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Tous, sauf moi de Francesca Melandri .Gallimard💛💛💛💛💛

Tous, sauf moi par Melandri

Tous , sauf moi de Francesca Melandri est un livre qui nous donne l’impression de comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure.
A travers la longue vie d’Attilio Profeti, 95 ans en 2010, Francesco Melandri nous raconte un siècle de l’histoire de l’Italie.
Siècle d’histoire italienne qui va de l’histoire coloniale au fascisme et aux grands flux migratoires de l’histoire actuelle.
Tous, sauf moi est la rencontre du passé et du présent et des conséquences de ces rencontres.
« Nous sommes blancs, Ilaria. Notre père est blanc.
S’il avait vraiment un quart de notre sang, il serait disons, beige. Et en fait il est marron.
Beige ? Marron ? Mais qu’est ce tu dis Attilio !
Tu veux évaluer la couleur de la peau avec un Pantone ?
Je n’ai pas besoin d’un nuancier. Je vois de mes propres yeux qu’il est trop foncé.
Moi j’ai vu de mes propres yeux une carte d’identité éthiopienne où figure le nom de mon père qui est aussi le tien . Et çà c’est un fait. »
Dès le le début du roman, on découvre comment l’histoire la plus enfouie revient en boomerang par l’intermédiaire de Shimeta Ietmgeta Attilioprofeti. En 2010 Shimeta se trouve sur le seuil de la porte de l’appartement d,Ilaria, romaine de 40 ans.
Ce jeune éthiopien dit être à la recherche de son grand père AttilioProfeti.
Troublée par cette rencontre avec ce migrant qui déclare être son neveu, Ilaria commence à creuser dans le passé de son père.
Elle va s’apercevoir qu’elle ne connait pas ce père dont la vie est indissociable de celle de l’Italie.
Attilio Profeti a traversé le 20ème siécle italien passant de la colonisation de l’Ethiopie, aux chemises noires sous Mussolini sans oublier le racisme, la corruption et les massacres en Ethiopie. Mais il a aussi vécu le libéralisme avec Berlusconi et la visite de Khadafi à Rome.
Et dans les dernières années, bien que n’étant plus très lucide, il voit revenir vers lui l,Ethiopie par l’entremise de Shimeta.
Ce n’est pas que Shimeta qu’il voit revenir, c’est aussi la route migratoire actuelle, ces migrants africains qui sont entrautre le boomerang de la colonisation.
Ilaria, elle, voit apparaître la réalité de la vie de son père et de l’Italie du 20ème siècle entre fascisme et racisme.
C’est par des allers retours incessant entre 2010 et les années de colonisation et de guerre que Francesca Melandri va nous dépeindre cette Italie du 20 ème siécle.
Passant de l’Histoire à des moments intimes , elle nous dresse le portrait d’une Italie minée par ses souvenirs et ses fantômes.
N’ayant pas eu d’équivalent au procès de Nuremberg , L’Italie n’a pas fait le deuil de cette époque fasciste.
On a passé sous silence pendant très longtemps le fait que la plupart des Italiens soutenaient Mussolini.
Dans cette Italie , un Attilio Profeti est la norme, non pas l’exception.
C’est cette réalité , que Francesca Melandri met sous nos yeux et nous rappelle que l’histoire coloniale se confond avec l’histoire actuelle et la conscience collective
L’Histoire c’est toujours du présent et du passé. L’histoire de l’Italie c’est aussi l’Histoire de l’Europe
Je terminerais par cet interview de Francesca Melandri
 » Un demi-millénaire d’histoire coloniale et le présent des grandes migrations ne sont pas deux histoires différentes mais seulement deux chapitres de la même histoire, de la même longue époque, et bien sûr cela ne concerne pas seulement l’Italie. Au contraire, il s’agit pratiquement de la description de l’état de choses actuel de la planète Terre. « 

