Archives pour la catégorie Roman

Il reste la poussière de Sandrine Collette. Le livre de poche 💛💛💛💛

Il reste la poussière par Collette

Premier livre et première découverte de Sandrine Collette.
Et bien la lecture des quatrièmes de couverture des livres de Sandrine Collette ne ment pas.
C’est noir , âpre ,violent et plus si affinités.
Il reste la poussière est bien dans cette veine et le titre du roman convient bien
Après avoir passé 350 pages avec les quatre frères et la mère dans les steppes de Patagonie, en effet seul résiste la poussière.
Tout ce qui était existant au début du roman à été malaxé ,broyé, revisité pour devenir poussière de la steppe.
Cette steppe argentine immense, ouverte au monde qui sera pourtant un lieu d’enfermement de huis clos.
Une grande ferme, des centaines de moutons, de vaches, de boeufs et une famille pour travailler sur la ferme.
Une famille ? Un euphémisme !
Il y a la mère seule dénomination pour caractériser le personnage.
Il y a les quatre garçons. D’abord les jumeaux Mauro et Joaquim, puis Steban un peu idiot ou benêt et enfin le plus jeune Rafael.
Le père lui est parti avant la naissance de Rafael. Il n’est jamais revenu.
Est il vraiment le père de Rafael?
Les jumeaux ne supportent pas cette incertitude et font de Rafael leur souffre douleur. Tabassage, violence sont leur quotidien
Quand à la mère aucune affectation. Les garçons sont là pour travailler et pour recevoir humiliation et coups de cravache bien placés.
La mère n’a pas d’affection mais pas seulement. Elle aime bien le poker et la bouteille.
Voilà planté le décor de cette ferme aux habitants noirs et violents
Sandrine Collette en dédiant ses chapitres à tour de rôle à chacun des personnages va nous amener au coeur de cette noirceur et nous entraîner dans cette steppe argentine.
Une steppe aussi dure et violente que la vie de cette ferme et de ces animaux
Au bout de la steppe, après quelques jours de cheval, il y a la forêt.
La forêt synonyme de vie, de liberté
Cette forêt qui donnera un peu d’espoir dans ce monde d’une noirceur terrible.
On ne ressort pas guilleret de la lecture du livre de Sandrine Collette.
L’âme humaine à des ressorts vertigineux.

Un autre Eden de Bernard Chambaz. Le Seuil . 💛💛💛💛💛

Un autre Eden par Chambaz

 

Un autre Éden est le premier livre de Bernard Chambaz que je lis.
Quel coup de coeur !
Tout au long de ce roman tenant de l’introspection, de la biographie et de la fiction, il règne une empathie, une douce mélancolie , un chaloupement des émotions qui nous emmènent sur les chemins de la planète avec Jack London.Mais le tour de force de Bernard Chambaz est de faire plus qu’une biographie. Il va convoquer à cette biographie son fils Martin , son amoureuse et lui même.
Et la biographie ( le voyage ?) va se dérouler à trois voix :
La voix de Bernard Chambaz et de son amoureuse. Lui en vélo, elle en voiture se lancent dans la traversée du Canada d’Ouest en Est dans certains pas de Jack London.
La voix de Martin , le fils décédé accidentellement en 1976
La voix de Jack London nous racontant ses voyages , ses amours, ses combats, sa littérature .
La disparition de son fils Martin hante l’oeuvre de Bernard Chambaz.
Le verbe hanter n’est pas le bon . La disparition de Martin accompagne les livres de Bernard Chambaz. Qu’aurait était Martin aujourd’hui alors qu’il aurait 40 ans.
Ce fils , ce garçon disparu à 16 ans et qu’il appelle plus qu’affectueusement « Martin pêcheur Ce fils , Martin né en janvier 1976, cent ans mois pour mois après Jack London… et Jack London qui écrit l’un de ses plus beaux livre de voyage :Martin Éden
Le lien, le fil qui relie Bernard Chambaz, Martin, Jack London est là.
Ce fil qui va unir tous les chapitres du livre.
A premier abord le roman est destructuré. On passe volontiers de la ballade à vélo au Canada, à un discours imaginaire entre Jack London et Martin,pour terminer en 1910 à Klondike avec les chercheurs d’or.
J’ai eu la tentation au début de la lecture , d’aller sur Internet pour en apprendre plus sur Jack London.
Puis j’ai abandonné et je me suis laissé bercer par le rythme du roman de Bernard Chambaz.
Je suis rentré dans ce labyrinthe des 3 voix qui a donné vie à un puzzle entre réalité et imaginaire.
C’est dans ces interstices entre la réalité et l’imaginaire qu’Un autre Éden apparaît.
Et comme le dit Bernard Chambaz en parlant de Jack et Martin :Je voudrais leur dire à mon tour que j’aime beaucoup la tendresse timide de leur coeur forcené .
C’est cette même tendresse timide qui irrigue ce roman et nous dit l’amour que porte Bernard Chambaz à son petit martin- pêcheur qui s’est envolé.
Et avant de refermer ce roman, revenons à son exergue : Aux morts pour qu’ils vivent. Aux vivants pour qu’ils aiment.
Définitivement sous le charme!

