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Sémaphore en mer d’Iroise de Claire Fourier. Locus Solus. 💛💛💛

Sémaphore en mer d'Iroise par Fourier

En 100 chapitres plus ou moins courts Claire Fourier nous emmène sur les Terres du Finistère  et l’écume de la Mer d’Iroise  qui sont son ancrage originel.
Elle est de Ploudal – on ne dit pas Ploudalmézeau – dans le Nord Finistère  à  quelques encablures de la Mer d’Iroise, de l’Aber Benoît,  de Portsall  et surtout du rocher de Saint Samson.
 » le coeur de mon Finistère est un rocher- un éperon pyramidal qui s’avance dans la Mer d’Iroise,  en bordure de la route qui longe la mer sur la Côte des Légendes,  entre Porspoder et Trémazan, dans la commune de Landunvez. Et le coeur du coeur, un nid de pie ; je veux dire : un léger creux dans le granit, au sommet du rocher. »
 » Tout ce que je suis vient du rocher de Saint Samson »
Pour Claire Fourier ce rocher fut un tremplin mental vers la mélancolie :
 » le granit et le duvet d’écume m’ont appris à  aimer chez les êtres  la netteté de l’intellect et la brume du coeur « 
C’est aussi  » un paysage spirituel « .  » Là-haut,  on est très haut ; Dieu ne regarde pas sa création de plus haut »
Sur ce rocher Claire Fourier est devenue une cimmérienne  : femme du rivage, les pieds sur terre, le regard en mer.
C’est en pensant être dans ce nid de pie qu’il faut lire les 100 chapitres du livre.
Le mot chapitre ne convient pas totalement.
Il s’agit plutôt au gré de la plume de Claire Fourier,  de lettres, de moments de poésie,  de contes , de souvenirs, de petites nouvelles.
Bien ancré dans le granit et le regard portant loin, elle nous distille les moments de sa vie entre la Mémé Anna, la sagesse même,  maître du temps, reine des fleurs,de la maison et sa mère  Dolorosa rétive aux émotions.
Cette Mémé Anna, tel le sémaphore en Mer d’Iroise illumine ce livre.
Et puis comme nous sommes ancré dans le Finistère,  à quelques encablures de Brest, le militaire n’est jamais loin. le pompon rouge de Joseph le père nous rappellera que ce Nord Bretagne est marqué par le fait militaire : les côtes bretonnes ne peuvent être dissociées du Mur de l’Atlantique , tout comme une vie de marin, d’une vie de bourlingueur.
Dans une écriture classique et ciselée, Claire Fourier va nous dire cette vie faite de bons moments naturels et de moment de séparation,  des souvenirs de l’enfance sur ces terres de bruyère et d’ajoncs.
…. Et l’écriture va nous entraîner sur des chemins plus difficiles,  plus caillouteux.
A de nombreuses reprises nous serons confrontés au Capitaine Achab, à  Moby Dick, à la baleine blanche.
Nous seront confrontés à  Mallarmé, Rilke, Melville et tout un cortège d’écrivain, de peintres, de musiciens.
La lecture se fait plus ardue.
Cela n’est pas grave.  La lecture des chapitres n’a pas pour obligation d’être linéaire.
Il faudra prendre le temps de se remémorer Moby Dick ou les Préludes de Debussy.
Le temps ?
Le personnage central.
Claire Fourier est obnubilée par le temps.
Peut on le perdre ? Doit on le perdre ?
Ces reflexions sont des moments de lecture jubilatoire.
 » Un temps pour tout et articuler le temps, voilà ce qui est vivre »
 » Il faut perdre son temps que lorsqu’on est sûr d’en gagner »
 » Connais-toi toi- même  ; autrement dit : Connais le temps en toi « 
Et si il est question de temps,  il est question de vie, de mort,
Cette mort qui est au centre de la vie des Celtes.
Enfin ce livre est un hymne à l’écriture, aux moments d’écriture
 » La vie m’est dérive
Écrire en fait une rive
Penchée sur hier « 
 » le rideau est comme l’écriture  : le voile qui dévoile,  l’art du tamis »
Cet ouvrage à l’art du tamis. Les divers haïkus qui jalonnent le livre le confirme.
Les chapitres méritent d’être lus et relus.
Ce n’est pas toujours facile. Cela peut être ingrat parfois.
Mais la Terre du Finistère et la Mer d’Iroise sont elles faciles ?
Le granit est rugueux et la Mer d’Iroise est rarement calme.
Alors laissons le Sémaphore de la Mer d’Iroise nous illuminer de ces clairs-obscurs

