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Vingt et un jours de Laurence Tellier-Loniiewski. Gallimard.💛💛💛

Vingt et un jours par Tellier-Loniewski

Vingt et un jours pour obtenir un droit d’asile. C’ est le délai accordé en France aux demandeurs d’asile pour transmettre leur dossier à l’ Ofpra.
C’est ce laps de temps de 21 jours que Laurence Tellier-Loniewski à pris comme toile de fond de son roman intitulé  Vingt et un jours.
Nous sommes à  Murmont une commune de la Région parisienne où  est installé  un centre d’hébergement de réfugiés.  Parmi les réfugiés  il y a  Ehsan, jeune afghan.
Parmi les membres du centre d’hébergement il y a Jean Marc, directeur du centre, Lara, avocate bénévole , Emeline stagiaire de fin d’études.
Vingt et un jours pour qu’Ehsan dise , raconte. Vingt et un jours pour démêler le vrai du faux.
Vingt et un jours pour produire un dossier qui validera la demande d’asile. Sinon…
Laurence Tellier-Loniewski, ancienne avocate restitue parfaitement ces 21 jours et cette course contre la montre.
De plus chaque chapitre représentant une journée participe à cette course contre la montre.
Cela donne un roman très documenté pour ne pas dire documentaire et c’est là que l’on touche à la limite de l’exercice
Si le côté documentaire fonctionne bien, le côté roman fonctionne nettement moins bien. On reste sur l’écume des choses. Aucune histoire , aucun personnage n’est fouillé.
Des facilités d’écriture  ( un afghan connaissant Ehsan) vont permettre l’avancée du roman, mais quel dommage de ne pas avoir fouillé plus le personnage d’Emeline . On aurait aimé avoir le ressenti de cette jeune étudiante confronté au monde des migrants mais aussi à celui des travailleurs sociaux.

Laurence Tellier-Loniewski - Site Gallimard

Laurence Tellier-Loniewski est avocat à la Cour d’appel de Paris, titulaire du DJCE et d’un DEA Droit des affaires, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle et en droit commercial.

Les Livres de Jakob d’Olga Tokarczuk. Noir sur Blanc. 💛💛💛💛

Les livres de Jakob par Tokarczuk

 

