La faute ou l’imposture. Voilà ce que nous raconte le narrateur de ce roman. Mais de quelle faute, de quelle imposture s’agit-il ? S’agit -il du couple mal assorti que forme ces parents. Couple modeste vivant à Rome. S’agit-il de la révélation que lui fera sa mère à l’adolescence :Elle est juive. S’agit -il du fait que sa mère n’entretienne plus de relations avec sa famille car celle-ci récuse son mari. La famille Sacerdoti fait partie de la bourgeoisie catholique romaine. L’Oncle Gianni , avocat renommé, en est l’élément extraverti par excellence. Notre narrateur vit donc modestement à l’ombre de cette famille. Un jour , Oncle Gianni l’invitera pour passer une semaine avec ses cousins et cousines à New York. Une invitation de deuxième choix. Il remplace une cousine Sacerdoti malade. Sans cela il serait resté à Rome. Il va succomber aux charmes de cette famille, de cet oncle, de ce luxe. Voilà peut être La faute. Ce narrateur sans nom ni prénom nous livrera le récit de son enfance et de l’homme qu’il est devenu quatre décennie plus tard. Un homme tourmenté par son enfance, un couple parental de moins en moins crédible entre un père inconséquent et une mère faite de droiture maladive. Allesandro Piperno pousse le plus loin possible l’introspection familiale et l’identité de celle-ci, quitte à ce que le narrateur s’enlise et découvre des failles auxquelles il ne s’attendait pas. La faute est un roman ample, parfois bavard à l’écriture agréable mais qui demande une attention soutenue
Alessandro Piperno est diplômé en littérature française de l’université de Rome « Tor Vergata », où il enseigne ensuite cette matière avant d’être nommé chercheur en octobre 2008. Alessandro Piperno est considéré comme un auteur majeur de la littérature italienne contemporaine. Tous ses textes sont publiés en France par les éditions Liana Levi.
Voici un roman inclassable, intelligent, émouvant. 6 personnages principaux et sur un espace temps allant de l’Antiquité à notre futur dans les années 2150. D’abord il y a Zeno Ninis, vieillard de 86 ans vivant aux Etats Unis , dans l’ idaho à Lakeport . Quand on le découvre , il aide dans une médiathèque. Actuellement il travaille à la mise en scène d’une pièce de théâtre avec des enfants. La pièce de théâtre a été écrite il y a plus de 2 000 ans. Dans cette même médiathèque , le 20 Février 2020, se tient un jeune homme avec un sac à dos. Il s’appelle Seymour Stuhlman. Il est fragile, hypersensible. Il va commettre un attentat à la bombe. Dans un autre plan, à Constantinople en 1453, nous faisons la connaissance d’Anna et Omeir. Anna, brodeuse vit avec sa soeur Maria dans la chrétienté de Constantinople. Un vieux professeur lui enseigne le grec ancien. Omeir lui vit dans la campagne à une centaine de kilomètres de Constantinople. Il est tenu un peu à l’écart en ces temps de démons et de sorcellerie. Il est porteur d’un bec de lièvre. A l’écart de tous , il garde ses boeufs au fond d’un ravin, jusqu’au jour où l’armée du sultan Mehmet le réquisitionne ainsi que ces boeufs pour participer au siége de Constantinople la chrétienne. Konstance, elle, vit en 2150. C’est une jeune fille qui à la vitesse de 7 million de kilomètre s à la seconde traverse l’espace. Elle vit avec une communauté de terriens dans le vaisseau Argos en route pour Béta Oph 2. Toute cette communauté est managée par Sybil et son Intelligence artificielle. Tous ces personnages, toutes ces époques, vont avoir en commun un livre ,un codex : La cité des nuages et des oiseaux. Texte écrit il y a fort longtemps et qui conte le voyage et les aventures d’un berger , Athéon, dont les transformations physiques sont le fil directeur de son aventure. C’est notre sixième personnage principal. Ce texte ancien est attribué à Antoine Diogène. Le puzzle est en place. Il ne reste plus qu’à se lancer à coeur perdu dans ce labyrinthe. Anthony Doerr nous aide bien , en fragmentant ces chapitres par personnage et époque. Jamais on est perdu dans cette histoire entre espace temps. Peu à peu les pièces se mettent en place et les inter actions entre personnages et époques prennent forme. Ce roman fête le livre, la littérature, la transmission. le temps est passeur de livres, de texte. « Un texte, un livre, est un lieu de repos pour les souvenirs de ceux qui ont vécu avant nous. Un moyen de préserver la mémoire après que l’âme a poursuivi son voyage… Et quand un livre disparait la mémoire connait une deuxième mort » ( p.65) Ces livres qui unissent entre les époques et qui font reculer l’ignorance. Anthony Doerr nous livre un roman ample, aux différentes atmosphères et dans lesquelles des personnages tellement humains vivent une odyssée. En fermant ce livre j’ai fait le parallèle avec les personnages d’un autre livre. Il s’agit de » Les passeurs de livres de Daraya » de Delphine MInoui. Des jeunes hommes en Syrie, qui sous les bombes à Alep vont sauver des livres et mettre en place une bibliothèque souterraine pour garder la mémoire d’une culture et pour transmettre. Ces jeunes hommes ne dépareraient pas dans La Cité des nuages et des oiseaux.
