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Sur les ossements des morts d’Olga Tokarczuk. Libretto. 💛💛💛💛

Sur les ossements des morts par Tokarczuk

J’ai découvert la littérature d’Olga Tokarczuk grâce à la Librairie Lucioles à Vienne (38). le libraire m’a proposé de rentrer dans son oeuvre par son livre Sur les Ossements des morts.
C’est un roman qui lorgne vers le polar mais qui en définitif nous entraîne dans une réflexion sur la place de la nature et des animaux dans notre monde.
Pour mener à bien cette enquête-réflexion Olga Tokarczuk nous déniche un personnage haut en couleur.
Il s’agit de Janina , ingénieur à la retraite qui vit seule dans un hameau du sud de la Pologne , à la lisière de la Tchèquie et des Sudètes.
On comprend rapidement que Janina est d’un caractère entier, bourru et qu’il est facile de la prendre pour une excentrique voir une folle.
Comment peut il en être autrement puisque Janina est totalement investie dans l’astrologie et la place des planètes.
Les planètes , les dates , les thèmes astrologiques amène un coté fantasmagorique à la vie de Janina.
Et puis il va y avoir des morts mystérieuses de chasseurs de braconniers. Dans son excentricité Janina va donner un sens à ces meurtres : Ce sont les animaux qui se vengent.
Et nous allons la suivre sur la piste de ces meurtres et de ces animaux.
La résolution de ces meurtres sera effective mais reste une péripétie dans le livre. Assez rapidement la silhouette humaine ou animale du meurtrier s’impose.
Mais là n’est pas le plus important.
Le plus important est dans notre rapport à la nature , aux animaux à l’argent.
Olga Tokarczuk a une écriture ciselée, précise, pleine d’humour. D’un humour noir qui sied merveilleusement à cette histoire. Elle nous raconte aussi une région polonaise aux quatre saisons. C’est précis, détaillé . c’est froid et glacial comme l’hiver, et nous allons de découverte en découverte.
Connaissez vous le cucujus vermillon ?
En tout cas ce livre fut une belle découverte.

Olga Tokarczuk est une écrivaine polonaise née en 1962. Romancière la plus célèbre de sa génèration, elle est l’auteur polonais contemporain le plus traduit au monde  . Elle a reçu le Prix Nobel de Littérature 2018.

Indigo de Catherine Cusset. Gallimard. 💛

Indigo par Cusset

Ce roman Indigo est une véritable déception. Une fois que l’on a dit Qu’Indigo est la couleur bleue sombre des vêtements indiens ou encore la couleur d’un ciel orageux indien , on pense avoir tout dit .
Et bien non car il y a encore le jeux de mots Indigo
et Inde I go !.
Voilà vous savez forcément que l’action du roman ce passe en Inde. Plus particulièrement en Inde du Sud entre Tamil Nadu et Kérala.
Dans cette partie sud de l’Inde l’Alliance Française a organisé un festival culturel pendant 8 jours.
Quatre français , deux hommes et deux femmes viennent y participer.
Ils sont écrivains ou réalisateurs.
A ces quatre personnages s’adjoint Géraldine qui organise ce festival pour l’Alliance Française.
Chacun est venu en Inde avec son petit baluchon de questions existentialistes, de fantasmes sexuels, de vernis occidental.
Et pendant tout le roman , passant de l’un à l’autre au gré des chapitres, Catherine Cusset va disséquer les questionnements de ces Bobos en Inde.
Contrairement à ce qu’affirme la quatrième de couverture, Catherine Cusset ne nous fait pas découvrir une humanité complexe, tourmentée et captivante.
Je n’ai trouvé aucune empathie pour un quelconque personnage de ce roman et ils ne me laisseront aucun souvenir.
Même pas le souvenir de l’Inde du Sud qui n’est qu’un prétexte aux aventures artificielles des personnages.
Quel dommage.