Claire Fourier — Wikipédia
Claire Fourier est née le 15 juin 1944 à Ploudalmézeau, dans le département du Finistère en France1.
Elle fait des études secondaires à Brest puis supérieures à Rennes où elle obtient une maîtrise d’histoire1. Plus tard, elle est diplômée de l’École nationale supérieure de bibliothécaires située Villeurbanne près de Lyon2. Elle est professeure de lettres et bibliothécaire mais les mutations de son mari ne lui permettent pas d’exercer elle-même une activité stable. Elle se consacre alors à l’écriture3 et publie ses premiers récits en 19961.
Elle a emprunté son nom de plume à Charles Fourier pour l’amour de l’utopiste, de sa fantaisie et de sa théorie de l' »attraction passionnée »4.

L’Oeil était dans l »arbre… de Michel Picard. Edition de L’Harmattan. 💛💛

L'oeil était dans l'arbre… et regardait de drôles d'oiseaux par Picard (II)

D’abord merci aux Éditions de l’Harmattan  de m’avoir transmis l’ebook  du livre de Michel Picard : L’oeil était dans l’arbre.
J’ai vu que ce roman avait une douzaine de critiques sur Babelio et qu’une seule était négative.
Et bien je vais rajouter un deuxième avis négatif.
Je ne suis pas adepte de ce genre de littérature,  gore , glaçante et volontairement violente.
Cette littérature ne m’apporte aucun plaisir de lecture.
Cela ne suffit pas pour donner un avis négatif.  C’est un style de littérature auquel je n’adhère pas mais ce n’est pas pour cela que le roman ne serait pas bon.
J’ai lu la totalité du roman   et malheureusement je n’ai pas trouvé que le roman soit bon.
Le roman se passe sur 2 jours : le jour d’avant et le jour d’après.
Il commence d’ailleurs par le jour d’après.
Adrien 18 ans va enterrer un cadavre dans la forêt .
On en saura pas beaucoup plus. Pour en savoir plus il faudra découvrir le jour d’avant.
Et ce jour d’avant est une accumulation d’événements,  de personnages  qui rendent peu crédible l’histoire.
Il se passe tellement de choses en une demi journée que cela en donne le tournis. Une accumulation de révélations  et d’événements plus irréalistes les uns que les autres. A cette accumulation s’ajoute la violence, la perversité.
La lecture devient hachée.
Comment est il possible en une demi journée qu’autant de personnages venant d’horizon si différents se rencontrent.
Cela donne un roman touffu et pour lequel on ne s’accroche à  aucun personnage.
 Savoir qui est le cadavre dans la forêt reste en définitif secondaire  alors que c’est la raison de connaître le jour d’avant.
Cette overdose d’événements,  de violence, de perversité  prennent le pas sur la totalité du roman et le vide de toute substance.

