Archives pour la catégorie Roman

Les hommes de Shetland de Malachy Tallack. Buchet Chastel.🟩🟩🟩◼️◼️

Les hommes de Shetland

Malachy Tallack

Buchet-Chastel

Traduction : Anne Pouzargues

ISBN : 978 – 2 – 28303 – 980 – 9 Août 2025

288 pages

Jack est un sexagénaire qui vit dans une des Iles Shetland. Il vit seul dans un cottage bercé par la musique country et l’écriture. On peut dire qu’il est un peu introverti et très sensible.
Le cottage dans lequel il vit est celui de ses parents : Sonny et Kathleen Paton.
L’histoire de ce roman va se dérouler, lentement, au rythme des vies quotidiennes des personnages. En oscillant entre les années de jeunesse de Sonny et Kathleen et celles actuelles de la vie de Jack.
Cette oscillation sera marquée aussi par la présence d’un chaton Loretta ,d’une petite fille en quête d’amitié et de la musique country.
Il ne faut pas rechercher dans ce roman des événements extraordinaires.
C’est une vie tranquille qui se déploie devant nous, simple et attachante.
Les hommes de Shetland est le premier roman de Malachy Tallack écrivain, journaliste et musicien.
Il accompagne son roman d’un bar code renvoyant aux musiques et textes qu’il a écrit pour ce livre. Cela concourt à cette simplicité et lenteur. le côté îlien.
Reste que cette simplicité et celle lenteur peuvent engendrer un ennui. Mais l’ennui n’est il pas aussi synonyme de vie îlienne ?
Reste un livre de rien qui se lit sans déplaisir, à l’ombre de quelques musiques country.

Né en 1980 dans les Shetland, Malachy Tallack est écrivain, journaliste et musicien. Il est l’auteur de plusieurs essais remarqués (« Sixty Degrees North », « The Un-Discovered Islandsc») et d’un premier roman – non traduit – salué par la critique (« The Valley at the Centre of the World »)

La Valse Atlantique

Je valsais sur les vagues

J’étais fou, j’étais brave

Je faisais de mon mieux

Quand j’ai baissé la garde, la mer m’a frappé fort

Et elle m’a emporté comme un morceau de bois

Refrain

Elle te bercera, elle te secouera

Elle essayera de te contrôler

Elle te fera tournoyer et tourbillonner jusqu’à ce qu’un jour

Tu apprennes a rester en mesure avec ce rythme de sel

Cette magnifique valse atlantique

Comme une giroflée flétrie

Aux dernières heures de la nuit

Au bord de cette atlantique ,infinie piste de danse

Trop tard je suis rentré, j’ai commencé à tourner

J’ai été avalé et recraché encore.

Refrain

Passagères de nuit de Yanick Lahens. Sabine Wespieser. 🟩🟩🟩🟩◼️

Passagères de nuit

Yanick Lahens

Sabine Wespieser

ISBN 978 – 2- 84805 – 570 – 1 Août 2025

224 pages

On ne présente plus Yanick Lahens , auteur de 17 romans, prix Femina en 2014. Elle est une femme d’Haïti et de l’esclavagisme.
Son dernier roman Passagères de nuit se classe dans la recherche des origines, de la place de la femme haïtienne et de la mémoire.
Le roman se situe sur deux périodes entre 1750 et 1850. Première partie à Saint Domingue et La Nouvelle Orléans, puis deuxième partie en Haïti.
Née en 1818 à la Nouvelle Orleans, Elisabeth Dubreuil n’a pas reculé quand elle a été victime de deux tentatives de viol par un ami de son père. Sa grand mère, ancienne esclave arrivée d’Haïti avec son maître qui l’a affranchi va lui donner un exemple de résistance silencieuse.
Cette grand mère va faire connaître le vaudou, le mystère des divinités à Elisabeth et l’aider à fuir la Nouvelle Orléans et embarquer pour Port au Prince. On retrouve Élisabeth des années après, mère d’un homme qui traverse la ville en libérateur : le général Leonard Corvaseau.
Ce roman est porté par une écriture magnifique faite de douceur, de poésie mais aussi de cette violence liée à Haïti.
On peut juste peut être regretter un décalage entre les deux parties du livre avec dans la deuxième partie un narrateur se cachant pendant une quarantaine de pages.
Ceci dit le roman reste un roman d’émotion, de liberté , d’émancipation qui nous parle de mémoire, de génération.
Livre lu en tant que jury du Prix de la librairie Au bord du jour à Voiron (38)

