Baumgartner peut être lu comme le bilan d’une existence et il est naturel que Baumgartner soit un miroir très peu dépoli de Paul Auster. Ce roman assez court ( 20 pages) est nostalgique et poignant car il investit le long cours de la vie. Seymour Baumgartner, 71 ans, professeur à Princeton revisite la grande histoire de sa vie qu’a été son amour pour sa femme Anna Blume ( tiens, tiens un personnage des romans de Paul Auster). Quand commence le roman Sy Baumgartner est veuf depuis 10 ans. Sur une plage, un soir, un dernier bain a été fatal à Anna. Une vague a brisé sa nuque. Veuf vivant dans son appartement au gré de ses souvenirs. Ce matin là un ensemble d’incidents, et une chute accidentelle va le ramener aux souvenirs de sa vie. Et les grands souvenirs de sa vie tournent autour d’Anna et de sa famille éxilée de l’Europe de l’Est et plus particulièrement. Ce grand père maternel qui s’appelait … Auster. Paul Auster nous gratifie d’un roman ou le désir de vie se télescope à la mémoire , parfois incertaine des souvenirs, alors que les prémices de la vieillesse apparaissent. Lentement le puzzle de la vie de Baumgartner se met en place entre réalité, imagination et confession. Les doutes, les angoisses, les fantômes perdus jalonnent le chemin. Le vrai, le faux. Baumgartner– Auster. Peut être le dernier roman de Paul Auster.
1913. Sanatorium de Gorbersdorf ( aujourd’hui Sokolowsko en Pologne). Nichée au fond d’une vallée des Sudètes, entourée de montagne, la pension pour Messieurs reçoit des malades atteint de tuberculose ou de phtisie. Cette pension reçoit les personnes en attente d’une chambre de meilleure qualité dans les locaux même du sanatorium. Un jeune homme arrive dans cette pension. Il s’agit de Mieczylaw Wojnik, étudiant en ingénierie des adductions d’eaux. Dans cette pension, il va être confronté à un parterre de Messieurs parfaitement tuberculeux et misogynes. Dans l’un des précédents roman d Olga Tokarczuk, Sur les ossements des morts, des animaux de cette même région des Sudètes se vengeaient des chasseurs en les tuant. Dans le banquet des Empouses, ce sont les Empouses qui sont à la manoeuvre pour punir ces Messieurs. Olga Tokarczuk fait de ces Empouses les narratrices. Des narratrices qui aiment les détails et ….. les chaussures. Cela donne un art de la description porté au sommet. Les premières pages du roman pour décrire l’arrivée du jeune Wojnik sont un régal. Ou comment décrire un pavé luisant sur lequel apparait la jambe gauche, puis la droite marchant vers la pension pour Messieurs et petit à petit décrire des vêtements, un personnage, un lieu, une époque . Tout comme la description que font les Empouses d’un aéropage de chaussures sous une table. Tout est dit , physiquement, psychologiquement et socialement.
Mais qu’est ce qu’une Empouse ? Si vous êtes féru de mythologie, vous le savez. Sinon vous le découvrirez au détour de ce livre étonnant.
Donc le jeune Wojnik c’est installé à la pension. C’est lui que l’on va suivre durant tout le roman. Il va devoir faire face à la mort de la femme de l’aubergiste de la pension. Mais aussi faire face à ces Messieurs imbus de leur supériorité et que quelque soit la conversation tout finit autour de la femme pour déplorer ses faiblesses, son cerveau différent et son absence d’âme. Wojnik doit aussi faire face à ses propres tourments : une mère morte en couche, ou comment croire qu’elle a abandonné son enfant. De ces situations de départ, Olga Tokarczuk va écrire un roman ancré dans le réel, le fantastique, les croyances populaires. C’est un parti pris qui peut déranger . Mais ce parti pris permet de pointer la rigidité des normalités et les bouleversements du monde à l’aube d’une guerre mondiale. C’est aussi un roman qui nous parle de nature, de forêt, de brumes et de soleil voilé. Enfin, c’est surtout un roman féministe, tolérant qui ouvre sur toutes les mixités , sur toutes les identités. Par delà le roman d’épouvante naturopathique Olga Tokarczuk parle au plus profond de nos croyances.
