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Patagonie route 203 d’Eduardo Fernando Varela. Metaillé. 💛💛💛💛

Patagonie route 203 par Varela

 » La vie ne lui accorderait pas une seconde chance: la Patagonie était  tellement immense et illimitée qu’ils risquaient de ne jamais se retrouver, mais par un paradoxe de la géographie,  il arrivait que cette immensité  rapproche les personnes et que leurs chemins se croisent de nouveau  » ( page 349 )
Paradoxe de la Géographie.  La Patagonie est un territoire immense qui couvre le Sud de l’Argentine. Pour le nommer et le matérialiser Eduardo Fernando Varela nous entraîne dans la steppe, le désert,  la cordillère et l’océan.  Nous sautons de méridien en parallèle ,  le vent de face ou de dos mais toujours présent et prégnant. Les nandous et les guanacos batifolent dans ses grandes étendues en essayant de faire fi des interminables fils barbelés.
La Patagonie est striée de routes principales ou secondaires globalement perpendiculaires les unes aux autres. Elles relient des villages, des hameaux aux noms emplit d’histoire,de legende , de solitude et de désespoir :Saline du désespoir, Indien méchant , le ravin des Singes, La Pourrie, La Mule Morte.
C’est dans cette géographie paradoxale que roule le camion de Parker. Celui-ci charge et décharge de la marchandise entre les Ports de l’océan et de la Cordillère.  Il ne roule que sur les routes secondaires.  Il a ses raisons que nous découvrirons peu à peu.  Son camion et la Patagonie représente son univers. Univers qui tient dans son camion : table, chaises, meubles et lit. Imaginer tout cela installé à l’abri du camion, dans la steppe à la clarté des étoiles du Sud, entre onirisme et poésie.
Dans son road trip il va rencontrer Maytén, jeune femme tenant la billetterie d’un Jeu de Massacre dans une fête foraine. Il va en tomber amoureux et l’emmener avec lui au grand dam de Bruno son mari.Va commencer une longue course dans cette immense Patagonie où les personnages sont décalés ou déconnectés.  On croisera un journaliste à la voiture sans frein  qui recherche les épaves des U boat allemands, deux jumeaux boliviens gardien du train fantôme de la fête foraine ou encore des anthropophages.
Cela pourrait paraître absurde mais il n’en est rien dans ce pays de démesure,  et de légende.
Patagonie route 203 est un livre d’un certain lâcher prise et d’une poésie certaine. Eduardo Fernando Varela nous entraîne sur des chemins de traverse ou l’âme humaine vagabonde.
Ses chemins ainsi décrits :Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche  et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez allez arriver à la mer »
Entre temps Eduardo Fernando Valera nous aura perdu dans les dédales d’un train fantôme,  dans les sables humides d’une plage à marée basse aux côtés de Maytén et Parker, aux sons d’un saxophone ou d’un autoradio nasillard sautant de fréquence en fréquence.
Patagonie route 203 est un roman d’ambiance, de paysages mais surtout d’hommes et de femmes cabossés par la vie qui détiennent une part de poésie qui les rend attachants.
On apprécie  faire un bout de chemin avec eux et cette route 203  reste ouverte à tous les vents.

 

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Eduardo Fernando VARELA a 60 ans. Il vit entre Buenos Aires, où il écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et Venise.
Patagonie route 203 est son premier roman.
PRIXPrix Transfuge du Meilleur roman hispanophone – 2020 – Patagonie route 203
Prix Femina étranger : finaliste – 2020 – Patagonie route 203
Prix du Premier roman : sélection catégorie romans étrangers – 2020 – Patagonie route 203
Prix Expression 2020 : sélection (prix de la librairie Expression à Châteauneuf de Grasse) – 2020 – Patagonie route 203
Prix LDB 2020-2021 : sélection (prix de la librairie des bauges à Albertville) – 2020 – Patagonie route 203
Sélection rentrée littéraire Fnac – 2020 – Patagonie route 203
Prix Casa de las Americas – 2019 – Patagonie route 203

