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Apeirogon de Colum McCann. Belfond . 💛💛💛💛💛

Apeirogon par McCann

Apeirogon : figure géométrique  au nombre infini de côté.
Il y a mieux que ce nom barbare pour donner un titre à un roman. Et pourtant….
Le dernier livre de Colum McCann est étourdissant  dans sa forme comme dans le fond.
Colum  McCann s’appuie sur des faits réels qui ce sont déroulés il y a 23 et 13 ans en Israël et en Cisjordanie.
En 1997 Rami Elhanan, israélien,  a perdu sa fille de 13 ans Smadar lors d’un attentat kamikaze du Hamas dans Yehuda Street à Jérusalem.
En 2007 Bassam Aramin, palestinien, à perdu sa fille de 10 ans  Abir , abattu par un tireur israélien alors qu’elle allait à l’école.
Rami et Bassam, né pour haïr le peuple ennemi vont au contraire devenir inlassablement des conteurs de leur vie et inlassablement  des combattants pour la paix au travers des associations le Cercle des Parents ou Les combattants pour la Paix.
A partir de ces événements Colum McCann va tisser un roman hybride entre fiction et réalité.
Le roman est constitué de 1000 chapitres ( faut il  voir un lien avec ce qui est dit au chapitre 220 : il n’y a de nombres amicaux qu’en deçà de 1 000 ) Les chapitres peuvent être de plusieurs pages ou au contraire ne contenir qu’une seule phrase.
La première partie contient 499 chapitres numérotés de façon croissante ( 1 à 499 ). le chapitre 500 est double et il regroupe les interviews menés auprès  de Rami Elhanan et Bassam Aramin.
La deuxième partie contient elle aussi 499 chapitres numérotés de façon décroissante ( 499 à  1 ).
Vous remarquerez que l’auteur s’est astreint à une numérotation arabe croissante et à  une numérotation juive décroissante.
Tout le roman est marqué  par ce balancier entre monde arabe palestinien et monde israélien juif. Qu’il est difficile de rester sur une ligne de crête .
Cette ligne de crête que Colum McCann décrit de façon poétique avec le fildeferiste Philippe Petit qui a tendu son fil au dessus de la vallée de Hinnom encore connue sous le nom de vallée de la Gehenne. Philippe Petit portait une tenue ample aux couleurs des drapeaux israélien et palestinien. le bras et la jambe opposée représentant un drapeau. Dans une poche un pigeon blanc qui devait s’envoler représentait la paix.
Pas une colombe car Philippe Petit n’en avait pas trouvé à Jérusalem.  Quel symbole !
Tout comme ce pigeon qui ne voulut pas s’envoler et resta posé sur la tête de Philippe Petit ou sur l’extrémité de son balancier et pouvant compromettre la traversée du fildeferiste.Ligne de crête.
Cette ligne de crête qui nous rappelle que tout est géographie dans ces territoires minuscules.
 » Il se penche à  gauche et slalome jusqu’à la voie de dépassement,  vers les tunnels, le mur de séparation,  la ville de Beit Jala. Un coup de guidon, deux possibilités : Gilo d’un coté ( israelien) Bethléem de l’autre. ( palestinien ) »
Chapitre 2 :   » Cette route mène à la Zone A sous autorité palestinienne. Entrée interdite aux citoyens israéliens. Danger de mort et violation de la loi israélienne. »
Il est interdit à tous Israélien d’aller en Cisjordanie.  Israël ne donne aucune information sur la Cisjordanie.
Chapitre 67  » Au loin au dessus de Jérusalem le dirigeable s’élève « 
Du dirigeable on peut  observer.  Combien de capteurs de caméra ?
Chapitre 251  » En 2004, des tourniquets ont été installés aux checkpoints piétons de Cisjordanie afin que les gens puissent passer en bon ordre…. A intervalles de quelques secondes, les tourniquets sont bloqués  et les piétons restent enfermés dans de long tunnels métalliques. … La technique utilisée aux checkpoints est si fine que même les murmures les plus discrets peuvent être enregistrés. « 

