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Comédies françaises d’Eric Reinhardt. Gallimard. 💛💛💛💛

Comédies françaises par Reinhardt

Le dernier roman d’Éric  Reinhardt, Comédies françaises, est un roman multiforme avec une ligne directrice et quelques digressions.
Depuis 2013 et une rencontre avec Louis Pouzin,  Eric Reinhardt à été marqué  par l’abandon, par la France dans les années 1970 d’un projet de création d’Internet.
Qui est Louis Pouzin ? Il s’agit d’un chercheur français qui découvrit le datagramme qui est à la base d’Internet. En 1974 le président Valéry Giscard d’Estaing  renonça à se projet au profit du  Transpac qui est à  la base du Minitel. Cet abandon avait une raison : le lobbyisme. Et plus particulièrement celui d’Ambroise Roux, président de l’imposante CGE, leader entr’autre dans la productions de commutateurs téléphoniques.
Le roman d’Éric Reinhardt va donc nous entraîner dans les arcanes de la politique industrielle française des années 1970, ainsi que dans le lobbyisme invétéré d’Ambroise Roux.
Pour nous faire découvrir ces arcanes, Eric Reinhardt nous adjoint un narrateur : Dimitri jeune homme de 27 ans.
Dès la première page du roman nous attends un avis de décès, celui de Dimitri.
Dès la deuxième nous connaissons les raisons du décès.  Un banal accident de la route qu’un article de journal nous détaille.
Cela posé , le roman d’Éric Reinhardt se lit avec plaisir et délectation.
A l’enquête concernant les raisons de l’abandon du datagramme et des joies du lobbyisme se superpose la découverte de la vie de Dimitri, jeune homme bisexuel, recherchant toute aventure possible ,bien dans son époque, ayant lui même fait du lobbying avant de devenir reporter à l’AFP. Il est évidemment tentant d’en faire un double d’Eric Reinhardt.( à tort ? )
Et la vie de Dimitri est une double enquête ; d’un coté l’enquête sur le pourquoi de l’abandon du datagramme, de l’autre côté,  qu’elle est cette jeune femme entrevue à  Madrid, puis deux fois à Paris.
Ces deux enquêtes  permettent de passer allègrement des années 70 aux années 2015.
Le spectre politique et social est très large et nous montre combien la société a changé .
Eric Reinhardt se permet quelques digressions pour nous entretenir de Max Ernst ou encore de Pollock. Cela ne nuit pas.
Quand aux pages sur Ambroise Roux, elles sont autant mordantes que sont iconoclastes les courriers envoyés au fils d’Ambroise Roux et à Valéry Giscard d’Estaing.
Ce roman a un côté jubilatoire, un côté pot de terre contre pot de fer.
Dimitri par sa singularité,  son ton décalé nous entraîne avec lui dans ses enquêtes et dans  sa vie un peu dissolue mais diablement enlevée,  poétique et théâtrale.
Enfin comment ignorer Louis Pouzin, ce chercheur que l’on a laissé au bord du chemin.
Il a gardé douceur, empathie et bienveillance.
Et les mots d’Éric Reinhardt sont magnifiques
 » Ses rides témoignaient  de la fréquence  de ses sourires, les plus marquées chez lui n’étant pas celles de l’inquiétude,  du doute ou de l’angoisse, mais de la joie, de la vitesse : ces rides là étaient de  celles qui soulignant ce qui est vif chez une personne en exacerbent la beauté  plutôt qu’elle ne la flétrissent. »
Comédies Françaises porte bien le nom d’une certaine France , que ce soit en 1970 ou dans les années 2020.