Les lois de l’ascension de Céline Curiol. Actes Sud. 💛💛💛💛

Les lois de l'ascension par Curiol

A la fin de son livre Les lois de l’ascension  Céline Curiol rend hommage à  Paul Auster.
Hommage  naturel tellement la forme et le fond du livre sont  » austerien »
Imposance « austerienne » avec ce livre de quelques 830 pages.
Austerien de situer l’action principalement à Belleville – Paris, tout comme Paul Auster fait vivre Brooklyn ou New York.
Et puis la forme… six personnages que l’on retrouve à quatre saisons différentes de 2015 /2016. Un peu comme les 4 Ferguson du roman 4 3 2 1de Paul Auster.
Et le même sens des personnages secondaires et des digressions  sur des sujets superficiels ou au contraire très actuels et graves.
Donc nous sommes à  Belleville a l’été  2015 et nous allons suivre la vie de six personnages. Suivre leur vie est un grand mot.  Nous allons pour chacun  suivre une journée de leur vie sur quatre saisons en commençant par l’été et à terme ces quatre saisons nous raconterons six vies.
Je vous présente les 6 personnages
1/ Orna la quarantaine est journaliste dans un site d’infos sur Internet. Elle a une soeur qui s’appelle Selene.  Un soir en rentrant chez elle, elle découvre au pied de son immeuble un migrant ou un réfugié tunisien : Moncef. Orna suit une analyse chez le docteur Pavel. Elle est célibataire après avoir vécu quelques années  avec Oscar
2/ Selene soeur d’Orna est à Dubaï pour des entretiens d’embauche à l’université des Émirats Arabes Unis. Son domaine de prédilection : l’environnement.  Elle découvre à  Dubaï le travail des immigrés et leur manque de liberté.  Selene vit avec Porter.
3 /Hope travaille comme pickeur  ou pickeuse dans la logistique. Renvoyée car pas assez efficace.  Locataire de Veronica, veuve avec argent et bien immobilier. A besoin de se faire entendre car exploitée. Révoltée.
4 /Mode est un immigré sénégalais. 60 ans . A donner des cours de français dans diverses associations pour migrants. Intégré. Va rencontrer Orna qui est à la recherche de Moncef
A laissé une femme aimée au Sénégal :Houria
Fais une rencontre dans » la tranchée « avec un jeune dealer  qu’il prend pour Moncef
5/ Pavel est un psy en fin de carrière.  Divorcée de Ingrid. A une fille Léa.  Peu present.  A comme patiente Orna.  Sa femme de ménage Dounia lui demande de parler à son fils Mehdi qui glisse vers l’islamisme.
6 /Mehdi parle verlan. Totalement ouvert à un départ en Syrie. Mehdi est le jeune homme rencontré dans  » la tranchée » par Modé.
Le décor est posé et Céline Curiol  va faire interagir ces six personnages. C’est ludique mais c’est surtout absolument maîtrisé.  Les événements  s’enchaînent sans fausses notes et nous voyons devant nos yeux se mettre en place les lois de l’ascension.
Ces lois de l’ascension qui sont totalement intégrées dans notre monde contemporain. Chaque personnage va se trouver confronté    à l’individualisme, la solidarité , le passage à l’acte. Mais tout est il ascension ?  En interagissant quel est notre niveau de responsabilité ou d’irresponsabilité.
Céline Curiol n’élude aucun des grands sujets :migrants ,réfugiés,  racisme, environnement, terrorisme ou encore révolte et révolution.
Son livre est foisonnant, pas toujours simple car les digressions peuvent être un peu prise de tête.  Mais on l’accepte tellement la réflexion est salutaire .
Arriver à être soi .Oser changer. Se changer soi , petitement avant de penser à changer les autres, le monde. Suivre une quête qui permettra d’être vivant et de réinvestir une indépendance d’esprit.
C’est le fil de ce roman inlassablement contemporain.
Sur des sujets équivalents et dans le même quartier de Belleville il faut lire le magnifique livre Arène de Négar Djavadi que j’ai chroniqué il y a quelques mois.

