Archives pour la catégorie Roman

Nefertari Dream de Xavier – Marie Bonnot. Belfond.💛💛💛💛

Nefertari dream par Bonnot

C’est une plongée  dans l’Égypte contemporaine et dans l’Égypte millénaire.
Xavier-Marie Bonnot met face à face les dynasties pharaoniques et le pouvoir dictatorial d’Hosni Moubarak.
Les deux lieux centraux de son roman sont Louxor, la vallée des rois, le Nil et le Caire avec entrautre la place al Tahrir.
Louxor, la vallée des rois,  la plaine du Nil respirent l’Égypte traditionnelles. Les Égyptiens vivent encore au rythme de la rive des Morts et de la rive des vivants.
Traversant le Nil à Louxor pour se rendre dans la vallée des rois et auprès des temples,  beaucoup d’Egyptiens contribuent à  l’essor du tourisme en tenant des bazars, des boutiques qui vendent de l’antique en toc.
Au milieu de ces cars de touristes, de ces boutiquiers il y a Rodolphe. Rodolphe Cordier est archéologue  et toute sa passion est braquée sur la découverte d’une tombe dans la vallée des Reines.
Nous sommes en Novembre 1997 et l’attentat de Deir al Bahari à  Louxor va faire 62 morts et des centaines de blessés.
C’est une déflagration pour l’ Égypte.
Déflagration pour le peuple égyptien vivant du tourisme et du commerce des antiquités
Déflagration pour l’Égypte et le pouvoir avec l’installation de l’islamisme radical et des Frères Musulmans.
Déflagration pour Rodolphe qui n’a jamais regardé en face ce pays pauvre qui plie sous une dictature pesante.
Au Caire, Noah fille de Louxor retrouve Amina, son amie d’enfance devenue médecin et militante islamiste.
A travers les personnages de Rodolphe et Nora , Xavier-Marie Bonnot va nous faire vivre les 20 ans qui ont bousculé l’Égypte et fait émerger les Printemps arabes.
C’est passionnant, sans manichéisme aucun.
Tour à tour sont évoqués le colonialisme,  la prédation culturelle ( statues – fresques -momies ), la montée en puissance de l’islamisme, la dictature féroce.
Et en filigrane de cette histoire moderne, sont toujours présents  les bords embrumés du Nil,  la vie quotidienne des Égyptiens  et cette civilisation millénaire  avec ce culte des Morts et de la vie.
« Elle s’est tournée vers l’Ouest. El Kurn, la montagne au flancs profonds, aux roches secrètes qui taisent, e leurs lèvres de calcaire, les morts qui y gisent encore. » ( page 349 )
Un très joli roman sur l’Égypte d’aujourd’hui et sur cette civilisation millénaire qui nous fait rêver.
Comment oublier la douceur des berges du Nil , dans la douceur nimbée du soir, le couchant irradiant la montagne El Kurn

La Leçon de ténèbres de Léonor de Récondo. Stock .💛💛💛

La leçon de ténèbres par Recondo

On peut dire que La leçon de ténèbres de Leonor de Recondo est un livre de commande. Les éditions Stock ont créé une collection Ma nuit au musée.
Dans le cadre de cette collection ,il est demandé à un auteur de passer une nuit , seul , dans un musée.
Leonor de Recondo a donc passé  une nuit au Musée de Toléde en présence du peintre El Gréco.
Elle nous restitue cette expérience dans un opuscule de 150 pages édité chez Stock, abandonnant provisoirement, je l’espère,  son éditeur Sabine Wespieser.
Elle a choisi Toléde et El Gréco car elle est venue dans ce musée il y a 15 ans avec son père et à été subjuguée par la peinture d’El Gréco.
Subjuguée est trop faible. Comme on dit en anglais falled in love.  Elle est tombée en amour.
Et Leonor de Recondo espère que cette nuit , seule, au musée va la mettre en présence d’El Gréco et d’un sentiment amoureux.
Tout s’y prête.  La nuit, le clair obscur du musée,  les peintures d’El Gréco,  le violon et la présence du père disparu.
Dans cette nuit Leonor de Recondo revisite la vie d’El Gréco, peintre de la Renaissance ayant quitté sa Crête natale pour découvrir Venise et ensuite Toléde.
Laissant derrière lui en Crête une femme aimée.
El Gréco un déraciné, qui arrivait à  Toléde vivra dans un premier temps des commandes des seigneurs et de l’Église.
Nous retrouvons la sensibilité et la finesse littéraire de Leonor de Recondo; l’émotion point en de nombreux moments de cette nuit mais n’arrive pas à nous surprendre, à nous éteindre comme dans Manifesto.
La dernière nuit de son père Félix portait plus d’amour et d’émotion  que cette rencontre avec El Gréco.
Je trouve que Leonor de Recondo est restée sur la berge  et n’a pas su ou n’a pas pu se laisser prendre par l’ambiance et les lumières tout en clair obscur de ce musée . Peut être l’effet d’un livre de commande ou des souvenirs d’adolescente trop magnifiés
Par contre je lui suis grée de m’avoir fait découvrir El Gréco et plus particulièrement les 12 apôtres ; personnages aux corps allongés et en mouvement,  aux vêtements chatoyants. Quelle merveille!
Je comprends l’admiration de Picasso pour El Gréco. Les deux étaient en avance sur leur époque

