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L’Enragé de Sorj Chalandon. Grasset. 💛💛💛💛💛

L’enragé de Sorj Chalandon

Grasset

ISBN : 972-2-246-83467-0

16 Août 2023

405 pages

J’étais resté sur la lecture de Une joie si féroce et celle-ci ne m’avait pas emportée. Un petit cru dans la biobibliographie de Sorj Chalandon. Rien de grave. Je reviendrais aux livres de Sorj Chalandon.
Et j’y suis revenu avec L Enragé.
Tout est là. J’ai retrouvé l’auteur de le Jour d’avant, Les promesses, le Quatrième mur et Profession du père.
L’humanité, la colère, la violence, la solidarité, l’émotion, la fraternité irriguent le dernier roman de Sorj Chalandon.
l’enragé tire le fil tenu de Profession du père : L’enfance maltraitée, violentée.
Sorj Chalandon s’appuie sur des faits réels : le 27 août 1934 cinquante-six enfants de révoltent et s’échappent de la colonie pénitentiaire pour mineurs de Belle-Île-en-Mer.
La chasse aux enfants est ouvertes. Ils seront tous capturés.
Pour son roman Sorj Chalandon décide que l’un d’entre eux , Jules Bonneau, la vingtaine, réussit son évasion.
Jules Bonneau est à la colonie pénitentiaire depuis sept ans. Abandonné par sa mère , violenté par son père, rejeté par ses grands parents, il finira par un être un adolescent vivant de ses larcins. Cela ne durera qu’un temps et son destin le mènera à la colonie de Belle-Île-en-Mer.
Jules Bonneau deviendra La Teigne.
« Je n’ai pas le droit aux sentiments. Les sentiments c’est un océan, tu t’y noies. Pour survivre ici, il faut être en granit. Pas une plainte, pas une larme, pas un cri et aucun regret. Même lorsque tu as peur, même lorsque tu as faim, même lorsque tu as froid, même au seuil de la nuit cellulaire, lorsque la l’obscurité dessine le souvenir de ta mère dans un recoin. Rester droit, sec, nuque raide. N’avoir que des poings au bout de tes bras « 
Comment pourrait-il en être autrement.
Les mots de brimades, de vexation, de violence sont insuffisants. Cette colonie pénitentiaire est un déni d’humanité, d’enfance. L’enfant n’a en fait aucune existence. Il est une chose à redresser coûte que coûte.
L’écriture violente et rageuse de Sorj Chalandon ne nous épargne rien et nous met face à cette horreur.
La première partie du roman nous détaille cette barbarie. Pour certains cette partie a pu paraître longue et un peu voyeuriste. Je ne le pense pas. cette partie du roman représente sept années de la vie de Jules et une grosse centaine de pages permet de mettre de la durée alors que les sept ans vont tout de même être traités comme une ellipse.
Face à cette enfance meurtrie, l’auteur nous livre une deuxième partie du roman plus fraternelle. Il existe sur Belle-Île-en-Mer des personnes qui sont prêtes à aider Jules. Néanmoins nous sommes en 1934 et le monde de l’entre guerre est en ébullition. Les croix de Feu, le fascisme, la montée d’Hitler, la guerre d’Espagne ont une répercussion sur le monde de Belle-Île-en-Mer.
Et dans ce monde en ébullition , Jules, enfant meurtri , va devoir se coltiner à l’âme humaine belle ou mauvaise.
Il rencontrera un poète au prénom de Jacques, qui écrira un poème « la chasse à l’enfant « . Il essaiera même dans faire un film.
Ce poème a été appris dans les écoles. Il paraissait anodin.
Pourtant il parlait de l’enfance meurtrie et niée.
Les enfants de Belle-Île-en-Mer ne sont pas des criminels. Juste des enfants qui ont volé des oeufs, du pain, qui sont orphelins ou qui ont été rejeté par leurs parents. Des enfants que l’on veut rendre invisibles.
Ce livre leur apporte respect et dignité.
Belle-Île-en-Mer n’est pas qu’une magnifique île propice à la randonnée et aux vacances.
« Une larme idiote brûlait ma paupière. »


Sorj Chalandon, né à Tunis le 16 mai 19522, est un journaliste et écrivain français. Il est membre de la rédaction du Canard enchaîné3.

Écrivain, il publie ses romans chez Grasset, dont Une promesse, qui a reçu le prix Médicis en 2006 et Le Quatrième MurPrix Goncourt des lycéens 2013.

En 2008, son roman Mon traître s’inspire de son histoire personnelle : son amitié avec Denis Donaldson, vue par le biais d’un narrateur parisien luthier ; trois ans plus tard, l’histoire romancée est racontée sous l’angle du « traître », dans Retour à Killybegs. Ce roman obtient le Grand prix du roman de l’Académie française16 en 2011.

