Paris, Mille Vies de Laurent Gaudé. Actes Sud. 💛💛💛💛

Paris, mille vies par Gaudé

Qui es tu toi ?
C’est la question que pose un homme agité à Laurent Gaudé,  sur l’esplanade de la gare Montparnasse  .
A la fin du livre Laurent Gaudé nous laisse en réflexion  » C’est à cause que tout doit finir que tout est si beau « 
En réalité nous ne sommes pas dans un livre mais dans une déambulation dans Paris aux mille vies.
Cet opuscule est un bonbon, acidulé,  parfois très acide ou amer.
Qui es tu toi ? qui vit à Paris au milieu de cette foultitude, de cette multitude. Multitude d’aujourd’hui mais aussi d’hier et d’avant hier.
Dans son style  entre poésie et fantastique Laurent  Gaudé nous entraîne dans les rues de Paris, dans les pas de son père,  dans les élans de la jeunesse quelque soit le siècle , aux côtés des communards, des résistants,  ou encore dans les vers de Villon, Rimbaud et Verlaine.
Laurent Gaudé nous conte son Paris Mille Vies. Il célèbre sa ville le temps d’une nuit. Une ville faite depuis des millénaires d’inconnus,  de personnages historiques qui nous devancent , qui nous accompagnent  ou qui nous prolongeront.
La réflexion de Laurent Gaudé est universelle et quelque soit notre village, notre ville de coeur,
La question Qui es tu toi ? reste fondamentale. Nous sommes un parmi tous .Il est essentiel d’en avoir conscience afin de ne rien oublier, de ne rien laisser dans l’ombre.
Toutes ces présences sont devenus des fantômes de l’existence.
« Qui es tu toi ?. Je fais résonner une dernière fois la question en moi mais je sais y répondre, maintenant. Je suis nombreux. Homme, femme, vieillard et enfant à la fois. Tous se pressent en moi car je suis vaste  comme une terre qui attend sa foule  » ( page 84 )
…. Et c’est à cause que tout doit finir que tout est si beau !
Un opuscule lumineux comme Paris ville lumière.
 Un petit livre a garder à portée de main.
L’ouvrir au hasard et se laisser dériver avec la poésie de Laurent Gaudé.

Bienvenue au paradis d’Angel Parra. Editions Métailié. 💛💛💛💛

Bienvenue au paradis par Parra

Les Éditions Metallié ont toujours de bonnes pioches à nous faire découvrir  au travers du monde Sud Américain.
Ici il s’agit d’Angel Parra, chanteur et écrivain chilien vivant en exil à Paris.
Son roman date de 2015 mais le sujet abordé est intemporel bien qu’il soit en grande partie autobiographique.
En un peu moins de 160 pages entre dérision,  humour et gravité Angel Parra va nous parler des thèmes classiques du retour et de la nostalgie en mettant à nu la réalité des personnages.
Mais Angel Parra dépasse ces thèmes classiques et par une poésie burlesque nous entraîne dans l’exil ,lieu qui nous quitte plus.
Andres, chilien, trente ans d’exil à Paris revient au pays à son corps défendant. Madeleine, sa compagne parisienne le quitte pour un danseur de tango et en cadeau lui offre un billet aller pour le Chili.
Au Chili il sera accueilli par sa Tante Ernestina qui l’a élevé ainsi que par ses cousins.
Si Andres vit en France, c’est qu’en 1973 Il a été emprisonné par la dictature chilienne  et qu’en suite il a été exilé.
Tout au long des 160 pages, nous découvrirons la réalité du Chili, politique, sociale, quotidienne.
Mais surtout Angel Parra nous donnera à réfléchir sur les conséquences d’une dictature, d’un exil.
Andres est un retornado. Quel pays pour un retornado ? La France reste une terre d’exil et le Chili n’est plus son pays. D’ailleurs on lui fait bien comprendre. Il y a les chiliens de l’intérieur et les chiliens de l’extérieur. Les Chiliens de l’intérieur ont subi et combattu la dictature. Pas le chilien de l’extérieur.  L’exil peut être ressenti comme une désertion par certains.
Andres en  revenant 30 ans plus tard retrouve un pays qu’il ne reconnaît pas. Que reste-t-il du socialisme, du communisme. le pays s’est americanisé . Une génération a grandement disparu, emportée par la dictature. La jeunesse se raccroche à des repères anciens datant des années 50 et 60. Certains notables bien installés restent des suppôts de la dictature.
Le Chili hésite entre nostalgie, vérité et a beaucoup de difficulté à  retrouver son âme.
L’écriture burlesque, ironique, parodique , truculente d’Angel Parra désamorce le côté très sombre de cet exil et le magnifie.
Sans oublier la rivalité entre le Chili et l’Argentine  . le Chili ne connaît pas la sensualité du tango argentin !
En refermant ce livre, il reste les effluves nostalgiques d’un pays qui n’est plus mais surtout il reste les lourds nuages noirs d’un pays qui a été vampirisé par une dictature.
Le temps, les générations futures attenueront ce traumatisme mais comme le dit Angel Parrra : Quel dommage que la vie éternelle commence par la mort !