Yanick Lahens, née le 22 décembre 1953 à Port-au-Prince en Haïti, est une écrivaine haïtienne, lauréate de l’édition 2014 du prix Femina pour son roman Bain de lune. Elle est titulaire de la chaire « Mondes Francophones » au Collège de France et a prononcé sa leçon inaugurale intitulée « Urgence(s) d’écrire, rêve(s) d’habiter » le 21 mars 2019.

Ce que prend la mer de Manon Fargetton. Editions Héloise d’ormesson. 🟩🟩🟩◼️◼️

Ce que prend la mer

Manon Fargetton

Editions Héloise d’Ormesson

ISBN : 978 – 2 -48781 – 935 – 1 Août 2025

304 pages

Térence , violoncelliste de renom, a fait un AVC dans sa cabane suspendue au dessus de la plage à Saint Malo. Sa fille, Maxine accourt à son chevet avec sa sœur.
C’est l’occasion de redécouvrir cette cabane , ces souvenirs mais aussi ces secrets. Dans un tiroir, Maxine retrouve des polaroids, envoyés régulièrement et qui dessinent une vie secrète en Ecosse il y a de nombreuses années.
Maxine interroge sa mère, sa sœur, l’agent de son père. En vain. Pas d’explications .
Elle décide donc de partir en Ecosse sur les traces d’une partie de la vie de son père. Une recherche du père qui va déboucher sur une autre recherche autour de la parentalité.
Maxine produit des documentaires sur le web et celui qu’elle travaille actuellement parle du besoin ou non d’enfant. Pour cela elle interroge au hasard des personnes avec une seule question : Pourquoi vouliez vous un enfant ?
Cette recherche documentaire se mélange rapidement à la vie secrète de son père en Ecosse.
Le style de Manon Fargetton est fluide et très agréable. Elle a la superbe idée de donner la narration à cette île écossaise où Maxine pense découvrir les secrets de son père.
Malgré la qualité du texte, des descriptions, des personnages, j’ai été dérangé par le parti pris de l’auteur sur la parentalité. Il me semble que la parentalité parle des mères et des pères. Là il n’est question que d’une vision féminine. C’est un choix de l’auteur que je n’apprécie pas. Dans ces interviews Maxine n’interroge que des femmes sur le besoin d’enfant. Qu’en est-il de l’homme. Quelle place ?
Il en ressort que faire un enfant n’est pas nécessaire actuellement. Vision réaliste ou pessimiste ?
Roman de l’identité qui se limite à une parentalité dans l’air du temps. Les couples se font et se défont, toutes les expériences sont bonnes.


A réfléchir
Lu dans le cadre du Livre 2025 de la Librairie Au bord du jour à Voiron (38) .Membre du Jury

Manon Fargetton vit dans le Morbihan et voyage dès qu’elle le peut, en particulier en Écosse. Après dix ans à partager sa vie entre la régie lumière au théâtre et ses romans, elle se consacre désormais à l’écriture. Si elle vient des littératures de l’imaginaire, elle a exploré de nombreux genres au fil des années. Elle a reçu le prix Imaginales pour L’Héritage des Rois-passeurs, le prix Renaudot des écoliers et le prix Chronos pour la série Les Plieurs de Temps, et Le Suivant sur la liste a été couronné par seize prix littéraires. En 2024, son roman Nos vies en l’air a été adapté en série par FranceTV. Tout ce que dit Manon est vrai, son premier roman de littérature adulte, a paru en 2022 et rencontré un grand succès. Ce que prend la mer est le deuxième.

