Pour son roman thriller En attendant le délugeDolores Redondo s’appuie sur deux faits réels . D’abord en 1969, en Écosse, sévit un tueur en série appelé Bible John. Il a tué trois jeunes femmes et s’est évaporé dans la nature. A ce jour son identité n’est pas connu. Est il vivant, est il mort ? Personne ne sait. Autre fait réel : les inondations centenales de Bilbao en août 1983 qui vont faire plus de 40 morts. Ces deux événements vont servir de pont pour le roman de Dolores Redondo. Et si Bible John avait quitté l’Écosse et s’était réfugié au Pays Basque. Partant de ce postulat, l’autrice invente le personnage de Noah, policier écossais qui retrouve la trace de Bible John à Bilbao. C’est du thriller pur jus avec ses codes bien précis : des meurtres plus glauques les uns que les autres, les failles secrètes des personnages, un environnement tragique et la pluie jusqu’à plus soif. Tout cela se lit sans déplaisir mais au bout de 550 pages, tout est bien humide, spongieux et couleur sang.
Dolores Redondo, née le 1969 à Saint-Sébastien, dans la province de Guipuscoa, au Pays basque, est une romancière espagnole, auteur de romans historiques et policiers.
Après des études de droit, elle travaille dans le commerce pendant plusieurs années.
En 2009, elle publie un premier roman historique nommé Los privilegios del ángel.
En 2013, elle écrit le roman policier El guardián invisible qui est le premier volume de la trilogie de la vallée du Baztan, commune où se déroule l’intrigue.
Connaissez-vous le Pays Arrière ? Un bout de terre entre forêts, montagne et les méandres paresseux du fleuve Basilic. Dans ce bout de terre, un village, La Foye, et l’un de ces hameaux, Les Montées.
Les Montées, trois maisons. La première pour Rose l’herboriste guérisseuse et Bran, la deuxième pour Léon et Ambre, la troisième pour Eugène, Aelys et leurs trois enfants Germain, Artaud et Mayeul.
Aelys et Ambre sont jumelles et, malheureusement, elles n’ont pas choisi l’homme qu’il fallait.
Le pays Arrière n’a pas d’âge. Des indices, pourtant, On travaille la terre à la bêche, on meurt de famine, la peste arrive aux portes des villages. Et puis il y a des seigneurs et maitres. Les seigneurs Ambroisie père et fils règnent sur le Pays Arrière et Ambroise fils ne lésine pas sur les moyens.
Ambroisie, comme le nom est bien choisi ! Ambroisie, plante opportuniste envahissante dont le pollen est hautement allergisant pour l’homme. (Et surtout pour la femme !)
Les Ambroisie père et fils font plus qu’être envahissants. Tout leur appartient : les terres, les récoltes, les hommes et les femmes. L’injustice se conjugue à tous les temps de l’indicatif.
Et puis un jour surgit Madelaine, l’enfant de la faim, l’enfant de la révolte. Recueillie dans un premier temps par Rose et Bran, elle va s’intégrer dans cette nouvelle famille.
Et Madelaine n’est pas comme les autres. Elle est libre, animale, passionnée et vivante.
L’écriture de Sandrine Collette magnifie ce conte rural et paysan d’une grande actualité. le patriarcat, le consentement, la culpabilité, la place des femmes sont la trame de ce conte.
Pour cela, Sandrine Collette prend son temps. Elle installe ces personnages, décrit cette nature belle mais aussi hostile. Et la vie qui crie famine. Et la vie rude des paysans. Et la mort. Et la vie.
Et pour dire l’indicible, Sandrine Collette n’emploie que quelques mots. A-t-on bien compris ? A-t-on bien lu ? Qu’en pensez ? Et puis quelques pages plus loin, l’explication arrive. On avait bien lu et compris.
Cette lenteur des saisons et du travail paysan donne du sens aux dernières 50 pages quand la tragédie advient.
50 pages magistrales qui referment ce roman sombre, rêche et âpre.
Reste Madelaine avant l’aube. Mais il adviendra l’aube comme tous les jours. Comme tous les jours, la lumière remplace les ténèbres. Un peu d’espoir tout de même.