Description de cette image, également commentée ci-après

Ángel Parra est le fils de Violeta Parra et le frère d’Isabel Parra.

Ángel Parra est emprisonné à partir du 14 septembre 1973, au lendemain du coup d’État militaire, qui a amené l’instauration de la dictature de Pinochet, à l’Estadio nacional, car il est communiste et soutient Salvador Allende.

Il est ensuite emmené par l’armée à la prison de Chacabuco dans le désert d’Atacama. En 1974, il s’exile au Mexique, puis en France, où il s’installe avec sa famille. En 1989, il retourne au Chili pour faire une tournée à travers le pays. À cette époque, le régime de Pinochet s’essouffle car, lors du plébiscite de 1988, les Chiliens disent non à la continuité du pouvoir de Pinochet.

Fin 2004, il reçoit avec sa sœur le titre de Figuras fundamentales de la música chilena.

En 2006, Ángel Parra publie simultanément un CD où il interprète les chansons de sa mère Violeta Parra et un livre sur son histoire, Violeta se fue a los cielos (« Violeta s’en fut au paradis », non traduit en français). Le livre a donné lieu à un film homonyme tourné par Andrés Wood.

Nature humaine de Serge Joncour. Flammarion. 💛💛💛💛

Nature humaine par Joncour

Le hasard ( mais le hasard existe-t-il ?) a voulque je lise à la suite trois ouvrages traitant de la transformation sociale et politique des années 1970 – 1980- 1990.
Cette fausse trilogie est composée du livre de Véronique Olmi Les Evasions particulières, du livre d’Eric Reinhardt Comédies humaines ( Tiens tiens déjà humaines ! ) et du livre de Serge Joncour Nature Humaine.
Chacun à leur façon ces trois romans traitent de la société française des années 1970/1980. Chaque écrivain a pris un éclairage particulier.
Le roman de Véronique Olmi traite de l’émancipation féminine et des grandes avancées en découlant : l’avortement , la place de la femme dans la société
Le roman d’Eric Reinhardt porte lui sur une société économique et politique qui a fait le choix des ingénieurs plutôt que celui des informaticiens et qui est passé à côté de la création d’Internet. le lobbysme ayant fait le reste.
Le roman de Serge Joncour porte lui sur le monde rural et aussi sur l’aménagement du territoire. Comment le monde agricole se transforme pour faire face à cette société qui s’industrialise , se connecte , se mondialise.
Dans les trois romans , l’histoire est portée par la jeunesse qui se trouve en prise avec ses transformations sociales, politiques radicales. Chaque pan de cette jeunesse étant le vecteur par lequel la société va évoluer et peut se remettre en question.
Revenons au roman de Serge Joncour Nature humaine.
Nous sommes au coeur des années 1970 aux hameaux des Bertranges , dans le Lot à distances de Gourdon , Souillac ou encore Villefranche.
Aux Bertranges vit la famille Fabrier.: ce sont des fermiers, des eléveurs , des cultivateurs , des agriculteurs . En cet été 1976 , on ramasse le safran et pour la dernière fois trois générations de Fabrier participe à cette récolte.
D’abord les grands parents Lucienne et Louis qui vivent sur les terres d’en bas , puis les parents Jean et Angèle qui vent à la ferme dans les terres du haut avec leurs quatre enfants Caroline, Vanessa, Agathe et Alexandre.
Alexandre le fils , celui qui devra reprendre l’exploitation.
Sur ces terres d’en haut vit aussi un peu plus loin Joseph Crayssac. Un personnage libre , irréductible, communiste chrétien, chevrier malmené par un monde en bouleversement.
Alexandre est sensible aux discours de Crayssac qui prédit une agriculture bouffée par cette société libérale et capitaliste. Il faut des Larzac un peu partout et il faut que le peuple se lève contre ce monde là.
Caroline la fille ainée qui fait ses études à Toulouse est en prise direct avec ces attentes. D’ailleurs à Toulouse, elle fréquente un groupe trés européen ou se côtoient des étudiants espagnols, basques, allemands. Des étudiants qui refusent de se faire bouffer par cette société libérale.
Alors on va manifester sur le Larzac, on proteste contre la création de la future centrale nucléaire de Golfech. On a un faible pour la vie en communauté et le retour à la terre.
On se veut activiste.
Par l’entremise de Caroline , Alexandre va connaitre ce groupe et plus particulièrement Constanze , jeune allemande de l’est qui enflamme Alexandre.
Mais pour Anton et Xabi activistes , Alexandre est un trésor. du fait d’être agriculteur, il posséde des tonnes d’engrais qui sont les explosifs nécessaire à la mise en place de leurs nuits bleues.
A partir de là Serge Joncour va nous dresser une fresque qui reprend 20 ans de la vie rurale entre 1970 et 1990.
Tout est abordé : le fils « sacrificiel « , l’évolution à pas forcés de l’agriculture ( les rendements – les produits phytosanitaires – la vache folle – le rejet de la nature) – l’aménagement du territoire ( désenclavement du Sud Ouest – Construction d’autoroute ) – les combats politiques contre le nuclèaire – l’activisme mais aussi le partage et la succession d’une exploitation.
Comme à l’habitude avec Serge Joncour c’est du solide , du bien ancré dans la terre mais aussi de la poésie et de la nature qui s’insinue dans toutes les pages de ce roman. Cette ruralité et cette solidité qui représentent ces terres du Sud ouest , terres qui se peuvent arides sur les Causses mais d’une fertilité et d’une beauté renversante dans les vallées.
Tout au long de ce roman Serge Joncour joue avec son titre Nature Humaine et il en fait presque un oxymore.
Nature et Humaine paraissent si dissemblables et pourtant…
L’humain devant rester très humble devant cette force de la nature. Comme dans un conte , Serge Joncour nous laisse le soin de comprendre que par sa force , sa violence la nature remet les choses à plat et que l’homme est bien orgueilleux de penser le contraire .
Dans le cortège des jours aux Bertranges , restera longtemps l’odeur suave des champs de menthe sauvage et les effluves d’un parfum de patchouli qui rappelle notre jeunesse et ses convictions. La nature est grandement humain

Ils en parlent aussi

Collectiondelivre : https://collectiondelivres.wordpress.com/2020/08/31/nature-humaine/

Seriallectrice : https://seriallectrice.blogspot.com/2020/12/nature-humaine-de-serge-joncour.html