Sabre d’Emmanuel Ruben . Stock 💛💛💛💛

Sabre par Ruben

Quelle facette du nouveau livre d’Emmanuel Ruben mettre en avant. Sabre est un roman multiforme et protéiforme.
Comme dans son précédent roman Sur la route du Danube , Emmanuel Ruben prend prétexte d’un objet pour nous faire voyager dans le monde, la géographie,  l’histoire mais aussi la littérature  .
L’objet de Sur la route du Danube était  le vélo et le Danube. Objet qui nous a permis  tout en remontant le Danube de réfléchir à  l’histoire des Balkans, de la MittelEuropa  ou encore de ka place des migrants dans nos sociétés.  Emmanuel Ruben était  lui même  sur le vélo.
Pour Sabre il a pris son double littéraire,  Samuel Vidouble( !! ) pour nous raconter l’histoire d’un sabre familial jadis accroché  dans la maison familiale et alpestre des grands parents.
Cette recherche du sabre et de son histoire est le prétexte  à la mise en perspective de ce roman multiforme.
Emmanuel Ruben nous entraîne dans une saga familiale truffée de secrets, de non dits.
Cette saga familiale  qui déclenchera grâce à une imagination débordante, une histoire vraie-fausse ou rêvée  de Victor Vidouble de Saint Pesant. C’est drôle et enlevé.
Si ce n’était que cela, le roman serait déjà réussi . Mais il est plus .
Sous les traits de Samuel Vidouble,  Emmanuel Ruben nous parle de lui. de ce prof d’histoire géographie confronté aux mondes d’aujourd’hui mais aussi à sa jeunesse iséroise  et à cette famille originaire des montagnes alpines et d’un monde rural entrain de disparaitre.
La recherche du sabre l’a conduit dans les pas violents de la Révolution, des champs de bataille de l’Empire. C’est violent,  sanguinolant et les victoires sont souvent des défaites.
On croisera Bernadotte, BonaparteDe Gaulle. On voyagera à Dieppe, Moscou, Alger ou encore  Berlin.
Il sera difficile de dénouer le vrai de la fiction mais est ce important  ?
On s’aperçoit  que les chimères et les réalités de l’histoire disent une grande part de la réalité de notre époque.
 » Et, tandis qu’ils obtempéreront sans broncher, tu saisiras  sur le bureau la grande équerre jaune des profs de maths, histoire de te donner une contenance,  mais, croisant le regard de Salie au premier rang, tu reposeras l’éq’uerre aussitôt,  penseras une dernière fois à cet enfant seul le soir, dans la salle à manger de ses grands parents, les yeux rivés  vers ce sabre fêlé,  ce bijou de famille qui le croisait, pointait les ténèbres  et lui indiquait, telle l’aiguille d’une  boussole intime, la source infinie du péril « 
Un livre remarquable alliant histoire, réflexion  mais aussi drôlerie et imagination.

Emmanuel rUBEN (14389014325).jpg

Emmanuel Rubennom de plume de Jérémie Emmanuel Ruben Brassac, né le 16 novembre 1980 à Lyon, est un écrivain français.

Emmanuel Ruben étudie la géographie à l’École normale supérieure de Lyon1. Il a poursuivi ses études à Paris, à l’Institut de géographie de l’université Panthéon-Sorbonne et à l’Institut national des langues et civilisations orientales.

Reçu major à l’agrégation de géographie (2004), il enseigne l’histoire et la géographie à l’étranger puis en banlieue parisienne.