Miroir de nos peines de Pierre Lemaitre . Albin Michel.💛💛💛💛💛

Miroir de nos peines par Lemaitre

Miroir de nos peines est le troisième et dernier volet de la trilogie de Pierre Lemaitre  » Enfants du désastre  » auscultant la France de 14/18, celle de l’entre deux guerres et enfin celle de 1940.
Tout comme Au revoir là haut et Couleurs de l’incendie, Miroir de nos peines est un livre romanesque , enlevé, documenté historique.
On est bien dedans malgré l’époque qui n’incite pas à la légèreté. On n’est au plus proche des personnages quel qu’ils soient. Et puis il y a toujours un lien ténu, une petite musique qui nous relie aux tomes précédents de cette trilogie.
Mais pour les personnes qui n’ont pas lu Au revoir là haut ou Couleurs de l’incendie, il n’y aura aucun souci. Chaque tome peut être lu indépendamment.
Comme pour les 2 tomes précédents Pierre Lemaitre nous propulse dans la grande Histoire de France avec une galerie de personnages haut en couleurs
Comme dans Au revoir là haut on retrouve deux hommes que les circonstances de la vie ont rapproché. Et ce duo à les mêmes caractéristiques que celui d’au revoir là haut. Gabriel et Raoul sont les pendants d’ Édouard et Albert dans Au revoir là haut. L’ un est un légaliste un peu fade et introverti ( Albert ou Gabriel) l’autre est extraverti fantasque, à la limite escroc ( Édouard ou Raoul )
Dans Au revoir là haut , Édouard et Albert étaient les moteurs du roman ; c’est par eux que le récit avancé, c’est par eux que la vengeance, l’arnaque se mettaient en place.
Rien de tel dans Miroir de nos peines.
Le personnage central est Louise. Louise Belmont nous l’avions entraperçu dans Au revoir là haut. Elle avait dix ans et était amoureuse d’Édouard qui vivait chez sa mère.
Pierre Lemaitre va rechercher Louise pour en faire le personnage principal de son roman. Et quel personnage !
En ouverture du roman Louise qui a trente ans court, nue, sur le boulevard du Montparnasse . Excusez du peu !
Et nous voilà emmené, aux côtés de Louise, dans les secrets de famille, les douleurs de l’enfance.
Va se mettre en place les ressorts d’un roman d’aventure, d’un roman d’initiation. le tout dans la France de 1940.
Louise est institutrice et serveuse à La Petite Bohème à Paris. Jules le patron ventru, à la moustache et au béret inamovible la couve avec attendrissement.
Gabriel et Raoul sont soldats mobilisés sur le front de l’est pas loin de la ligne Maginot au Mayenberg.
Désiré, hâbleur à souhait parcourt le roman de ces diverses identités et amène rire, émotion et humanité.
Sans oublier Jeanne et le Docteur Thirion.
Tout va se mettre en mouvement et nous allons être emporté dans ce maelstrom tout comme les personnages avec cette drôle de guerre.
Car la découverte des secrets de de famille s’accompagne de la défaite de la France passant de la certitude que la ligne Maginot est infranchissable à l’ exode sur les routes de France.
Des faits réels plus ou moins connus parsèment le récit et donnent véracité au récit.
Gabriel et Raoul font partie de l’exode des prisonniers de la prison du Cherche Midi.
Fernand participera à la destruction des milliards de billets de la Banque de France afin qu’il ne soit pas à la merci de l’armée allemande.
Quant à Désiré, son côté hâbleur ne pouvait que convenir à une entreprise de désinformation . Dormez tranquilles braves gens l’armée française gagne de grandes batailles et refoule l’ennemi allemand.
Et que dire de la restitution et de de la description de l’exode!
On est au coté de ce peuple en déroute.
Comme à l’habitude avec Pierre Lemaitre, c’est foisonnant, c’est humain, terriblement humain.
Cette humanité qui se retrouve sur les routes de l’exode, qui se découvre ou se redécouvre.
Malgré l’époque cela reste une épopée romanesque , virevoltant et humoristique.
Épopée addictive tout comme le sont Au revoir là haut et Couleurs de l’incendie.
Pierre Lemaitre est digne des plus grands feuilletonistes de la fin du 19eme et du début du 20ème siècle.
Quelle trilogie !