Eric Reinhardt : son ode à la beauté, à l'art, et à l'amour
Éric Reinhardt a vécu à Nancy jusqu’à sa sixième année, à Marseille de 1970 à 1972, à Clichy-sous-Bois1, quartier du Chêne Pointu, de 1972 à 1977, puis à Mennecy, dans l’Essonne2, dans un lotissement Levitt[Quoi ?] que l’on retrouvera dans plusieurs de ses romans, de 1977 à 1983, date à laquelle il obtient son bac C au lycée de Corbeil-Essonnes et s’installe à Paris, rue de Sèvres, dans une chambre de bonne, évoquée elle aussi dans plusieurs de ses livres. Admis dans une classe préparatoire à HEC au lycée Jacques Decour, dans le neuvième arrondissement de Paris, il intègre deux ans plus tard une école de commerce, l’Institut supérieur de gestion3, avec le projet de travailler dans l’édition. Il fait ses armes aux éditions Le Castor astral puis travaille chez Albin Michel et aux Éditions Flohic, où il s’initie à la conception de livres d’art. Il occupe, auprès d’Éric Hazan, le poste de directeur éditorial des éditions Hazan de 1994 à 1999. Il est, depuis, éditeur de livres d’art et directeur artistique indépendant.

Les démons de Simon Liberati. Stock. 💛

Les démons par Liberati

Comme cela au debotté, je ne trouve pas de mots pour caractériser ce roman. Peut être sulfureux malsain ou encore ennuyeux confus et boursouflé.
Simon Liberati à sûrement voulu décrire une époque ( 1967 ) par le bout de la lorgnette jet set – art – sexe – partouze- drogue et dépravation.
Il noit son roman dans un nombre incalculable de personnes ( pas des personnages ) allant de Truman Capote à Brigitte Bardot en passant par Aragon, Andy Wharol, Mauriac , le cardinal Danielou ou encore André Malraux, Emmanuelle !
C’est vain et sans intérêt. Ces personnages de fiction se débattent dans ce cloaque et n’ont aucune
consistance et globalement ce qui leur arrive nous laissent de marbre.
C’est un élitisme de bas étage qui se vautre dans la drogue, la dépravation et la pédophilie en Thaïlande.
C’est totalement navrant et le terme est faible.

La Sociètè des Belles Personnes de Tobie Nathan. Stock. 💛💛💛

La Société des belles personnes par Nathan

La société des Belles Personnes de Tobie Nathan est la suite de l’un de ses précédents romans : Ce pays qui te ressemble.
Ces deux romans traversent l’Egypte durant le 20 ème siècle ainsi que la destinée des Juifs d’Egypte.
Pour ce roman, nous sommes en 1952 et nous retrouvons l’un des personnages principal de Ce pays qui te ressemble : Zohar Zohar ( ne pas avoir lu le premier roman ne gène en rien pour la compréhension de la Société des Belles Personnes).
En 1952 , en tant que Juif d’Egypte , Zohar Zohar est contraint à l’exil et se réfugie d’abord en Italie puis en France.
Au début du roman nous nous retrouvons de nos jours au cimetière de Pantin pour l’enterrement de Zohar Zohar , auprès de son fils François Zohar.
Le roman , au travers de personnages différents va retracer à François Zohar ce que fut la vie de son père entre son exil et son décès en France.
Nous allons donc régulièrement franchir les rives de la Méditerranée entre France et Egypte.
Ce sera pour Tobie Nathan l’occasion de nous rappeler l’histoire égyptienne ( exil de Farouk et coup d’état de Nasser ) mais aussi l’ingérence des anciens nazis dans l’appareil d’état égyptien ou encore la vie et les envies de vengeance des rescapés des camps de la mort.
Contrairement au roman Ce pays qui te ressemble , La Société des Belles Personnes pèche par un manque d’unité et reste sur le pourtour des sujets.
A vouloir traiter une multitude de sujet , le roman perd de sa sensibilité et de son émotion.
Pour le premier roman Tobie Nathan écrit une histoire antérieure à sa naissance.
Ce roman-ci est contemporain de Tobie Nathan et c’est comme s’il avait perdu une partie de sa plume orientale ou comme si les sujets abordés l’avait plombé.
Cette Société des Belles Personnes qui doit porter le roman reste en retrait et n’arrive pas à nous envouter totalement.
Néanmoins cela reste un bon moment de lecture mais en recul par rapport à Ce pays qui te ressemble.

