Archives pour la catégorie Essai

La Leçon de ténèbres de Léonor de Récondo. Stock .💛💛💛

La leçon de ténèbres par Recondo

On peut dire que La leçon de ténèbres de Leonor de Recondo est un livre de commande. Les éditions Stock ont créé une collection Ma nuit au musée.
Dans le cadre de cette collection ,il est demandé à un auteur de passer une nuit , seul , dans un musée.
Leonor de Recondo a donc passé  une nuit au Musée de Toléde en présence du peintre El Gréco.
Elle nous restitue cette expérience dans un opuscule de 150 pages édité chez Stock, abandonnant provisoirement, je l’espère,  son éditeur Sabine Wespieser.
Elle a choisi Toléde et El Gréco car elle est venue dans ce musée il y a 15 ans avec son père et à été subjuguée par la peinture d’El Gréco.
Subjuguée est trop faible. Comme on dit en anglais falled in love.  Elle est tombée en amour.
Et Leonor de Recondo espère que cette nuit , seule, au musée va la mettre en présence d’El Gréco et d’un sentiment amoureux.
Tout s’y prête.  La nuit, le clair obscur du musée,  les peintures d’El Gréco,  le violon et la présence du père disparu.
Dans cette nuit Leonor de Recondo revisite la vie d’El Gréco, peintre de la Renaissance ayant quitté sa Crête natale pour découvrir Venise et ensuite Toléde.
Laissant derrière lui en Crête une femme aimée.
El Gréco un déraciné, qui arrivait à  Toléde vivra dans un premier temps des commandes des seigneurs et de l’Église.
Nous retrouvons la sensibilité et la finesse littéraire de Leonor de Recondo; l’émotion point en de nombreux moments de cette nuit mais n’arrive pas à nous surprendre, à nous éteindre comme dans Manifesto.
La dernière nuit de son père Félix portait plus d’amour et d’émotion  que cette rencontre avec El Gréco.
Je trouve que Leonor de Recondo est restée sur la berge  et n’a pas su ou n’a pas pu se laisser prendre par l’ambiance et les lumières tout en clair obscur de ce musée . Peut être l’effet d’un livre de commande ou des souvenirs d’adolescente trop magnifiés
Par contre je lui suis grée de m’avoir fait découvrir El Gréco et plus particulièrement les 12 apôtres ; personnages aux corps allongés et en mouvement,  aux vêtements chatoyants. Quelle merveille!
Je comprends l’admiration de Picasso pour El Gréco. Les deux étaient en avance sur leur époque

Journal d’un amour perdu d’Eric Emmanuel Schmitt. Albin Michel. 💛💛💛

Journal d'un amour perdu par Schmitt

Comme à l’habitude Éric Emmanuel Schmitt écrit bien. L’écriture est fluide, la langue française est à son meilleur. L’humanisme, l’empathie, l’émotion habite le livre. Et pourtant il y a un je ne sais quoi qui dérange.
Pourtant le sujet du roman Journal d’un amour perdu est on ne peut plus universel : la perte de sa Maman.
Peut être que ce qui me dérange est cet amour quasi incestuel entre Éric Emmanuel Schmitt et sa mère.
Tout cela est remarquablement écrit, ressenti. Les moments de détresse, tout comme les moments de l’enfance. Et pourtant il y a quelque chose qui dérange.
Serais ce le besoin de nier le père ( secret de la naissance ) afin que seule existe la relation avec Maman.
Et que penser du secret détenu par les Riklin sinon qu’il s’agit d’une facilité romanesque pour faire exister un moment le père.
Vous aurez compris que je reste mitigé, partagé devant ce Journal d’un amour perdu.
Contrairement à ce qui est indiqué en quatrième de couverture, je ne pense pas que nous touchions à l’universel à force de vérité personnelle et intime.
La vérité intime n’est que partielle et partiale. L’universel ne se suffit pas de partialité et de vérité partielle.

