Archives pour la catégorie Roman

Tout le bruit du Guéliz de Ruben Barrouk. Albin Michel .🟩🟩◼️◼️◼️◼️

Tout le bruit du Guéliz

Ruben Barrouk

Albin Michel

ISBN : 978-2-226-49605-8 Août 2024

224 pages

Une vieille dame habitant à Marrakech dans le quartier du Gueliz est hantée et tourmentée par un mystérieux bruit. Inquiet, sa fille et son petit-fils viennent de France pour élucider ce mystère.
Le petit-fils est le narrateur et, en filigrane, l’auteur de ce roman.
Bien vite le mystère sera percé , en lien avec la vie de cette vieille dame juive. Celle-ci est en effet l’une des dernières juives vivant à Marrakech. 
Ruben Barrouk a voulu, dans ce roman, faire un retour, un pèlerinage sur cette terre du Maroc où a vécu une très grande communauté juive. Nous pèlerinerons avec lui du quartier du Mellah aux mausolées de la vallée de l’Ourika.
Il nous dépeint un Marrakech pluvieux et gris loin du soleil des dépliants touristiques.
Cela reste lent et surtout plombé par un style et une écriture ampoulés qui surprennent pour un auteur de 28 ans.
Le recours à des métaphores et à des descriptions » arabisantes », la recherche de mots de vocabulaire originaux ( niellée, contremander, céler, etc.) font passer cette quête d’identité au second plan.
C’est dommage. 

Ruben Barrouk est né en 1997 à Paris. En 2022, il retourne sur les traces de sa famille séfarade à Marrakech, où vit sa grand-mère, personnage principal de ce premier roman.

Zizi cabane de Bérengère Cornut. Le Tripode. 🟩🟩🟩🟩◼️

Zizi Cabane

Bérengère Cornut

Le Tripode

ISBN : 978-2-37055-331-7 Août 2022

256 pages.

Zizi Cabane est un roman poétique qui tire vers le conte.
La maman de Zizi Cabane a disparu. Odile n’est plus là. On ne sait pas plus de cette disparition comme Zizi qui a quatre ans. Zizi est entouré de son papa, Ferment et de ses frères Béguin et Chiffon ( des surnoms relevant les identités )
Comme dans son livre précèdent, de pierre et d’osBérengère Cornut oblige ses personnages à s’inventer une vie. Et cette vie à inventer est toujours proche des éléments naturels. Odile devient O et eau, cascade, rivière.
Ce roman nous parle de deuil, de disparition mais aussi et surtout d’amour familial et de fratrie.
Il faut se laisser surprendre et savoir garder son âme d’enfant.
L’écriture de Bérengère vous emporte par sa sensibilité et les émotions vous transportent

Bérengère Cournut écrit sous des formes diverses depuis l’âge de vingt ans.

Ses premiers livres exploraient essentiellement des territoires oniriques, où l’eau se mêle à la terre (L’ÉcorcobaliseurAttila, 2008), où la plaine fabrique des otaries et des renards (NanoushkaïaL’Oie de Cravan, 2009), où la glace se pique à la chaleur du désert (Wendy Ratherfight, L’Oie de Cravan, 2013).

D’une autre manière, Bérengère Cournut a poursuivi sa recherche d’une vision alternative du monde :

– en 2017, avec Née contente à Oraibi (Le Tripode), roman d’immersion sur les plateaux arides d’Arizona, au sein du peuple hopi ;

– en 2019, avec De pierre et d’os (Le Tripode), roman empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, qui nous plonge dans le destin solaire] d’une jeune femme inuit. Pour ce dernier ouvrage, qui se vend à plus de cent mille exemplaires, elle remporte le prix du roman Fnac 2019.

Les carnets du Congo de Nikolaj Frobenius. Actes Sud. 🟩🟩🟩◼️◼️

Les carnets du Congo

Nikolaj Frobenius

Actes Sud

Traduction du norvégien : Françoise Heide

ISBN : 978-2-330-19804-6 Octobre 2024 ( Edition originale 2018 )

320 pages.

