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Les trois femmes du consul de Jean Christophe Ruffin. Flammarion.💛💛💛

Les trois femmes du consul  par Rufin

Les trois femmes du consul est la deuxième enquête de Aurel Timescu, le héros récurent de Jean Christophe Ruffin.
Dans le livre précédent Aurel Timescu , Consul de France très atypique , sévissait à Conakry en Guinée. Cette fois-ci il a été nommé dans un pays d’Afrique Australe : le Mozambique. Il est en poste à Maputo.
Ce bon Aurel Timescu n’a pas changé : Il est légèrement flemmard , placardisé , habillé comme l’as de pique et il a une forte inclinaison pour le vin blanc et le tokay plus particulièrement.
La seule activité qui trouve grâce à ses yeux , c’est de démêler les fils d’une enquête policière.
Et à Maputo , le patron de l’hôtel dos Camaores a été retrouvé ,un matin, mort, flottant dans sa piscine.
C’est le début de l’enquête d’Aurel Timescu qui va être confronté à trois femmes.
Comme pour la première enquête , ce qui intéresse Jean Christophe Ruffin , ceux sont les arcanes des ambassades , de la diplomatie et de l’expatriation.
Comme pour la première enquête , çà se lit comme on mange une bonne friandise.
Un bon moment de lecture et il n’y a pas de raison de refuser de partager un verre de Tokay avec Aurel Timescu.
Atypique mais bon copain.

Cent millions d’années et un jour de Jean Baptiste Andréa. L’Iconoclaste.💛💛💛💛💛

Cent millions d'années et un jour par Andrea

Quel livre déroutant, magique, poétique.
Il tient du conte , du roman d’aventure ,du huis clos, de la recherche du temps perdu.
En tenant du conte il fait pétiller dans nos yeux les histoires, les rêves de notre enfance .
En faisant la part belle à la haute montagne , il nous entraîne dans ces aventures d’amitié d’honneur et de danger.
En nous laissant dans la gangue des moraines et des glaciers, il nous livre un huis clos au plus près de la glace , des seracs,  des craquements et de la beauté bleue d’un glacier.
En nous parlant des fossiles, des dinosaures et des dragons  il nous parle d’un temps enfoui, d’une recherche du temps perdu, d’une recherche de l’enfance, d’une mère , d’un père.
Quand je dis  » il » je parle d’un livre mais derrière ce livre il y a l’écriture, la poesie de Jean Baptiste Andrea.
Cette écriture et cette poésie qui nous emmène loin dans cette montagne entre France et Italie.
« Les yeux fermés,  j’aspire une grande bouffée  de nuit et de flammes, de flocons et d’encens. Je ne me suis pas senti aussi bien depuis longtemps. Je suis à cet instant charnière de la vie d’un homme, le point du fou, celui où plus personne ne croit en lui. Il peut reculer, une décision  dont tout le monde sans exception louera la sagesse. Ou aller de l’avant, au nom de ses convictions. S’il a tort il deviendra synonyme d’arrogance et d’aveuglement.  Il sera à jamais celui qui n’a pas su s’arrêter.  S’il a raison, on chantera son génie et son entêtement face à l’adversité  .
C’est l’heure grave de ne plus croire en rien, ou de croire en tout.  » ( p. 201)
Stan croit en tout . Il est un éminent paléontologue.  Il croit dans l’histoire d’une grotte dans la montagne et dans laquelle dormirai un squelette de dragon
Ni une ni deux, il forme une expédition avec Umberto ami paléontologue,  Peter assistant de Umberto  et Gio guide de haute montagne.
La quête est en route. Mais de quelle quête s’agit-il ?
Est ce une quête de l’enfance, une quête de soi même ?
Et pour le lecteur  » c’est l’heure grave de ne plus croire en rien, ou de croire en tout »
Laissez vous emporter par la magie de l’écriture  de Jean Baptiste Andrea,  oser croire au histoire de dragons, laissez un peu de place aux rêves  et à l’enchantement, mais aussi à la dureté de la vie.
Acceptez d’aller  ou Jean Baptiste Andrea nous entraîne.
Sur un glacier à la recherche d’un fossile.  Cent millions d’années.
Le voyage à été long. Il en a fallu des fossiles  pour en arriver là : Un jour.
Une mère,   un petit.
 » On sera bien ici, tous les deux. Comme autrefois »,Cent millions d’années et un jour.