Alabama 1963 de Ludovic Manchette et Christian Niemec. Le Cherche Midi .💛💛💛💛

Alabama 1963 par Manchette

Dans le livre, à un moment un personnage lance une devinette :
Pourquoi ce sont les Noirs qui sont esclaves et pas les blancs ?
La réponse  : parce que si c’était les Blancs on ne pourrait pas les voir dans les champs de coton !
Une réponse de bon sens, mais aussi absurde et qui n’a pas lieu d’être tout comme cette ignoble discrimination raciale , qui comme un couvercle recouvre les États du Sud des États Unis.
L’Alabama est l’un de ces États gangrené par le racisme, le Ku Klux Kan.
Birmingham en ce mois d’août 1963 , sommeille sous une chaleur écrasante.
Et sous cette chaleur de plomb,  » rien ne troublait le repos de la belle endormie « 
« La petite fille ne serait pas découverte avant plusieurs jours. Peut être  que si elle avait été blanche…. mais elle était noire « 
C’est le début de la disparition de plusieurs petites filles noires.
Le père de la première victime va demander à un détective privé blanc, alcoolique d’enquêter sur la disparition de sa fille. ( quand on est noir il vaut mieux s’adresser  à un détective plutôt qu’à la police.) . Bud Larkin va accepter de s’occuper de cette enquête. 
Bud Larkin vit dans un gourbi sans nom. Ses collègues vont lui trouver une femme de ménage.  Il s’agit d’Adela Cobb, femme noire veuve et mère de trois enfants.
Celle ci est déjà au service d’autre Blancs ou Blanches.
Sur fond de ségrégation  Bud Larkin et Adela Cobb vont lentement faire cause commune pour enquêter sur ces disparitions.
Fait de nombreux dialogues fins et savoureux, Ludovic Manchette et Christian Niemiec nous entraîne dans les tréfonds de L’Alabama et des États Unis qui en cette année 1963 enterreront leur président assassiné.
Bien sûr il s’agit d’un roman  » noir « , d’un polar mais là n’est pas seulement le propos.
C’est surtout la découverte de ce duo improbable entre Bud et Adela. de ce duo qui va ouvrir les yeux sur la situation raciale, qui va ouvrir les yeux sur une communauté qu’il ne connaît pas.
C’est un roman d’émotion, de ressentis pour lequel les auteurs ont réussi par l’humour et les dialogues à ne pas apesantir  les situations.
Mais les situations sont là,  réelles,  dures, émouvantes.
Le roman fermé,  nous restons accrochés à  Bud, Adela et à ses hommes et femmes qui ont du se battre pour leur dignité et le respect de leurs droits
Audemus jura nostra defedenre. ( Nous osons défendre  nos droits) . Devise de l’Alabama

Les Evasions particulières de Véronique Olmi. Albin Michel. 💛💛💛

Les Evasions particulières par Olmi

Nous sommes dans les années 1970 à Aix en Provence. Agnès et Bruno catholiques convaincus ont 3 filles : Sabine, Hélène et Mariette. Ils vivent modestement dans un appartement. Avec le seul salaire de Bruno instituteur.
Nous allons suivre l’évolution de ces cinq personnages entre 1970 et l’arrivée au pouvoir de François Mitterand.
Sabine sera la première à quitter le cocon familial pour monter à Paris , tenter une carrière dans le théâtre.
Hélène la suivra quelques années plus tard pour faire des études de biologie. Hélène passé la majorité de ses vacances chez la soeur de sa mère,  Michelle, ainsi que chez son oncle David.
Celui ci est un notable , industriel, ayant pignon sur rue à Neuilly sur Seine,  Villers sur Mer ou encore Jersey.
Enfin Mariette, nettement plus jeune que ces deux soeurs et de santé fragile ( asthme ) vit chez Papa et Maman à Aix en Provence.
Les histoires personnelles de chacun et chacune seront traversées par les grands changements sociétaux et politiques de cette décennie.
Véronique Olmi  à choisi en priorité le prisme de l’émancipation féminine. 
Du procès de Gabrielle Russier ( professeur qui aimait un de ses élèves et qui s’est suicidée ) à  Gisèle Halimi et Simone Veil, Véronique  Olmi nous rappelle ce qu’était le combat des femmes pour l’avortement,  la pilule, le Planing Familial et l’émancipation sociétale.
Chacune à sa façon va être confrontée à cette émancipation et cette liberté.
Liberté sexuelle, religieuse, politique.
Les évasions particulières vont nous narrer les chemins, parfois de traverse, que vont suivre Agnès, Sabine, Hélène,  Mariette mais aussi Bruno et quelques amoureux et soupirants : Mathieu, Arthur et Joël .
Malheureusement cette fresque sur une décennie n’a pas la flamme, la force de nous transporter.
Je suis resté  à côté des personnages et à la sortie du roman je ne peux pas dire qu’un personnage m’ait transcendé.
Bien qu’ayant eu entre 20 et 30 ans à l’époque du roman j’imagine mal certaines situations concernant Bruno. ( je n’en dis pas plus pour garder l’intérêt du roman ). Il me semble impensable qu’il ne fut pas au courant.
Hormis ce manque de flamme et de réalisme parfois, Les Évasions particulières reste un roman  très agréable à lire.
Il nous rappelle  que l’émancipation de la femme et le féminisme sont toujours fortement et douloureusement d’actualité.
Il nous rappelle et nous questionne sur nos consciences.
Au début des années 80, un espoir des promesses se levaient.
Que sont ils devenus.

