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Chien-Loup de Serge Joncour. Flammarion 💛💛💛💛

Chien-Loup par Joncour

 

Perdasommet dCausse dQuercy dans le Lot , une maison de pierre situé aMont d’Orcières a été à 100 ans d’écart un acteur principal de la vie des hommes et des animaux.
le Mont d’Orcières est un lieperdoffrant à 360 degrés une vue allant duLot amassif Central.
Pour atteindre ce lieu , une pente à forte déclivité vous attends avant d’atteindre les prés , les ronces, les broussailles , la forêt et toute la vie animale diurne et nocturne qui évolue dans ce paysage.
C’est dans ce contexte que Serge Joncour va nous raconter deux histoires construites autour de cette maison de pierre.
D’abord en 1914 , le tocsin a sonné , la guerre est déclarée. Tous les hommes valides ont rejoint le front , tout comme les animaux ( Vaches et chevaux) qui servent à acheminer hommes et matériel.
Reste au village au pied du Mont d’Orcières , les femmes , les enfants , quelques hommes , les moutons et les brebis.
Et voila que ce présente Wolgang , allemand , dompteur de profession.
Dompteur veut dire lions , tigres. Ils sont au nombre de Huit.
Wolgang ne veut pas de cette guerre. Il déserte et demande au maire du village de bien vouloir l’accepter sur les terres du village.
Le maire accepte et lui propose de s’installer au dessus du village au Mont d’Orcières dans cette maison pierre.
En 2017 , Franck et Lise sont un couple de parisien , la cinquantaine. Lise est comédienne avec de moins en moins de rôles . Franck un producteur de cinéma surbooké mais mise en difficulté avec la nouvelle génération et les nouveaux médias tel Netflix.
Lise souhaite coupée avec cette vie et propose à Franck de faire un break de 3 semaines loin de tout. Elle a déniché une location sur le plateau du Quercy , au Mont d’Orcières. Maison en pierre ,loin de tout. Pas de réseaux – Pas de Wifi. Etre seul au contact de la nature.
Lise va pouvoir méditer , faire de la peinture , se ressourcer.
A l’inverse Franck appréhende ces 3 semaines coupées de tous. Comment va t il pouvoir faire alors que son monde c’est la communication , les médias. Etre connecté coûte que coûte.
C’est le point de départ u roman de Serge Joncour Chien-Loup.
D’un chapitre à l’autre nous passerons de 1914 à 2017.
En parallèle deux histoires vont se construire et petit à petit des passerelles entre ces deux histoires vont apparaître.
En mettent en scène ces deux histoires , Serge Joncour nous éclaire sur un passé anéanti par la guerre et un présent aux prises avec la nature et la violence.
Et au coeur de tout cela le monde animal.
A ce titre la première page du livre est symptomatique. Tout commence par des hurlements , des aboiements , des culs de casseroles que l’on frappe, des cris.
« La nuit , les bois sont un royaume peuplé de cris et de chevauchées. dans l’ombre les animaux en profitent pour vivre à l’abri des hommes, de loin on les entend chasser ou s’accoupler, certains même se battre, chaque nuit la terre redevient le monde des bêtes sauvages, et ce soir-là elles l’étaient plus que jamais  » (page 10)
Ce livre vous attrape et ne vous lâche plus. C’est physique , dés fois bestial .
C’est massif , c’est du corps à corps.
Et puis comme toujours avec Serge Joncour il y a la poésie , les bruits , les odeurs ,les parfums, la nature , les détails d’une vie humaine ou animale.
Il y a aussi avec délicatesse , avec pudeur , les amours de guerre , la découverte des corps.
A travers ces deux histoires qui paraissent très éloignées , Serge Joncournous fait réfléchir sur la sauvagerie du monde et de la nature.
Sauvagerie d’une guerre mondiale qui laisse les femmes seules au prise avec les champs , les animaux.
Sauvagerie d’un village qui verrait bien Wolgang le dompteur comme un bouc émissaire.
Sauvagerie de prédateurs ( Lions et tigres) que leur atavisme poussent vers les brebis.
Il semble que cette sauvagerie est du siècle dernier !
Et pourtant en 2017 , Franck est confronté à la sauvagerie du monde de la communication , à la sauvagerie des réseaux sociaux et du tout connecté.
Il pense que la nature est sage et domptée. N’empêche qu’il retrouvera vite une nature sauvage dans ces peurs : bruits des animaux, la forêt la nuit.
Cette dualité entre nature sauvage ou apaisée , il la retrouvera, avec l’apparition du Chien-Loup et ce questionnement . Quelle part de l’homme dans l’animal et quelle part de l’animal dans l’homme?
Chien-Loup est l’un des grands romans de la rentrée littéraire.
Un petit séjour de quelques semaines sur le Mont d’Orcières nous désintoxiquerais de notre monde surbooké et nous rappellerais que l’homme vit au milieu de la nature et des animaux.