El Curandero de Paul Vanderstappen. Editions Meo.💛💛💛

El Curandero par Vanderstappen

Tout d’abord merci à  Babelio et aux Éditions Meo pour l’envoi du roman  El Curandero de Paul Vanderstappen dans le cadre de la Masse Critique.
El Curandero est un premier roman initiatique et étrange.
Roman court, il se situe entre 2005 et 2015 de part et d’autre de l’Atlantique, de la Belgique au Chili.
El Curandero signifie celui qui soigne, celui qui se soigne.
Et effectivement le roman est une quête de sens, une quête de soi.
Le narrateur a un vécu,  une histoire qu’il porte mais qu’il n’arrive pas à exprimer
Cette histoire est en lien avec un  deuil qui réveille des événements antérieurs  et fait resurgir des fantômes enfouis mais non oubliés
Cette résurgence de souvenirs va entraîner le narrateur de Belgique au Chili et plus particulièrement à Valparaiso à la rencontre de personnages réels et d’autres dont on ne sait  la réalité.
A chacun de rentrer ou non dans cette histoire. le côté  parfois didactique ( Les entretiens avec le psychiatre ) et une certaine lenteur dans le récit   ne facilite  pas toujours la narration.
Sûrement le fait d’un premier roman.
Reste des personnages étonnants  ( Louisa- Gabriel ), des lieux de poésie comme La Sebestiana, maison de Pablo Neruda et Valparaiso.
Et Valparaiso, ce port mythique sur le Pacifique. Port du bout du monde où sont passé tant de voyageurs, d’écrivains et de baroudeurs.
 Un lieu qui correspond bien à la quête de sens et à la quête de soi.
En définitif un roman pour lequel il faut accepter de se laisser embarquer pour un voyage intérieur, une atmosphère.
Comme vous le constater par ce billet, j’ai embarqué. Ce ne fut pas toujours évident, je me suis dès fois perdu, j’ai un peu râlé sur un style simple, des facilités, mais j’ai été au bout du voyage. J’ai accosté et j’ai laissé infuser cette lecture quelques jours.
Et bien au bout de quelques jours il reste une petite musique, une évanescence.
Alors on embarque ! Oui. Non. A vous de voir !
Paul Vanderstappen est formateur d’éducateurs et de logopédes ( orthophoniste en Belgique )

La Géante de Laurence Vilaine. Zulma. 💛💛💛💛💛

La Géante par Vilaine

 » Rimbaud marche toute la nuit, et à l’aube il s’assoit pour contempler sa récolte, seulement quelques pépites, parfois une bonne dizaine qu’il dispose en rond dans sa paume « 
Ce roman est une pépite. Gardez le longtemps au creux de votre paume !
Court roman (187 pages ) mais quelle écriture quelle poésie!
L’écriture est ciselée, dentelée comme les pics et les arrêtes des montagnes ou se situe le roman.
Noele vit au pied de la Géante, montagne imposante et austère. La Géante est le personnage central qui veille, qui peut être bienveillante mais qui peut aussi être dangereuse pour qui ne la respecte pas.
Noele, narratrice, fille de cette montagne, sorcière à ces heures, la parcourt en tout sens afin de cueillir les plantes, fabriquer des tisanes et ramasser les fagots de bois qui présage les feux de l’hiver.
Noele a un frère , Rimbaud, qui parle aux oiseaux et qui court les ruisseaux et torrents afin de ramener les pierres d’or.
Noele et Rimbaud ont été élevés dans la montagne par La Tante. C’est la mémoire du pays , la mémoire de Noele.
A ces trois personnages il faut joindre Maxim et Carmen.
Maxim est un journaliste qui vient se ressourcer et se soigner au pied de la Géante.
Carmen est photographe engagée dans un centre sanitaire au Congo. Elle envoie des lettres à Maxim. Lettres que l’amour enveloppe.
Afin de faciliter le travail du facteur, c’est Noele qui apporte les lettres à Maxim.
l’histoire est posée. Seulement l’histoire. Elle ne se raconte pas. Elle émeut.
Pour le reste ce n’est que poésie , délicatesse, découverte ouverture.
L’écriture de Laurence Vilaine est un écrin dans lequel brille la montagne , ses calades , ses marmottes , ses immortelles bleues. L’écriture est précise pour nous dire l’importance d’une robe , d’une blouse , d’une flanelle ou le mouvement d’un chignon. L’écriture devient poétique pour nous enivrer des immortelles des argousiers des sorbiers et des Tiou Tiou Tiou du petit duc.
L’écriture est littérairement suave et élégante quand il s’agit de ressentir l’absence et la distance dans le transport amoureux:
« Je t’embrasse longtemps »
 » Tu me manques… un peu. Ca veut dire infiniment « 
« Dans ton cou je pose ma tête »
« Je te serre »
« C’est l’heure des silences que l’on chuchote, je t’enveloppe. »
c’est un roman du coeur , de l’émotion, des sentiers et des chemins perdus dans la montagne à la recherche d’une chapelle, d’un amour.
Sans aucun doute il mérite une deuxième lecture , installé dans le Mercantour au pied de la Géante. et de la vallée des Merveilles.
Merveille comme ce roman !