Le vol de la Joconde de Dan Franck. Grasset.💛💛💛💛

Le vol de la Joconde par Franck

Voici un court roman , gai, jovial, truculent qui se lit en connivence avec l’auteur et les deux personnages principaux : Picasso et Apollinaire, excusez du peu.
Dan Franck est un grand connaisseur des années 1910 et de la vie littéraire, picturale et musicale que connaissait Montmartre et Montparnasse.
Il a dépeint cette période dans un roman magnifique : le Temps des Bohémes.
Dans son nouveau roman le vol de la Joconde, il va s’appuyer sur un fait réel pour nous emmener dans les pas de Picasso et Apollinaire.
Le 22 Août 1911 La Joconde est volée au Louvre . le présumé coupable est un certain Gerry Pieret bien connu dans le monde de l’art pour ses vols et emprunts.
Quand Apollinaire lit la nouvelle dans le journal, son sang ne fait qu’un seul tour. Il faut qu’il joigne à tout prix Picasso.
Car auparavant Gerry Pieret , ancien secretaire d’Appollinaire ,lui avait vendu 2 statuettes antiques volées au Louvre pour le compte de Picasso. Pieret s’étant bien abstenu de mentionner le vol à Apollinaire, devenu receleur à son corps défendant.
Ces statuettes ibériques du cinquième siècle ayant servi de modèle pour la toile Les demoiselles d’Avignon de Picasso.
Picasso et Apollinaire se retrouvent au Bateau Lavoir, mettent les statues dans une valise et les voilà partis à cacher cette valise.
Dan Franck va inventer une traversée de Paris qui durera Cinq jours et qui nous mènera de Montmartre à Montparnasse, dans les gares.
Cette cavalcade sera l’occasion d’arrêt chez le Douanier Rouseau , Matisse, Max Jacob , Modigliani et bien d’autres.
Dan Franck ciséle des dialogues fins entre Picasso et Apollinaire et nous gratifie de quelques anachronismes historiques voulus avec humour.
Et pour que nous soyons partie prenante de cette cavalcade, il parseme son dialogue de « nous » et nous entraîne à sa suite.
C’est réjouissant, enlevé et cela donne envie de relire le Temps des Bohémes pour redécouvrir ce charivari de Montmartre et Montparnasse
Très bon moment de lecture

