux valu. »
Remarquable , effrayant et d’une actualité brûlante.

Le fantôme de Pétain de Philippe Collin. Flammarion. 💛💛💛💛

Le Fantôme de Philippe Pétain est une enquête écrite réalisé par Philippe Collin auprés de 12 historiens.
Ce livre d’enquête est le prolongement des podcasts réalisés sur le même sujet sur les antennes de France Inter.
Cette enquête tente de répondre aux questions : Pourquoi un peuple s’est-il livré à un seul homme en juin 1940 ? de quoi Pétain est-il le nom ? Faut-il craindre son fantôme ?
Au travers d’interviews des douze historiens, la vie de Pétain est retracée, du vainqueur de Verdun au Maréchal collaborateur des années 1940.
C’est toujours intéressant et instructif.
L’enquête n’est pas toujours chronologique mais les retours en arrière permettent d’approfondir la réflexion.
Chaque chapitre se termine par un crédit photos qui permet de synthétiser l’enquête en cous.
Ce n’est jamais trop » historique et intellectuel « .
Par les diverses entrées de l’enquête ( vainqueur de Verdun – La vanité du Maréchal – le fossoyeur de la république – L’antisémite … ) Philippe Collin et ses douze historiens brossent le portrait d’un homme mais aussi d’une époque qui résonne toujours de nos jours .
La plaidoirie de Maitre Jacques Isorni lors du procès de Pétain reste le document de référence pour l’extrème droite d’aujourd’hui afin de réhabiliter le Maréchal Pétain et minimiser son action.
Cette enquête, complète, est nécessaire et salutaire. le temps passe et fait l’oubli. Il ne faut pas oublié . surtout dans ces mois de campagne présidentielle où prospére l’extrème droite.
Il ne faut pas oublier. Un autocrate russe nous le rappelle douloureusement.

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Philippe Collin est un producteur de radio, auteur et journaliste, né à Brest le 6 avril 1975.

Il effectue des études d’histoire à l’Université de Bretagne occidentale, à Brest. Il est titulaire d’une maîtrise d’histoire contemporaine consacrée à l’épuration des collaborateurs à la Libération. D’abord chroniqueur dans l’émission de Gérard Lefort À toute allure, de 1999 à 2001 sur France Inter puis dans l’émission culturelle hebdomadaire Charivari (animée par Frédéric Bonnaud) sur France Inter (entre 2004 et 2006), Philippe Collin anime l’émission Comme un ouragan pendant l’été 2005 puis Panique au Mangin Palace de septembre 2005 à juin 2010. À la rentrée 2006, Charivari s’arrête et Frédéric Bonnaud lance une nouvelle émission, La bande à Bonnaud, pour laquelle Philippe Collin écrit régulièrement des chroniques. L’émission est supprimée fin juin 2007. Entre septembre 2008 et juin 2010, il anime également l’émission Panique au Ministère Psychique puis La cellule de dégrisement, dans le même esprit décalé – voire délirant – et un rien irrévérencieux que le Mangin Palace. En 2010, il anime l’émission Les Persifleurs du mal durant le mois de juillet, puis 5/7 Boulevard – en référence au Sunset Boulevard à Los Angeles – à partir du mois de septembre, entre 17 h et 19 h. À la rentrée 2011, cette émission prend le nom de Downtown (18 h-19 h) avec Xavier Mauduit. Pour la télévision, entre septembre 2004 et juin 2005 il a également collaboré en tant que journaliste avec Michel Denisot à l’émission Le Grand Journal, sur Canal+. Depuis le dimanche 8 janvier 2012 à 17 h 45, il est coauteur d’une émission culturelle et décalée Personne ne bouge !, sur Arte avec Frédéric Bonnaud et Xavier Mauduit. Depuis septembre 2016 Personne ne bouge ! est diffusée à 19 h. Entre septembre 2013 et juin 2015, il produit et anime l’émission Si l’Amérique m’était contée sur France Inter. Joy Raffin assurait la voix narrative de ce magazine.

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Article de Télérama
En dix épisodes animés par des historiens et des archives de discours, procès, films, “Le Fantôme de Pétain”, produit par Philippe Collin pour France Inter, ressuscite le soldat de Verdun et collaborateur de Hitler.

