Archives pour la catégorie roman étranger

48 indices sur la disparition de ma sœur de Joyce Carol Oates. Philippe Rey. 🟩🟩🟩◼️◼️

48 indices sur la disparition de ma sœur.

Joyce Carol Oates

Philippe Rey

Traduction : Christine Auché

ISBN : 978-2-38482-074-0 Mars 2024

286 pages

La dernière fois que G (Georgene) a aperçu sa soeur M ( Marguerite) Fulmer, nous étions le 11 Avril 1991 pas loin d’Aurora on Cayuga au Nord de l’Etat de New-York.
La dernière fois que G a aperçu M s’est au travers d’un jeu de miroir.
M a 27 ans , étudiante en art et sculptrice, elle partait à son université.
G sa soeur cadette à 22 ans.
M est une belle jeune fille, éthérée , appréciée et aimée de tous.
G est une jeune fille moche, légèrement boulotte travaillant au guichet de la poste locale et franchement jalouse de sa soeur.
M et G ont perdu leur mère il y a quelques années des suites d’un cancer.
Elles vivent avec leur père dans une grande maison bourgeoise. le père étant un homme de pouvoir à la tyrannie facile.
M est proche d’un sculpteur et artiste Elke. Celui- ci a un goût artistique pour les corps et les cadavres.
48 indices sur la disparition de ma soeur est découpé en 48 chapitres non chronologiques et linéaires.
La narratrice de ces 48 chapitres est G ( Georgene) la jeune soeur. Nous sommes 22 ans après les faits et M n’est pas réapparu.
Chaque chapitre , pour Georgene, est l’occasion de réfléchir à chaque indice menant à la disparition de Marguerite.
Cette narration est sous-tendue par le temps qui a passé, les souvenirs, la mémoire mais aussi par la psychologie pour le moins instable de G.
L’autrice Joyce Carol Oates remet tout cela en perspective par une écriture fractionnée fait de passage en italiques, de nombreuses parenthèses représentant en partie la psyché de G.
On peut être dérouté par ce parti pris qui ne permet pas à la lecture d’être fluide.
Mais quelques chapitres passés, on entre dans le livre et on comprend rapidement que cette façon de faire nous permet de mieux appréhender les affres psychologiques de Georgene. Comment se remémorer des événements tragiques à leurs justes valeurs.
Le fait que la dernière vision de sa soeur M se fasse à travers un jeu de miroir est symptomatique de cela.
Ces 48 indices permettront ils de résoudre cette disparition ? Peut être ou peut être pas.
Joyce Carol Oates nous délivre un roman âpre et vénéneux et jongle avec les codes du thriller et les fantasmes.

Joyce Carol Oates, née le 16 juin 1938 à Lockport dans l’État de New York, est une femme de lettres américaine prolifique, à la fois poétesseromancièrenouvellistedramaturge et essayiste. Elle a également publié plusieurs romans policiers sous les pseudonymes Rosamond Smith et Lauren Kelly.

Parmi ses romans les plus célèbres on peut trouver Nous étions les Mulvaney (1996), Un livre de martyrs américains (2017), Reflets en eau trouble (1992) et Blonde (2000) qui est considéré comme le « chef-d’œuvre de sa carrière ». Son roman semi biographique a pu bénéficier d’une adaptation télévisée peu de temps après sa sortie et surtout d’une adaptation cinématographique au début des années 2020.

Un entretien avec Joyce Carol Oates sur France Inter ( Eté 2024 )

On m’appelle Demon Copperhead de Barbara Kingsolver. Albin Michel. 🟩🟩🟩🟩◼️

On m’appelle Demon Copperhead

Barbara Kingsolver

Traductrice : Martine Aubert.