Rhapsodie italienne de Jean Pierre Cabanes. Albin Michel💛💛💛💛

Rhapsodie Italienne par Cabanes

Comme l’annonce le titre Rhapsodie italienne de Jean-Pierre Cabanes , et pour reprendre la définition de rhapsodie , ce roman est une suite de récits épiques.
Ces récits épiques ont lieu en Italie entre 1915 et 1945.
Et comme pour tous les poèmes épiques il faut des personnages valeureux , romanesques dont l’honneur , la fidélité sont des valeurs premières
Les deux premiers protagonistes sont Lorenzo Mori et Nino Calderone.
Lorenzo Mori est un jeune officier de l’armée italienne. Il vit à Vérone. Quand on le rencontre pour la première fois , il va au mariage de Julia. Celle-ci se marie avec Umberto Galluzzi qu’il déteste.
A peine marié Umberto Galluzzi provoque en duel Lorenzo Mori.
Umberto Galluzzi meurt lors du duel et Lorenzo Mori épouse secrètement Julia car ces deux là s’aiment d’un amour fou. Valeur…Honneur … Romanesque
A l’autre bout de l’Italie , en Sicile précisément, il est aussi question d’honneur. Nino Calderone jeune sicilien a commis un crime d’honneur. Il est dans l’obligation de s’enrôler dans l’armée.
Nous sommes en 1915 , la première guerre mondiale vient de commencer et les Italiens sont aux prises avec les Austro-Hongrois dans la Vénétie. Ce sont « les terre irredenti » , ces terres qui ne sont pas italiennes mais où vivent des Italiens.
Lorenzo et Nino vont se battre pour libérer ces « terre irredenti » et vont devenir des frères d’armes des « arditi » ces militaires qui se sont battus à Vittorio Veneto.
A la fin de la guerre l,un va retourner à Vérone et l’autre en Sicile.
Le destin va les éloigner et en même temps ils resteront liés. Quand tu est « arditi » tu l’es pour la vie.
Pendant la guerre Lorenzo Mori a rencontré Mussolini et il va rapidement adhérer u fascisme et devenir un homme indispensable pour Mussolini.
De son côté Nino Calderone va choisir de rentrer dans la clandestinité d’une mouvance que l’on appelle pas encore Cosa Nostra. Il devient L’ancilu Mostru .( l’ange monstre)
Les trois autres protagonistes sont trois femmes valeureuses,romanesques , amoureuses.
Il y a Julia , le grand amour de Lorenzo , femme rebelle , sociale qui défend la condition féminine.
Il y a Carmela , la Sicilienne à la tête d’un domaine et qui aime Nino
Il y a enfin Laura , la fille de Julia et Lorenzo. Jeune fille intrépide comme son père mais dont les idées penchent plus vers le communisme.
Autour de ces personnages de fiction , viennent s’agréger des personnages réels de cette période 1915 /1945.
Apparaissent Mussolini , ses maîtresses Margharita Sarfatti ,Clara Petacci, sa fille Edda son gendre Ciano , les généraux Graziani et Badoglio.
Défilent devant nous , la prise de pouvoir de Mussolini,la guerre d’Espagne , la guerre d’Ethiopie, le développement du fascisme , l’alliance Hitler Mussolini , le front russe jusqu’à la chute finale.
C’est remarquable et cela ne doit pas être résumé. C’est au lecteur de s’approprier cette Rhapsodie italienne où les événements se succèdent les uns aux autres.
Devant nous grâce à ce mélange parfait entre fiction et réél se déroule l’une des pages importante de l’Histoire de l’Italie mais aussi de l’Europe : la montée du fascisme et du nazisme dans les années 30.
Un petit bémol : Comme il s’agit d’une histoire épique , les héros et les amours sont souvent invincibles et les décorations militaires , les blessures de guerre sont nombreuses.
Ce petit bémol n’enlève en rien de la qualité à ce roman historique qui se lit avec avidité malgré ces 700 pages .

Enfin pour ceux qui sont interéssés par l’Histoire de l’Italie je vous conseille la lecture de Tous sauf moi de Francesca Melandri. Roman qui parle du passé fasciste et colonialiste de l’Italie au travers de la Guerre en Ethiopie et de l’arrivée des Migrants actuellement. Ma critique de ce livre est sur Babélio.

Ps . Ce livre sortira en librairie début Octobre 2019. Livre lu et obtenu dans le cadre de la Masse Critique Privilège de Babelio.

 