La panthère des neiges de Sylvain Tesson. Gallimard.💛💛💛💛💛

La panthère des neiges par Tesson

Sylvain Tesson est toujours là où on ne l’attends pas.
Cette fois ci il est sur les hauts plateaux du Tibet plus particulièrement sur le plateau du Changtang .
Il est sur ce haut plateau avec Vincent Munier, photographe , Marie compagne de Vincent et Leo assistant philosophe..
Nous avons connu Sylvain Tesson aventurier se retirant 6 mois dans les froids sibériens, nous avons connu Sylvain Tesson chevauchant une vieille moto russe pour revivre la Berezina napoléonienne. Nous l’avons connu aussi arpentant les chemins noirs de France ou encore les chemins de la liberté après le goulag.
Toujours trépidant , en mouvement, à la recherche d’aventure extrême Sylvain Tesson nous reviens apaisé.
Mais l’on reste dans l’inédit, l’étonnant, l’unique.
Sylvain Tesson va nous raconter l’affût à 4 800m d’altitude pour apercevoir la panthère des neiges.
Et l’affût demande du temps de la patience, du calme et pour ainsi dire un effacement de soi. Pas possible de fumer un bon gros cigare pour passer le temps.
Dans ces paysages de froid du Haut Tibet où l’attente devient moteur de vie, Sylvain Tesson par de courts chapitres rassemblés autour d’une idée nous fait réfléchir sur l’Etre, la spiritualité ( Tao et bouddhisme ) mais surtout sur la place de l’homme et des animaux en ce monde.
Cette réflexion apportée dans un monde minéral et animal remet l’homme à sa juste place.
Enfin de façon plus personnelle, Sylvain Tesson nous parle de deux femmes , sa mère et son ancienne compagne, de façon très émouvante. Une autre facette de l’écrivain voyageur. L’armure se casse…. et c’en est que mieux.
Un livre à garder auprès de soi pour picorer à volonté un chapitre ou l’autre et se réjouir des aphorismes de Sylvain Tesson.
Pour la route : La Terre avait été un musée sublime. Par malheur, l’homme n’était pas conservateur.

Lautrec de Matthieu Mégevand.Flammarion. 💛💛💛💛

Lautrec par Mégevand

Ce livre est le deuxième volet d’une trilogie sur la création.
Le premier volet à été publié en 2018 sous le titre La bonne vie

Vous pouvez trouver mon billet  sur ce livre , sur le blog.
A travers les deux premiers volets de sa trilogie Mathieu Megevand interroge le phénomène de la création en le rapprochant de la destruction.
Dans son premier roman ,la création advenait par une quête existentielle et une prise massive d’alcool et de drogues de Roger Gilbert Lecomte, poète des années 1930
Dans son deuxième volet, il interroge toujours la création à travers un artiste mondialement connu : Henri Marie Raymond de Toulouse Lautrec Monfa.
Ce livre n’est pas une biographie, ni une étude des toiles De Toulouse Lautrec.
A travers la vie De Toulouse Lautrec, Matthieu Megevand veut nous amener au plus près de l’acte de création. Et de nous montrer que celui-ci est toujours proche d’une destruction .
Avec Toulouse Lautrec ce lien entre création et destruction vient de sa petite taille, due à une maladie génétique.
Sa vie de peintre à Montmartre s’est nourri de ce handicap et du regard que lui portait les femmes.
Accro à l’alcool , au rhum et à l’absinthe , il devint le peintre des cabarets, des bordels et des maisons closes.
Avec les danseuses, les prostituées et les petites gens, il trouvait une proximité de vie et de handicap.
D’un côté des femmes abandonnées par la vie,essayant de survivre, de l’autre côté Toulouse Lautrec au physique abandonné.
Cette catharsis à pu se développer et Toulouse Lautrec à pu rendre par ces dessins, ces peintures, ces lithographies, des instants de vie du monde des prostituées et des cabarets.
Cette création proche de la destruction montre des êtres bruts et vivants.
Toulouse Lautrec mourra à 36 ans de la syphilis et nous laissera une oeuvre foisonnante et multiple.
Matthieu Megevand par sa représentation de la création nous donne envie de courir à l’exposition du Grand Palais à Paris sur Toulouse Lautrec.

La nuit se lève d’Elisabeth Quin. Grasset 💛💛💛

La nuit se lève par Quin

J’ai retrouvé dans le livre d’Elisabeth Quin La nuit se lève, la journaliste qui anime 28 minutes sur Arte. Les côtés positifs comme les côtés négatifs.
En tant que journaliste elle fait preuve d’une élégance, d’une culture, d’une neutralité qui sied globalement à l’explication factuelle de l’actualité. C’est propre,c’est clair, c’est toujours de bonne compagnie.
Évidemment que l’on retrouve tout cela dans le livre d’Elisabeth Quint.
Et c’est là que le bât blesse et que les côtés négatifs d’Elisabeth Quint ressortent.
Pour parler de sa maladie et de son glaucome qui peu à peu la rend aveugle, elle reste dans le factuel, la comparaison avec des écrivains, des personnages célèbres qui ont connu la même maladie.
Toujours cette pudeur et cette neutralité.
Elisabeth Quint ne réussit pas ( ou n’as pas pu ou voulu) à briser l’armure.
La démarche d’Elisabeth Quint est respectable mais sans se dévoiler plus, ce livre perd beaucoup de son intérêt