Véronique Olmi (auteur de Bakhita) - Babelio
Après avoir suivi des études d’art dramatique chez Jean-Laurent Cochet, Véronique Olmi a été assistante à la mise en scène pour Gabriel Garran et Jean-Louis Bourdon de 1990 à 19931. Auteur pour le théâtre, elle a également publié, en 2001, chez Actes Sud, son premier roman, Bord de mer2 qui a reçu le prix Alain-Fournier3. Son roman Cet été-là a reçu en 2011 le prix Maison de la Presse4. Elle bénéficie d’une reconnaissance internationale : ses ouvrages sont traduits en vingt langues et ses pièces sont jouées autant en France qu’à l’étranger5. En 1998, Le Passage est créé à Lausanne et Chaos debout au Festival d’Avignon, dans des mises en scène de Brigitte Jacques-Wajeman et Jacques Lassalle, les deux pièces seront reprises au théâtre des AbbessesPoint à la ligne est créée à la Comédie-Française (Vieux-Colombier) par Philippe Adrien. Mathilde est créée au théâtre du Rond-Point (salle Renaud Barrault) avec Pierre Arditi et Ariane Ascaride, dans une mise en scène de Didier Long1Je nous aime beaucoup est créée au Petit Théâtre de Paris dans une mise en scène de Josée Paul. Une Séparation est créée au théâtre des Mathurins, dans une mise en scène de Jean-Philippe Puymartin et Anne Rotenberg.
En 2012, elle crée avec Anne Rotenberg et Michèle Fitoussi, le festival de théâtre « Paris des Femmes » qui a lieu chaque année au théâtre des Mathurins et dont les textes sont édités à L’avant-scène théâtre6.
Elle a créé et dirigé le comité de lecture du théâtre du Rond-Point. À la demande de Laure Adler, elle a produit et animé une émission sur France CultureC’est entendu !7. Elle a participé, en tant que chroniqueuse, à plusieurs numéros du magazine télévisé Avant-premières, produit par Rachel Kahn.
En 2017, pour Bakhita, dédié à la sainte éponyme Joséphine Bakhita8, elle reçoit le prix du roman Fnac et le Prix Patrimoines BPE9. Le roman était finaliste du Prix Goncourt10, du Prix Goncourt des lycéens11 et du prix Femina12.

Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier. Editions de Minuit.💛💛💛

Histoires de la nuit par Mauvignier

Histoires de la nuit reprend le titre d’un livre de contes pour enfants que Marion lit le soir à sa fille Ida. Des histoires de dragons de vampires, de morts  et des contes qui doivent emmener Ida dans les prémices de la nuit et du sommeil.
Pour le livre de Laurent Mauvignier nous ne sommes pas dans le conte mais dans un huis clos oppressant de plus de 600 pages. Oppressant par l’histoire racontée mais tout autant oppressant par le style de Laurent Mauvignier.
Style fait de longues phrases qui disséquent jusqu’à l’os les lieux, les personnages les actions. Un style proche du cinéma,  du thriller.
Chaque mot pèse, chaque phrase creuse, approfondit ce huis clos.
Je n’avais pas ressenti à ce point cette précision d’écriture dans les précédents livres de Laurent Mauvignier ( Continuer – Autour du monde et des hommes )
Il me semble  que c’est ce style qui est le coeur du roman. Bien sûr il y a une intrigue, des personnages forts, un lieu perdu mais sans le style de Laurent Mauvignier nous serions dans polar classique.
Ici cette nuit de huis clos est encore plus terrifiante , obsédante et oppressante du fait des phrases allant de circonvolutions en circonvolutions, introspectant des personnages torturés,  thriller oblige
Il n’est pas toujours aisé de suivre ce style qui va vers la lenteur et des fois une certaine inaction.
Le choix de ce style m’a troublé et gêné dans la mesure où tous les événements de cette nuit de huis clos sont vu par le même prisme stylistique, quelque soit le sujet, l’action qui en découle.
Tout sera découpé à l’os, qu’il s’agisse de psychologie,  d’émotion,  mais aussi de la chute d’une casserole de ris de veau.
Peut on dire que Laurent Mauvignier en disséquant à outrance tous les moments de son roman  , ne nous laisse que très peu de place pour l’imagination et une vision autre de son roman ?
Je m’aperçois que je n’ai absolument pas  parlé de l’histoire…. mais je ne suis pas le seul si l’on considère le texte de la quatrième  de couverture :
Il ne reste presque plus rien à La Bassée : un bourg et quelques hameaux dont celui qu’occupent Bergogne, sa femme Marion et leur fille Ida,  ainsi qu’une voisine, Christine, une artiste installée ici depuis des années.  On s’active, on se prépare pour l’anniversaire de Marion dont on va fêter les quarante ans. Mais alors que la fête se profile, des inconnus rôdent autour du hameau.
On a déjà connu plus long comme pitch !
A partir de là,  la plume de Laurent Mauvignier ……

