Archives pour la catégorie Roman

J’emporterai le feu de Leila Slimani. Gallimard . 🟩🟩🟩🟩◼️

J’emporterai le feu

Leila Slimani

Gallimard

ISBN : 978-2-07-309836-8 Janvier 2025

430 pages

J’emporterai le feu clôt la trilogie le pays des autres de Leila Slimani. Trilogie qui a accompagné la famille Belhadj sur trois générations entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 2020.

Lors de mon billet concernant la lecture du deuxième tome, Regardez-nous danser, j’écrivais ceci  : « Bien évidemment, ces évènements ont fait le Maroc et les Marocains. »
« Mais je trouve que Leila Slimani n’approfondit pas ces événements à la lumière de ces personnages.  »
« Par contre, Leila Slimani nous montre des femmes magnifiques, combattantes, libres et sensuelles.
Ces femmes qui me feront lire la fin de cette trilogie »

Et dans ce troisième tome, ces femmes sont effectivement magnifiques, combattantes, libres et sensuelles.

Que ce soit la grand-mère Mathilde, sa fille Aïcha, ses petites filles Mia et Inès ou la belle-soeur de Mathilde, Selma.

Des femmes attachantes à des degrés divers, mais qui nous racontent le patriarcat, la libération et l’indépendance.

Autour de ces femmes, les personnages d’Amine, de Mehdi et de Selim ne se révèlent pas toujours sous leur meilleur jour, mais restent des êtres passionnants et complexes.

Les trois tomes de le pays des autres racontent de façon romanesque l’histoire familiale de Leila Slimani. Ce troisième tome se concentre sur Mia et Inès, les filles d’Aïcha et Mehdi. Ces deux jeunes femmes des années 80, vivant dans un régime royal, liberticide et patriarcal, vont connaître, du fait de leurs études, de leurs vies, de leurs orientations sexuelles, la solitude, la séparation, l’exil.

Tout cela vécu dans une culture franco marocaine pour notables et proches du pouvoir royal.

Les questions identitaires, la place et le droit des femmes irriguent ce troisième tome et donnent matière à une oeuvre romanesque qui relève grandement de l’intimité familiale. le pays des autres essaime des racines ici et là-bas.

Je n’avais pas été totalement convaincu par les deux premiers tomes. Je trouvais que Leila Slimani avait traité beaucoup de sujets en restant, il me semble, en surface. Je n’ai pas retrouvé cela dans J’emporterai le feu.

J’ai trouvé une famille intergénérationnelle aux prises avec une double culture et un besoin de liberté irrépressible. Une famille qui souhaite prendre sa place, toute sa place.

« Oui, il a fallu que ce soit moi qui raconte, et je me souviens de ces papillons Belles-Dames qui entament un épique voyage depuis l’Afrique jusqu’au cercle polaire avec pour seul guide le soleil. » « Des papillons minuscules, des migrateurs extraordinaires pesant à peine un quart de gramme, et ce n’est jamais celui qui part qui arrive à destination, mais son petit-enfant » (p.422).

Leïla Slimani naît le 3 octobre 1981 à Rabat, dans une famille d’expression française. Son père, Othman Slimani (1941–2004), est un banquier et un haut fonctionnaire marocain, secrétaire d’État chargé des Affaires économiques de 1977 à 1979. Sa mère, Béatrice-Najat Dhobb Slimani (1948–), est médecin ORL et a été la première femme médecin à intégrer une spécialité médicale au Maroc Ses grands-parents maternels se sont rencontrés en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale, quand Lakhdar Dhobb, un spahi algérien ou marocain, participe à la Libération de Blotzheim, le village d’Anne Ruetsch (1921–2015), issue de la bourgeoisie alsacienne[. Après la guerre, elle s’installe avec lui au Maroc. Anne sera l’une des rares non-Marocaines décorée de l’ordre du Ouissam alaouite, une des plus hautes distinctions accordées par le roi du Maroc[10],[9]. Leïla Slimani a deux sœurs

En 2014, elle publie son premier roman, Dans le jardin de l’ogre. Le sujet (l’addiction sexuelle féminine) et l’écriture sont remarqués par la critique] et l’ouvrage est sélectionné dans les cinq finalistes pour le prix de Flore 2014[19].