Tout est géographie et ligne de crête.  C’est là que vivent les familles de Bassam et Rami.
réunis par le malheur et la perte d’un enfant
Plutôt qu’une narration classique, Colum MacCann nous distille un récit fragmenté  comme ces bombes terroristes où israéliennes . La forme fragmentée  du livre est le miroir de la complexité  des relations israelo-palestiniennes.
 S’ouvrant sur les collines de Jérusalem et se terminant sur celles de Jéricho, le livre plonge dans tous les domaines. Il mélange politique, religion, histoire, musique, ornithologie, géopolitique, géographie.
Il se déploie en cercles de plus en plus larges pour absorber tout ce qui, de près ou de loin, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, nous apprend quelque chose sur cette terre et ses hommes .
Ces cercles qui  nous disent que le conflit israelo- palestinien est le nôtre.  Nous sommes tous l’un des innombrables côtés de l’Apeirogon.
Ces côtés de l’Apeirogon qui invariablement reviendront nous dire les circonstances de la mort d’Abir et de Smadar.
Et dans toutes les conférences qu’ils feront à travers le monde Rami et Bassam auront toujours les mêmes mots :
Mon nom est Rami Elhanan. Je suis le père de Smadar.
Mon nom est Bassam Aramin. Je suis le père  d’Abir.
Simplement humain. Tellement humain.
Avec son humanisme Colum McCann saisit l’insaisissable situation de deux peuples voisins… Il était bien placé, lui, l’Irlandais au pays longtemps déchiré, pour essayer de comprendre cette folie d’une paix à  trouver
 Et cette phrase prononcée par un frère d’Abir : «La seule vengeance consiste à faire la paix.»
Magistral.

Colum McCann | Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Colum McCann (né le 28 février 1965 à Dublin) est un écrivain irlandais. Après avoir été journaliste, il commence à écrire des romans en 1995 et accède à la notoriété avec Et que le vaste monde poursuive sa course folle (Let The Great World Spin, 2009) primé à de nombreuses occasions. Il vit à New York où il enseigne l’écriture créative.

LE 25/09/2020 Extrait interview sur France Culture.

Les mille et une histoires de Colum McCann

L’écrivain irlando-américain Colum McCann est notre invité. Il revient 10 ans après “Et que le vaste monde poursuive sa course folle”. Un roman salué par la critique et traduit en 40 langues. Il signe cette rentrée Apeirogon, chez Belfond. Un titre emprunté à la géométrie, qui désigne un polygone au nombre infini de côté. Une figure géométrique qu’il transpose en littérature pour retracer les multiples facettes du conflit israelo-palestinien.

Apeirogon : de loin un cercle, de près un polygone au nombre infini de côtés

L’apeirogon, c’est une forme avec un nombre infini de côté. Je sais que c’est un titre assez risqué, mais ce que je voulais dire, c’est que nous sommes tous impliqués dans chaque récit. Nous sommes tous complices. Nous sommes tous présents. C’est l’histoire de deux hommes, deux pères qui ont perdu leur fille en Israël, en Palestine. Ça pourrait être aussi une histoire qui se passe à Paris, Dublin, ou New York. Une histoire, c’est toute nos histoires.  

Mille et un chapitres : raconter pour survivre

« Après avoir rencontré Rami et Bassam, je me suis rendu compte qu’ils racontaient l’histoire de leurs filles pour les garder vivantes. Comme Shéhérazade dans les mille et une nuits. J’ai donc raconté mille et une histoire. Mais je voulais également que ça ait l’air d’une symphonie, que chaque section soit une note de cette symphonie. Je voulais tenter de refléter l’état d’esprit contemporain, la façon dont on passe d’un endroit à l’autre en sautant d’un endroit à l’autre, d’un sujet à l’autre ».

Ecrire sur les murs

Je n’aurais pas pu écrire ce roman à partir d’un endroit autre que mon enfance irlandaise. Je suis né à Dublin. Je me souviens petit être passé du côté Nord, j’ai vu les check point et je me suis demandé pourquoi il y avait des soldats. J’ai grandi dans une atmosphère semblable, certes pas identique, mais semblable, à ce qui se passe en Israël et en Palestine. J’ai toujours été fasciné par cette idée de paix, des faiseurs de paix, et par l’idée que la paix est plus difficile à atteindre que la guerre. 

Tous des oiseaux

Colum signifie colombe ou tourterelle en gaélique. Je n’étais pas tellement intéressé par les oiseaux jusqu’à ce que j’aille à Jérusalem et que je rencontre les deux protagonistes de mon roman.  Israël et la Palestine est la deuxième autoroute au monde pour les migrations d’oiseaux, qui viennent de la France, d’Allemagne, de Suède, d’Afrique du Sud, de l’Algérie… Ils survolent cet espace aérien. Et souvent, ils atterrissent sur le sol et ils apportent en quelque sorte les récits d’autres endroits à ce lieu particulier, Israël et la Palestine. 

« Nous avons là le lieu de rencontre de trois continents l’Afrique, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. Il y a le lieu de rencontre de ces religions, les principales religions du monde. Il y a une énergie là, une énergie nucléaire qui se tient dans cette partie du monde. Oui, oui, il y a un conflit terrible. Il y a énormément de tristesse. Il y a aussi une beauté incroyable là bas. Je voulais capturer cette beauté à travers les formes de ces oiseaux migrateurs ».  