 

 

Une joie féroce de Sorj Chalandon. Grasset . 💛💛

Une joie féroce par Chalandon

J’ai aimé et j’ai été emporté par le Jour d’avantProfession du père ou encore Une promesse.
Je me sens donc tout à fait libre pour dire qu’Une joie féroce ma déçu.
Dans le dernier livre de Sorj Chalandon on retrouve l’empathie que porte toujours l’auteur pour ces personnages. Les dialogues sont toujours ciselés et l’émotion affleure à chaque page. Et pourtant…
Cela ne prend pas.
Malgré le sujet ( le cancer chez plusieurs femmes ) il reste un sentiment de superficialité. En définitif que connaissons nous profondément de Jeanne,Brigitte, Melody et Assia.
Ce n’est pas le côté thriller du roman qui relance le roman. Bien au contraire. Tout cela paraît peu crédible et difficilement réalisable pour des protagonistes malades.
Je n’ai trouvé ni joie, ni férocité dans cette citadelle.
Dommage.
Mais je reste un fan de Sorj Chalandon.
Alors au prochain roman. Sans rancune

 

 

Histoire d’amour de Stéphane Audeguy. Seuil.💛💛💛💛

Histoire d'amour par Audeguy

C’est un livre déroutant, érudit et qui malgré le fait qu’il picore dans des temps différents, de la mythologie à la renaissance italienne en passant par la seconde guerre mondiale ou encore les rivages du Brésil, a une unité de ton, d’écriture.
C’est tout le savoir faire et le talent de Stéphane Audeguy.
L’unité de ton et le thème central du livre est l’histoire d’amour sous toutes ses formes et à tous les instants. Érotisme, Amour, Partenaires mais aussi le rapport de l’art à l’amour et inversement.
Le personnage qui nous relie à toute cette histoire d’amour, c’est Vincent.
Quinquagénaire il vit a Paris et il aime Alice. Leur passion entre en résonance avec d’autres amours, d’autres époques.
Et Vincent devient Acteon personnage mythologique. …
Laissez vous emporter par l’écriture de Stéphane Audeguy.
Accepter de ne pas tout connaître de la mythologie et puis peu à peu la lecture fait sens.
La violence,les amours , l’érotisme, la description des tableaux de Piero di Cosimo.
Vincent, Acteon, Piero di Cosimo, Laurent de Médicis, Chiron, même homme, même âme, même conscience.
Et pourquoi pas ?
Une belle decouverte

 

Les gardiens de la lagune de Viviane Moore. 10X18.💛💛💛

Les gardiens de la lagune par Moore

Voici un livre qui permet de passer un bon moment de lecture. Roman historico policier qui permet d’approfondir ses connaissances historiques.
Dans le cas présent Viviane Moore nous entraîne dans la Serenissime ( Venise) au Moyen Âge est plus particulièrement dans les années 1100.
Les gardiens de la lagune protègent Venise du monstre qui sommeille sous l’archipel. Ce monstre que l’on devine quand la brume engloutit Venise et la lagune.
Cette légende est un prétexte à l’histoire que va tisser Viviane Moore.
Le plus important n’est pas l’histoire policière. Celle ci se révèle simple avec quelques artifices.
Mais le plus important n’est pas là .
Le personnage principal, omniprésent est Venise.
La Venise moyenâgeuse d’avant la construction du Palais des Doges , d’avant le Grand Canal.
La Venise des petites gens, des métiers artisanaux, mais aussi des brocarts, des Damas et du commerce avec l’ Empire byzantin.
Alors c’est avec plaisir que nous suivons l’enquête d’Hugues de Tarse auprès du doge Vitale Michiel .
C’est enlevé, ludique, historique.
Un bon moment de détente.