Son deuxième roman, Chanson douce, obtient le prix Goncourt en 

La maison du magicien d’Emanuele Trévi. Philippe Rey. 🟩🟩🟩◼️◼️

La maison du magicien

Emanuele Trévi

Traduction : Nathalie Bauer

ISBN : 978-2-38482-207-2 Janvier 2025

218 pages.

La maison du magicien d’Emanuele Trevi explore la relation père-fils. le père Mario Trévi était un psychanalyste connu de Rome adepte de Jung. le narrateur, le fils ou encore Emanuele Trévi s’installe dans l’appartement de son père à la mort de celui-ci ; appartement dans lequel il recevait ses patients.

En intriquant autobiographie et fiction, Emanuele Trevi dessine la figure tutélaire du père. Dans cet appartement où flotte l’âme des patients, le père, Mario Trévi, devient guérisseur et magicien.

Des cahiers de notes, des galets polis, un exemplaire de la Métamorphose de l’âme et ses symboles de Jung et un exemplaire du Yi-King vont mener Emanuele Trévi sur les traces et mystères de « l’arrière-boutique » intérieure de son père.

C’est une lecture surprenante balançant entre souvenirs familiaux et approfondissement de l’oeuvre de Jung. Surprenant aussi les présences étonnantes de femmes aux doux noms de : La Dégénérée, La Visiteuse, La Chattemite.

On peut avoir du mal avec les passages portant sur l’analyse psychanalytique de Jung.

Cette réserve posée, le roman d’Emanuele Trévi teinté de nostalgie et d’humour est agréable à lire et pose la question : Qu’est-ce que la maison du magicien ? Conscience, inconscient, arrière-boutique ?

On en revient à Jung !

Né à Rome en 1964, Emanuele Trevi est essayiste, romancier et critique littéraire. Il collabore au Manifesto et au Corriere della Sera. Il a été finaliste du prix Strega 2012 avec Quelque chose d’écrit (Actes Sud, 2013).

Les bons sentiments de Karine Sulpice. Liana Levi. 🟩🟩🟩🟩◼️

Les bons sentiments

Karine Sulpice

Liana Levi

ISBN : 979-10-349-1040-3 Février 2025

173 pages

Julien, jeune homme de 28 ans travaillant dans une ONG, l’Association, prend en otage trois de ses collègues de l’association.

C’est le point de départ du premier roman de Karine Sulpice. Vont apparaitre un certain nombre de personnages qui vont interférer avec Julien. D’abord les trois otages : Jeanne, Antoine et Kader. Devant le local de l’association se pressent les chaines d’infos et la foule. Dans cette foule, il y a Jessica et sa fille Laila. Jessica et Leila se rendent souvent à l’association pour rencontrer les travailleurs sociaux. Autour des locaux de l’association se sont positionnées les forces de l’ordre sous le commandement de Maurane le Queuvre.

Maurane le Queuvre va rentrer en relation avec Julien afin de connître ses attentes.

À travers ces personnages et la discussion téléphonique entre Mauranne le Queuvre et Julien, nous allons remettre en place le puzzle de la vie de Julien.

Et le puzzle de la vie de Julien est formé de burn-out, de dépression. Un burn-out ou une dépression due au travail associatif. En nous présentant les points de vue de chacun, l’émotion est là à fleur de peau et joue sur les réflexions et les cheminements de chacun.

Parce que nous sommes dans le monde associatif, Les bons sentiments doivent affluer. Quel joli titre de roman pour dire exactement l’inverse et parler des noirceurs de l’âme humaine.

Premier roman d’une grande humanité.

Karine Sulpice vit à Lille. Elle a toujours manié les mots, d’abord en tant que journaliste puis avocate, notamment en droit de la famille et du travail, pendant dix ans. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture.

Nage libre de Jessica Anthony. Le Cherche Midi. 🟩🟩🟩◼️◼️

Nage libre

Jessica Anthony

Traduction Claro

ISBN : 978-2-7491-8194-3 janvier 2025

139 pages

Dans une résidence américaine en novembre 1957, Kathleen Beckett refuse d’accompagner son mari et ses deux enfants à l’office dominical. Elle préfère aller nager dans la piscine de la résidence. Et plus que cela, elle ne quittera pas la piscine jusqu’à nouvel.

Avec ce court roman Nage libreJessica Anthony a écrit un roman intrigant, un peu grinçant. En 139 pages, à travers le couple formé par Kathleen et Virgil, elle va nous faire découvrir leurs secrets intimes et la réalité de l’American way of life avec, surtout, la femme au foyer abandonnant ses rêves.