Les lois de l’ascension de Céline Curiol. Actes Sud . 837 pages

Céline Curiol : « La dépression, c'est un peu le mal du siècle… »
Ingénieur de formation, elle a vécu plus de dix ans à New York où elle est correspondante pour Radio France et pour la BBC et effectue des travaux pour l’ONU. C’est à cette époque qu’elle commence à écrireAS 1. Depuis 2011, elle enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris1 (« Sciences-Po »), à l’École nationale supérieure des télécommunications et à l’École nationale supérieure de techniques avancées.

Ses œuvres sont en majorité publiées chez Actes Sudmaison d’édition qui participe à la promotion de l’autriceAS 1,AS 2.

Son premier romanVoix sans issue, a été traduit dans une quinzaine de langues et salué par l’écrivain américain Paul Auster comme « l’un des textes de fiction les plus originaux et les plus brillamment exécutés par un écrivain contemporain. »

S’ensuivent un second roman Permission, un récit de voyage Route Rouge et Exil intermédiaire, sur la disparition de l’amour conjugal.

De sa résidence à la Villa Kujoyama de Kyoto, elle a tiré un roman, L’Ardeur des pierres, paru à la rentrée 2012.

En 2013, elle apporte sa contribution à la collection « Essences »AS 3 d’Actes Sud, avec un texte hybrideÀ vue de nez.

En 2014, son ouvrage, Un quinze août à Paris : histoire d’une dépression, explore, à travers le récit d’une expérience personnelle, les mécanismes d’invasion de la dépression, et rapporte les points de vue d’artistes et de scientifiques sur cette maladie.

De 2010 à 2016, elle a été membre du conseil d’administration de la Maison des écrivains et de la littérature.

Le mystère de la main rouge d’Henri Loevenbruck. XO . 💛💛💛

Le mystère de la main rouge par Loevenbruck

Le Mystère  de la Main Rouge est la suite des Aventures de Gabriel Joly, aventures qui avaient commencé dans le Loup des Cordeliers.
Nous sommes en 1789 au commencement de la Révolution Française.  Dans le premier Tome, le Loup des Cordeliers, Gabriel Joly,  jeune journaliste monte à  Paris et espère devenir un grand journaliste enquêteur.  Sa quête va le mettre de plein pied dans la Révolution auprès de Camille Desmoulins et Danton, mais aussi  aux premières loges de l’enquête  sur le Loup des Cordeliers. Son enquête va lui permettre de découvrir l’identité de ce Loup des Cordeliers, mais celui-ci disparaît .
Le deuxième tome le mystère de la Main Rouge raconte la recherche de ce Loup par Gabriel Joly.
Comme dans le premier Tome, l’histoire est intégrée à l’histoire de la Révolution Française et se déroule entre mi juillet et août 1789.
Cette recherche du loup des Cordeliers se double de l’arrivée  d’une société secrète et ésotérique  : La Main Rouge.
Henri Loevenbruck réalise un roman de pures aventures avec duels, traîtrise, secrets , morts, disparition etc…
Le bémol  par rapport au premier tome: la réalité historique est moins présente.  Les lieux, les moments, les personnages historiques sont là mais ils ne donnent pas le tempo au roman.
Néanmoins  il est toujours intéressant de se retrouver à la nuit du 4 Août ou encore dans les bureaux de l’hôtel de ville de Paris auprès du maire Bailly.  Il est instructif aussi de se retrouver en Corse  au contact de la république de Gênes.
Camille Desmoulins et Danton sont moins présents  tout comme Madame Teroigne de Méricourt dans ce deuxième tome.
Vous comprenez que j’ai préféré le premier Tome car l’histoire est plus ancrée  dans la Révolution.
Cela reste un excellent livre d’aventures avec la belle écriture d’Henri Loevenbruck  et une documentation de tout premier plan .
Les aventures de Gabriel Joly vont se continuer. Des meurtres ont eu lieu au Théâtre Français.  Nous n’en sommes qu’au début de la Révolution…
Je serais présent pour ce troisième tome. On ne mégote pas sur un bon roman d’aventures et si en plus la Révolution revient au premier plan, ce sera la cerise sur le gâteau !