De 2008 à 2012, Sorj Chalandon est le parrain17 du Festival du Premier roman de Laval, organisé par Lecture en tête. Depuis 2013, il est le président du jury18 du Prix Littéraire du Deuxième Roman.

À Rennes, le 14 novembre 2013, le prix Goncourt des lycéens lui est attribué pour Le Quatrième Mur, publié chez Grasset. Ce roman évoque l’utopie d’un metteur en scène qui décide de monter Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth dans les années 1980, pendant la guerre du Liban19.

En 2017, il publie le roman Le Jour d’avant, sur la catastrophe minière de Liévin-Lens, à l’origine de quarante-deux morts le 27 décembre 1974.

En 2023, il publie l’Enragé, sur la révolte de 1934 à la colonie pénitentiaire de Belle-Ile-en-Mer, dans lequel il imagine le destin d’un évadé qu’on ne retrouve jamais20.

Le voyage du Salem de Pascal Janovjak. Actes Sud . 💛💛💛💛

Le Voyage du Salem. Pascal Janovjak . Actes Sud. Janvier 2024. 

201 pages

ISBN : 978-2-330-18615-9

Le voyage du Salem porte bien son titre. C’est à un voyage que nous convie Pascal Janovjak. Oh pas un voyage comme on l’entend d’habitude. Cela ne ressemble pas à des vacances , les cocotiers ne sont pas là et cela ne sent pas le sable chaud comme l’a dit Gainsbourg. Pourtant le côté légionnaire n’est pas très loin.
Ecoutez cela : Au début des années 1980 le Salem est un cargo portant haut ses 200 000 tonnes à la jauge Avant de s’appeler Salem il s’est appelé Sea Sovereign dans les années 1970 et était la fierté de la flotte commerciale suédoise.
Mais les années 1980 sont aussi l’époque des bateaux poubelles et des pavillons de complaisance.
Ce fut le sort du Sea Sovereign. Il devint le Salem, pavillon du Libéria, armateur grec, financier américain et équipage tunisien.
En cette fin de 1979, il est à quai au Koweit et on le remplit de 200 000 tonnes de pétrole brut, direction Gênes.
On le retrouvera entrain de couler le 19 janvier 1980 au large des côtes du Sénégal. L’équipage a eu le temps de monter à bord des canots de sauvetage. le Salem s’enfoncera dans le fond de l’Océan sans provoquer de marée noire. Mystère.
C’est dans ce voyage de quelques semaines qui nous entraîne Pascal Janovjak.
Voyage au long cours avec des éclairages différents . L’éclairage de l’enquête mise en place par les assureurs et la police maritime. L’éclairage romanesque d’un membre d’équipage tunisien.
Enfin l’éclairage de l’auteur lui -même au prise avec se roman et le confinement qu’il vit entre suisse et Italie.
La réussite du livre tient à ce mélange entre véridique et vraisemblable. le roman donne la part belle à la force du récit et ce voyage maritime confère à la nostalgie et la mélancolie. Reste une atmosphère telles les brumes et les brouillards océaniques.
Au raz des vagues le voyage du Salem s’estompe , l’équipage sur des canots de sauvetage nous rappelle que des esquifs traversent la Méditerranée….

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Pascal Janovjak est un écrivain franco-suisse né à Bâle en 1975 de mère française et de père slovaque. Il étudie l’histoire de l’art et les lettres à Strasbourg et travaille ensuite à l’étranger, notamment en Jordanie, au Liban et au Bangladesh, en tant qu’enseignant et directeur de centre culturel. Il s’installe dans les années 2005 à Ramallah en Palestine où il rédige le roman L’Invisible, réécriture de L’Homme invisible de H. G. Wells. Il publie en novembre 2011 À toi avec Kim Thúy. En 2020, son roman Le Zoo de Rome reçoit le Prix suisse de littérature, le Prix des auditeurs de la RTS1 et le Prix Michel-Dentan.