Spoutnik 2 avec son chien Laika tourne autour de la terre, Kathleen refuse de sortir d’une piscine, les mensonges et adultères se révèlent peu à peu. Tout le monde se cache derrière les apparences. Il ne se passe pas grand-chose dans cette journée qui soutient le roman. Mais ce pas grand-chose cristallise les reproches et les frustrations des uns et des autres. Kathleen est sa frustration tennistique. Virgil est son culte pour Charlie Parker

Dans cette piscine, la nage va t’-elle devenir libre ?

 Jessica Anthony est une écrivaine américaine. Son premier roman Le convalescent est paru au Cherche Midi en 2016. Nage libre est son quatrième ouvrage.

Un jeu sans fin de Richard Powers. Actes Sud. 🟩🟩🟩🟩🟩

Un jeu sans fin.

Richard Powers

Traduction : Serge Chauvin

Actes Sud

ISBN : 978-2-333020-0-343 Février 2025

394 pages.

Un jour sans fin est le dernier volet d’un tryptique composé de L’Arbre-Monde et de Sidérations.

Dans L’Arbre-MondeRichard Powers, à travers le botaniste Pat Westerford, nous avait fait découvrir le dernier mystère du monde : la communication entre les arbres.

Dans Sidérations, Théo Byrnes, un astrobiologiste élève seul son fils et chaque soir père et fils explorent ensemble les exoplanètes en tentant de percer le mystère de la vie.

Dans un jeu sans fin, Evie Beaulieu Todd Keanr, Rafi Young et Ina ont tous un lien avec Makatea, un atoll des Tuamotu en Polynésie française. Makatea a été dévasté en 1960 par l’exploitation des phosphates. Jusqu’à trois mille personnes ont vécu sur place. Aujourd’hui, Makatyea est un atoll de 90 personnes.

Et il est envisagé la construction de villes flottantes autour de l’atoll, en dehors de toute contrainte. Une mise en danger des fonds marins et de la communauté vivant sur l’île.

Comme toujours, Richard Powers écrit un roman dense entre science, poésie et réalité écologique du monde.

Il n’y a pas d’étonnement à retrouver dans ce roman un Américain libertaire créateur de son entreprise Playground, pionnière dans les jeux vidéo, les réseaux sociaux et l’IA. Cet Américain libertaire, c’est Todd Keane. Il est le narrateur du livre et nous le découvrons quand il vient d’apprendre qu’il est porteur de la maladie de Lévy, dégénérescence non soignable. À travers sa narration, il va mettre en perspective les 60 dernières années et les liens qui unissent les personnages.

C’est du grand art littéraire qui trouvera un épilogue étonnant dans les dernières pages du roman. Un épilogue qui donnera une nouvelle couleur au roman.

Richard Powers fait preuve d’une virtuosité incroyable pour mettre en scène tous ces personnages à différentes périodes de leur vie avant de les réunir à Makatea. Tout comme il fait preuve de poésie pour nous parler des fonds marins, du vivant et des micro-organismes. Les pages sur la danse du sepeiide sont d’une beauté à couper le souffle.

S’attaquer aux grands problèmes de ce monde, IA, écologie,dérèglement climatique, engendre un roman magnifique entre résilience et éternité.

Chapeau, monsieur Powers.

Richard Powers, né le 18 juin 1957 à Evanston dans l’Illinois (États-Unis), est un écrivain américain. Richard Powers devient un auteur reconnu et à succès aux États-Unis au début des années 1990, avec des romans explorant les relations entre sciences (physiquegénétiquetechnologie) et art (musique). Il obtient plusieurs récompenses et distinctions dont une bourse MacArthur en 1989, ainsi que le Lannan Litterary Award en 1999. Il est titulaire en 2010 et 2013 de la chaire d’écriture Stein à l’université Stanford1, avant d’être nommé professeur titulaire d’écriture créative dans cette même université Stanford (à la chaire Phil and Penny Knight Professor of Creative Writing).

Il est lauréat du prix Pulitzer de la fiction de littérature 2019 pour son roman L’Arbre-monde.

Le mauvais rôle de Flore Montoyat. Harper collins. 🟩🟩🟩🟩◼️

Le mauvais rôle

Flore Montoyat

Harper Collins

ISBN : 979-1-03391 -961-2 Février 2025

208 pages.