La redoutable veuve Mozart d’Isabelle Duquesnoy. La Martinière .💛💛💛

La redoutable veuve Mozart par Duquesnoy

Le titre du dernier roman d’Isabelle Duquesnoy La redoutable veuve Mozart caracterise bien Constance Weber,  femme de Mozart.
Redouter : craindre vivement quelqu’un ou quelque chose; envisager comme dangereux, avoir peur.
Constance Weber est tout cela et même plus.
Nous sommes le 5 Décembre 1791 et Mozart vient de mourir à l’âge de 35 ans . Il est perclus de dettes. Il laisse une veuve Constance et deux enfants Karl et François Xaver. Il laisse aussi une oeuvre musicale en devenir ou plus probablement oubliée.  Quand un musicien meurt , un autre prend sa place dans l’aristocratie et les cours royales. … Beethoven,  Schubert…..
Quand un musicien meurt et que son convoi funéraire l’emmène à la fosse commune son oeuvre musicale est bien loin d’être reconnue.
Et pourtant une femme va tout faire, tout sacrifier pour que le nom de Wolgang Amadeus Mozart vive à jamais.
C’est ce que nous raconte Isabelle Duquesnoy à travers un long texte, une longue lettre qu’elle envoie à son fils aîné Karl.
Et Constance Weber épouse Mozart est sûre de son fait :
 » le festival Mozart , c’est moi.
Les monuments et les statues dressées  dans les jardins publics c’est moi.
Le Mozarteum de Salzbourg,  c’était mon idée.  J’ai même tenté  de t’imposer (  Karl ) comme directeur mais tu n’en avais pas la capacité.
Aujourd’hui, sans doute parce que je suis âgée  et que tu me vois criquette et ratatinée, tu viens me faire des reproches. Mais qui es-tu, pour me dire que j’ai mal agi ?  »
Elle est sûre d’elle aussi pour vendre et revendre dès fois de façon frauduleuse les partitions du Requiem.
Elle est sûre d’elle aussi pour changer les prénoms de son fils François Xaver en Wolgang Amadeus II.
Celle longue lettre nous dit aussi l’amour,  la fidélité qu’elle portait à   Mozart.
Mais cette amour, cette fidélité a  tout emporté,  a garotté ses  fils.
Isabelle Duquesnoy nous replonge dans cette fin du 18ème siècle et ce début du 19eme siècle à  Vienne alors que le bruit et la fureur de la Révolution française apportent  leurs lots  d’aristocrates en Autriche avant que Napoléon ne viennent installer son Empire.
Constance Weber a dormi avec le masque mortuaire de Mozart, a gratté à mains nues la terre de la fosse commune pour retrouver une relique de son mari.
Redoutable était-elle, mais que nous lui devons nous de connaître le génie de Wolgang Amadeus Mozart.