L’hommequi n’est jamais mort d’Olivier Margot. Lattès .💛💛💛💛

L’homme qui n’est jamais mort par Margot

Que voilà une jolie pépite !
L’homme qui n’est jamais mort retrace la vie de Mathias Sindelar, footballeur autrichien dans les années 1930.
Ce n’est pas un livre de foot, ce n’est pas un livre de sport.
C’est un livre sur un grand personnage d’une honnêteté et d’une dignité absolue.
Il se fait qu’il est footballeur.
C’est un livre qui nous raconte la MittelEuropa entre la fin de l’empire austro hongrois et l’avènement du troisième Reich.
Mathias Sindelar était  de ces hommes déracinés,  d’origine morave, qui vivaient dans les quartiers pauvres de Vienne au milieu de tous ces migrants de l’Europe de l’est : bohémiens, tziganes, juifs.
Mathias Sindelar  était un génie du football. Il fut le meilleur footballeur du monde dans les années 30. Il inventa un jeu musical,un jeu collectif. L’art et la beauté n’étaient jamais loin.
On le surnomma le Mozart du football.
Bien que reconnu et adulé,  il n’oubliait pas d’où  il venait. Dans Ces années 30, il venait d’un monde pauvre prolétaire et ouvrier. Il venait d’un monde solidaire et multiculturel
Ce creuset restera au coeur de ces engagements et de ces convictions.
Et quand il fallu faire face au nazisme et à la barbarie il se trouva là pour célébrer un but devant les gradés nazis.
Et quand il fallu faire face au nazisme et à la barbarie il se trouva là pour refuser de mettre un écriteau dans son bar,  interdisant l’entrée de celui ci aux Juifs.
Toute sa vie il prona la tolérance qu’il avait vécu dans ces quartiers austrocommunistes.
Il le pays de sa vie
D’un footballeur de génie,  il devint un mythe et une légende.
Encore aujourd’hui,  plus de 80 ans après sa mort,  des centaines de personnes se recueillent sur sa tombe, à  Vienne le 23 Janvier .
Olivier Margot dans un style magistral nous fait rencontrer Mathias Sindelar ,ce footballeur qui fut avant tout un grand homme

 

L’Enigme de la chambre 622 de Joel Dicker. De Fallois .💛

L'Énigme de la Chambre 622 par Dicker.

Autant le dire d’entrée le dernier livre de Joël Dicker l’énigme de la chambre 622 m’a irrité  pour son manque de style, son manque de réalisme  et par son arrogance.
J’avais beaucoup aimé La vérité sur l’affaire Harry Quebert.  J’avais moins aimé  le livre des Baltimore et j’en étais resté là des romans de Joël Dicker.
Le libraire m’interpella et me dit : prenez le dernier Joël Dicker, c’est un bon livre pour l’été !
Je suivis son conseil sans être convaincu à  100%  .
Mais un bon livre pour l’été pourquoi pas ?
Malheureusement le dernier livre de Joël Dicker n’est pas un bon livre d’été  et encore moins un bon livre.
Je reviens donc à mon irritation du départ
Je commencerais par l’arrogance. Ce n’est que mon ressenti.
Une des parties du livre concerne la relation de Joël Dicker avec son éditeur  Bernard de Fallois décédé  en 2018.
Cette relation qui paraît si importante aurait peut être mérité de la part de Joël Dicker un livre à  part.
Là c’est encapsulé dans un récit et ce n’a pas lieu d’être à premier abord.
Et puis si l’on regarde de plus près, je trouve que par maladresse – je n’ose penser par malhonnêteté – s’installe une certaine arrogance de la part de Joël Dicker.
J’ai ressenti la relation que décrit Joël Dicker avec son editeur  comme la seule véritable relation de cet éditeur de 90 ans. Comme si Joël Dicker était le légataire universel et le seul à  même de connaître Bernard de Fallois .
Maladresse ou brosse à  reluire alors que le livre est édité  par les Éditions de Fallois.
De même que penser de cette autre partie du roman dans laquelle Joël Dicker himself poursuit l’enquête policière avec Scarlett.
Et celle ci de ne jamais nommer Joël Dicker par son nom, mais par l’entité  » l »écrivain  »
Quelle vanité,  quelle arrogance.
Concernant le manque de réalisme et le manque de style, cela concerne les autres parties du roman qui nous raconte l’énigme de la chambre 622. 500 pages d’aller retour entre Verbier et Genève, entre le palace et les banques de Genève,  le tout sur quinze ans.
500 pages truffées d’invraisemblances , de personnages et de situations irréalistes.
Il y a pourtant une trame continue dans ce roman  : l’héritage sous toutes ces formes, financier, mobilier et humain. Cet héritage humain prenant la forme du besoin de reconnaissance.
Ce besoin de reconnaissance que l’on retrouve entre Sol le père et Lev le fils.
Sol ce saltimbanque qui voudrait que son fils Lev devienne un grand acteur,
Usant de dissimulation et de transformation.
Et comme un jeu de miroir cette relation filiale est transposée dans la relation entre Joël Dicker et Bernard de Fallois  de façon très maladroite.
Soit cette relation à une extrême profondeur et elle ne méritait pas cet encapsulage dans un roman, soit cette relation est une relation d’opportunité  pour écrire un roman.
Tout dans ce roman est opportun. …
Donc on revient à  l’irritation du début de cette chronique.