« A tous les bibliothécaires passés, présents et à venir. » Il n’y a pas de plus belle épigraphe pour ce roman.
Une couverture de roman qui dit beaucoup de ce premier roman de Jakob Guanzon . Trois à-plats de couleurs : Rouge , Bleu comme le ciel et un quart de rond jaune pour le soleil. Des couleurs qui invitent à l’espoir , à l’ Abondance du titre du roman. Mais il y a surtout une frise noire qui traverse ces trois couleurs. Et de cette frise noire se détachent en ombre chinoise , un pick-up et un homme de dos tenant un petit garçon par la main. L’ombre et la lumière. Un moyen de se réapproprier son destin. Comment transformer l’ombre en lumière. Comment rendre visible l’ombre. L’ombre c’est la vie d’Henry qui peu à peu s’est défaite jusqu’à vivre avec son fils Junior dans un pick-up. Les Etats-Unis des années 2015. Henry a tout perdu : parents, femme, famille, boulot, reconnaissance sociale. Il a plongé : la drogue, la violence , la prison. L’Amérique ne l’a pas aidé. Elle abandonne facilement les laisser pour compte sur le bord de la route. Alors défile l’Amérique périphérique avec ses mobil home, ses commerces et stations services miteux, ses motels défraichis et sa population délaissée. Abondance est un portrait noir , éprouvant de cette nouvelle Amérique sauvage. L’ Amérique n’est pas seule responsable de cette noirceur. Henry a sa part d’ombre et celle-ci met un sacré abat-jour sur la lumière. Mais cela mérite -il d’être traité comme un moins que rien. Chaque chapitre de ce roman a pour titre un montant de dollars. Ces dollars dont à besoin Henry pour survivre. Un décompte qui nous prend au tripes car il nous donne à voir la vie quotidienne de quelqu’un qui a tout perdu … sauf son fils. La finesse du regard de Jakob Guanzon empêche que nous tombions trop bas bien que la tragédie soit présente. C’est un roman qui frappe fort comme l’indique le New York Times sur le bandeau de couverture. C’est un roman qui perturbe et dont on ne ressort pas indemne. Les aléas de la vie pourraient faire de nous des Henry ou des Junior. l’ Abondance n’est pas la chose la mieux partagée dans ce monde.
JAKOB GUANZON est diplômé de sociologie et littérature de l’université de Columbia. Il a travaillé à Madrid comme professeur, traducteur et éditeur. Abondance est son premier roman, publié dans la maison indépendante Graywolf Press (Max Porter, David Treuer…). Abondance a été acclamé par la presse et les lecteurs, et sélectionné pour le National Book Award. Il est en cours de traduction dans plusieurs pays. Jakob Guanzon vit aujourd’hui à New York.