L’Echiquier de Jean Philippe Toussaint. Les Editions de Minuit. 💛💛💛

Quatrième de couverture : Je voudrais que ce livre soit l’échiquier de ma mémoire.
Le livre : 64 chapitres comme les 64 cases de l’échiquier.
Sur l’échiquier un pion atypique : le cavalier. Celui ne se déplace pas en ligne droite. Il navigue sur l’échiquier et ne repasse jamais sur la même case. Il visite donc les 64 cases de l’échiquier.
La case 1 ou premier chapitre de Jean Philippe Toussaint est très court , une phrase : « j’attendais la vieillesse, j’ai eu le confinement « 
Nous sommes en 2020 à Bruxelles au début du printemps, le premier confinement a été mis en place depuis peu.
Jean Philippe Toussaint va profiter de cette période pour mettre en place une triple activité : la traduction de la nouvelle de Stefan Zweig « l’échiquier« , l’écriture d’un essai sur la traduction et enfin la mise en place d’un texte en 64 chapitres.
Rapidement il ne restera qu’une double activité. Jean Philippe Toussaint laissant tomber l’essai sur la traduction.
Ce livre tient du journal et de l’autobiographie.
Tout cela donne un livre fin et intelligent qui nous parle de littérature, de création et surtout des échecs.
L’émotion vient nous cueillir à la fin du livre, une sorte d’échec et mat.


Jean-Philippe Toussaint, né le 29 novembre 1957 à Bruxelles, est un écrivain et réalisateur belge de langue française. Fils d’Yvon Toussaint, journaliste au Soir, et de Monique Toussaint, fondatrice de la librairie Chapitre XII à Bruxelles, et frère de la productrice de cinéma Anne-Dominique Toussaint, Jean-Philippe Toussaint est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (1978) et titulaire d’un DEA d’histoire contemporaine. Dans sa jeunesse, il a été champion du monde junior de scrabble1. Jean-Philippe Toussaint est l’auteur de romans qui se caractérisent par un style et un récit minimalistes, dans lesquels les personnages et les choses n’ont d’autre signification qu’eux-mêmes

Secrets d’écriture !

Chaleur Humaine de Serge Joncour. Albin Michel. 💛💛💛

Nous voila 20 ans après Nature humaine. Les mêmes personnages, les mêmes lieux. La ferme familiale de la vallée dLot aux Bertranges. Les parents et Alexandre, le fils qui a repris l’exploitation. Ill a toujours pour compagne Constanze .
Les trois sœurs d’Alexandre sont disséminées en France. Elles sont parties en ville : Paris, Toulouse, Rodez. Les relations avec le frère sont plus que distendues. reste la rancune de terres vendues afin d’installer un parc éolien et les services techniques d’un autoroute.
Un événement extérieur, le Covid, va obliger à un retour aux sources. Confinement oblige, les sœurs , les maris, les compagnons, les enfants vont rappliquer dare dare à la campagne. C’est tout de même mieux qu’un appartement à Toulouse , Paris et qu’un restaurant fermé à Rodez.
Retrouvailles, rancunes ?
Serge Joncour cisèle des personnages humains dans cette période troublée.
On retrouve l’empathie de Serge Joncour pour ces personnages. C’est terrien , les deux pieds dans la terre. Pas de fioritures .
Le confinement révèlera chacun , sa vraie nature, les liens entre l’homme et la nature.
Serge Joncour reste un conteur magnifique des choses simples, de la Nature retrouvée.
Humble et humain.


Serge Joncour est un écrivain français né le 28 novembre 1961 à Paris1.

Lors de la rentrée littéraire de 2018, il se distingue par son nouveau roman, Chien-loup, lauréat du prix Landerneau des lecteurs la même année6. L’histoire se déroule dans le Lot, en pleine campagne, où un couple décide de passer l’été dans une maison isolée afin de s’éloigner des tumultes urbains.

En 2020, il obtient le prix Femina pour Nature humaine7.

Adieu mes frères de Peter Blauner. Harper Collins . 💛💛

Prenez un grand faitout.
Dans ce grand faitout mettre les ingrédients suivants :
L’Egypte en 1956.
L’arrivée de Gamel Nasser au pouvoir.
Les Frères Musulmans
Cécil B de Mille et le tournage des Dix commandements
L’état du monde en 2015.
Pour lier l’ensemble , deux personnes qui se répondent à 60 ans d’écart.
Ali le grand père qui répond à son petit fils Alex.
Ali vit en 1956 au Caire et il est engagé sur le tournage des Dix Commandements. Alex vit en 2015 aux Etats Unis et va tout quitter pour faire le djihad sous le nom d’ Abu Sorour.
Laissez mijoter et servez.
Vous verrez que l’ensemble sera correct mais manquera terriblement de personnalité.
Une histoire d’amour assez irréaliste ne parviendra pas à rehausser le goût.
Adieu mes frères est un livre agréable à lire mais qui n’emporte pas.
Pourtant l’époque et les sujets abordés sont porteurs.
Hélas la superficialité des situations ‘ ( par ex la radicalisation d’Alex ) donne peu de crédit à ce roman.
Et que penser du bandeau en première page de Stephen King :
« Il m’arrive rarement de découvrir un livre qui me rappelle pourquoi je suis tombé amoureux de la littérature. Adieu mes frères en fait partie « 
J’ai trouvé Stephen King plus pertinent en d’autres occasions !

