Archives pour la catégorie Roman

Les fleuves du ciel d’Elif Shafak . Flammarion. 🟩🟩🟩🟩🟩

Les fleuves du ciel

Elif Shafak

Flammarion

Traduction: Dominique Goy-Blanquet

ISBN : 978-2-08045-987-9 Août 2025

512 pages

C’est avec un plaisir mille fois renouvelé que l’on se plonge dans le nouveau roman d’Elif Shafak Les fleuves du ciel.

Elif Shafak nous avait laissé il y a trois ans entre Londres et Chypre auprès d’un figuier déraciné et replanté à Londres.

Pour ce nouveau roman, Londres est toujours présent et plus particulièrement la Tamise.

À 180 ans d’écart vivent deux des personnages importants du roman. D’abord Arthur, qui naît dans la pauvreté sur les bords nauséabonds de la Tamise en 1850. Puis, près de deux siècles plus tard en 2018, Zaleekhah, hydrologue fascinée par la mémoire de l’eau, emménage dans une péniche afin de fuir la faillite de son mariage.

Arthur, baptisé Rois des égouts et des taudis, est engagé dans une imprimerie où il découvre le livre L’épopée de Gilgamesh, un récit épique de la Mésopotamie et l’une des oeuvres les plus anciennes de l’humanité. Cette oeuvre a été écrite en caractères cunéiformes sur des tablettes d’argile. En 1850, de nombreuses tablettes restent un mystère pour la traduction. L’écriture cunéiforme représentant des syllabes et non une lettre.

Zaleekhah en 2018 a comme propriétaire de sa pénicheune jeune femme Nen qui est tatoueuse et qui ne tatoue que des motifs cunéiformes rappelant la Mésopotamie, Ninive et son fleuve le Tigre.

Au bord de ce fleuve, en 2014, vit une famille yézidie autour de Grand-Mama et de sa petite-fille Naryn, 9 ans. Celle-ci doit être baptisée et cette famille décide de rejoindre la vallée sacrée de Lalesh.

Chacun des personnages, Arthur, Zaleekha, Naryn vaudrait à lui seul un roman. Elis Shafak se fait conteuse pour entrelacer ces trois histoires et les relier au cours imprévisible de l’eau.

La goutte d’eau, les fleuves, une mémoire de l’humanité.

Elif Shafak s’appuie sur une documentation nourrie mais qui laisse la place au roman.

À travers ce voyage incessant entre 1850 et 2018, entre la Tamise et le Tigre, Elif Shafak nous rappelle les affres du dérèglement climatique, du pillage des vestiges historiques, de la cruauté faite aux Yézidis, mais aussi la grandeur humaine de certains dans le partage, l’empathie.

M. Bradbury, Grand-mama, Leila, Nene sont des êtres de bienveillance, de culture, de spiritualité qui révéleront à eux-mêmes Arthur, Naryn et Zaleekha.

Un roman magistral auquel il faut joindre les derniers mots des remerciements d’Elif Shafak : « On dit qu’un romancier ne doit pas tomber amoureux de son sujet, mais même si j’admire les dons intellectuels et apprécie le domaine des idées, je ne crois pas qu’on puisse écrire un roman avec son seul esprit rationnel. le coeur doit s’y mettre aussi et une fois que le coeur y est, allez savoir où il vous entraînera.

Ce roman est le lieu où m’a entraîné mon coeur.

Ce roman est mon chant d’amour aux fleuves : ceux qui vivent encore et ceux qui ont disparu depuis longtemps. »

Elif Şafak, ou Elif Shafak (nom de plume d’Elif Bilgin), née le 25 octobre 1971 à Strasbourg, est une écrivaine turque. Elle vit et travaille à Londres.

Primée et best-seller en Turquie, Elif Şafak écrit ses romans aussi bien en turc qu’en anglais. Elle mêle dans ses romans les traditions romanesques occidentale et orientale, donnant naissance à une œuvre à la fois « locale » et universelle. Féministe engagée, cosmopolitehumaniste et imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, Elif Şafak s’attaque dans ses écrits à toute forme de bigoterie et de xénophobie.