Ce n’est pas fréquent , même voire rare , d’avoir entre les mains un roman qui nous raconte le Sri Lanka. Anciennement Ceylan , le Sri Lanka reste lié géographiquement à l’Inde du Sud. Juste un isthme sépare l’île du sous continent indien. Cette proximité avec l’Inde fait que le Nord du Sri Lanka est peuplé de Tamouls , originaire du Tamil Nadu l’une des provinces du Sud de l’Inde. Les Tamouls vivants au Sri Lanka sont de religion hindou. Cette religion existait bien avant l’arrivée du bouddhisme dans l’île. Depuis que le Sri Lanka a obtenu son indépendance de la grande Bretagne en 1948 les relations entre la majorité Sri Lankaise et la minorité tamoule sont difficiles. Cette tension a conduit à la formation de groupe demandant l’indépendance des Tamouls et du Nord et Nord Est de l’Ile. En 1976 fut crée le Mouvement des Tigres de libération de l’Eelam Tamoul ( LTTE ) et appelé plus succinctement les Tigres du Tamoul. Une guerre civile féroce a ensanglanté le pays et à pris fin en 2009. Ceci longuement posé , il est plus facile de mettre en place la trame du roman. La guerre civile est terminée. Krishan est un jeune étudiant qui a terminé ses études en Inde à New Delhi. Il est de retour chez sa mère à Colombo et avant d’entamer sa vie professionnelle , il souhaite aider la population du Nord de l’ile qui a été traumatisé par la guerre civile. Il se met au service d’une ONG locale. Il revient chaque fin de semaine chez sa mère à Colombo. Celle-ci vit avec Appamma ,sa mère et grand mère de Khrishan. Appamma est de santé déclinante et requerra à terme l’aide d’une soignante. Lors de l’un de ses séjours dans le Nord il a rencontré Rani , femme d’un certain âge qui accepte de devenir aide soignante auprès d’Appamma. Rani fait des retours réguliers dans son village du Nord. Lors de l’un de ces retours , Krishnan et sa mère vont être informés que Rani a été retrouvée morte au fonds d’un puits. Krishan souhaite assister aux funérailles de Rani et entame un long voyage en train vers le Nord du Sri Lanka. Ce voyage sera un temps de réflexion , de calme , de retour sur lui même et de lien avec Rani. Que penser d’un étudiant qui vit à New Delhi loin de son pays et des affres de la guerre civile. Pourquoi être privilégié alors qu’une partie de la jeunesse est au prise avec la guerre. Quel devoir de mémoire Krishan doit il maintenir alors que Rani a perdu son mari et des deux garçons durant cette guerre civile. A partir d’une écriture sensible, empathique et philosophique , l’auteur , Anuk Arudpragasam nous bluffe par par le portait qu’il nous dresse du Sri Lanka , de sa jeunesse et de son avenir. Que ce soit l’intime ou plus prosaïquement le général , son écriture détaillée , très précise nous entraine au cœur des sentiments ou au cœur des rites des funérailles hindous avec une grande sensibilité. Pour avoir découvert il y a une dizaine d’années le Sud de l’Inde et le Sri Lanka , j’ai retrouvé dans ce roman » Un passage vers le Nord » des émotions qui m’avaient traversé. Une très belle découverte.
Docteur en philosophie diplômé à l’université Columbia, il a publié deux romans. Le premier, Un bref mariage, a été nominé au prix Dylan-Thomas. Le deuxième, Un passage vers le Nord, lui a valu d’être l’un des finalistes du Prix Booker en 2021.
