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Yeruldelgger de Ian Manook. Le livre de poche. 💛💛💛💛

Yeruldelgger par Manook

Yeruldelgger n’est pas une nouveauté mais un voyage de 3 semaines en Mongolie m’a donné envie de commencer la trilogie mongole de Ian Manook. J’ai commencé la lecture à Oulan bator, puis les jours suivants dans les transferts en 4X4 ou le soir sous la Yourte.
Quoi de mieux que lire sur les lieux où se passe l’énigme !
Yeruldelgger est un très bon polar « ethnique » , alternant violence, thriller et connaissance de la Mongolie ( tradition et géopolitique )
Ian Manook à aussi la capacité à décrire la steppe mongole avec poésie.
Un bon moment de lecture en étant en plus dans le pays

Il reste la poussière de Sandrine Collette. Le livre de poche 💛💛💛💛

Il reste la poussière par Collette

Premier livre et première découverte de Sandrine Collette.
Et bien la lecture des quatrièmes de couverture des livres de Sandrine Collette ne ment pas.
C’est noir , âpre ,violent et plus si affinités.
Il reste la poussière est bien dans cette veine et le titre du roman convient bien
Après avoir passé 350 pages avec les quatre frères et la mère dans les steppes de Patagonie, en effet seul résiste la poussière.
Tout ce qui était existant au début du roman à été malaxé ,broyé, revisité pour devenir poussière de la steppe.
Cette steppe argentine immense, ouverte au monde qui sera pourtant un lieu d’enfermement de huis clos.
Une grande ferme, des centaines de moutons, de vaches, de boeufs et une famille pour travailler sur la ferme.
Une famille ? Un euphémisme !
Il y a la mère seule dénomination pour caractériser le personnage.
Il y a les quatre garçons. D’abord les jumeaux Mauro et Joaquim, puis Steban un peu idiot ou benêt et enfin le plus jeune Rafael.
Le père lui est parti avant la naissance de Rafael. Il n’est jamais revenu.
Est il vraiment le père de Rafael?
Les jumeaux ne supportent pas cette incertitude et font de Rafael leur souffre douleur. Tabassage, violence sont leur quotidien
Quand à la mère aucune affectation. Les garçons sont là pour travailler et pour recevoir humiliation et coups de cravache bien placés.
La mère n’a pas d’affection mais pas seulement. Elle aime bien le poker et la bouteille.
Voilà planté le décor de cette ferme aux habitants noirs et violents
Sandrine Collette en dédiant ses chapitres à tour de rôle à chacun des personnages va nous amener au coeur de cette noirceur et nous entraîner dans cette steppe argentine.
Une steppe aussi dure et violente que la vie de cette ferme et de ces animaux
Au bout de la steppe, après quelques jours de cheval, il y a la forêt.
La forêt synonyme de vie, de liberté
Cette forêt qui donnera un peu d’espoir dans ce monde d’une noirceur terrible.
On ne ressort pas guilleret de la lecture du livre de Sandrine Collette.
L’âme humaine à des ressorts vertigineux.

Dans l’ombre du brasier d’Hervé Le Corre. Rivages Noirs. 💛💛💛💛

Dans l'ombre du brasier par Le Corre

Dans l’ombre du brasier nous fait vivre la Semaine sanglante qui du 18 au 28 Mai 1871 a mis fin à la Commune.
Nicolas Bellec est sergent et il combat dans les rangs des Communards. Il a à ces côtés  un jeune garçon Adrien  et le dénommé le Rouge.
Il a une bien-aimée Caroline qui bientôt se fera enlever par un personnage aussi glauque que pervers.
Un Communard, Antoine Roques, promu au rang de commissaire enquête sur cet enlèvement et celui d autres jeune filles.
Caroline est séquestrée et oubliée alors que Paris et la Commune brûlent.
Voilà résumé la quatrième de couverture du roman d’Hervé le Corre.
Ce résumé n’est pas juste car ce roman n’est pas qu’un polar, ou un roman noir.
Ce roman est le roman d’hommes et de femmes qui vivent la Semaine sanglante  de la Commune.
C’est un roman de feu, de barricades, de morts mais aussi d’humanité, de conviction,  de solidarité.
C’est l’histoire du peuple de Paris divisé entre Versaillais et Communards.
Au début de la lecture du roman on est déconcerté car il n’est fait aucune mention historique sauf à dire que nous sommes à Paris , que Nicolas est communard, qu’il défend l’idée de la Commune et qu’ils se font canarder par les troupes Versaillaises.
Donc ce roman n’est pas un polar, n’est pas un roman noir ,n’est pas un roman historique.
C’est un roman sur l’humanité,  l’universel.
C’est un roman sur les convictions la solidarité.
Que ce soit Nicolas, Caroline, Antoine , le Rouge ou Adrien, ils ont au fond  d’eux une exigence de vie que même le brasier de Paris ne peut éteindre.
Tout comme ces sans grades,ces anonymes qui forment cette chaine pour la magnifique fin de ce roman.
Ce roman pourrait être écrit  dans d’autres lieux, durant d’autres périodes historiques et l’on  retrouverait ces hommes et ces femmes mus  par ces mêmes convictions.
Sous les traits  d’un roman noir , Hervé  le Corre nous invite à une autre lecture de la vie des hommes et des femmes et rend ces lettres de noblesse au Peuple.