Malu A contre vent de Clarence Angles Sabin. Le Nouvel Attila. 🟩🟩🟩◼️◼️

Malu à contre vent

Clarence Angles Sabin

Le Nouvel Attila

ISBN : 978 – 2-48774 – 929 – 0 Août 2025

192 pages

Avec ce premier roman, Clarence Angles Sabin nous entraîne dans les années 2010/2020 au coeur du Rouergue du plateau aveyronnais et au sein d’une bergerie et du monde rural.
Malu a dix ans et vit avec sont père et sa grand-mère a l’écart dans une bergerie, autour d’un paysage fait de trois collines dont celle où elle va enterrer les brebis mortes.
Malu est une jeune fille mal dans sa peau. Elle se scarifie, se sent harcelée à l’école.
Durant le temps du roman, sa grand-mère va petit à petit perdre la mémoire.
Le père est taiseux et vit de sa ferme. Sa femme qui venait de la ville , est partie après avoir donné naissance à Malu; dans l’impossibilité de s’intégrer à ce monde rural.
Malgré le style de l’auteur ( description magnifique et personnages rugueux) j’ai trouvé que ce roman voulait embrasser trop de thèmes.

Prenant un contexte rural ressemblant aux livres de Sandrine ColletteCécile Coulon ou Franck Bouysse, il ma semblé que le situer aux confins des années 2010 n’était pas réaliste. ce n’est qu’une impression.
J’ai lu que l’autrice avait souhaité écrire autour du mythe d’Antigone
La morale du mythe peut correspondre au livre : héroïne tragique devenue symbole de résistance. A contre-vent.
Antigone honorait son frère Polynice par des funérailles dignes. Ce n’était pas seulement un devoir familial mais un devoir divin.
Malu vit et revit cela avec l’enterrement de ces brebis. La vie contre la mort.
Livre noir.
Livre lu dans le cadre du « Livre 2025 » de la librairie Au bord du jour à Voiron. ( Jury)

Clarence Angles Sabin, vingt-huit ans, travaille dans l’édition de revues scientifiques. Originaire de l’Aveyron, elle est fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’agriculteurs. C’est dans les paysages qui ont bercé son enfance qu’elle puise son inspiration et nourrit son écriture sensible et ombrageuse.

Nourrices de Séverine Cressan. Dalva. 🟩🟩🟩🟩◼️

Nourrices

Séverine Cressan

Dalva

ISBN : 978-2-48760 – 046 – 1 Août 2025

272 pages

Severine Cressan donne la parole à des femmes souvent invisibles ou de peu. Les nourrices. le roman n’est pas daté . On parle de Tour d’abandon, de charrettes, de maîtres de villes et de campagnes. le moyen âge, le 18 ou 19 -ème siècle ? Cela a peu d’importance en réalité.
Dans cette période non datée ni géographiquement située, Sylvaine qui vient de sevrer son fils Jehan va devenir nourrice d’un enfant de la ville, une petite fille nommée Gladie. Dans le même temps, elle va découvrir au milieu d’une clairière un bébé abandonné avec à côté de lui un carnet..
Sylvaine va donner son lait maternel à ses deux enfants. Malheureusement Gladie va mourir rapidement et Sylvaine et son mari Andoche vont substituer le bébé de la clairière à Gladie.
Cette substitution va bien entendu créer des péripéties.
Mais l’important n’est pas là. L’important est dans ces nourrices qui se battent pour les bébés, elles mêmes et leur liberté. Elles détiennent un trésor : la vie et le lait maternel. Elles sont pourtant invisibles et non reconnues. Elles sont de l’argent pour les hommes ,les ma8tres et les meneurs.
Nourrices raconte l’émancipation de ces femmes, leur recherche de liberté et la connaissance et reconnaissance de leur corps.
Sylvaine marche dans la forêt derrière la charrette conduite par le Meneur. Les femmes se font brinqueballées par le chemin.
Si Sylvaine marche derrière la charrette c’est que le Meneur a refusé sa présence. Alors Sylvaine marche derrière. Durant deux jours entre collines et forêts. Les femmes vont trouver toutes sortes de raison de ralentir la charrette pour que Sylvaine ne la perde pas de vue.
Et puis elles vont chanter et Sylvaine va suivre le chant. Et puis elles vont descendre l’une après l’autre de la charrette toujours en chantant.. Une chaîne, un lien qui devient un manifeste.
Livre lu dans le cadre du prix 2025 de la Librairie Au bord du jour à Voiron. ( Jury)