Description de cette image, également commentée ci-après
Diplômé en arts plastiques en 1991, Laurent Mauvignier publie son premier roman Loin d’eux en 1999 aux éditions de Minuit, qui restera sa principale maison d’édition durant toute sa carrière. Le roman reçoit le prix Fénéon en 20001. Son deuxième roman publié l’année suivante Apprendre à finir est récompensé de plusieurs prix, le prix Wepler en 2000, et les prix du Livre Inter et prix du deuxième roman en 2001.
En 2006, il obtient le prix du roman Fnac pour son ouvrage Dans la foule, roman autour du drame du Heysel survenu en Belgique en 1985, qui selon Télérama « frappait par son style déferlant, ses phrases longues et noueuses, son art de l’apnée vorace2. »
Son roman Des hommes, publié en 2009, obtient plusieurs prix, dont le prix Virilo la même année, et le prix des libraires l’année suivante. Le roman se penche sur des souvenirs du narrateur de la guerre d’Algérie avec pour la critique de Télérama une « vérité la plus nauséeuse sur une époque honteuse se fait jour. L’atrocité dit son nom, l’opprobre, l’incrédulité, l’humiliation, la bestialité aussi2. » Selon la critique du journal L’Express, l’ouvrage est « un roman majeur de Laurent Mauvignier sur les blessures de la guerre »3.
Installé à Toulouse4, il est pensionnaire de la Villa Médicis5 de septembre 2008 à septembre 2009.
En 2015, il écrit la pièce Retour à Berratham, publiée par Les Éditions de Minuit, pour Angelin Preljocaj, chorégraphe et directeur du Pavillon Noir à Aix-en-Provence. La pièce est créée par le Ballet Preljocaj lors du festival d’Avignon, dans la cour d’honneur, le 17 juillet 20156. L’ouvrage reçoit le prix Émile-Augier 20167, décerné par l’Académie française.