Sandrine Collette, née en 1970 à Paris, est une figure incontournable de la littérature française contemporaine. Elle se distingue par ses romans noirs et ses thrillers psychologiques.
Elle suit un parcours académique brillant. Après avoir obtenu un baccalauréat littéraire, elle poursuit ses études avec un master en philosophie. Passionnée par les sciences humaines, elle décide de se spécialiser en science politique et soutient une thèse en 1999 intitulée “De la loterie nationale à la française des jeux (1933-1998) : contribution à une sociologie de l’état moderne”.
Sandrine Collette fait une entrée remarquée dans le monde littéraire avec son premier roman, Des nœuds d’acier, publié en 2013. Ce thriller psychologique, qui raconte l’histoire d’un homme emprisonné et torturé par deux frères, remporte le Grand prix de littérature policière et le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne.
Elle enchaîne avec Un vent de cendres en 2014, un roman qui revisite le conte de La Belle et la Bête dans un cadre de vendanges en Champagne. En 2016, elle publie Il reste la poussière, qui lui vaut le Prix Landerneau du polar. Son huitième roman, Et toujours les forêts, une fiction post-apocalyptique, est récompensé par le prix de La Closerie des Lilas, le prix Amerigo Vespucci et le grand prix RTL-Lire en 2020.
Parmi ses œuvres marquantes, on trouve également On était des loups, publié en 2022, qui lui vaut le prix Jean Giono et le prix Renaudot des lycéens. Sandrine Collette continue d’explorer les recoins sombres de l’âme humaine avec une plume incisive et poétique.
Madelaine avant l’aube, publié en 2024 plonge le lecteur dans l’univers rural du Morvan, où les secrets de famille et les drames personnels se dévoilent au fil des pages. Madelaine avant l’aube est finaliste la même année au prix Goncourt et au Prix Goncourt des lycéens qu’il remporte.
Sandrine Collette est une auteure dont les récits captivants et les personnages complexes, combinés à son talent littéraire, fait d’elle une figure incontournable de la littérature contemporaine.
Une vieille dame habitant à Marrakech dans le quartier du Gueliz est hantée et tourmentée par un mystérieux bruit. Inquiet, sa fille et son petit-fils viennent de France pour élucider ce mystère. Le petit-fils est le narrateur et, en filigrane, l’auteur de ce roman. Bien vite le mystère sera percé , en lien avec la vie de cette vieille dame juive. Celle-ci est en effet l’une des dernières juives vivant à Marrakech. Ruben Barrouk a voulu, dans ce roman, faire un retour, un pèlerinage sur cette terre du Maroc où a vécu une très grande communauté juive. Nous pèlerinerons avec lui du quartier du Mellah aux mausolées de la vallée de l’Ourika. Il nous dépeint un Marrakech pluvieux et gris loin du soleil des dépliants touristiques. Cela reste lent et surtout plombé par un style et une écriture ampoulés qui surprennent pour un auteur de 28 ans. Le recours à des métaphores et à des descriptions » arabisantes », la recherche de mots de vocabulaire originaux ( niellée, contremander, céler, etc.) font passer cette quête d’identité au second plan. C’est dommage.
Ruben Barrouk est né en 1997 à Paris. En 2022, il retourne sur les traces de sa famille séfarade à Marrakech, où vit sa grand-mère, personnage principal de ce premier roman.
Zizi Cabane est un roman poétique qui tire vers le conte. La maman de Zizi Cabane a disparu. Odile n’est plus là. On ne sait pas plus de cette disparition comme Zizi qui a quatre ans. Zizi est entouré de son papa, Ferment et de ses frères Béguin et Chiffon ( des surnoms relevant les identités ) Comme dans son livre précèdent, de pierre et d’os, Bérengère Cornut oblige ses personnages à s’inventer une vie. Et cette vie à inventer est toujours proche des éléments naturels. Odile devient O et eau, cascade, rivière. Ce roman nous parle de deuil, de disparition mais aussi et surtout d’amour familial et de fratrie. Il faut se laisser surprendre et savoir garder son âme d’enfant. L’écriture de Bérengère vous emporte par sa sensibilité et les émotions vous transportent
Bérengère Cournut écrit sous des formes diverses depuis l’âge de vingt ans.