Chien-Loup. Serge Joncour. 2018. Flammarion. 476 pages.

Concours pour le Paradis de Clélia Renucci. Albin Michel 💛💛💛

Concours pour le Paradis par Renucci

Voilà un premier roman qui tient toutes ses promesses.
Clélia Renucci nous entraîne dans la Venise de la Renaissance et pour le Paradis.
Le 20 Décembre 1577 , le Palais des Doges est en feu et plus particulièrement la salle du conseil et ses peintures monumentales.
L’incendie sera circonscrit mais une grande partie des peintures de la salle du Conseil son partie en fumée.
Afin de remplacer la peinture monumentale ( 25 m x 7m) qui orne cette salle , le Doge de Venise met en place un concours ( on dirait maintenant un appel d’offre) afin que des peintres vénitiens répondent à cette demande .
le cahier des charges est simple :
 » On devra peindre comme c’était avant, la gloire des élus du au Paradis. Vous êtes familiers des peintres qui vont ont précédés ; en personnes éduquées, vous connaissez le sens du Christ en gloire au Paradis; donc vous voyez ce que nous avons à l’esprit  »
5 peintres répondront à cette demande. Parmi eux Véronèse , le Tintoret et Bassano.
La réalisation de cette fresque prendra 25 ans.
C’est cette période que retrace Clélia Renucci dans Concours pour le Paradis.
Nous sommes transportés au sein même de la Sérénissime , de ses canaux , ses campis et ses églises.
Nous vivons les conflits larvés entre Véronèse et le Tintoret. Conflits soulignant leurs différences sociales , picturales mais aussi leur style de vie.
Le Tintoret , austère , tourné entièrement vers son art ; alors que Véronèse parade dans Venise auprès des belles Vénitiennes et des maisons de charme.
Nous découvrons aussi de Rome et de L’Eglise . La république de Venise , indépendante, reste tout de même sous le joug religieux de Rome et du Pape , et il est hors de Question de peindre un Paradis iconoclaste.
Enfin la peinture et les techniques de la renaissance sont à l’honneur pour nous faire prendre conscience du temps nécessaire à l’élaboration d’une toile, puis à sa réalisation.
Un roman à relire lors d’un week end vénitien entre Palais des Doges , Campo di Samuele , Dorsoduro ,Cannareggio et Madonna dell’Orto sur les traces du Tintoret et de Véronèse.
Un livre à l’image de Venise