Reviens de Samuel Benchetrit. Grasset💛💛💛💛

Reviens par Benchetrit

Nous attendons des nouvelles de nos enfants que nous sommes incapables de donner de nous-mêmes.
On pense souvent que certaines personnes sont heureuses alors qu’elles ne veulent pas inquiéter les autres. Les gens heureux sont avant tout des gens gentils
Voici quelques unes des réflexions d’un écrivain  en quête d’inspiration et d’amour.
Samuel Benchetrit nous donne avec Reviens un roman tendre, poétique, parfois absurde mais aussi grave et émouvant.
Cet écrivain en panne d’inspiration est au prise avec bons nombres de tracas et d’événements  dans sa vie familiale.
Son fils entre adolescence et monde adulte est parti à la découverte du monde. Son ex femme le harcèle,  son inspecteur des impôts , Paul Blanchot, lui envoie un mail depuis Abidjan lui demandant de l’argent, sans oublier la lecture à haute voix dans une maison de retraite,  ni l’achat d’un canard auprès de la Ferme de Claire et les tribulations d’un livre sur Amazon.
Cela peut paraître foutraque.  Çà l’est. C’est la représentation de l’état d’esprit de cet écrivain.
Il vit enfermé dans son appartement, enfermé dans sa perte d’inspiration et à la recherche de son fils.
Et quand il sort de son enfermement littéraire, il se trouve devant des tas de possibles et de probables plus absurdes les uns que les autres.
Apparemment absurdes, mais tellement vrais.
La naïveté ou le naturel de cet écrivain fait qu’il reste ouvert aux découvertes  plaisantes ou désagréables.
Mais derrière ce doux rêveur, apparaît une critique de l’édition, du monde numérique, des plates formes.
Mais cette critique se déguste comme un petit bonbon acidulé. La critique ne prends pas le dessus sur la joie de vivre .
Et c’est le mélange de tout cela qui donne une atmosphère émouvante à ce roman
Comme pour une peinture impressionniste, il faut prendre du recul pour comprendre que chaque point compose le tableau.
Reviens me donne cette impression, ces couleurs pastels, cette douceur, cette émotion.
Difficile de dire que l’émotion vient d’un point ou d’un autre,  mais elle est là présente.
On ressort de ce livre apaisé.
Quelle aventure d’aimer une infirmière bègue,  et de devoir résoudre la question suivante:
Quel unique mot pourrait dire un père inuit à son fils qui part pour un voyage dans les glaciers ?

Frère d’âme de David Diop. Seuil 💛💛💛💛

Frère d’âme par Diop

Frère d’âme est la longue mélopée d’Alfa Ndiaye, tirailleur sénégalais,  au cœur de la Grande guerre et des tranchées. A ses côtés Il y a Mademba Diop, son plus que frère,  que la guerre va lui enlever.
Pendant 170 pages, David Diop va nous psalmodier cette mélopée.
Tel un griot , David Diop va laissé infuser en nous cette histoire.
En reprenant régulièrement les mêmes expressions, la répétition des mots David Diop nous emmène loin dans l’âme et les corps. Cette âme et ces corps martyrisés  par la guerre.
 » Par la vérité  de Dieu, Mademba Diop, mon plus que frère,avait le droit de me dire tout ce qu’il voulait, de se moquer de moi, parce que la parenté  à plaisanterie le lui permettait »
Quelle belle invention que la parenté à  plaisanterie  pour nommer ce qu’écrit Cheikh Amadou Kane en préambule du roman :  » Je suis deux voix simultanées. L’une s’éloigne et l’autre croît.  »
A travers ce frère d’âme,  ce plus que frère  et cette parenté à plaisanterie,  nous traversons la guerre de tranchées, la mort, l’absurdité de la guerre et la bêtise des hommes.
Mais dans cette absurdité,  reste les sentiments les plus nobles résidant au plus profond de l’âme.
Ces sentiments les plus nobles que nous conte David Diop quand il fait revivre Penndo ,la mère d’Alfa Ndiaye ou encore Bassirou Coumba son père.
Un proverbe peul dit : Tant que l’homme n’est pas mort, il n’a pas fini d’être créé.
C’est la psalmodie de ce livre.
Alfa Ndiaye et son plus que frère Mademba  se sont cédés mutuellement une place dans leurs corps
« Par la vérité de Dieu, je te jure qu’à l’instant où je nous pense, désormais lui est moi et moi suis lui « 