À partir de 1997, elle se consacre entièrement à l’écriture, se disant inspirée par William Blake. Elle contribue aussi à la revue littéraireGranta.
Le lendemain de l’annonce de son prix, la ville de Wrocław où elle réside rend les transports publics gratuits aux usagers ayant sur eux un livre d’Olga Tokarczuk.
Ses romans sont traduits en plus de 25 langues dont le catalan, l’hindi et le japonais. Elle est l’autrice polonaise la plus traduite hors de son pays.
Autres livres d’Olga Tokarczuk chroniqués sur le site :
Il n’est jamais trop tard pour lire et aimer un roman sorti en 2019. C’est le cas du roman de Cécile Coulon Une bête au paradis. Nous sommes dans une campagne appelée le Paradis. Elle n’est pas géographiquement située. Au Paradis il y a la ferme d’Emilienne. Elle élève seule ces deux petits enfants Blanche et Gabriel qui ont perdu leurs parents dans un accident. Il y a aussi à la ferme un commis , Louis. A l’adolescence arrive le premier amour de Blanche. Il s’appelle Alexandre. Alexandre ambitieux veut parcourir le monde. Blanche, elle, est enracinée dans les terres du Paradis. Leur amour survivra t’il ? Cécile Coulon à l’égal d’un Franck Bouysse nous livre un roman réaliste, rural , rustique, ancré . Les chapitres sont courts et tous sont nommés par un verbe. C’est court et sa cogne comme un coup de poing. Toute la vie du Paradis est à l’aune de cette rugosité. Que ce soit les humains où les animaux. Tout fait un autour de ce réalisme. C’est un roman habité d’une violence et d’une noirceur qui doit exploser en tragédie. Le tout porté par des personnages féminins magnifiques et des êtres sensibles différents.
Cécile Coulon, née le 13juin1990 à Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme)1, est une romancière, nouvelliste et poétessefrançaise.À l’âge de 16 ans, elle publie son premier roman intitulé « Le voleur de vie » (2007). Elle passe un baccalauréat option Cinéma. Après des études en hypokhâgne et khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit des études de Lettres Modernes. En 2016, elle prépare sa thèse dont le sujet est « Le Sport et le corps dans la littérature française contemporaine ».
Ce que je sais de toi est le premier roman d’Eric Chacour. de parents égyptiens Eric Chacour est né à Montréal et partage sa vie entre le Québec et la France. C’est donc un roman francophone fait d’une écriture élégante. Ce que je sais de toi a obtenu le Prix Fémina des lycéens en 2023 et a été encensé par la critique et les lecteurs Et pourtant je ne me joins pas à ce torrent de louanges. J’ai apprécié la qualité de l’écriture et la lecture du roman est très agréable, mais je n’ai ressenti que peu d’émotion pour les personnages que nous fait découvrir Eric Chacour. Peut être est ce dû au découpage du livre en trois parties : Toi, Moi, Nous. le narrateur, inconnu étant le moi. Il parle donc à la place du Toi et du Nous. Cela m’a gêné car à aucun moment nous n’avons en réalité accès aux sentiments des autres personnages que le narrateur. Ce narrateur inconnu étant évidemment la clé de voûte du roman. Toi est donc Tarek, un jeune médecin égyptien qui a repris le cabinet médical de son père au Caire dans les années 1980. Il est marié à Mira, femme discrète. Sa vie familiale tourne aussi autour de la matriarche arabe, de la sœur et de la servante qui connaît la plupart des secrets de familles. Médecine oblige, nous sommes dans la haute société égyptienne. Et cette aristocratie n’est pas du goût de Tarek. Il ouvre un dispensaire dans le quartier défavorisé de Moquattam. Ce sera une redécouverte de son métier de médecin. le temps n’a plus de prise. Une amitié va naitre avec Ali, pauvre résident du quartier Moquattam. Tarek va le prendre sous son aile et tenter de l’ouvrir à d’autres horizons. C’est cette histoire que nous raconte le narrateur. Comment la connaît il ? Est-il un personnage influent de cette histoire ? Une fois le narrateur connu, on pouvait espérer plus d’émotions, de ressentis et de sentiments. Ce n’est pas ce que j’ai ressenti. Mais ce n’est que mon avis et il est loin d’être majoritaire.