 

Les simples de Yannick Grannec. Anne Carrière.💛💛💛💛

Les simples par Grannec

Les simples : Plantes médicinales utilisées telles qu’elles sont fournies par la nature.
A cette définition on peut rajouter une caractéristique des simples. Leurs formes , leurs couleurs ont souvent un rapport avec la maladie et l’organe à soigner.
Sœur Clémence est la doyenne de l’Abbaye de Notre Dame du Loup dans l’arrière pays niçois . Elle est aussi l’herboriste de l’abbaye.
Nous sommes en 1584.
La médecine et la chirurgie en sont encore dans les balbutiements. Les soins sont généralement prodigués par les femmes et les religieuses. Elles ont la connaissance des plantes , des remèdes, des mixtures. Cette culture , ce savoir qu’elles divulguent gratuitement. Soigner, guérir ne peut être un acte mercantile.
Dans ce 16ème siècle générant découvertes et nouvelles connaissances , ce pouvoir des plantes, des bienfaits ne peut rester l’apanage des femmes.
L’abbaye Notre dame du Loup doit son indépendance à la faveur d’un roi. Et les soeurs bénédictines font fructifier leur indépendance.
Les préparations de Sœur Clémence sont prisées jusqu’à la Cour du Roi et apportent une manne financière non négligeable à l’abbaye.
Normalement l’abbaye devrait dépendre de l’Évêché et lui reversé une grande partie de cette manne.
Le nouvel évêque Jean de Solines compte bien récupérer une grande partie de cette manne.
Il envoie donc deux vicaires à l’abbaye afin de trouver une faille , un défaut ou de provoquer un scandale.
On sait tous que lorsqu’on lance une pierre dans l’eau , elle fait des ronds et que l’onde de ces ronds s’étend à l’infini.
C’est exactement ce qu’il va se passer dans l’abbaye.
Dépassé par ses propres turpitudes, Jean de Solines va ouvrir la boîte de Pandore.
Et dans la boîte nous trouvons pèle mêle : pouvoirs – trahisons – diable et sorcellerie.
Le pouvoir et les trahisons sont également répartis entre l’abbaye et l’Évêché.
Avec grande maestria Yannick Grannec nous convie à vivre un an de cette déliquescence.
C’est écrit avec précision , humour , causticité.
C’est écrit avec légèreté et poésie quand il est question de donner la recette d’un remède.
C’est écrit avec dureté et crûment quand il s’agit d’évoquer la vie des soeurs converses ou encore les maladies, les procédés abortifs ou la sorcellerie.
C’est aussi un livre qui nous parle des femmes . Ces femmes qui ont eu un savoir naturel , maternel et que l’homme a détruit par l’Inquisition.
Ces hommes qui voyaient une part du diable dans les femmes.
D’ailleurs dans un traité inquisitoire , le Malleus Maleficarum il est dit que femina accouple fe et minus démontrant que la femme est armée d’une foi mineure à celle de l’homme.
Et dans ce roman Yannick Grannec ne fait que reprendre constamment la définition des simples. Sans doute parce que l’âme humaine est comme les simples : elle se désagrège, s’effrite et disparaît.
Personne , même une herboriste ne pourra capter  » l’Âme fugace des simples , le souffle secret qui a placé le Créateur  »
Les Simples est un livre addictif et jouissif.