 

La Taverne du doge Loredan d’Alberto Ongaro. Anacharsis .💛💛💛💛

La taverne du doge Loredan par Ongaro

Une kyrielle de mots et d’expressions viennent  à l’esprit suite à la lecture du roman d’Alberto Ongaro La Taverne du doge Loredan.
Pouvoir de l’imaginaire, mise en abîme, histoire à tiroirs, fiction ou réalité,  récit d’aventures .
En tout cas c’est un roman ludique, jouissif ( au propre comme au figuré ) labyrinthique.
Il faut juste accepter de se laisser emporter.
L’histoire se situe à trois niveaux.
Un premier niveau nous amène à  Venise dans la deuxième moitié du 20ème siècle bien que rien ne soit mentionné explicitement.
Schultz éditeur,ancien capitaine de marine découvre au sommet d’une armoire un vieux livre broché dont la couverture très abîmée ne permet pas de distinguer un titre.
Schultz va commencer la lecture de ce livre.
C’est le deuxième niveau.
Nous sommes projetés  au début du 19eme siècle  entre Londres et Venise sur les pas de Jacob Flint jeune homme romanesque ayant tué lors d’un duel et devant fuir l’Angleterre. Durant cette fuite il rencontrera Nina , patronne de la Taverne du doge Loredan et l’amant de celle ci, l’étrange Fielding.
La  lecture de ce livre sera le fil conducteur du roman , sachant que dans ce livre broché, certaines pages sont restées blanches ou manquent.
Et c’est là qu’est le troisième niveau,  celui de l’imaginaire, de la fiction.
Pendant tout le temps du roman nous serons avec Schultz dans la lecture du livre mais aussi avec les réactions de Schultz, fasciné par les étranges affinités  qu’il se découvre avec Jacob Flint,  héros de papier. Et puis ces pages blanches ou manquantes qui permettent à Schultz d’inventer une partie de l’histoire.
Cette mise en abîme est phénoménale et nous dit beaucoup sur la création, la fiction, l’écrivain, le personnage principal
Peut on envisager des ponts entre des époques,  des personnages ?
La fiction est elle réalité ?
Jusqu’à quel niveau les personnages , l’écrivain sont ils interchangeables et liés à l’histoire que nous lisons.
Nous sommes dans une histoire à tiroirs ou devant des poupées gigognes.
Nous lisons le roman du roman et en plus celui ci à des pages blanches pour que l’on puisse écrire notre propre fiction.
Ludique!
Le talent de raconteur d’histoires et d’aventures d’Alberto Ongaro ajoute un souffle romanesque aux aventures de Jacob Flint et de Nina.
Je vous laisse découvrir Dick,  Severino ou encore les métaphores !
Voilà un roman enlevé qui de plus fait réfléchir sur la fiction, la réalité, le pouvoir de l’imaginaire.
Un bon concentré de grand moment de lecture!

Le pays des autres de Leila Slimani. Gallimard💛💛

Le pays des autres par Slimani

Le pays des autres de Leila Slimani, sous titré La guerre, la guerre, la guerre est le premier tome d’une trilogie familiale qui couvre l »histoire de la famille Belhaj et du Maroc à partir de 1944.
Mathilde une jeune Alsacienne s’eprend d’un Marocain, Amine Belhaj,  combattant dans l’armée française.
A la fin de la guerre Mathilde et Amine s’installe au Maroc et plus particulièrement à  Meknes où vit la famille d’Amine.
Amine tente de mettre en valeur un domaine adossé à la montagne fait de terres rocailleuse.
Ce premier tome se déroule entre 1946 et 1956 et correspond à  la montée des tensions, du nationalisme  avant que le Maroc soit indépendant  en 1956.
Ce premier tome permet à Leila Slimani d’installer ces personnages ainsi que les grands thèmes qui seront abordés dans ce roman et sûrement dans cette trilogie.
Et cette installation fait que malgré la fluidité de l’écriture,  le roman est lent et parfois ennuyeux.
Je ressort de ce roman avec un sentiment de confusion.
Cela est il voulu par Leila Slimani ? Cette confusion répondant à la confusion de la situation politique marocaine, à la vie difficile d’un couple mixte, à la difficulté pour la femme de trouver sa place.
Je ne le pense pas. J’ai ressenti dans ce roman comme une volonté de la part de Leila Slimani de ne pas prendre parti et de mettre tout le monde dos à dos afin de ne froisser personne et permettre la mise en place ce cette saga familiale.
Tout est ébauché mais sans véritable profondeur.
Pourtant que de thèmes porteurs ! La place de la femme dans la société marocaine, la marche vers l’indépendance,  la construction d’un couple mixte, le lien au colonisateur.
Dans le roman Amine montre à l’un de ses enfants comment greffer un citronnier et un oranger. Cela devient un citrorange dont le fruit sera amer. La greffe n’a pas prise.
Idem pour moi.
Peut être la greffe prendra-t-elle avec les deux tomes suivants.