La couverture du livre d’Olga Tokarczuk  « Les livres de Jakob m’avait fasciné lors d’un passage en librairie. A travers sept frontières,  cinq langues, trois religions  ce livre raconte le grand voyage de Jakob Frank entre Pologne et empire ottoman entre 1740 et début du 19ème siècle.
La quatrième  de couverture ne fit que donner encore plus envie de rentrer dans cette histoire.
Et pourtant je ne pris pas le livre. Les 1000 pages m’effrayait.
Pourtant ce livre me trottait dans la tête….. et je le revis à la Médiathèque . C’était sûrement un signe !
Je me suis lancé !
Dire que la lecture fut facile  serait un euphémisme.
Nous sommes donc autour des années 1750 dans la Grande Pologne soit la Pologne actuelle, la Lituanie et encore la partie occidentale de l’Ukraine actuelle.
Cette Grande Pologne vit ces dernières année.
Nous allons suivre les traces d’une secte juive à la tête de laquelle se trouve Jacok Frank.
. Comme la plupart des personnages de ce roman, Frank a bel et bien vécu, de 1725 à 1791. Et quelle vie que celle de Jakob, né Lejbowicz dans une famille de commerçants juifs de la province polonaise de Podolie (désormais en Ukraine), qui se forma aux préceptes d’un autre faux Messie (Sabbataï Tsevi, 1626-1676) dans les centres du « sabbataïsme », de Smyrne à la Moldavie, avant de s’inventer Messie à son tour, sous le nom de Jakob Frank.
« Frank » veut dire « étranger » »Etranger, donc éternellement migrant, dans le très vaste royaume polonais multi-ethnique et multiculturel qui s’étend alors jusqu’à l’Empire ottoman, et dont il parcourt à cheval les plaines , les forêts  les villes et villages aux ruelles boueuses et défoncées, vêtu comme un Turc, fez sur la tête et manteau à grand col de fourrure . Etranger, donc infidèle, aux femmes, aux religions : au gré de ses ambitions, à la poursuite de son rêve d’une vie spirituelle toujours plus riche, Jakob se convertit à l’islam puis au catholicisme avec quiinze mille disciples en un baptême monumental .
Les 7 livres de Jakob retracent les tribulations mystiques, politiques et charnelles de ce héros charismatique, effrayant et mégalomane. Jakob Frank s’élève contre l’intransigeance des rabbins mais se rapproche de la hiérarchie catholique anti-juive, et finit traître aux yeux de tous.
Dans ce livre hautement romanesque Olga Tokarczuk nous rappelle la complexité  de l’époque  et de la région.
Complexité que l’on retrouve dans le changement incessant du nom des personnages entre nom juif polonais yddish ou encore allemand.
Complexité encore dans cette géopolitique  religieuse entre juif, chrétien,  musulman aux confins de l’Europe et de l’empire Ottoman
L’ombre d’une vieille femme mystérieuse, Ienta, plane sur l’ensemble du livre et projette sur lui un clair-obscur fantastique. Alors que Ienta agonise le jour d’un mariage, une amulette l’arrache à la mort mais non au coma. Elle va survivre dès lors sur le mode d’une « sortie hors de son corps  »
Le découpage des 7 livres en court chapitres  facilite la lecture et empêche de se perdre dans le labyrinthe des noms. Néanmoins essayer de retenir l’ensemble des noms est une gageure.
Vaut mieux se laisser porter par les personnages et l’histoire.
Ce découpage laisse aussi la place au quotidien et l’on ressent vraiment la froidure de l’hiver ,la pauvreté des familles,  la chaleur de la vodka ou encore l’humidité des habitations et la saleté des villages.
Ces petits chapitres,  pas toujours chronologiques dessinent aussi une société polonaise ultra catholique,  fermée sur elle même, et dans laquelle une secte de 15 à 20 000 mille personnes a pu prospérer  jusque dans la noblesse et les hautes sphères de l’église polonaise.
Tous sont pris en otage par les jeux de pouvoir et l’opportunisme des nobles et des ecclésiastiques. Ces derniers escomptent tirer des bénéfices politiques de cette masse inespérée de convertis
Autant entrer dans ces milles pages peut être long, autant à la fin de la lecture il est difficile de laisser tous ces hommes et femmes.
Ils sont de la pâte dont est faite l’humanité.

Olga Tokarczuk

Prix Nobel de littérature, Olga Tokarczuk a reçu le Man Booker International Prize 2018 pour Les Pérégrins. Traduit en français en 2010 chez Noir sur Blanc, ce roman avait été couronné par le prix Niké (équivalent polonais du Goncourt), un prix que, chose rarissime, l’auteure a une nouvelle fois reçu pour son monumental roman : Les Livres de Jakób.

Née en Pologne en 1962, Olga Tokarczuk a étudié la psychologie à l’Université de Varsovie. Romancière polonaise la plus traduite à travers le monde, elle est reconnue à la fois par la critique et par le public. Sept de ses livres ont déjà été publiés en France : Dieu, le temps, les hommes et les anges ; Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 1998 et 2001) ; Récits ultimes, Les Pérégrins et Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2007, 2010, 2012) ; Les Enfants verts (La Contre-allée, 2016) ; et enfin Les Livres de Jakób (Noir sur Blanc, 2018).

Le flambeur de la Caspienne de Jean Christophe Rufin. Flammarion.💛💛💛

Le flambeur de la Caspienne par Rufin

Voici le troisième tome des histoires d’Aurel Timescu , l’extravagant consul fictionné par Jean Christophe Rufin. Aprés deux premières histoires qui se sont déroulés en Afrique , Aurel Timescu a été nommé en Azerbaidjan, à Bakou.
Comme dans ces deux premiers tomes Jean Christophe Rufin nous entraîne dans les arcanes de la diplomatie et des ambassades.
Dès son arrivée à Bakou, Aurel Timescu est confronté au décés de la femme de l’ambassadeur et rapidement il doute du caractère accidentel du décés.
On retrouve alors ce consul atypique amoureux du piano,du Tokay et nettement moins du travail de consul.
C’est léger, toujours bien écrit. Sans ce prendre au sérieux Jean Christophe Rufin nous distille des petits polars sympathiques.
Un bon roman pour l’été.