Le livre de Kells de Sorj Chalandon. Grasset. 🟩🟩🟩🟩🟩

Le livre de Kells

Sorj Chalandon

Grasset

ISBN : 978-2-24684-321-4 Août 2025

384 pages

L’exergue du dernier roman l’enragé de Sorj Chalandon est un extrait de L’Enfant de Jules Vallès. Ce même extrait est repris dans son nouveau roman le Livre de Kells.

« À tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège

ou

Qu’on fit pleurer dans la famille.

qui, pendant leur enfance,

furent tyrannisés par leurs maîtres

ou rossés par leurs parents. »

Dans l’enragé Sorj Chalandon racontait l’histoire d’un jeune garçon envoyé au bagne pour enfants de Belle-Île-en-Mer dans les années 30, suite à quelques larçins. laissé pour compte par sa famille, l’enragé allait se construire au soleil de la violence, de l’injustice mais aussi de la fraternité et de la solidarité.

Cette fois-ci, Sorj Chalandon se dévoile encore plus, en nous livrant un roman autobiographique. Il nous prévient néanmoins : « J’y ai changé des patronymes, quelques faits, parfois bousculé une temporalité trop personnelle, pour en faire un roman. La vérité vraie, protégée par une fiction appropriée. »

Nous avions déjà approché la vérité vraie dans Profession du père. Un roman où Sorj Chalandon nous parlait de la mythomanie de son père mais aussi de sa violence et de ses penchants politiques extrêmement droitiers. Avec le Livre de Kells, le père devient l’Autre. Pas un brin d’affection. Que le rejet de l’Autre. le Minotaure, le raciste, l’antisémite.

À 17 ans, Sorj Chalandon s’enfuit de Lyon et de la cellule familiale pour éviter d’être dévoré par l’Autre. Il prend le nom de Kells, en référence à un Évangéliaire irlandais du 9ᵉ siècle. Ayant obtenu son émancipation, il part sur les routes de la Camargue à Paris. Un objectif en tête : rejoindre Ibiza, puis Katmandou. Nous sommes en 1970.

Il n’en sera rien de ces rêves post-hippies et Flower Power. Ce sera la rue et sa dureté pendant un an à Paris. L’envie de revenir à Lyon et l’orgueil qui dit non.

Et puis au bout d’un an, la rencontre de Marc, métallo-ajusteur, militant maoïïste, vendeur à la criée du journal La Cause du peuple. Kells se met à vendre aussi La Cause du Peuple et découvre une solidarité et une famille de rechange.

Il découvre aussi la lutte politique, engagée, violente au sein de la Gauche Prolétarienne. Il découvre aussi la culture, la lecture et un peu d’humanité.

C’est ce parcours que nous raconte Sorj Chalandon sans en oublier les vicissitudes, les renoncements, les petites victoires et les grands doutes.

La plume de Sorj Chalandon est toujours merveilleuse, pétrie d’humanité, de proximité, d’humilité. Kells, le garçon de la rue, s’est intégré dans une époque politique violente dans laquelle il a été confronté à la mort de Pierre Overnay, militant et ouvrier chez Renault, assassiné par un nervi du patronat. Il a aussi été confronté aux ratonnades, à l’explosion de l’immigration, au terrorisme de Septembre Noir. Une jeunesse de révolte et de prise de conscience. Prise de conscience politique et sociale. Que faire de la lutte armée ? est-ce une fin en soi.

Le Livre de Kells est un roman labyrinthe qui nous remet face à notre jeunesse, nos engagements, nos doutes, nos valeurs. Comment faire perdurer nos engagements avec le temps. Comment les transformer sans les trahir.

Kells est devenu Sorj Chalandon, journaliste-reporter-écrivain.

Kells enfant des rues, luttant pour sa survie souvent par la violence, a réussi à se réconcilier avec l’humanité.

Cette humanité qui est la vertu cardinale de Sorj Chalandon.

Sorj Chalandon naît le 16 mai 1952 à Tunis. Son prénom de naissance est Georges ; il fait plus tard des démarches pour le modifier à l’état-civil en Sorj, qui correspond à la manière dont l’appelait sa grand-mère.