Éric Chacour est un auteur québécois.
Né dans une famille de Syro-Libanais d’Égypte, il a vécu une partie importante de sa vie en France, où il a écrit les premières pages de son premier roman, « Ce que je sais de toi ».
Diplômé en économie appliquée et en relations internationales, il travaille dans le secteur financier.
Cette littérature du réel, comme dit en quatrième de couverture est absolument incroyable. La somme des documents nécessaires pour la reconstitution de Les naufragés du Wager de David Grann est bluffante. Nous sommes en 1740 , en Angleterre. le monde maritime est globalement coupé en deux d’Est en Ouest par deux grands protagonistes : L’Espagne et le Portugal. Sa majesté britannique souhaite envoyer une escouade de cinq navires sous le commandement du commodore Hanson en mission secrète afin de piller les cargaisons d’un galion de l’Empire espagnol. 5 navires et plus de 2 500 hommes sur les mers. Aller jusqu’à Madère, puis descendre l’Atlantique Sud jusqu’au Cap Horn, le dépasser et ensuite remonter le Pacifique le long de la côte chilienne avec l’espoir de rencontrer le galion espagnol vers les côtes péruviennes. Pour nous rappeler cette aventure , les journaux de bords des différents capitaines et second des navires. C’est à partir de cette ressource que David Grann nous donne un livre extraordinaire. Cela aurait pu être rébarbatif : la transcription des journaux de bords, les jours de mers, les maladies, les morts, les naufrages, les mutineries . Ce n’est jamais rébarbatifs. Nous sommes entrainés dans cette histoire marine auprès de tous les protagonistes. Davis Grann va s’attarder sur le naufrage de l’un des bateaux : le Wager. Les passes d’armes entre le capitaine Cheap et ses seconds , Byron, Buckleley seront légions tout comme les mutins, les dissidents et les abandonnés sur une île. La rigueur climatique du Horn et de la Patagonie nous refroidira tout comme la vie spartiate de ces marins d’exception. Il est étonnant de s’apercevoir à quel point ces capitaines quelque soit la situation avait la nécessité de coucher sur le papier les faits et gestes de leur bateau et de leur équipage. un besoin de justification pour le futur. Car cette épique aventure doit avoir une fin . Et la fin doit se dire ou s’écrire devant l’Amirauté réunit à Portsmouth. Qui plus est quand le retour en Angleterre se fait de façon dispersée : Des naufragés par-ci par là, un bateau un peu plus tard. le tout pendant quelques années. Chaque retour est attestée par les écrits et les histoires des marins. Nous sommes en présence de récits contradictoires .Qui dit vrai ? A l’Amirauté de décider par le questionnement , le procès et la prison. Mais il ne faut pas oublier que l’Angleterre est un empire et que l’on ne joue pas avec la grandeur de ce celui-ci. Empire dit aussi colonies par delà les mers. Pas de vague. ( C’est le cas de le dire ) Reste un grand roman du réel ou la réflexion sur le sens du récit fait merveille. Je vous conseille de regarder sur Arte la série sur Magellan qui est facilitatrice pour comprendre ce récit. 200 ans avant le Wager , les hommes de Magellan vivaient les mêmes affres.