Comédies françaises d’Eric Reinhardt. Gallimard. 💛💛💛💛

Comédies françaises par Reinhardt

Le dernier roman d’Éric  Reinhardt, Comédies françaises, est un roman multiforme avec une ligne directrice et quelques digressions.
Depuis 2013 et une rencontre avec Louis Pouzin,  Eric Reinhardt à été marqué  par l’abandon, par la France dans les années 1970 d’un projet de création d’Internet.
Qui est Louis Pouzin ? Il s’agit d’un chercheur français qui découvrit le datagramme qui est à la base d’Internet. En 1974 le président Valéry Giscard d’Estaing  renonça à se projet au profit du  Transpac qui est à  la base du Minitel. Cet abandon avait une raison : le lobbyisme. Et plus particulièrement celui d’Ambroise Roux, président de l’imposante CGE, leader entr’autre dans la productions de commutateurs téléphoniques.
Le roman d’Éric Reinhardt va donc nous entraîner dans les arcanes de la politique industrielle française des années 1970, ainsi que dans le lobbyisme invétéré d’Ambroise Roux.
Pour nous faire découvrir ces arcanes, Eric Reinhardt nous adjoint un narrateur : Dimitri jeune homme de 27 ans.
Dès la première page du roman nous attends un avis de décès, celui de Dimitri.
Dès la deuxième nous connaissons les raisons du décès.  Un banal accident de la route qu’un article de journal nous détaille.
Cela posé , le roman d’Éric Reinhardt se lit avec plaisir et délectation.
A l’enquête concernant les raisons de l’abandon du datagramme et des joies du lobbyisme se superpose la découverte de la vie de Dimitri, jeune homme bisexuel, recherchant toute aventure possible ,bien dans son époque, ayant lui même fait du lobbying avant de devenir reporter à l’AFP. Il est évidemment tentant d’en faire un double d’Eric Reinhardt.( à tort ? )
Et la vie de Dimitri est une double enquête ; d’un coté l’enquête sur le pourquoi de l’abandon du datagramme, de l’autre côté,  qu’elle est cette jeune femme entrevue à  Madrid, puis deux fois à Paris.
Ces deux enquêtes  permettent de passer allègrement des années 70 aux années 2015.
Le spectre politique et social est très large et nous montre combien la société a changé .
Eric Reinhardt se permet quelques digressions pour nous entretenir de Max Ernst ou encore de Pollock. Cela ne nuit pas.
Quand aux pages sur Ambroise Roux, elles sont autant mordantes que sont iconoclastes les courriers envoyés au fils d’Ambroise Roux et à Valéry Giscard d’Estaing.
Ce roman a un côté jubilatoire, un côté pot de terre contre pot de fer.
Dimitri par sa singularité,  son ton décalé nous entraîne avec lui dans ses enquêtes et dans  sa vie un peu dissolue mais diablement enlevée,  poétique et théâtrale.
Enfin comment ignorer Louis Pouzin, ce chercheur que l’on a laissé au bord du chemin.
Il a gardé douceur, empathie et bienveillance.
Et les mots d’Éric Reinhardt sont magnifiques