Butcher’s Crossing de John Williams 10/18💛💛💛

Butcher's crossing par Williams

Nous sommes dans l’état du Kansas aux États Unis en 1870. Plus précisément à Butcher’s Crossing , en français le carrefour des bouchers.
Et ce village de l’Ouest Américain porte bien son nom. C’est le lieu de rencontre et de vente de peaux pour les chasseurs de bisons.
C’est là que va arriver William Andrews, 23 ans étudiant à Harvard et qui souhaite découvrir la vie sauvage.
Il est venu à Butcher’s Crossing  pour rencontrer Mc Donald un tanneur de peaux que connaissait son père et surtout afin que Mc Donald lui présente des chasseurs afin de monter une expédition.
Ce sera fait.
Il va rencontrer Miller, le seul à savoir où se trouve l’un des derniers troupeaux de bisons caché dans une vallée montagneuse du Colorado.
Pour partir en expédition ils seront 4 : William Andrews, Miller mais aussi Schneider l’écorcheur de bisons et Charley Hoge conducteur du chariot.
L’expédition est formée d’un chariot , de 8 bœufs, de tonnes de poudre, de fusils et de victuailles.
Cette expédition deviendra une quête initiatique dans les grandes plaines et montagnes de l’Ouest Américain.
Âmes sensibles s’abstenir car le carnage des bisons ( comment dire autrement) peut retourner l’âme . J’y reviendrai un peu plus loin.
Mais il ne faut pas s’arrêter à cet état des choses.
L’écriture de John Williams nous restitue à la perfection ces grands espaces, mais aussi la psychologie et la quête de ces quatre hommes.
Comme dans toute quête initiatique il y a l’obligation du dépassement de soi et de la confrontation des hommes et de la nature sauvage.
C’est lyrique mais en même temps d’une réalité totale. C’est là force de l’écriture de John Williams qui  par sa simplicité nous rends compte  du cheminement de ces hommes.
Et par son récit,  John Williams magnifie ces troupeaux de bisons qui vont être victime d’un carnage monstrueux
Il nous dit aussi la force de la nature. Un grand livre de nature writing.
Enfin comment ne pas avoir envie de traverser ces grandes plaines pour rejoindre le Colorado et profiter sereinement et pacifiquement de la nature et des bisons.
« Il huma à pleins poumons l’air parfumé  qui montait de l’herbe, se mêlant à la sueur âcre du cheval. Agrippant fermement les rênes d’une main, il pressa l’animal des talons  et s’élança vers les Grands Espaces. »

De pierre et d’os de Bérengère Cournut. Le Tripode💛💛💛💛

De pierre et d'os par Cournut

 