« Le fantôme de Pétain nous tend un miroir dans lequel nous craignons de nous regarder, pointe le producteur Philippe Collin, qui lui consacre un podcast siglé France Inter. Le vieux maréchal rôde encore à quelques semaines de la présidentielle avec son idée de la “France éternelle” que nombre de nostalgiques, réactionnaires et nationalistes ont défendu. »

Dans cette série en dix épisodes, il retrace la vie hors norme du vainqueur de Verdun et du chef du gouvernement de Vichy, à travers les paroles d’une dizaine d’historiens. Des entretiens ponctués par de nombreuses archives sonores, des fragments de discours ou du procès de Pétain en août 1945 nous plongent dans le chaos de l’Histoire. La réalisation d’orfèvre de Violaine Ballet y mêle des extraits de films, qui apportent une vivacité fascinante à ce récit fleuve.

Le mythe de Verdun survit encore au discrédit du régime de Vichy. Quinze ans après la mort du maréchal, Charles de Gaulle différenciait le Pétain de Verdun du Pétain de Vichy à l’occasion du cinquantenaire de la Première Guerre mondiale. Le président Macron s’est emparé à son tour de ce sujet sensible lors des commémorations du centenaire en 2018 : « On peut avoir été un grand soldat durant la Première Guerre mondiale et avoir conduit à des choix funestes durant la Seconde », a-t-il alors affirmé.

“Inconnu des Français en 1914, il était alors sur le point de prendre sa retraite…” Éric Alary, historien
La Grande Guerre aura radicalement changé le destin de Philippe Pétain : « Inconnu des Français en 1914, il était alors sur le point de prendre sa retraite ; puis est devenu quatre ans plus tard tout ce que la France comptait de plus glorieux », raconte l’historien Éric Alary. Le vieux militaire cultive cette image de grand-père rassurant.

Il entre en politique dans la période de l’entre-deux-guerres, en proie à une crise économique, politique et sociale sur fond de repli communautaire. « Xénophobie, antisémitisme, anticommunisme travaillent en prodondeur la société française qui, en 1940, est mûre pour accepter un régime autoritaire, tel qu’il sera mis en place par Pétain et Laval », développe le spécialiste de la Seconde Guerre mondiale Denis Peschanski.

“C’est un pacte faustien, il troque sa gloire éternelle contre la vanité celle de s’accrocher au pouvoir.” Philippe Collin., producteur
Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale confère les pleins pouvoirs à Pétain, 84 ans. Face à la débâcle militaire, il appelle à cesser les combats. « Vingt ans après la Première Guerre mondiale qui a fait 1,4 million de morts, plus personne ne veut perdre encore un père ou un fils sur le front… Les Français veulent que ça s’arrête, et Pétain arrive comme un sauveur, recontextualise Philippe Collin. Son choix de signer l’armistice sous-entend que la France va collaborer avec les nazis. » Et le producteur de conclure, en évoquant la poignée de main entre le maréchal et Hitler à Montoire le 24 octobre 1940 : « C’est un pacte faustien, il troque sa gloire éternelle contre la vanité celle de s’accrocher au pouvoir. »



Un long, si long après midi d’Inga Vesper. Editions de La Martinière. 💛💛💛

Un long, si long après midi a tout du polar classique des années 60 aux États Unis. Tout est raccord jusqu’à la couverture du livre représentant l’American Way of Life au travers de la cuisine d’un pavillon américain d’une banlieue résidentielle de Santa Monica.
L ‘American Way of Life s’étale sans vergogne dans ce pavillon. Une famille riche, blanche, des enfants, une femme au foyer, une belle pelouse, de magnifiques géraniums, des haies taillées au cordeau, et une bonne noire comme femme de ménage.
Tout est en bonne ordre dans la famille de Joyce , Franck et des enfants Barbara et Lily.
Et immanquablement ce vernis va se craqueler. Joyce va disparaître et ce qui paraissait une vie rangée va voler en éclat.
Car l’ American Way of Life des années 1950/ 1960 se traîne quelques boulets , comme la condition des femmes, la condition des Noirs.
C’est la grande réussite du roman d’Inga Vesper. Sous couvert d’enquête policière, Inga Vesper ausculte la société américaine et ses inégalités.
La lutte pour les droits civiques n’en est qu’à ses premiers balbutiements mais déjà on voit poindre les combats pour l’égalité des femmes et des Noirs.
Le combat de Joyce et de Ruby pour être libres est au coeur de se roman policier fait d’apparence et de faux semblants.
Bien sûr qu’il y aura un coupable et la construction policière est parfaite. Mais est ce le plus important dans ce roman ?
Ce roman est révélateur de l’Amérique des années 60 et de ses turpitudes mais aussi des besoins de libertés,d’élévation de ceux qui sont englués dans l’American Way of Life.
Premier roman d’une belle justesse.