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Laurence Vilaine est née en 1965, et vit à Nantes. Son premier roman, Le silence ne sera qu’un souvenir (Gaïa, 2011) a été très remarqué. Après un récit intimiste, La Grande Villa (2016), elle revient avec La Géante. « Écrire, c’est crier sans bruit, cracher entre les lignes, aimer en secret, frissonner beaucoup. »

Nos Corps étrangers de Carine Joaquim. La manufacture des livres . 💛💛💛

Nos corps étrangers par Joaquim

Nos corps étrangers est le premier roman  de Carine Joaquim. Est ce important que ce soit un premier roman  ? Non tellement Carine Joaquim embrasse de sujets.
Elle divise son roman en trois parties qui recouvrent chacune un trimestre d’une année scolaire.
Dans ces trois parties vont vivre  Elisabeth, Stéphane et leur fille Maeva. A cette famille il faut ajouter Maxence et Ritchie qui sont dans la classe de troisième de Maeva, mais aussi Sylvain et Clara qui sont les fenêtres vers l’extérieur pour Elisabeth et Stéphane .
De nombreux sujets vont être abordés : les relations de couple, l’anorexie, les migrants, les relations des ados,  le handicap, le mal être …. Mais à force d’accumuler les sujets ceux ci perdent de leur acuité.
C’est le principal écueil que j’ai ressenti en lisant ce roman . L’écriture ou le sens de la narration ne sont pas à mettre en cause. Carine Joaquim maîtrise son sujet et peut être trop. L’échelle de temps pour l’année scolaire ( mais est ce cette échelle de temps qui est prioritaire ?) est respectée mais en même temps Carine Joaquim en est prisonnière et  reste me semble t il sur le pourtour des émotions . Elle semble nous raconter de façon factuelle un certains nombre de situations fortes mais pour lesquelles nous restons étrangers pour reprendre une partie du titre du roman.
Nos corps étrangers sont autant physiques que psychologiques. Carine Joaquim les définit bien mais quand il s’agit  de les approfondir, cela reste à la surface des émotions.
Que gardons nous d’Elisabeth, Stéphane,  Maeva, Sylvain, Ritchie ou Maxence quand nous refermons le roman.
Ils ont tous vécu des moments cruciaux de leur vie mais ils nous reste des étrangers .
Vous comprenez que je reste entre deux eaux à la fin de ce roman. L’écriture,  la force de celle ci est bien présente mais la multitude de sujets importants et vitaux traités superficiellement au fil des pages et qui ne permettent pas un approfondissement des personnages prend malheureusement le dessus.

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 Née en 1976 à Paris où elle grandit, Carine Joaquim vit aujourd’hui en région parisienne et y enseigne l’histoire-géographie. Si elle écrit depuis toujours, c’est depuis six ans qu’elle s’y consacre avec ardeur. ‘Nos corps étrangers’ est son premier roman publié.