Arudpragasam est né en 1988 à Colombo, Sri Lanka, de parents tamouls1. Il a grandi dans une famille aisée de Colombo. Sa famille est originaire du nord-est du pays. Cependant, lui-même n’a jamais été en contact direct avec la guerre civile qui a fait rage dans le nord et l’est de Sri Lanka de 1983 à 2009. Bien qu’il ne soit pas issu d’une famille littéraire, ses parents l’ont encouragé à lire des livres dès son plus jeune âge. Arudpragasam n’a suivi leurs conseils qu’à l’adolescence, lorsqu’il a trouvé un gout pour la littérature philosophique dans une librairie de Colombo2. Il a déménagé aux États-Unis à l’âge de 18 ans pour poursuivre des études à l’université Stanford, où il a obtenu un Bachelor of Arts (BA) en 20103. Après l’obtention de ce diplôme, il a vécu pendant un an dans l’État indien du Tamil Nadu. Il a ensuite entamé un doctorat en philosophie à l’université Columbia, qu’il a achevé en 2019. ( Biographie Wikipédia )
» Les lieux sont comme les livres. Ils n’existent que lorsqu’on les lit pour la deuxième fois ». Comment mieux définir le cartographe des absences de Mia Couto. Histoire personnelle que raconte l’auteur. En 2019 l’université de Beria au Mozambique invite le poète Diogo Santiago. Celui-ci va retourner au Mozambique sur les traces de son enfance et de celle de son père entre autre. Son père Adriano Santiago , poète lui aussi, engagé contre le colonialisme portugais. Ce retour au pays va redessiner la cartographie des absences et lui permettre de trouver les traces de son passé et de celui des hommes et des femmes qui ont vécu ce colonialisme portugais. Le roman sera un incessant ballet entre ces années 1970 et l’année 2019. Pour faire le lin entre ces deux périodes Diogo rencontrera Liana Campos. Liana est une orpheline. C’est parents se sont suicidés car ils ne pouvaient vivre leur amour étant de race différente. Liana avait comme grand père Oscar Campos , inspecteur de la police du colonisateur , la sinistre PIDE. Liana a récupéré chez ce grand père un certains nombre de documents concernant l’époque de la colonisation. Il s’agit surtout de courriers et du cahier intime du père de Diogo. La cartographie des absences va pouvoir se dessiner. En retour , Diogo aidera Liana à découvrir elle aussi sa cartographie des absences. Liana et Diogo découvriront le niveau de violence et de racisme de ces années de colonisation ainsi que les choix qu’ont du faire leur père ou grand père. Ce roman est porté par l’écriture et la poèsie de Mia Couto. L’indicible est dit de façon claire, brutale, mais souvent avec les mots poétiques attribués à Adriano ou Diego Santiago. Des portes ouvertes sur un avenir ou l’espoir est présent. » le souvenir est le meilleur moyen d’échapper au passé « « Je n’ai pas assez de ma peau, j’ai besoin de la tienne pour ne pas saigner « « La maison est une attente, seul revient celui qui n’en est jamais sorti » « Tu apprendras mille langues, et tu mourras toujours dans une langue inconnue « « Le poète, ce gardien des histoires qui charrie des absences et des silences comme s’ils étaient des graines « Le cartographe a fait que des absences sont devenues des présences. Des présences qui mettent un nom sur des hommes et des femmes et sur un pays qui ont survécu au colonialisme et à une guerre civile.
Mia Couto est né au Mozambique en 1955. Après avoir étudié la médecine et la biologie, il s’engage aux côtés du frelimo en faveur de l’indépendance du pays, devient journaliste puis écrivain. Il travaille actuellement comme biologiste, spécialiste des zones côtières, et enseigne l’écologie à l’université de Maputo. Pour Henning Mankell, « il est aujourd’hui l’un des auteurs les plus intéressants et les plus importants d’Afrique ». Ses romans sont traduits dans plus de 30 pays.
Il a reçu de nombreux prix pour son œuvre, dont le Prix de la francophonie en 2012, le prix Camões en 2013, le prix Neustadt 2014 (Allemagne), il a également été finaliste de l’Impac Dublin Literary Award et du Man Booker Prize en 2015.
L’odyssée de Sven est un premier roman qui tient toutes ses promesses. Il ne faut pas s’arrêter au titre et à la couverture du livre. Il ne s’agit pas seulement d’un roman d’aventure se déroulant dans le Grand Nord au Spitzberg. Nathaniel Ian Miller s’est inspiré d’un véritable chasseur – trappeur dont on ne sait pas grand chose pour son histoire. Sven est un jeune suédois vivant à Stockholm au début du 20éme siècle. Ce nouveau siècle synonyme de travail , de lutte des classes ne lui convient guère. Ses lectures lui ont fait découvrir Nansen, Amundsen, les explorateurs polaires. Quittant Stockholm il décide d’assouvir cette passion en rejoignant le Spitzberg et en devenant mineur . L’aventure géographique, exploratrice va devenir humaine. A travers ces expériences Sven va découvrir en lui un besoin de solitude, de retrait de la famille, du monde mais aussi un besoin de retour à l’animal, à la nature. Plus prenant encore un retour à la pierre, à la géologie. Dans ces contrées sauvages, dures et froides le minéral prend toute sa place. Pour vivre ce chamboulement Sven va être accompagné de personnages profondément humains comme Tapio le trappeur, Charles McIntyre ou encore Eberhard le chien. C’est avec cette palette de personnages que le roman est plus qu’un roman d’aventures. Nathaniel Ian Miller nous met en présence de personnages atypiques, improbables. Dans une société dite civilisée, ces personnages n’auraient pas pignon sur rue. Ils feraient partie des déclassés, des laisser pour compte. Ici, il porte l’histoire. Derrière les affres de la vie il n’y a qu’empathie, solidarité. On se trouve bien dans ce Grand Nord ! Ce Grand Nord dans lequel Sven et Charles McIntyre n’oublient pas les bienfaits des livres et de l’amitié. C’est aussi un roman de l intériorité, de la découverte de soi et de la redéfinition de la famille. Sven était parti pour connaître la solitude. Il en reviendra plus social et ayant fait des émules. L’odyssée porte bien son nom : un voyage rempli d’aventures singulières auquel Nathaniel Ian Miller donne un éclat particulier par son empathie et son humanité. Les cabanes du Spitzberg doivent encore être empreintes de l’âme de Sven, Tapio, Helga, Charles ou Eberhard.