Arène de Négar Djavadi. Liana Lévi.💛 💛💛💛

Arène par Djavadi

Arène est un roman contemporain, urbain et totalement de notre époque.  La crise sanitaire aurait pu s’y inviter sans problème.
Negar Djavadi situe son arène dans l’Est Parisien. L’Est parisien  n’est pas en banlieue. Nous sommes dans Paris intra muros entre le Canal Saint MartinLa Villette, Menilmontant, Belle ville ou encore la Place du Colonel Fabien, les Buttes Chaumont.
C’est dans ce territoire que va se retrouver Benjamin Grossman. C’est le territoire de son enfance qu’il n’habite plus depuis longtemps. Benjamin Grossman est devenu un habitant des beaux quartiers auxquels il ne peut rien arriver. Il est du côté de la réussite,  de l’argent, des happy few.  La preuve : il est l’un des dirigeants de la plateforme cinématographique et télévisuelle américaine BeCurrent.
Et pourtant…
Benjamin Grossman retourne dans son quartier d’enfance et s’attable dans un bar de Belle ville. Il est bousculé par un gamin et son téléphone disparaît. Il poursuit le gamin, le rattrape et s’ensuit une altercation violente.
Le lendemain sur les réseaux sociaux circule la vidéo  du corps sans vie d’un adolescent bousculée par une policière.
Bienvenue dans l’arène urbaine !
A partir de ces deux événements  (vol d’un portable et vidéo dénonçant des violences policières ) Negar Djavadi va construire un simili polar sombre dans lequel aucun des personnages ne pourra sortir de cette arène et sera confronté à sa réalité.
A la précision de la mécanique s’ajoute la remarquable écriture de Negar Djavadi.  Écriture en symbiose avec ces quartiers populaires,  communistes qui sont aujourd’hui un creuset multiracial, solidaire où différents trafics prospères.
Cette arène est aussi une arène visuelle, médiatique.  L’image trône en majesté.  Que ce soit Benjamin Grossman ou les personnages vivant dans cette arène  la relation à l’image est constante. Benjamin Grossman en a fait sa profession et ne vit qu’à travers la production et la réalisation de séries.  Séries qui abreuverons l’arène.  Que ce soit les jeunes des cités,  les mères de famille, les travailleurs au noir, tout le monde est addict à  l’image, aux réseaux sociaux.
La force de l’image n’a pas de limite.  Elle déboule dans l’arène  et casse tous les codes. Chacun est confronté à la réalité où à l’irréalité de l’image. du jeune de la cité, à la prétendante  à la mairie de Paris en passant par Benjamin Grossman, les trafiquants ou encore des prédicateurs; tous sont entraînés dans une logique fatale ou  l’image continuera à se nourrir de la réalité  afin que des plateformes média transforment tout cela en séries  violentes et noires, reflet de notre société.
Noir et implacable.

CFDT - [Entretien] Négar Djavadi : Mille et une vies
Négar Djavadi, scénariste et réalisatrice pour le cinéma, fait en 2016 une grande entrée dans le monde littéraire avec un premier roman d’une richesse peu commune, formidable saga entre l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.
Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny. À l’âge de 11 ans, elle fuit clandestinement l’Iran et la révolution islamique avec sa mère et ses deux sœurs en traversant les montagnes du Kurdistan à cheval. Plus tard installées à Paris, Négar Djavadi suit des études de cinéma à l’INSAS de Bruxelles. Scénariste, monteuse et réalisatrice, elle enseigne également de 1996 à 2000 à l’Université Paris 8.