Une partie de badminton d’Olivier Adam. Flammarion.💛💛💛

Une partie de badminton par Adam

Une partie de badminton est l’occasion pour Olivier Adam de nous emmener sur les traces de son double littéraire Paul.
Tous les 5 ans environ, Olivier Adam nous met en présence de Paul . Après Falaises , Des vents contraires et Les lisières revoilà Paul est sa quarantaine mélancolique et légèrement dépressive..
Le personnage de Paul ,double littéraire , a le bon goût de vieillir tout comme son porte plume écrivain.
Disons le tout de suite, ceux qui n’apprécient pas Olivier Adam car se complaisant dans la mélancolie, le regard sur soi et le tourner en rond entre banlieues et Bretagne ne changeront pas d’avis.
Paul , écrivain qui ne publie plus, est revenu habiter en Bretagne après 5 ans à Paris.
Il a trouvé un petit boulot en tant que journaliste , échotier au journal local L’Émeraude.
Sa femme Sarah est prof dans un collège voisin.
Ses deux enfants Manon et Clément sont lycéen et collégien.
Dans cette Bretagne provinciale et lointaine,il pensait être à l’abri des soubresauts du monde et de sa vie personnelle.
Quelle erreur ! Paul voit sa vie conjugale , familiale, professionnelle mise à l’épreuve.
Olivier Adam reprend ses thèmes favoris : la famille , les parents , l’identité ,la banlieue , les zones périphériques, l’engagement politique si possible à gauche , les réfugiés.
Evidemment comme nous sommes dans un roman il y a pléthore d’événements pour appuyer tous les propos d’Olivier Adam.
C’est peut être en cela que le roman d’ Olivier Adam pèche. A force d’accumuler, le propos du roman peut se diluer.
Néanmoins cette réflexion est bien ancrée dans notre réalité de tous les jours, qu’elle soit sociale et politique.
Enfin, que faut il penser de ce Paul, double d’Olivier Adam , qui ne vend plus de livres, et dont Olivier Adam nous parle pendant 375 pages.
Ces 375 pages qu’il espère proposer à de nombreux lecteurs.
Vaste réflexion et schizophrénie !

La Tentation de Luc Lang. Stock.💛💛💛💛

La tentation par Lang

Comme dans son roman précédent Au commencement du septième jourLuc Lang interroge le monde et la famille dans son nouveau roman La tentation.
Dans Au commencement du septième jour Luc Lang s’interrogeait sur le monde du travail, la relation cadre – employeur.
Dans La Tentation, il reprend l’exemple du monde du travail pour affirmer son propos : Nous avons un ancien monde et un nouveau monde. ce nouveau monde est le monde des financiers, des associés, de la virtualité , de l’argent facile.
François le père est un chirurgien reconnu et un chasseur émérite. Dans son esprit ses enfants Mathieu et Mathilde doivent suivre la ligne familiale et faire des études de médecine. Tradition et ancien monde.
Mathieu, son fils, financier de haut vol et trader à New York est le protype du nouveau monde.
Il a commencé ses études de médecine, répondant à la tradition familiale puis a tout plaqué pour la finance.
Il voit d’ailleurs la médecine au travers de la fincance : rachat de cliniques – bénéfices – argent facile.
Mathilde la fille ,est resté fidèle à la tradition familiale et a commencé de études de médecine.
Mais une passion dévorante pour un escroc patenté va l’en détourner.
Enfin Maria , l’épouse,la mère et belle mère a une psyché un peu perchée qu’elle soigne par des fréquents séjours dans des couvents de religieuses.
C’est sur la durée d’un week-end , à la Toussaint, que Luc Lang va faire inter agir ses personnages.
François est monté dans son relais de chasse sur les contreforts du Mont Cenis afin de chasser le cerf.
Et il se trouve nez à nez avec la plus bête qu’il n’est jamais rencontré : un cerf à seize bois. il le vise et le blesse seulement. Après une poursuite il a la possibilité de l’achever mais ne le fait pas et au contraire le soigne dans son relais.
En même temps qu’il chasse , sur une route il voit passer une voiture qui évite ce cerf. Dans cette voiture , côté passager , il pense apercevoir sa fille Mathilde.
Au relais il trouve son fils Mathieu alors que c,était nullement prévu.
A partir de cette situation le roman va se constituer en quatre chapitres dont la temporalité n’est pas linéaire.
Réalité, rêve,cauchemar. A chacun de se faire son idée.
Quand au quatrième chapitre, il laisse au lecteur la possibilité du positif et du négatif.
Comme d’habitude avec les romans de Luc Lang l’écriture est ample,poétique, précise et violente.
Les phrases peuvent être courtes et définitives. Mais aussi longues et tourmentées.
Les premières pages du roman sur la chasse du cerf sont magnifiques et haletantes.
Tout y est , les mots techniques sur la chasse , la description de la montagne, sauvage , prise dans la gangue automnale , les émotions et ressentis de François mais aussi du cerf.
Néanmoins la lecture du roman de Luc Lang n’est pas de tout repos , car le livre n’est pas linéaire et l’écriture est dense.
Il faut accepter de ne pas toujours comprendre l’ensemble du propos de l’écrivain.
Par contre se plonger dans ce monde , vieux ou nouveau, au milieu des montagnes de Maurienne et de Vanoise est un grand plaisir.
Quand on ferme le roman , le précipité n’est pas encore reposé. Il faudra quelques jours pour s’extraire de cette histoire et de ces personnages.
N’est ce pas l’un des ingrédients d’un bon livre ?