Son enfance est marquée par la violence et la mythomanie de son père, qu’il décrit dans son roman Profession du père. Il souffre alors de bégaiement, ce qui lui inspire son premier roman, Le Petit Bonzi.

Bien que la majorité soit alors à 21 ans, il obtient son émancipation à 17 ans et quitte sa famille

En 1973, il entre par la petite porte au quotidien Libération, au moment de sa création, et y restera journaliste salarié jusqu’en février 2007. Alors infirmier dans un hôpital psychiatrique, Sorj Chalandon y est tout d’abord monteur, puis a couvert, en 1974, en tant que dessinateur de presse, le premier procès de Pierre Goldman, qui devient son ami fidèle et le rejoint en 1976 à la rédaction de Libération.

Devenu rapidement grand reporter, Sorj Chalandon est en 1982 le premier journaliste occidental, selon Libération, à rendre compte du massacre de Hama, en Syrie, sous pseudonyme. En 1986, il témoigne du succès populaire du chanteur Jean-Jacques Goldman. Egalement chroniqueur judiciaire, puis rédacteur en chef adjoint de ce quotidien, il est l’auteur de reportages sur l’Irlande du Nord et sur le procès de Klaus Barbie qui lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988

Entre 2007 et 2009, Sorj Chalandon devient formateur régulier au Centre de formation des journalistes à Paris

En août 2009, Sorj Chalandon est embauché comme journaliste au Canard enchaîné, en charge de la rubrique « La Boîte aux images » et critique de cinéma.

Mais où vont les poussières de Christophe Carrées. Les Editions du cerf. 🟩🟩🟩◼️◼️

Mais où vont les poussières

Christophe Carrées

Les Editions du Cerf

ISBN : 978 – 2 – 204 – 17037 – 6 Août 2025

190 pages

Mais où vont les poussières est le premier roman de Christophe Carrées, graphiste et photographe.

Ce roman est la chronique de quatre décennies d’une existence simple et banale. Cette existence est racontée par ellipses, par touches. Comme un photographe ou un graphiste. Comme dit en quatrième de couverture, on pourrait imaginer cette vie taguée ou graffée sur les murs de nos villes.

Pour représenter en écriture ces ellipses et grafs, Christophe Carrées a imaginé des chapitres avec des flashs d’écriture autour d’un mot, d’une phrase.

Les chapitres nous rappellent la banalité et les difficultés de l’existence : vestiges – vétilles – rebuts – rognures – salissures – ruines – reliques.

Un roman du gris, qui se lit comme un manifeste.

Mais pour moi c’est aussi la limite de cette écriture et de son pouvoir. À vouloir être grinçant, le propos peut devenir excessif et devenir une plainte.

Cheistophe Carrées les appelle mes histoires.

Il continue en écrivant : « L’univers les appellerait mes mensonges. Pourtant ces fables ne sont les causes de rien qui m’advient. Elles sont les conséquences du tout qui m’entoure, la vie des autres, leurs silences, leurs secrets, leurs saccages. »

La conséquence est produite nécessairement par quelque chose qui en est la suite logique. Il est dommage que l’auteur suive cette logique. Il me semble que les poussières ont une grande liberté pour se déposer ou pour se cacher dans les coins les plus obscurs. Et puis à contre du jour du soleil, elles volètent, lumineuses.

Merci aux Éditions du Cerf pour l’envoi de livre.

Et merci à Christophe Carrées pour la dédicace.

Christophe Carrées est photographe et graphiste. Il oeuvre aussi dans le mode lu livre. Mais où vont les poussières est son premier roman.

La petite zone avec de la lumière de Sébastien Ménestrier. Editions Zoé. 🟩🟩🟩◼️◼️

La petite zone avec de la lumière.

Sébastien Ménestrier

Editions Zoé

ISBN : 978-2-88907-4-808 Août 2025

128 pages.

Bastien vient de sortir de Saint-Louis, en haut de la colline. Burnout, dépression, problèmes psychologiques. Il retrouve la rue, les gens, le travail, et surtout la famille. Sa mère Coco, sa soeur Anouk au corps blessé, son fils Nino et son ex Fanny.