Le mystère de la main rouge. Henri Loevenbruck . 473 pages

Biographie de Henri Loevenbruck | Loevenbruck

Henri Lœvenbruck est né en 1972 à Paris, dans le quartier de la Nation, où il a passé toute son enfance et son adolescence. Après le bac, hésitant entre la musique et la littérature, il tente d’allier ses deux passions : la semaine, il étudie en khâgne au lycée Chaptal et le week-end il joue en concert ou en studio avec de nombreux musiciens.
Après avoir étudié la littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, l’heure du service national venue, il fait une objection de conscience et passe 17 mois comme maquettiste aux Editions Francophones d’Amnesty International, puis il part vivre en Angleterre, près de Canterbury, où il enseigne le français dans un collège.
De retour en France, il enseigne l’anglais dans une école d’ingénieur (EFREI), avant de se diriger vers le journalisme littéraire. Pigiste pour la radio (TSF) et la presse écrite (L’Express), il signe de nombreuses chroniques sur les littératures populaires avant de créer son propre magazine (Science-Fiction magazine). Après être resté rédacteur-en-chef de ce titre pendant deux ans, il publie à 25 ans son premier roman aux éditions Baleine, sous pseudonyme, un polar futuriste où l’on devine l’influence manifeste de Philip K. Dick…
Cette fois, son choix est fait, il décide de se consacrer pleinement à l’écriture. Il publie alors deux trilogies de Fantasy, La Moïra et Gallica, lesquelles rencontrent un succès inédit pour un auteur français (La Moïra dépasse en France les 300 000 exemplaires, toutes éditions confondues, et les droits sont vendus dans 11 pays). Suivront de nombreux romans, entre polars, thrillers et romans historiques (Le Syndrome CopernicLe Rasoir d’Ockham, L’Apothicaire…) qui lui vaudront d’être qualifié par le Nouvel Observateur de « nouveau maître du thriller français ».
Membre fondateur de la Ligue de l’imaginaire aux côtés, entre autres, de Bernard Werber, Franck Thilliez, Bernard Minier et Maxime Chattam, en juillet 2011, il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
En 2015, son roman Nous rêvions juste de Liberté rencontre un beau succès médiatique et fait à présent l’objet d’un projet d’adaptation cinématographique.
En 2019, il rejoint les éditions XO pour publier un nouveau polar historique : Le Loup des Cordeliers.