Le cartographe des Indes boréales d’Olivier Truc. Metaillé💛💛💛💛

Le cartographe des Indes Boréales par Truc

La cartographie, les portulans et leur belle iconographie que l’on retrouve sur la couverture du livre d’Olivier Truc le cartographe des Indes Boréales.
Nous sommes au 17ème siècle.
Je reprends les termes d’Olivier en avant propos:
 » le récit se déroule entre 1628 et 1693. Jusqu’ici tout est vrai.
Le livre démarre en Suède, traverse l’Europe  du Portugal au Svalbard, en passant par le Pays Basque et les Provinces Unies des Pays Bas. Jusqu’ici tout est encore vrai.
J’ai découvert l’existence d’Izko Detcheverry en réalisant  des recherches pour mon premier roman. A ce point il devient déjà difficile  de dénouer le vrai du vraisemblable  »
C’est tout l’art d’Olivier Truc de nous conter une histoire encadrer dans L Histoire,  la vraie.
Izko est un jeune basque de 13 ans quand s’ouvre le roman. Il est à Stockholm en Suède.  le bateau de son père Paskoal, y mouille de retour du Svalbard et de la pêche à la baleine. Izko est harponneur.
Lors de se mouillage à  Stockholm, Izko va être témoin  du naufrage du plus grand bateau qu est construit la Suède : le Vasa.
Mais surtout il assiste à la mort d’un homme et  la fuite d’une femme qui donne naissance à  un enfant.
Voilà le point de départ  d’un grand récit d’aventure qui parcourt toute la façade Atlantique de Sagres au Portugal en passant par Saint Jean de Luz, Amsterdam, Stockholm ou encore le Svalbard.
Cette façade Atlantique sur laquelle veille, la France, le Portugal , la Suède et les Pays Bas.
Cette façade Atlantique au prise avec les guerres de religion. La France catholique qui poursuit les protestants et  les Pays scandinaves  qui se divisent entre protestants calvinistes ou luthériens.
Et puis tout au Nord de la Suède,  la Laponie , enjeu religieux afin que le peuple devienne chrétien  et abandonne ses chamans, ses dieux et déesses et aussi ses tambours.
C’est dans ce maelstrom  que va vivre Izko, tantôt espion pour la France, tantôt prisonnier.
Par contre il sera tout le temps cartographe.  Soit un personnage recherché car il sait , il connaît les lieux, il connaît les ancrages, les fjords, les montagnes.
Et Izko sera aussi un défenseur ardent de la cause des lapons, de leurs traditions.
Le cartographe des Indes Boréales est un roman de vent , d’océan,  d’embruns, de froid, de neige, de glace, de chants, de prières.
C’est  un roman de violence,  d’inquisition, de saleté de puanteur.
C’est ausi un roman d’hommes et de femmes confrontés à la sorcellerie, à la prémonition,  à la trahison mais aussi  à la droiture et à l’élévation de l’âme.
C’est enfin un roman qui nous parle de l’inanité des religions quand elles sont prosélytes et colonisent les esprits des Lapons.
Izko est le miroir de cette époque, tout à  la fois droit mais aussi obtus et parfois ambigu.
Rien n’est noir – Rien n’est blanc  et pourtant nous sommes dans ces terres lapones où le soleil de minuit donne à voir une atmosphère crépusculaire.
Une belle découverte.