Pour son retour à la vie et au travail, Bastien est embauché comme AESH (accompagnateur d’élève en situation de handicap) auprès de Thomas.

Par fragments, entre novembre 2018 et mars 2019, Sébastien Ménestrier va nous entrainer dans La petite zone avec de la lumière.

La petite zone avec de la lumière est un vers de Sandra Lillo.

« Tu ne me vois pas, alors je te le dis.

J’écris.

Je suis dans la petite zone avec de la lumière. »

Écrire, un échappatoire pour Bastien et pour relier les fragments de sa vie.

Dans ce cours roman, Sébastien Ménestrier va décrire la reconstruction de Bastien avec violence ou délicatesse. Cette reconstruction rassemble un trop-plein de thèmes qui finissent par parasiter le propos. Entre l’accident d’Anouk, la colère de la rue, les gilets jaunes, les retrouvailles familiales, les fragments se diluent un peu, beaucoup. Néanmoins reste une petite musique, une poésie, qui parlent de l’intime et de l’humain. Simplement.
Roman lu dans le cadre du Prix du livre 2025 de la librairie Au bord du jour – Voiron- Isère. Jury

Sébastien Ménestrier est né en 1979. Pianiste et enseignant, il met en scène des personnages dont la fragilité intérieure fait mouche et donne leur grâce brute à ses livres: Où la chanson va (Zoé, 2023), Le chant de Shilo (Zoé, 2022) et Pendant les combats (Gallimard, 2013), finaliste du Goncourt du premier roman et lauréat du festival de Chambéry.

Voyage voyage de Victor pouchet. L’arbalète Gallimard. 🟩🟩🟩🟩◼️

Voyage voyage

Victor Pouchet

L’arbalète Gallimard

ISBN : 978 – 2- 07311 – 908 – 7 Août 2025

192 pages

Embarquez avec Victor Pouchet. Acceptez de partir. Laissez vos préjugés. Croyez à la poésie, aux rêves, à l’amour.

Orso et Marie s’aiment mais leur quotidien se fracasse sur un chagrin brutal, existentiel. Que faut il faire ? Assumer, subir, prendre un chemin de côté.

Orso imagine un road trip en France avec comme idée, la visite de musées insolites : musée des Poids et mesures, musée du Fer, de l’Amiante, musée de la Gendarmerie, musée du Pigeon.

Ce road trip muséal va rythmer notre connaissance de la vie de Marie et Orso et nous faire découvrir l’origine de ce chagrin brutal. L’écriture délicate de Victor Pouchet nous entraine sur les chemins de l’école buissonnière entre tendresse, amour et résilience.

Qui n’a jamais pensé tout laisser et partir, faire un pas de côté ? Un pas de côté pas toujours maitrisé mais diablement libre. Une thérapie sur les chemins de traverse pour Marie et Orso.

Il fut agréable de voyager aux côtés de Marie et Orso. Il sera toujours temps de rentrer à la maison.
Livre lu dans le cadre du Prix du livre 2025 de la librairie Au bord du jour – Voiron – Isère. Jury

Victor Pouchet est né le 8 mai 1985 à Paris. Agrégé de lettres modernes, ancien élève de l’École normale supérieure de Lyon après une khâgne au lycée Fénelon de Paris, il commence une thèse sur les descendants de Stendhal dans la critique au XXe siècle, puis l’abandonne pour commencer à Brest, avec deux amis, un « Tour du Monde de France de Bretagne » à pied par étapes annuelles, prévu pour s’achever en 2060. Il a été programmateur à la Maison de la Poésie de Paris entre 2013 et 2024.

Son premier roman, Pourquoi les oiseaux meurent , raconte une enquête sur une pluie d’oiseaux morts survenue dans la banlieue de Rouen. Publié aux éditions Finitude, il a reçu le Prix littéraire de Trouville.

Son deuxième roman, Autoportrait en chevreuil  est paru en 2020 aux éditions Finitude. Il figure dans la sélection du prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama  et a reçu le prix Prix Blù Jean-Marc Roberts et le Prix Jesus Paradis .