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Inga Vesper est journaliste et écrivaine, auteure de roman policier.

Elle a déménagé d’Allemagne au Royaume-Uni pour travailler comme aide-soignante, avant que l’envie d’écrire et d’explorer ne l’amène au journalisme scientifique. Elle est titulaire d’une maîtrise en gestion du changement climatique du Birkbeck College à Londres.

Inga a travaillé et vécu en Syrie et en Tanzanie, mais est toujours revenue à Londres, car il n’y a pas de meilleur endroit pour trouver une bonne histoire que le pont supérieur d’un bus.

« Un long, si long après-midi » (« The Long, Long Afternoon », 2021) est son premier roman.

Ultramarins de Mariette Navarro. Quidam Editeur. 💛💛💛

Quel livre étrange qui nous invite au pas de côté et au lâcher prise.
Quel livre étrange où une femme est commandante d’un cargo sur lequel elle dirige 20 hommes .
Ce cargo de containers relie l’Europe aux Antilles.
L’habitude du trajet , chacun à son poste .
Et puis la demande incongrue des 20 hommes de bord : se baigner au milieu de l’Océan. Et la commandante dit oui. le pas de côté .
Le pas de côté d’une commandante qui accepte la demande incongrue.
Le pas de côté d’une baignade dans un océan de vagues et d’inconnus
le pas de côté d’un cargo que l’on arrête dont on coupe les radars et que l’on fait disparaitre temporairement.
La commandante n’est plus commandante. Les hommes ne sont plus marins . le cargo est à l’arrêt.
Tous ont ralenti le temps de ce qu’ils sont . Ils ont accepté de lâcher prise.
Et ce lâcher prise ouvre sur la poésie, le mystère, le vertige.
Sont ils réellement 20 marins qui vont se perdre dans une brume inattendue s’étendant sur le Tropique ,
Comment envisager qu’un cargo prenne son indépendance et décide de ralentir.
Ralentir , prendre du temps, le leitmotiv de ce court roman dense comme cet océan, ce cargo et cette vie de marin.
un joli moment de lecture.

Après des études de lettres modernes et d’arts du spectacle, Mariette Navarro est formée en tant que dramaturge à l’école du Théâtre national de Strasbourg (2004-2007).

Elle est d’abord dramaturge auprès de Dominique Pitoiset au Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine pour la création de Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee (2009) et Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller (2010), auprès de Matthieu Roy pour Qui a peur du loup ? de Christophe Pellet (2011) et auprès de Caroline Guiela Nguyen pour Se souvenir de Violetta (2011), Elle brûle (2013) et Le Chagrin au Théâtre national de la Colline.

Mariette Navarro travaille comme dramaturge pour différents théâtres et compagnies, fait partie de comités de lecture, et du collectif d’artistes de la Comédie de Béthune depuis 2014. Elle est associée aux Scènes du Jura (scène nationale) pour la saison 15-16, et au théâtre de l’Aquarium pour la saison 17-18.

Elle co-dirige la collection Grands Fonds chez Cheyne éditeur.

Elle intervient régulièrement dans les écoles supérieures d’art dramatique (ENSATTESADCNSAD).

Elle écrit notamment pour les metteurs en scène Matthieu Roy (Prodiges®), Caroline Guiela Nguyen (Elle brûle), Anne Courel (Les feux de poitrineFrançois Rancillac (Les hérétiques), Hélène Soulié (Scoreuse) , et la chorégraphe Marion Lévy (Les Puissantes, Et Juliette, Training)..