Albin-Michel

ISBN : 978-2-226-47837-5 Janvier 2024

605 pages

On m’appelle Demon Copperhead de Barbara Kingsolver s’appuie sur le roman de Charles Dickens : David Copperfield.
Elle transpose sont récit aux Etats -Unis, de nos jours en Virginie.
Nous sommes dans le Comté de Lee auprès d’une communauté « Melungeon  » et de blancs aux prises avec la pauvreté.
Dans la même veine que lz livre de Charles DickensOn m’appelle Demon Copperhead est un roman d’apprentissage. le roman est à une voix, celle du narrateur Demon Copperhead. Une narration faite à hauteur d’enfant, d’émotions et de souvenirs.
Et les premières lignes du roman donnent le ton :  » Déjà je me suis mis au monde tout seul . Ils étaient trois ou quatre à assister à l’événement et ils m’ont toujours accordé une chose : c’est moi qui est dû me taper le plus dur, vu que ma mère était, disons, hors du coup. « 
Demon, notre narrateur est né d’une jeune femme toxico et d’un père disparu.
Pendant les 600 pages du roman Demon va nous raconter les aléas et vicissitudes de sa vie.
Aléas et vicissitude ne rendent pas compte de la réelle violence de son enfance. c’est un constat brutal de ce que peut être la vie d’un enfant puis d’un adolescent dans cette Amérique de la violence et de la solitude.. Trimballé de services sociaux en famille d’accueil, Demon arrive à se construire une communauté d’enfants issus du même milieu social et de quelques adultes. La pauvreté, les larcins, s’insinuent de partout. Les inégalités ravagent cette jeunesse. Quelques personnes bienveillantes apaisent tant soit peu ces blessures.
Ces ravages ont comme toile de fond la crise des opioïdes qui gangrène les Etats Unis. La société Pharma Purdue inonde le marché de soi-disant médicaments juste anti-douleurs. Médicaments pour les personnes atteintes de cancer mais aussi pour les jeunes joueurs de foot américain.. Et l’on devient vite addict à ces médicaments.
Cette jeunesse pauvre, en manque de repères et d’affection se refugie bien évidemment dans ces opioïdes et plus particulièrement l’Oxy.
Le road trip, le road movie de Demon nous touche en plein coeur et sa résilience dans ce monde hostile est magnifique.
A la fin de ce roman , on ne souhaite pas laisser Demon. Mieux que cela on aimerait le rencontrer et passer un long moment avec lui et sa gouaille. Il mérite notre respect.

Barbara Kingsolver est une écrivaine américaine. Sous forme d’essais, de nouvelles ou encore de poèmes, ses écrits reflètent son intérêt pour la justice sociale et la biodiversité.

Lorsqu’elle est âgée de sept ans, ses parents l’emmènent au Congo où son père officie en tant que médecin.

Barbara Kingsolver décide de quitter le Kentucky, qui ne lui offrait pas l’avenir qu’elle souhaitait, pour l’Indiana où elle devient diplômée en Biologie. Après avoir poursuivi ses études en écologie et biologie à l’Université d’Arizona, elle y devient écrivain scientifique. Souffrant d’insomnie, elle se met a écrire « L’ arbre aux haricots » et commence ainsi sa carrière de romancière. Dans ses romans, elle traite avec un certain humour des thèmes pourtant sérieux de la défense de la nature, des réfugiés, du sens de l’indépendance ou de la sensualité qui s’affirme à chaque époque de la vie.

Dans « Un autre monde », elle fait vivre un jeune garçon entre Mexique et États-Unis. Elle y évoque aussi bien les manifestations de vétérans et leur répression violente sous Hoover, que les amours de Frida Kahlo et de Léon Trotsky, son assassinat en 1940 ou que le Maccarthisme qui vient à bout du jeune héros. Ce roman a reçu le Prix Orange pour la fiction en 2010.

Elle partage son temps entre sa ferme des Appalaches et l’Arizona, avec son deuxième mari, Steven Hopp, et ses deux filles.