Etoiles vagabondes de Sholem Aleykhem. Le Tripode 💛💛💛💛

Étoiles vagabondes par Aleykhem

Un passage dans une librairie et me voila attiré par la belle couverture d’Etoiles vagabondes.
Cette attirance se double du fait que cette couverture ne m’est pas inconnue.
En effet je l’avais vu dans Télèrama et surtout la critique du livre m’avais intéressée.
Un roman écrit au début du siècle sous forme de feuilleton dans un journal polonais pour nous parler de théâtre et de culture Yiddish.
Et ce texte est inédit.
Ce fut une belle découverte que ce roman de Sholem Aleykhem. Rien dans l’écriture ne paraît daté d’un siècle. Tout est contemporain.
La mise en train peut être un peu compliquée car il faut s’habituer aux noms qui peuvent varier , aux coutumes et cultures yiddish. Mais une fois ceci acquis ,on se laisse emporter par ce grand récit d’aventure qui vaut bien un récit de Dumas ou Mark Twain.
Le découpage en petits chapitres ( cf une première édition sous forme de feuilleton) facilite la lecture . Ce feuilletonage fait que Shomen Aleykhem explique à nouveau des situations pour ne pas perdre les lecteurs de son feuilleton.
De plus l’écriture est enlevée, humoristique et il n’y a pas besoin d’être un exégète de la culture yiddish.
Donc au début du XXème siècle en Bessarabie ( La Moldavie actuelle) dans le village de Holenechti va s’installer un théâtre yiddish. Deux enfants ont les yeux qui pétillent devant ce théatre.
Il s’agit de Leybl le fils de Béni Rafalowitch l’homme le plus riche du village et de Reyzl, la fille du chantre Ysroeli.
Pour diverses raisons et une promesse qu’ils se sont faites , ces deux enfants vont quitter leur village et suivre ce théâtre itinérant yiddish.
C’est le début d’une histoire qui les mènera de Bessarabie , à Bucarest , Londres et New York.
La vie d’un Peuple nomade et migrant.
La vie extravertie d’une communauté juive comme a pu nous le conter Popeck ou encore Rabbi Jacob.
Nous sommes au début du XXème siècle et l’horreur n’est pas encore présente….

Cholem Aleikhem nom de plume de Cholem Naoumovitch Rabinovitch, né le 2 mars 1859 à Pereïaslav et mort le 13 mai 1916 à New York, est un écrivain ukrainien de langue yiddish. Très populaire de son vivant, il est l’auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre

 Il a fait beaucoup pour promouvoir le yiddish dans la littérature et a été le premier à écrire des contes pour enfants dans cette langue.

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Sur les ossements des morts d’Olga Tokarczuk. Libretto. 💛💛💛💛

Sur les ossements des morts par Tokarczuk

J’ai découvert la littérature d’Olga Tokarczuk grâce à la Librairie Lucioles à Vienne (38). le libraire m’a proposé de rentrer dans son oeuvre par son livre Sur les Ossements des morts.
C’est un roman qui lorgne vers le polar mais qui en définitif nous entraîne dans une réflexion sur la place de la nature et des animaux dans notre monde.
Pour mener à bien cette enquête-réflexion Olga Tokarczuk nous déniche un personnage haut en couleur.
Il s’agit de Janina , ingénieur à la retraite qui vit seule dans un hameau du sud de la Pologne , à la lisière de la Tchèquie et des Sudètes.
On comprend rapidement que Janina est d’un caractère entier, bourru et qu’il est facile de la prendre pour une excentrique voir une folle.
Comment peut il en être autrement puisque Janina est totalement investie dans l’astrologie et la place des planètes.
Les planètes , les dates , les thèmes astrologiques amène un coté fantasmagorique à la vie de Janina.
Et puis il va y avoir des morts mystérieuses de chasseurs de braconniers. Dans son excentricité Janina va donner un sens à ces meurtres : Ce sont les animaux qui se vengent.
Et nous allons la suivre sur la piste de ces meurtres et de ces animaux.
La résolution de ces meurtres sera effective mais reste une péripétie dans le livre. Assez rapidement la silhouette humaine ou animale du meurtrier s’impose.
Mais là n’est pas le plus important.
Le plus important est dans notre rapport à la nature , aux animaux à l’argent.
Olga Tokarczuk a une écriture ciselée, précise, pleine d’humour. D’un humour noir qui sied merveilleusement à cette histoire. Elle nous raconte aussi une région polonaise aux quatre saisons. C’est précis, détaillé . c’est froid et glacial comme l’hiver, et nous allons de découverte en découverte.
Connaissez vous le cucujus vermillon ?
En tout cas ce livre fut une belle découverte.