Une douce lueur de malveillance de Dan Chaon. Albin Michel 💛💛💛💛

Une douce lueur de malveillance par Chaon

Il est difficile de synthétiser le dernier livre de Dan Chaon : Une douce lueur de malveillance. C’est tout autant , un roman noir , un roman policier ,mais aussi un thriller , un roman psychologique.
A partir de personnages ordinaires de la middle class américaine , Dan Chaon va dérouler une histoire évolutive tant pour ces personnages , que pour le lecteur. Je reviendrais sur ce point un peu plus loin.
Le personnage central du roman est Dustin Tillman. Il a la quarantaine , vit dans la banlieue de Cleveland. Il est marié à Jill et a deux enfants Aaron et Dennis. Il est psychologue.
Quand s’ouvre le roman , Dustin vient d’apprendre que son frère adoptif Rusty vient d’être libéré de prison après trente années d’enfermement suite aux meurtres dans les années 1980 des parents et d’un oncle et une tante de Dustin. Rusty a été condamné à perpétuité pour ces meurtres.
Le témoignage de Dustin a pesé lourdement dans la condamnation de Rusty.
Si Rusty est libéré aujourd’hui c’est que des analyses ADN ont prouvé son innocence ».
Confronté à cet événement, Dustin pense maîtriser sa vie ,sa mémoire mais aussi être capable de surmonter les événements de son enfance et ce qui vont être induits par cette nouvelle situation.
Et c’est dans toutes ces situations que le titre du roman va prendre toute sa place.
Une douce lueur de malveillance . Un bel oxymore. D’un coté la douceur , la lueur , de l’autre la noirceur , la malveillance.
Cette opposition , cette douce lueur de malveillance va accompagner Dustin et Rusty , mais aussi Kate et Wave les cousines ou encore Aaron et son copain Rabitt. Qui est doux , qui est malveillant ?
Qu’en est il de la mémoire , des fantasmes, du souvenir , de la vérité et du mensonge .La vérité est elle une douce lueur ou une malveillance.
La mémoire a des îles , des failles qui amène a vivre plusieurs versions d’un même fait selon l’âge.
Et dans cette première histoire familiale , Don Chaon va en ajouter une autre , plus américaine , plus sociétale.
Pour surmonter ces événements Dustin va se réfugier dans le travail.
Et l’un de ces patients , un flic du nom d’Aqil va l’intéresser à des meurtres d’étudiants qui ont lieu de façon régulière dans des conditions particulières.
Ces meurtres représente les failles de l’Amérique : La religion , le satanisme , l’alcool la drogue mais aussi les légendes urbaines avec les tueries de masse et les serial killers.
Ces deux histoires vont s’enchevêtrer dans une machinerie de l’imagination,dans la création de personnages et dans le développement de l’intrigue.
Ce qui est remarquable de la part de Dan Chaon , c’est le travail de construction du roman.
C’est une lecture évolutive ou le lecteur peut changer d’avis dans le cours du roman.
De même que le roman est évolutif il est aussi déconstruit par le travail sur la chronologie et les points de vue de plusieurs personnages sur le même événement. Il peut aussi s’agir de la vision que le personnage à de lui même.La vérité est partagé par tous les acteurs du livre et non par un seul acteur.
Enfin dans son écriture et son style , Dan Chaon nous entraîne dans la mémoire , les oublis, les névroses de ces acteurs.
Des phrases ne sont pas finies . Des blancs typographiques nous donnent à comprendre les difficultés de Dustin. Une même scène va être mise en forme sur des colonnes distinctes car le point de vue donné n’est pas le même.
Dans ce livre le fond et la forme sont en osmose pour nous donner un livre intelligent , vénéneux, magnétique qui nous laisse abasourdi lorsque nous le refermons.
Magistral !