Les héritiers de l’Arctique de Aslak Nore. Le Bruit du monde. 🟩🟩🟩◼️◼️

Les héritiers de L’Arctique

Aslak Nore

Traduction : Loup-Maelle Besançon

Le Bruit du Monde

ISBN : 978-5-4392- 0625- 1 Avril 2024

496 pages

Les héritiers de l’Arctique de Aslak Nore est la continuation de la saga de la famille Falck. Aslak Nore nous a fait connaitre cette famille dans son livre précédent le cimetière de la mer.
Ce deuxième livre peut tout à fait être une découverte de l’univers de l’auteur norvégien.
Il y a peu de lien entre le cimetière de la mer et les héritiers de l’Arctique, et quand nécessaire l’auteur nous facilite la compréhension et la lecture.
La famille Falck, famille norvégienne influente, est composée de deux branches, l’une à Bergen, l’autre à Oslo.
Un jour, un personnage russe est retrouvé empoisonné à Barentsburg, au Svalbard. Avant de mourir celui-ci révèle l’existence d’une taupe russe dans la famille Falck.
Toute ressemblance avec des empoisonnements d’espions russe est voulue.
A partir de cette révélation Aslak Nore va construire son roman autour de l’identité norvégienne, des secrets d’une grande famille, du réchauffement climatique qui ouvre de nouvelles perspectives commerciales sur les routes du Nord et aussi sur la faiblesse des démocraties et la montée des régimes autocratiques.
Les héritiers de l’Arctique est un agréable roman d’espionnage, ludique fait de rebondissements, d’enjeux d’héritage mais aussi d’enjeux géopolitique.
Un bon roman pour commencer l’été
Et pour peu que la chaleur s’installe, la fraicheur du Spitzberg sera la bienvenue.

Aslak Nore est un écrivain et journaliste norvégien, éditeur, auteur de non-fiction et de roman policier.

Il est le fils de l’écrivain Kjartan Fløgstad (1944). Après des études à la New Shool for Social Research de New York, il rejoint le bataillon d’élite norvégien Telemark en Bosnie, avant de travailler comme journaliste au Moyen Orient et en Afghanistan. Il vit aujourd’hui à Marseille.

Il fait ses débuts littéraires en 2007, avec le roman « Gud er norsk ». Auteur de plusieurs bestsellers et lauréat du prix Riverton pour le meilleur roman policier en Norvège en 2018, il a connu le succès en France dès sa première publication, « Le cimetière de la mer » (« Havets kirkegård », 2021), qui a obtenu le prix des Mémoires de la mer 2023. En 2023, il a publié « Les héritiers de l’Arctique » (« Ingen skal drukne »)

Plus grand que le Monde de Meredith Hall. Philippe Rey. 🟩🟩◼️◼️◼️

Plus grand que le monde

Meredith Hall

Traduction : Laurence Richard

ISBN :978-2-38482-064-1 Février 2024

365 pages.

Voici un livre qui est encensé sur Babelio. 41 critiques .Plus de 1 200 lecteurs et une note moyenne de 4.15. Des critiques de la presse sont élogieuses ( le point – le temps -Times)
Joyce Maynard y va de son commentaire : Bouleversant de poésie, de beauté et de grâce.
Les mots qui ressortent de ces éloges : famille, amour, compassion, résilience, chagrin, rédemption.
Le titre anglais du livre de Meredith Hall est Bénéficence que l’on peut traduire par Bienfaisance. L’éditeur français a choisi Plus grand que le monde.
Tout ce préambule pour dire que je ne me retrouve pas dans ces éloges et commentaires.
Avant de vous expliquer mon ressenti , un résumé de ce roman.
il s’agit d’une histoire familiale étendue sur 5 générations dans une ferme du Maine à Alstead dans le Nord Est des Etats Unis, Dans les années 30 vit dans cette ferme la famille Senter. Arrière grand père et grand père Senter ont vécu sur ces terres. Aujourd’hui c’est Tup Senter qui en a la charge. Il est marié à Doris et ils ont trois enfants : Sonny, Doddie et Beston. La vie va faire qu’un évènement tragique va affecté cette famille. Le roman va se poursuivre jusque en 1968 et nous montrer l’évolution de cette famille.
C’est de cette histoire que ressort les mots : famille, amour, compassion, résilience, chagrin, rédemption.
Et bien pour ma part je n’ai pas ressenti cela. Bien au contraire.
Meredith Hall nous décrit effectivement une famille amoureuse, soudée, heureuse mais elle nous décrit surtout une ferme, des lieux et des personnages proches de la petite maison dans la prairie ou d’un dessin animé de Walt Disney. Cela dégouline de bons sentiments où tout est beau, bon et gentil. L’époux est bon, l’épouse est bonne, les enfants sont modèles, la ferme est d’une propreté incroyable. Tout est aseptisé. le côté religieux est présent bien évidemment avec le Bon Dieu. On vit en vase clos .Tout est beau.
Je n’ai pas trouvé de poésie, de grâce et de beauté.
J’ai trouvé au contraire une famille regroupée autour du patriarcat, d’une certaine idée du conservatisme et de la non remise en question.
Le drame familial sous couvert de solidarité et de résilience ne fait qu’amplifier ce ressenti.
Plus grand que le monde porte bien son titre.
Malaise.