A son image de Jérôme Ferrari. Actes Sud 💛💛💛💛💛

À son image par Ferrari

 » Elle est venue photographier la guerre, garder la trace de ce qui se passe ici….
Elle lui écrit  seulement : Je sais que certaines choses doivent demeurer cachées. …
Il y a tant de façons de se montrer obscène, ecrit-elle à son parrain.
Elle ne développera pas les pellicules.  »
Quelle mise en abyme que le dernier roman de Jérôme Ferrari  : À son image
Il faut un peu de temps pour ordonner ses pensées et laisser retomber l’émotion qui vous a étreint à la lecture de ce roman.
A partir d’un événement dramatique,la mort d’une jeune femme, Antonia, dans un accident de la route, Jérôme Ferrari va nous offrir un roman fait de mille tiroirs et miroirs.
A partir d’un récit se calquant sur la cérémonie des funérailles d’ Antonia, Jérôme Ferrari va nous offrir dans un espace temps réduit, une reflexion sur l’image, la représentation,  le réel et la mort.
Antonia vivait en Corse et était journaliste et photographe.
Pas photographe de mode ou de pub, encore moins photographe de guerre. Juste photographe pour un journal régional.  Photographe des mariages, des banquets , des associations et des concours de boules.
Nous sommes dans les années 1990 , marquées en Corse par les dissensions entre Nationalistes et marquées en Europe par la guerre des Balkans et la scission de l’ex Yougoslavie.
Depuis son adolescence Antonia est passionnée par la photographie.
C’est son parrain qui lui offrira son premier appareil-photo à 14 ans.
Ce parrain qui deviendra prêtre  et qui attends aujourd’hui sur le parvis de l Église le cercueil d’Antonia.
Et le roman de Jérôme Ferrari va être rythmé par la célébration religieuse.
Chaque chapitre du livre sera un instant de la liturgie mais aussi l’occasion de se perdre sans une représentation photographique.
Et puis il y aura tout au long de cette liturgie le positionnement du parrain qui est aussi prêtre. Rester prêtre et religieux ou parler de sa nièce telle qui la connaissait.
Dilemme qui va parcourir la totalité du roman
Cette liturgie , ce requiem pour Antonia va nous emmener  loin dans la réflexion sur l’image ,la photo, le réel.
Une photo représente-t-elle ce que l’on voit ?
Que peut cacher un cadrage ? Peut être une autre réalité ?
Une photo peut elle être obscène
Une photo  capte t-elle un instant de vie ou un instant qui est déjà mort
Cette réflexion passionnante Jérôme Ferrari va la triturer, la malaxer  au travers de la vie d’Aurelia qui nous est retranscrit par le parrain/prêtre.
Ce regard photographique qui embrase la vie quotidienne d’Aurelia mais aussi le regard qu’elle portait sur le nationalisme corse  ou sur la guerre en Ex Yougoslavie.
Et puis Jérôme Ferrari intègre des moments de vie et de regards de photographes français ou slaves du 20eme siècle.
L’histoire d’Aurelia devient universelle tout comme le questionnement.
Enfin comment ne pas être troublé  par le lien religieux et spirituel entretenu par ce roman liturgique en pensant à la la phrase biblique : Et Dieu créa l’homme à Son image
La boucle est bouclée.
Satanée Image !