Comment j’ai rencontré Les poissons d’Ota Pavel. Editions Do.💛💛💛💛

Comment j'ai rencontré les poissons par Pavel

Très belle découverte que la lecture de Comment j’ai rencontré Les poissons d’Ota Pavel.
Un passage à la Fête du livre de Bron (69) et un arrêt
devant les livres de la Librairie Lucioles de Vienne me met en présence du livre d’Ota Pavel.
Le libraire me parle de ce livre et de son pouvoir positif et joyeux.
Allons-y !
Et bien merci Monsieur le libraire pour votre conseil.
Quel plaisir que la lecture de cette autobiographie.
Je ne dirais pas comme Erri de Luca et Mariusz Szczygiel que ce livre est le plus antidépressif du monde ou encore qu’il produit des bulles de joie sous la peau.
Ota Pavel est un journaliste et écrivian tchèque mort en 1973.
Il a commencé à écrire n 1964 , suite à l’apparition de ses troubles bi-polaires. L’écriture comme thérapie
Et c’est vrai que la joie de vivre , le bonheur simple d’Ota Pavel auprès des rivières et des poissons contraste fortement avec ses troubles bi-polaires .
De même que les événements historiques qui sous-tendent le récit d’Ota Pavel ( La Tchécoslovaquie entre 1936 et 1960 ) apportent un climat pas toujours propice à la joie et au bonheur.
Avoir 9 ans , dans une famille juive en 1940 ne prédispose pas naturellement au bonheur surtout sis le Papa et les frères sont déportés.
Avoir 15 ans à la fin de la guerre et voir s’installer le communisme dans son pays n’engendre pas obligatoirement la joie de vivre.
Hors le contexte historique , j’ai trouvé beaucoup de similitudes entre le livre d’Ota Pavel et les les livres de Marcel Pagnol : Souvenirs d’Enfance – La Gloire de mon père ou encore le Château de ma mère.
Dans les deux cas une nature omniprésente au contact des animaux. Pour Pägnol la Provence , le Garlaban et la chasse aux bartavelles. Pour Ota Pavel les étangs de Bustehrad prés de Prague ,la pêche , les carpes argentées et les anguilles d’or.
Dans les deux cas la figure du père , la relation père fils.
Dans les deux cas de l’empathie , de la tendresse , de l’humour et le bonheur simple de la vie.
La différence entre Pavel et Pagnol : le contexte politique .Autant avec Pagnol on peut reprendre les termes de Eric de Lucca et Mariusz Szczygiel – bulles de joie, anti-dépressif, autant il est difficile avec Pavel de faire abstraction du contexte . le texte , le style sont anti dépressif et peuvent produire des bulles sous la peau; mais ce style léger cache des réalités plus dures, que ce soit le contexte historique ou la maladie mentale de Ota Pavel.
Ce mélange de légèreté et de gravité donne une grande profondeur à cette autobiographie et je reprendrais les dernières phrases d’Ota Pavel dans son épilogue :
« Parfois, assis près de la fenêtre à barreaux, je pêchais ainsi en souvenir et c’en était presque douloureux. Pour cesser d’aspirer à la liberté, il me fallait renoncer à la beauté et me dire que le monde était aussi plein de saleté, de dégoût et d’eau trouble. »
« Tandis que je mourrais là-bas à petit feu, je voyais surtout cette rivière qui comptait plus que tout dans ma vie et que je chérissais. je l’aimais tellement, qu’avant de de mettre à pêcher je ramassais son eau dans mes mains en coquille et je l’embrassais comme on embrasse une femme. »
Ota Pavel est mort en 1973 à 43ans