Les yeux de Milos de patrick Grainville. Seuil. 💛💛

Les yeux de Milos par Grainville

Autant le dire en préambule : la lecture d’un livre de Patrick Grainville demande adhésion.  Son dernier roman Les yeux de Milos ne déroge pas à la règle. Dans ce roman on retrouve trois des ingrédients habituels de Patrick Grainville.
D’abord le style : baroque parfois grandiloquent mais toujours ciselé,  faisant honneur à la langue française.
Ensuite la peinture et les peintres. Comme dans La falaise des fous, auprès de Monnet, les Yeux de Milos nous entraîne dans les pas de Nicolas de Stael et de Pablo Picasso
Enfin, l’érotisme, la sexualité qui sont des thèmes récurrents des romans de Patrick Grainville.
Si l’adhésion à ses ingrédients n’est pas acquise,  la lecture du roman peut devenir rapidement difficile voire ennuyeuse.
J’ai adhéré différemment  aux trois ingrédients.
Plus la lecture du roman avance, plus la place de l’érotisme,  pour ne pas dire d’une sexualité très crue, prend  une place prépondérante.  Tout est scruté,  vu par le spectre des organes génitaux. A terme cette overdose donne la nausée  et escamote ( le mot est gentil) une grande partie du roman .
Pourtant le point de départ du roman avec le regard bleu  de Milos qui intrigue hommes et femmes,  accroche le lecteur et donne envie de le suivre dans ses liens autour de Picasso, De Stael ou encore l’abbé Breuil. le style de Patrick Grainville nous transporte dans l’oeuvre de Picasso, dans les grands à plats de Nicolas de Stael, dans les terres ocres de Namibie  ou dans l’humidité des grottes préhistoriques périgourdines ou niçoises.
C’est foisonnant, c’est instructif, c’est sensuel. …
Et puis peu à peu la sensualité devient érotisme de bas étage  .
Je ne connais pas assez l’oeuvre de Picasso pour être objectif mais ne présenter la vie et l’oeuvre de Picasso que par ses oeuvres érotiques me paraît réducteur.
Bien évidemment la relation de Picasso avec ses femmes et compagnes est connue pour sa complexité et le caractère du peintre. Cela est rendu par Patrick Grainville  mais pourquoi toujours revenir exclusivement aux organes, phallus, vulves et trous !
Ce parti pris phagocyte le roman et celui ci devient ennuyeux et interminable.
C’est tout de même un comble alors que nous sommes avec Picasso et De Stael.
Page 277 Patrick Grainville nous dit :  » Que peut l’artiste ? Créer contre la destruction. Affirmer l’autonomie de son Soi, de son geste solaire. Épancher, chanter la création libre. C’est un soleil dans le ventre aux milles rayons. Voici la haute mission et le combat vivant « 
Malheureusement je n’ai jamais ressenti cette allégresse dans Les Yeux de Milos.
Je l’avais pourtant ressenti dans La falaise des fous.

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda. Metaillié 💛💛💛💛

Le vieux qui lisait des romans d'amour par Sepúlveda

Suite à la lecture de Histoire d’une baleine blanche de Luis Sepulveda, j’ai continué sur ma lancée en lisant son premier roman le vieux qui lisait des romans d’amour
Tout à déjà était dit sur ce roman.
En le lisant, j’ai retrouvé l’Amazonie des mythes et des légendes, j’ai retrouvé la nature et des lieux fantasmés.
Tous les personnages sont là : les Indiens Shuars, le vieux Bolivar qui a vécu avec les Shuars, les chercheurs d’or, les bons et les méchants, la flore, la pluie, la moiteur tropicale et puis les animaux et le jaguar.
Ce jaguar que respecte les légendes et mythes Shuars mais pas le chercheur d’or ou le chasseur.
Et un chasseur à tué les petits du jaguar. Celui ci rôde.
Du fait de sa connaissance de la forêt Bolivar est mandaté pour protéger le village et tuer le jaguar.
Le vieux va laisser ces romans d’amour et va poursuivre l’animal.
C’est court mais tout est là : la nature, la légende, la cupidité des hommes.
C’est un livre d’émotion, de larmes mais aussi de rêves
« Antonio José Bolivar prit la direction de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes »

Un homme accidentel de Philippe Besson. Julliard . 💛💛💛

Un homme accidentel par Besson

Par ces temps de confinement, la lecture  est une activité importante qui permet d’approfondir la bibliographies d’un auteur.
Dans le cas présent,  il s’agit de Philippe  Besson. J’ai choisi Un homme accidentel, livre de 2007.
On retrouve dans ce livre les thèmes favoris de Philippe Besson :les États Unis, les amours masculines et un côté polar au roman.
En 2007, il est dans la période où les amours masculines sûrement en partie autobiographique restent néanmoins romanesques.
Nous ne sommes pas encore avec Paul Darrigand et le dîner à Montréal.
Le narrateur est policier à Los Angeles dans les années 1990. Il enquête sur la mort d’un jeune de 19 ans.
Cette mort va le mettre en relation avec Jack Bell, acteur et star de la télé.
La relation va devenir déflagration.  Cette rencontre accidentelle va bouleverser sa vie .
Bouleverser est le bon terme,  car professionnellement, familialement et amoureusement tout va voler en éclats.
Comme à son habitude, Philippe Besson nous entraîne dans la fluidité de son écriture et dans sa capacité en phrases concises,à nous émouvoir  et à nous emmener vers le tragique.
Et si il y a tragédie,  c’est qu’il y amour et passion.
Du Philippe Besson pur jus.