Ses premiers livres exploraient essentiellement des territoires oniriques, où l’eau se mêle à la terre (L’Écorcobaliseur, Attila, 2008), où la plaine fabrique des otaries et des renards (Nanoushkaïa, L’Oie de Cravan, 2009), où la glace se pique à la chaleur du désert (Wendy Ratherfight, L’Oie de Cravan, 2013).
D’une autre manière, Bérengère Cournut a poursuivi sa recherche d’une vision alternative du monde :
– en 2017, avec Née contente à Oraibi (Le Tripode), roman d’immersion sur les plateaux arides d’Arizona, au sein du peuple hopi ;
– en 2019, avec De pierre et d’os (Le Tripode), roman empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, qui nous plonge dans le destin solaire] d’une jeune femme inuit. Pour ce dernier ouvrage, qui se vend à plus de cent mille exemplaires, elle remporte le prix du roman Fnac2019.
ISBN : 978-2-330-19804-6 Octobre 2024 ( Edition originale 2018 )
320 pages.
Les carnets du Congo est un roman de l’auteur norvégien Nikolaj Frobenius s’appuyant en partir sur une histoire réelle. En mai 2009, dans l’est du Congo le chauffeur Abeli Kasongo est abattu sur une piste, dans la jungle. Dans le véhicule se trouvaient deux ex soldats norvégiens, Joshya French et Tjostolv Moland. Après une poursuite ils vont être arrêtés et accusés du meurtre du chauffeur. Au terme d’un procès « africain » ils sont condamnés à mort. Reste le mystère de leur présence au Congo. Que faisaient-ils ? Touristes, mercenaires, agents secrets ? Le narrateur du roman est envoyé au Congo par un réalisateur de films afin d’écrire le scénario de cette histoire. Tel est le point de départ de ce roman qui m’a un peu laissé sur ma faim. Le Congo, les rebelles, les mines d’or, le Rwanda voisin laissaient espérer une fresque aventureuse enlevée. Ce n’est pas le cas. Tout ceci est abordé par petites touches et ne donne pas une vision globale du pays. L’auteur, Nikolaj Frobenius s’est attaché au narrateur et à son passé qui interagit avec le présent congolais. Cette interaction étant propice aux mensonges, à la paranoïa et à la distorsion de la vérité. Une facette intéressante du livre est effectivement la distorsion entre la réalité des faits , ses inconnues et la traduction qu’il en sera faite dans un scénario de films. Jusqu’où peut on retravailler des inconnues. Reste une lecture agréable agrémentée d’un trouble sur les vicissitudes de l’Afrique et de ses agents d’influence.
Né en 1965 à Oslo, Nikolaj Frobenius a étudié au London Institute of Screenwriting. Il a écrit des romans, des pièces de théâtre et des scénarios, comme par exemple celui du thriller Insomnia (l’original norvégien aussi bien que le plus récent remake américain avec Al Pacino) ou Øyenstikker de Markus Holst (dont la musique a été écrite par Magne Furuholmen du groupe A-ha). Actes Sud a déjà publié Le Valet de Sade (1998), Le Pornographe timide (2000), Je est ailleurs (2004), Je vous apprendrai la peur (2011) et Branches obscures (2016) et Les Carnets du Congo (2024).
Sa république médiocratique de Frzangzwe fait diablement référence à notre hexagone.
À la tête de la Frzangzwe, il y a l’archimaréchal Hubert Robert. On l’appelle aussi chef de l’État, PDG de la nation, pâtre de la patrie ou encore gouvernail du gouvernement. Il se pique d’une passion amateur : l’ufologie.
Le danger et le mal viendront du ciel.
Son plus proche conseiller et aussi premier fifrelin est Gabriel Pipaudi, dit l’archange ou la Pipe. Sous lui grouillent fifres et sous-fifres.
Dans le palais vivait la fille de l’archimaréchal. Anne-Sophie-Catherine-Elisabeth a 16 ans. En raccourcissant le prénom, on arrive à Aneth,c’est plus simple. Enfermée dans son palais de 365 pièces. Long comme un jour sans pain.