Séverine Cressan, née en 1976 dans la région lyonnaise, est passionnée depuis toujours par la littérature et la découverte de nouveaux horizons. Son amour des mots l’a conduite vers des études de lettres modernes et d’allemand puis au professorat. Elle a enseigné en France, en Allemagne et en Belgique. Elle vit aujourd’hui sur la côte Atlantique, au sud de la Bretagne.

La bouche dans le sable de Kevin Thiévon. Le bruit du monde. 🟩🟩🟩🟩◼️

La bouche dans le sable

Kévin Thiévon

Le bruit du monde

ISBN : 978-2-38601-072-9 Août 2025

224 pages

Premier roman bouleversant et maitrisé de bout en bout. Kevin Thievon a vécu en Irak et a pris ce pays en toile de fond de son roman.

Il va faire percuter deux adolescents dans le sud de la France, à Juan-les-Pins. D’abord l’adolescence de Marwan, jeune Irakien de 10 ans. Celui-ci a pour grand-père Ali le chimique, seigneur d’Irak qui a gazé les Kurdes en 1988. Ali le Chimique est au sommet du parti Bass et de la société irakienne. En 2003, lors de l’invasion irakienne, les parents de Marwan et lui-même sont exfiltrés et viennent vivre dans une villa du pouvoir irakien à Juan-les-Pins.

Marwan en France a peu de conscience du rôle génocidaire de son grand-père. Il reste loyal à la famille et à l’aura de celle-ci.

Dans le même temps, Elsa, petite fille de 8 ans vivant à Nantes, vient régulièrement en vacances dans la maison de ses grands-parents à Juan-les-Pins. Et puis Elsa va vivre totalement avec ses grands-parents à Juan-les-Pins.

Il y a aussi Sergio, un homme au visage cabossé par la vie, qui travaille au parc d’attraction du Luna Park. Il s’occupe du train fantôme. Il connaît la grand-mère d’Elsa, Féfée.

Dans le temps du roman, pas toujours chronologique, tous ces personnages vont se rencontrer et constituer un puzzle qui va se découvrir peu à peu. Même les noms changent : Elsa devient Zelda, Sergio peut être Sangar et derrière Féfée peut se cacher Julianne.

Avec une écriture réaliste, courte et de l’âge de l’auteur (32 ans), le récit met du temps à s’incarner. On est d’abord un peu spectateur, et puis le puzzle s’éclaircit. Au sein du kaléidoscope du roman, ces personnages vont interagir et se révéler les uns aux autres. Et pour nous, lecteurs, cette évolution va nous révéler la réalité du roman. Les émotions et les ressentis affluent et vous submergent. Bouleversé et interrogatif sur des vies mutilées par des monstres familiaux et en empathie pour ces exils.

Petit-fils d’un génocideur, comment être responsable et non coupable. Quelle identité se construire. Quel regard sur son pays. Un retour est -il possible ? Comment vivre et consolider une relation après un massacre ?

Marwan, Zelda, Sangar et Féfée n’ont plus de bouche dans le sable. La solidarité les aura sauvés. Peut-être pas dans ce qu’ils espéraient initialement. Mais : « Quelques cendres repoussent toujours après la cendre. » Il suffit d’aller voir « 
Livre lu dans le cadre du prix de la Librairie Au bord du Jour. Voiron. 38 ( Jury)

Né en 1993 à Lyon, Kévin Thiévon est diplômé de l’EDHEC et du King’s College de Londres. Son parcours dans les relations internationales l’a notamment conduit à vivre en Irak, un pays dont l’histoire a en partie inspiré ce premier roman.

Kévin Thiévon a été lauréat du Prix du Jeune Écrivain en 2020.

Il vit aujourd’hui à Paris.