Olga Tokarczuk est une écrivaine polonaise née en 1962. Romancière la plus célèbre de sa génèration, elle est l’auteur polonais contemporain le plus traduit au monde  . Elle a reçu le Prix Nobel de Littérature 2018.

Indigo de Catherine Cusset. Gallimard. 💛

Indigo par Cusset

Ce roman Indigo est une véritable déception. Une fois que l’on a dit Qu’Indigo est la couleur bleue sombre des vêtements indiens ou encore la couleur d’un ciel orageux indien , on pense avoir tout dit .
Et bien non car il y a encore le jeux de mots Indigo
et Inde I go !.
Voilà vous savez forcément que l’action du roman ce passe en Inde. Plus particulièrement en Inde du Sud entre Tamil Nadu et Kérala.
Dans cette partie sud de l’Inde l’Alliance Française a organisé un festival culturel pendant 8 jours.
Quatre français , deux hommes et deux femmes viennent y participer.
Ils sont écrivains ou réalisateurs.
A ces quatre personnages s’adjoint Géraldine qui organise ce festival pour l’Alliance Française.
Chacun est venu en Inde avec son petit baluchon de questions existentialistes, de fantasmes sexuels, de vernis occidental.
Et pendant tout le roman , passant de l’un à l’autre au gré des chapitres, Catherine Cusset va disséquer les questionnements de ces Bobos en Inde.
Contrairement à ce qu’affirme la quatrième de couverture, Catherine Cusset ne nous fait pas découvrir une humanité complexe, tourmentée et captivante.
Je n’ai trouvé aucune empathie pour un quelconque personnage de ce roman et ils ne me laisseront aucun souvenir.
Même pas le souvenir de l’Inde du Sud qui n’est qu’un prétexte aux aventures artificielles des personnages.
Quel dommage.

 

La Taverne du doge Loredan d’Alberto Ongaro. Anacharsis .💛💛💛💛

La taverne du doge Loredan par Ongaro

Une kyrielle de mots et d’expressions viennent  à l’esprit suite à la lecture du roman d’Alberto Ongaro La Taverne du doge Loredan.
Pouvoir de l’imaginaire, mise en abîme, histoire à tiroirs, fiction ou réalité,  récit d’aventures .
En tout cas c’est un roman ludique, jouissif ( au propre comme au figuré ) labyrinthique.
Il faut juste accepter de se laisser emporter.
L’histoire se situe à trois niveaux.
Un premier niveau nous amène à  Venise dans la deuxième moitié du 20ème siècle bien que rien ne soit mentionné explicitement.
Schultz éditeur,ancien capitaine de marine découvre au sommet d’une armoire un vieux livre broché dont la couverture très abîmée ne permet pas de distinguer un titre.
Schultz va commencer la lecture de ce livre.
C’est le deuxième niveau.
Nous sommes projetés  au début du 19eme siècle  entre Londres et Venise sur les pas de Jacob Flint jeune homme romanesque ayant tué lors d’un duel et devant fuir l’Angleterre. Durant cette fuite il rencontrera Nina , patronne de la Taverne du doge Loredan et l’amant de celle ci, l’étrange Fielding.
La  lecture de ce livre sera le fil conducteur du roman , sachant que dans ce livre broché, certaines pages sont restées blanches ou manquent.
Et c’est là qu’est le troisième niveau,  celui de l’imaginaire, de la fiction.
Pendant tout le temps du roman nous serons avec Schultz dans la lecture du livre mais aussi avec les réactions de Schultz, fasciné par les étranges affinités  qu’il se découvre avec Jacob Flint,  héros de papier. Et puis ces pages blanches ou manquantes qui permettent à Schultz d’inventer une partie de l’histoire.
Cette mise en abîme est phénoménale et nous dit beaucoup sur la création, la fiction, l’écrivain, le personnage principal
Peut on envisager des ponts entre des époques,  des personnages ?
La fiction est elle réalité ?
Jusqu’à quel niveau les personnages , l’écrivain sont ils interchangeables et liés à l’histoire que nous lisons.
Nous sommes dans une histoire à tiroirs ou devant des poupées gigognes.
Nous lisons le roman du roman et en plus celui ci à des pages blanches pour que l’on puisse écrire notre propre fiction.
Ludique!
Le talent de raconteur d’histoires et d’aventures d’Alberto Ongaro ajoute un souffle romanesque aux aventures de Jacob Flint et de Nina.
Je vous laisse découvrir Dick,  Severino ou encore les métaphores !
Voilà un roman enlevé qui de plus fait réfléchir sur la fiction, la réalité, le pouvoir de l’imaginaire.
Un bon concentré de grand moment de lecture!