Les carnets du Congo est un roman de l’auteur norvégien Nikolaj Frobenius s’appuyant en partir sur une histoire réelle.
En mai 2009, dans l’est du Congo le chauffeur Abeli Kasongo est abattu sur une piste, dans la jungle. Dans le véhicule se trouvaient deux ex soldats norvégiens, Joshya French et Tjostolv Moland.
Après une poursuite ils vont être arrêtés et accusés du meurtre du chauffeur. Au terme d’un procès « africain  » ils sont condamnés à mort.
Reste le mystère de leur présence au Congo. Que faisaient-ils ? Touristes, mercenaires, agents secrets ?
Le narrateur du roman est envoyé au Congo par un réalisateur de films afin d’écrire le scénario de cette histoire.
Tel est le point de départ de ce roman qui m’a un peu laissé sur ma faim.
Le Congo, les rebelles, les mines d’or, le Rwanda voisin laissaient espérer une fresque aventureuse enlevée. Ce n’est pas le cas. Tout ceci est abordé par petites touches et ne donne pas une vision globale du pays.
L’auteur, Nikolaj Frobenius s’est attaché au narrateur et à son passé qui interagit avec le présent congolais. Cette interaction étant propice aux mensonges, à la paranoïa et à la distorsion de la vérité.
Une facette intéressante du livre est effectivement la distorsion entre la réalité des faits , ses inconnues et la traduction qu’il en sera faite dans un scénario de films. Jusqu’où peut on retravailler des inconnues.
Reste une lecture agréable agrémentée d’un trouble sur les vicissitudes de l’Afrique et de ses agents d’influence.

Né en 1965 à Oslo, Nikolaj Frobenius a étudié au London Institute of Screenwriting. Il a écrit des romans, des pièces de théâtre et des scénarios, comme par exemple celui du thriller Insomnia (l’original norvégien aussi bien que le plus récent remake américain avec Al Pacino) ou Øyenstikker de Markus Holst (dont la musique a été écrite par Magne Furuholmen du groupe A-ha). Actes Sud a déjà publié Le Valet de Sade (1998), Le Pornographe timide (2000), Je est ailleurs (2004), Je vous apprendrai la peur (2011) et Branches obscures (2016) et Les Carnets du Congo (2024).

Aux marges du palais de Marcus Malte. Zulma . 🟩🟩🟩🟩◼️

Aux marges du palais

Marcus Malte

Zulma

ISBN : 979-1-03870-2-899 Août 2024

496 pages

Marcus Malte serait-il omniscient ?

Sa république médiocratique de Frzangzwe fait diablement référence à notre hexagone.

À la tête de la Frzangzwe, il y a l’archimaréchal Hubert Robert. On l’appelle aussi chef de l’État, PDG de la nation, pâtre de la patrie ou encore gouvernail du gouvernement. Il se pique d’une passion amateur : l’ufologie.

Le danger et le mal viendront du ciel.

Son plus proche conseiller et aussi premier fifrelin est Gabriel Pipaudi, dit l’archange ou la Pipe. Sous lui grouillent fifres et sous-fifres.

Dans le palais vivait la fille de l’archimaréchal. Anne-Sophie-Catherine-Elisabeth a 16 ans. En raccourcissant le prénom, on arrive à Aneth,c’est plus simple. Enfermée dans son palais de 365 pièces. Long comme un jour sans pain.

De l’autre côté du périphérique vit dans un manoir en ruine une communauté qui semble déjantée. Autour de la baronne, il y a Zap, la souris, Mo. Ils représentent les humiliés, les bannis, les moins que rien. Ces moins que rien et la baronne ont une idée en tête : voler la tour F le 1ᵉʳ mai. Ainsi, tous ces délaissés du système récupéreraient ce qui leur appartient et leur dignité.

Oui, Marcus Malte est omniscient. Comment ne pas reconnaitre dans cette fable Emmanuel Macron, Gabriel Attal ou encore les gilets jaunes et les laissés-pour-compte ?

Comment ne pas lire ce livre à l’aune de la situation politique actuelle ?