Nuit sur la neige de Laurence Cossé.Gallimard 💛💛💛💛

Nuit sur la neige par Cossé

Voici un court roman ( 140 pages) à l’écriture académique , ciselée et parfois glaciale qui nous emmène dans les années 1935/1936.
Laurence Cossé à l’art en quelques mots , en quelques phrases lapidaires, de nous transmettre une ambiance , un mal être ou encore les contours d’un lieu d’un paysage.
Sous son aspect académique, factuel ou documentaire ce roman déroute car il semble inoffensif , simple.
Et quand on a reposé le livre , que la lecture a infusé on en retient une maîtrise dans l’écriture du roman et dans les sujets abordés.
Robin , orphelin de père , va rentrer en classe préparatoire chez les Jésuites.
Nous sommes en 1935 .La montée des périls menace l’Europe. le front populaire est en gestation. La traque des Juifs commence.
Dans cette classe préparatoire Robin va rencontrer Conrad. une amitié naissante mais aussi une attirance.
Robin est couvé par sa mère , Conrad d’origine suisse est plus déluré.
A l’initiative de Conrad ils vont passer une semaine en fin d’année à Saint Moritz. C’est le début de l’avènement du ski dans cette époque qui voit arriver les congés payés.
Puis à l’initiative de Robin ce sera une semaine à Val d’Isère village de montagne reculé du monde mais dont 4 hôtels et un téléski sont les prémices d’une grande station de ski.
Ces deux séjours sont l’occasion pour Robin d’être confronté à Conrad mais aussi à Clarie : amour, amitié ,faux semblants, dissimulation.
Ces confrontations revêtent aussi un caractère plus politique et social.
Robin sort de l’adolescence et devient un jeune adulte qui se tape à la réalité du monde.
Les 40 dernières pages du livre rendent bien cette situation et le roman devient glacial . Comme le titre l’indique: Nuit sur la neige. Soit c’est blanc, soit c’est noir. Il n’y a pas de place pour le gris. Robin a définitivement quitté le monde de l’enfance.
que 140 pages mais comme un bon vin celles ci ont une belle longueur et une belle persistance.

 

Dix sept ans d’Eric Fottorino. 💛💛💛

Dix-sept ans par Fottorino

Voici un roman très personnel. Depuis de nombreuses années Eric Fottorino sonde ses origines. Qu’il s’agisse de ses pères ( adoptif ou biologique ) ou de sa judeité cachée.
Dans ce roman Dix sept ans il s’agit de sa relation à sa mère Lina. Il faudrait plutôt dire sa non relation avec cette jeune femme qu’il appelle Lina et pour laquelle il lui faudra plus de 50 ans avant d’oser dire Petite Maman.Lina cette mère inconnue ,cette absente pour laquelle Eric Fottorino ébaucher ce roman plus de 11fois.
La difficulté de dire, de nommer les choses, de plonger dans les ressentis,de rencontrer une maman.
Peut être cette difficulté explique t-elle le besoin pour Eric Fottorino de passer par le roman et non le récit totalement autobiographique .
Cette recherche d’une identité et d’une mère pourra paraître très personnelle et engendrer une certaine lassitude lors de la recherche de la vie de Lina à Nice.
Le style ,mais aussi l’émotion que met Eric Fottorino dans cette recherche font que cet écueil de lassitude disparaît rapidement.
Nous sommes embarqués dans ces émotions à la recherche des Dix sept ans de Petite Maman.
Le roman autobiographique oscille alors entre les souvenirs d’Éric Fottorino et la vie supposée de Lina à Dix sept ans.
Et puis peut être que cette oscillation permettra à chacun de se retrouver et de naitre à nouveau

La toile du monde d’Antonin Varenne. Albin Michel 💛💛💛

 