Patagonie route 203 d’Eduardo Fernando Varela. Metaillé. 💛💛💛💛

Patagonie route 203 par Varela

 » La vie ne lui accorderait pas une seconde chance: la Patagonie était  tellement immense et illimitée qu’ils risquaient de ne jamais se retrouver, mais par un paradoxe de la géographie,  il arrivait que cette immensité  rapproche les personnes et que leurs chemins se croisent de nouveau  » ( page 349 )
Paradoxe de la Géographie.  La Patagonie est un territoire immense qui couvre le Sud de l’Argentine. Pour le nommer et le matérialiser Eduardo Fernando Varela nous entraîne dans la steppe, le désert,  la cordillère et l’océan.  Nous sautons de méridien en parallèle ,  le vent de face ou de dos mais toujours présent et prégnant. Les nandous et les guanacos batifolent dans ses grandes étendues en essayant de faire fi des interminables fils barbelés.
La Patagonie est striée de routes principales ou secondaires globalement perpendiculaires les unes aux autres. Elles relient des villages, des hameaux aux noms emplit d’histoire,de legende , de solitude et de désespoir :Saline du désespoir, Indien méchant , le ravin des Singes, La Pourrie, La Mule Morte.
C’est dans cette géographie paradoxale que roule le camion de Parker. Celui-ci charge et décharge de la marchandise entre les Ports de l’océan et de la Cordillère.  Il ne roule que sur les routes secondaires.  Il a ses raisons que nous découvrirons peu à peu.  Son camion et la Patagonie représente son univers. Univers qui tient dans son camion : table, chaises, meubles et lit. Imaginer tout cela installé à l’abri du camion, dans la steppe à la clarté des étoiles du Sud, entre onirisme et poésie.
Dans son road trip il va rencontrer Maytén, jeune femme tenant la billetterie d’un Jeu de Massacre dans une fête foraine. Il va en tomber amoureux et l’emmener avec lui au grand dam de Bruno son mari.Va commencer une longue course dans cette immense Patagonie où les personnages sont décalés ou déconnectés.  On croisera un journaliste à la voiture sans frein  qui recherche les épaves des U boat allemands, deux jumeaux boliviens gardien du train fantôme de la fête foraine ou encore des anthropophages.
Cela pourrait paraître absurde mais il n’en est rien dans ce pays de démesure,  et de légende.
Patagonie route 203 est un livre d’un certain lâcher prise et d’une poésie certaine. Eduardo Fernando Varela nous entraîne sur des chemins de traverse ou l’âme humaine vagabonde.
Ses chemins ainsi décrits :Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche  et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez allez arriver à la mer »
Entre temps Eduardo Fernando Valera nous aura perdu dans les dédales d’un train fantôme,  dans les sables humides d’une plage à marée basse aux côtés de Maytén et Parker, aux sons d’un saxophone ou d’un autoradio nasillard sautant de fréquence en fréquence.
Patagonie route 203 est un roman d’ambiance, de paysages mais surtout d’hommes et de femmes cabossés par la vie qui détiennent une part de poésie qui les rend attachants.
On apprécie  faire un bout de chemin avec eux et cette route 203  reste ouverte à tous les vents.

 

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Eduardo Fernando VARELA a 60 ans. Il vit entre Buenos Aires, où il écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et Venise.
Patagonie route 203 est son premier roman.
PRIXPrix Transfuge du Meilleur roman hispanophone – 2020 – Patagonie route 203
Prix Femina étranger : finaliste – 2020 – Patagonie route 203
Prix du Premier roman : sélection catégorie romans étrangers – 2020 – Patagonie route 203
Prix Expression 2020 : sélection (prix de la librairie Expression à Châteauneuf de Grasse) – 2020 – Patagonie route 203
Prix LDB 2020-2021 : sélection (prix de la librairie des bauges à Albertville) – 2020 – Patagonie route 203
Sélection rentrée littéraire Fnac – 2020 – Patagonie route 203
Prix Casa de las Americas – 2019 – Patagonie route 203