Le sel de tous les oublis. Yasmina Khadra. Julliard. 💛💛💛

Le Sel de tous les oublis par Khadra

Le sel de tous les oublis est un roman déroutant tel que sait les écrire Yasmina Khadra.
de quel oubli parle-t-on ?
Est ce l’oubli des autres ou est ce l’oubli de soi ?
 » Si tout le monde te déçoit sache
qu’il y en a d’autres dans la vie
sèche la mer et marche
sur le sel de tous les oublis « 
 » de quelle mer parles-tu vieillard ?
de celle de tes larmes « 
Adem est un instituteur dans les années 1950/1960 en Algérie aux confins de l’indépendance de son pays.
Sa femme Dalal vient de lui annoncer qu’elle le quittait.
Adem quitte tout aussi. Son école, ses élèves et tel un Don Quichotte il part pour l’errance.
Errance qui rime avec ivresse, pauvreté mais aussi rencontres.
Errance qui séchera l’âme et qui fera apparaitre le sel de tous les oublis.
A travers le portrait d’Adem, Yasmina Khadra nous parle de l ‘Algérie des années 50. Une Algérie vivant par le colonialisme et dans la tradition de ses peuplades berbères ou Kabyle.
Quand Adem « est plaqué » par sa femme on ne peut s’empêcher de faire le lien avec l’ Algérie qui va plaquer son colonisateur.
Ce colonisateur qui s’en va et qui laisse le sel de tous ses oublis.
Ce sel qui deviendra rapidement un pouvoir militaire dictatorial. On passe d’un extrême moyenâgeux aux affres du pouvoir unique.
En écho à ce monde politique obtus , Yasmina Khadra nous livre un livre où les femmes savent prendre leurs libertés.
De façon très différente Dalal et Hadda sont des femmes libres qui regardent droit devant.
Ce n’est pas obligatoirement le cas d’Adem, poursuivis par ces démons et son égoïsme. Pourtant sur son chemin d’errance, de nombreux personnages vont s’offrir à lui pour méditer sur la possession, la rupture.
Des personnages à la marge de la société ( nain – fous ) qui le laisseront dans ces interrogations .
Don Quichotte est toujours en quête , tout comme Adem ou encore l’Algérie. Pourtant les femmes….
Déroutant

Le bruit des avions de Sophie Reungeot. Harper Collins. 💛💛

Le bruit des avions par Reungeot

Le bruit des avions de Sophie Reungeot est un premier roman contemporain se déroulant entre 2015 et 2017.
Le 13 Novembre 2015 , Audrey est au Bataclan lors de l’attentat. Elle arrive à sortir saine et sauve et se précipite dans un taxi où se trouve Laura.
Audrey et Laura sont deux trentenaires bien en phase avec leur époque.
Audrey , originaire d’une famille de Nevers, est montée à Paris pour faire des études d’architecte d’intérieur. Elle travaille et subit Mika , prêtresse de l’architecture de luxe et des nuits parisiennes.
Laura , elle, est joueuse de poker professionnelle. Addict aux tables de poker et au poker on line.
Ce pitch posé, on se dit que le roman va tourner autour de la reconstruction après un attentat, ou encore autour de la relation entre Audrey et Laura.
Et c’est là qu’est la déception.
Cette reconstruction dans un monde post attentat aurait pu être le sujet principal du roman.
Malheureusement ce n’est pas le cas. S’ajoute des relations mère- fille , des mélanges d’histoire entre des binômes : Audrey /Laura – Christine/Betty – Nicole/Josiane .
Le tout noyé dans une profusion de termes anglais pour parler du poker et une bande son anglo saxonne ne se donnant pas la peine d’un minimum de traduction. Tout le monde n’est pas au top en anglais et les paroles de David Bowie ou Kate Bush auraient méritées une traduction.
En définitive , une déception avec une 1ère partie longue de 100 pages avant la rencontre d’Audrey et Laura.
Je m’attendais à un développement psychologique plus important sachant qu’un personnage avait subi un attentat et qu’un autre est addict au poker.
Ce manque de développement psychologique entr’autre fait qu’il est difficile d’adhérer aux personnages de Laura et Audrey.
On reste spectateur de ce Road trip. Il ne fait que passer.

Sophie Reungeot est une rescapée de l’attentat du Bataclan.

Comme un empire dans un empire d’Alice Zeniter. Flammarion .💛💛💛💛

Comme un empire dans un empire par Zeniter

Le roman d’Alice Zeniter nous plonge dans notre monde actuel.  Totalement contemporain.
Totalement d’aujourd’hui.  C’est un pari ardu que d’écrire sur la réalité de son époque sans recul possible.
C’est ce qu’a fait Alice Zeniter avec son roman Comme un empire dans un empire.
Deux personnages principaux comme le pile ou face d’une pièce.
Il y a l’. Elle est hackeuse.
Il y a Antoine, assistant parlementaire d’un député socialiste.
Deux façons diamétralement opposées de mener un engagement politique et social.
Comment être dans l’action, et saisir le réel de son époque  ?
Le fait de prendre part à  la société induit il un engagement dans des lieux de pouvoir ou peut il être un engagement auprès de communautés ou dans les arcanes du Web.
Ces deux personnages, issus de la classe moyenne et de la méritocratie , veulent être de ceux qui peuvent quelque chose. Antoine le fera par la politique . l’le fera par l’intérieur du Web..
A partir de là Alice Zeniter va nous raconter l’ histoire de ces 2 personnages,  de leur rencontre,  d’une éventuelle rencontre amoureuse.
Mais cette histoire n’est pas le sujet du roman
Le sujet du roman est l’actualité,  les mouvements sociaux ( Nuit debout – #me too ou encore les gilets jaunes) le dedans et le dehors d’Internet.
Alice Zeniter ne prend pas position et nous livre ces personnages à distance.
A nous de nous faire notre opinion.
Cela peut manquer de chaleur et de tendresse envers l’et Antoine.
Ne sont ils pas des rouages pour nous dire notre engagement dans notre monde actuel.
Oui nous vivons dans un empire connecté,  médiatique, ultra rapide  . Mais dans cet empire ne pouvons nous pas créer notre propre empire, avoir notre propre engagement ?
Les règles changent, le monde politique peut sembler obsolète et désolant. Cela empêche t il de trouver d’autres modes d’action ou de revisiter l’engagement politique  ?
On peut être militant du dehors ou du dedans.
Alice Zeniter connaît bien cette génération militante  . Elle en fait partie.
Tout est décrit avec finesse ,exactitude au prix d’une belle documentation.
Alice Zeniter nous incite à aller voir le monde d’un peu plus près.
Et ça vaut le coup.