Manières d’être vivant de Baptiste Morisot. Acte Sud .💛💛💛💛

 

Manières d'être vivant: Enquêtes sur la vie à travers nous par Morizot

Manières d’être vivant est un ensemble de récits et de réflexions sur la place du vivant, de la nature, de l’homme.
Dans un premier temps Baptiste Morisot s’attache au récit de ces différents pistages de loups dans le Vercors.
Dans le deuxième partie du livre il devient philosophe pour nous parler d’interdependance , d ‘égards ajustés, de diplomatie.
Cette partie là est plus difficile à lire et à suivre pour les non initiés à la philo
La postface d’Alain Damasio permet une belle synthèse et une bonne compréhension du texte de Baptiste Morisot.
Néanmoins sans être un féru de philo, cet essai et ces récits apportent une réflexion sur le vivant tout à fait compréhensible .
Les passages, à la suite des loups dans le Vercors, sont magnifiques et ancre la réflexion de Baptiste Morisot dans la réalité.
Cette réalité nous rappelle que la nature n’est pas une ressource. Ressource extractive ou productive. La nature est le creuset de milliers de manières d’être vivant. Et que ces milliers de manières font que depuis la nuit des temps l’évolution de l’homme ( une manière parmi tant d’autres d’être vivant ) et de la nature est imbriquée. Ne pas oublier que nous venons de l’océan et que le sel nous est indispensable.
L’homme est amalgamé par les manières d’être vivant du passé mais aussi par celles du futur.
Nous ne sommes qu’une manière d’être. Et nous ne pouvons décréter soumettre la nature et les autres formes du vivant sous peine de disparaître.
Nous devons mettre en place des interdépendances, des diplomaties.
Prenons l’exemple des loups et des brebis et de leurs bergers.
Certain défendront à tout crin la réintroduction du loup.
D’autres défendront véhémentement le pastoralisme et le travail des bergers et des patous.
Chacun dans ces certitudes.
L’interdépendance C’est d’être d’un bord mais penser que dans l ‘autre bord il y a des choses justes qui pourraient faciliter et accroître la réussite de chaque bord.
En définitif nous devons avoir des égards ajustés. Jusqu’à récemment, nous avions peu d’égards pour la nature. Nous la traitions comme une ressource . Peu d’égards envers les abeilles avec l’intensification des pesticides.
Pourtant sans abeilles ,pas de pollinisation, pas de fleurs pas de printemps.
Les égards ajustés sont nombreux, tout comme les manières d’être vivant. Ne n’oublions pas.
C est ce que nous dit cet essai . Il peut être érudit et difficile mais il est salvateur.
Ça vaut le coup de prendre le temps de lire et de réfléchir aux manières d’être vivant.

Né en 1983 à Draguignan, Baptiste Morisot entreprend des études de philosophie en classe préparatoire littéraire, et étudie en tant qu’auditeur à l’École normale supérieure de Lyon, où il obtient l’agrégation de philosophie puis soutient en 2011 une thèse de doctorat sur le rôle du hasard dans le processus d’individuation, à la lumière de l’œuvre de Gilbert Simondon1. Après un an comme ATER à l’université de Nice, il est nommé maître de conférences dans le département de philosophie de l’université d’Aix-Marseille .