Nathaniel Ian Miller est éleveur de bétail dans le Vermont. En 2012, il a participé à la résidence Arctic Circle dans le Svalbard et a découvert la cabane de Sven. L’Odyssée de Sven est son premier roman.
Nathaniel IanMiller a écrit pour le Santa Fe Reporter , Durango Herald , Milwaukee Journal-Sentinel , Missoula Independent et Virginia Quarterly Review . Il est titulaire d’un BA de l’Amherst College et d’une maîtrise en écriture créative et d’une maîtrise en études environnementales de l’Université du Montana. ——————————————————————————————
Sans mentir si votre ramage se rapporte à votre plumage vous êtes le phénix….. ( Jean de la Fontaine ) Voici une phrase qui convient bien au roman de Hala Alyan La ville des incendiaires. Le ramage ne correspond pas malheureusement au plumage. L’auteur n’est peut être pas responsable totalement. L’éditeur plus sûrement. Faire une couverture avec des bâtiments de Beyrouth détruits et un titre volontairement suggestif. ensuite une quatrième de couverture qui indique : » Hala Alyan retrace la destinée tragique de tout un pays, le Liban, marqué par la guerre, les tensions religieuses et les protestations politiques. Un pays prêt à s’embraser à tout instant, à l’instar de cette famille rongée par des secrets qui, révélés, pourraient faire exploser sa fragile existence. « Effectivement il n’y a que cela qui explose , car comment passer aussi largement de son sujet sur le Liban et le Proche Orient. A aucun moment on ne ressent cette poudrière qu’a été le Liban pendant 40 ans. Au détour des pages , seront parsemés quelques mots pour encapsuler le roman . Pour preuve la généralité du propos page 423 : Elle les inscrira à l’école américaine, près de l’université et quand ils seront un peu plus grands, ils raconteront leur année à Beyrouth aux autres adolescents. L’année des manifestations. l’année de la révolution « Voila tout est dit. Il en sera de même dans tout le roman. Des généralités sur le Liban et la Syrie La ville des incendiaires est surtout et totalement une saga sur une famille. Famille libano- syrienne qui s’est exilée en Californie. Nous sommes en présence des parents Idriss et Mazna et des enfants Ava, Marwann et Naj. Idriss est propriétaire d’une maison familiale à Beyrouth et suite au décès de son pére, il souhaite s’en séparer. C’est l’occasion de regrouper toute la famille à Beyrouth. Et vont ressortir les secrets , les petites histoires. Une saga quoi ! Et une saga çà se dilue. Alors cela devient lassant et long. Une déception mêlée d’une certaine colère auprès de l’éditeur. J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une Masse critique de Babelio. Je les en remercie pour deux raisons : 1/ C’est toujours un plaisir de recevoir un livre et de découvrir 2/ Je ne suis pas fait pour les sagas !
Hala Alyan est une écrivaine, poétesse et psychologue clinicienne américano-palestinienne spécialisée dans les traumatismes, la toxicomanie et le comportement interculturel. Ses écrits portent sur les aspects identitaires et les effets du déplacement, en particulier au sein de la diaspora palestinienne.