L’originalité est un mot qui sied à Marcus Malte. Originalité dans le propos, mais aussi dans le détournement des mots, dans les jeux de mots et, suprême originalité, les têtes de chapitres qui sont des définitions de mots croisés. Je ne résiste pas au plaisir de vous en partager quelques-uns :

En vingt et une lettres: induit et les fanes fanent.

En six lettres: de pair avec verge haute.

En huit lettres : quand X rejoint Y.

En dix lettres :il en fait, des tours et des tours.

(Si vous avez la réponse, je suis preneur !)

Ce roman est un divertissement intelligent, grinçant et dans l’esprit de Groland. Ça gratte, ça pique, ça interroge. Et l’interrogation nous ramène au réel, comme le discours final de l’archimaréchal truffé de citations de nos anciens présidents. La grandeur dans la langue de bois.

Pendant ce temps, la baronne démonte la Tour F et prône une révolution joyeuse et fraternelle.

À notre tour !

Si on y croyait.

Marcus Malte, pseudonyme de Marc Martiniani, né le 30 décembre 1967 à La Seyne-sur-Mer, est un romancier et nouvelliste français, auteur de plusieurs romans policiers et ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Il a également fait paraître des romans policiers destinés à la jeunesse, notamment Il va venir (2005) et De poussière et de sang (2007).

Le 25 octobre 2016, le prix Fémina lui est attribué pour Le Garçon. En juin 2017, il reçoit pour ce même roman le prix Cardinal-Perraud, des mains de Mgr Benoît Rivière.

Nord sentinelle de Jérôme Ferrari. Actes Sud. 🟩🟩🟩🟩◼️

Nord Sentinelle

Jérôme Ferrari

Actes Sud

ISBN : 978-2-33019-441-3 Août 2024

144 pages

Nord Sentinelle. Tout est dit dans le titre. le titre est inspiré de North Sentinel, une île qui fait partie des îles Andaman au large de l’Inde. Sa population, les sentinelles, est considérée comme l’une des dernières tribus de la planète totalement coupées du monde. L’île est défendue par des guerriers qui n’hésitent pas à tuer pour rester loin du monde.

Et pour bien enfoncer le clou, Jérôme Ferrari insiste avec sa citation en exergue : « le chef fanatique et son peuple barbare menaçaient de mort l’infidèle qui s’aventurait dans leurs murs — un sorcier noir ayant, raconte-t-on, vu dans les premiers pas des Francs le déclin et la chute . » (Richard F. Burton). Premiers pas en Afrique de l’Est .

À travers un conte de l’indigène et du voyageur, Jérôme Ferrari, sans la nommer, va nous emmener en Corse. Deux personnages pour les deux faces de la même pièce. D’un côté, les Corses de souche, les indigènes, de l’autre côté, les touristes, les étrangers. La tradition, la vendetta face à l’ogre commercial et immobilier.

Pour une banale querelle de fin de soirée, Alexandre Romani va poignarder Albin l’étudiant dont les parents possèdent une résidence sur l’île.

Tout est en place pour une tragédie moderne. Qu’est-ce que l’insularité face au monde et à l’étranger ? Doit-on prôner le repli sur soi ?

En 130 pages, Jérôme Ferrari pose un constat sombre et entame une réflexion nourrie sur ce qui lie colonisation et tourisme et génère la violence.

Jérôme Ferrari, né en 1968 à Paris, est un écrivain et traducteur français.

Il effectue une partie de ses études à la Sorbonne, où il obtient la licence de philosophie de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il est aussi titulaire de l’agrégation de philosophie et d’un DEA en ethnologie. Ses parents sont originaires de Fozzano et de Sartène, et il a lui-même vécu en Corse et enseigné la philosophie au lycée de Porto-Vecchio. Durant cette période, il a organisé notamment des « cafés philosophies » à Bastia, puis enseigné au lycée international Alexandre-Dumas d’Alger, au lycée Fesch Ajaccio jusqu’en 2012, et au lycée français Louis Massignon d’Abou Dabi jusqu’en 2015.