De Pierre et d’os de Bérengère Cournut est un roman qui concilie ethnologie, grands espaces arctiques, rites animistes et chamanisme autour du personnage d’Uqsuralik, jeune femme livrée à elle même.
Le roman n’est pas daté mais nous sommes certainement à la fin du 19eme siècle quelque part au milieu des glaces et de la banquise  sur le Territoire de Nuna. Nous sommes sur la Terre des Inuits entre Grand Nord Canadien et Groenland.
La famille d’Uqsuralik à posé son campement sur la banquise : igloo, chiens et traîneaux.
Un matin Uqsuralik entend un énorme grondement
 » Il est trop tard :la banquise est en train de se fendre à quelques pas de moi. L’igloo est de l’autre côté de la faille, ainsi que le traîneau et les chiens. Je pourrais crier, mais cela ne servirait à rien. …… Bientôt la faille se transforme en chenal, un brouillard s’élève de l’eau sombre. Petit à petit, ma famille disparaît dans la brume. » ( page 12 )
Uqsuralik est seule sur la banquise , avec son chien Ikasuk ,3 jeunes chiens et un couteau en demi lune.
Commence alors pour Uqsuralik une errance dans le Territoire de Nuna.
Uqsuralik sera confrontée à la nature belle et sauvage, aux animaux,  aux hommes et aux femmes Inuits mais aussi aux esprits qui peuplent la nuit gelée et glacée de l’ Arctique.
Le temps est rythmé  par les demi-lunes , les jours sans nuits et les nuits sans jours, mais aussi par l’éclosion des oiseaux, le bruit et la couleur de la glace.
Et dans ce rythme lancinant les hommes et femmes passent et vivent.
Ils vivent de leur pêche,  de leur chasse, de leurs histoires avec les esprits.
Ils vivent de leur chants que perpétue la tradition.
Bérengère Cournut rythme aussi son récit par les chants qui racontent les Inuits.
L’errance d’Uqsuralik est rythmée par tout ces éléments  et alors Bérengère Cournut nous brosse une fresque poétique du monde des Inuits.
Mais pas que..

Car à travers cette errance , est magnifié le féminin,  la procréation,  la vie.
Chant de Sauniq à Uqsuralik
Je suis née par beau temps
Dans une famille nombreuse
Ma mère m’avait prédit longue vie
J’ai échappé à plusieurs famines
Et connu plusieurs maris
J’ai donné naissance à beaucoup d’enfants
Certains nés de mon ventre
D’autres extraits par mes mains
Grâce à  eux, j’habiterai longtemps Nuna
Notre territoire commun
Parmi tous ces enfants
Uqsuralik,  ma dernière fille,
Tu es la seule pour qui je me fais du souci
Tu es à la fois ourse et hermine
Ta fille est un corbeau
Vous avez à  vous deux
La force de plusieurs animaux
En tirant ses cheveux
Ma petite mère Hila
A précipité la mort du Vieux
Et vengé son père
En s’associant de ton côté
A l’étranger nommé Naja
Tu t’apprêtes à voyager au delà
Des mondes perçus par la plupart d’entre nous
Uqsuralik,  ma dernière née
Ne dis à personne que ton initiation à commencé
Ou bien tes visions seront brouillées,  emprisonnées
Uqsuralik,  ma dernière née
Ne dis à personne que les esprits t’ont visitée
Ou bien tes pouvoirs seront brimés, entravés
Les femmes puissantes
Encourent d’abord
Tous les dangers.

Lulu tout simplement d’Hervé Bellec. Les presses de la Cité. 💛💛💛💛

Lulu tout simplement par Bellec

D’abord cette énigmatique couverture qui prend tout son sens à la fin de la lecture du roman.
Couverture du roman qui représente une peinture de Paul Bloas intitulée Partir.
Partir c’est bien ce que souhaite faire Baptiste, la soixantaine, dépressif. Ces deux filles l’entraîne dans cette idée de départ.
Ce sera les chemins de Saint Jacques de Compostelle à partir de la Bretagne.
Le voilà parti sur les Chemins de Saint J1cques et rapidement vers Saint Anne d’autant il va croiser Ludivine 42 ans. Ludivine c’est une tornade, une grande gueule, un franc parler, un certain mysticisme et une dégaine d’enfer.Lulu tout simplement
Sur un corps digne de la Vénus de Boticelli, s’amoncellent tee shirts, pulls larges, robes gitanes, chaussettes multicolores mais aussi bracelets, breloques et un grand crucifix. Et comme si ça ne suffisait pas il faut ajouter les différents sacs en bandoulière.
Baptiste lui aussi à un look bien à lui. de pied en cape il est le parfait pèlerin passé par les enseignes commerciales.
Voilà comment deux personnages totalement différents vont se retrouver sur le chemin, mais quel chemin ?
Et nous revoilà à la couverture du livre.
Deux personnages dans les bras l’un de l’autre , se protégeant et en mouvement.
Ce sera une histoire belle et tragique.
Belle comme l’activité étonnante de Lulu. Connaissez vous les quéreurs de pardons ?
Tragique par le chemin parcouru.
Pourtant de cette histoire il ressort beaucoup de poésie, de tendresse et surtout l’idée que l’imprévu n’est pas loin et que si nous savons le voir et le prendre, alors la vie nous entraîne sur des chemins de traverse ,de liberté, de renaissance