Nous, L’Europe banquets des peuples de Laurent Gaudé. Actes Sud .💛💛💛💛💛

Nous, l'Europe : Banquet des peuples par Gaudé

Nous, l’Europe banquets des peuples est de la même veine que de Sang et de lumière. Indignation, colère, passion ,la violence du verbe, le tout au service d’une poésie épique.
Il m’est difficile d’être objectif avec la poésie ou la prose de Laurent Gaudétellement je la trouve juste éprise d’un souffle incandescent,
J’ai offert ce livre à l’une de mes filles en lui écrivant un petit texte sur la page de garde.
Ce sera ma chronique / critique de Nous, l’Europe banquets des peuples
Par dessus les Flandres
Et jusqu’au cours du Rhône
Le banquet de l’Europe est une nécessité
Depuis 4 générations l’Europe à survécu à  la fin de l’ère industrielle,
A une soif coloniale qui a découpé des territoires comme un damier
A La cruauté de deux guerres mondiales qui ont laminé les hommes,
A l’idée  qu’il pouvait y avoir des hommes inférieurs
A La construction d’un mur
A des dictatures sur les terres portugaises, espagnoles, grecques.
L’Europe est revenu de tout malgré sa Technocratie,
Malgré sa difficulté à entendre les peuples
Elle continue à mal entendre
A mal entendre le ressac de la Méditerranée
A mal entendre le souffle des Européens.
Les nationalistes parlent à ses frontières
Et pourtant l’Europe n’a jamais été  aussi nécessaire pour éclairer le monde
Alors n’ayons pas peur des utopies, du partage, de l’invention, des colères salvatrices.
C’est à cette génération , la vôtre mais aussi encore un peu la nôtre,
D’emporter notre Europe dans un fracas d’idées et de rêver plus grand.
Festoyez au Grand banquet des peuples.

Le naufrage des civilisations d’Amin Maalouf. Grasset 💛💛💛💛

Le naufrage des civilisations par Maalouf

Le naufrage des civilisations est un essai d’Amin Maalouf pour parler de notre monde.
Depuis plus d’un demi siécle Amin Maalouf a parcouru le monde que ce soit à Saigon pour la chute du Vietnam ou encore à Téhéran pour le retour de l’Ayatollah Khomeiny en Iran.
Amin Maalouf d’origine libanaise a une réflexion experte sur le Liban , le Levant et le moyen Orient.
C’est à partir de ma terre natale que les ténébres ont commencé a se répandre sur le monde écrit Ain Maalouf.
C’est la base de cet essai qui depuis les années 45 jusqu’à maintenant va décrire le naufrage des civilisations.
S’appuyant sur les grands événements historiques comme l’arrivée au pouvoir de Nasser en Egypte , la guerre des 6 jours , la partition du Liban ou encore le retour de Khomeiny en Iran, Amin Maalouf nous fait revivre de façon passionnante cette histoire qui a modelé le monde.
Entre conservatisme et progressisme Amin Maalouf nous fait comprendre l’importance de l’année 1979/ 1980 avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Tatcher , de Ronald Reegan et l’élection de Jean Paul II.
Ces années 1979 /1980 qui sont à l’origine des profonds changements qui mènent au naufrage des civilisations.
Naissance du terrorisme djihadiste , prédominance du conservatisme et du repli sur soi.
C’est clair , c’est net , c’est précis.
C’est grave , un peu noir mais c’est une réalité.
Il n’y a pas de lumière au bout du tunnel et sans être un oui-oui ou un ravi de la crèche il me semble que le constat est trop noir et qu’il laisse peu de place à une prise de conscience.
Elle sera sûrement tardive , mais pourquoi n’existerait-elle pas ?

Histoire d’un Vignoble : Limoux de Turetti et Chaluleau. Editions Loubatières.💛💛💛💛