Depuis la rentrée 2015, il enseigne la philosophie en hypokhâgne, au lycée Giocante de Casabianca à Bastia.

Il obtient le prix Goncourt 2012 pour son livre Le Sermon sur la chute de Rome.

L’Avenue de Verre de Clara Breteau . SEUIL .🟩🟩🟩🟩◼️

L’Avenue de verre

Clara Breteau

Le Seuil

ISBN : 978-2-02-157595-8 Janvier 2025

222 pages

Quel premier roman emballant et maitrisé Anna est née de père inconnu pour l’état civil Pourtant Anna connait son père Il est laveur de carreaux sur une grande avenue de Tours

À partir de ce point de départ Clara Breteau va nous entraîner dans un jeu de transparence et d’opacité qui sied merveilleusement bien au laveur de carreaux Effacement des traces, rendre propre

A la page 179 , Clara Breteau cit le philosophe André Gorz  » ::L’être qui naît est une foule innombrable, que la vie réduit bientôt à un individu : celui qui se manifeste et meurt « 

C’est toute la recherche de cette autofiction semble-t’il.retrouver l’identité du père algérien et les racines de Kabylie. Un immigré avec sûrement un père, Hadj, harki. C’est aussi la recherche d’une vérité car ce père était cachotier : Il n’avait pas donné son nom à Anna pour la protéger du racisme. Cela cachait autre chose.

Une étude psychologique poussée, avec une description fouillée des intimités. Les jeux de transparence, d’opacité, l’écriture de l’auteure nous amène jusqu’à la source, jusqu’à la source de cette Algérie malmenée depuis 1830.

L’être qui nait est une foule innombrable. Descellons pour retisser des mémoires.

Clara Breteau est maîtresse de conférences en arts et écologies à l’université Paris-8. À la croisée de la philosophie, de la géographie et de la création littéraire, elle mobilise pour ses enquêtes une méthode d’observation poétique, plaçant son regard dans les interstices entre matière et signification, sens et sensible, humains et non-humains.

Claire Breteau actuellement à un récit littéraire autofictionnel interrogeant, à travers l’histoire de la descendante française d’un immigré algérien, le trauma colonial et la manière dont il imprègne encore aujourd’hui les psychés et les corps des enfants de la diaspora, nés en France bien après l’indépendance.

Ce récit deviendra l’avenue de verre qui sera publié en Janvier 2025

Pour aller plus loin dans la géographie culturelle à la croisée de la culture et du vivant.

Le premier renne d’Olivier Truc. Métailié. 🟩🟩🟩🟩◼️

Olivier Truc

Le premier renne.

Métailié

ISBN : 979-10-226-1387-3 Août 2024

527 pages.

Le premier renne d’Olivier Truc est le cinquième tome de la police des rennes, saga policière commencé en 2012.
Deux personnages récurrents : Nina et Klemet, policiers au sein de la police des rennes.
Un territoire unique pour cette saga policière : le territoire Sami à cheval entre Norvège, Suède et Finlande.
Chaque tome de la saga est indépendant.
La récurrence provient de la culture Sami, ce peuple de 80 000 autochtones vivant de l’agriculture et de l’élevage des rennes.
L’histoire de le premier renne se situe au nord de la Suède , vers Kiruna et ses mines de fer.
En pleine période de marquage des troupeaux de rennes, une partie d’un troupeau est décimé le long de la voie ferrée qui transporte le minerai de la mine de Kiruna.
Nina et Klemet sont appelés à résoudre cette enquête qui déchire un clan d’éleveurs Sami. Per-Ola dirige le clan d’une main de fer et décide qui appartient au sameby, le vaste territoire qui délimite l’aire de travail d’un groupement d’éleveurs de rennes qui ensemble élèvent, surveillent, marquent et abattent un nombre donné de bêtes, décidé par les fonctionnaires des préfectures.
Parmi ces éleveurs , Ailo, Sten et Aaron. Aaron a été choisi dans ce sameby au détriment de sa soeur Anja, jeune Sami à qui on a confié le pouvoir de tuer. Anja est révoltée; elle écouté les pierres, ne veut pas se taire. Elle est proche de sa grand-mère Elena qui est la mémoire de la tradition des Sami. Elena chante le territoire au travers des Joiks, Chaque joik reflète une personne ou un lieu.
Sur ce territoire sámi apparait l’enjeu énorme des terres rares que recéle le sol autour de Kiruna. L’extraction de ces terres rares et la survie du peuple vont se télescoper.
Autour du solstice d’été et du jour permanent, dans un paysage magnifique, entre réalisme et tradition sámi, Olivier Truc nous raconte une histoire haletante où la liberté et les racines sont à la base de tout.
Des personnages hauts en couleurs et des femmes de caractère qui captivent et des loups, des rennes et des corbeaux pour la symbiose avec la nature.
Sans oublier Joseph venant de la haute vallée de Bléone en Provence et Izko Detchevery, clin d’oeil au cartographe des Indes Boréales, autre roman d’Olivier Truc qui parlait d’évangélisation, de catholiques, de protestants et de l’éradication de la culture et des chants des Sami.
Au delà du thriller, ce roman est imprégné de la lutte pour le maintien des cultures autochtones et la protection des écosystèmes et du vivant.