Extraits d’un interview de Mariette Navarro sur France Culture

« La notion du temps est un sujet qui m’obsède et qui fait que, j’aurais très bien pu faire ce voyage en cargo  et ne pas écrire dessus, il n’y avait aucun enjeu documentaire, mais l’idée du temps qu’on peut voler à nos quotidiens, aux injonctions, le temps de présence à bord d’un bateau fait tout disparaître : on n’a plus de réseau, plus accès aux bombardements d’internet, et finalement, deux semaines à bord d’un cargo, c’est comme une retraite dans un monastère. » 

« Au début l’impulsion première de l’écriture du livre, le premier personnage qui apparaissait, était ce collectif d’hommes qui se jetait à l’eau, cette image de liberté absolue : on plonge, et on plonge ensemble. Mais très vite, j’ai eu l’intuition qu’il y avait quelqu’un au-dessus de ces hommes, et qui regardait cette scène, mais je ne savais pas qui. Puis, j’ai pris la décision, de façon plus consciente, que ce serait une femme. J’avais envie, comme premier décalage par rapport à la réalité, de faire que le commandant du bateau soit une femme, et cela a changé tout l’imaginaire du texte, en redistribuant les cartes des relations de pouvoir, de travail, et de désirs. »

La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr. Philippe Rey. 💛💛💛

Chroniquer La plus secrète mémoire des hommes n’est pas une chose simple.
Voici le roman d’un jeune auteur africain de 31 ans : Mohamed Mbougar Sarr.
Livre qui a obtenu le Prix Goncourt.
Mais Goncourt signifie-t-il grand livre?
C’est un roman brillant par son écriture, exigeant dans sa lecture, et qui fait l’éloge de la littérature.
C’est l’histoire d’un écrivain africain, T.C Elimane, qui en 1938 à écrit Le Labyrinthe de l’inhumain. Elimane fût appelé le Rimbaud nègre. Puis on a perdu sa trace.
En 2018 un jeune auteur africain, Diegane Latyr Faye découvre Le Labyrinthe de l’Inhumain et se met à la recherche des traces de T.C Elimane et essaye de comprendre le pourquoi de sa disparition.
Sa recherche va l’entrainer de Paris au Sénégal en passant par Amsterdam et l’Argentine. Le tout sur la durée du 20ème siècle et du début du vingt et unième.
Comme je le dit en début de chronique , c’est un roman brillant par son écriture et exigeant dans la lecture. Mais ceci peut se retourner contre son auteur.
Le livre est brillant mais y a t il un intérêt primordial à employer régulièrement des mots inconnus de la plupart d’entre nous .
La lecture est exigeante mais pourquoi la rendre encore plus exigeante en ne nommant pas les personnages qui interviennent ni les lieux. Qui parle, où sommes nous ? Avec Siga D , avec l’Haïtienne , dans une chambre à Paris , Amsterdam ou Dakar.
Le « Je  » appartient à chaque personnage , On croit être avec le même narrateur mais ce n’est pas le cas.
Ou comment rendre confuse la lecture.
Et c’est dommage car l’histoire de T C Elimane n’est pas totalement fictionnelle.
C’est l’écrivain malien Yambo Ouologuem et son livre Le devoir de violence qui ont inspiré le fictif Labyrinthe de l’inhumain
Sont développés dans La plus secrète mémoire des hommes les thèmes du plagiat, de la place de la littérature, de la colonisation et de la Shoah.
Ce sont toujours des points de vue qui amènent une réflexion. Comment ne pas voir dans Diégane Latyr Faye , Mohamed Mbougar Sarr ?
Ecrire ou ne pas écrire , tel est le dilemme de TC Elimane, Diegane Latyr Faye et Mohamed Mbougar Sarr.
Filigrane d’un roman pour lequel la confusion m’a empêché d’appréhender toute l’inventivité de l’auteur.

Pour contrebalancer cet avis la vdéo de son passage sur France Inter.