Histoire d'un vignoble, Limoux par Chaluleau
Histoire d’un vignoble LIMOUX est un opuscule de 140 pages qui retrace l’histoire et l’évolution du vignoble de Limoux situé dans l’Aude à 20 kms de Carcassonne .
Le vignoble de Limoux est connu pour sa blanquette , vin pétillant.
Ce livre fait la part belle à cette blanquette mais n’oublie pas les vins blancs tranquilles ni les vins rouges.
Ce livre , malgré son érudition, reste agréable à lire et permet de découvrir ce vignoble et son évolution.
Qui sait que la Blanquette de Limoux était le vin préféré de Thomas Jefferson troisième président des Etats Unis.
Ce livre nous rappelle aussi qu’avant d’être décriée la Blanquette de Limoux fut sur toutes les tables de l’aristocratie et de la troisième République.
Ce livre nous apprend aussi ce qu’est la méthode champenoise pour rendre un vin tranquille effervescent.
Enfin quelques vignerons produisent encore la Blanquette de Limoux avec la méthode ancestrale. Seule entre en ligne de compte le sucre contenu dans le cépage mauzac vendangé et les conditions climatiques voire cosmiques.
Le moût fermente à 6 degré d’alcool avant d’être mis en bouteille au mois de mars au moment de la vieille lune, c’est à dire à la lune descendante et le vin prend alors mousse.
Depuis une dizaine d’années des vignerons champenois sont venus s’installer dans le Limouxin pour perpétuer la qualité de cette blanquette de Limoux.
Elle fût dévoyé au milieu du 20ème siécle , car le Languedoc Roussillon était une région vinicole de quantité et plus de qualité.
C’est un temps révolu . L’AOP Limoux ( première appellation historiquement) a retrouvé ces lettres de noblesse.
C’est toute cette histoire que nous raconte Laurence Turetti et Georges Chaluleau.
c’est passionnant car on y retrouve l’évolution de la viticulture mais aussi et surtout l’évolution des moeurs et des réalités sociales.
Et le livre étant fini , je n’ai pu que descendre à la cave chercher une bouteille de Blanquette de Limoux ( car j’en ai )
Une bouteille en méthode ancestrale de Jean Louis Denois « Lune Vieille de Mars ».
Des arômes beurrés et un goût de pomme pour fermer ce livre.
Quoi de mieux !

Sur la route du Danube d’Emmanuel Ruben. Rivages 💛💛💛💛

Sur la route du Danube par Ruben

Sur la route du Danube est un grand récit d’arpentage. Emmanuel Ruben à quatre cordes à son arc.
Il est un géographe doublé d’un écrivain.  Comme si cela n’était pas suffisant il est aussi  dessinateur et cycliste émérite.
La corde dessinateur ne servira pas le long de cet d’arpentage car Emmanuel Ruben à pris le parti de profiter de cet arpentage de 45 jours et d’être entièrement dans l’instant et le quotidien.
Quel est donc cet d’arpentage ?
Avec un ami russe – ukrainien , Vlad ,ils ont décidé de remonter le Danube à  vélo de son delta à sa source.
Soit 2 900 klms depuis Odessa en Ukraine jusqu’à la source du Danube en Allemagne.
Emmanuel Ruben enfant du Rhône et maintenant gardien de la maison Julien Gracq  aux bords  de Loire, est fasciné par les fleuves.
Voici ce qu’il en dit :
 » La vue, même éphémère, même fugace, d’un fleuve aux flots vifs nous apaise ou nous dynamise et redonne sens à nos efforts : comme lui nous savons que nous sommes mortels, mais comme lui nous espérons nous élargir avec l’âge,  chaque année nous gagnons en sérénité  ; comme lui , nous nous souvenons de notre source sans nous languir pour autant  de l’avoir désertée  ; comme lui, chaque épreuve  nous élargit …..
Le fleuve ne vient pas les bras vides jusqu’ au rivage, il apporte les preuves de son labeur ; il arrive les bras chargés d’allusions, qu’il offre comme un présent  au continent qui le retient et comme un défi  à  la mer qui le délivre  ; chaque jour, il repousse son terme et chaque jour le delta s’agrandit.
Ce récit d’arpentage est donc une grande déambulation le long du Danube et à travers  10 pays qui constitue le bassin versant du Danube.
Ce qui fait la force de ce récit c’est l’imbrication de la géographie,  de l’histoire, des paysages et des hommes.
Surtout les hommes et les femmes que rencontrent Emmanuel Ruben
Au travers de ces rencontres , on comprend mieux cette Europe Centrale multi ethnique qui nous apporte les parfums du Moyen Orient et de l’Asie
On comprend aussi que ces parfums orientaux ont comme autres noms guerre, migrants , réfugiés et que le Danube est un melting-pot pot humain incroyable et que si ce melting-pot pot existe c’est que les hommes ont divisé ces régions sans tenir compte de l’entité Danube.
Comment un fleuve peut il être une frontière entre trois pays alors que ces rives et ses plaines alluvionnaires font vivre les mêmes groupes d’homme
Cette réflexion nous ramène à  l’Europe d’aujourd’hui qui est le calque de l’histoire. Les frontières ou les limes comme le dit Emmanuel Ruben restent les mêmes.  On les habille au fil des siècles de nom de pays différents, mais le bassin du Danube reste la porte d’entrée de l’Europe et son creuset.
Que cette région fut le lieu des guerres contre l’empire ottoman, le lieu des guerres de l’ex Yougoslavie ou aujourd’hui  avec la Hongrie , la porte d’entrée dans l’espace Schengen.
Comme le dit Emmanuel Ruben nous restons sur le vieux schéma politico économique du Rhin, axe du charbon et de l’acier.
Dorénavant l’axe européen suit les rives du Danube.
Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans parler de l’extase géographique.  En quelques lignes Emmanuel Ruben nous décrit le mieux qu’il soit le sentiment que je peux ressentir dans un lieu
 » Je ressens ce que j’appelle l’extase géographique,   qui est ma petite éternité matérielle,  éphémère,  mon épiphanie des jours ordinaires : oui, l’extase géographique,  c’est le bonheur soudain de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores, de se sentir traversé par la lumière,  d’échapper quelques instants à  la dialectique infernale du dehors et du dedans »
Ce récit d’arpentage est tout cela avec une ouverture de toutes ces pores sur ce Danube,fleuve des hommes , de tous les hommes.