Tu étais née nomade,
Te voilà vagabonde.
On te prive de transhumance,
On t’abandonne à l’errance.
Ils croyaient te soumettre,
Ils t’ont fait renaître.

(Joik à sa façon de Joseph pour Anja ) .

Olivier Truc est un journaliste, écrivain et scénariste français né à Dax le 22 novembre 1964. Il habite Stockholm depuis 1994 et a été correspondant notamment de la radio RTL, de l’hebdomadaire Le Point, du quotidien Libération (1998-2005) puis du journal Le Monde (2005-2016) pour les pays nordiques et baltes. Il est aussi documentariste pour la télévision.

Il est également l’auteur du roman policier Le Dernier Lapon qui a été traduit en plus de vingt langues et a obtenu plus de vingt prix dont le prix Quai du polar 2013, le prix Mystère de la critique 2013 et le prix Michel-Lebrun 2013. La série se poursuit avec Le Détroit du Loup en 2014 et La Montagne rouge en 2016. La série se situe de nos jours en Laponie et, à travers les enquêtes de deux officiers de la Police des rennes, Nina Nansen et Klemet Nango, raconte le Grand Nord.

Les Jardins de Torcello de Claudie Gallay. Actes Sud 🟩🟩◼️◼️◼️

Les jardins de Torcello par Gallay

Les Jardins de Torcello

Claudie Gallay

Actes Sud

ISBN : 978-2-330-19421-5 Août 2024

404 pages

Il faut toujours lire avec intérêt la quatrième de couverture. Celle du roman Les Jardins de Torcello ne déroge pas à ce principe. Il fallait lire que les sentiments seraient effleurés, que les révoltes seraient minuscules.
C’est réellement le cas dans ce roman, les sentiments sont effleurés et les révoltes sont minuscules. Ça ronronne, comme le chat Spoontus dans la maison de Torcello.
Pourtant tout portait à un roman d’atmosphère : Venise, la lagune, les canaux, la lumière, l’eau et les jardins de Torcello.
Une jeune femme Jess en rupture de ban avec sa famille est venue s’installer à Venise. Elle a obtenu une petite location par des amis sur la Giudecca avec vue imprenable sur les Zattere, la pointe de la douane et Santa Maria de la Salute. Elle a mis sur pied sa petite entreprise sur internet. Elle propose des visites guidées de Venise à partir du thème voulu par ses clients. Elle ne pourra pas rester longtemps dans cette location et devra trouver un autre logement. Elle cherche aussi un autre job d’appoint. On lui propose de faire des ménages chez un avocat pénaliste Maxence Darsène qui vit sur l’île de Torcello. Celui-ci vit avec son compagnon Colin et son grand projet est de réhabiliter les Sept jardins de Torcello.
Le roman va se dérouler de saison en saison entre les allers retours incessants entre Venise et Torcello. Il n’y a pas d’intrigue, il y a le temps qui passe et la découverte par petites touches des vies des protagonistes.
Et comme les sentiments sont effleurés et les révoltes minuscules, je me suis ennuyé sur les vaporettos, dans les jardins de Torcello et les ruelles de Venise. Bien sûr Claudie Gallay connaît bien Venise et nous entraîne avec ces personnages dans une Venise moins connue. Mais il reste des incontournables : l’acqua Alta, la biennale d’Art, le bal costumé, la disparition de la lagune.
Je suis resté sur les quais et je n’ai pas été emporté par le récit. Peut-être parce que certains personnages étaient trop stéréotypés : l’avocat friqué homosexuel et son compagnon Colin. On a du mal à croire à leur réel engouement pour le jardin des simples et la protection du vivant.
Les brumes de la lagune et Venise la Sérénissime méritaient mieux.