La toile du monde par Varenne

À trop vouloir traiter de sujets Antonin Varenne se perd un peu sans son roman La toile du monde.
Nous sommes en 1900. Paris bruisse des préparatifs de l’exposition universelle et des Jeux Olympiques.
De l’autre côté de L’Atlantique, à New York une jeune journaliste Aileen Bowman souhaite venir couvrir ces manifestations pour son journal le New York Tribune.
Jeune femme anticonformisme et libre, Aileen Bowman à de multiples raisons de venir à Paris. Hormis la couverture des événements de 1900, elle vient aussi en France pour retrouver ses origines.
Car Aileen Bowman est française et Alsacienne par sa mère .
Les parents d’Aileen Bowman ont vécu dans le Nevada et lui laisse en héritage un ranch et des terres
Dans ce Nevada, entre peaux rouges et blancs, Aileen Bowman à traversé son enfance avec Joseph , métis indien.
Celui ci est actuellement à Paris au sein du spectacle Pawnee Bill Show .
Ce voyage à Paris permettra peut être à Ailleen Bowman de le retrouver
Ce sont tous ses événements qui construisent La Toile du Monde.
Et de s’ajouter la construction de la première ligne de métro parisienne, la connaissance du peintre américain Julius Stewart.
Le caractère libre et anticonformiste d’Aileen Bowman fait qu’elle côtoie Marguerite Durand égérie du féminisme à la tête de son journal La Fronde, qu’elle côtoie les nuits parisiennes avec ses dérives sexuelles.
La recherche de ses racines et de Joseph permettent des digressions sur le Nouveau Monde et l’ancien monde européen, entre les Blancs et les Indiens.
Toutes ces touches surchargent La toile du monde et diluent le propos d’Antonin Varenne et la superficialité prend le dessus
Comme l’époque, à cheval entre deux siècles, Antonin Varenne reste un peu à quai sur les bords de Seine.
Dommage.

Le Testament de Dina d’Herbjorg Wassmo. Editions Gaïa 💛💛💛💛

Le testament de Dina par Wassmo

Avec le livre d’Herbjorg Wassmo , je suis devant une page blanche.
Je n’ai jamais lu ses livres , ni lu des livres de littérature scandinave.
La seule chose que je sais c’est qu’Herbjorg Wassmo a créé le personnage de Dina il y a plus de 20 ans et que huit à neuf livres lui ont été consacrée.
Autant le dire tout de suite , la non connaissance des livres précédents n’altère en rien la lecture de le Testament de Dina.
C’est un grand livre , ardent, douloureux romanesque. La part belle est donnée aux personnages féminins et à leur émancipation. Plus qu’un roman c’est une fresque.
Le roman se situe entre les années 1890 et 1892. Nous sommes tout au nord de la Norvège dans le Nordland et plus précisément à Reinsnes.
Dina vient de mourir dans l’incendie du domaine.
Le jour de son enterrement, sa petite fille Karna, âgée de 17 ans lit au milieu de l’église la confession de sa grand mère. En quelques mots Karna révéle que Dina à tué son mari Jacob et un russe du nom de Leo Zjukasky.
Dina demande que son corps repose en mer.
Stupeur dans l’assemblée et Karna suite à ces révélations se mure dans le silence.
Inquiet de la santé de sa fille Karna , Benjamin accepte qu’Anna, sa femme et belle mère de Karna l’emmène à Copenhaque afin qu’elle soit hospitalisée dans une unité pscychiatrique. Benjamin reste dans le Nordland où il continue d’être médecin et maire .
C’est un roman des émotions , des vibrations de l’âme. C’est un roman poignant et tragique.
C’est le roman de l’émancipation d’Anna , de la conquête de sa liberté de femme.
c’est le roman de l’enfermement de Karna mais aussi de ces médecins qui explore la folie des êtres.
Mais c’est aussi le roman de Benjamin , de ses faiblesses mais surtout de son humanité.
Quelque soit les personnages , principaux ou secondaires , ils insufflent une grandeur d’âme qui est au diapason de ses terres du nord de la Norvège.
Le souffle de l’écriture de Herbjorg Wassmo est magnifique.
Par des phrases courtes , dés fois un mot , des répétitions elles nous emmènent avec elles et surtout avec Anna -Karna et Benjamin.
A ce titre les premières lignes du roman pour décrire l’église et l’enterrement sont admirables.
Et que dire des chapitres où nous sommes dans la peau et le coeur de Karna ,présent dans sa maladie mentale.
Il est difficile de laisser ces personnages au terme de ce roman, car nous avons partagé bien plus qu’un roman. Nous avons partagé avec eux des émotions , des moments poignants et tragiques qui sont universels.
Avec son livre le testament de Dina , Herbjorg Wassmo nous entraîne loin , dans les recoins de l’âme humaine , mais toujours avec grandeur et bienveillance pour ces personnages.
Une grande découverte que ce livre .