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar d’Antoine Choplin. La fosse aux ours. 🟩🟩🟩🟩◼️

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar

Antoine Choplin

La fosse aux ours

ISBN : 978-2-35707-095-0 Janvier 2017

200 pages

Toujours le même plaisir avec Antoine Choplin : un style impeccable, des phrases courtes, des ellipses et de la délicatesse. L’art de ne pas y toucher et pourtant, en filigrane, la gravité est présente.

Antoine Choplin nous entraîne dans les années 1960 en Tchécoslovaquie. Tomáš Kusar est un jeune cheminot à la gare de Trutnov. Une vie à rêver au passage des trains, une vie à aimer la nature, les arbres et les oiseaux. Même que Tomas Kusar photographie les écorces des arbres. Quelques libertés dans un pays de l’Est sous la chape du communisme

Et puis, comme tous les ans, il y a le bal des cheminots. Danses, bières et spectacle théâtral. Dans la troupe qui se produit cette année, il y a un certain Vaclav Havel, futur dissident et président de la République tchèque dans les années 1990.

Cette rencontre va décider de la vie de Tomas. Par petites touches et flashbacks, Antoine Choplin va nous raconter la trajectoire, le destin de certains personnages vers la révolution de velours qui a porté Václav Havel au pouvoir.

La réflexion porte sur l’amitié, l’engagement, la portée de la culture.

Un engagement dont Václav Havel dit :

« Chacun de nous, même s’il est sans pouvoir, a le pouvoir de changer le monde. »

« Mais si maintenant je considère qu’indépendamment de l’état du monde, les choses résident dans ce que chacun d’entre nous pourrait devenir en tant qu’être humain autonome capable de responsabilité et d’action, alors tout devient différent. »

« Par exemple, je peux essayer de me comporter dans la vie de tous les jours d’une manière qui me semble juste et appropriée. »

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar est un roman éminemment humain et humble. Et l’humilité et l’humanité permettent de belles choses.

Antoine Choplin est depuis 1996 l’organisateur du festival de l’Arpenteur, événement consacré au Spectacle Vivant et à la Littérature.

Il vit près de Grenoble, où il concilie son travail d’auteur, ses activités culturelles et sa passion pour la marche en montagne.

Il est également l’auteur de plusieurs livres parus aux éditions de La fosse aux ours, notamment « Radeau » (2003, Prix des librairies Initiales), « Léger fracas du monde » (2005) et « L’Impasse » (2006).

Antoine Choplin a reçu le Prix France Télévision en 2012 pour « La nuit tombée ».

Le mage du Kremlin de Giuliano da Empoli. Gallimard. 🟩🟩🟩🟩◼️

Le mage du Kremlin

Giulano da Empoli

Gallimard

ISBN : 978-2-07295-816-8 Avril 2022

288 pages

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La sortie en 2025 de L’heure des prédateurs de Giuliano Da Empoli a fait que j’ai d’abord voulu lire son livre précédent, le mage du Kremlin, sorti en 2022.

Bien m’en a pris de lire ce livre trois ans après sa sortie.

Giuliano Da Empoli a un don de prescience ou en tout cas de projection dans l’avenir.

Le Mage du Kremlin est inspiré de l’éminence grise de Poutine : Vladislav Surkov. Dans le livre, celui-ci prend les traits de Vadim Baranov. C’est le seul personnage de fiction du roman. Tous les autres personnages, tous les faits sont réels.

Vladimir Baranov vient du monde du théâtre et de la télé-réalité. Il va rencontrer le milliardaire des médias, Boris Berezovsky. Celui-ci va lui demander de passer de la fiction à la réalité, en participant à la mise en scène et à la montée au pouvoir de Vladimir Poutine.

Nous sommes en 1999, Boris Eltsine préside depuis huit ans la fédération de Russie. Sa présidence est marquée par les crises, les scandales, les privatisations et l’émergence des oligarques. La Russie se libéralise à outrance au profit de quelques-uns. La corruption devient endémique.

La dérive du pouvoir, Eltsine malade, tout fait peur.