Né d’aucune femme de Franck Bouysse. La manufacture des livres.💛💛💛💛💛

Né d’aucune femme par Bouysse

Sur la desserte il y une bonne dizaine de livres, lus où à lire. Dans ces livres depuis quelques mois, la couverture du roman Né d’aucune femme de Franck Bouysse m’appelait régulièrement.  Mais je remettais la lecture préférant tel autre roman.
Et puis en ce début de 2020 l’appel du livre à été le bon.
Mais quel appel. Commencer 2020 sous les auspices de Franck Bouysse met le curseur très haut dans la qualité d’écriture,  l’émotion,  l’empathie,  la noirceur, la lumière  et les très-fond de l’âme humaine.
Comment ne pas être bouleversé  par ce roman d’une rare sensibilité,  vibrant, poignant,  vous prenant dans ses filets et ne vous lâchant plus.
Nous sommes quelque part entre Limousin et Perigord dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Gabriel est prêtre et il a charge d’âmes.  Et l’une de ces âmes, en confession, lui demande alors qu’il va bénir le corps d’une femme à l’asile de récupérer des cahiers cachés sous sa robe.
Ce sont les cahiers de Rose.  Cahiers dans lesquels Rose raconte son histoire afin que celle ci ne soit pas oubliée.
Rose est une jeune fille de 14 ans qui a été vendu par son père paysan à un maître châtelain.
Elle a été vendu  car son père,  sa mère, ses trois soeurs n’arrivent pas à vivre du fruit du travail de la terre et de l’élevage.
A partir de là vont s’enchaîner de façon logique et dramatique une série d’événements  qui marqueront la vie de Rose.
C’est tragique,  c’est romanesque.  Par son écriture magistrale Franck Bouysse nous emmène  au fond de l’âme humaine mais aussi au fond des bois et des demeures. On entend les planchers craquer ainsi que les branches dans les bois . On distingue l’ombre de la bougie sur le mur de la chaumière.  On ressent physiquement les cris, la violence ou encore la chaleur de la forge.
Et quelle écriture remarquable pour nous traduire les sentiments, les peurs, les émotions de Rose.
L’histoire que nous raconte Franck Bouysse dans Né d’aucune femme est une histoire somme toute assez  » classique  » dans cette deuxième partie du 19eme siècle.  Qui n’a pas rencontré en faisant des recherches dans sa généalogie des ascendants qui sont des enfants abandonnés,  des bâtards  ou encore des enfants cachés.  Qui n’a pas dans ses ancêtres une bonne qui a fauté avec un bourgeois ou un châtelain.
Cette réalité, Franck Bouysse l’a sacralisée au travers de  Rose et des personnages de son roman. Nous sommes partie prenante des personnages et comment ne pas être ému par cette page où il nous décrit le petit déjeuner des trois soeurs de Rose.  Comment ne pas être  ému devant la mère de Rose , devant Onésime ou encore devant Edmond.
De la même façon comment ne pas crier notre colère au maître, à la vieille ou encore au docteur.
Et puis nous partirions bien chevaucher à travers bois sur la jument.
Le roman de Franck Bouysse est magistral  car son récit est complet. Tout est compris dans le roman, de l’indicible à l’espoir,  du mal à l’amour, de la violence à la bienveillance.
D’une histoire commune à beaucoup de personnes au 19eme siècle  il en fait Une vie qui touche à l’universel.
Rose restera encore longtemps  mes côtés.
 » ma manière de le remercier pour tout ce que j’ai cru pas être la réalité,  jusqu’à ce que je me retrouve dans le tourbillon, la seule réalité, celle d’hier, celle d’aujourd’hui, celle de demain, celle de toujours,  celle de cette vie et celle d’après cette vie  » ( p.284 ).
Immense grandeur de l’âme humaine.

Black Messie de Simonetta Greggio .Stock. 💛

Black messie par Greggio

Il m’a fallu du courage pour aller au bout du roman de Simonetta Greggio Black Messie. J’avais lu d’elle Les Nouveaux monstres et cela avait été une lecture agréable autour de ces hommes politiques et de pouvoir d’Italie.
Black Messie est un livre monstrueux dans l’acceptation littérale du mot.
Simonetta Greggio prend comme décor de son roman Florence, dans laquelle un serial killer tue ( le mot est gentil ) filles et garçons. Ces meurtres ressemblent étrangement aux meurtres de 7 jeunes couples dans les collines de Toscane entre 1968 et 1985.
Le meurtrier appelé le monstre de Florence n’a jamais été arrêté. Serait il lui qui serait de retour 30 ans après .
Pour son enquête, Simonetta Greggio s’appuie sur le caporal Jacopo d’Orto, sur Miles professeur de littérature américaine, sur Indiana la fille de Miles, sur Nonnie, Nino, Légion ou encore HS. L’enquête et la poursuite du meurtrier est vu au travers de ces personnages avec leur point de vue.
Cela devient vite confus car à ces personnages s’ajoute la CIA, les sociétés secrètes comme les Croix Rouges, un peu de Renaissance , l’album blanc des Beatles ou encore l’assassinat de Sharon Stone par Charles Manson.
Bien évidemment les meurtres peuvent être qualifiés de gore, sexuel, satanique etc….
Voilà un roman d’une grande confusion sans colonne vertébrale et pataugeant dans une violence effrénée.
Cela flatte-t-il le morbide , le voyeurisme, notre côté obscur.
Je fuis.