Les Frères Lehman de Stefano Massini. Globe.💛💛💛💛💛

Les frères Lehman par Massini

Il y a un peu plus de 10 ans , le 15 Septembre 2008 la banque Lehman Brothers faisait faillite et entraînait , dans sa chute la bourse de Wall Street et les autres bourses du monde.
C’est la saga de cette famille Lehman que nous raconte Stefano Massini.
Ironie de de l’histoire c’est à la même date ( 11 Septembre ) , mais en 1844 que commence l’histoire d’ Heyum Lehmann , juif allemand émigrant à New York.
Dés son arrivée dans le carillon que l’on nomme Amérique il devient Henri Lehman avec un seul n.
Au côté de Stefano Massini nous voila emporté dans une fresque grandiose de plus de 800 pages, fresque que Stefano Massini écrira en plus de 30 000 vers non rimés.
Et ce style littéraire donne légèreté, humour à cette fresque.
Cela permet à Stefano Massini, dans ce long poème épique de faire cohabiter drame, roman, éléments documentaires et même poésie. Sans oublier de convoquer les références bibliques et les références cinématographiques.
Tout au long des 800 pages c’est haletant et plus l’histoire avance , plus celle -ci accélère pour nous amener à la faillite de la banque Lehman Brothers.
le résultat est saisissant et l’histoire des trois frères Lehman devient vite l’histoire de l’Amérique moderne passant de la vente du coton et du sucre dans le Sud au financement du charbon, des chemins de fer, ou encore de l’effort de guerre en 1917.
L’histoire de la famille est au centre du poème épique de Stefano Massini.
Les générations se suivent , se transmettent ou refusent de participer à la construction de Lehman Brothers.
La première génération est celle du départ de l’immigration.
La seconde est celle déjà de l’obsession de l’argent pour l’argent. Tout est intermédiation , investissement et financement.
La dernière génération semble écrasé par son destin et l’accélération de l’Histoire.
Etre un Lehman signifie aussi être juif et tout le récit est emprunt de cette judéité au travers des titres des chapitres , des mots hébreux parsemant le texte ou encore par les références bibliques.
Etre un Lehman c’est aussi pouvoir passer du 20 éme rang au 1er rang au Temple et pouvoir faire la nique aux Levisohn ou encore au Goldman Sachs. Et si c’est compliqué il y a encore la possibilité des mariages entre familles.
En se dénaturant la banque finit par sombrer et Stefano Massini réuni une dernière fois tous les Lehman dans une même pièce.
Moment magnifique ou chacun régit selon son trait de caractère.
Puis ils se retirent à l’annonce de la faillite de la banque et entre dans la période de deuil religieux.
Vous ressortez de ce livre totalement étourdi et abasourdi par la virtuosité de Stefano Massini.
168 ans de la vie des Lehman et vous n’avez pas vu le temps passé.

 

Les Frères Lehman de Stefano Massini.  827 pages

Un certain Paul Darrigrand de Philippe Besson. Julliard. 💛💛💛

 

Un certain Paul Darrigrand par Besson

Ayant il y a deux ans lu bon nombre de romans de Philippe Besson, allant de Un instant d’abandon en passant par La trahison de Thomas Spencerou encore la Maison Atlantique ou Une bonne raison de se tuer, j’avais terminé cette plongée littéraire avec Les passants de Lisbonne.
Que des grands plaisirs de lecture, grâce à la sensibilité, la précision de l’écriture de Philippe Besson .
Étant pas loin de l’overdose, j’ai zappé  Arrête avec tes mensonges et j’ai lu l’inintéressant Un personnage de roman et le moyennement intéressant L’enfant d’Octobre
J’attendais donc avec grand intérêt  Un certain Paul Darrigrand afin de renouer avec la plume de Philippe Besson tel que je l’ai aimé dans Les passants de Lisbonne.
Je ressort de cette lecture avec une impression mitigée. J’ ai retrouvé le style vif, incisif, nerveux. J’ai retrouvé l’étude fouillée des ressentis des sentiments.
Pourtant il m’a semblé qu’ au fil du roman, cela été plus lourd, répétitif,  comme si Philippe Besson sortant des personnages de fiction et parlant de lui avait du mal à s’incarner réellement.
Je l’ai surtout ressenti dans sa relation amoureuse avec Paul Darrigrand.
Quand il a été question de sa maladie, cela se ressentait moins car en définitif cette maladie est peut être le point central de son livre.
De la joie d’un amour il est passé au bord de la mort et l’on comprend mieux la phrase d’Annie Ernaux qui ouvre le livre :         Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais.