Le quatrième mur de Sorj Chalandon. Grasset . 💛💛💛💛

Le quatrième mur par Chalandon

Bien qu’ayant lu un certain nombre de romans de Sorj  Chalandon je ne m’étais pas encore attelé à la lecture de son roman le quatrième mur. J’en avais entendu des échos favorables et cette période de début d’hiver et de second confinement me donnait plus de temps à la lecture.
J’ai donc lu le quatrième mur et j’ai retrouvé Sorj Chalandon comme je l’avais laissé suite aux lectures de Profession père, le jour d’avant ou encore la promesse.  Un Sorj Chalandon engagé,  en empathie avec ces personnages et les lieux,  toujours l’émotion  et la réalité de la vie à fleur de peau.
Sortant de la lecture l’Apeirogon de Collum McCann, retourner dans ce Proche Orient et au Liban 30 ans auparavant,  faisait un effet miroir saisissant.
Dans les différents billets et chroniques écrits sur le roman de Sorj Chalandon tout à été déjà  dit. Autant prendre un autre éclairage.
J’ai vu le quatrième mur comme un millefeuille ou de nombreux thèmes étaient abordés sans porter d’ombre à la globalité du roman.
Ce millefeuille donne des portes d’entrée et de réflexion différentes selon notre regard,
Nous pouvons être happés par les années 1970 et les combats politiques autour de la liberté, de l’immigration, de la pensée de gauche. Vu que cela correspond à ma génération, nous pouvons nous remémorer nos utopies, nos engagements . Qu’en avons nous fait ?
Autre entrée  ,  autre regard : la portée d’une oeuvre, ici l’Antigone de Jean Anouilh. Pièce que Jean Anouilh a fait jouer pendant l’occupation , donnant une signification à l’occupant et au résistant.  Pièce reprise dans le roman par Samuel Akounis et le narrateur Georges afin qu’elle soit jouée  à Beyrouth. Chaque acteur provenant d’une communauté différente : juive, arabe, chrétienne,  druze, libanaise, sunnite, phalangiste….
Quelle belle réflexion sur le rôle de la culture dans notre monde. A notre petit niveau comment ne pas faire résonner cela avec la fermeture des librairies pendant le confinement.
Troisième entrée et troisième regard, celui du narrateur Georges. La prise en charge du montage de la pièce à Beyrouth va le découvrir à  lui même et lui donner une conscience éveillée au monde qu’il découvre.  Une réponse peut être à ses utopies des années 1970.
Dernière entrée que je développe : Beyrouth et le Liban. Il est salvateur de revenir au mitan des années  1980 et se rappeler que ce pays etait à feu et à sang. Que chaque communauté souhaitait mettre le Liban à ses pieds, et qu’Israël n’était pas le seul protagoniste.
Les pages de Sorj Chalandon sur les massacres de Sabra et Chatila sont d’une force rare tout comme l’émotion qui nous étreint quand nous partageons la courte vie d’ Imane.
Je ne peux m’empêcher de mettre Imane en résonance  avec  Abir et Smadar, les enfants juive, arabe tués par la folie des hommes dans Apeirogon de Colum McCann.
Dans le théâtre le quatrième mur est ce mur invisible qui sépare la scène et les acteurs du public. Une protection invisible entre jeu et réalité.
Ce quatrième mur qui est aussi ce mur invisible entre utopie et réalité ou encore ce mur que nous dressons  afin de ne pas nous engager et de rester dans nos certitudes.

Présentation du livre Le Quatième Mur par la librairie Mollat .