Tous, sauf moi de Francesca Melandri .Gallimard💛💛💛💛💛

Tous, sauf moi par Melandri

Tous , sauf moi de Francesca Melandri est un livre qui nous donne l’impression de comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure.
A travers la longue vie d’Attilio Profeti, 95 ans en 2010, Francesco Melandri nous raconte un siècle de l’histoire de l’Italie.
Siècle d’histoire italienne qui va de l’histoire coloniale au fascisme et aux grands flux migratoires de l’histoire actuelle.
Tous, sauf moi est la rencontre du passé et du présent et des conséquences de ces rencontres.
« Nous sommes blancs, Ilaria. Notre père est blanc.
S’il avait vraiment un quart de notre sang, il serait disons, beige. Et en fait il est marron.
Beige ? Marron ? Mais qu’est ce tu dis Attilio !
Tu veux évaluer la couleur de la peau avec un Pantone ?
Je n’ai pas besoin d’un nuancier. Je vois de mes propres yeux qu’il est trop foncé.
Moi j’ai vu de mes propres yeux une carte d’identité éthiopienne où figure le nom de mon père qui est aussi le tien . Et çà c’est un fait. »
Dès le le début du roman, on découvre comment l’histoire la plus enfouie revient en boomerang par l’intermédiaire de Shimeta Ietmgeta Attilioprofeti. En 2010 Shimeta se trouve sur le seuil de la porte de l’appartement d,Ilaria, romaine de 40 ans.
Ce jeune éthiopien dit être à la recherche de son grand père AttilioProfeti.
Troublée par cette rencontre avec ce migrant qui déclare être son neveu, Ilaria commence à creuser dans le passé de son père.
Elle va s’apercevoir qu’elle ne connait pas ce père dont la vie est indissociable de celle de l’Italie.
Attilio Profeti a traversé le 20ème siécle italien passant de la colonisation de l’Ethiopie, aux chemises noires sous Mussolini sans oublier le racisme, la corruption et les massacres en Ethiopie. Mais il a aussi vécu le libéralisme avec Berlusconi et la visite de Khadafi à Rome.
Et dans les dernières années, bien que n’étant plus très lucide, il voit revenir vers lui l,Ethiopie par l’entremise de Shimeta.
Ce n’est pas que Shimeta qu’il voit revenir, c’est aussi la route migratoire actuelle, ces migrants africains qui sont entrautre le boomerang de la colonisation.
Ilaria, elle, voit apparaître la réalité de la vie de son père et de l’Italie du 20ème siècle entre fascisme et racisme.
C’est par des allers retours incessant entre 2010 et les années de colonisation et de guerre que Francesca Melandri va nous dépeindre cette Italie du 20 ème siécle.
Passant de l’Histoire à des moments intimes , elle nous dresse le portrait d’une Italie minée par ses souvenirs et ses fantômes.
N’ayant pas eu d’équivalent au procès de Nuremberg , L’Italie n’a pas fait le deuil de cette époque fasciste.
On a passé sous silence pendant très longtemps le fait que la plupart des Italiens soutenaient Mussolini.
Dans cette Italie , un Attilio Profeti est la norme, non pas l’exception.
C’est cette réalité , que Francesca Melandri met sous nos yeux et nous rappelle que l’histoire coloniale se confond avec l’histoire actuelle et la conscience collective
L’Histoire c’est toujours du présent et du passé. L’histoire de l’Italie c’est aussi l’Histoire de l’Europe
Je terminerais par cet interview de Francesca Melandri
 » Un demi-millénaire d’histoire coloniale et le présent des grandes migrations ne sont pas deux histoires différentes mais seulement deux chapitres de la même histoire, de la même longue époque, et bien sûr cela ne concerne pas seulement l’Italie. Au contraire, il s’agit pratiquement de la description de l’état de choses actuel de la planète Terre. « 