Les lois de l’ascension de Céline Curiol. Actes Sud. 💛💛💛💛

Les lois de l'ascension par Curiol

A la fin de son livre Les lois de l’ascension  Céline Curiol rend hommage à  Paul Auster.
Hommage  naturel tellement la forme et le fond du livre sont  » austerien »
Imposance « austerienne » avec ce livre de quelques 830 pages.
Austerien de situer l’action principalement à Belleville – Paris, tout comme Paul Auster fait vivre Brooklyn ou New York.
Et puis la forme… six personnages que l’on retrouve à quatre saisons différentes de 2015 /2016. Un peu comme les 4 Ferguson du roman 4 3 2 1de Paul Auster.
Et le même sens des personnages secondaires et des digressions  sur des sujets superficiels ou au contraire très actuels et graves.
Donc nous sommes à  Belleville a l’été  2015 et nous allons suivre la vie de six personnages. Suivre leur vie est un grand mot.  Nous allons pour chacun  suivre une journée de leur vie sur quatre saisons en commençant par l’été et à terme ces quatre saisons nous raconterons six vies.
Je vous présente les 6 personnages
1/ Orna la quarantaine est journaliste dans un site d’infos sur Internet. Elle a une soeur qui s’appelle Selene.  Un soir en rentrant chez elle, elle découvre au pied de son immeuble un migrant ou un réfugié tunisien : Moncef. Orna suit une analyse chez le docteur Pavel. Elle est célibataire après avoir vécu quelques années  avec Oscar
2/ Selene soeur d’Orna est à Dubaï pour des entretiens d’embauche à l’université des Émirats Arabes Unis. Son domaine de prédilection : l’environnement.  Elle découvre à  Dubaï le travail des immigrés et leur manque de liberté.  Selene vit avec Porter.
3 /Hope travaille comme pickeur  ou pickeuse dans la logistique. Renvoyée car pas assez efficace.  Locataire de Veronica, veuve avec argent et bien immobilier. A besoin de se faire entendre car exploitée. Révoltée.
4 /Mode est un immigré sénégalais. 60 ans . A donner des cours de français dans diverses associations pour migrants. Intégré. Va rencontrer Orna qui est à la recherche de Moncef
A laissé une femme aimée au Sénégal :Houria
Fais une rencontre dans » la tranchée « avec un jeune dealer  qu’il prend pour Moncef
5/ Pavel est un psy en fin de carrière.  Divorcée de Ingrid. A une fille Léa.  Peu present.  A comme patiente Orna.  Sa femme de ménage Dounia lui demande de parler à son fils Mehdi qui glisse vers l’islamisme.
6 /Mehdi parle verlan. Totalement ouvert à un départ en Syrie. Mehdi est le jeune homme rencontré dans  » la tranchée » par Modé.
Le décor est posé et Céline Curiol  va faire interagir ces six personnages. C’est ludique mais c’est surtout absolument maîtrisé.  Les événements  s’enchaînent sans fausses notes et nous voyons devant nos yeux se mettre en place les lois de l’ascension.
Ces lois de l’ascension qui sont totalement intégrées dans notre monde contemporain. Chaque personnage va se trouver confronté    à l’individualisme, la solidarité , le passage à l’acte. Mais tout est il ascension ?  En interagissant quel est notre niveau de responsabilité ou d’irresponsabilité.
Céline Curiol n’élude aucun des grands sujets :migrants ,réfugiés,  racisme, environnement, terrorisme ou encore révolte et révolution.
Son livre est foisonnant, pas toujours simple car les digressions peuvent être un peu prise de tête.  Mais on l’accepte tellement la réflexion est salutaire .
Arriver à être soi .Oser changer. Se changer soi , petitement avant de penser à changer les autres, le monde. Suivre une quête qui permettra d’être vivant et de réinvestir une indépendance d’esprit.
C’est le fil de ce roman inlassablement contemporain.
Sur des sujets équivalents et dans le même quartier de Belleville il faut lire le magnifique livre Arène de Négar Djavadi que j’ai chroniqué il y a quelques mois.

Les lois de l’ascension de Céline Curiol. Actes Sud . 837 pages

Céline Curiol : « La dépression, c'est un peu le mal du siècle… »
Ingénieur de formation, elle a vécu plus de dix ans à New York où elle est correspondante pour Radio France et pour la BBC et effectue des travaux pour l’ONU. C’est à cette époque qu’elle commence à écrireAS 1. Depuis 2011, elle enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris1 (« Sciences-Po »), à l’École nationale supérieure des télécommunications et à l’École nationale supérieure de techniques avancées.

Ses œuvres sont en majorité publiées chez Actes Sudmaison d’édition qui participe à la promotion de l’autriceAS 1,AS 2.

Son premier romanVoix sans issue, a été traduit dans une quinzaine de langues et salué par l’écrivain américain Paul Auster comme « l’un des textes de fiction les plus originaux et les plus brillamment exécutés par un écrivain contemporain. »

S’ensuivent un second roman Permission, un récit de voyage Route Rouge et Exil intermédiaire, sur la disparition de l’amour conjugal.