Claudie Gallay (née en 1961 à Bourgoin-Jallieu, dans le département de l’Isère) est une écrivaine française. Son roman Les Déferlantes, publié en 2008, remporte de nombreux prix littéraires. Issue d’une famille d’agriculteurs, Claudie Gallay passe son enfance à Saint-Savin, dans le département de l’Isère.

Depuis l’adolescence, elle écrit. Sa famille accepte ce rêve. Mais C. Gallay, qui travaille comme institutrice, propose de nombreux manuscrits avant que son premier roman ne soit publié.

En 2001, son manuscrit l’Office des vivants est retenu par l’éditrice Sylvie Gracia. Cette publication marque le signe d’une entrée en écriture. En 2008, la parution et le succès que rencontre Les Déferlantes met vraiment l’écrivaine sous la lumière des projecteurs, un succès qui se confirme avec la parution de L’amour est une île.

48 indices sur la disparition de ma sœur de Joyce Carol Oates. Philippe Rey. 🟩🟩🟩◼️◼️

48 indices sur la disparition de ma sœur.

Joyce Carol Oates

Philippe Rey

Traduction : Christine Auché

ISBN : 978-2-38482-074-0 Mars 2024

286 pages

La dernière fois que G (Georgene) a aperçu sa soeur M ( Marguerite) Fulmer, nous étions le 11 Avril 1991 pas loin d’Aurora on Cayuga au Nord de l’Etat de New-York.
La dernière fois que G a aperçu M s’est au travers d’un jeu de miroir.
M a 27 ans , étudiante en art et sculptrice, elle partait à son université.
G sa soeur cadette à 22 ans.
M est une belle jeune fille, éthérée , appréciée et aimée de tous.
G est une jeune fille moche, légèrement boulotte travaillant au guichet de la poste locale et franchement jalouse de sa soeur.
M et G ont perdu leur mère il y a quelques années des suites d’un cancer.
Elles vivent avec leur père dans une grande maison bourgeoise. le père étant un homme de pouvoir à la tyrannie facile.
M est proche d’un sculpteur et artiste Elke. Celui- ci a un goût artistique pour les corps et les cadavres.
48 indices sur la disparition de ma soeur est découpé en 48 chapitres non chronologiques et linéaires.
La narratrice de ces 48 chapitres est G ( Georgene) la jeune soeur. Nous sommes 22 ans après les faits et M n’est pas réapparu.
Chaque chapitre , pour Georgene, est l’occasion de réfléchir à chaque indice menant à la disparition de Marguerite.
Cette narration est sous-tendue par le temps qui a passé, les souvenirs, la mémoire mais aussi par la psychologie pour le moins instable de G.
L’autrice Joyce Carol Oates remet tout cela en perspective par une écriture fractionnée fait de passage en italiques, de nombreuses parenthèses représentant en partie la psyché de G.
On peut être dérouté par ce parti pris qui ne permet pas à la lecture d’être fluide.
Mais quelques chapitres passés, on entre dans le livre et on comprend rapidement que cette façon de faire nous permet de mieux appréhender les affres psychologiques de Georgene. Comment se remémorer des événements tragiques à leurs justes valeurs.
Le fait que la dernière vision de sa soeur M se fasse à travers un jeu de miroir est symptomatique de cela.
Ces 48 indices permettront ils de résoudre cette disparition ? Peut être ou peut être pas.
Joyce Carol Oates nous délivre un roman âpre et vénéneux et jongle avec les codes du thriller et les fantasmes.