Reviens de Samuel Benchetrit. Grasset💛💛💛💛

Reviens par Benchetrit

Nous attendons des nouvelles de nos enfants que nous sommes incapables de donner de nous-mêmes.
On pense souvent que certaines personnes sont heureuses alors qu’elles ne veulent pas inquiéter les autres. Les gens heureux sont avant tout des gens gentils
Voici quelques unes des réflexions d’un écrivain  en quête d’inspiration et d’amour.
Samuel Benchetrit nous donne avec Reviens un roman tendre, poétique, parfois absurde mais aussi grave et émouvant.
Cet écrivain en panne d’inspiration est au prise avec bons nombres de tracas et d’événements  dans sa vie familiale.
Son fils entre adolescence et monde adulte est parti à la découverte du monde. Son ex femme le harcèle,  son inspecteur des impôts , Paul Blanchot, lui envoie un mail depuis Abidjan lui demandant de l’argent, sans oublier la lecture à haute voix dans une maison de retraite,  ni l’achat d’un canard auprès de la Ferme de Claire et les tribulations d’un livre sur Amazon.
Cela peut paraître foutraque.  Çà l’est. C’est la représentation de l’état d’esprit de cet écrivain.
Il vit enfermé dans son appartement, enfermé dans sa perte d’inspiration et à la recherche de son fils.
Et quand il sort de son enfermement littéraire, il se trouve devant des tas de possibles et de probables plus absurdes les uns que les autres.
Apparemment absurdes, mais tellement vrais.
La naïveté ou le naturel de cet écrivain fait qu’il reste ouvert aux découvertes  plaisantes ou désagréables.
Mais derrière ce doux rêveur, apparaît une critique de l’édition, du monde numérique, des plates formes.
Mais cette critique se déguste comme un petit bonbon acidulé. La critique ne prends pas le dessus sur la joie de vivre .
Et c’est le mélange de tout cela qui donne une atmosphère émouvante à ce roman
Comme pour une peinture impressionniste, il faut prendre du recul pour comprendre que chaque point compose le tableau.
Reviens me donne cette impression, ces couleurs pastels, cette douceur, cette émotion.
Difficile de dire que l’émotion vient d’un point ou d’un autre,  mais elle est là présente.
On ressort de ce livre apaisé.
Quelle aventure d’aimer une infirmière bègue,  et de devoir résoudre la question suivante:
Quel unique mot pourrait dire un père inuit à son fils qui part pour un voyage dans les glaciers ?

Frère d’âme de David Diop. Seuil 💛💛💛💛

Frère d’âme par Diop

Frère d’âme est la longue mélopée d’Alfa Ndiaye, tirailleur sénégalais,  au cœur de la Grande guerre et des tranchées. A ses côtés Il y a Mademba Diop, son plus que frère,  que la guerre va lui enlever.
Pendant 170 pages, David Diop va nous psalmodier cette mélopée.
Tel un griot , David Diop va laissé infuser en nous cette histoire.
En reprenant régulièrement les mêmes expressions, la répétition des mots David Diop nous emmène loin dans l’âme et les corps. Cette âme et ces corps martyrisés  par la guerre.
 » Par la vérité  de Dieu, Mademba Diop, mon plus que frère,avait le droit de me dire tout ce qu’il voulait, de se moquer de moi, parce que la parenté  à plaisanterie le lui permettait »
Quelle belle invention que la parenté à  plaisanterie  pour nommer ce qu’écrit Cheikh Amadou Kane en préambule du roman :  » Je suis deux voix simultanées. L’une s’éloigne et l’autre croît.  »
A travers ce frère d’âme,  ce plus que frère  et cette parenté à plaisanterie,  nous traversons la guerre de tranchées, la mort, l’absurdité de la guerre et la bêtise des hommes.
Mais dans cette absurdité,  reste les sentiments les plus nobles résidant au plus profond de l’âme.
Ces sentiments les plus nobles que nous conte David Diop quand il fait revivre Penndo ,la mère d’Alfa Ndiaye ou encore Bassirou Coumba son père.
Un proverbe peul dit : Tant que l’homme n’est pas mort, il n’a pas fini d’être créé.
C’est la psalmodie de ce livre.
Alfa Ndiaye et son plus que frère Mademba  se sont cédés mutuellement une place dans leurs corps
« Par la vérité de Dieu, je te jure qu’à l’instant où je nous pense, désormais lui est moi et moi suis lui « 