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Vingt et un jours de Laurence Tellier-Loniiewski. Gallimard.💛💛💛

Vingt et un jours par Tellier-Loniewski

Vingt et un jours pour obtenir un droit d’asile. C’ est le délai accordé en France aux demandeurs d’asile pour transmettre leur dossier à l’ Ofpra.
C’est ce laps de temps de 21 jours que Laurence Tellier-Loniewski à pris comme toile de fond de son roman intitulé  Vingt et un jours.
Nous sommes à  Murmont une commune de la Région parisienne où  est installé  un centre d’hébergement de réfugiés.  Parmi les réfugiés  il y a  Ehsan, jeune afghan.
Parmi les membres du centre d’hébergement il y a Jean Marc, directeur du centre, Lara, avocate bénévole , Emeline stagiaire de fin d’études.
Vingt et un jours pour qu’Ehsan dise , raconte. Vingt et un jours pour démêler le vrai du faux.
Vingt et un jours pour produire un dossier qui validera la demande d’asile. Sinon…
Laurence Tellier-Loniewski, ancienne avocate restitue parfaitement ces 21 jours et cette course contre la montre.
De plus chaque chapitre représentant une journée participe à cette course contre la montre.
Cela donne un roman très documenté pour ne pas dire documentaire et c’est là que l’on touche à la limite de l’exercice
Si le côté documentaire fonctionne bien, le côté roman fonctionne nettement moins bien. On reste sur l’écume des choses. Aucune histoire , aucun personnage n’est fouillé.
Des facilités d’écriture  ( un afghan connaissant Ehsan) vont permettre l’avancée du roman, mais quel dommage de ne pas avoir fouillé plus le personnage d’Emeline . On aurait aimé avoir le ressenti de cette jeune étudiante confronté au monde des migrants mais aussi à celui des travailleurs sociaux.

Laurence Tellier-Loniewski - Site Gallimard

Laurence Tellier-Loniewski est avocat à la Cour d’appel de Paris, titulaire du DJCE et d’un DEA Droit des affaires, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle et en droit commercial.

Le mauvais génie d’Alain Freudiger. La Baconniere.💛💛💛

Le mauvais génie par Freudiger

Si vous êtes passionné par le saut à skis et par la vie dissolue de Matti Nykanen,  vous serez intéressé par ce petit opuscule de 120 pages écrit  par l’auteur suisse Alain Freudiger.
Si ce n’est pas le cas, vous passerez sûrement à côté de ce livre.
C’est à  priori le cas de la communauté Babeliote qui n’a fait aucune critique, ni mis à  jour la note de l’éditeur  et encore moins le résumé du livre !
Nous sommes bien dans un livre niche ! le saut à  skis .
Dans les années 80 Matti Nykanen règne sur le Saut à  Skis. Il sera quadruple champion olympique, mais aussi champion du monde de saut à skis mais aussi de vol à skis. Il gagnera plusieurs fois la coupe du monde ainsi que la Tournée des Quatre Tremplins. Pour les non initiés il s’agit d’une compétition de saut à skis qui à  lieu tous les ans en Janvier entre Autriche et Allemagne. Je vous fait grâce du nom des tremplins.
Donc Matti Nykanen est un grand champion mais un homme psychologiquement fragile.
Quelques mariages avortés,  des violences conjugales, beaucoup d’alcoolisme.
Après avoir été  champion reconnu et adulé en Finlande  ( j’ai oublié de vous dire qu’il était finlandais – mille excuses ) il sera chanteur à la voix frêle  et même strip teaser.
Voilà voilà.. .
Je résume  : soit vous êtes fana du saut à skis . Mais vraiment fana , style la journée dans le canapé en Janvier  devant Eurosport. Soit vous êtes fana des histoires croustillantes mariages divorces violence etc….
Moi je ne suis fana ni de l’un ni de l’autre  mais j’aime bien le saut à skis et le vol à skis.
Ce coté homme volant a un je ne sais quoi de magique.
Et ce côté homme faible à un je ne sais quoi de tragique.
Magique ? Tragique ? En définitif un petit livre agréable.
Une dernière chose  . Un dernier mystère.
Pour quelle raison ma médiathèque à choisi ce livre ?
Je ne les savais pas fana à ce point de Saut à skis !
Ps. Pour les inconditionnels du saut à skis la Tournée des 4 Tremplins a lieu à Oberstdorf – Garmisch – Innsbruck et Bischofshofen

Retour en images sur la fabuleuse lecture-spectacle de Morgarten d ...