De sa résidence à la Villa Kujoyama de Kyoto, elle a tiré un roman, L’Ardeur des pierres, paru à la rentrée 2012.

En 2013, elle apporte sa contribution à la collection « Essences »AS 3 d’Actes Sud, avec un texte hybrideÀ vue de nez.

En 2014, son ouvrage, Un quinze août à Paris : histoire d’une dépression, explore, à travers le récit d’une expérience personnelle, les mécanismes d’invasion de la dépression, et rapporte les points de vue d’artistes et de scientifiques sur cette maladie.

De 2010 à 2016, elle a été membre du conseil d’administration de la Maison des écrivains et de la littérature.

Le mystère de la main rouge d’Henri Loevenbruck. XO . 💛💛💛

Le mystère de la main rouge par Loevenbruck

Le Mystère  de la Main Rouge est la suite des Aventures de Gabriel Joly, aventures qui avaient commencé dans le Loup des Cordeliers.
Nous sommes en 1789 au commencement de la Révolution Française.  Dans le premier Tome, le Loup des Cordeliers, Gabriel Joly,  jeune journaliste monte à  Paris et espère devenir un grand journaliste enquêteur.  Sa quête va le mettre de plein pied dans la Révolution auprès de Camille Desmoulins et Danton, mais aussi  aux premières loges de l’enquête  sur le Loup des Cordeliers. Son enquête va lui permettre de découvrir l’identité de ce Loup des Cordeliers, mais celui-ci disparaît .
Le deuxième tome le mystère de la Main Rouge raconte la recherche de ce Loup par Gabriel Joly.
Comme dans le premier Tome, l’histoire est intégrée à l’histoire de la Révolution Française et se déroule entre mi juillet et août 1789.
Cette recherche du loup des Cordeliers se double de l’arrivée  d’une société secrète et ésotérique  : La Main Rouge.
Henri Loevenbruck réalise un roman de pures aventures avec duels, traîtrise, secrets , morts, disparition etc…
Le bémol  par rapport au premier tome: la réalité historique est moins présente.  Les lieux, les moments, les personnages historiques sont là mais ils ne donnent pas le tempo au roman.
Néanmoins  il est toujours intéressant de se retrouver à la nuit du 4 Août ou encore dans les bureaux de l’hôtel de ville de Paris auprès du maire Bailly.  Il est instructif aussi de se retrouver en Corse  au contact de la république de Gênes.
Camille Desmoulins et Danton sont moins présents  tout comme Madame Teroigne de Méricourt dans ce deuxième tome.
Vous comprenez que j’ai préféré le premier Tome car l’histoire est plus ancrée  dans la Révolution.
Cela reste un excellent livre d’aventures avec la belle écriture d’Henri Loevenbruck  et une documentation de tout premier plan .
Les aventures de Gabriel Joly vont se continuer. Des meurtres ont eu lieu au Théâtre Français.  Nous n’en sommes qu’au début de la Révolution…
Je serais présent pour ce troisième tome. On ne mégote pas sur un bon roman d’aventures et si en plus la Révolution revient au premier plan, ce sera la cerise sur le gâteau !