Buveurs de vent de Franck Bouysse. Albin Michel. 💛💛💛💛

Buveurs de vent par Bouysse

Imaginez vous surplombant le Gour Noir. Une vallée encaissée traversé par un viaduc. Plus bas dans la vallée, une petite ville et son énorme usine électrique.  Une usine électrique qui tisse sa toile et phagocite tout.
Il y a eu la guerre quelques années plutôt.
L’imagination court. Pleins de lieux viennent à l’esprit.  Tous plus noirs les uns que les autres.
Qui n’a pas en tête les vallées encaissées des Vosges,du Massif Central, des Alpes ou des Pyrénées. Ces vallées sombres dans lesquelles le béton des barrages ou des usines électriques  teinte de gris le paysage.
Nous sommes dans l’univers qu’ à installé Franck Bouysse. Et l’univers, on le sent bien il est bien prégnant. Reste maintenant à faire vivre les personnages. Une belle brochette !
D’abord, Joyce le tyran. Il dirige l’usine et en vérité la totalité de la vallée.  Tout lui appartient. Jusqu’à la ville dont les noms de rue ne sont qu’une déclinaison de son patronyme : Joyce Principale, Joyce 1, Joyce 5 etc…
Pour être un bon tyran il faut des sbires. Joyce à ce qu’il faut et la panoplie est réjouissante et inquietante : Double et Snake pour les basses oeuvres , Lynch pour maintenir l’ordre ou encore Salles et Renoir.
Le western n’est pas loin. Il manque une famille. La voila: le grand père Elie, pipe au bec et estropié. Il vit chez ses enfants: Martha sa fille et son gendre Martin. Martha est confite dans sa bigoterie alors que Martin travaille à l’usine , boit quelques bières au bar l’amiral et bat ses enfants.
Il en a quatre . Bigoterie obligé Martha à souhaitait leur donner le prénom des quatre évangélistes : Marc, Mathieu, Luc et Jean.  Jean est une fille appelé par son grand père Mabel
Marc est battu par son père car il a une passion pour les livres. Mathieu ne pense qu’à la nature et parle aux arbres. Luc est dans son monde, enfant tragique recherchant des trésors et protégeant les animaux. Mabel a la beauté sauvage de la femme.
Ces quatre là forme une fratrie unie. Leur signe : quatre cordes accrochées sous le viaduc. Quatre cordes dans le vide.
Tout est en place pour le destin tragique de cette vallée entre soumission   et promesse d’insoumission.
La violence et la cruauté du tyran va révéler chaque personnage. Que ce soit positivement ou négativement. Chacun va devoir prendre position pour alléger cette soumission. Devient on insoumis seul ? A partir d’un élément  et d’un groupe ensuite, peut on envisager une solidarité et un peuple.
L’histoire est noire et pour retrouver la lumière le chemin est long.
C’est un livre magnétique et magnifique. La force de la langue de Franck Bouysse est à l’unisson de cet univers noir, électrique et bétonné.  C’est sauvage !
Et comme Marc, Mathieu,Luc et Mabel nous sommes Buveurs de Vent.

La famille Martin de David Foenkinos. Gallimard . 💛💛

La famille Martin par Foenkinos

Je reste perplexe, voire très perplexe devant le dernier roman de David Foenkinos La Famille Martin.
L’idée de base paraissait être une bonne idée : Faire d’une personne prise au hasard dans la rue un personnage de roman.
Malheureusement c’est une bonne idée  qui tout au long du roman devient une mauvaise idée.
L’exercice de style est vain et se perd dans une grande superficialité.
Comme si David Foenkinos était pris dans les filets de son idée de base.
A aucun moment ces personnes sensées réelles deviennent des personnages de fiction. A aucun moment nous n’avons un intérêt,  une empathie pour la famille Martin.
Je suis resté assez hermétique aux problèmes de la famille Martin et je suis resté stupéfait devant la facilité à  se faire offrir un billet AR pour Los Angeles  par le narrateur.
D’habitude David Foenkinos, par sa facilité d’écriture  et une certaine désinvolture  ( La Délicatesse  – Les Souvenirs – Je vais mieux ) donnait une atmosphère élégante , raffinée et véridique à  ses romans.
Dans La Famille Martin, beaucoup de choses sonnent faux.
Les situations sont peu crédibles.
L’exercice de style à  ses limites.