Le Mauvais Rôle de Flore Montoyat est un premier roman autofictionnel. Sous les traits de Chloe, Flore Montoyat, une jeune femme après de brillantes études, entre à la Cour nationale du droit d’asile en tant que rapporteur. le rôle du rapporteur est de lire et de rapporter ce que lui disent les réfugiés demandant le droit d’asile. Ce rapport porte autant sur le pays que sur les conditions du demandeur. Et plus elle est confrontée à ces malheurs, plus elle est mal. Mal car elle perçoit le fossé immense entre sa condition de jeune femme brillante à la vie confortable et celle de ces réfugiés dont on conteste le récit : pas assez précis, pas assez réaliste ; avez-vous vraiment subi des exactions, des agressions, des viols ?

Christian, chrétien du Centrafrique, Faith jeune nigériane souhaitant devenir coiffeuse, et Anwar afghan rejetant les talibans, sont sur ce long chemin pour le droit d’asile.

C’est un roman documentaire choc et percutant qui jette une lumière crue sur la réalité de l’asile. C’est aussi le roman des utopies bafouées et des dégâts que cela peut produire. Et ce roman nous rappelle que la souffrance ne se quantifie pas, mais qu’elle questionne sur nos failles et notre humanité.

Avons-nous pris le temps d’écouter jusqu’au bout ?

Née en 1992, Flore Montoyat est une autrice lyonnaise. vivant à Forcalquier.
Passionnée de géopolitique, elle est spécialiste du droit des réfugiés. Elle a travaillé pour les Nations unies, puis passé quatre ans au cœur des décisions de la Cour nationale du droit d’asile. Elle puise son inspiration dans ces expériences professionnelles.

Théorie de la disparition de Séverine Chevalier. La manufacture des livres. 🟩🟩🟩🟩◼️

Théorie de la disparition

Séverine Chevalier

La manufacture des livres

ISBN : 978-2-38553-1-584 Janvier 2025.

176 pages

Une couverture de livre dit parfois beaucoup. C’est le cas du dernier roman de Séverine ChevalierThéorie de la disparition. Cette couverture représente une photo prise en 1910 à Paris, au Jardin des Plantes. La Seine connut une crue centennale et l’eau envahit la fosse aux ours du Jardin des plantes. Dressés sur leurs pattes arrière, les ours essayent de grimper sur les murs de leur prison. Au-dessus d’eux, une foule regarde. Peut-être vont-ils disparaitre sous l’eau. le voyeurisme ou l’invisibilité ?

Un dernier chapitre de roman peut aussi être très instructif. Celui de ce livre concerne la définition et les synonymes de disparaître dans le dictionnaire analogique Larousse de 1936.

Théorie de la disparition est un roman étonnant par la particularité de son écriture et par sa subtilité.

Mylène est une femme de bientôt 70 ans qui s’aperçoit que sa vie a été minuscule et que celle-ci a disparu derrière l’occupation de son foyer et de la vie professionnelle de son mari, écrivain.

Lors d’une résidence d’écriture de son mari à Paluel en Normandie, une rencontre la révèle à elle-même et décide de disparaitre. Disparaître pour mieux se retrouver.

Ce court roman se veut audace, métamorphose, retour sur les disparitions familiales et conjugales.

Tout est plus complexe qu’il n’y paraît. Et tout est si juste et si puissant.

Une belle découverte de la rentrée littéraire de janvier 2025.

Séverine Chevalier, née à Lyon en 1973 est une romancière française.

Après des études à Sciences Po et un DESS de droit public, Séverine Chevalier devient juriste, notamment à Marseille. Elle réside désormais en Auvergne, où elle se consacre à l’écriture.

Elle obtient en 2016 le prix Calibre 47 pour son roman Clouer l’Ouest. En 2022, son roman Jeannette et le crocodile fait partie de la sélection du prix Françoise-Sagan.

Cairns de Martin Baldysz. Paulsen. 🟩🟩🟩🟩◼️

Cairns

Martin Baldysz

Paulsen

Traduit du norvégien par Marina Heide

ISBN : 978-2-37502-4-355 Janvier 2025. 112 pages

Pas de lieu, pas de temps. La montagne et les fjords norvégiens.