La petite sonneuse de cloche de Jérôme Attal. Robert Laffont.💛💛💛

La petite sonneuse de cloches par Attal

Quelle belle idée de départ !
Un vénérable professeur de littérature française est interpellé par les dernières phrases du chapitre cinq du livre dixième des Mémoires d’outre-tombe.
Voici ses phrases :  » j’entendis le bruit d’un baiser, et la cloche tinta le point du jour. La sonneuse fut épouvantée  lorsque je sortis avec elle par la porte du cloître.  Je lui contai mon aventure; elle me dit qu’elle était venue remplir les fonctions de son père malade : nous ne parlâmes pas du baiser.
Nous sommes à l’abbaye de Westminter à Londres.
Notre vénérable professeur de littérature française travaille à l’écriture d’un livre sur les amours De Chateaubriand.
Il est gravement malade et va mourir avant d’avoir terminé son livre.
Son fils Joachim va trouver les épreuves du livre et un chapitre en friche s’ouvrant sur l’interrogation : la petite sonneuse de cloches ?
Joachim part alors pour Londres afin de répondre  à cette interrogation.
A partir de cette idée Jérôme Attal va développer deux fictions :
La recherche par Joachim  des documents et archives pouvant valider l’existence de cette petite sonneuse de cloche.
Mais surtout la recherche De Chateaubriand  qui veut retrouver le goût de ce baiser  et le visage de la petite sonneuse.
Tout au long du roman les deux recherches se répondent. Recherche d’amour, de romantisme.
Malheureusement Jérôme Attal reste sur l’écume des sentiments et des situations.
Et quelque soit la fiction, en 1793 ou de nos jours,  l’histoire ne décolle pas.
Le Londres de 1793 est bien documenté,  la vie de migrant de Chateaubriand de même.
Quand à Joachim, on s’aperçoit rapidement que sa recherche est l’exact reflet de celle De Chateaubriand.
Peut être que cette écume des sentiments et des situations correspond  la frivolité du milieu artistique et aristocratique du Londres de 1793.
Dans une interview  Jérôme Attal indique que son roman aborde Deux révolutions,  la révolution française,  et la révolution du sentiment amoureux. Celui ci passant du libertinage, des liaisons dangereuses au romantisme.
Je n’ai trouvé que partiellement dans son livre cette révolution du sentiment amoureux.
La recherche magnifiée de la petite sonneuse de cloches ou de la femme du 21ème siècle me paraît vraiment partielle pour parler du romantisme.
On revient à l’écume des choses.
Néanmoins La petite sonneuse de cloches reste un roman très agréable à lire.
C’est peut-être l’essentiel mais je crains que dans quelques semaines le roman sera comme l’écume,  évaporée.

Lautrec de Matthieu Mégevand.Flammarion. 💛💛💛💛

Lautrec par Mégevand

Ce livre est le deuxième volet d’une trilogie sur la création.
Le premier volet à été publié en 2018 sous le titre La bonne vie