Le pays des autres de Leila Slimani. Gallimard💛💛

Le pays des autres par Slimani

Le pays des autres de Leila Slimani, sous titré La guerre, la guerre, la guerre est le premier tome d’une trilogie familiale qui couvre l »histoire de la famille Belhaj et du Maroc à partir de 1944.
Mathilde une jeune Alsacienne s’eprend d’un Marocain, Amine Belhaj,  combattant dans l’armée française.
A la fin de la guerre Mathilde et Amine s’installe au Maroc et plus particulièrement à  Meknes où vit la famille d’Amine.
Amine tente de mettre en valeur un domaine adossé à la montagne fait de terres rocailleuse.
Ce premier tome se déroule entre 1946 et 1956 et correspond à  la montée des tensions, du nationalisme  avant que le Maroc soit indépendant  en 1956.
Ce premier tome permet à Leila Slimani d’installer ces personnages ainsi que les grands thèmes qui seront abordés dans ce roman et sûrement dans cette trilogie.
Et cette installation fait que malgré la fluidité de l’écriture,  le roman est lent et parfois ennuyeux.
Je ressort de ce roman avec un sentiment de confusion.
Cela est il voulu par Leila Slimani ? Cette confusion répondant à la confusion de la situation politique marocaine, à la vie difficile d’un couple mixte, à la difficulté pour la femme de trouver sa place.
Je ne le pense pas. J’ai ressenti dans ce roman comme une volonté de la part de Leila Slimani de ne pas prendre parti et de mettre tout le monde dos à dos afin de ne froisser personne et permettre la mise en place ce cette saga familiale.
Tout est ébauché mais sans véritable profondeur.
Pourtant que de thèmes porteurs ! La place de la femme dans la société marocaine, la marche vers l’indépendance,  la construction d’un couple mixte, le lien au colonisateur.
Dans le roman Amine montre à l’un de ses enfants comment greffer un citronnier et un oranger. Cela devient un citrorange dont le fruit sera amer. La greffe n’a pas prise.
Idem pour moi.
Peut être la greffe prendra-t-elle avec les deux tomes suivants.

Butcher’s Crossing de John Williams 10/18💛💛💛

Butcher's crossing par Williams

Nous sommes dans l’état du Kansas aux États Unis en 1870. Plus précisément à Butcher’s Crossing , en français le carrefour des bouchers.
Et ce village de l’Ouest Américain porte bien son nom. C’est le lieu de rencontre et de vente de peaux pour les chasseurs de bisons.
C’est là que va arriver William Andrews, 23 ans étudiant à Harvard et qui souhaite découvrir la vie sauvage.
Il est venu à Butcher’s Crossing  pour rencontrer Mc Donald un tanneur de peaux que connaissait son père et surtout afin que Mc Donald lui présente des chasseurs afin de monter une expédition.
Ce sera fait.
Il va rencontrer Miller, le seul à savoir où se trouve l’un des derniers troupeaux de bisons caché dans une vallée montagneuse du Colorado.
Pour partir en expédition ils seront 4 : William Andrews, Miller mais aussi Schneider l’écorcheur de bisons et Charley Hoge conducteur du chariot.
L’expédition est formée d’un chariot , de 8 bœufs, de tonnes de poudre, de fusils et de victuailles.
Cette expédition deviendra une quête initiatique dans les grandes plaines et montagnes de l’Ouest Américain.
Âmes sensibles s’abstenir car le carnage des bisons ( comment dire autrement) peut retourner l’âme . J’y reviendrai un peu plus loin.
Mais il ne faut pas s’arrêter à cet état des choses.
L’écriture de John Williams nous restitue à la perfection ces grands espaces, mais aussi la psychologie et la quête de ces quatre hommes.
Comme dans toute quête initiatique il y a l’obligation du dépassement de soi et de la confrontation des hommes et de la nature sauvage.
C’est lyrique mais en même temps d’une réalité totale. C’est là force de l’écriture de John Williams qui  par sa simplicité nous rends compte  du cheminement de ces hommes.
Et par son récit,  John Williams magnifie ces troupeaux de bisons qui vont être victime d’un carnage monstrueux
Il nous dit aussi la force de la nature. Un grand livre de nature writing.
Enfin comment ne pas avoir envie de traverser ces grandes plaines pour rejoindre le Colorado et profiter sereinement et pacifiquement de la nature et des bisons.
« Il huma à pleins poumons l’air parfumé  qui montait de l’herbe, se mêlant à la sueur âcre du cheval. Agrippant fermement les rênes d’une main, il pressa l’animal des talons  et s’élança vers les Grands Espaces. »