Joyce Carol Oates, née le 16 juin 1938 à Lockport dans l’État de New York, est une femme de lettres américaine prolifique, à la fois poétesseromancièrenouvellistedramaturge et essayiste. Elle a également publié plusieurs romans policiers sous les pseudonymes Rosamond Smith et Lauren Kelly.

Parmi ses romans les plus célèbres on peut trouver Nous étions les Mulvaney (1996), Un livre de martyrs américains (2017), Reflets en eau trouble (1992) et Blonde (2000) qui est considéré comme le « chef-d’œuvre de sa carrière ». Son roman semi biographique a pu bénéficier d’une adaptation télévisée peu de temps après sa sortie et surtout d’une adaptation cinématographique au début des années 2020.

Un entretien avec Joyce Carol Oates sur France Inter ( Eté 2024 )

Junil de Joan-Lluis Lluis. Les Argonautes. 🟩🟩🟩◼️◼️

Junil

Joan-Lluis Lluis

Les Argonautes

Traduction :Juliette Lemerle

ISBN : 978-2-494289-45-1 Août 2024

272 pages.

Voici un roman original car traitant d’une époque peut présente dans les romans. Nous sommes au début du premier siècle dans les bords de l’Empire romain.
Une enfant , Junil, qui a perdu sa mère et ses frères et soeurs lors d’un incendie , a dû quitter son village pour s’installer avec son père tyrannique à Nyala. Celui-ci travaille dans une bibliothèque.
L’auteur, Joan-Lluis Lluis, nous épargnera la tyrannie de ce père dès le premier chapitre en ne le nommant pas, tout comme la description des personnages en fin de roman : le père de Junil: si on n’a pas donné de nom à cet homme, il ne faut pas s’attendre à en trouver une description. Ces avis tranchés non sans humour font entre autre le sel de ce roman tout comme ces courts chapitres aux titres énigmatiques et ple8n d’humour :
Il est étrange qu’écrire soit une affaire humaine
De rêvasser à mourir
Les Alains n’étaient pas des chèvres
Trouve des mots durs.
Mais revenons à la bibliothèque dans laquelle travaille Junil et son père. Junil fabrique des rouleaux de papyrus auprès d’esclaves qui lui apprennent à lire.
Dans ces rouleaux Junil va découvrir la poésie d’Ovide qui va lui éveiller de fortes émotions et plus particulièrement les ouvrages Les Métamorphoses et l’Art d’aimer.
Un événement grave va l’obliger à quitter l’Empire romain avec trois esclaves et voyager au coeur des pays barbares.
Ce voyage entre rerre barbare et l’Empire romain est le récit d’une quête de soi et de liberté.
Au cours de cette quête, ce petit groupe de quatre va intégrer d’autres personnages, d’autres dieux, d’autres langages, d’autres esclaves, d’autres hommes libres.
La part belle est donnée à l’écriture au langage mais aussi à une recherche des hommes libres avec la tribu des Allains dans laquelle il n’existe aucun esclave.
Une belle découverte pour un dépaysement en terres barbares et romaines.

Joan-Lluís Lluís est un écrivain français d’expression catalane, né à Perpignan le 29 juin 19631. Romancier, essayiste et poète, il publie habituellement à Barcelone. Il est d’ailleurs le seul écrivain d’expression catalane de Catalogne nord à avoir construit d’emblée sa carrière littéraire à Barcelone, sans passer par l’étape de publications locales. Il est considéré par la critique comme l’une des voix les plus originales de la littérature catalane actuelle et à ce titre a reçu des prix littéraires parmi les plus prestigieux en Catalogne. Certaines de ses œuvres ont été traduites en basque, espagnol, français et tchèque.

C’est également un militant de la langue catalane qui dénonce « le linguicide commis par la France contre les langues dites régionales »2.