Terre Neuve. Une famille vivant à Big Running dans les années 1990. Il y a les parents , Martha et Aidan et les enfants Cora et Finn. La plupart des habitants de Big Running vivent de la pêche. Mais le poisson se raréfie et les habitants quittent Big Running. A leur tour Martha et Aidan sont confrontés à ce départ. Ils décident de partir à tour de rôle quelques mois dans l’Alberta pour travailler. Pendant ce temps Cora refait le monde et les pays en décorant les maisons abandonnées tandis que Finn essaye de faire revenir le poisson pour sauver son île et son enfance. Au milieu de cela , le brouillard, la brume, les frimas, le chant des sirènes qui nous happent et entoure cette histoire grave d’un halo de poésie et d’envoûtement. C’est la magie de l’écriture d’Emma Hooper. Elle nous entraîne dans les confins de Terre-Neuve où tout devient possible. Il faut se laisser prendre par le chant des sirènes, par les contes racontés par les anciens. Il faut comme Finn compter les étoiles et les lumières des bateaux. Il faut entrer avec Cora dans ses maisons qu’elle a décoré. Entre rêve et magie la réalité est bien présente et dure : sans poisson Terre-Neuve n’est rien. le départ est inéluctable. Comment vit on ce départ quand on est enfants ou adultes ? Tout cela est traité avec finesse au plus de cette famille et des chants de marins ou de sirènes. Et dans le brouillard de Terre-Neuve, les ombres et les lumières sont évanescentes et permettent au lecteur de laisser filer son imagination.
Emma Hooper détient un doctorat en études musico-littéraires de l’Université d’East Anglia5 en 2010. Elle enseigne à l’Université de Bath Spa et fait également partie de plusieurs groupes de musique, dont Stringbeans (désormais Red Carousel6), un quatuor à cordes, en tant que violoniste5,7,8. Son projet musical solo, Waitress for the Bees, dans lequel elle marie violon et accordéon, lui permet de faire des tournées à l’internationale et lui a vallu le Finnish Cultural Knighthood8,9. En 2004, elle quitte le Canada pour s’installer à Bath, en Angleterre2.
Livre culte. Iconoclaste. Humour. Comment rester sourd au pingouin d’Andrei Kourkov ? Personnellement je voue une affection prononcée pour le manchot royal. Sa grâce dans l’eau contrastant avec sa démarche pataude doivent être un miroir des domaines où j’excelle et des domaines où je suis d’une médiocrité affligeante. Et puis Monsieur Manchot est aussi celui qui s’occupe de ces petits. Ça valorise la paternité ! Donc je voue une affection prononcée pour le manchot royal. Et donc voici un roman intitu lé le pingouin. Funeste erreur. Notre pingouin, Micha dans le roman.est un vrai manchot royal , 1 mètre sous la toise , noir et blanc tout comme il faut. Alors pourquoi parler de pingouin ? Serions nous au prise avec des secrets, de la conspiration, du complotisme. C’est bien possible. Nous sommes au mitan des années 1990 à Kiev. L’URSS à vécu. La Russie émerge et Kiev et l’Ukraine restent encore des vassaux de Moscou malgré l’indépendance de 1991. Le zoo de Kiev est à l’agonie. Que faire des animaux ? Pourquoi pas faire des demandes d’adoption. C’est ce qui arrive à notre pingouin manchot. Un écrivain au chômage Victor Zolotarev va le prendre chez lui. Un appartement , une baignoire, du poisson congelé. Voilà la nouvelle vie de Micha. Une nouvelle vie fait de mélancolie. Victor au chômage n’est pas en bien meilleure forme. Pourtant il va être contacté par un quotidien pour travailler à la rubrique nécrologique. A lui d’écrire de belles nécrologies sur des personnes encore bien vivantes. Travail lucratif que ces » petites croix » littéraires. Et puis un beau jour ces » petites croix » disparaissent réellement. Donc je résume : nous sommes à Kiev au début de l’indépendance de l’Ukraine mais encore sous influence de la Russie, dans un appartement avec Victor qui écrit des notices nécrologiques et un pingouin manchot neurasthénique. Situation incongrue dans laquelle nous entraîne Andrei Kourkov. Il serait vain de résumer l’histoire de Victor et Micha. Tout est dans le décalage et une certaine absurdité proche du réel. Ce décalage et cette absurdité ne m’ont pas toujours convaincu. Pourtant ce décalage et cette absurdité matche bien avec le monde post soviétique . Donc pas toujours convaincu mais sûrement interpellé. Reste Micha, le manchot royal. Il me conforte dans l’affection que je porte à cet animal. Rien que pour cela la lecture de ce roman est intéressante . Mais vous aurez compris que cela est éminemment subjectif !