Et brûlent les enfances de Virginie Noar. Les Pérégrines. 🟩🟩🟩🟩🟩

Et brûlent les enfances

Virginie Noar

Les Pérégrines

ISBN : 979 – 1 – 02520 – 673 – 7 Août 2025

222 pages

Et brûlent les enfances de Virginie Noar est un coup de poing, un coup de coeur. Et brûlent les enfances, raconte la réalité d’une famille rattrapée par des renoncements, des cruautés. Et Virginie Noar nous délivre cela à hauteur d’enfant.

Alice, enfant de huit ans à l’époque, nous rapporte un récit à la mémoire incomplète. Alice est la narratrice principale. Il existe un autre narrateur. Celui-ci est un regard, un oeil, une photographie.

Ce regard, cet oeil vont régulièrement planter le décor : une chambre, un bureau, les détails d’une cuisine et puis une carte postale de la tour Eiffel.

Dans cette chambre Alice y cache ses silences. Dans un coin de la chambre, son petit frère dort. Alica a deux petits frères, Baptiste et Samy. Dans cet appartement populaire, il y a aussi Annick, la maman. Celle-ci a quitté son mari, et est partie avec ses trois enfants pour cet appartement populaire.

Un jour, Annick présente à ses enfants Adama. Alice et ses frères l’accueillent avec joie et espoir. Et puis arrive la naissance de Marie et Alice, qui nous dit : « Avant Marie, la vie ressemblait à une errance infinie sur terrain vague, grands espaces et pâle caillasse. Certain de trouver quelque chose de valable au bout du chemin rocailleux, je ne rêvais qu’à cette petite soeur qui viendrait un jour ou l’autre embellir les ennuis. Au fond, il s’agissait sûrement du désir de conserver l’enfance, paradis perdu et tout le tintouin, acte désespéré contre le temps déployant à toute vitesse ses emmerdes et ses rides. »

Le bonheur ne durera pas. Chacun va devoir composer avec un délitement familial. Alice, en grande soeur, va protéger au mieux ses frères et sa jeune soeur de cette vie devenue précaire.

Virginie Noar nous transporte et nous émeut auprès de cette famille cabossée, où l’amour reste présent. Les failles, les secrets, les difficultés se retrouvent dans les gestes anodins du quotidien et dans l’exigüité d’un appartement.

Virginie Noar nous touche par la finesse psychologique des personnages, par la justesse des situations et le regard que porte Alice sur le monde qui l’entoure.

Son écriture au plus près des personnages est simple, fluide et tellement juste. Elle nous rappelle ce que l’enfance recèle de non-dits et de traumatismes à venir. Un roman brûlant que l’on referme entre tendresse et violence, en gardant en mémoire les (nos) parts d’enfance volées.
Lu dans le cadre du Prix Livre 2025 de la librairie Au bord du jour – Voiron – Isère. Jury.

Virginie Noar, pigiste et travailleuse sociale, a trente-cinq ans. Elle exerce dans un espace de rencontre parents-enfants. Le Corps d’après est son premier roman. Elle réside en Ardèche, à Joyeuse.

Le grand horizon de Lola Nicolle. Phèbus . 🟩🟩🟩◼️◼️

Le grand horizon

Lola Nicolle

Phébus

ISBN : 978 – 2 -7529 -1492 -7 Août 2025

202 pages

Vincent a une vie rangée, un boulet, une femme et un enfant.
Et Vincent va sortir de cette vie rangée en se lançant dans une course d’ultracyclisme : La Transcontinental Race. Une course qui relie deux points de l’Europe; le point le plus à l’est et le point le plus à l’ouest.
Course réelle qui a lieu tout les ans.
Pour son roman Lola Nicolle a choisi l’année 2019 où la Transcontinental Race reliée Bourgas ( Bulgarie à Brest en France.
Le but de cette course: traverser l’Europe en Quinze jours en parfaite autonomie. Juste 6 bornes obligatoires à checker. Pour le reste chacun suit sa route.
Pour Vincent il s’agit de se retrouver et de retrouver sa vie qui a pu lui échapper.
Ce qui a pu lui échapper : une amie d’enfance, un compagnon d’adolescence décédé, un ami cycliste.
Tout ce lit facilement avec un chapitre sur la course et puis un chapitre sur les amis et amies.
Peu d’interaction avec les personnes rencontrées dans les différents pays de ce périple.
De nombreux thèmes sont abordés dont l’écologie mais le tout de façon superficielle. Seule la réalité de le Transcontinental Race est approfondie.