Le Télégramme - Livres - Prix Goncourt. L'ancre briochine d'Alice Zeniter

Alice Zeniter, née d’un père d’origine algérienne (kabyle) et d’une mère française4,5, a grandi à Champfleur, dans la Sarthe, jusqu’à ses 17 ans2, et a suivi une partie de son parcours scolaire à Alençon2, dans l’Orne.

Alice Zeniter a publié son premier roman en 2003, Deux moins un égal zéro, aux Éditions du Petit Véhicule, à 16 ans6.

De 2006 à 2011, elle est élève à l’École normale supérieure, rue d’Ulm7.

Son second roman, Jusque dans nos bras, publié en 2010, chez Albin Michel, est traduit en anglais sous le titre Take This Man.

Elle enseigne également le français en Hongrie, où elle vit plusieurs années. Elle y est assistante-stagiaire à la mise en scène dans la compagnie théâtrale Krétakör du metteur en scène Arpad Schilling8. Puis elle collabore à plusieurs mises en scène de la compagnie théâtrale Pandora, et travaille en 2013 comme dramaturge pour la compagnie Kobal’t9.

En 2013, elle est chargée d’enseignement à l’université Sorbonne Nouvelle. Cette même année, elle crée sa propre compagnie, L’Entente Cordiale et met en scène plusieurs spectacles, notamment des pièces jeune public et des lectures musicales de ses propres textes10,11.

Elle collabore à l’écriture du long métrage Fever, une adaptation du roman éponyme de Leslie Kaplan, réalisé par Raphaël Neal et sorti en 2015.

L’Art de perdre, publié en 2017, a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix Goncourt des lycéens. Le livre retrace le destin d’une famille originaire d’Algérie française dont l’aïeul a quitté l’Algérie en 1962, considéré comme harki par les Algériens et Algérien par les Français.

Héritage de Miguel Bonnefoy. Payot et Rivages.💛💛💛💛💛

Héritage par Bonnefoy

Quel plaisir de lecture que le dernier livre de Miguel Bonnefoy  » Héritage  » .
Comme dans Sucre Noir Miguel Bonnefoy nous entraîne dans les pas de son histoire et de ses exils.  Sucre Noir nous parlait du monde caribéen. Héritage, lui, nous entraîne sur un siècle de la France au Chili. France et Chili qui seront des terres de vie et d’exil.
Sous la trace de ce roman se peint en filigrane les éxils et immigration de la famille de Miguel Bonnefoy.
En 200 pages d’une rare finesse, d’une écriture ciselée,  poétique  mais aussi pouvant être enlevée et rugueuse, Miguel Bonnefoy nous convie à  une fresque éblouissante auprès de personnages romanesques, engagés et tellement humain.
Personnages liées par les liens familiaux au delà  de l’ Atlantique.
Tout commence avec un jurassien bon teint, viticulteur de son état.  Nous sommes dans les années qui suivent la guerre de 1870.
Le philoxera à déjà détruit les vignobles bordelais et du Sud de la France.
Le vignoble du Jura est lui aussi touché.  Notre viticulteur à tout perdu sauf un pied de vigne et un peu de cette terre à l’odeur de noix et de morilles.
Avec 30 francs et ce pied de vigne en poche, il prend le bateau au Havre pour rejoindre la Californie et la Napa Valley.  le canal de Panama n’existant pas , le passage par le Canal de Magellan et le sud austral est une nécessité.  Dans ces parages désolés la fièvre typhoïde se déclara,  le toucha et obligea le bateau à faire escale à Valparaiso.
Notre viticulteur de Lons le Saunier décida en définitive de rester à  Valparaiso au Chili.
Les arcanes de l’immigration fit qu’on lui donna le nom de Lonsonnier.
Il rencontra Delphine Morizet, bordelaise émigrée au Chili.
De  leur rencontre naquit Lazare.
Lazare Lonsonnier…… je pourrai continuer à vous présenter la famille Lonsonnier mais il n’y en a aucune utilité.
A vous de vous laisser porter par le souffle, la poésie et la magie de cet Héritage.
D’événements extraordinaires en événements quotidiens Miguel Bonnefoy tisse une histoire familiale sur le 20eme siècle.
Les oiseaux, les odeurs, les agrumes ajouteront des moments oniriques à ce 20ème siècle barré de deux guerres mondiales.
Bien qu’ancré dans la réalité, Miguel Bonnefoy nous entraîne dans l’ imaginaire de cette famille et de sa force et de son souffle épris de liberté. .
Je terminerai en reprenant  les phrases en exergue du livre.
« Ceux qui ne peuvent se rappeler leur passé  sont condamnés à le répéter « 
Et le passé  de Miguel Bonnefoy est un bel héritage.