Ceux qui partent de Jeanne Benameur. Actes Sud.💛💛💛💛

Ceux qui partent par Benameur

Elles Island au large de New York, la porte d’entrée des Amériques pour les émigrants aux confins du 19ème et 20ème siècle.
J’ai eu la chance d’aller à Ellis Island et de prendre le temps d’une journée complète pour m’imprégner des lieux. Prendre le temps de visiter chaque pièce et les documents et expositions proposées. Prendre le temps de faire face aux dortoirs mais aussi à cette grande salle vide qui accueillait en longues lignes parallèles la cohorte des émigrants. …
Mais la salle était vide et le bruit de fond était celui des visiteurs et non des émigrants.
Le livre de Jeanne Benameur Ceux qui partent restitue à merveille Ellis Island et le grouillement de cette foule cosmopolite.
Nous sommes un jour brumeux de 1910 et un paquebot d’émigrants va accoster à Ellis Island.
Parmi eux Donato et sa fille Emilia, quittant l’Italie du Nord et L’Europe bientôt au prise avec la guerre.
Il y a aussi Esther, arménienne seule survivante de la destruction de son village, Gabor gitan et violoniste avec sa  » famille » rêvant des plaines d’Argentine.
Sur le bateau il y a aussi Andrew Jonson , jeune photographe vivant à New York et aimenté par Ellis Island. C’est là que sont arrivés ses parents et grands parents en provenance d’Islande. Il a un besoin vital de comprendre son histoire au travers du regard des autres émigrants.
Le roman va se dérouler dans un laps de temps très court entre la fin de journée et l’aube du lendemain.
Pendant cette nuit à Ellis Island tous ces personnages vont se croiser, se rencontrer, s’émouvoir.
C’est la partie du roman de Jeanne Benameur , la plus prenante , la plus émotionnelle.
Jeanne Benameur par une écriture empathique, tendre, sentimentale dans le bon sens du mot nous fait vivre de l’intérieur cette perte de racines, ce départ voulu ou non. Elle nous parle de la terre natale, de la langue, de la solidarité, de la perte dans des phrases sublimes de vérité .
Elle arrive à faire naître une sensualité dans ce lieu d’exil.
Et puis patatras, brutalement le bonheur de lecture se dissout . D’émotion et de sensualité, nous passons à la sexualité. Alors qu’il n’en n’avait pas été question depuis le début du livre, la plupart des personnages deviennent  » accros » et c’est cela qui dicte la suite du roman.
Il m’a semblé que Jeanne Benameur avait perdu le fil de son roman et l’on tombait dans un sentimantalisme de pacotille.
Grande frustration alors que Emilia, Donato, Gabor et Andrew sont confrontés à leurs racines, et à leur nouvelle vie d’émigrés.
Même sentiment quand Jeanne Benameur caractérise ses personnages par une couleur. L’idée de départ dépeint bien le personnage mais cela devient vite confus.
En Synthèse une déception ,mais je retiendrais Ellis Island et ses Émigrants.
Toute ressemblance avec la réalité n’est pas fortuite…..
Le jour du lendemain
Il faudrait toujours savoir attendre avant de chroniquer un livre.
La nuit ( tellement en question dans le roman) porte conseil
La nuit la lecture de quelques avis et critiques , quelques discussions font réfléchir.
Ces deux parties très distinctes dans le livre de Jeanne Benameur me posait question par leur singularité et par la place prise par les corps et la sexualité dans cette nuit d’Ellis Island.
Une chronique sur un blog évoquait cette sexualité comme le seul langage commun dans cette foule cosmopolite .
Une interview de Jeanne Benameur explique que ce qu’il reste à l’émigré c’est son corps, c’est son espace de liberté.
Et cet espace de liberté charnelle revient souvent dans le livre de Jeanne Benameur. Pour Donato c’est la voix, le théâtre, pour les gitans c’est la danse, pour d’autres c’est l’amour passionné, la fusion des corps. Enfin pour Hazel c’est une reconquête de son corps qui va jusqu’au changement d’identité.
Dans une autre interview, elle dit avoir voulu parler des interstices, de ces moments entre deux.
Entre l’arrivée à Ellis Island et le débarquement à New York pour une nouvelle vie.
Je comprends mieux maintenant les deux parties de ce roman, et ces réflexions éclairent différemment ce que je prenais pour un sentimentalisme de pacotille.
Quand vous émigrez, il n’y a que votre corps qui vous suive. C’est votre viatique , votre liberté .
 » la seule frontière, fragile, palpitante, c’est notre propre peau « . Page 106
« Toute extase est une oeuvre de chair. Il n’y a pas d’esprit sans la chair. C’est comme ça. On est un être humain et c’est comme ça. …On le vit au théâtre et on le sait…..ils savent que finalement le corps c’est tout. »
Merci à la nuit et aux avis et chroniques !
De 3 passons à quatre coeurs