Forcé, Eltsine démissionne et nomme Poutine président. Devenu président, Poutine se voit comme le sauveur de la Russie et veut lui redonner puissance et grandeur en imposant des méthodes autoritaires, devenant avec le temps autocratiques.

Avec profondeur, Giuliano Da Empoli creuse les failles et analyse la continuité de la Russie tsariste, communiste et poutinienne. Analyse effrayante sur la mise en place d’une accession au pouvoir pour certains et la servilité pour tous les autres.

Le roman se termine alors que l’Ukraine n’a pas encore été envahie en 2022. Pourtant toutes les pages de ce livre sont visionnaires et nous disent la situation actuelle : un ancien directeur du FSB, mégalo, sans opposition, révisionniste de l’histoire, voulant créer la troisième Rome.

Un roman réaliste qui permet de comprendre (un peu pour les Occidentaux) ce qu’est la désinformation, la propagande.

Et en 2025, d’autres personnages dansant sur le même fil apparaissent : Trump, Musk, Orban, Fisko. On les retrouve dans le dernier ouvrage de Giuliano Da Empoli : L’heure des prédateurs.

Giuliano da Empoli, né en 1973 à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain et conseiller politique italosuisse. Il est le président de Volta, un think tank basé à Milan, et enseigne à Sciences-Po Paris.

Ancien adjoint au maire de Florence, chargé de la Culture, il a été le conseiller politique du président du Conseil italien Matteo Renzi

Il a été membre du conseil d’administration de la Biennale de Venise et président du cabinet Vieusseu] à Florence.

De 2006 à 2008, il est le conseiller du ministre de la Culture et vice-président du Conseil des ministres italien Francesco Rutelli.

En 2016, il fonde le think tank Volta, membre du réseau Global Progress, dont la vocation est de donner vie à un groupe de réflexion de nouvelle génération, abordant des thèmes liés aux évolutions du monde contemporain tout en prenant en compte l’histoire et la culture italiennes.

Depuis 1996, il publie régulièrement des articles et des éditoriaux dans les principaux journaux italiens, parmi lesquels le Corriere della SeraLa RepubblicaIl Sole 24 Ore et Il Riformista. En 2022 sort Le Mage du Kremlin, son premier ouvrage de fiction, qui dresse le portrait de Vadim Baranov, une éminence grise de Vladimir Poutine, personnage inspiré de Vladislav Sourkov. Le livre remporte le grand prix du roman de l’Académie française et fait partie de la sélection finale pour le prix Goncourt 2022

Les Saules de Mathilde Beaussault. Seuil Cadre Noir. 🟩🟩🟩🟩◼️

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Les Saules

Mathilde Beaussault

Seuil- Cadre Noir

ISBN : 978-2-02-157698-6 Janvier 2025

272 pages

Le premier roman de Mathilde Beaussault est une belle réussite.

Roman noir maîtrisé, dans un style parlé, qui nous entraîne dans les confins d’un hameau breton, entre Haute Motte et Basse Motte. À la Haute Motte, il y a un pharmacien. Celui-ci a une femme et une fille, Marie, 17 ans et déjà cataloguée  : «  Marie, couche-toi là  !  »

Le corps de Marie va être retrouvé. Elle a été étranglée. Ce corps a été découvert par Marguerite, enfant soi-disant simple d’esprit. Elle est la fille d’un couple d’agriculteurs qui vivent à la Basse Motte pas loin des saules et de la coulée verte où a été découvert le corps de Marie.

Un thriller classique avec un mobile, un coupable et des haines ressassées entre classes sociales. Mais Les Saules n’est pas qu’un thriller classique. Mathilde Beaussault installe une ambiance, une atmosphère prenante. Cette ambiance prime sur l’intrigue, bien que celle-ci soit bien ficelée. de même, la façon de décrire les interrogatoires est originale. Nous n’avons que les réponses des protagonistes dans un style familier, près de la réalité. Les questions des enquêteurs nous sont suggérées par les réponses des personnes interrogées. Cela donne des ressentis remarquables.