De pierre et d’os de Bérengère Cournut. Le Tripode💛💛💛💛

De pierre et d'os par Cournut

 

De Pierre et d’os de Bérengère Cournut est un roman qui concilie ethnologie, grands espaces arctiques, rites animistes et chamanisme autour du personnage d’Uqsuralik, jeune femme livrée à elle même.
Le roman n’est pas daté mais nous sommes certainement à la fin du 19eme siècle quelque part au milieu des glaces et de la banquise  sur le Territoire de Nuna. Nous sommes sur la Terre des Inuits entre Grand Nord Canadien et Groenland.
La famille d’Uqsuralik à posé son campement sur la banquise : igloo, chiens et traîneaux.
Un matin Uqsuralik entend un énorme grondement
 » Il est trop tard :la banquise est en train de se fendre à quelques pas de moi. L’igloo est de l’autre côté de la faille, ainsi que le traîneau et les chiens. Je pourrais crier, mais cela ne servirait à rien. …… Bientôt la faille se transforme en chenal, un brouillard s’élève de l’eau sombre. Petit à petit, ma famille disparaît dans la brume. » ( page 12 )
Uqsuralik est seule sur la banquise , avec son chien Ikasuk ,3 jeunes chiens et un couteau en demi lune.
Commence alors pour Uqsuralik une errance dans le Territoire de Nuna.
Uqsuralik sera confrontée à la nature belle et sauvage, aux animaux,  aux hommes et aux femmes Inuits mais aussi aux esprits qui peuplent la nuit gelée et glacée de l’ Arctique.
Le temps est rythmé  par les demi-lunes , les jours sans nuits et les nuits sans jours, mais aussi par l’éclosion des oiseaux, le bruit et la couleur de la glace.
Et dans ce rythme lancinant les hommes et femmes passent et vivent.
Ils vivent de leur pêche,  de leur chasse, de leurs histoires avec les esprits.
Ils vivent de leur chants que perpétue la tradition.
Bérengère Cournut rythme aussi son récit par les chants qui racontent les Inuits.
L’errance d’Uqsuralik est rythmée par tout ces éléments  et alors Bérengère Cournut nous brosse une fresque poétique du monde des Inuits.
Mais pas que..

Car à travers cette errance , est magnifié le féminin,  la procréation,  la vie.
Chant de Sauniq à Uqsuralik
Je suis née par beau temps
Dans une famille nombreuse
Ma mère m’avait prédit longue vie
J’ai échappé à plusieurs famines
Et connu plusieurs maris
J’ai donné naissance à beaucoup d’enfants
Certains nés de mon ventre
D’autres extraits par mes mains
Grâce à  eux, j’habiterai longtemps Nuna
Notre territoire commun
Parmi tous ces enfants
Uqsuralik,  ma dernière fille,
Tu es la seule pour qui je me fais du souci
Tu es à la fois ourse et hermine
Ta fille est un corbeau
Vous avez à  vous deux
La force de plusieurs animaux
En tirant ses cheveux
Ma petite mère Hila
A précipité la mort du Vieux
Et vengé son père
En s’associant de ton côté
A l’étranger nommé Naja
Tu t’apprêtes à voyager au delà
Des mondes perçus par la plupart d’entre nous
Uqsuralik,  ma dernière née
Ne dis à personne que ton initiation à commencé
Ou bien tes visions seront brouillées,  emprisonnées
Uqsuralik,  ma dernière née
Ne dis à personne que les esprits t’ont visitée
Ou bien tes pouvoirs seront brimés, entravés
Les femmes puissantes
Encourent d’abord
Tous les dangers.