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Peter Blauner, né le 29 octobre 19591 à New York aux États-Unis, est un écrivain et un scénariste américain, auteur de roman policier.

Il est le scénariste de plusieurs séries télévisées américaines comme New York, section criminelle (Law and Order: Criminal Intent), Los Angeles, police judiciaire (Law and Order: Los Angeles) et surtout New York, unité spéciale (Law and Order: Special Victims Unit) dont il est également le producteur.

Que notre joie demeure de Kevin Lambert. Le nouvel Attila. 💛💛

Que notre joie demeure. tel est le titre du roman de Kevin Lambert. On ne peut pas dire que ce soit la joie qui l’emporte.
J’avais oui dire que le livre faisait face à des polémiques concernant les « sensitivity readers « , ces correcteurs de différences et de sensibilité mais aussi concernant la qualité du livre. Certain portant le livre au pinacle , d’autre parlant de daube littéraire.
Il me semble que pinacle et daube sont des termes inappropriés. La flèche de ma balance irait plus vers la daube que le pinacle mais le terme de daube n’a pas lieu d’être.
Le livre a du fond et une cohérence. On apprécie ou pas.
J’ai eu beaucoup de mal avec la forme et l’écriture.
Un premier chapitre de 89 pages, puis 10 petits chapitres et enfin un chapitre final d’environ 200 pages. Tout les chapitres étant fait d’un texte concentré sans paragraphes. L’auteur faisant volontiers des phrases de plus de 200 mots. Les phrases peuvent être parsemées de locutions canadiennes ou de quelques mots d’anglais.
A la fin du premier chapitre , j’ai longuement hésité avant de continuer la lecture. Je n’ai pas l’habitude d’abandonner un livre et malgré l’exigence de la lecture j’étais curieux de comprendre le propos de l’auteur. J’ai donc lu en entier Que notre joie demeure.
J’en ressort avec un sentiment d’inanité. Tout çà pour çà !
Un petit résumé.
Céline Wachowski est une architecte ultra riche , au fait de sa gloire professionnelle. Elle est choisie pour un projet ambitieux sur Montréal. de la va naître une polémique qui va se transformer en violence, manifestation, perte d’emploi, renvoie d’une société.
Kevin Lambert va condenser l’histoire entre une fête d’anniversaire ( 1er chapitre ) la descente aux enfers ( les 10 chapitres centraux ) et une nouvelle fête d’anniversaire ( le dernier chapitre de 200 pages ).
Ces fêtes nous permettront de connaître le monde ultra riche que côtoie Céline. Que du beau monde ! Mais avec tout de même quelques tensions conjugales, raciales et homosexuelles.
Tout cela afin que Céline nous fasse part de son sentiment de culpabilité.
J’espérais dans le dernier chapitre autre chose que cette explosion de violence qui fut aussi rapide que le traitement de la gentrification, du réchauffement climatique ou de la culpabilité.
A la fin du livre que reste t’il ?
Les personnages ? Aucun ne retient longtemps l’attention
Les thèmes abordés le sont bien rapidement dans un monde du luxe et si tout devait se résoudre comme dans le roman ….
Ce roman doit avoir son public. Je n’en fais pas partie.

Que notre joie demeure est lauréat du prix Médicis 20232.

Kevin Lambert, né le 17 octobre 1992 à Montréal1, est un écrivain québécois. En 2017, il publie son premier roman, intitulé Tu aimeras ce que tu as tué, et en 2018, Querelle de Roberval, tous deux aux éditions Héliotrope.

Attaquer la terre et le soleil de Mathieu Belezi. Le Tripode. 💛💛💛💛

Attaquer la terre et le soleil de Mathieu Belezi est un texte coup de poing, brut, qui amène au Ko. C’est un texte à deux voix sur les affres de la colonisation de l’Algérie en 1845.
La première voix est celle de Séraphine Jouhaud, femme de colon avec trois enfants. Accompagnée de sa soeur et de son beau frère, sa famille va traverser la France et embarquer à Marseille, direction les terres algériennes. Une terre promise qui se révèlera rapidement être un bout de terre peu fertile, et peu protégée face à des autochtones hostiles.
La deuxième voix est celle d’un soldat, anonyme, colonisant militairement l’Algérie. Il est sous les ordres d’un capitaine, qui par la violence, la peur et les massacres, veut imposer sa civilisation aux Algériens.
L’ensemble de ce texte nous met face à ces deux personnages , sans recul.
Le texte est une rivière en crue. Rien ne le calibre. Il emporte tout sur son passage. C’est un charivari, sans ponctuation, sans majuscule, un uppercut au menton.
On ressort de ce texte abasourdi par tant de folie, d’absurdité, de barbarie, le coeur et qui n au bord des lèvres.
Malgré sa dureté, c’est un texte sauvage, qui a du souffle et qui produit un roman magnifique.