Meredith Hall est une écrivaine et professeur émérite à l’Université du New Hampshire.
En 2007, elle publie ses mémoires, Without a Map, immédiatement reconnus outre-Atlantique comme un classique du genre. Elle collabore régulièrement avec Five Points, The Gettysburg Review, The Kenyon Review, ou encore The New York Times. « Plus grands que le monde » est son premier roman.

En bas dans la vallée de Paolo Cognetti. Stock. 🟩🟩🟩🟩◼️

En bas dans la vallée

Paolo Cognetti

Traduction : Anita Rochedy

Stock – la cosmopolite

ISBN : 978-2-234-09692-9 Mai 2024

143 pages

Le dernier roman de Paolo Cognetti reprend les thèmes fétiches de l’auteur : , la montagne, le val d’Aoste, la nature, la fratrie et les difficultés de vivre dans ces lieux alpins avec des hommes et des femmes un peu cabossés par cet environnement.
En bas dans la vallée se situe dans une vallée du Val d’Aoste : Valsésia. Les deux romans précédents de Paolo Cognetti ( Les huit montagnesla félicité du loup ) avaient le même décor naturel.
Ce court roman de 143 pages est une photo d’une situation dans le village, en bas de la vallée.
D’abord deux chiens. Une jeune femelle blanche et un mâle gris tueur d’autres chiens. D’ailleurs est-ce un chien ou un loup ?
Puis Luigi, garde forestier , rangé des voitures. Son père est mort et lui laisse en héritage une cabane, là-haut dans les alpages du Rose. Il voudrait bien récupérer cette cabane mais il a un frère Fredo et il faut transiger avec lui. Pas simple. Fredo vit au Canada, a fait un peu de prison et est addict à l’alcool comme a pu l’être en son temps Luigi.
Il est aussi question de la construction d’un télésiège dont la gare d’arrivée serait proche de la cabane abandonnée paternelle. Luigi n’aurait-il pas envie de transformer la cabane en bar d’altitude ?
Tous ces instantanés sont opposition :
La grisaille du village face à la lumière blanche des sommets.
Chien ou loup. Vie sauvage et vie domestique.
La montagne nature ou la montagne or blanc.
l’opposition entre les deux frères symbolisée par le sapin et le mélèze.
On pourrait reprocher la brièveté du roman et peut être un manque de développement des situations.
Reste que ce court roman dégage âpreté et puissance à l’équivalent des massifs montagneux du Val d’Aoste.
La lecture est magnifiée par un poème installé en fin de roman : la bataille des arbres.
Enfin Paolo Cognetti nous explique dans un note d’auteur sont attachement à la chanson Nebraska de Bruce Springsteen. Une ouverture qui signe définitivement son roman.

Paolo Cognetti est un écrivain. Il a suivi des études universitaires en mathématiques, qu’il abandonne. En 1999, il est diplômé de la Civica Scuola di Cinema « Luchino Visconti », école de cinéma de Milan. Il créé, avec Giorgio Carella, une société de production indépendante (CameraCar).