Miguel Bonnefoy - Sucre noir - YouTube
Né en France, Miguel Bonnefoy grandit au Venezuela et au Portugal.
En 2009, il remporte le grand prix de la nouvelle de la Sorbonne Nouvelle avec La Maison et le Voleur. Il publie en italien Quand on enferma le labyrinthe dans le Minotaure en 2009, et en français Naufrages en 2011, sélectionné pour le prix de l’inaperçu 2012.
En 2013, il est lauréat du prix du jeune écrivain avec Icare et autres nouvelles.
Le Voyage d’Octavio son premier roman, publié en 2015, est finaliste du prix Goncourt du premier roman.
En 2016, il remporte avec Jungle le prix des lycéens et apprentis d’Île-de-France.
En 2017, Sucre noir est finaliste du prix Femina.
En 2018-2019, il est pensionnaire à la Villa Médicis.

Héritage, de Miguel Bonnefoy, paru le 19 août 2020 aux éditions Rivages (207 pages)

Extrait : « Quand Ilario Da lui demandait où se trouvait ce pays de merveilles, Aukan pointait la bibliothèque derrière lui et s’exclamait avec un mouvement exalté :
– Ce pays est dans les livres.
Ce fut lui qui alphabétisa l’enfant, d’abord en mapuche, car il s’agissait selon lui de la première grammaire, puis en espagnol, le jour où il constata que sa vivacité d’esprit pouvait contenir aisément une langue ancienne et une autre récente. Ilario Da put rapidement tracer des lettres sans trembler, à l’aide d’une plume d’oie vierge et d’un encrier d’ivoire, avec une déférence religieuse. Quand il eut fini d’écrire son premier mot, il le lut à voix haute, avec un geste déclamatoire : 
Revolución. Il se cloîtra dans sa chambre pour le reproduire en grand, sur plusieurs feuilles différentes, tachant à l’encre noire tous les tapis, remplissant des cahiers de ces dix lettres prophétiques qui n’avait pas encore à ses yeux le triomphe qu’elles auraient bientôt. Ces pages, aux caractères maladroits et gigantesques, furent conservés par Margot dans un petit carton rouge qu’elle rangea à l’étage de la fabrique, sur une étagère de la chapelle de Lazare, jusqu’à ce que vingt ans plus tard la dictature les tirât de l’oubli. »

L’Oeil était dans l »arbre… de Michel Picard. Edition de L’Harmattan. 💛💛

L'oeil était dans l'arbre… et regardait de drôles d'oiseaux par Picard (II)

D’abord merci aux Éditions de l’Harmattan  de m’avoir transmis l’ebook  du livre de Michel Picard : L’oeil était dans l’arbre.
J’ai vu que ce roman avait une douzaine de critiques sur Babelio et qu’une seule était négative.
Et bien je vais rajouter un deuxième avis négatif.
Je ne suis pas adepte de ce genre de littérature,  gore , glaçante et volontairement violente.
Cette littérature ne m’apporte aucun plaisir de lecture.
Cela ne suffit pas pour donner un avis négatif.  C’est un style de littérature auquel je n’adhère pas mais ce n’est pas pour cela que le roman ne serait pas bon.
J’ai lu la totalité du roman   et malheureusement je n’ai pas trouvé que le roman soit bon.
Le roman se passe sur 2 jours : le jour d’avant et le jour d’après.
Il commence d’ailleurs par le jour d’après.
Adrien 18 ans va enterrer un cadavre dans la forêt .
On en saura pas beaucoup plus. Pour en savoir plus il faudra découvrir le jour d’avant.
Et ce jour d’avant est une accumulation d’événements,  de personnages  qui rendent peu crédible l’histoire.
Il se passe tellement de choses en une demi journée que cela en donne le tournis. Une accumulation de révélations  et d’événements plus irréalistes les uns que les autres. A cette accumulation s’ajoute la violence, la perversité.
La lecture devient hachée.
Comment est il possible en une demi journée qu’autant de personnages venant d’horizon si différents se rencontrent.
Cela donne un roman touffu et pour lequel on ne s’accroche à  aucun personnage.
 Savoir qui est le cadavre dans la forêt reste en définitif secondaire  alors que c’est la raison de connaître le jour d’avant.
Cette overdose d’événements,  de violence, de perversité  prennent le pas sur la totalité du roman et le vide de toute substance.