Mathieu Belezi, de son vrai nom Gérard-Martial Princeau, a vécu en Louisiane, au Mexique, au Népal puis en Inde. En 2004 il a quitté la France pour aller vivre dans le sud de l’Italie.

Un simple dîner de Cécile Tlili. Calmann-Lévy. 💛💛💛💛

Un simple dîner est le premier roman de Cécile Tlili. Un roman court ( 179 pages ), concis et respectant une unité de lieu et une unité de temps.
Unité de lieu : un appartement boulevard Raspail à Paris
Unité de temps : le temps d’un dîner.
Il y a quatre protagonistes. D’abord le couplé qui reçoit. Il s’agit de Claudia et Étienne. Claudia., kinésithérapeute est une femme maladivement timide et inhibée . Sa cuisine reste un refuge majeure. Étienne fait partie d’un cabinet d’avocat, il est beau gosse et maintient sa femme Claudia dans sa timidité maladive.
Les invités sont Rémi et Johar. Rémi est professeur quand sa femme Johar est une carriériste et business woman.
Rémi et Étienne se connaissent depuis les bancs de la Fac de droit.
Le huis clos entre ces quatre personnages va s’installer autour de deux nouvelles :
Johar doit donner son accord à son supérieur Karl pour un poste de directrice générale.
Étienne souhaite obtenir de Johar un nouveau mandat pour son cabinet d’avocat.
A partir de ces deux nouvelles, cela va être un grand chamboule tout que maîtrise parfaitement Cécile Tlili.
Les ressentis de chacun sont explorés avec une mise en avant de Claudia et Johar. Les réactions sont justes, pertinentes.
La tension monte peu à peu, chacun dévoilant des fissures , des non-dits.
De ce huis clos certains ou certaines vont tenter de s’affranchir des règles de vie de la société.
Et la perte est peut être facilitation pour s’affranchir.
Un seul bémol à la qualité de ce premier roman : le milieu social des personnages.
Je ne suis pas certain que dans un autre milieu social, l’affranchissement de certaines règles de vie soit aussi simple.

Cofondatrice en 2020, aux côtés de Constance Baudeau et Mélody Mitterrand, de l’école Walt pour les enfants diagnostiqués neuro-atypiques, Cécile Tlili prend la plume pour la première fois avec « Un simple dîner » pour leqyel elle est lauréate du prix Gisèle Halimi 2023.

Et vous passerez comme des vents fous de Clara Arnaud. Acte Sud . 💛💛💛💛💛

Trois personnages inoubliables. le décor pyrénéen, l’estive, la montagne, les villages…. Et puis l’Ours.
Le roman commence en 1902 avec Jules, jeune garçon des Pyrénées ariègeoises. Celui-ci part dans la montagne prélever un jeune ourson dans la tanière familiale. La description est grandiose. Revenu au village d’Arpiet, il pense pouvoir réaliser son rêve, quitter les Pyrénées et parcourir le monde avec son ours, tantôt guérisseur tantôt bête de foire.
Au fil du roman, Jules reviendra nous donner des nouvelles de son parcours autour du monde avec son ourse.
Le narratif principal se situera de nos jours autour de deux autres personnages : Gaspard et Alma.
Gaspard est revenu en Ariège avec sa femme et des deux filles. le retour à la terre. de nouveau il passera l’été là-haut dans la montagne avec ses bêtes, ses chiens et sa jument.
Alma est éthologue. Pour son métier elle a vécu auprès des ours en Alaska et en Asturies. Sa nouvelle mission est d’étudier l’adaptation des ours dans la montagne ariègeoise.
L’écriture de Clara Arnaud est à la hauteur de la beauté de la montagne et de la nature. On est au plus près de l’estive, de la transhumance, de la vie des brebis. La rosée nous enveloppe tout comme le brouillard sur le Mont Calme. Les bruissements nous surprennent au détour d’une page. On est heureux d’être encabané quand l’orage se déchaine. On est dans les pas d’Alma au plus près de la vie des plantigrades. La vie, les saisons, les dangers, la mort animale ou humaine.
Tout pourrait être pour le mieux dans cette nature mais les peurs ancestrales et actuelles des humains prennent parfois le dessus. L’ours reste un fauteur de trouble, un mangeur de brebis. Il est pourtant dans son milieu, dans sa tanière. Est-il possible d’envisager une cohabitation entre l’homme et l’animal ?
L’auteur ne prend pas partie mais explore toutes les pistes. Les regards différents de Gaspard et d’Alma se répondent et proposent une réflexion profonde sur le rapport au sauvage.
On ressort de ce livre avec un surplus de vie, d’émotion, un besoin d’arpenter la montagne, de respecter les bergers, l’estive et les ours.
La montagne, les brebis, l’ours, les hommes est un fil d’ariane que nous rappelle Clara Arnaud. Gaspard vit dans l’ancienne maison de Jules, le montreur d’Ours.
Clara Arnaud termine son roman pars les vers d’Hovhannés Chiraz :
Nous étions en paix comme une montagne
Vous êtes venus comme des vents fous
Nous avons fait front comme nos montagnes
Vous avez hurlé comme les vents fous
Eternels nous sommes comme nos montagnes
Et vous passerez comme des vents fous.
Belle réflexion qui referme ce magnifique roman.