Le mystère de la main rouge. Henri Loevenbruck . 473 pages

Biographie de Henri Loevenbruck | Loevenbruck

Henri Lœvenbruck est né en 1972 à Paris, dans le quartier de la Nation, où il a passé toute son enfance et son adolescence. Après le bac, hésitant entre la musique et la littérature, il tente d’allier ses deux passions : la semaine, il étudie en khâgne au lycée Chaptal et le week-end il joue en concert ou en studio avec de nombreux musiciens.
Après avoir étudié la littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, l’heure du service national venue, il fait une objection de conscience et passe 17 mois comme maquettiste aux Editions Francophones d’Amnesty International, puis il part vivre en Angleterre, près de Canterbury, où il enseigne le français dans un collège.
De retour en France, il enseigne l’anglais dans une école d’ingénieur (EFREI), avant de se diriger vers le journalisme littéraire. Pigiste pour la radio (TSF) et la presse écrite (L’Express), il signe de nombreuses chroniques sur les littératures populaires avant de créer son propre magazine (Science-Fiction magazine). Après être resté rédacteur-en-chef de ce titre pendant deux ans, il publie à 25 ans son premier roman aux éditions Baleine, sous pseudonyme, un polar futuriste où l’on devine l’influence manifeste de Philip K. Dick…
Cette fois, son choix est fait, il décide de se consacrer pleinement à l’écriture. Il publie alors deux trilogies de Fantasy, La Moïra et Gallica, lesquelles rencontrent un succès inédit pour un auteur français (La Moïra dépasse en France les 300 000 exemplaires, toutes éditions confondues, et les droits sont vendus dans 11 pays). Suivront de nombreux romans, entre polars, thrillers et romans historiques (Le Syndrome CopernicLe Rasoir d’Ockham, L’Apothicaire…) qui lui vaudront d’être qualifié par le Nouvel Observateur de « nouveau maître du thriller français ».
Membre fondateur de la Ligue de l’imaginaire aux côtés, entre autres, de Bernard Werber, Franck Thilliez, Bernard Minier et Maxime Chattam, en juillet 2011, il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
En 2015, son roman Nous rêvions juste de Liberté rencontre un beau succès médiatique et fait à présent l’objet d’un projet d’adaptation cinématographique.
En 2019, il rejoint les éditions XO pour publier un nouveau polar historique : Le Loup des Cordeliers.

Les yeux de Milos de patrick Grainville. Seuil. 💛💛

Les yeux de Milos par Grainville

Autant le dire en préambule : la lecture d’un livre de Patrick Grainville demande adhésion.  Son dernier roman Les yeux de Milos ne déroge pas à la règle. Dans ce roman on retrouve trois des ingrédients habituels de Patrick Grainville.
D’abord le style : baroque parfois grandiloquent mais toujours ciselé,  faisant honneur à la langue française.
Ensuite la peinture et les peintres. Comme dans La falaise des fous, auprès de Monnet, les Yeux de Milos nous entraîne dans les pas de Nicolas de Stael et de Pablo Picasso
Enfin, l’érotisme, la sexualité qui sont des thèmes récurrents des romans de Patrick Grainville.
Si l’adhésion à ses ingrédients n’est pas acquise,  la lecture du roman peut devenir rapidement difficile voire ennuyeuse.
J’ai adhéré différemment  aux trois ingrédients.
Plus la lecture du roman avance, plus la place de l’érotisme,  pour ne pas dire d’une sexualité très crue, prend  une place prépondérante.  Tout est scruté,  vu par le spectre des organes génitaux. A terme cette overdose donne la nausée  et escamote ( le mot est gentil) une grande partie du roman .
Pourtant le point de départ du roman avec le regard bleu  de Milos qui intrigue hommes et femmes,  accroche le lecteur et donne envie de le suivre dans ses liens autour de Picasso, De Stael ou encore l’abbé Breuil. le style de Patrick Grainville nous transporte dans l’oeuvre de Picasso, dans les grands à plats de Nicolas de Stael, dans les terres ocres de Namibie  ou dans l’humidité des grottes préhistoriques périgourdines ou niçoises.
C’est foisonnant, c’est instructif, c’est sensuel. …
Et puis peu à peu la sensualité devient érotisme de bas étage  .
Je ne connais pas assez l’oeuvre de Picasso pour être objectif mais ne présenter la vie et l’oeuvre de Picasso que par ses oeuvres érotiques me paraît réducteur.
Bien évidemment la relation de Picasso avec ses femmes et compagnes est connue pour sa complexité et le caractère du peintre. Cela est rendu par Patrick Grainville  mais pourquoi toujours revenir exclusivement aux organes, phallus, vulves et trous !
Ce parti pris phagocyte le roman et celui ci devient ennuyeux et interminable.
C’est tout de même un comble alors que nous sommes avec Picasso et De Stael.
Page 277 Patrick Grainville nous dit :  » Que peut l’artiste ? Créer contre la destruction. Affirmer l’autonomie de son Soi, de son geste solaire. Épancher, chanter la création libre. C’est un soleil dans le ventre aux milles rayons. Voici la haute mission et le combat vivant « 
Malheureusement je n’ai jamais ressenti cette allégresse dans Les Yeux de Milos.
Je l’avais pourtant ressenti dans La falaise des fous.