Le Gang de la Clef à Molette d’Edward Abbey. Gallmeister.💛💛💛💛

Le gang de la clef à molette par Abbey

On ne peut qu’adhérer aux quelques phrases mis en exergue du livre dans l’édition Gallmeister.
C’est de la bombe , un chef d’oeuvre où la rage se marie au rire, un roman culte qui prône l’ecosabotage et l’insoumission à la loi. Un grand road movie. Comme le dit le Canard enchaîné « comment avons-nous pu passer à côté de ce classique de la contre culture américaine.
Pour un roman écrit dans les années 1970 , le Gang de la Clef à Molette est un livre visionnaire et d’anticipation.
Sous ces dehors jubilatoire et hilarant ce roman nous plonge dans notre époque actuelle avec le réchauffement climatique, la décroissance, la prise en compte de l’écologie.
Voilà donc 4 personnages aussi dissemblables que possible qui vont se lancer dans une aventure épique : contrarier le développement de l’Ouest Américain dans l’Utah autour du canyon du Colorado
Les voici donc prêt à saboter ligne de chemin de fer, ponts , pelleteuses , tracteurs et camions.
Et quand on sait que nos quatre Pieds Nickelés ont des pedigrees plus loufoques les uns que les autres ….
Il y a George Hayduke, vétéran du Viet Nam accro à la bière et aux armes à feu.
Il y a le docteur Sarvis à la noblesse sévère d’un Sibelius ( il fallait la trouver!) qui brûlent les panneaux publicitaires. ( On devrait tous avoir un hobby)
Il y a l’élément féminin, Abbzug, superbe jeune femme maîtresse du sexagénaire docteur Sarvis
Il y a enfin Seldom Seen Smith mormon polygame , ayant quelques épouses aux quatre coins de l’Utah.
Voici formé le Gang de la Clef à Molette .
Et face à eux il y a la loi et l’administration américaine représenté par un évêque, le FBI,ou encore l’équipe de Recherches et de Secours.
Le pot de terre contre le pot de fer
À travers tous ces protagonistes, le cœur de l’Amérique est là, tout comme son dilemme : conservatrice ou progressiste.
Et que croyait vous qu’il arriva ? le pot de fer ou le pot de terre ?
A vous de vous lancer à la suite du Gang de la Clef à Molette pour le savoir.
En tout cas c’est un livre réjouissant, iconoclaste qui ne peut être plus actuel

Le Baiser de Sophie Brocas. Julliard . 💛💛💛

Le baiser par Brocas

Le Baiser de Sophie Brocas est un roman qui mélange fiction et réalité autour de la sculpture le Baiser de Constantin Brancusi.
La réalité : Au cimetière du Montparnasse à Paris il y a la tombe d’une jeune russe, Tatiana Rakoska, décédée en 1910.Sur la stèle de sa tombe est érigée la sculpture le Baiser de Constantin Brancusi. Aujourd’hui cette oeuvre est recouverte d’un coffret en bois et surveillée en permanence par la vidéo. Cette oeuvre fait l’objet de convoitise et certains souhaiteraient l’acheter, la déboulonner ou la transférer dans un musée.
La fiction : Autour de cette réalité Sophie Brocas à bâti un roman autour du journal intime de Tatiana Rakoska et de Camille Ravani , jeune femme avocate d’affaires dans un grand groupe d’avocats à Paris de nos jours.
Le voisin de palier de Camille, Marc Comard qui est directeur des cimetières parisiens lui demande d’intervenir en tant qu’avocate car il a connaissance d’un projet de descellement de l’oeuvre de Brancusi au cimetière du Montparnasse.
A travers ces deux personnages , Tatiana et Camille, Sophie Brocas va nous faire faire voyager entre les années 1910 et notre époque actuelle .
Pour les années 1910 elle va bâtir le journal intime de Tatiana qui nous apprendra les raisons de sa présence à Paris , ainsi que les raisons de la présence de cette oeuvre sur sa tombe.
Pour notre époque actuelle, Camille va partir à la recherche des héritiers de la famille de Tatiana mais aussi des héritiers de Brancusi.
Ce journal intime et cette recherche des héritiers va nous emmener dans l’aristocratie russe exilée à Paris, dans la vie de bohème des artistes parisiens .
Tatania par son journal intime va aussi nous parler de son besoin d’émancipation féminine et de liberté.
Camille à travers ces recherches va nous emmener dans le monde de la propriété des oeuvres d’art. Droit de propriété, droit moral, donation d’une oeuvre.Droits funéraire et cineraire: qui est proprietaire d’une concession – distinction entre caveau et monument funéraire .
Grâce à cet aller retour permanent entre 1910 et aujourd’hui le roman est passionnant et procure un réel plaisir de lecture et de découverte sur l’oeuvre de Brancusi et sur la propriété des oeuvres d’art.
Aller faire une visite au cimetière du Montparnasse et à Beaubourg pour voir l’atelier de Brancusi sera l’objectif d’un prochain voyage à Paris.
Un bémol sur ce roman : le côté fleur bleue de Camille et quelques facilités de scénario dont pâtit la lecture.
Raison des 3 étoiles