Clara Arnaud est écrivain voyageur et romancière.

La lecture de récits d’aventure exacerbe ses rêves de voyage et, à 15 ans, elle découvre la langue chinoise. Mais son premier voyage en Chine n’est pas pour tout de suite : à 16 ans, elle traverse l’Europe en train, du sud au nord ; à 17 ans, elle pédale seule au Québec et réitère l’expérience cycliste dans l’Ouest irlandais un an plus tard. Puis, c’est au Kirghizistan que la porte sa farouche passion pour les montagnes et les chevaux.

En 2008, après une année de préparation et âgée d’à peine 21 ans, Clara Arnaud débarque en Chine. Durant cinq mois, ce pays lui offre une expérience bouleversante qui culmine au Tibet et dont elle tire un récit aux éditions Gaïa intitulé « Sur les chemins de Chine » pour lequel elle reçoit de nombreux prix dont le Grand prix de la fondation Zellidja en 2009.

Entre ses voyages, Clara se consacre à ses études de géographie, de chinois et d’économie à Sciences-Po, ainsi qu’à sa passion pour la course à pied et l’équitation. Elle est titulaire d’un master à Sciences-Po (2009-2011) et à l’Université Tsinghua (2011).

Clara Arnaud travaille depuis plus de dix ans sur des projets de développement international, et ses premières missions l’amènent au Sénégal, au Bénin et au Ghana, avant la République Démocratique du Congo et le Honduras.

Elle consacre son premier roman, « L’orage » (2015), à Kinshasa, la capitale congolaise où elle restera deux ans. En 2021, elle publie son roman, « La verticale du fleuve ».

Dans ces remerciements Clara Arnaud pensent surtout à Francis Chevillon et Gilda Chevillon sans qui le texte du roman serait tout autre chose.

Voici un texte de Francis Chevillon sur l’apprivoisement du berger.

Comment apprivoiser un berger

Francis Chevillon, bergerIl y a beaucoup d’espèces plus ou moins en voie de disparition dans les montagnes. Aujourd’hui, je voudrais parler de celle que l’on appelle communément « pâtre » ou « berger. »

C’est une espèce étrange, généralement armée d’un bâton, d’un couvre-chef de formes plus ou moins diverses et d’un parapluie en bandoulière (quel que soit le temps d’ailleurs). Pratiquement, il est toujours accompagné d’un ou plusieurs chiens, souvent bruyants, mais pas toujours agressifs.

Ses moeurs sont quelquefois surprenantes: affable, ou bourru, sans qu’on ne comprenne toujours la cause. Nous avons à ce propos relevé quelques constantes intéressantes:

Plus le groupe de visiteurs sera important et voyant, plus il aura tendance à se cacher.

D’autre part, on peut noter qu’il est assez facile à apprivoiser avec du vin, du Ricard ou de la viande rouge (la verroterie est à déconseiller), par contre, nous en avons rencontré un qui préférait le jus de fruit au vin, le riz complet et la salade au steack braisé (ces goûts bizarres correspondent, nous semble-t-il, à la longueur des cheveux du-dit berger, mais cela reste à vérifier!)