Vous pouvez trouver mon billet  sur ce livre , sur le blog.
A travers les deux premiers volets de sa trilogie Mathieu Megevand interroge le phénomène de la création en le rapprochant de la destruction.
Dans son premier roman ,la création advenait par une quête existentielle et une prise massive d’alcool et de drogues de Roger Gilbert Lecomte, poète des années 1930
Dans son deuxième volet, il interroge toujours la création à travers un artiste mondialement connu : Henri Marie Raymond de Toulouse Lautrec Monfa.
Ce livre n’est pas une biographie, ni une étude des toiles De Toulouse Lautrec.
A travers la vie De Toulouse Lautrec, Matthieu Megevand veut nous amener au plus près de l’acte de création. Et de nous montrer que celui-ci est toujours proche d’une destruction .
Avec Toulouse Lautrec ce lien entre création et destruction vient de sa petite taille, due à une maladie génétique.
Sa vie de peintre à Montmartre s’est nourri de ce handicap et du regard que lui portait les femmes.
Accro à l’alcool , au rhum et à l’absinthe , il devint le peintre des cabarets, des bordels et des maisons closes.
Avec les danseuses, les prostituées et les petites gens, il trouvait une proximité de vie et de handicap.
D’un côté des femmes abandonnées par la vie,essayant de survivre, de l’autre côté Toulouse Lautrec au physique abandonné.
Cette catharsis à pu se développer et Toulouse Lautrec à pu rendre par ces dessins, ces peintures, ces lithographies, des instants de vie du monde des prostituées et des cabarets.
Cette création proche de la destruction montre des êtres bruts et vivants.
Toulouse Lautrec mourra à 36 ans de la syphilis et nous laissera une oeuvre foisonnante et multiple.
Matthieu Megevand par sa représentation de la création nous donne envie de courir à l’exposition du Grand Palais à Paris sur Toulouse Lautrec.

Titus n’aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai .P.O.L.💛💛💛💛

Titus n'aimait pas Bérénice par Azoulai

Avouez que commencer un livre dont le titre est : Titus n’aimait pas Bérénice , et que ce livre parle en grande partie de Racine , n’engage pas à la légèreté.
Il me reste quelques souvenirs lycéens des tragédies de Racine et de son attachement à Port Royal et son jansénisme. Il me semble me souvenir que je ne sautais pas de joie à la lecture du théâtre de Racine. Un peu rigoureux avec les alexandrins et la norme sévère et religieuse de Port Royal.
J’ai retrouvé cela dans le roman de Nathalie Azoulai, mais j’ai surtout trouvé une langue faite de finesse,de recherche de sens.
Que cette langue soit latine, du 17ème siècle ou du 21ème siècle elle irrigue le roman.
Pour nous parler de Racine et du tragique triangle amoureux, Nathalie Azoulai se base sur l’histoire de Titus et Bérénice. Titus roi de Rome et Bérénice reine de Palestine.  » Ils s’aiment, moi non plus » au 1er siècle et Racine en fera une pièce au 17ème siècle.
Et Titus et Bérénice existent et s’aiment au 21ème siècle. Non la réalité, c’est que Titus n’aime pas Bérénice alors que Bérénice pense que Titus l’aime. Titus est marié à Roma et l’amour matrimonial est le plus fort. Titus quitte Bérénice.
Pour comprendre la situation Bérénice se dit que revenir à la source est peut être nécessaire et que la lecture des pièces de Racine est peut être un préalable à toute compréhension.
Et effectivement la vie de Racine : janséniste, bourgeois et courtisan apporte un éclairage, un jeu de miroir avec Titus et Bérénice du 21ème siècle.
La grande réussite du roman de Nathalie Azoulai vient de l’écriture fine et légère qui répond à ce que devait être les joutes oratoires dans les salons versaillais.
Cette finesse et cette légèreté n’empêche pas la violence des rencontres, l’arrogance ou encore l’affrontement entre Versailles et Port Royal ou jésuites et jansénistes.
Par le texte de Nathalie Azoulai les alexandrins revivent devant nous et donnent une furieuse envie de ce plonger sans Phèdre, Andromaque ou bien sûr Titus et Bérénice.
Quant au lien entre les Titus et Bérénice du 17ème et 21ème siècle, je laisse à chacun s’approprier leurs histoires et en faire sa propre mouture.