Le Testament de Dina – Editions Gaia  – 558 pages. Isbn : 9782847208702

 

 

J’ai perdu Albert de Didier van Cauwelaert. Albin Michel. 💛💛💛

J'ai perdu Albert par Van Cauwelaert

Voici un roman de plaisir de lecture. C’est rapide,c’est rafraîchissant et pas prise de tête. Quoi demander de plus à un bon moment de lecture.
Trois protagonistes principaux : Chloé, Zac et Albert.
Chloé est une médium internationalement reconnue. Zac est un garçon à la dérive mais aussi apiculteur.
Albert est un squatteur d’esprit et pour l’instant il squatte chez Chloé
Mais ce squatteur d’Albert n’est pas n’importe qui. Il a pour nom Albert Einstein.
A partir de ce point de départ Didier van Cauwelaert va produire un roman loufoque, déjanté et semblant irréaliste .
Et pourtant on se prend à ces personnages et à cet esprit vagabond d’Albert.
Car c’est lui le personnage central de ce livre.
L’esprit d’Albert veut poursuivre ce qu’a vécu de son vivant Einstein et s’immice dans les esprits pour tenter de changer le monde. Avec Chloé il espère faire bouger les grands de ce monde. Avec Zac il espère renouer avec les abeilles et les bienfaits qu’elles appportent.
Bien sûr que tout cela est survolé et superficiel. Néanmoins cela donne à réfléchir sur la mediumité ,l’état de conscience augmentée . Et puis cela donne envie de lire sur la vie d’Albert Einstein.
En définitive un livre tel une sucrerie. C’est agréable sur le moment et on en reprendrait bien!

La saison des Bijoux d’Eric Holder. Seuil💛💛

La saison des bijoux  par Holder

Une déception que la lecture de ce livre de 2015 d’Éric Holder. Pourtant la quatrième de couverture est alléchante .Bruno , Jeanne est Alexis vont quitter les Bords du Rhône et du Massif du Pilat pour aller vendre leurs bijoux artisanaux dans un marché de 400 camelots sur les Bords de l’Atlantique entre Lacanau et Soulac.
Ils partent pour faire une saison. Ils seront confrontés aux autres camelots et au chefs de ceux ci ,un certain Forgeard qui domine son monde à coup de taxes , de violence et d’intimidation.
Pas mal comme sujet avec en plus la plume d’Éric Holder pour nous dépeindre les personnages mais surtout les lumières ,les nuages, l’océan de ce Médoc sui lui est cher .
Las, la mayonnaise ne prends pas.
Trop de personnages avec nom et surnom qui ne font qu’embrouiller la lecture. Après des descriptions caricaturales de personnages ,ainsi qu’un empilage de violence , de violence sexuelle font que La saison des Bijoux se vautre comme Fourgeaud dans ce monde des camelots.
Triste Médoc et triste marché