2 bergersAprès une étude psycho-sociologique poussée et de nombreuses expériences, nous avons déterminé un point qui semble fondamental et doit conditionner toutes nos attitudes. Il est persuadé, dans tous les cas–même si c’est à des degrés divers–que la montagne lui appartient. Il s’agit donc, pour nous, d’en tenir compte. Par exemple, il appréciera toujours qu’on lui demande la permission d’établir un campement, ou de capter une source. Il s’avérera même dans certains cas de « bons conseils », notamment pour prévoir le temps (il semble jouir à ce propos d’un sens supplémentaire), ou pour nous aider dans un travail de prospection car, en général, il connait assez bien son secteur, quoiqu’il marque un dégout souvent prononcé pour tout ce qui peut ressembler à un trou ou à une grotte. A ce propos, il est toujours judicieux de lui faire remarquer qu’après nos explorations, nous reboucherons ou nous protégerons les trous que nous avons désobés. De même qu’il aime à ce que la place du campement soit nettoyée au moment du départ (plastiques, boîtes de conserves, etc…)

Une autre constante d’ordre psychologique que nous avons pu observer est le fait que « la modestie ne l’étouffe pas ». Il aura même tendance, dans certains cas, à pratiquer une attitude condescendante en ce qui nous concerne. Nous en avons même rencontré un qui se comparait à l’Aigle ou à l’Isard. Cela semble dû au fait qu’il se tient plus particulièrement sur les crêtes ou aux endroits escarpés pour surveiller son bétail.

Une méthode simple pour l’apprivoiser consiste à lui signaler les bêtes isolées que l’ont peut apercevoir, en prenant bien soin de lui signifier la marque ou « pégé » qu’elles ont sur le dos, ainsi que sa couleur ou sa localisation. (Le pégé est une marque à la peinture que les brebis ont, soit sur les épaules, le dos ou l’arrière-train; il est différent selon les propriétaires. Les vaches quant à elles n’ont qu’une étiquette (appelée « boucle ») à l’oreille, avec un numéro). Il convient de le renseigner de façon assez souple afin de lui laisser la possibilité de dire « qu’il le savait déjà ». Idem pour les bêtes mortes que l’on peut rencontrer.

A ce propos, il semble évident qu’il nous faut éviter à tout prix de laisser rôder nos chiens (il est même grandement préférable de ne pas en avoir) car il marque un obession notoire à ce sujet.

Pour que le contact soit facilité, il est nécessaire de connaître quelques termes dont il se sert le plus couramment, afin d’éviter d’être traité de « touriste »–ce qui sonne souvent comme une insulte dans sa bouche.

Les BREBIS ou femelles adultes. Elles sont la grosse majorité du troupeau et c’est le terme général qu’il emploie lorsqu’il veut parler d’un groupe, et non pas le vocable MOUTON réservé aux mâles chatrés de plus d’un an. Les mâles entiers pour la reproduction étant les BELIERS, souvent avec des cornes, encore que cela dépende des régions, de même que les brebis.

Un berger sur les estivesIl emploie le terme « mousquer » ou « coumer » pour parler de l’habitude qu’on les bêtes de se protéger du soleil pendant les heures chaudes du midi. C’est d’ailleurs une attiutde qu’il partage aussi volontiers. Il parle de « faire la sieste » et il n’est jamais judicieux de venir le voir à ces heures là, même pour lui demander une boîte d’allumettes ou un ouvre-boîtes.

Une autre tactique d’apprivoisement que nous avons employée avec succès–surtout dans le cas de cabane isolée ou éloignée de la limite des bois–consiste à lui rendre visite avec un fagot de bois que l’on décharge ostensiblement devant la porte de son abri. Sa reconnaissance, même si elle n’est pas marquée, sera bien évidemment proportionnelle à la dimension du-dit fagot. Cette méthode est donc à déconseiller aux personnes déjà lourdement chargées ou fatiguées de naissance, mais peut provoquer une invitation à la veillée dans la mesure où l’on aime à entendre des histoires animalières ou de l’ancien temps. (Il convient d’éviter dans ce cas d’arriver trop nombreux, surtout si l’on ne fournit pas la boisson.)

Soulignons à ce propos qu’il est fermement déconseillé de pénétrer dans « sa » cabane en son absence, même si celle-ci (errare humanum est) est portée « refuge » sur notre carte.

Un autre sens (en plus de la prédiction du temps dont nous avons parlé plus haut) semble être plus développé que d’ordinaire, c’est la vue, qui’il complète d’ailleurs trés souvent par une paire de jumelles plus ou moins sophistiquées. A ce propos, il nous faudra admettre qu’il sera presque toujours au courant de tout ce qui touche nos allées et venues ou nos activités matinales. Il faut savoir en tenir compte.

Es espérant que ces quelques remarques sans prétention puissent aplanir le fossé qui sépare presque deux civilisations, et qu’ensemble nous puission jouir des montagnes qui nous entourent.

–Francis Chevillon

Okavango de Caryl Férey. Gallimard série Noire. 💛💛💛💛

Depuis longtemps j’ai entendu parler des polars de Caryl Férey. Des polars du bout du monde : Zulu, Mapuche Haka.  Jusqu’alors je n’avais pas succombé. Les ambiances violentes, ultra-noires et glauques me laisser à l’écart.