Sucre noir de Miguel Bonnefoy. Rivages💛💛💛💛

Sucre noir par Bonnefoy

Voici un roman réjouissant,  dépaysant et sérieux.  Sucre noir de Miguel Bonnefoy nous amène loin dans les Caraïbes.
Loin dans le temps à la rencontre du bateau du flibustier d’Henry Morgan. Ce bateau est échoué,  mais dans un lieu insolite,  au beau milieu du feuillage tropical d’un arbre.
Nous voila en enfance , au milieu des pirates, de la forêt à la recherche d’un trésor de bien entendu.
Ce trésor qui fascine , fait des diamants, des colliers et des émeraudes  qu’a volé Henry Morgan
Ce trésor existe sûrement et il a été perdu sur ces terres caribéennes  et plus particulièrement  sur les terres de la famille Otero.
Nous sommes 300 ans plus tard .
La famille Otero est propriétaire d’une maison  et d’une petite habitation séparée des autres. Cette petite habitation n’a jamais été occupée. L’acte de vente précisait que les propriétaires devaient s’engager à ne rien toucher dans la chambre du fond et la porte de cette chambre n’était ouverte qu’une fois par an.
Tous les 1er Novembre, une vieille femme entrait dans la maison avec un seau vide à la main et s’enfermer des heures dans la chambre. C’était l’ancienne propriétaire qui venait pleurer son’mari mort.
Elle remplissait son seau de larmes et au milieu de la nuit elle sortait en refermant la porte à plusieurs tours
Immuablement ce rite se perpetuait chaque année.
A partir de ce rite Miguel Bonnefoy va nous transporter dans les Caraïbes au milieu des cannes à sucre, du rhum, des distilleries mais aussi dans ces familles caribéennes restées pauvres ou ayant grimpées socialement et économiquement grâce au sucre et au rhum
Tel un roman d’aventure mâtiné des rites et coutumes nous allons suivre la Serena Otero, Severo Bracamonte mais aussi Eva Fuego sur la trace du trésor de la flibuste et de la transformation de ce territoire caribéen.
N’oubliez pas le seau vide qui se remplit de larmes.
Un joli et agréable moment de lecture non dénué de réflexion.

La Révolte de Clara Dupont-Monod. Stock💛💛💛💛

La révolte par Dupont-Monod

Voici un livre qui nous ramène dans les temps perdus et peut être oubliés du Moyen Age et des croisades.
Avec La révolte Clara Dupont- Monod nous plonge au cœur de l’Aquitaine , de la France et de l’Angleterre
Nous voilà dans les années 1100 aux cotés d’Aliènor d’Aquitaine , de Louis VII, d’Henri Plantagenet et de Richard Coeur de Lion.
La révolte de Clara Dupont-Monod à trois grande vertus.
Première vertu : bien que ce soit un roman , La révolte nous restitue l’histoire telle qu’elle est. La guerre entre la France , l’Angleterre et l’Aquitaine , mais aussi les alliances les trahisons entre Aliénor d’Aquitaine , Henri et Louis VII.
Comme si cela ne suffisait pas , il y aussi les trahisons entre les enfants dAliènor : Henri, Jean, Richard Coeur de Lion.
Et de se rappeler la geste littéraire et cinématographique avec Ivanhoé.
Deuxième vertu : La révolte nous magnifie un personnage féminin : Aliénor d’Aquitaine , Suffragette du Moyen Age.
Dans ce monde guerrier et masculin , elle ne dépare pas et met sa fougue, sa force ,sa féminité à l’encontre de son propre mari Henri Plantagenet.
Ce portrait de femme est saisissant par son avant- gardisme, cette volonté d’être maître de soi et de rester droite quelque fut la perte de liberté
Enfin ce personnage d’Aliénor ne serait pas complet sans parler de la la relation avec son fils Richard Coeur de Lion.
Relation forte , possessive que de nos jours nous pourrions caractériser comme étant toxique .
Cette relation qui aura un impact direct sur des croisades, des guerres, des morts.
Troisième vertu : La concision du livre de Clara Dupont Monod. Il n’a pas du être simple de nous transmettre ce moment d,histoire et de relation familiale au milieu du bruit des épées , des armures et des trahisons.
Et pourtant le livre est fluide , simple à suivre et à comprendre . Et quelle bonne idée d’avoir inclus des lettres d’Aliènor ou d’Aelis. Ces lettres magnifiques nous élèvent émotionnellement et nous rappellent fort à propos que derrière ce monde de guerre et de trahison , il y a des sentiments et beaucoup de grandeur d’âme.
Je reste pourtant avec une légère restriction sur ce roman.
Je pense que c’est sûrement un parti pris de Clara Dupont-Monod de s’en tenir au fait bien que nous soyons dans un roman.
Dans sa  » note de l’auteur  » elle rappelle qu’on pourrait s’amuser à répertorier ce qui relève de l’imagination ou de la vérité mais qu’on aurait tort d’opposer la mécanique du roman et celle de l’historien, tant les deux sont complémentaires.
Et bien je trouve que la mécanique du roman a pris le pas sur l’histoire et que nous sommes en présence d’une chanson de geste à la magnificence d’Aliénor et de Richard Coeur de Lion alors que se furent tout de même des personnages démoniaques et cruels.
Hormis cette restriction , ce livre reste un beau moment de lecture et de redécouverte de l’Histoire si compliquée entre Le France et l’Angleterre.