Né en 1961, Andreï Kourlov est un écrivain ukrainien. Avant de se consacrer à l’écriture, il a exercé différents métiers comme rédacteur, gardien de prison, ou encore cameraman. Dans les années 1980, il écrit plusieurs scénarios de films. En 2000, il publie son premier roman, Pingouin, dans lequel il met en scène la vie quotidienne d’un chômeur en Ukraine. En 2014, il publie Face Nord, une biographie du photographe français Charles Delcourt.
Un entretien de 2022 d’Andrei Kourkov portant sur la situation de l’Ukraine et sur son dernier roman : Les abeilles grises.
Effectivement c’est Toute une expédition que la lecture du roman de l’ écrivain autrichien Franzobel. Dans ce récit-roman de 542 pages Franzobel nous raconte une tranche de l’histoire « conquérante » de l’Espagne dans le Nouveau Monde en 1540. Cette tranche d’histoire met en avant l’expédition de Ferdinand Desoto de la Floride au Mississipi. Ferdinand Desoto est un conquistador espagnol . Avant cette expédition il a participé aux expéditions de Cortes au Mexique et de Pizzaro au Pérou. Le récit-roman de Franzobel s’appuie sur l’histoire , une documentation très importante pour nous conter cette expédition picaresque. Ce coté picaresque voulu par Franzobel rend la lecture de ce roman ardu et interroge sur les moments de récits et de fiction. Tout au long de la lecture , viens à l’esprit le récit de Don Quichotte. Cela est encore plus flagrant quand au détour d’une page, Franzobel nous apprend que l’un de ces personnages, Elias Plim, pourrait dans l’avenir être Cervantes… ( sauf que les époques ne correspondent pas ) J’ai trouvé d’autres liens plus contemporains. Ce conquistador espagnol me semble proche d’Aguirre ou encore de Fitscarraldo, les personnages décadents du cinéastes Werner Herzog. Ces personnages lançaient dans des aventures extravagantes et vouéss à l’échec. Desoto est du même acabit. Son expédition de 800 personnes , 200 chevaux et de multitude de cochons, chèvres et poules, va rechercher l’Eldorado et le passage Sud des Indes Occidentales vers la Chine. Cette expédition va aller d’échec en échec , de massacres d’Indiens en Massacres d’Indiens, de maladies en pandémies. Les indiens , ce peuple premier, que les conquistadors veulent détruire. A travers son écriture Franzobel fait de son livre une satire morale , provocatrice ,devant tendre à la réhabilitation des amérindiens. Pour cela l’auteur dédie quelques chapitres autour de la propriété des terres indiennes et fait des allées retours entre 1540 et notre époque. Malheureusement ces chapitres se diluent dans l’expédition . Au point de réapparaitre de façon très étonnante à la fin du livre. Je n’ai donc pas trop accroché à cette expédition, ou l’acerbe se mêle au ridicule. Expédition rocambolesque et interminable dont j’attendais la fin avec impatience Je reconnais à cette lecture d’avoir découvert un pan de l’histoire des conquistadors et de savoir maintenant que Desoto a découvert le Mississippi et que les chevaux espagnols sont les ancêtres des chevaux Mustang.
Franzobel, de son vrai nom Franz Stefan Griebl, est l’un des écrivains les plus populaires et controversés d’Autriche.
Il est diplômé en génie mécanique de Höhere Technische Lehranstalt et a étudié la langue et la littérature allemandes de 1986 à 1994 à Vienne.
Pendant ses études il travailla au Burgtheater de Vienne. Depuis 1989 Franzobel se consacre à l’écriture.
Dramaturge, poète et plasticien, il est l’auteur de la pièce « Kafka, comédie » (« Kafka. Eine Komödie », 1997) publiée aux Solitaires intempestifs.
Couronné du prix Nicolas Born 2017, son roman sur le naufrage de La Méduse, « À ce point de folie » (« Das Floß der Medusa », 2017), fut l’un des trois derniers ouvrages en lice pour le Deutscher Buchpreis (Prix du livre allemand) 2017.