La maîtresse de Carlos Gardel de Mayra Santos-Febres. Editions Zulma 💛💛💛💛

La maîtresse de Carlos Gardel par Santos-Febres

 

J’ai choisi de lire La Maîtresse de Carlos Gardel de Mayra Santos-Febres afin de connaitre un peux mieux le tango , l’Argentine et bien sûr Carlos Gardel.
En réalité j’ai découvert Porto Rico , son école de médecine tropicale , les guérisseuses de Porto Rico et aussi les prémices de la contraception.
Et Gardel dans tout cela ?
Carlos Gardel est sur l’île de Porto Rico pour une tournée du Nord au Sud de l’île. Nous sommes en 1935.
C’est ce que va nous raconter Micaela Thorné
Le roman commence de cette façon :
« Mon nom est Micaela Thorné et je suis une femme qui se souvient. Avant cela, j’étais bien des choses : une jeune élève infirmière, la petite fille d’une vieille guérisseuse, la protégée du Docteur Martha Roberts de Romeu. J’ai aussi été la maîtresse de Gardel  »
Gardel dès son arrivée sur l’île tombe gravement malade et cela remet en cause sa tournée. Ses producteurs se tournent vers les guérisseuses de l’ïle.
C’est pourquoi ils ont fait venir Clementina de los Llano Yabo plus connue sous le nom de Mano Santa , la grand mère de Micaela Thorné.
Micaela Thorné va accompagner Mano Santa auprès de Carlos Gardel.
 » Ce dont je suis sûre , en revanche, c’est que tout a commencé ainsi et que Gardel a passé dans mes bras plus de la moitié de son séjour à Porto Rico  »
C’est ce séjour de trois semaines que va nous raconter Micaela Thorné.
En faisant des flash back sur la vie et la carrière de Carlos Gardel mais surtout dans un style sensuel et capiteux elle nous distillera la relation amoureuse, sexuelle entre elle et Carlos Gardel.
Cette relation sexuelle , physique tellement en rapport avec les études médicales qu’elle suit , tout comme les propriétés de cette plante Coeur de vent dont se sert sa grand mère pour guérir.
C,’est l’une des grandes découvertes de ce livre, a savoir le rôle de Porto Rico et de l’Ecole de médecine Tropicale dans le développement de la contraception.
On prend un livre , on pense découvrir Carlos Gardel , El Zorzal ou encore El Morocho et l’on rencontre un personnage de fiction Miceala Thorné qui deviendra Gynécologue , botaniste et phytologue à ses heures .
Ce personnage de fiction qui nous dit une réalité sur la contraception , le statut des femmes.
Le bonheur de la découverte littéraire.

 