Alain Freudiger, après avoir été critique de cinéma pour la revue FILM, poursuit un travail littéraire tout en participant à des expérimentations avec des musiciens de la scène improvisée. Il a notamment fondé le trio de poésie électro-acoustique Des Cendres, avec Benoît Moreau et Raphaël Raccuia en 2009. Rédacteur et membre du comité de la revue cinéphile « Décadrages – cinéma à travers champs », Alain Freudiger écrit également dans le journal La Distinction.

En 2007, paraît aux éditions Castagniééé son premier roman, Bujard et Panchaud ou Les Faux-Consommateurs, et un second en 2011, Les Places respectives, chez le même éditeur. En 2013, il publie en dialogue avec Stéphane Bovon Plus ou moins postmoderne, aux éditions Hélice Hélas. En 2015 paraît Morgarten, visite contemporaine de la Bataille du même nom, toujours aux éditions Hélice Hélas. En 2016, les éditions de La Baconnière publient Espagnes, son premier recueil de nouvelles. En 2019 paraissent le livre des cendres, livre de poésie/musique aux éditions Ripopée, et le roman Liquéfaction, chez Hélice Hélas.

En 2020, Alain Freudiger publie Le Mauvais génie – une Vie de Matti Nykänen, un livre consacré à l’ancien sauteur à skis finlandais, aux éditions de La Baconnière.

Les Livres de Jakob d’Olga Tokarczuk. Noir sur Blanc. 💛💛💛💛

Les livres de Jakob par Tokarczuk

 

La couverture du livre d’Olga Tokarczuk  « Les livres de Jakob m’avait fasciné lors d’un passage en librairie. A travers sept frontières,  cinq langues, trois religions  ce livre raconte le grand voyage de Jakob Frank entre Pologne et empire ottoman entre 1740 et début du 19ème siècle.
La quatrième  de couverture ne fit que donner encore plus envie de rentrer dans cette histoire.
Et pourtant je ne pris pas le livre. Les 1000 pages m’effrayait.
Pourtant ce livre me trottait dans la tête….. et je le revis à la Médiathèque . C’était sûrement un signe !
Je me suis lancé !
Dire que la lecture fut facile  serait un euphémisme.
Nous sommes donc autour des années 1750 dans la Grande Pologne soit la Pologne actuelle, la Lituanie et encore la partie occidentale de l’Ukraine actuelle.
Cette Grande Pologne vit ces dernières année.
Nous allons suivre les traces d’une secte juive à la tête de laquelle se trouve Jacok Frank.
. Comme la plupart des personnages de ce roman, Frank a bel et bien vécu, de 1725 à 1791. Et quelle vie que celle de Jakob, né Lejbowicz dans une famille de commerçants juifs de la province polonaise de Podolie (désormais en Ukraine), qui se forma aux préceptes d’un autre faux Messie (Sabbataï Tsevi, 1626-1676) dans les centres du « sabbataïsme », de Smyrne à la Moldavie, avant de s’inventer Messie à son tour, sous le nom de Jakob Frank.
« Frank » veut dire « étranger » »Etranger, donc éternellement migrant, dans le très vaste royaume polonais multi-ethnique et multiculturel qui s’étend alors jusqu’à l’Empire ottoman, et dont il parcourt à cheval les plaines , les forêts  les villes et villages aux ruelles boueuses et défoncées, vêtu comme un Turc, fez sur la tête et manteau à grand col de fourrure . Etranger, donc infidèle, aux femmes, aux religions : au gré de ses ambitions, à la poursuite de son rêve d’une vie spirituelle toujours plus riche, Jakob se convertit à l’islam puis au catholicisme avec quiinze mille disciples en un baptême monumental .
Les 7 livres de Jakob retracent les tribulations mystiques, politiques et charnelles de ce héros charismatique, effrayant et mégalomane. Jakob Frank s’élève contre l’intransigeance des rabbins mais se rapproche de la hiérarchie catholique anti-juive, et finit traître aux yeux de tous.
Dans ce livre hautement romanesque Olga Tokarczuk nous rappelle la complexité  de l’époque  et de la région.
Complexité que l’on retrouve dans le changement incessant du nom des personnages entre nom juif polonais yddish ou encore allemand.
Complexité encore dans cette géopolitique  religieuse entre juif, chrétien,  musulman aux confins de l’Europe et de l’empire Ottoman
L’ombre d’une vieille femme mystérieuse, Ienta, plane sur l’ensemble du livre et projette sur lui un clair-obscur fantastique. Alors que Ienta agonise le jour d’un mariage, une amulette l’arrache à la mort mais non au coma. Elle va survivre dès lors sur le mode d’une « sortie hors de son corps  »
Le découpage des 7 livres en court chapitres  facilite la lecture et empêche de se perdre dans le labyrinthe des noms. Néanmoins essayer de retenir l’ensemble des noms est une gageure.
Vaut mieux se laisser porter par les personnages et l’histoire.
Ce découpage laisse aussi la place au quotidien et l’on ressent vraiment la froidure de l’hiver ,la pauvreté des familles,  la chaleur de la vodka ou encore l’humidité des habitations et la saleté des villages.
Ces petits chapitres,  pas toujours chronologiques dessinent aussi une société polonaise ultra catholique,  fermée sur elle même, et dans laquelle une secte de 15 à 20 000 mille personnes a pu prospérer  jusque dans la noblesse et les hautes sphères de l’église polonaise.
Tous sont pris en otage par les jeux de pouvoir et l’opportunisme des nobles et des ecclésiastiques. Ces derniers escomptent tirer des bénéfices politiques de cette masse inespérée de convertis
Autant entrer dans ces milles pages peut être long, autant à la fin de la lecture il est difficile de laisser tous ces hommes et femmes.
Ils sont de la pâte dont est faite l’humanité.