Les huit montagnes (Le otto montagne, 2016), son premier roman, obtient le Prix Strega Jeunesse 2017. Désireux de faire vivre la montagne en dehors des pistes de ski, il monte, en été 2017, avec son association Gli urogalli un festival consacré à la littérature, aux arts et aux nouveaux et nouvelles montagnardes baptisés Il richiamo della foresta (L’Appel de la forêt) en hommage à Jack London.

Un entretien littérature et montagne entre Jean Christophe Ruffin et Paolo Cognetti

Mon nom dans le noir de Jocelyn Nicole Johnson. Albin Michel. 🟩🟩🟩◼️◼️

Mon nom dans le noir

Jocelyn Nicole Johnson

Traduction : Sika Fakambi

Albin Michel

ISBN : 978-2-226-47836-8 Janvier 2024.

211 pages

L’idée de départ de ce primo roman était intéressante. Dans un temps un peu dystopique, une communauté faite de quelques hommes et femmes se réfugie à Monticello en Virginie. Monticello est le nom du musée – domaine où vécut Thomas Jefferson , 3ème président des Etats- Unis.
Cette communauté se réfugie car les suprémacistes blancs font vaciller le pouvoir américain. Tout cela nous rappelle les émeutes de Charlottesville en 2017 et l’attaque du Capitole en 2021.
Le Démantèlement est en cours.
Dans cette communauté que nous suivons au jour le jour, une jeune femme noire Da Naisha Love a une particularité : elle ferait partie de la descendance afro-américaine de Thomas Jefferson.
Bien que le roman soit court , il manque de vigueur, de tension. On est plus dans la description de la communauté que dans les réactions de cette communauté.
J’attendais un lien plus puissant entre le Démantèlement, la période historique de Thomas Jefferson et l’avènement des suprémacistes blancs.
Mon nom dans le noir de Jocelyne Nicole Johnson n’a pas la fulgurance narrative décrite en quatrième page de couverture.

Jocelyn Nicole Johnson enseigne l’art à Charlottesville (Virginie) où elle vit. Ses textes ont été publiés dans de nombreux magazines, revues littéraires et anthologies, dont Best American Short Stories. Son premier roman, Mon nom dans le noir, a été couronné par plusieurs prix, dont le Library of Virginia Award et été finaliste de plusieurs autres dont le National Book Critics Circle Award et le prix du Los Angeles Times.

Ton absence n’est que ténèbres de Jon Kalman Stefansson. Grasset. 🟩🟩🟩🟩◼️

Ton absence n’est que ténèbres

Jon Kalman Stefansson

Traduction : Eric Boury

Grasset

ISBN : 978-2-246–82799-3 Janvier 2022

597 pages.

Un homme se réveille dans une église. Une église perdue dans les fjords de l’Ouest islandais. Cet homme n’a aucune raison d’être là et de surcroît il ne sait plus qui il est.
Pourtant dans ce coin isolé d’Islande, les gens connaissent cet homme perdu.
A travers les histoires qu’il se fait conter, il essaye de comprendre sa situation.
Des histoires de femmes, d’hommes vont s’enchainer. Pas de chronologie, beaucoup de personnages, le tout sur plus de cent ans.
Petit à petit le puzzle prend forme. le temps, les personnages, la chronologie s’installe dans une atmosphère nordique au milieu des champs de lave, du blizzard, des aurores boréales et des maisons et des fermes éloignées de tout.
La poésie et l’écriture de Jon Kalman Stefansson est à la hauteur de cette île septentrionale.
Récit nostalgique et onirique, perdu dans les brumes glaciales de l’Islande qu’il est difficile de résumer. Il faut se laisser porter au long cours des 600 pages du roman. Il n’est pas toujours facile de se retrouver entre tous les personnages mais est ce si important ?
Le sel du roman se cache dans la transmission, l’intergénérationnel, les choix de vie, l’immatériel..
Le récit peut être lumineux, mélancolique et puis quelques pages plus loin nous sommes cueillis par une déchirure, une absence. le thème de la mort, de la vie après la mort est omniprésent. Un fil continu sur plus d’un siècle que Jon Kalman Stefansson enveloppe d’une play list « La compilation de la camarde » aux mélodies mélancoliques empruntées à Dylan, Presley, Nina SimoneChet BakerMiles Davis ou Erik Satie.
Ton absence n’est que ténèbres est un magnifique roman d’intériorité, du temps qui passe, de la mémoire des hommes et des femmes et de la force du destin.
Ton absence n’est que ténèbres nous ramène à notre identité mortelle, à notre humilité mais aussi à cette chaine humaine qui nous construit et défie le temps.