L’Art de perdre d’Alice Zeniter. Flammarion 💛💛💛💛💛

L'Art de perdre par Zeniter

Quel livre magnifique que L’art de perdre d’Alice Zeniter.
A travers trois générations sont abordés avec justesse et profondeur les thèmes de la transmission, de l’identité, du langage,du pays, de l’immigration et de l’émigration .
Sur trois générations nous allons suivre les turbulences d’une famille algérienne mais aussi Kabyle.
Nous sommes dans les années 1950/1960 sur la crête d’un paysage à quelques kilomètres de Palestro.
Sur cette crête 3 maisons qui accueillent la grande famille d’Ali.
Ali est un kabyle mais un français du fait de la colonisation de l’Algérie Française.
Durant la deuxième guerre mondiale il a combattu pour la France dans l’Est mais aussi au Monte Cassini en Italie.
Il est revenu au pays comme un héros. Quelques kilos de médailles accrochés à la veste.
Avec Yema ils vivent une vie simple sur leur crête.
Les enfants arrivent régulièrement même si des fois ,l’un d’entre eux ne peut se raccrocher à la vie.
Il descend régulièrement à Palestro où il participe à l’association des anciens des deux guerres mondiales.
Quand il descend à Palestro,il entend le bruit du monde et les soubresauts d’une indépendance qui veut s’installer en Algérie. Moudjahidin ou Fellaga. le choix n’est pas un choix. Il faut prendre position .
Ali voit les dégâts de la colonisation mais aussi du NFL
Pour protéger les siens il fait le choix de la France.
Il devient Harki.La force des mots!
Il doit quitter sa crête et sa Kabylie. Pour le FNL il est un traître au pays.
Avec sa famille il embarque pour la France et.. …les camps.
Hamid est l’un des fils d’Ali . Il avait 8 ans quand il a quitté l’Algérie au bord d’un ferry
Il a passé son enfance de camp en camp dans le Sud de la France jusqu’à ce que sa famille soit
autoriser à s’installer dans un Hlm à Flers dans l’Orne.
Dans 3 pièces et avec 9 enfants Ali et Yema vivent l’immigration et Hamid vit une intégration auprès de ses copains français comme lui.
Le lien se distend entre Hamid et Ali. Ils ne parlent plus au propre comme au figuré la même langue.
L’arabe peu à peu disparaît pour Hamid.
Pour Ali la langue française reste interdite
Ali se mûre dans ses secrets et dans sa Kabylie.
La transmission est impossible. Hamid n’a pas de passé.
Au tournant des Années 1970 / 1975 Hamid va partir vivre sur Paris et connaître sa future femme Clarisse.
Quatre filles viendront donner des petits enfants à Yema. Ali à déjà rejoint sa dernière demeure.
Naima est l’une de ces quatre filles
C’est elle qui est à l’origine de ce livre.
L’Algérie dont est originaire sa famille n’est qu’une toile de fond sans intérêt
Pourtant les questions identitaires, les attentats de Charlie,du Bataclan,de Bruxelles la renvoie à ses origines.
Mais ses origines sont insondables.
Son histoire familiale ne lui a jamais été raconté
A quoi peut elle et doit elle s’accrocher ?
A travers ses trois générations Alice Zeniter nous raconte,à distance sa propre réalité et nous donne à réfléchir sur le fond de la transmission.
Si il n’y a pas de transmission , tout se perd et la vision des choses est totalement déformée.
Pour Naima la représentation de l’Algérie c’est le Hlm 3 pièces de Ali et Yema et non la réalité d’un pays.
Si il n’y a pas transmission de la langue de la culture tout se perd.
Mais est ce que la perte n’est pas un bien plutôt que vivre dans des illusions .
Est ce que la perte ne permettrait elle pas d’être soi et de faire siens ses héritages
Les descendants ont un travail à faire à fin de s’approprier leur histoire mais se l’approprier dans le temps présent.
Ali et Hamid ne veulent ou ne peuvent pas parler de leur passé, de l’ Algérie .
C’est à Naima de retrouver ce passé dans la culture,dans l’histoire et d’en faire sa propre histoire.
Alice Zeniter emprunte à Elizabeth Bishop poétesse américaine les vers suivants:
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître
Tant de choses semblent si pleines d’envie
D’être perdues que leur perte n’est pas un désastre
Perds chaque jour quelque chose.L’affolement de perdre
Tes clés, accepte le,et l’heure gâchée qui suit.
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître
Puis entraîne toi,va plus gite,il faut étendre
tes pertes :aux endroits,aux noms ,au lieu où tu fis
Le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.
J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière
Ou l’avant dernière de trois maisons aimées : partie !
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître
J’ai perdu deux villes,de jolies villes. Et plus vastes
Des royaumes que j’avais,deux rivières, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.

Et quand Naima montrera une photo d’Algérie à Yema sur laquelle apparaît
Une femme de sa famille avec ses bijoux
Yema dira : elle porte mal ses bijoux !
Pour le reste l’Algérie le pays est perdu depuis longtemps.