Dans un style différent, hors compétition, le livre d’Emmanuel Ruben Sur la route du Danube explore cette même veine.
Deux copains à vélo remonte le Danube de l’embouchure à la source.
Un bon contre poids au roman le grand horizon.

Lola Nicolle est titulaire d’une licence de lettres modernes à l’Université Paris VII (2010-2013) et d’un master d’édition à Paris XIII (2014-2015).

Éditrice aux éditions de l’Iconoclaste depuis 2016, elle rejoint le groupe Delcourt en 2019 pour développer au printemps 2020 une collection de littérature française.

Elle est l’auteure d’un premier recueil de poésie, « Nous oiseaux de passage » (Blancs volants, 2017), et a participé à l’ouvrage collectif « Les Passagers du RER » publié aux éditions Les Arènes en 2019.

Elle signe son premier roman avec « Après la fête » (2019).

Nancy-Saigon d’Adrien Genoudet. Seuil. 🟩🟩🟩🟩◼️

Nancy – Saigon

Adrien Génoudet

Seuil

ISBN : 978 – 2- 02158 – 506 – 3 Août 2025

304 pages

Nous sommes en Lorraine en 2020. Simone est décédée depuis quelques années. Elle est enterrée dans le caveau familial. Et le caveau ne va plus pouvoir recevoir de nouvelles dépouilles. Il est décidé d’enlever le cercueil et de procéder à une incinération de Simone. C’est sa fille aînée, Edithe, qui en prend la charge.

En ouvrant le cercueil, Edithe s’aperçoit que sa mère a été enterrée dans un vêtement traditionnel vietnamien : un ao-dai. On ne se rappelle que d’une chose : le mari de Simone, Paul, lui avait envoyé cet ao-dai au début de la guerre d’Indochine avant de disparaître.

Le narrateur, neveu d’Edith, va hériter de cet habit et d’une boîte contenant la correspondance entre Simon et Paul. Une boîte sur laquelle il est écrit : Nancy – Saigon.

Cette correspondance va ouvrir une faille dans l’histoire familiale. le neveu reclus dans son studio à Paris lit, commente et recompose des vies. Au fil des lettres, un personnage apparait : François Tilleul, jeune soldat envoyé en Indochine.

Entre Paris, la Lorraine et l’Indochine se dessine une mémoire familiale douloureuse.

Ce n’est pas un roman de guerre, bien que les exactions soient présentes. C’est plutôt un roman familial avec un sentiment de mélancolie, de perte et de fatalité devant les événements.

Le style fluide imprégné des odeurs de la jungle nous dit aussi les secrets, l’indicible. Et pourtant il laisse en suspens une partie de cette histoire comme si l’ao-dai était éternel.
Lu en tant que jury du prix du Livre 2025 de la Librairie au Bord du Jour- Voiron – 38

Adrien Genoudet est docteur en études cinématographiques, en art et en histoire visuelle. Il a soutenu, en 2018, une thèse intitulée « L’effervescence des images. Les Archives de la Planète d’Albert Kahn », sous la direction de Christian Delage. ATER au Collège de France, il est attaché à la chaire du Pr Patrick Boucheron depuis septembre 2016.

Il reçoit, en 2017, le premier prix de la Fondation Hugot du Collège de France pour ses travaux.

Il est titulaire d’un master II Recherche en histoire et anthropologie des sociétés médiévales et modernes à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne obtenu en 2012.