Le cartographe des Indes boréales d’Olivier Truc. Metaillé💛💛💛💛

Le cartographe des Indes Boréales par Truc

La cartographie, les portulans et leur belle iconographie que l’on retrouve sur la couverture du livre d’Olivier Truc le cartographe des Indes Boréales.
Nous sommes au 17ème siècle.
Je reprends les termes d’Olivier en avant propos:
 » le récit se déroule entre 1628 et 1693. Jusqu’ici tout est vrai.
Le livre démarre en Suède, traverse l’Europe  du Portugal au Svalbard, en passant par le Pays Basque et les Provinces Unies des Pays Bas. Jusqu’ici tout est encore vrai.
J’ai découvert l’existence d’Izko Detcheverry en réalisant  des recherches pour mon premier roman. A ce point il devient déjà difficile  de dénouer le vrai du vraisemblable  »
C’est tout l’art d’Olivier Truc de nous conter une histoire encadrer dans L Histoire,  la vraie.
Izko est un jeune basque de 13 ans quand s’ouvre le roman. Il est à Stockholm en Suède.  le bateau de son père Paskoal, y mouille de retour du Svalbard et de la pêche à la baleine. Izko est harponneur.
Lors de se mouillage à  Stockholm, Izko va être témoin  du naufrage du plus grand bateau qu est construit la Suède : le Vasa.
Mais surtout il assiste à la mort d’un homme et  la fuite d’une femme qui donne naissance à  un enfant.
Voilà le point de départ  d’un grand récit d’aventure qui parcourt toute la façade Atlantique de Sagres au Portugal en passant par Saint Jean de Luz, Amsterdam, Stockholm ou encore le Svalbard.
Cette façade Atlantique sur laquelle veille, la France, le Portugal , la Suède et les Pays Bas.
Cette façade Atlantique au prise avec les guerres de religion. La France catholique qui poursuit les protestants et  les Pays scandinaves  qui se divisent entre protestants calvinistes ou luthériens.
Et puis tout au Nord de la Suède,  la Laponie , enjeu religieux afin que le peuple devienne chrétien  et abandonne ses chamans, ses dieux et déesses et aussi ses tambours.
C’est dans ce maelstrom  que va vivre Izko, tantôt espion pour la France, tantôt prisonnier.
Par contre il sera tout le temps cartographe.  Soit un personnage recherché car il sait , il connaît les lieux, il connaît les ancrages, les fjords, les montagnes.
Et Izko sera aussi un défenseur ardent de la cause des lapons, de leurs traditions.
Le cartographe des Indes Boréales est un roman de vent , d’océan,  d’embruns, de froid, de neige, de glace, de chants, de prières.
C’est  un roman de violence,  d’inquisition, de saleté de puanteur.
C’est ausi un roman d’hommes et de femmes confrontés à la sorcellerie, à la prémonition,  à la trahison mais aussi  à la droiture et à l’élévation de l’âme.
C’est enfin un roman qui nous parle de l’inanité des religions quand elles sont prosélytes et colonisent les esprits des Lapons.
Izko est le miroir de cette époque, tout à  la fois droit mais aussi obtus et parfois ambigu.
Rien n’est noir – Rien n’est blanc  et pourtant nous sommes dans ces terres lapones où le soleil de minuit donne à voir une atmosphère crépusculaire.
Une belle découverte.

Comment j’ai rencontré Les poissons d’Ota Pavel. Editions Do.💛💛💛💛

Comment j'ai rencontré les poissons par Pavel

Très belle découverte que la lecture de Comment j’ai rencontré Les poissons d’Ota Pavel.
Un passage à la Fête du livre de Bron (69) et un arrêt
devant les livres de la Librairie Lucioles de Vienne me met en présence du livre d’Ota Pavel.
Le libraire me parle de ce livre et de son pouvoir positif et joyeux.
Allons-y !
Et bien merci Monsieur le libraire pour votre conseil.
Quel plaisir que la lecture de cette autobiographie.
Je ne dirais pas comme Erri de Luca et Mariusz Szczygiel que ce livre est le plus antidépressif du monde ou encore qu’il produit des bulles de joie sous la peau.
Ota Pavel est un journaliste et écrivian tchèque mort en 1973.
Il a commencé à écrire n 1964 , suite à l’apparition de ses troubles bi-polaires. L’écriture comme thérapie
Et c’est vrai que la joie de vivre , le bonheur simple d’Ota Pavel auprès des rivières et des poissons contraste fortement avec ses troubles bi-polaires .
De même que les événements historiques qui sous-tendent le récit d’Ota Pavel ( La Tchécoslovaquie entre 1936 et 1960 ) apportent un climat pas toujours propice à la joie et au bonheur.
Avoir 9 ans , dans une famille juive en 1940 ne prédispose pas naturellement au bonheur surtout sis le Papa et les frères sont déportés.
Avoir 15 ans à la fin de la guerre et voir s’installer le communisme dans son pays n’engendre pas obligatoirement la joie de vivre.
Hors le contexte historique , j’ai trouvé beaucoup de similitudes entre le livre d’Ota Pavel et les les livres de Marcel Pagnol : Souvenirs d’Enfance – La Gloire de mon père ou encore le Château de ma mère.
Dans les deux cas une nature omniprésente au contact des animaux. Pour Pägnol la Provence , le Garlaban et la chasse aux bartavelles. Pour Ota Pavel les étangs de Bustehrad prés de Prague ,la pêche , les carpes argentées et les anguilles d’or.
Dans les deux cas la figure du père , la relation père fils.
Dans les deux cas de l’empathie , de la tendresse , de l’humour et le bonheur simple de la vie.
La différence entre Pavel et Pagnol : le contexte politique .Autant avec Pagnol on peut reprendre les termes de Eric de Lucca et Mariusz Szczygiel – bulles de joie, anti-dépressif, autant il est difficile avec Pavel de faire abstraction du contexte . le texte , le style sont anti dépressif et peuvent produire des bulles sous la peau; mais ce style léger cache des réalités plus dures, que ce soit le contexte historique ou la maladie mentale de Ota Pavel.
Ce mélange de légèreté et de gravité donne une grande profondeur à cette autobiographie et je reprendrais les dernières phrases d’Ota Pavel dans son épilogue :
« Parfois, assis près de la fenêtre à barreaux, je pêchais ainsi en souvenir et c’en était presque douloureux. Pour cesser d’aspirer à la liberté, il me fallait renoncer à la beauté et me dire que le monde était aussi plein de saleté, de dégoût et d’eau trouble. »
« Tandis que je mourrais là-bas à petit feu, je voyais surtout cette rivière qui comptait plus que tout dans ma vie et que je chérissais. je l’aimais tellement, qu’avant de de mettre à pêcher je ramassais son eau dans mes mains en coquille et je l’embrassais comme on embrasse une femme. »
Ota Pavel est mort en 1973 à 43ans