 

Comment j’ai rencontré Les poissons d’Ota Pavel. Editions Do.💛💛💛💛

Comment j'ai rencontré les poissons par Pavel

Très belle découverte que la lecture de Comment j’ai rencontré Les poissons d’Ota Pavel.
Un passage à la Fête du livre de Bron (69) et un arrêt
devant les livres de la Librairie Lucioles de Vienne me met en présence du livre d’Ota Pavel.
Le libraire me parle de ce livre et de son pouvoir positif et joyeux.
Allons-y !
Et bien merci Monsieur le libraire pour votre conseil.
Quel plaisir que la lecture de cette autobiographie.
Je ne dirais pas comme Erri de Luca et Mariusz Szczygiel que ce livre est le plus antidépressif du monde ou encore qu’il produit des bulles de joie sous la peau.
Ota Pavel est un journaliste et écrivian tchèque mort en 1973.
Il a commencé à écrire n 1964 , suite à l’apparition de ses troubles bi-polaires. L’écriture comme thérapie
Et c’est vrai que la joie de vivre , le bonheur simple d’Ota Pavel auprès des rivières et des poissons contraste fortement avec ses troubles bi-polaires .
De même que les événements historiques qui sous-tendent le récit d’Ota Pavel ( La Tchécoslovaquie entre 1936 et 1960 ) apportent un climat pas toujours propice à la joie et au bonheur.
Avoir 9 ans , dans une famille juive en 1940 ne prédispose pas naturellement au bonheur surtout sis le Papa et les frères sont déportés.
Avoir 15 ans à la fin de la guerre et voir s’installer le communisme dans son pays n’engendre pas obligatoirement la joie de vivre.
Hors le contexte historique , j’ai trouvé beaucoup de similitudes entre le livre d’Ota Pavel et les les livres de Marcel Pagnol : Souvenirs d’Enfance – La Gloire de mon père ou encore le Château de ma mère.
Dans les deux cas une nature omniprésente au contact des animaux. Pour Pägnol la Provence , le Garlaban et la chasse aux bartavelles. Pour Ota Pavel les étangs de Bustehrad prés de Prague ,la pêche , les carpes argentées et les anguilles d’or.
Dans les deux cas la figure du père , la relation père fils.
Dans les deux cas de l’empathie , de la tendresse , de l’humour et le bonheur simple de la vie.
La différence entre Pavel et Pagnol : le contexte politique .Autant avec Pagnol on peut reprendre les termes de Eric de Lucca et Mariusz Szczygiel – bulles de joie, anti-dépressif, autant il est difficile avec Pavel de faire abstraction du contexte . le texte , le style sont anti dépressif et peuvent produire des bulles sous la peau; mais ce style léger cache des réalités plus dures, que ce soit le contexte historique ou la maladie mentale de Ota Pavel.
Ce mélange de légèreté et de gravité donne une grande profondeur à cette autobiographie et je reprendrais les dernières phrases d’Ota Pavel dans son épilogue :
« Parfois, assis près de la fenêtre à barreaux, je pêchais ainsi en souvenir et c’en était presque douloureux. Pour cesser d’aspirer à la liberté, il me fallait renoncer à la beauté et me dire que le monde était aussi plein de saleté, de dégoût et d’eau trouble. »
« Tandis que je mourrais là-bas à petit feu, je voyais surtout cette rivière qui comptait plus que tout dans ma vie et que je chérissais. je l’aimais tellement, qu’avant de de mettre à pêcher je ramassais son eau dans mes mains en coquille et je l’embrassais comme on embrasse une femme. »
Ota Pavel est mort en 1973 à 43ans