Il y a un an, Kirsten Nesse, jeune bergère de 17 ans, s’est réfugiée dans la montagne après avoir tué un chasseur. C’est ce que l’on dit.

Un jour, Kirsten Nesse croise le chemin du garde champêtre. Elle lui demande de dire au pasteur de venir la rencontrer en montagne.

Pour partir à sa recherche, le pasteur Sebastian Ribe souhaite emmener avec lui Reidar Skarren, connu comme le Marginal ou le Montagnard. Chacun est attiré différemment par le divin. Pour le pasteur, la vocation religieuse, et pour Reidar Skarren, la dive bouteille !

Avec CairnsMartin Baldysz nous délivre un récit court et concis, devenant de plus en plus sombre au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la montagne rocheuse, marécageuse et brumeuse. Aux prises avec une nature incarnée, la solitude de la montagne répond à la solitude de Kirsten, de Reidar et du pasteur. Cette nature incarnée, les elfes, les trolls et Huldra, femme mythique à la queue de vache, révèlent les tourments de chacun et les vérités cachées.

Dans ce monde de brumes et de tourments, le cairn reste un point, une bouée, un horizon, un repère. Mais n’est-il que pierre ? Dans ce monde de brumes et de montagnes, l’animisme est maître.

En lisant ce roman, résonnent les moments d’un autre roman magnifiant la montagne et les mythes : le chant des pentes de Simon Parcot. Derrière le sombre et le tragique, il y a toujours et encore la beauté de la nature, cette nature incarnée.

« En goûtant le breuvage, les yeux clos, il eût l’impression de tomber dans un buisson de genévriers, comme lorsqu’il était enfant. Un goût poivré se répandit au fond de lui, une odeur de mousse et de terre retournée. Puis l’odeur d’un cheval marchant d’un pas lourd dans une neige épaisse.

Cairns est le premier roman de Martin Baldysz traduit en français.


Martin Baldysz
 est romancier. Il vit au cœur de la nature dans une ferme de l’ouest Norvégien.

En attendant le déluge de Dolores Redondo. Gallimard. 🟩🟩🟩◼️◼️

En attendant le déluge

Dolorès Redondo

Gallimard. Série Noire.

Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon

ISBN : 978-2-07301-8-694 Août 2024

550 pages.

Pour son roman thriller En attendant le délugeDolores Redondo s’appuie sur deux faits réels . D’abord en 1969, en Écosse, sévit un tueur en série appelé Bible John. Il a tué trois jeunes femmes et s’est évaporé dans la nature. A ce jour son identité n’est pas connu. Est il vivant, est il mort ? Personne ne sait.
Autre fait réel : les inondations centenales de Bilbao en août 1983 qui vont faire plus de 40 morts.
Ces deux événements vont servir de pont pour le roman de Dolores Redondo.
Et si Bible John avait quitté l’Écosse et s’était réfugié au Pays Basque.
Partant de ce postulat, l’autrice invente le personnage de Noah, policier écossais qui retrouve la trace de Bible John à Bilbao.
C’est du thriller pur jus avec ses codes bien précis : des meurtres plus glauques les uns que les autres, les failles secrètes des personnages, un environnement tragique et la pluie jusqu’à plus soif.
Tout cela se lit sans déplaisir mais au bout de 550 pages, tout est bien humide, spongieux et couleur sang.

Dolores Redondo, née le 1969 à Saint-Sébastien, dans la province de Guipuscoa, au Pays basque, est une romancière espagnole, auteur de romans historiques et policiers.

Après des études de droit, elle travaille dans le commerce pendant plusieurs années.

En 2009, elle publie un premier roman historique nommé Los privilegios del ángel.

En 2013, elle écrit le roman policier El guardián invisible qui est le premier volume de la trilogie de la vallée du Baztan, commune où se déroule l’intrigue.

Madelaine avant l’aube de Sandrine Collette. JC LATTES. 🟩🟩🟩🟩🟩

Madelaine avant l’aube

Sandrine Collette

JC Lattès

ISBN : 978-2-7096-7453-9 Août 2024

252 pages

Goncourt des Lycéens 2024

Connaissez-vous le Pays Arrière ? Un bout de terre entre forêts, montagne et les méandres paresseux du fleuve Basilic. Dans ce bout de terre, un village, La Foye, et l’un de ces hameaux, Les Montées.