De l’autre côté du périphérique vit dans un manoir en ruine une communauté qui semble déjantée. Autour de la baronne, il y a Zap, la souris, Mo. Ils représentent les humiliés, les bannis, les moins que rien. Ces moins que rien et la baronne ont une idée en tête : voler la tour F le 1ᵉʳ mai. Ainsi, tous ces délaissés du système récupéreraient ce qui leur appartient et leur dignité.
Oui, Marcus Malte est omniscient. Comment ne pas reconnaitre dans cette fable Emmanuel Macron, Gabriel Attal ou encore les gilets jaunes et les laissés-pour-compte ?
Comment ne pas lire ce livre à l’aune de la situation politique actuelle ?
L’originalité est un mot qui sied à Marcus Malte. Originalité dans le propos, mais aussi dans le détournement des mots, dans les jeux de mots et, suprême originalité, les têtes de chapitres qui sont des définitions de mots croisés. Je ne résiste pas au plaisir de vous en partager quelques-uns :
En vingt et une lettres: induit et les fanes fanent.
En six lettres: de pair avec verge haute.
En huit lettres : quand X rejoint Y.
En dix lettres :il en fait, des tours et des tours.
(Si vous avez la réponse, je suis preneur !)
Ce roman est un divertissement intelligent, grinçant et dans l’esprit de Groland. Ça gratte, ça pique, ça interroge. Et l’interrogation nous ramène au réel, comme le discours final de l’archimaréchal truffé de citations de nos anciens présidents. La grandeur dans la langue de bois.
Pendant ce temps, la baronne démonte la Tour F et prône une révolution joyeuse et fraternelle.
Il a également fait paraître des romans policiers destinés à la jeunesse, notamment Il va venir (2005) et De poussière et de sang (2007).
Le 25 octobre 2016, le prix Fémina lui est attribué pour Le Garçon. En juin 2017, il reçoit pour ce même roman le prix Cardinal-Perraud, des mains de MgrBenoît Rivière.
Nord Sentinelle. Tout est dit dans le titre. le titre est inspiré de North Sentinel, une île qui fait partie des îles Andaman au large de l’Inde. Sa population, les sentinelles, est considérée comme l’une des dernières tribus de la planète totalement coupées du monde. L’île est défendue par des guerriers qui n’hésitent pas à tuer pour rester loin du monde.
Et pour bien enfoncer le clou, Jérôme Ferrari insiste avec sa citation en exergue : « le chef fanatique et son peuple barbare menaçaient de mort l’infidèle qui s’aventurait dans leurs murs — un sorcier noir ayant, raconte-t-on, vu dans les premiers pas des Francs le déclin et la chute . » (Richard F. Burton). Premiers pas en Afrique de l’Est .
À travers un conte de l’indigène et du voyageur, Jérôme Ferrari, sans la nommer, va nous emmener en Corse. Deux personnages pour les deux faces de la même pièce. D’un côté, les Corses de souche, les indigènes, de l’autre côté, les touristes, les étrangers. La tradition, la vendetta face à l’ogre commercial et immobilier.
Pour une banale querelle de fin de soirée, Alexandre Romani va poignarder Albin l’étudiant dont les parents possèdent une résidence sur l’île.
Tout est en place pour une tragédie moderne. Qu’est-ce que l’insularité face au monde et à l’étranger ? Doit-on prôner le repli sur soi ?
En 130 pages, Jérôme Ferrari pose un constat sombre et entame une réflexion nourrie sur ce qui lie colonisation et tourisme et génère la violence.
Jérôme Ferrari, né en 1968 à Paris, est un écrivain et traducteur français.
Quel premier roman emballant et maitrisé Anna est née de père inconnu pour l’état civil Pourtant Anna connait son père Il est laveur de carreaux sur une grande avenue de Tours
À partir de ce point de départ Clara Breteau va nous entraîner dans un jeu de transparence et d’opacité qui sied merveilleusement bien au laveur de carreaux Effacement des traces, rendre propre
A la page 179 , Clara Breteau cit le philosophe André Gorz » ::L’être qui naît est une foule innombrable, que la vie réduit bientôt à un individu : celui qui se manifeste et meurt «
C’est toute la recherche de cette autofiction semble-t’il.retrouver l’identité du père algérien et les racines de Kabylie. Un immigré avec sûrement un père, Hadj, harki. C’est aussi la recherche d’une vérité car ce père était cachotier : Il n’avait pas donné son nom à Anna pour la protéger du racisme. Cela cachait autre chose.