 » Ses rides témoignaient  de la fréquence  de ses sourires, les plus marquées chez lui n’étant pas celles de l’inquiétude,  du doute ou de l’angoisse, mais de la joie, de la vitesse : ces rides là étaient de  celles qui soulignant ce qui est vif chez une personne en exacerbent la beauté  plutôt qu’elle ne la flétrissent. »
Comédies Françaises porte bien le nom d’une certaine France , que ce soit en 1970 ou dans les années 2020.

Eric Reinhardt : son ode à la beauté, à l'art, et à l'amour
Éric Reinhardt a vécu à Nancy jusqu’à sa sixième année, à Marseille de 1970 à 1972, à Clichy-sous-Bois1, quartier du Chêne Pointu, de 1972 à 1977, puis à Mennecy, dans l’Essonne2, dans un lotissement Levitt[Quoi ?] que l’on retrouvera dans plusieurs de ses romans, de 1977 à 1983, date à laquelle il obtient son bac C au lycée de Corbeil-Essonnes et s’installe à Paris, rue de Sèvres, dans une chambre de bonne, évoquée elle aussi dans plusieurs de ses livres. Admis dans une classe préparatoire à HEC au lycée Jacques Decour, dans le neuvième arrondissement de Paris, il intègre deux ans plus tard une école de commerce, l’Institut supérieur de gestion3, avec le projet de travailler dans l’édition. Il fait ses armes aux éditions Le Castor astral puis travaille chez Albin Michel et aux Éditions Flohic, où il s’initie à la conception de livres d’art. Il occupe, auprès d’Éric Hazan, le poste de directeur éditorial des éditions Hazan de 1994 à 1999. Il est, depuis, éditeur de livres d’art et directeur artistique indépendant.

Les Chevaux d’Hitler d’Arthur Brand. Armand Colin. 💛💛💛

Les chevaux d'Hitler par Brand

Les chevaux d’Hitler est un livre remarquable qui retrace la traque de l’un des trésors architectural du Troisième Reich.
Arthur Brand qui nous raconte l’histoire est un enquêteur néerlandais spécialisé dans la criminologie artistique.
Les chevaux d’Hitler sont des statues monumentales qui été érigées devant la chancellerie du Reich à  Berlin. Elles ont disparu lors du bombardement du bunker d’Hitler par les russes et les alliés en 1945.
Depuis cette date plus de nouvelles.
Or en 2014, Arthur Brand est mis en contact avec une photo représentant les chevaux d’Hitler prise après  1945.
S’agit il d’un faux ou les sculptures sont elles toujours existantes.
C’est ce que va nous apprendre ce livre avec une enquête digne d’un roman d’espionnage.
Tout y est : les nazis, les Russes,  la Stasi,  le KGB, les services secrets, les sociétés secrètes ou encore les marchands d’art véreux 
Et tout est réel.
Cette enquête va nous permettre d’en savoir plus sur les deux grands sculpteurs du Troisième  Reich : Josef Thorak et Arno Breker. Quel rôle avait il dans la machine d’État nazi.
De même  pour le rôle joué  par l’état Est Allemand et les Russes dans la dispersion des oeuvres du Troisième Reich.
Je n’en dirais pas plus pour conserver le  côté polar et enquête
C’est instructif ,enlevé , et très plaisant à  lire.
Que demander de plus !