Les Saules est un roman noir rural et naturel où les personnages sont ciselés en quelques phrases et descriptions et où l’âpreté de chacun prend sa place et envoûte. Mathilde Beaussault nous entraîne dans cet univers et cette ambiance. Mieux nous nous fondons dans ce hameau breton et, comme Marguerite, nous épiions et essayons de comprendre.

Un premier roman d’une grande intensité. Mathilde Beaussault marche sur les traces de Franck Bouysse ou de Sandrine Collette. Excusez du peu.


Née en Bretagne mais angevine d’adoption depuis maintenant treize ans, Mathilde Beaussault enseigne le français dans un collège ligérien et vient de publier son premier roman.

Biberonnée à la littérature, Mathilde Beaussault lit chaque jour et ses choix sont très éclectiques (de Roland Barthes à Benjamin Whitmer en passant par Marguerite Duras ou Olivier Norek), mais elle est surtout  dingue des romans et nouvelles de Ron Rash . Ses origines paysannes lui ont inspiré ce roman noir rural qu’elle a situé dans un petit village au fin fond de la Bretagne dans les années quatre-vingt.

Un avenir radieux de Pierre Lemaitre. Calmann-Levy. 🟩🟩🟩🟩🟩

Un avenir radieux.

Pierre Lemaitre

Calmann-Levy

ISBN : 978-2-70218-362-5 Janvier 2025

592 pages

Quel plaisir de retrouver la famille Pelletier dans ce dernier roman de Pierre LemaitreUn avenir radieux est le troisième tome de Les Années glorieuses. Après nous avoir fait connaître la famille Pelletier dans le grand monde et le silence et la colère, nous retrouvons cette famille en avril 1959. Louis et Angèle, les parents, ont quitté Beyrouth et se sont installés au Plessis. Les enfants, Jean, François et Hélène, viennent les voir régulièrement. La famille s’est agrandie et les petits-enfants, Martine, Alain, Philippe, Colette, prennent de la place. D’ailleurs, Colette vit à demeure chez les grands-parents.

Les pièces rapportées, gendre et belles-filles, sont toujours là : Lambert, Nine et Géneviève.

En quelques pages et avec talent, Pierre Lemaitre nous restitue tout cela et nous sommes replongés avec délectation et étonnement dans cette famille. Reviennent les souvenirs de la savonnerie, de Dixie ou encore des articles de presse de François. Reviennent aussi les vicissitudes et troubles de Geneviève et Jean. Tout est là pour passer un petit mois en 1959 avec cette impayable famille Pelletier. Un petit mois au rythme « page turner » de Pierre Lemaitre. Des pages empruntent d’amour, de méchanceté, de violence, d’espionnage et de révélations. Mais aussi faite d’une documentation pointue.

Tout cela est truculent. Un avenir radieux est le slogan des pays communistes des années 60, et une longue virée à Prague, en Tchécoslovaquie, nous rappelle tout le bien-fondé de ce slogan !

Au-delà de cet avenir radieux, on voit éclore le personnage touchant de Colette. Un personnage de révolte et de promesses contre la domination masculine et qui préfigure les combats d’aujourd’hui.

Le romanesque, l’aventure, mais aussi le réalisme de la société.

« le lecteur rencontrera deux ou trois circonstances invraisemblables que nous maintenons par respect pour la vérité. » Les Misérables Victor Hugo. Exergue du roman Un avenir si radieux.

Billet des deux tomes précédents :

Le grand Monde

Le silence et la colère

Pierre Lemaitre, né le 19 avril 1951 à Paris, est un écrivain et scénariste français.

Il reçoit le prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut et un César en 2017 pour l’adaptation de cette même œuvre.

Pierre Lemaitre passe sa jeunesse entre Aubervilliers et Drancy auprès de parents employés, qu’il situe politiquement « à gauche »

Psychologue de formation et autodidacte en littérature, il effectue une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d’enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires.

Il se consacre ensuite à l’écriture en tant que romancier et scénariste, vivant de sa plume à partir de 2006. Il assure chaque mois la rubrique Classiques et Cie dans Le Magazine littéraire jusqu’au changement de nom de ce magazine. De 2011 à 2013, il est administrateur de la Société des gens de lettres.