Et puis il y eut Okavango.

Rien que le nom est un appel au voyage et au mystère. Okavango, le fleuve dont le delta se perd au milieu des terres d’Afrique australe. Okavango, le paradis du Big Five. Okavango, la nature sauvage.

Qu’allait en faire Caryl Férey ?

Okavango est bien plus qu’un polar ou un thriller noir et violent. Caryl Férey a réussi à mettre dans le même creuset le monde politico-historique, les guerres civiles, l’héritage de la colonisation, les ethnies des différents pays, le braconnage international, des histoires d’amours et des animaux partout !

Tout est juste tout au long de ce roman engagé d’une violence très réaliste.

Tout commence par le meurtre d’un jeune Khoi ou San au sein d’une réserve ultra sécurisée. La réserve, Wild Bunch appartient à John Latham, Sud-Africain blanc pour lequel on ne donnerait pas le Bon Dieu sans confession. Afin de retrouver l’assassin une ranger est envoyée. Elle s’appelle Solanah Betwase. Elle est Botswanaise. Elle représente la KaZa, grande réserve animalière comprenant 36 réserves dispersées sur 5 Pays : Namibie, Botswana, Angola, Zambie et Zimbabwe.

La mort de ce jeune Khoi ou San n’est que la partie émergée de l’iceberg. D’autres meurtres d’humains, d’animaux voir des empoisonnements rituels mettent Solanah Betwase sur la piste d’un vaste traffic de braconnage entre l’Afrique et l’Asie. Les lions, les éléphants, les rhinocéros sont violemment tués afin de récupérer cornes, défenses et ongles.

Au-delà de la qualité du roman, ce qui émeut c’est la place donnée au monde animal. Qu’il s’agisse de lions, de gazelles, d’hippo, de rhino, d’éléphants, de guépard, de hyènes, d’oiseaux, ils sont les personnages centraux du livre et participent activement à ce thriller. Et l’on n’est pas surpris de lire qu’un lion a été assassiné et que l’homme devient une proie !

Les animaux ne sont plus des victimes expiatoires.

La liberté et la préservation des animaux et de la nature concourt à notre propre liberté. Dans son roman, Caryl Férey écrit un vibrant plaidoyer pour la défense des animaux. En note d’auteur Caryl Ferey nous rappelle qu’il voulait être tueur de braconnier quand il était petit. Okavango est une belle arme, violemment pacifique.

Il nous dit aussi que voir les animaux dans leur maison est bouleversant, ou alors on est un caillou.

Il y a encore des cailloux sur le chemin, mais il me semble que nous sommes tous les jours un peu plus nombreux à la faire valser loin du chemin.

 Seth, Priti et Solanah nous précèdent.


Né à Caen1, Caryl Férey grandit en Bretagne après l’installation de sa famille à Montfort-sur-Meu, près de Rennes, en 1974. Sa mère tenait une petite parfumerie, son père était VRP pour une multinationale fabriquant des emballages. Sa grand-mère institutrice lui a transmis le goût de la lecture1. Son prénom lui a été donné en référence au condamné à mort américain Caryl Chessman, exécuté en 19602.

Après avoir été expulsé d’établissements scolaires, il achève sa scolarité par correspondance et obtient son baccalauréat1,3.

À la fin des années 1980, il est admiratif du style de Philippe Djian, dont il a lu le roman Bleu comme l’enfer. Exempté du service militaire à Rennes, il part avec un ami en Nouvelle-Zélande4.

Grand voyageur, il parcourt l’Europe à moto, et fait un tour du monde à vingt ans5.

Les principaux romans de Caryl Férey se situent dans des pays marqués par un passé récent douloureux – colonisation, apartheid, dictature – qui sert de toile de fond à ses histoires : la Nouvelle-Zélande pour Haka et Utu, l’Afrique du Sud pour Zulu, l’Argentine pour Mapuche, le Chili pour Condor et la Colombie pour Paz.

Ses livres sont des romans noirs où la critique sociale et le chaos sont omniprésents. « Je me sens toujours du côté des opprimés », déclare-t-il en 20173.

Caryl Férey travaille près de quatre ans sur chaque roman1. Il procède par étapes : un premier voyage pour découvrir le pays, prendre des repères ; ensuite commence un long travail de documentation, d’études, avant de passer à l’écriture de l’histoire ; un nouveau voyage sur place privilégiera les rencontres et permettra d’affiner, d’ancrer dans le réel ; et au retour c’est l’écriture elle-même qui est travaillée encore un an5. Lorsqu’il écrit, c’est environ 7 ou 8 heures par jour4.