Jón Kalman Stefánsson grandit à Reykjavík et à Keflavík. Après avoir fini ses études au collège en 1982, il décroche de petits emplois en Islande de l’Ouest (par exemple dans les secteurs de la pêche et de la maçonnerie).

Il entreprend ensuite, de 1986 à 1991, des études en littérature à l’université d’Islande, sans parvenir à les terminer. Pendant cette période, il donne des cours dans différentes écoles et rédige des articles pour le journal Morgunblaðið. Entre 1992 et 1995, il vit à Copenhague, où il participe à divers travaux et s’adonne à un programme de lectures assidues. Il rentre en Islande et s’occupe de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbær jusqu’en 2000.

En janvier 2022 paraît en français Ton absence n’est que ténèbres (Grasset) qui raconte l’histoire d’une famille sur plus d’un siècle, à travers le regard d’un homme devenu soudain amnésique, en quête de souvenirs et d’amour1,5,6,7,8. Il obtient le prix 2022 du livre étranger9,10,11.

En janvier 2024 paraît en français Mon sous-marin jaune, un roman autobiographique12.

La Fugue d’Anna de Mattia Corrente. Le Bruit du Monde. 🟩🟩◼️◼️◼️

La fugue d’Anna

Mattia Corrente

Traduction Jacques Van Schoor

ISBN : 978-2-4932- 0645 – 9 Mars 2024

288 pages

La fugue d’Anna est le premier roman de l’italien Mattia Corrente, diplômé de philosophie et de sciences humaines. Mattia Corrente vit en Sicile et c’est dans cette île et les Îles Éoliennes qu’il a inscrit son roman.
Sur l’île de Stromboli vit un vieux couplé, Anna et Séverino. Il faudrait dire vivait un vieux couple. Car il y a un an’, un beau matin, Anna a quitté le domicile conjugal et s’en est allée.
Il a fallu un an à Severino pour reprendre ses esprits. Au bout d’un an il décide de partir à la recherche de sa femme. Pour cela il va repartir sur les traces de sa vie avec Anna le long des côtes siciliennes.
Cela donnera un road movie entre passé et présent. L’un embellissant l’autre. Ce road movie devant permettre de mettre à nu des vérités dissimulées.
Je n’ai pas réussi à me plonger réellement dans ce roman. J’ai ressenti un manque de réalisme manifeste , et une facilité de rencontres entre Severino et des personnages parfois inconnus.
Le roman avait un écrin : la Sicile et les volcaniques Stromboli et Vulcano. Cet écrin est resté bien fade et sans réel profondeur. J’espérais une Italie du Sud fiévreuse, chaude, minérale. Ce ne fut pas le cas.
Tout cela a pris le dessus sur l’histoire elle même .

Mattia Corrente est né en 1987 et vit en Sicile, dans la province de Messine. Diplômé en philosophie et en sciences humaines, il a travaillé avec plusieurs éditeurs italiens avant de se lancer dans l’écriture. La fugue d’Anna est son premier roman, qui s’est vu décerner les prix Parco Majella et Città di Erice.