Nefertari Dream de Xavier – Marie Bonnot. Belfond.💛💛💛💛

Nefertari dream par Bonnot

C’est une plongée  dans l’Égypte contemporaine et dans l’Égypte millénaire.
Xavier-Marie Bonnot met face à face les dynasties pharaoniques et le pouvoir dictatorial d’Hosni Moubarak.
Les deux lieux centraux de son roman sont Louxor, la vallée des rois, le Nil et le Caire avec entrautre la place al Tahrir.
Louxor, la vallée des rois,  la plaine du Nil respirent l’Égypte traditionnelles. Les Égyptiens vivent encore au rythme de la rive des Morts et de la rive des vivants.
Traversant le Nil à Louxor pour se rendre dans la vallée des rois et auprès des temples,  beaucoup d’Egyptiens contribuent à  l’essor du tourisme en tenant des bazars, des boutiques qui vendent de l’antique en toc.
Au milieu de ces cars de touristes, de ces boutiquiers il y a Rodolphe. Rodolphe Cordier est archéologue  et toute sa passion est braquée sur la découverte d’une tombe dans la vallée des Reines.
Nous sommes en Novembre 1997 et l’attentat de Deir al Bahari à  Louxor va faire 62 morts et des centaines de blessés.
C’est une déflagration pour l’ Égypte.
Déflagration pour le peuple égyptien vivant du tourisme et du commerce des antiquités
Déflagration pour l’Égypte et le pouvoir avec l’installation de l’islamisme radical et des Frères Musulmans.
Déflagration pour Rodolphe qui n’a jamais regardé en face ce pays pauvre qui plie sous une dictature pesante.
Au Caire, Noah fille de Louxor retrouve Amina, son amie d’enfance devenue médecin et militante islamiste.
A travers les personnages de Rodolphe et Nora , Xavier-Marie Bonnot va nous faire vivre les 20 ans qui ont bousculé l’Égypte et fait émerger les Printemps arabes.
C’est passionnant, sans manichéisme aucun.
Tour à tour sont évoqués le colonialisme,  la prédation culturelle ( statues – fresques -momies ), la montée en puissance de l’islamisme, la dictature féroce.
Et en filigrane de cette histoire moderne, sont toujours présents  les bords embrumés du Nil,  la vie quotidienne des Égyptiens  et cette civilisation millénaire  avec ce culte des Morts et de la vie.
« Elle s’est tournée vers l’Ouest. El Kurn, la montagne au flancs profonds, aux roches secrètes qui taisent, e leurs lèvres de calcaire, les morts qui y gisent encore. » ( page 349 )
Un très joli roman sur l’Égypte d’aujourd’hui et sur cette civilisation millénaire qui nous fait rêver.
Comment oublier la douceur des berges du Nil , dans la douceur nimbée du soir, le couchant irradiant la montagne El Kurn

La Leçon de ténèbres de Léonor de Récondo. Stock .💛💛💛

La leçon de ténèbres par Recondo

On peut dire que La leçon de ténèbres de Leonor de Recondo est un livre de commande. Les éditions Stock ont créé une collection Ma nuit au musée.
Dans le cadre de cette collection ,il est demandé à un auteur de passer une nuit , seul , dans un musée.
Leonor de Recondo a donc passé  une nuit au Musée de Toléde en présence du peintre El Gréco.
Elle nous restitue cette expérience dans un opuscule de 150 pages édité chez Stock, abandonnant provisoirement, je l’espère,  son éditeur Sabine Wespieser.
Elle a choisi Toléde et El Gréco car elle est venue dans ce musée il y a 15 ans avec son père et à été subjuguée par la peinture d’El Gréco.
Subjuguée est trop faible. Comme on dit en anglais falled in love.  Elle est tombée en amour.
Et Leonor de Recondo espère que cette nuit , seule, au musée va la mettre en présence d’El Gréco et d’un sentiment amoureux.
Tout s’y prête.  La nuit, le clair obscur du musée,  les peintures d’El Gréco,  le violon et la présence du père disparu.
Dans cette nuit Leonor de Recondo revisite la vie d’El Gréco, peintre de la Renaissance ayant quitté sa Crête natale pour découvrir Venise et ensuite Toléde.
Laissant derrière lui en Crête une femme aimée.
El Gréco un déraciné, qui arrivait à  Toléde vivra dans un premier temps des commandes des seigneurs et de l’Église.
Nous retrouvons la sensibilité et la finesse littéraire de Leonor de Recondo; l’émotion point en de nombreux moments de cette nuit mais n’arrive pas à nous surprendre, à nous éteindre comme dans Manifesto.
La dernière nuit de son père Félix portait plus d’amour et d’émotion  que cette rencontre avec El Gréco.
Je trouve que Leonor de Recondo est restée sur la berge  et n’a pas su ou n’a pas pu se laisser prendre par l’ambiance et les lumières tout en clair obscur de ce musée . Peut être l’effet d’un livre de commande ou des souvenirs d’adolescente trop magnifiés
Par contre je lui suis grée de m’avoir fait découvrir El Gréco et plus particulièrement les 12 apôtres ; personnages aux corps allongés et en mouvement,  aux vêtements chatoyants. Quelle merveille!
Je comprends l’admiration de Picasso pour El Gréco. Les deux étaient en avance sur leur époque