Le grand Nord Ouest d’Anne Marie Garat. Actes Sud 💛💛

Le Grand Nord-Ouest par Garat

La lecture du livre d’Anne Marie Garat , le Grand Nord Ouest, est une aventure.
Pas seulement parce qu’il se situe dans le grand nord canadien, dans le Yukon, au confins de l’Alaska.
C’est d’abord une aventure littéraire que d’être au prise avec le style d’Anne Marie Garat.
Ce style m’a fortement dérangé  et à fait passer au second plan la trame de ce roman.
Pourtant ce roadmovie dans le Grand Nord Canadien avait de quoi appeler l’aventure.
Une jeune femme d’une trentaine d’années  et sa fille de 6 ans, suite au décès du mari Oswald ,producteur à Hollywood, quittent précipitamment la Californie pour une cavale qui les mènera dans le Yukon.
Nous sommes dans les années 1930. le Grand Nord Canadien reste une terre de fantasme , de chercheurs d’or,  de tribus indiennes et de nature vierge et grandiose.
Le roadmovie de Lorna del Rio et de sa fille Jessie va nous être raconté  par Jessie et un personnage tiers,  Budd, mais 15 ans plus tard.
Ce roadmovie aura permis à Lorna et Jessie  de rencontrer et de vivre auprès d’un couple d’amerindiens,  Kaska et Hermann, d’être poursuivis par des chasseurs de primes et de vivre les grands hivers glacés canadiens.
Qui dit chasseurs de primes, dit cavale, changement de nom
et de multiples découvertes sur les réelles identités de Lorna et Jessie.
Qui dit amérindien, dit réflexions sur le recul de ses tribus, réflexions sur leurs traditions ancestrales ,le chamanisme et leur rapport à  la nature.
Qu’en est il du visible et de l’invisible ?
Qui dit Grand Nord Canadien,  dit grand espace, neige, glace forêt profonde, ours loup et orignaux
Le partage de la vie de ces Indiens Kaska et Hermann induit la recherche profonde de l’altérité.
Tous ces thèmes  sont développés dans le roman d’Anne Marie Garat.
Quand on lit nombre de critiques de le Grand Nord Ouest, il ressort qu’il s’agit d’un grand roman d’aventure, avec des passages admirables pour décrire les paysages canadiens et des personnages très forts qui entraînent le lecteur.
Et il y a quelques critiques qui font part d’une difficulté  à  lire ce roman, à être convaincu du style d’Anne Marie Garat.
Je fais partie de ces personnes.
Tout d’abord le découpage du roman m’a interpellé. Il n’y a pas de chapitre.
Il n’y a aucune césure dans les 300 pages du roman. Comme Lorna et Jessie nous nous lançons dans une aventure,sans parapet, sans corde , sans chemin pour nous maintenir.
Pourquoi pas après tout. Cela nous oblige à rester en éveil.
Mais à ce roman d’une traite,  s’ajoute l’écriture d’Anne Marie Garat  et je ne suis pas parvenu  à adhérer à  ces longues phrases (parfois supérieure à  une page), à cette accumulation de mots, d’adjectifs pour décrire.
La composition des phrases m’a aussi dérouté avec la perte des articles  ou des adjectifs accolés bizarrement.
Et plus avancait la lecture du livre , plus je sentais venir ces accumulations.
Il m’est même  venu à  l’esprit que ce style mise en place  devenait un système d’écriture, qui peut être original, mais qui à force d’être répété permettait de prendre le pas sur la profondeur du roman.
Ce style fait de longue phrases, de synonymes, d’accumulation m’a rendu le livre brouillon et d’une grande lenteur.
Bien qu’ayant lu la totalité du roman, je ne suis pas arrivé à  dépasser ce constat : la forme à pris le dessus sur le fond et je suis resté  un peu beaucoup à l’écart de ce Grand Nord Ouest.

Le grand Nord Ouest d’Anne Marie Garat. 316 pages