Olga Tokarczuk

Prix Nobel de littérature, Olga Tokarczuk a reçu le Man Booker International Prize 2018 pour Les Pérégrins. Traduit en français en 2010 chez Noir sur Blanc, ce roman avait été couronné par le prix Niké (équivalent polonais du Goncourt), un prix que, chose rarissime, l’auteure a une nouvelle fois reçu pour son monumental roman : Les Livres de Jakób.

Née en Pologne en 1962, Olga Tokarczuk a étudié la psychologie à l’Université de Varsovie. Romancière polonaise la plus traduite à travers le monde, elle est reconnue à la fois par la critique et par le public. Sept de ses livres ont déjà été publiés en France : Dieu, le temps, les hommes et les anges ; Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 1998 et 2001) ; Récits ultimes, Les Pérégrins et Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2007, 2010, 2012) ; Les Enfants verts (La Contre-allée, 2016) ; et enfin Les Livres de Jakób (Noir sur Blanc, 2018).

Le flambeur de la Caspienne de Jean Christophe Rufin. Flammarion.💛💛💛

Le flambeur de la Caspienne par Rufin

Voici le troisième tome des histoires d’Aurel Timescu , l’extravagant consul fictionné par Jean Christophe Rufin. Aprés deux premières histoires qui se sont déroulés en Afrique , Aurel Timescu a été nommé en Azerbaidjan, à Bakou.
Comme dans ces deux premiers tomes Jean Christophe Rufin nous entraîne dans les arcanes de la diplomatie et des ambassades.
Dès son arrivée à Bakou, Aurel Timescu est confronté au décés de la femme de l’ambassadeur et rapidement il doute du caractère accidentel du décés.
On retrouve alors ce consul atypique amoureux du piano,du Tokay et nettement moins du travail de consul.
C’est léger, toujours bien écrit. Sans ce prendre au sérieux Jean Christophe Rufin nous distille des petits polars sympathiques.
Un bon roman pour l’été.