Les Montées, trois maisons. La première pour Rose l’herboriste guérisseuse et Bran, la deuxième pour Léon et Ambre, la troisième pour Eugène, Aelys et leurs trois enfants Germain, Artaud et Mayeul.

Aelys et Ambre sont jumelles et, malheureusement, elles n’ont pas choisi l’homme qu’il fallait.

Le pays Arrière n’a pas d’âge. Des indices, pourtant, On travaille la terre à la bêche, on meurt de famine, la peste arrive aux portes des villages. Et puis il y a des seigneurs et maitres. Les seigneurs Ambroisie père et fils règnent sur le Pays Arrière et Ambroise fils ne lésine pas sur les moyens.

Ambroisie, comme le nom est bien choisi ! Ambroisie, plante opportuniste envahissante dont le pollen est hautement allergisant pour l’homme. (Et surtout pour la femme !)

Les Ambroisie père et fils font plus qu’être envahissants. Tout leur appartient : les terres, les récoltes, les hommes et les femmes. L’injustice se conjugue à tous les temps de l’indicatif.

Et puis un jour surgit Madelaine, l’enfant de la faim, l’enfant de la révolte. Recueillie dans un premier temps par Rose et Bran, elle va s’intégrer dans cette nouvelle famille.

Et Madelaine n’est pas comme les autres. Elle est libre, animale, passionnée et vivante.

L’écriture de Sandrine Collette magnifie ce conte rural et paysan d’une grande actualité. le patriarcat, le consentement, la culpabilité, la place des femmes sont la trame de ce conte.

Pour cela, Sandrine Collette prend son temps. Elle installe ces personnages, décrit cette nature belle mais aussi hostile. Et la vie qui crie famine. Et la vie rude des paysans. Et la mort. Et la vie.

Et pour dire l’indicible, Sandrine Collette n’emploie que quelques mots. A-t-on bien compris ? A-t-on bien lu ? Qu’en pensez ? Et puis quelques pages plus loin, l’explication arrive. On avait bien lu et compris.

Cette lenteur des saisons et du travail paysan donne du sens aux dernières 50 pages quand la tragédie advient.

50 pages magistrales qui referment ce roman sombre, rêche et âpre.

Reste Madelaine avant l’aube. Mais il adviendra l’aube comme tous les jours. Comme tous les jours, la lumière remplace les ténèbres. Un peu d’espoir tout de même.

Sandrine Collette, née en 1970 à Paris, est une figure incontournable de la littérature française contemporaine. Elle se distingue par ses romans noirs et ses thrillers psychologiques.

Elle suit un parcours académique brillant. Après avoir obtenu un baccalauréat littéraire, elle poursuit ses études avec un master en philosophie. Passionnée par les sciences humaines, elle décide de se spécialiser en science politique et soutient une thèse en 1999 intitulée “De la loterie nationale à la française des jeux (1933-1998) : contribution à une sociologie de l’état moderne”.

Sandrine Collette fait une entrée remarquée dans le monde littéraire avec son premier roman, Des nœuds d’acier, publié en 2013. Ce thriller psychologique, qui raconte l’histoire d’un homme emprisonné et torturé par deux frères, remporte le Grand prix de littérature policière et le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne.

Elle enchaîne avec Un vent de cendres en 2014, un roman qui revisite le conte de La Belle et la Bête dans un cadre de vendanges en Champagne. En 2016, elle publie Il reste la poussière, qui lui vaut le Prix Landerneau du polar. Son huitième roman, Et toujours les forêts, une fiction post-apocalyptique, est récompensé par le prix de La Closerie des Lilas, le prix Amerigo Vespucci et le grand prix RTL-Lire en 2020.

Parmi ses œuvres marquantes, on trouve également On était des loups, publié en 2022, qui lui vaut le prix Jean Giono et le prix Renaudot des lycéens. Sandrine Collette continue d’explorer les recoins sombres de l’âme humaine avec une plume incisive et poétique.

Madelaine avant l’aube, publié en 2024 plonge le lecteur dans l’univers rural du Morvan, où les secrets de famille et les drames personnels se dévoilent au fil des pages. Madelaine avant l’aube est finaliste la même année au prix Goncourt et au Prix Goncourt des lycéens qu’il remporte.

Sandrine Collette est une auteure dont les récits captivants et les personnages complexes, combinés à son talent littéraire, fait d’elle une figure incontournable de la littérature contemporaine.