Eclaircie de Carys Davies. La table ronde. 🟩🟩🟩◼️◼️

Eclaircie

Carys Davies

La Table Ronde

Traduction : David Fauquemberg

ISBN : 979 – 1 – 03711 – 469 – 3

192 pages

En 1843 le pasteur John Ferguson est envoyé sur une île septentrionale des Shetland pour
expulser le seul habitant : Ivar. John Ferguson va faire une chute depuis une falaise et va être
recueilli par Ivar.
John Ferguson est sur l’île pour le déplacement forcé d’Ivar. En manque d’argent il a accepté
cette mission car en tant que pasteur, il a fait scission avec l’Eglise presbytérienne afin de
développer la Nouvelle Eglise. À la suite de sa chute de la falaise, il a été recueilli par Ivar. Va
naître en eux une communauté faite de deux langues et d’un troisième personnage : Mary. Mary
est la femme de John Ferguson. Elle est restée en Ecosse. Mais lors de la chute de la falaise Ivar
a récupéré le portrait de Mary dans un cadre en cuir.
John et Ivar vont peu à peu s’apprivoiser autour de la langue norne, ancienne langue des
Shetland. Depuis la mort de sa grand-mère et de sa mère Ivar vit seul avec ses bêtes et son
rouet. Voir un autre humain est un bouleversement, un miroir. Rencontre inattendue de deux
inconnus
J’ai apprécié la lecture de ce roman du fait de sa concision. Concision des mots, des lieux, des
sentiments. L’autrice s’est servie de deux événements réels pour mettre en présence deux
personnages qui vont se découvrir petit à petit. Malgré la diƯérence de la langue, la raison de la
présence de John, chacun va accepter une éclaircie, une brève amélioration, une brève détente.
Des paysages durs et humides, des conditions de vie spartiates ne vont pas empêcher la
rencontre et la compréhension de l’autre. Une véritable éclaircie clôturera ce roman. Tout en
discrétion.

Lu dans le cadre du Prix 2025 de la librairie Au bord du jour à Voiron- 38. (Jury)

Carys Davies est l’auteur de deux recueils de nouvelles, qui lui ont valu d’être récompensée par le Frank O’Connor Award en 2015. Elle vit dans le nord-ouest de l’Angleterre.

L’entroubli de Thibault Daelman. Le tripode. 🟩🟩🟩🟩🟩

L’entroubli

Thibault Daelman

Le Tripode

ISBN : 978 -2- 37055 – 464 – 2 Aôut 2025

296 pages

Dans un quartier populaire de Paris ou de sa très proche banlieue, vit une famille un peu
beaucoup dysfonctionnelle. Une mère dépassée et excessive, un père alcoolique élèvent cinq
garçons. Chez l’un des enfants s’impose la nécessité d’écrire afin de garder en mémoire cette
enfance et de ne pas s’oublier à demi, peu à peu : l’entroubli.
L’histoire est touchante et authentique. L’histoire d’une famille pauvre, populaire et de leur
quotidien.
Rien de larmoyant. La mère porte cette cellule à bout de bras. Chacun est aimé et aime à sa
façon. Et les événements d’une vie de famille : la maladie du père, l’école, la fratrie. Une famille
complexe, dysfonctionnelle dont Thibault Daelman éclabousse de son style, de son écriture. Un
style fluide, lucide et grâcieux. Un grand talent d’écriture, avec une sensibilité à fleur de peau.
Le choix des mots et des associations donne rythme et musicalité au texte. le texte semble
doux alors que ce texte parle de douleurs, de souffrance, de mémoire.
Le roman courre jusqu’à la majorité du narrateur. On n’a commencé le roman à un moment
anodin de la vie de cette famille, on le quitte de façon aussi simple. le temps et la vie qui
coulent.
« Ecrire pour me réunir, me dissoudre, simultanément.« Des mots pour raconter, des mots pour
les ressentis, les émotions, les souffrances et les silences. Des mots pour que l’entroubli
ne s’efface pas.

Livre lu dans le cadre du Prix de la Librairie Au bord du jour à Voiron – 38. ( Jury)

Enseignant à la Sorbonne, Thibault Daelman donne des ateliers d’écriture créative. L’Entroubli est son premier roman, sur lequel il travaille depuis une dizaine d’années.