La Fièvre de Sébastien Spitzer. Albin Michel . 💛💛💛💛

La Fièvre par Spitzer

La Fièvre est le troisième roman de Sébastien Spitzer. Comme dans ses deux romans précédents Sébastien Spitzer part d’un fait historique pour ancrer son roman .
Dans Ces rêves qu’on piétine il s’agissait de la chute du Troisième Reich et de Martha Goebbels
Dans le Coeur Battant du monde nous étions  à Londres dans les années 1850 autour de Marx et de son fils
Dans La Fièvre nous sommes à Memphis Tenessee en 1878 alors qu’une épidémie se déclare avec Anne Cook tenancière de bordel, Keathing journaliste proche du Ku Klux Plan et Raphaël T . Brown ancien esclave. Trois personnages ayant réellement existés.
C’est la force de Sébastien Spitzer.  Quelque soit le roman, sa capacité à lier histoire et fiction est au rendez vous. Tous ces personnages , réels ou fictifs ont une profondeur, une psychologie une humanité.  Humanité s’éntendant positivement ou négativement.
Par un raccourci temporel étonnant,  le roman nous parle d’une épidémie de Fièvre jaune et nous entendons aussi pandémie de Coronavirus et crise sanitaire. Quand la fiction et le réel se télescopent à 150 ans d’écart.
Mais revenons à  Memphis en juillet 1878 au bord du Mississippi.  Tout est en place pour que des hommes et des femmes ancrés dans leurs certitudes soient confrontés à l’épidémie,  la peur, la mort.
Ces certitudes qui voleront en éclats  et qui feront de certains des héros et d’autres des lâches.  Héros ou lâches insoupçonnés.
Sébastien Spitzer sonde comme toujours l’âme humaine et souvent l’âme des plus défavorisés ou de ceux qu’on laisse sur le bord du chemin.
A côté d’Anne Cook, de Keathing et de Raphaël T. Brown il y a Emmy, cet enfant de 13 ans, métis, qui va être le fil rouge de ce roman.
A la recherche de son père, et protégeant sa mère elle va vivre intensément  les ravages de cette épidémie mais découvrir aussi la capacité de résilience  de personnes auxquelles elle n’aurait pas donner le Bon Dieu sans confession.
En parlant de Bon Dieu,  vaut il mieux être sous la protection de la mère abesse du couvent Sainte Mary ou sous la protection de la mère maquerelle Anne Cook ?
L’épidémie révèle la profondeur de l’âme et exacerbe aussi les sentiments et les idées : Racisme, Ku Klus Klan , délation,  violence, négation de l’autre.
Mais dans ce marécage humain, certains  arrivent à sortir de cette fange  et à simplement exister  pour  l’autre, par delà le bien et le mal.
Ce ne sont pas que des personnages de roman.  Ce sont des femmes et des hommes qui en Juillet 1878 à Memphis Tenessee  ont élevé la dignité humaine.
Cette dignité humaine qui reste le filigrane des romans de Sébastien Spitzer.
Des romans toujours en empathie avec les êtres,  quels qu’ils fussent  bons, méchants,  réels ou fictionnels.
Des romans sur la grande et la petite histoire des femmes et des hommes de ce monde.
Simplement.

Sébastien Spitzer, après une CPGE, étudie à l’Institut d’études politiques de Paris1 avant de se tourner vers le journalisme, travaillant pour Jeune AfriqueCanal+M6TF1Marianne ou Rolling Stone.
À partir des années 2010, il devient également romancier et décroche plusieurs prix, dont
le prix Stanislas (2017)2
le prix Emmanuel-Roblès (2018)3.
le prix Méditerranée des lycéens (2018)4.