Yeruldelgger de Ian Manook. Le livre de poche. 💛💛💛💛

Yeruldelgger par Manook

Yeruldelgger n’est pas une nouveauté mais un voyage de 3 semaines en Mongolie m’a donné envie de commencer la trilogie mongole de Ian Manook. J’ai commencé la lecture à Oulan bator, puis les jours suivants dans les transferts en 4X4 ou le soir sous la Yourte.
Quoi de mieux que lire sur les lieux où se passe l’énigme !
Yeruldelgger est un très bon polar « ethnique » , alternant violence, thriller et connaissance de la Mongolie ( tradition et géopolitique )
Ian Manook à aussi la capacité à décrire la steppe mongole avec poésie.
Un bon moment de lecture en étant en plus dans le pays

Il reste la poussière de Sandrine Collette. Le livre de poche 💛💛💛💛

Il reste la poussière par Collette

Premier livre et première découverte de Sandrine Collette.
Et bien la lecture des quatrièmes de couverture des livres de Sandrine Collette ne ment pas.
C’est noir , âpre ,violent et plus si affinités.
Il reste la poussière est bien dans cette veine et le titre du roman convient bien
Après avoir passé 350 pages avec les quatre frères et la mère dans les steppes de Patagonie, en effet seul résiste la poussière.
Tout ce qui était existant au début du roman à été malaxé ,broyé, revisité pour devenir poussière de la steppe.
Cette steppe argentine immense, ouverte au monde qui sera pourtant un lieu d’enfermement de huis clos.
Une grande ferme, des centaines de moutons, de vaches, de boeufs et une famille pour travailler sur la ferme.
Une famille ? Un euphémisme !
Il y a la mère seule dénomination pour caractériser le personnage.
Il y a les quatre garçons. D’abord les jumeaux Mauro et Joaquim, puis Steban un peu idiot ou benêt et enfin le plus jeune Rafael.
Le père lui est parti avant la naissance de Rafael. Il n’est jamais revenu.
Est il vraiment le père de Rafael?
Les jumeaux ne supportent pas cette incertitude et font de Rafael leur souffre douleur. Tabassage, violence sont leur quotidien
Quand à la mère aucune affectation. Les garçons sont là pour travailler et pour recevoir humiliation et coups de cravache bien placés.
La mère n’a pas d’affection mais pas seulement. Elle aime bien le poker et la bouteille.
Voilà planté le décor de cette ferme aux habitants noirs et violents
Sandrine Collette en dédiant ses chapitres à tour de rôle à chacun des personnages va nous amener au coeur de cette noirceur et nous entraîner dans cette steppe argentine.
Une steppe aussi dure et violente que la vie de cette ferme et de ces animaux
Au bout de la steppe, après quelques jours de cheval, il y a la forêt.
La forêt synonyme de vie, de liberté
Cette forêt qui donnera un peu d’espoir dans ce monde d’une noirceur terrible.
On ne ressort pas guilleret de la lecture du livre de Sandrine Collette.
L’âme humaine à des ressorts vertigineux.

Dans l’ombre du brasier d’Hervé Le Corre. Rivages Noirs. 💛💛💛💛

Dans l'ombre du brasier par Le Corre

Dans l’ombre du brasier nous fait vivre la Semaine sanglante qui du 18 au 28 Mai 1871 a mis fin à la Commune.
Nicolas Bellec est sergent et il combat dans les rangs des Communards. Il a à ces côtés  un jeune garçon Adrien  et le dénommé le Rouge.
Il a une bien-aimée Caroline qui bientôt se fera enlever par un personnage aussi glauque que pervers.
Un Communard, Antoine Roques, promu au rang de commissaire enquête sur cet enlèvement et celui d autres jeune filles.
Caroline est séquestrée et oubliée alors que Paris et la Commune brûlent.
Voilà résumé la quatrième de couverture du roman d’Hervé le Corre.
Ce résumé n’est pas juste car ce roman n’est pas qu’un polar, ou un roman noir.
Ce roman est le roman d’hommes et de femmes qui vivent la Semaine sanglante  de la Commune.
C’est un roman de feu, de barricades, de morts mais aussi d’humanité, de conviction,  de solidarité.
C’est l’histoire du peuple de Paris divisé entre Versaillais et Communards.
Au début de la lecture du roman on est déconcerté car il n’est fait aucune mention historique sauf à dire que nous sommes à Paris , que Nicolas est communard, qu’il défend l’idée de la Commune et qu’ils se font canarder par les troupes Versaillaises.
Donc ce roman n’est pas un polar, n’est pas un roman noir ,n’est pas un roman historique.
C’est un roman sur l’humanité,  l’universel.
C’est un roman sur les convictions la solidarité.
Que ce soit Nicolas, Caroline, Antoine , le Rouge ou Adrien, ils ont au fond  d’eux une exigence de vie que même le brasier de Paris ne peut éteindre.
Tout comme ces sans grades,ces anonymes qui forment cette chaine pour la magnifique fin de ce roman.
Ce roman pourrait être écrit  dans d’autres lieux, durant d’autres périodes historiques et l’on  retrouverait ces hommes et ces femmes mus  par ces mêmes convictions.
Sous les traits  d’un roman noir , Hervé  le Corre nous invite à une autre lecture de la vie des hommes et des femmes et rend ces lettres de noblesse au Peuple.