14 Juillet d’Eric Vuillard. Actes Sud. 💛💛💛💛

14 Juillet – La Bastille
Des symboles importants de la France depuis plus de 200 ans.
Liberté Égalité Fraternité. Fete Nationale.
C’est au récit de cette journée unique que c’est lancé Eric Vuillard
14 juillet 1789, la prise de la Bastille par le peuple de Paris. le début d’une révolution.
On pense tout savoir sur cette journée et globalement cela est juste.
Mais avec Éric Vuillard il y a toujours un angle neuf,un point de vue iconoclaste.
La force de ce récit vient du fait qu’Éric Vuillard nous parle de ces hommes et de ces femmes inconnues qui ont pris la Bastille.
Une foule jeune, 20 à 25 ans, qui est nommé par ces noms et ces métiers. Mercier, Minier, Roland, , Roseleur, Mique, Sagault, et tant d’autres capitaine,manouvrier, teinturier,serrurier, porteur d’eau,cordonnier, passementier.
Et puis les femmes dont les noms de famille ont disparu , on les appelle du nom de leur mari : femme Garnier, femme Blanchet, femme Cottin.
Toute cette foule dont la postérité ne gardera aucun instant et aucun nom.Des étoiles filantes de la Révolution alors qu’à quelques kilomètres de là une autre foule se goberge à Versailles. Les métiers n’invoquent pas le même monde : fleuriste, modiste, chapelier, cuisinier , médecins.
Les foules changent peu malgré le temps
 » On devrait plus souvent ouvrir nos fenêtres. Il faudrait de temps à autre, comme ça sans le prévoir, tout foutre par dessus bord. Cela soulagerait. On devrait, lorsque le coeur nous soulève, lorsque l’ordre nous envenime, que le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Élysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir et chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise, et chercher la nuit, sous les cuirasses, la lumière comme un souvenir » Page 200.
Le 14 Juillet n’est jamais fini.

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Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web – mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d’Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre, le prix Alexandre Viallate pour 14 juillet et le prix Goncourt 2017 pour L’ordre du jour.

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L’ordre du jour d’Eric Vuillard. Actes Sud. 💛💛💛💛

L’ordre du jour , Prix Goncourt 2017, est un livre qui peut paraître petit. Petit par son format et petit par le nombre de pages : 150.
Mais ce n’est qu’illusion.
Ces 150 pages sont la quintessence d’une époque à travers un événement historique : l’annexion de l’Autriche au Troisième Reich allemand. Événement connu sous le nom de l’Anschluss.
Comme à son habitude Éric Vuillard a une écriture ciselée, précise, un brin ironique ou mieux caustique.
Eric Vuillard à le don pour détailler un événement et le mettre en perspective. Mise en perspective qui est une mise en abîme des turpitudes humaines.
Et ces turpitudes sont nombreuses et exécrables.
L’annexion de l’Autriche en est un exemple frappant.
Avant de penser à annexer l’Autriche, il est de bon ton de réunir ce que l’Allemagne fait de mieux au niveau entreprenarial. Ils sont 24 pardessus noirs à avoir répondu à la demande de Goering : apporter leurs oboles sonnantes et trébuchantes à la gloire du Troisième Reich. En terme plus cru, cracher au bassinet .
Et sous ces 24 pardessus et chapeaux noirs se cachent Krupp, Opel, IG Farben, BASF, Agfa, Siemens, Allianz, Telefunken.
Le Troisième Reich est au dessus de tout. Rien ne peut et ne doit l’arrêter.
Dans ces conditions là gravité côtoie le ridicule.
Et d’une page à l’autre du récit nous balançons entre ces deux extrêmes.
Ou comment van Ribentropp prolonge une réunion à Londres afin que Chamberlain ne puisse lire un billet annonçant l’invasion de l’Autriche.
La diplomatie poussée au ridicule.
Ou cette colonne souffreteuse de blindés envahissant l’Autriche et que personne ne voit atteindre Vienne.
Reste ces 24 pardessus noirs qui ont connaissance des camps de concentration et qui piochent allègrement chez les déportés une main d’oeuvre gratuite et corvéable jusqu’à la mort.
Reste parmi ces 24 pardessus noirs, Krupp, qui a ce jour n’a eu aucun pardon pour ces pratiques.
Un petit livre
150 pages
Mais tout est encore à l’ordre du jour.
Récit salutaire .