Eva et les bêtes sauvages d’Antonio Ungar. Notabilia . 🟩🟩🟩🟩◼️

Eva et les bêtes sauvages

Antonio Ungar

Traduction : Robert Amutio

Notabilia

ISBN : 978-2-88250-905-5 . 179 pages

Janvier 2024

Novembre 1999. Une barque sur l’Orénoque. En Colombie, près de la frontière vénézuélienne. Dans cette barque, une jeune femme , Eva. Elle vient d’être touchée par une balle sous la clavicule. Peut être est-ce la fin ?
Qui est Eva et que fait-elle seule dans une barque au fond de la jungle amazonienne ?
Avec ce personnage l’auteur Antonio Ungar nous retrace sur la base de faits réels la décomposition d’un pays et des hommes.
C’est prenant de bout en bout, sous-tendu par une violence de tous les instants.
Eva est une jeune fille de la bonne société colombienne. Bonne Société veut aussi dire alcool, sexe, drogue. Eva est addict à tout. Une descente aux enfers.
Pourtant dans un moment de conscience aigue, elle décide de reprendre en main sa vie, de la risquer pour sauver celle des autres. Et décide de trouver dans son travail d’infirmière le moyen d’être utile au cœur de l’Amazonie, à Puerto Inidira.
La jungle porte bien son nom . Des strates de violence où cohabitent indiens indigènes, colons, mafieux, paramilitaires et guerillos des Farc. Chaque lopin de terre recèle or et cocaïne. La descente au enfers d’Eva prend une autre voie.
C’est un texte dur, noir, puissant et violent. Les bêtes sauvages auront -elles raisons d’Eva ?
Il semble qu’en 2024 malgré l’accord passé entre le gouvernement colombien et les Farc, rien n’est beaucoup changé. La jungle a peur du vide.
Reste néanmoins dans cette jungle inextricable des îlots d’espoir.


Écrivain et journaliste, Antonio Ungar figure dans la liste « Bogotá 39 » réunissant les trente-neuf meilleurs auteurs latino-américains de moins de trente-neuf ans. Né en 1974 dans la capitale colombienne, il a habité en Palestine et vit aujourd’hui à Bogotá. Il travaille comme correspondant pour des journaux espagnols, italiens et sud-américains, une activité pour laquelle il a remporté en 2006 le prix de journalisme Simón Bolívar.

Une singularité de Bastien Hauser. Actes Sud. 🟩🟩🟩◼️◼️

Une singularité

Bastien Hauser

Actes Sud

ISBN : 978-2-330-18951-8 272 pages

.Mars 2024

Une singularité est le premier roman déroutant de Bastien HauserBastien Hauser est né en Suisse. Il a 28 ans et habite à Bruxelles.
Le titre du roman Une singularité résume totalement la singularité de ce texte. le roman se passe sur trois mois entre avril et juillet 2019.
En avril 2019 Abel Fleck tombe dans sa cuisine victime d’un AVC. Il est pris en charge rapidement, l’hémorragie est de courte durée. A l’IRM reste une tache provoquée par l’hématome.
Malgré la prise en charge rapide Abel est fatigué, désorienté. S’ajoute des pertes de mémoires et la difficulté à trouver ses mots.
Ainsi commence le roman. L’écriture épouse les états d’Abel et nous laisse un peu perdu dans sa désorientation.
A la même époque , des scientifiques découvrent de nouvelles informations sur les trous noirs.
Abel dans les répliques de son AVC fait le lien avec les trous noirs. Un trou noir se trouve au centre d’une galaxie. le trou noir n’a rien d’un trou. Il provient de la mort d’une étoile. Ils aspirent tout sur leur passage. Rien ne leur résiste.
Aux prises avec des acouphènes, des arcs électriques , Abel devient certain que la tache dans son cerveau est elle aussi un trou noir.
Le roman va devenir une exploration vertigineuse du corps et du cosmos en plusieurs temporalités. Abel se sent propulsé au coeur du grand mystère.
Je ne vous dévoilerai pas ou ces temporalités vont emmener Abel.
Il faut bien accrocher sa ceinture pour suivre Abel entre fêtes permanentes, aperçu cosmique . Aux fêtes permanentes se greffe la désespérance.
C’est un roman qui peut rebuter mais qui mérite d’être lu pour l’originalité du propos

Né en Suisse en 1996, Bastien Hauser est auteur et metteur en scène. Membre du collectif Et cætera, il est diplômé du master Textes et création littéraire de La Cambre à Bruxelles et lauréat du laboratoire d’écriture dramatique de la Société suisse des auteurs.