Une étude psychologique poussée, avec une description fouillée des intimités. Les jeux de transparence, d’opacité, l’écriture de l’auteure nous amène jusqu’à la source, jusqu’à la source de cette Algérie malmenée depuis 1830.
L’être qui nait est une foule innombrable. Descellons pour retisser des mémoires.
Clara Breteau est maîtresse de conférences en arts et écologies à l’université Paris-8. À la croisée de la philosophie, de la géographie et de la création littéraire, elle mobilise pour ses enquêtes une méthode d’observation poétique, plaçant son regard dans les interstices entre matière et signification, sens et sensible, humains et non-humains.
Claire Breteau actuellement à un récit littéraire autofictionnel interrogeant, à travers l’histoire de la descendante française d’un immigré algérien, le trauma colonial et la manière dont il imprègne encore aujourd’hui les psychés et les corps des enfants de la diaspora, nés en France bien après l’indépendance.
Ce récit deviendra l’avenue de verre qui sera publié en Janvier 2025
Pour aller plus loin dans la géographie culturelle à la croisée de la culture et du vivant.
Le premier renne d’Olivier Truc est le cinquième tome de la police des rennes, saga policière commencé en 2012. Deux personnages récurrents : Nina et Klemet, policiers au sein de la police des rennes. Un territoire unique pour cette saga policière : le territoire Sami à cheval entre Norvège, Suède et Finlande. Chaque tome de la saga est indépendant. La récurrence provient de la culture Sami, ce peuple de 80 000 autochtones vivant de l’agriculture et de l’élevage des rennes. L’histoire de le premier renne se situe au nord de la Suède , vers Kiruna et ses mines de fer. En pleine période de marquage des troupeaux de rennes, une partie d’un troupeau est décimé le long de la voie ferrée qui transporte le minerai de la mine de Kiruna. Nina et Klemet sont appelés à résoudre cette enquête qui déchire un clan d’éleveurs Sami. Per-Ola dirige le clan d’une main de fer et décide qui appartient au sameby, le vaste territoire qui délimite l’aire de travail d’un groupement d’éleveurs de rennes qui ensemble élèvent, surveillent, marquent et abattent un nombre donné de bêtes, décidé par les fonctionnaires des préfectures. Parmi ces éleveurs , Ailo, Sten et Aaron. Aaron a été choisi dans ce sameby au détriment de sa soeur Anja, jeune Sami à qui on a confié le pouvoir de tuer. Anja est révoltée; elle écouté les pierres, ne veut pas se taire. Elle est proche de sa grand-mère Elena qui est la mémoire de la tradition des Sami. Elena chante le territoire au travers des Joiks, Chaque joik reflète une personne ou un lieu. Sur ce territoire sámi apparait l’enjeu énorme des terres rares que recéle le sol autour de Kiruna. L’extraction de ces terres rares et la survie du peuple vont se télescoper. Autour du solstice d’été et du jour permanent, dans un paysage magnifique, entre réalisme et tradition sámi, Olivier Truc nous raconte une histoire haletante où la liberté et les racines sont à la base de tout. Des personnages hauts en couleurs et des femmes de caractère qui captivent et des loups, des rennes et des corbeaux pour la symbiose avec la nature. Sans oublier Joseph venant de la haute vallée de Bléone en Provence et Izko Detchevery, clin d’oeil au cartographe des Indes Boréales, autre roman d’Olivier Truc qui parlait d’évangélisation, de catholiques, de protestants et de l’éradication de la culture et des chants des Sami. Au delà du thriller, ce roman est imprégné de la lutte pour le maintien des cultures autochtones et la protection des écosystèmes et du vivant.
Tu étais née nomade, Te voilà vagabonde. On te prive de transhumance, On t’abandonne à l’errance. Ils croyaient te soumettre, Ils t’ont fait renaître.