Naufrage de Vincent Delecroix est un texte nécessaire et dérangeant. Texte court de136 pages en trois parties. S’appuyant sur un fait réel , le naufrage d’ un bateau de migrants dans la Manche en Novembre 1981. Le naufrage provoquera la mort de 27 migrants. Malgré de nombreux appels au secours, aucune aide sera apportée aux migrants. C’est à partir de cette actualité que Vincent Delecroix a écrit son texte , imaginant une opératrice ayant reçu au CROSS, les appels au secours des migrants. Les parties 1 et 3 du roman nous parlent de cette opératrice. La partie centrale est consacrée au naufrage du bateau des migrants. Le texte est dérangeant car les secours n’ont pas été envoyé aux migrants pour des tas de raisons : lieu du naufrage , eaux territoriales, secours français ou anglais, l’implication de l’opératrice, la lâcheté collective, les passeurs. A qui la responsabilité ? Il est facile de faire d’une opératrice un bouc émissaire. « Moi j’ai dit : Tu ne sauras pas sauvé « Le moi peut être aussi un nous . Nous avons dit : Tu ne seras pas sauvé. Cela nous parle de notre lâcheté et de notre facilité à regarder ailleurs. Ces questionnements et lâcheté sont très bien décrites dans les parties 1 et 3. Bien décrites veut dire confus dans l’esprit de l’opératrice. Des réflexions que Vincent Delecroix nous restitue dans des phrases au long cours parsemées de longues parenthèses . La partie 2, dans sa glaçante réalité est plus littéraire et tranche avec la distance apparente de l’opératrice. Il est alors plus simple de mettre en miroir ce que bien des gens pensent et de voir poindre l’indifférence générale. Et comme le dit l’opératrice : » Je ne suis pas la seule à regarder de loin et à l’abri le spectacle interminable, nuit après nuit des naufrages «
Ce texte , dérangeant, violent m’a rappelé d’autres naufrages en Méditerranée que Laurent Gaudé à mis en écriture : Eldorado. La même mise en abime de la conscience collective. Reste une question : Qui a dit : « Mais moi j’ai dit : Tu ne sauras pas sauvé « Nous ? Moi ? les Migrants ? Vaste question .
L’Horloger est le premier roman de Jérémie Claes. le mot roman est erroné, il s’agit d’un thriller qui nous emmènera des Etats-Unis, en Provence, en Belgique, ailleurs en Europe ou encore en Patagonie. Ce thriller embrassera la période entre 1940 et les années actuelles. Au travers de chapitres courts et datés, Jérémie Claes nous dévoile la vie de Jacob Dreyfus. Jacob Dreyfus a réalisé une enquête qui a permis le démantèlement d’une milice suprémasciste américaine. Suite à cette enquête sa femme Sara sera assassinée et Jacob Dreyfus ainsi que son fils seront exfiltrés des Etats – Unis. Se mettra alors en place une chasse à l’homme qui traversera les continents. Le thriller , haletant, est bien mené et les 450 pages du roman se tournent avec entrain. Une galerie de personnages hauts en couleurs agrémentent avec bonheur le récit. Qui est donc L’Horloger qui mène cette chasse à l’homme. Les trois quart du roman nous rapprochent de ce personnage et puis il y a comme une césure , un basculement dans une théorie un peu fumeuse qui malheureusement m’a fait sortir de la réalité du roman. Entre complotisme et un peu de science fiction, j’ai perdu le sens du roman. Pourtant j’étais bien avec Jacob , Solane, Lucie, le Scorpion . Malgré les dangers, ils restaient de bons vivants attachés aux bienfaits vinicoles et gustatifs de la vieille Europe. Ils dégustaient quelques Chartreuse verte et Chartreuse VEP ( vieillissement exceptionnellement prolongé ) auxquelles j’étais particulièrement sensible, moi-même vivant pas loin du Massif de la Chartreuse. La Chartreuse Verte a donc un peu atténué la fin de ce thriller bien que le Mécanisme de l’horlogerie se soit un peu grippé.
Né en 1975, Jérémie Claes est caviste et chroniqueur à la télévision belge. Il vit entre Bruxelles et Namur, et retourne régulièrement en Provence, à Forcalquier et à Gourdon, le village de sa grand-mère. L’Horloger est son premier roman.