Idaho d’Emily Ruskovich. Gallmeister .💛💛💛💛

Idaho par Ruskovich

Idaho d’Emily Ruskovich est un roman sur la mémoire , ce dont on se souvient , ce que l’on oublie et ce qui nous échappe.
Et dans ce roman un certain nombre de moments nous échappe.
C’est toute la force de ce premier roman d’une grande maturité. c’est un roman exigeant car beaucoup de questions restent volontairement sans réponse.
La structure du roman est aussi exigeante car il y a des allers retours incessant, selon les chapitres,entre 1973 et 2005.
Cela semble normal quand on sait que tout se base sur la mémoire , les souvenirs , le chagrin et la perte.
Le point de départ du livre est un infanticide difficilement compréhensible. Une petite fille de 6 ans , May est tué par sa mère Jenny sous les yeux de son père Wade et de sa soeur June qui s’enfuit.
C’est à travers , Ann , la seconde femme de Wade, qu’Emily Ruskovich va nous proposer une reconstitution partielle des faits.
Cette restitution est partielle car Wade atteint d’une maladie dégénérative, tout comme son père et grand père, a la mémoire qui se délite.
A partir de ces pertes de mémoire qu’en est il d’une perception ou d’une réalité. Que pouvons nous comprendre du comportement des autres alors que nous n’avons pas toutes connaissances.
Jusqu’au bout la tragédie gardera une part de mystère.
ce roman est évanescent et obsédant.
Evanescant comme le sont les paysages de l’Idaho entre chaleur mais aussi paysages hivernaux noyés dans la neige et le vent et relevés par la musique au piano que nous joue Ann.
Autour d’Ann et de Wade , le personnage de Jenny interroge, déconcerte ; mais qu’en savons nous réellement ?
Et pour terminer ce billet je reprendrai un extrait de la critique de Télèrama : « L’auteure sidère par son art de brouiller les pistes, d’enterrer les réponses, de voiler les visages, pour laisser la vérité affleurer par scintillement. »

Vladimir Vladimirovitch de Bernard Chambaz . Flammarion 💛💛💛

Vladimir Vladimirovitch par Chambaz

Après avoir découvert Bernard Chambaz dans un autre Éden et avoir beaucoup aimé, je suis revenu en arrière dans la bibliographie de l’auteur et j’ai lu Vladimir Vladimirovitch.
Je n’ai pas ressenti le même coup de coeur que pour un autre Éden car il n’y a pas le côté autobiographique qui soutenait émotionnellement le roman.
Néanmoins dans Vladimir VladimirovitchBernard Chambaz déjà, mélangeait la fiction et la réalité en faisant un semblant de biographie d’un personnage réel ( Poutine ) afin d’asseoir la vie de son personnage de fiction.
Cette dualité entre le président russe Vladimir Vladimirovitch Poutine et son homonyme inconnu, machiniste retraité va permettre à Bernard Chambaz de nous raconter la petite et la grande histoire de l’URSS et de la Russie.
Mais où se situe la petite histoire et la grande histoire. La logique voudrait que Poutine soit synonyme de grande histoire et son homonyme Vladimir Vladimirovitch synonyme de petite histoire.
Ce n’est pas si simple et les chapitres passant de l’un à l’autre des personnages entretiennent l’ambiguïté.
Il est réjouissant de constater les mises en scène autour de Poutine pour « heroiser  » le personnage : remontée d’amphores d’un lac, vol en deltaplane au milieu des grues , partie de badmington, descente en bobsleigh etc…
ou le ridicule côtoie le culte de la personnalité.
De son côté Vladimir Vladimirovitch remplit ses petits cahiers et carnets de la vie de son homonyme qui depuis 1999 lui pourrit la vie.
C’est l’occasion pour le lecteur de revisiter l’URSS et la Russie à travers une biographie de Poutine depuis son enfance jusqu’à son omnipresidence.
C’est dans le mélange de ces deux personnages que l’on retrouve l’ambiguïté et la mélancolie de l’âme russe.
Il ne faut pas se fier aux yeux de phoqueset au sourire mélancolique de Poutine.
Derrière ce regard triste il est le tsar de toutes les Russies.