(Joik à sa façon de Joseph pour Anja ) .
Olivier Truc est un journaliste, écrivain et scénariste français né à Dax le 22 novembre 1964. Il habite Stockholm depuis 1994 et a été correspondant notamment de la radio RTL, de l’hebdomadaire Le Point, du quotidien Libération (1998-2005) puis du journal Le Monde (2005-2016) pour les pays nordiques et baltes. Il est aussi documentariste pour la télévision.
Il est également l’auteur du roman policier Le Dernier Lapon qui a été traduit en plus de vingt langues et a obtenu plus de vingt prix dont le prix Quai du polar 2013, le prix Mystère de la critique 2013 et le prix Michel-Lebrun 2013. La série se poursuit avec Le Détroit du Loup en 2014 et La Montagne rouge en 2016. La série se situe de nos jours en Laponie et, à travers les enquêtes de deux officiers de la Police des rennes, Nina Nansen et Klemet Nango, raconte le Grand Nord.
Il faut toujours lire avec intérêt la quatrième de couverture. Celle du roman Les Jardins de Torcello ne déroge pas à ce principe. Il fallait lire que les sentiments seraient effleurés, que les révoltes seraient minuscules. C’est réellement le cas dans ce roman, les sentiments sont effleurés et les révoltes sont minuscules. Ça ronronne, comme le chat Spoontus dans la maison de Torcello. Pourtant tout portait à un roman d’atmosphère : Venise, la lagune, les canaux, la lumière, l’eau et les jardins de Torcello. Une jeune femme Jess en rupture de ban avec sa famille est venue s’installer à Venise. Elle a obtenu une petite location par des amis sur la Giudecca avec vue imprenable sur les Zattere, la pointe de la douane et Santa Maria de la Salute. Elle a mis sur pied sa petite entreprise sur internet. Elle propose des visites guidées de Venise à partir du thème voulu par ses clients. Elle ne pourra pas rester longtemps dans cette location et devra trouver un autre logement. Elle cherche aussi un autre job d’appoint. On lui propose de faire des ménages chez un avocat pénaliste Maxence Darsène qui vit sur l’île de Torcello. Celui-ci vit avec son compagnon Colin et son grand projet est de réhabiliter les Sept jardins de Torcello. Le roman va se dérouler de saison en saison entre les allers retours incessants entre Venise et Torcello. Il n’y a pas d’intrigue, il y a le temps qui passe et la découverte par petites touches des vies des protagonistes. Et comme les sentiments sont effleurés et les révoltes minuscules, je me suis ennuyé sur les vaporettos, dans les jardins de Torcello et les ruelles de Venise. Bien sûr Claudie Gallay connaît bien Venise et nous entraîne avec ces personnages dans une Venise moins connue. Mais il reste des incontournables : l’acqua Alta, la biennale d’Art, le bal costumé, la disparition de la lagune. Je suis resté sur les quais et je n’ai pas été emporté par le récit. Peut-être parce que certains personnages étaient trop stéréotypés : l’avocat friqué homosexuel et son compagnon Colin. On a du mal à croire à leur réel engouement pour le jardin des simples et la protection du vivant. Les brumes de la lagune et Venise la Sérénissime méritaient mieux.
Claudie Gallay (née en 1961 à Bourgoin-Jallieu, dans le département de l’Isère) est une écrivainefrançaise. Son roman Les Déferlantes, publié en 2008, remporte de nombreux prix littéraires. Issue d’une famille d’agriculteurs, Claudie Gallay passe son enfance à Saint-Savin, dans le département de l’Isère.
Depuis l’adolescence, elle écrit. Sa famille accepte ce rêve. Mais C. Gallay, qui travaille comme institutrice, propose de nombreux manuscrits avant que son premier roman ne soit publié.
En 2001, son manuscrit l’Office des vivants est retenu par l’éditrice Sylvie Gracia. Cette publication marque le signe d’une entrée en écriture. En 2008, la parution et le succès que rencontre Les Déferlantes met vraiment l’écrivaine sous la lumière des projecteurs, un succès qui se confirme avec la parution de L’amour est une île.