Sabre d’Emmanuel Ruben . Stock 💛💛💛💛

Sabre par Ruben

Quelle facette du nouveau livre d’Emmanuel Ruben mettre en avant. Sabre est un roman multiforme et protéiforme.
Comme dans son précédent roman Sur la route du Danube , Emmanuel Ruben prend prétexte d’un objet pour nous faire voyager dans le monde, la géographie,  l’histoire mais aussi la littérature  .
L’objet de Sur la route du Danube était  le vélo et le Danube. Objet qui nous a permis  tout en remontant le Danube de réfléchir à  l’histoire des Balkans, de la MittelEuropa  ou encore de ka place des migrants dans nos sociétés.  Emmanuel Ruben était  lui même  sur le vélo.
Pour Sabre il a pris son double littéraire,  Samuel Vidouble( !! ) pour nous raconter l’histoire d’un sabre familial jadis accroché  dans la maison familiale et alpestre des grands parents.
Cette recherche du sabre et de son histoire est le prétexte  à la mise en perspective de ce roman multiforme.
Emmanuel Ruben nous entraîne dans une saga familiale truffée de secrets, de non dits.
Cette saga familiale  qui déclenchera grâce à une imagination débordante, une histoire vraie-fausse ou rêvée  de Victor Vidouble de Saint Pesant. C’est drôle et enlevé.
Si ce n’était que cela, le roman serait déjà réussi . Mais il est plus .
Sous les traits de Samuel Vidouble,  Emmanuel Ruben nous parle de lui. de ce prof d’histoire géographie confronté aux mondes d’aujourd’hui mais aussi à sa jeunesse iséroise  et à cette famille originaire des montagnes alpines et d’un monde rural entrain de disparaitre.
La recherche du sabre l’a conduit dans les pas violents de la Révolution, des champs de bataille de l’Empire. C’est violent,  sanguinolant et les victoires sont souvent des défaites.
On croisera Bernadotte, BonaparteDe Gaulle. On voyagera à Dieppe, Moscou, Alger ou encore  Berlin.
Il sera difficile de dénouer le vrai de la fiction mais est ce important  ?
On s’aperçoit  que les chimères et les réalités de l’histoire disent une grande part de la réalité de notre époque.
 » Et, tandis qu’ils obtempéreront sans broncher, tu saisiras  sur le bureau la grande équerre jaune des profs de maths, histoire de te donner une contenance,  mais, croisant le regard de Salie au premier rang, tu reposeras l’éq’uerre aussitôt,  penseras une dernière fois à cet enfant seul le soir, dans la salle à manger de ses grands parents, les yeux rivés  vers ce sabre fêlé,  ce bijou de famille qui le croisait, pointait les ténèbres  et lui indiquait, telle l’aiguille d’une  boussole intime, la source infinie du péril « 
Un livre remarquable alliant histoire, réflexion  mais aussi drôlerie et imagination.

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Emmanuel Rubennom de plume de Jérémie Emmanuel Ruben Brassac, né le 16 novembre 1980 à Lyon, est un écrivain français.

Emmanuel Ruben étudie la géographie à l’École normale supérieure de Lyon1. Il a poursuivi ses études à Paris, à l’Institut de géographie de l’université Panthéon-Sorbonne et à l’Institut national des langues et civilisations orientales.

Reçu major à l’agrégation de géographie (2004), il enseigne l’histoire et la géographie à l’étranger puis en banlieue parisienne.