A son image de Jérôme Ferrari. Actes Sud 💛💛💛💛💛

À son image par Ferrari

 » Elle est venue photographier la guerre, garder la trace de ce qui se passe ici….
Elle lui écrit  seulement : Je sais que certaines choses doivent demeurer cachées. …
Il y a tant de façons de se montrer obscène, ecrit-elle à son parrain.
Elle ne développera pas les pellicules.  »
Quelle mise en abyme que le dernier roman de Jérôme Ferrari  : À son image
Il faut un peu de temps pour ordonner ses pensées et laisser retomber l’émotion qui vous a étreint à la lecture de ce roman.
A partir d’un événement dramatique,la mort d’une jeune femme, Antonia, dans un accident de la route, Jérôme Ferrari va nous offrir un roman fait de mille tiroirs et miroirs.
A partir d’un récit se calquant sur la cérémonie des funérailles d’ Antonia, Jérôme Ferrari va nous offrir dans un espace temps réduit, une reflexion sur l’image, la représentation,  le réel et la mort.
Antonia vivait en Corse et était journaliste et photographe.
Pas photographe de mode ou de pub, encore moins photographe de guerre. Juste photographe pour un journal régional.  Photographe des mariages, des banquets , des associations et des concours de boules.
Nous sommes dans les années 1990 , marquées en Corse par les dissensions entre Nationalistes et marquées en Europe par la guerre des Balkans et la scission de l’ex Yougoslavie.
Depuis son adolescence Antonia est passionnée par la photographie.
C’est son parrain qui lui offrira son premier appareil-photo à 14 ans.
Ce parrain qui deviendra prêtre  et qui attends aujourd’hui sur le parvis de l Église le cercueil d’Antonia.
Et le roman de Jérôme Ferrari va être rythmé par la célébration religieuse.
Chaque chapitre du livre sera un instant de la liturgie mais aussi l’occasion de se perdre sans une représentation photographique.
Et puis il y aura tout au long de cette liturgie le positionnement du parrain qui est aussi prêtre. Rester prêtre et religieux ou parler de sa nièce telle qui la connaissait.
Dilemme qui va parcourir la totalité du roman
Cette liturgie , ce requiem pour Antonia va nous emmener  loin dans la réflexion sur l’image ,la photo, le réel.
Une photo représente-t-elle ce que l’on voit ?
Que peut cacher un cadrage ? Peut être une autre réalité ?
Une photo peut elle être obscène
Une photo  capte t-elle un instant de vie ou un instant qui est déjà mort
Cette réflexion passionnante Jérôme Ferrari va la triturer, la malaxer  au travers de la vie d’Aurelia qui nous est retranscrit par le parrain/prêtre.
Ce regard photographique qui embrase la vie quotidienne d’Aurelia mais aussi le regard qu’elle portait sur le nationalisme corse  ou sur la guerre en Ex Yougoslavie.
Et puis Jérôme Ferrari intègre des moments de vie et de regards de photographes français ou slaves du 20eme siècle.
L’histoire d’Aurelia devient universelle tout comme le questionnement.
Enfin comment ne pas être troublé  par le lien religieux et spirituel entretenu par ce roman liturgique en pensant à la la phrase biblique : Et Dieu créa l’homme à Son image
La boucle est bouclée.
Satanée Image !