Humus de Gaspard Koenig est un livre un tantinet dérangeant et qui appuie où cela peut faire mal. L’ayant lu après la crise vécue par les agriculteurs en janvier 2023 , cela apporte de l’eau au moulin du « dérangisme. » ( quel affreux néologisme ) Kevin et Arthur sont deux étudiants sur le plateau de Saclay en région parisienne. le plateau de Saclay regroupe la fine fleur des grandes écoles parisiennes. Parmi celles-ci AgroParisTech qui préparent les futurs ingénieurs et managers agricoles. Kevin et Arthur ont deux chemins différents : Kevin vient de sa province limousine , d’une famille agricole. Après un DUT à Limoges, il veut poursuivre ces études à AgroParisTech Arthur est enfant de la bourgeoisie parisienne et le cursus AgroParisTech est un cursus normal. Tous les deux vont se retrouver autour de la lombriculture et du vermicompostage. Chacun va développer un projet à rebours de leur condition sociale. Kevin va se lancer dans la construction d’une start up de vermicompostage au contact de l’agri business quand Arthur va se perdre dans le bocage normand afin de tenter de fertiliser avec des lombrics des terres bourrées de pesticides et de vivre au contact de la nature et du monde agricole. Gaspard Koenig n’a pas obligatoirement un regard d’empathie envers Kevin et Arthur. le roman d’un grand réalisme décrit les points positifs de ces deux situations mais surtout les affres de celle-ci. Kevin et Arthur nous entraineront dans les affres de l’agro business , des financements, des couloirs des ministères , mais aussi entre les rais d’oignons , de poireaux , et auprès de militants écologistes assez radicaux. .Le propos peu paraître des fois outré, manquant de réalisme. Mais ce propos questionne. Tout n’est pas noir que dans l’agro business et Kevin et Arthur seront confrontés à leur idéaux. Et d’avoir mis comme personnage principal d’un roman le ver de terre est une idée magnifique. Première biomasse animale terrestre , celui-ci nous rappelle que sous nos pieds il travaille continuellement a renouvelé l’humus.. L’humus, cette couche supérieure du sol, modifiée par la décomposition de la matière organique, qui absorbe et retient l’eau. Vermicompostage, pesticides, permaculture, start up agricole, insurrection écologique font de ce roman, un roman réaliste de la terre et de son humanité. Une révolution est toujours en cours.
En 2021, il crée le mouvement politique baptisé « Simple », ayant pour objectif de diviser par cent le nombre de normes législatives et réglementaires. Le 11 janvier 2022, il annonce être candidat à l’élection présidentielle, mais il n’obtient que 107 parrainages sur les 500 requis1.
J’étais resté sur la lecture de Une joie si féroce et celle-ci ne m’avait pas emportée. Un petit cru dans la biobibliographie de Sorj Chalandon. Rien de grave. Je reviendrais aux livres de Sorj Chalandon. Et j’y suis revenu avec L Enragé. Tout est là. J’ai retrouvé l’auteur de le Jour d’avant, Les promesses, le Quatrième mur et Profession du père. L’humanité, la colère, la violence, la solidarité, l’émotion, la fraternité irriguent le dernier roman de Sorj Chalandon. l’enragé tire le fil tenu de Profession du père : L’enfance maltraitée, violentée. Sorj Chalandon s’appuie sur des faits réels : le 27 août 1934 cinquante-six enfants de révoltent et s’échappent de la colonie pénitentiaire pour mineurs de Belle-Île-en-Mer. La chasse aux enfants est ouvertes. Ils seront tous capturés. Pour son roman Sorj Chalandon décide que l’un d’entre eux , Jules Bonneau, la vingtaine, réussit son évasion. Jules Bonneau est à la colonie pénitentiaire depuis sept ans. Abandonné par sa mère , violenté par son père, rejeté par ses grands parents, il finira par un être un adolescent vivant de ses larcins. Cela ne durera qu’un temps et son destin le mènera à la colonie de Belle-Île-en-Mer. Jules Bonneau deviendra La Teigne. « Je n’ai pas le droit aux sentiments. Les sentiments c’est un océan, tu t’y noies. Pour survivre ici, il faut être en granit. Pas une plainte, pas une larme, pas un cri et aucun regret. Même lorsque tu as peur, même lorsque tu as faim, même lorsque tu as froid, même au seuil de la nuit cellulaire, lorsque