Les Frères Lehman de Stefano Massini. Globe.💛💛💛💛💛

Les frères Lehman par Massini

Il y a un peu plus de 10 ans , le 15 Septembre 2008 la banque Lehman Brothers faisait faillite et entraînait , dans sa chute la bourse de Wall Street et les autres bourses du monde.
C’est la saga de cette famille Lehman que nous raconte Stefano Massini.
Ironie de de l’histoire c’est à la même date ( 11 Septembre ) , mais en 1844 que commence l’histoire d’ Heyum Lehmann , juif allemand émigrant à New York.
Dés son arrivée dans le carillon que l’on nomme Amérique il devient Henri Lehman avec un seul n.
Au côté de Stefano Massini nous voila emporté dans une fresque grandiose de plus de 800 pages, fresque que Stefano Massini écrira en plus de 30 000 vers non rimés.
Et ce style littéraire donne légèreté, humour à cette fresque.
Cela permet à Stefano Massini, dans ce long poème épique de faire cohabiter drame, roman, éléments documentaires et même poésie. Sans oublier de convoquer les références bibliques et les références cinématographiques.
Tout au long des 800 pages c’est haletant et plus l’histoire avance , plus celle -ci accélère pour nous amener à la faillite de la banque Lehman Brothers.
le résultat est saisissant et l’histoire des trois frères Lehman devient vite l’histoire de l’Amérique moderne passant de la vente du coton et du sucre dans le Sud au financement du charbon, des chemins de fer, ou encore de l’effort de guerre en 1917.
L’histoire de la famille est au centre du poème épique de Stefano Massini.
Les générations se suivent , se transmettent ou refusent de participer à la construction de Lehman Brothers.
La première génération est celle du départ de l’immigration.
La seconde est celle déjà de l’obsession de l’argent pour l’argent. Tout est intermédiation , investissement et financement.
La dernière génération semble écrasé par son destin et l’accélération de l’Histoire.
Etre un Lehman signifie aussi être juif et tout le récit est emprunt de cette judéité au travers des titres des chapitres , des mots hébreux parsemant le texte ou encore par les références bibliques.
Etre un Lehman c’est aussi pouvoir passer du 20 éme rang au 1er rang au Temple et pouvoir faire la nique aux Levisohn ou encore au Goldman Sachs. Et si c’est compliqué il y a encore la possibilité des mariages entre familles.
En se dénaturant la banque finit par sombrer et Stefano Massini réuni une dernière fois tous les Lehman dans une même pièce.
Moment magnifique ou chacun régit selon son trait de caractère.
Puis ils se retirent à l’annonce de la faillite de la banque et entre dans la période de deuil religieux.
Vous ressortez de ce livre totalement étourdi et abasourdi par la virtuosité de Stefano Massini.
168 ans de la vie des Lehman et vous n’avez pas vu le temps passé.

 

Les Frères Lehman de Stefano Massini.  827 pages