Qui est Arthur Brand, «l'Indiana Jones du monde de l'art»?
Arthur Brand est surtout connu comme un enquêteur néerlandais sur la criminalité artistique qui a récupéré plus de 200 œuvres d’art. Sa vocation est d’être historien de l’art et consultant en art. C’est par amour de l’art qu’il prend la récupération de l’art perdu comme un intérêt personnel. 

Les démons de Simon Liberati. Stock. 💛

Les démons par Liberati

Comme cela au debotté, je ne trouve pas de mots pour caractériser ce roman. Peut être sulfureux malsain ou encore ennuyeux confus et boursouflé.
Simon Liberati à sûrement voulu décrire une époque ( 1967 ) par le bout de la lorgnette jet set – art – sexe – partouze- drogue et dépravation.
Il noit son roman dans un nombre incalculable de personnes ( pas des personnages ) allant de Truman Capote à Brigitte Bardot en passant par Aragon, Andy Wharol, Mauriac , le cardinal Danielou ou encore André Malraux, Emmanuelle !
C’est vain et sans intérêt. Ces personnages de fiction se débattent dans ce cloaque et n’ont aucune
consistance et globalement ce qui leur arrive nous laissent de marbre.
C’est un élitisme de bas étage qui se vautre dans la drogue, la dépravation et la pédophilie en Thaïlande.
C’est totalement navrant et le terme est faible.

La Sociètè des Belles Personnes de Tobie Nathan. Stock. 💛💛💛

La Société des belles personnes par Nathan

La société des Belles Personnes de Tobie Nathan est la suite de l’un de ses précédents romans : Ce pays qui te ressemble.
Ces deux romans traversent l’Egypte durant le 20 ème siècle ainsi que la destinée des Juifs d’Egypte.
Pour ce roman, nous sommes en 1952 et nous retrouvons l’un des personnages principal de Ce pays qui te ressemble : Zohar Zohar ( ne pas avoir lu le premier roman ne gène en rien pour la compréhension de la Société des Belles Personnes).
En 1952 , en tant que Juif d’Egypte , Zohar Zohar est contraint à l’exil et se réfugie d’abord en Italie puis en France.
Au début du roman nous nous retrouvons de nos jours au cimetière de Pantin pour l’enterrement de Zohar Zohar , auprès de son fils François Zohar.
Le roman , au travers de personnages différents va retracer à François Zohar ce que fut la vie de son père entre son exil et son décès en France.
Nous allons donc régulièrement franchir les rives de la Méditerranée entre France et Egypte.
Ce sera pour Tobie Nathan l’occasion de nous rappeler l’histoire égyptienne ( exil de Farouk et coup d’état de Nasser ) mais aussi l’ingérence des anciens nazis dans l’appareil d’état égyptien ou encore la vie et les envies de vengeance des rescapés des camps de la mort.
Contrairement au roman Ce pays qui te ressemble , La Société des Belles Personnes pèche par un manque d’unité et reste sur le pourtour des sujets.
A vouloir traiter une multitude de sujet , le roman perd de sa sensibilité et de son émotion.
Pour le premier roman Tobie Nathan écrit une histoire antérieure à sa naissance.
Ce roman-ci est contemporain de Tobie Nathan et c’est comme s’il avait perdu une partie de sa plume orientale ou comme si les sujets abordés l’avait plombé.
Cette Société des Belles Personnes qui doit porter le roman reste en retrait et n’arrive pas à nous envouter totalement.
Néanmoins cela reste un bon moment de lecture mais en recul par rapport à Ce pays qui te ressemble.