L’hommequi n’est jamais mort d’Olivier Margot. Lattès .💛💛💛💛

L’homme qui n’est jamais mort par Margot

Que voilà une jolie pépite !
L’homme qui n’est jamais mort retrace la vie de Mathias Sindelar, footballeur autrichien dans les années 1930.
Ce n’est pas un livre de foot, ce n’est pas un livre de sport.
C’est un livre sur un grand personnage d’une honnêteté et d’une dignité absolue.
Il se fait qu’il est footballeur.
C’est un livre qui nous raconte la MittelEuropa entre la fin de l’empire austro hongrois et l’avènement du troisième Reich.
Mathias Sindelar était  de ces hommes déracinés,  d’origine morave, qui vivaient dans les quartiers pauvres de Vienne au milieu de tous ces migrants de l’Europe de l’est : bohémiens, tziganes, juifs.
Mathias Sindelar  était un génie du football. Il fut le meilleur footballeur du monde dans les années 30. Il inventa un jeu musical,un jeu collectif. L’art et la beauté n’étaient jamais loin.
On le surnomma le Mozart du football.
Bien que reconnu et adulé,  il n’oubliait pas d’où  il venait. Dans Ces années 30, il venait d’un monde pauvre prolétaire et ouvrier. Il venait d’un monde solidaire et multiculturel
Ce creuset restera au coeur de ces engagements et de ces convictions.
Et quand il fallu faire face au nazisme et à la barbarie il se trouva là pour célébrer un but devant les gradés nazis.
Et quand il fallu faire face au nazisme et à la barbarie il se trouva là pour refuser de mettre un écriteau dans son bar,  interdisant l’entrée de celui ci aux Juifs.
Toute sa vie il prona la tolérance qu’il avait vécu dans ces quartiers austrocommunistes.
Il le pays de sa vie
D’un footballeur de génie,  il devint un mythe et une légende.
Encore aujourd’hui,  plus de 80 ans après sa mort,  des centaines de personnes se recueillent sur sa tombe, à  Vienne le 23 Janvier .
Olivier Margot dans un style magistral nous fait rencontrer Mathias Sindelar ,ce footballeur qui fut avant tout un grand homme

 

L’Enigme de la chambre 622 de Joel Dicker. De Fallois .💛

L'Énigme de la Chambre 622 par Dicker.

Autant le dire d’entrée le dernier livre de Joël Dicker l’énigme de la chambre 622 m’a irrité  pour son manque de style, son manque de réalisme  et par son arrogance.
J’avais beaucoup aimé La vérité sur l’affaire Harry Quebert.  J’avais moins aimé  le livre des Baltimore et j’en étais resté là des romans de Joël Dicker.
Le libraire m’interpella et me dit : prenez le dernier Joël Dicker, c’est un bon livre pour l’été !
Je suivis son conseil sans être convaincu à  100%  .
Mais un bon livre pour l’été pourquoi pas ?
Malheureusement le dernier livre de Joël Dicker n’est pas un bon livre d’été  et encore moins un bon livre.
Je reviens donc à mon irritation du départ
Je commencerais par l’arrogance. Ce n’est que mon ressenti.
Une des parties du livre concerne la relation de Joël Dicker avec son éditeur  Bernard de Fallois décédé  en 2018.
Cette relation qui paraît si importante aurait peut être mérité de la part de Joël Dicker un livre à  part.
Là c’est encapsulé dans un récit et ce n’a pas lieu d’être à premier abord.
Et puis si l’on regarde de plus près, je trouve que par maladresse – je n’ose penser par malhonnêteté – s’installe une certaine arrogance de la part de Joël Dicker.
J’ai ressenti la relation que décrit Joël Dicker avec son editeur  comme la seule véritable relation de cet éditeur de 90 ans. Comme si Joël Dicker était le légataire universel et le seul à  même de connaître Bernard de Fallois .
Maladresse ou brosse à  reluire alors que le livre est édité  par les Éditions de Fallois.
De même que penser de cette autre partie du roman dans laquelle Joël Dicker himself poursuit l’enquête policière avec Scarlett.
Et celle ci de ne jamais nommer Joël Dicker par son nom, mais par l’entité  » l »écrivain  »
Quelle vanité,  quelle arrogance.
Concernant le manque de réalisme et le manque de style, cela concerne les autres parties du roman qui nous raconte l’énigme de la chambre 622. 500 pages d’aller retour entre Verbier et Genève, entre le palace et les banques de Genève,  le tout sur quinze ans.
500 pages truffées d’invraisemblances , de personnages et de situations irréalistes.
Il y a pourtant une trame continue dans ce roman  : l’héritage sous toutes ces formes, financier, mobilier et humain. Cet héritage humain prenant la forme du besoin de reconnaissance.
Ce besoin de reconnaissance que l’on retrouve entre Sol le père et Lev le fils.
Sol ce saltimbanque qui voudrait que son fils Lev devienne un grand acteur,
Usant de dissimulation et de transformation.
Et comme un jeu de miroir cette relation filiale est transposée dans la relation entre Joël Dicker et Bernard de Fallois  de façon très maladroite.
Soit cette relation à une extrême profondeur et elle ne méritait pas cet encapsulage dans un roman, soit cette relation est une relation d’opportunité  pour écrire un roman.
Tout dans ce roman est opportun. …
Donc on revient à  l’irritation du début de cette chronique.