la l’obscurité dessine le souvenir de ta mère dans un recoin. Rester droit, sec, nuque raide. N’avoir que des poings au bout de tes bras « Comment pourrait-il en être autrement. Les mots de brimades, de vexation, de violence sont insuffisants. Cette colonie pénitentiaire est un déni d’humanité, d’enfance. L’enfant n’a en fait aucune existence. Il est une chose à redresser coûte que coûte. L’écriture violente et rageuse de Sorj Chalandon ne nous épargne rien et nous met face à cette horreur. La première partie du roman nous détaille cette barbarie. Pour certains cette partie a pu paraître longue et un peu voyeuriste. Je ne le pense pas. cette partie du roman représente sept années de la vie de Jules et une grosse centaine de pages permet de mettre de la durée alors que les sept ans vont tout de même être traités comme une ellipse. Face à cette enfance meurtrie, l’auteur nous livre une deuxième partie du roman plus fraternelle. Il existe sur Belle-Île-en-Mer des personnes qui sont prêtes à aider Jules. Néanmoins nous sommes en 1934 et le monde de l’entre guerre est en ébullition. Les croix de Feu, le fascisme, la montée d’Hitler, la guerre d’Espagne ont une répercussion sur le monde de Belle-Île-en-Mer. Et dans ce monde en ébullition , Jules, enfant meurtri , va devoir se coltiner à l’âme humaine belle ou mauvaise. Il rencontrera un poète au prénom de Jacques, qui écrira un poème « la chasse à l’enfant « . Il essaiera même dans faire un film. Ce poème a été appris dans les écoles. Il paraissait anodin. Pourtant il parlait de l’enfance meurtrie et niée. Les enfants de Belle-Île-en-Mer ne sont pas des criminels. Juste des enfants qui ont volé des oeufs, du pain, qui sont orphelins ou qui ont été rejeté par leurs parents. Des enfants que l’on veut rendre invisibles. Ce livre leur apporte respect et dignité. Belle-Île-en-Mer n’est pas qu’une magnifique île propice à la randonnée et aux vacances. « Une larme idiote brûlait ma paupière. »
De 2008 à 2012, Sorj Chalandon est le parrain17 du Festival du Premier roman de Laval, organisé par Lecture en tête. Depuis 2013, il est le président du jury18 du Prix Littéraire du Deuxième Roman.
Le Voyage du Salem. Pascal Janovjak . Actes Sud. Janvier 2024.
201 pages
ISBN : 978-2-330-18615-9
Le voyage du Salem porte bien son titre. C’est à un voyage que nous convie Pascal Janovjak. Oh pas un voyage comme on l’entend d’habitude. Cela ne ressemble pas à des vacances , les cocotiers ne sont pas là et cela ne sent pas le sable chaud comme l’a dit Gainsbourg. Pourtant le côté légionnaire n’est pas très loin. Ecoutez cela : Au début des années 1980 le Salem est un cargo portant haut ses 200 000 tonnes à la jauge Avant de s’appeler Salem il s’est appelé Sea Sovereign dans les années 1970 et était la fierté de la flotte commerciale suédoise. Mais les années 1980 sont aussi l’époque des bateaux poubelles et des pavillons de complaisance. Ce fut le sort du Sea Sovereign. Il devint le Salem, pavillon du Libéria, armateur grec, financier américain et équipage tunisien. En cette fin de 1979, il est à quai au Koweit et on le remplit de 200 000 tonnes de pétrole brut, direction Gênes. On le retrouvera entrain de couler le 19 janvier 1980 au large des côtes du Sénégal. L’équipage a eu le temps de monter à bord des canots de sauvetage. le Salem s’enfoncera dans le fond de l’Océan sans provoquer de marée noire. Mystère. C’est dans ce voyage de quelques semaines qui nous entraîne Pascal Janovjak. Voyage au long cours avec des éclairages différents . L’éclairage de l’enquête mise en place par les assureurs et la police maritime. L’éclairage romanesque d’un membre d’équipage tunisien. Enfin l’éclairage de l’auteur lui -même au prise avec se roman et le confinement qu’il vit entre suisse et Italie. La réussite du livre tient à ce mélange entre véridique et vraisemblable. le roman donne la part belle à la force du récit et ce voyage maritime confère à la nostalgie et la mélancolie. Reste une atmosphère telles les brumes et les brouillards océaniques. Au raz des vagues le voyage du Salem s’estompe , l’équipage sur des canots de sauvetage nous rappelle que des esquifs traversent la Méditerranée….