Éric Vuillard est originaire d’une famille d’ascendance franc-comtoise du côté de Lons-le-Saunier1. Il passe son adolescence à Lyon dans un milieu bourgeois. À cette époque, son père, chirurgien, abandonne tout, décidant d’aller vivre dans un village alpin en ruine. Éric interrompt ses études et voyage en Espagne, au Portugal avec l’idée de poursuivre son périple en Afrique. Il revient en France pour passer son bac et poursuit ses études à l’université où il obtient plusieurs diplômes : DEA d’histoire et civilisation sous la direction du philosophe Jacques Derrida et licences de philosophie et d’anthropologie2.
Il publie un premier récit en 1999, puis deux livres aux tons poétiques (dont Tohu3), et un roman épique, sur la conquête du Pérou par Pizarro et la chute de l’Empire inca, Conquistadors4, en 2009. Conquistadors reçoit le prix Ignatius J. Reilly 20105.
Il réalise en 2008 un long métrage, Mateo Falcone, adaptation de la nouvelle de Prosper Mérimée. Le film, présenté au festival du film de Turin ainsi qu’au festival Premiers Plans d’Angers, sort en salle en novembre 2014.
Son récit intitulé L’Ordre du jour qui relate plusieurs épisodes des prémices et du début du Troisième Reich, remporte le prix Goncourt 20176. Salué par la critique, il fait un an plus tard, lors de sa sortie aux États-Unis, l’objet d’une étude de l’historien Robert Paxton7.
En janvier 2019, il publie La Guerre des pauvres, initialement prévue pour le printemps ; il estime que « le contexte actuel [celui du mouvement des gilets jaunes] aimantait le livre, il m’a semblé que le moment était venu de le publier8. » Le récit porte sur la guerre des Paysans allemands, l’un de ses chefs, le prédicateur Thomas Müntzer, et quelques-uns de ceux qui l’ont précédé9.

Près de la mer d’Abdulrazak Gurnah. Denoel. 💛💛

Près de la mer par Gurnah

Voici un roman qui m’a perdu. C’est délicat de dire cela quand il s’agit d’un écrivain qui a reçu en 2021 le Prix Nobel. et pourtant je n’ai pas accroché au récit d’ Abdulrazak Gurnah.
Je suis resté surs les bords de ce livre. A aucun moment je n’ai réussi à m’inscrire dans le récit qui est proposé.
Pourtant ce récit devait être intéressant et attachant. Intéressant par la dénonciation du colonialisme britannique en Afrique de l’Est. Abdulrazak Garnah est tanzanien, né à Zanzibar et c’est dans ces pays et en Angleterre que se déroule l’action de son roman.
Roman écrit en 2001.
Un jour de 1994 Saleh Omar débarque à Londres afin de demander l’asile. Pour des raisons que l’on apprendra plus tard il se présente à la douane avec un faux passeport au nom de Mahmud.
Par un concours de circonstance le fils du vrai Mahmud va apprendre que quelqu’un a profité de l’identité de son père.
Ils vont se rencontrer et se raconter leurs vraies histoires.
Rien de bien compliqué dans le « scénario  » et pourtant je me suis perdu entre les personnages , les lieux.
Impossible de me raccrocher. Un sentiment de confusion dans l’écriture et les personnages.
Le Times dit pourtant en quatrième de couverture : « On ose à peine respirer en lisant ce livre, de peur de briser la magie. « 
Je n’ai malheureusement trouvé aucune magie dans la lecture du roman. J’étais plutôt perdu dans un labyrinthe .

Abdulrazak Gurnah - BUZZAFRIK

Abdulrazak Gurnah1, né le 20 décembre 1948 à Zanzibar, est un romancier tanzanien écrivant en anglais et vivant au Royaume-Uni. Ses plus célèbres romans sont Paradise (1994), présélectionné pour le Booker et le Whitbread PrizeDesertion (2005) et By the Sea (2001), présélectionné pour le Booker et pour le Los Angeles Times Book Prize2.

En 2021, il reçoit le prix Nobel de littérature pour son œuvre mettant en lumière le colonialisme et, selon le comité Nobel pour « son récit empathique et sans compromis des effets du colonialisme et le destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents »3