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Le mystère de la main rouge d’Henri Loevenbruck. XO . 💛💛💛

Le mystère de la main rouge par Loevenbruck

Le Mystère  de la Main Rouge est la suite des Aventures de Gabriel Joly, aventures qui avaient commencé dans le Loup des Cordeliers.
Nous sommes en 1789 au commencement de la Révolution Française.  Dans le premier Tome, le Loup des Cordeliers, Gabriel Joly,  jeune journaliste monte à  Paris et espère devenir un grand journaliste enquêteur.  Sa quête va le mettre de plein pied dans la Révolution auprès de Camille Desmoulins et Danton, mais aussi  aux premières loges de l’enquête  sur le Loup des Cordeliers. Son enquête va lui permettre de découvrir l’identité de ce Loup des Cordeliers, mais celui-ci disparaît .
Le deuxième tome le mystère de la Main Rouge raconte la recherche de ce Loup par Gabriel Joly.
Comme dans le premier Tome, l’histoire est intégrée à l’histoire de la Révolution Française et se déroule entre mi juillet et août 1789.
Cette recherche du loup des Cordeliers se double de l’arrivée  d’une société secrète et ésotérique  : La Main Rouge.
Henri Loevenbruck réalise un roman de pures aventures avec duels, traîtrise, secrets , morts, disparition etc…
Le bémol  par rapport au premier tome: la réalité historique est moins présente.  Les lieux, les moments, les personnages historiques sont là mais ils ne donnent pas le tempo au roman.
Néanmoins  il est toujours intéressant de se retrouver à la nuit du 4 Août ou encore dans les bureaux de l’hôtel de ville de Paris auprès du maire Bailly.  Il est instructif aussi de se retrouver en Corse  au contact de la république de Gênes.
Camille Desmoulins et Danton sont moins présents  tout comme Madame Teroigne de Méricourt dans ce deuxième tome.
Vous comprenez que j’ai préféré le premier Tome car l’histoire est plus ancrée  dans la Révolution.
Cela reste un excellent livre d’aventures avec la belle écriture d’Henri Loevenbruck  et une documentation de tout premier plan .
Les aventures de Gabriel Joly vont se continuer. Des meurtres ont eu lieu au Théâtre Français.  Nous n’en sommes qu’au début de la Révolution…
Je serais présent pour ce troisième tome. On ne mégote pas sur un bon roman d’aventures et si en plus la Révolution revient au premier plan, ce sera la cerise sur le gâteau !

Le mystère de la main rouge. Henri Loevenbruck . 473 pages

Biographie de Henri Loevenbruck | Loevenbruck

Henri Lœvenbruck est né en 1972 à Paris, dans le quartier de la Nation, où il a passé toute son enfance et son adolescence. Après le bac, hésitant entre la musique et la littérature, il tente d’allier ses deux passions : la semaine, il étudie en khâgne au lycée Chaptal et le week-end il joue en concert ou en studio avec de nombreux musiciens.
Après avoir étudié la littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, l’heure du service national venue, il fait une objection de conscience et passe 17 mois comme maquettiste aux Editions Francophones d’Amnesty International, puis il part vivre en Angleterre, près de Canterbury, où il enseigne le français dans un collège.
De retour en France, il enseigne l’anglais dans une école d’ingénieur (EFREI), avant de se diriger vers le journalisme littéraire. Pigiste pour la radio (TSF) et la presse écrite (L’Express), il signe de nombreuses chroniques sur les littératures populaires avant de créer son propre magazine (Science-Fiction magazine). Après être resté rédacteur-en-chef de ce titre pendant deux ans, il publie à 25 ans son premier roman aux éditions Baleine, sous pseudonyme, un polar futuriste où l’on devine l’influence manifeste de Philip K. Dick…
Cette fois, son choix est fait, il décide de se consacrer pleinement à l’écriture. Il publie alors deux trilogies de Fantasy, La Moïra et Gallica, lesquelles rencontrent un succès inédit pour un auteur français (La Moïra dépasse en France les 300 000 exemplaires, toutes éditions confondues, et les droits sont vendus dans 11 pays). Suivront de nombreux romans, entre polars, thrillers et romans historiques (Le Syndrome CopernicLe Rasoir d’Ockham, L’Apothicaire…) qui lui vaudront d’être qualifié par le Nouvel Observateur de « nouveau maître du thriller français ».
Membre fondateur de la Ligue de l’imaginaire aux côtés, entre autres, de Bernard Werber, Franck Thilliez, Bernard Minier et Maxime Chattam, en juillet 2011, il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
En 2015, son roman Nous rêvions juste de Liberté rencontre un beau succès médiatique et fait à présent l’objet d’un projet d’adaptation cinématographique.
En 2019, il rejoint les éditions XO pour publier un nouveau polar historique : Le Loup des Cordeliers.

Les yeux de Milos de patrick Grainville. Seuil. 💛💛

Les yeux de Milos par Grainville

Autant le dire en préambule : la lecture d’un livre de Patrick Grainville demande adhésion.  Son dernier roman Les yeux de Milos ne déroge pas à la règle. Dans ce roman on retrouve trois des ingrédients habituels de Patrick Grainville.
D’abord le style : baroque parfois grandiloquent mais toujours ciselé,  faisant honneur à la langue française.
Ensuite la peinture et les peintres. Comme dans La falaise des fous, auprès de Monnet, les Yeux de Milos nous entraîne dans les pas de Nicolas de Stael et de Pablo Picasso
Enfin, l’érotisme, la sexualité qui sont des thèmes récurrents des romans de Patrick Grainville.
Si l’adhésion à ses ingrédients n’est pas acquise,  la lecture du roman peut devenir rapidement difficile voire ennuyeuse.
J’ai adhéré différemment  aux trois ingrédients.
Plus la lecture du roman avance, plus la place de l’érotisme,  pour ne pas dire d’une sexualité très crue, prend  une place prépondérante.  Tout est scruté,  vu par le spectre des organes génitaux. A terme cette overdose donne la nausée  et escamote ( le mot est gentil) une grande partie du roman .
Pourtant le point de départ du roman avec le regard bleu  de Milos qui intrigue hommes et femmes,  accroche le lecteur et donne envie de le suivre dans ses liens autour de Picasso, De Stael ou encore l’abbé Breuil. le style de Patrick Grainville nous transporte dans l’oeuvre de Picasso, dans les grands à plats de Nicolas de Stael, dans les terres ocres de Namibie  ou dans l’humidité des grottes préhistoriques périgourdines ou niçoises.
C’est foisonnant, c’est instructif, c’est sensuel. …
Et puis peu à peu la sensualité devient érotisme de bas étage  .
Je ne connais pas assez l’oeuvre de Picasso pour être objectif mais ne présenter la vie et l’oeuvre de Picasso que par ses oeuvres érotiques me paraît réducteur.
Bien évidemment la relation de Picasso avec ses femmes et compagnes est connue pour sa complexité et le caractère du peintre. Cela est rendu par Patrick Grainville  mais pourquoi toujours revenir exclusivement aux organes, phallus, vulves et trous !
Ce parti pris phagocyte le roman et celui ci devient ennuyeux et interminable.
C’est tout de même un comble alors que nous sommes avec Picasso et De Stael.
Page 277 Patrick Grainville nous dit :  » Que peut l’artiste ? Créer contre la destruction. Affirmer l’autonomie de son Soi, de son geste solaire. Épancher, chanter la création libre. C’est un soleil dans le ventre aux milles rayons. Voici la haute mission et le combat vivant « 
Malheureusement je n’ai jamais ressenti cette allégresse dans Les Yeux de Milos.
Je l’avais pourtant ressenti dans La falaise des fous.

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda. Metaillié 💛💛💛💛

Le vieux qui lisait des romans d'amour par Sepúlveda

Suite à la lecture de Histoire d’une baleine blanche de Luis Sepulveda, j’ai continué sur ma lancée en lisant son premier roman le vieux qui lisait des romans d’amour
Tout à déjà était dit sur ce roman.
En le lisant, j’ai retrouvé l’Amazonie des mythes et des légendes, j’ai retrouvé la nature et des lieux fantasmés.
Tous les personnages sont là : les Indiens Shuars, le vieux Bolivar qui a vécu avec les Shuars, les chercheurs d’or, les bons et les méchants, la flore, la pluie, la moiteur tropicale et puis les animaux et le jaguar.
Ce jaguar que respecte les légendes et mythes Shuars mais pas le chercheur d’or ou le chasseur.
Et un chasseur à tué les petits du jaguar. Celui ci rôde.
Du fait de sa connaissance de la forêt Bolivar est mandaté pour protéger le village et tuer le jaguar.
Le vieux va laisser ces romans d’amour et va poursuivre l’animal.
C’est court mais tout est là : la nature, la légende, la cupidité des hommes.
C’est un livre d’émotion, de larmes mais aussi de rêves
« Antonio José Bolivar prit la direction de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes »

Un homme accidentel de Philippe Besson. Julliard . 💛💛💛

Un homme accidentel par Besson

Par ces temps de confinement, la lecture  est une activité importante qui permet d’approfondir la bibliographies d’un auteur.
Dans le cas présent,  il s’agit de Philippe  Besson. J’ai choisi Un homme accidentel, livre de 2007.
On retrouve dans ce livre les thèmes favoris de Philippe Besson :les États Unis, les amours masculines et un côté polar au roman.
En 2007, il est dans la période où les amours masculines sûrement en partie autobiographique restent néanmoins romanesques.
Nous ne sommes pas encore avec Paul Darrigand et le dîner à Montréal.
Le narrateur est policier à Los Angeles dans les années 1990. Il enquête sur la mort d’un jeune de 19 ans.
Cette mort va le mettre en relation avec Jack Bell, acteur et star de la télé.
La relation va devenir déflagration.  Cette rencontre accidentelle va bouleverser sa vie .
Bouleverser est le bon terme,  car professionnellement, familialement et amoureusement tout va voler en éclats.
Comme à son habitude, Philippe Besson nous entraîne dans la fluidité de son écriture et dans sa capacité en phrases concises,à nous émouvoir  et à nous emmener vers le tragique.
Et si il y a tragédie,  c’est qu’il y amour et passion.
Du Philippe Besson pur jus.

Le quatrième mur de Sorj Chalandon. Grasset . 💛💛💛💛

Le quatrième mur par Chalandon

Bien qu’ayant lu un certain nombre de romans de Sorj  Chalandon je ne m’étais pas encore attelé à la lecture de son roman le quatrième mur. J’en avais entendu des échos favorables et cette période de début d’hiver et de second confinement me donnait plus de temps à la lecture.
J’ai donc lu le quatrième mur et j’ai retrouvé Sorj Chalandon comme je l’avais laissé suite aux lectures de Profession père, le jour d’avant ou encore la promesse.  Un Sorj Chalandon engagé,  en empathie avec ces personnages et les lieux,  toujours l’émotion  et la réalité de la vie à fleur de peau.
Sortant de la lecture l’Apeirogon de Collum McCann, retourner dans ce Proche Orient et au Liban 30 ans auparavant,  faisait un effet miroir saisissant.
Dans les différents billets et chroniques écrits sur le roman de Sorj Chalandon tout à été déjà  dit. Autant prendre un autre éclairage.
J’ai vu le quatrième mur comme un millefeuille ou de nombreux thèmes étaient abordés sans porter d’ombre à la globalité du roman.
Ce millefeuille donne des portes d’entrée et de réflexion différentes selon notre regard,
Nous pouvons être happés par les années 1970 et les combats politiques autour de la liberté, de l’immigration, de la pensée de gauche. Vu que cela correspond à ma génération, nous pouvons nous remémorer nos utopies, nos engagements . Qu’en avons nous fait ?
Autre entrée  ,  autre regard : la portée d’une oeuvre, ici l’Antigone de Jean Anouilh. Pièce que Jean Anouilh a fait jouer pendant l’occupation , donnant une signification à l’occupant et au résistant.  Pièce reprise dans le roman par Samuel Akounis et le narrateur Georges afin qu’elle soit jouée  à Beyrouth. Chaque acteur provenant d’une communauté différente : juive, arabe, chrétienne,  druze, libanaise, sunnite, phalangiste….
Quelle belle réflexion sur le rôle de la culture dans notre monde. A notre petit niveau comment ne pas faire résonner cela avec la fermeture des librairies pendant le confinement.
Troisième entrée et troisième regard, celui du narrateur Georges. La prise en charge du montage de la pièce à Beyrouth va le découvrir à  lui même et lui donner une conscience éveillée au monde qu’il découvre.  Une réponse peut être à ses utopies des années 1970.
Dernière entrée que je développe : Beyrouth et le Liban. Il est salvateur de revenir au mitan des années  1980 et se rappeler que ce pays etait à feu et à sang. Que chaque communauté souhaitait mettre le Liban à ses pieds, et qu’Israël n’était pas le seul protagoniste.
Les pages de Sorj Chalandon sur les massacres de Sabra et Chatila sont d’une force rare tout comme l’émotion qui nous étreint quand nous partageons la courte vie d’ Imane.
Je ne peux m’empêcher de mettre Imane en résonance  avec  Abir et Smadar, les enfants juive, arabe tués par la folie des hommes dans Apeirogon de Colum McCann.
Dans le théâtre le quatrième mur est ce mur invisible qui sépare la scène et les acteurs du public. Une protection invisible entre jeu et réalité.
Ce quatrième mur qui est aussi ce mur invisible entre utopie et réalité ou encore ce mur que nous dressons  afin de ne pas nous engager et de rester dans nos certitudes.

Présentation du livre Le Quatième Mur par la librairie Mollat .

Buveurs de vent de Franck Bouysse. Albin Michel. 💛💛💛💛

Buveurs de vent par Bouysse

Imaginez vous surplombant le Gour Noir. Une vallée encaissée traversé par un viaduc. Plus bas dans la vallée, une petite ville et son énorme usine électrique.  Une usine électrique qui tisse sa toile et phagocite tout.
Il y a eu la guerre quelques années plutôt.
L’imagination court. Pleins de lieux viennent à l’esprit.  Tous plus noirs les uns que les autres.
Qui n’a pas en tête les vallées encaissées des Vosges,du Massif Central, des Alpes ou des Pyrénées. Ces vallées sombres dans lesquelles le béton des barrages ou des usines électriques  teinte de gris le paysage.
Nous sommes dans l’univers qu’ à installé Franck Bouysse. Et l’univers, on le sent bien il est bien prégnant. Reste maintenant à faire vivre les personnages. Une belle brochette !
D’abord, Joyce le tyran. Il dirige l’usine et en vérité la totalité de la vallée.  Tout lui appartient. Jusqu’à la ville dont les noms de rue ne sont qu’une déclinaison de son patronyme : Joyce Principale, Joyce 1, Joyce 5 etc…
Pour être un bon tyran il faut des sbires. Joyce à ce qu’il faut et la panoplie est réjouissante et inquietante : Double et Snake pour les basses oeuvres , Lynch pour maintenir l’ordre ou encore Salles et Renoir.
Le western n’est pas loin. Il manque une famille. La voila: le grand père Elie, pipe au bec et estropié. Il vit chez ses enfants: Martha sa fille et son gendre Martin. Martha est confite dans sa bigoterie alors que Martin travaille à l’usine , boit quelques bières au bar l’amiral et bat ses enfants.
Il en a quatre . Bigoterie obligé Martha à souhaitait leur donner le prénom des quatre évangélistes : Marc, Mathieu, Luc et Jean.  Jean est une fille appelé par son grand père Mabel
Marc est battu par son père car il a une passion pour les livres. Mathieu ne pense qu’à la nature et parle aux arbres. Luc est dans son monde, enfant tragique recherchant des trésors et protégeant les animaux. Mabel a la beauté sauvage de la femme.
Ces quatre là forme une fratrie unie. Leur signe : quatre cordes accrochées sous le viaduc. Quatre cordes dans le vide.
Tout est en place pour le destin tragique de cette vallée entre soumission   et promesse d’insoumission.
La violence et la cruauté du tyran va révéler chaque personnage. Que ce soit positivement ou négativement. Chacun va devoir prendre position pour alléger cette soumission. Devient on insoumis seul ? A partir d’un élément  et d’un groupe ensuite, peut on envisager une solidarité et un peuple.
L’histoire est noire et pour retrouver la lumière le chemin est long.
C’est un livre magnétique et magnifique. La force de la langue de Franck Bouysse est à l’unisson de cet univers noir, électrique et bétonné.  C’est sauvage !
Et comme Marc, Mathieu,Luc et Mabel nous sommes Buveurs de Vent.

La famille Martin de David Foenkinos. Gallimard . 💛💛

La famille Martin par Foenkinos

Je reste perplexe, voire très perplexe devant le dernier roman de David Foenkinos La Famille Martin.
L’idée de base paraissait être une bonne idée : Faire d’une personne prise au hasard dans la rue un personnage de roman.
Malheureusement c’est une bonne idée  qui tout au long du roman devient une mauvaise idée.
L’exercice de style est vain et se perd dans une grande superficialité.
Comme si David Foenkinos était pris dans les filets de son idée de base.
A aucun moment ces personnes sensées réelles deviennent des personnages de fiction. A aucun moment nous n’avons un intérêt,  une empathie pour la famille Martin.
Je suis resté assez hermétique aux problèmes de la famille Martin et je suis resté stupéfait devant la facilité à  se faire offrir un billet AR pour Los Angeles  par le narrateur.
D’habitude David Foenkinos, par sa facilité d’écriture  et une certaine désinvolture  ( La Délicatesse  – Les Souvenirs – Je vais mieux ) donnait une atmosphère élégante , raffinée et véridique à  ses romans.
Dans La Famille Martin, beaucoup de choses sonnent faux.
Les situations sont peu crédibles.
L’exercice de style à  ses limites.

La Fièvre de Sébastien Spitzer. Albin Michel . 💛💛💛💛

La Fièvre par Spitzer

La Fièvre est le troisième roman de Sébastien Spitzer. Comme dans ses deux romans précédents Sébastien Spitzer part d’un fait historique pour ancrer son roman .
Dans Ces rêves qu’on piétine il s’agissait de la chute du Troisième Reich et de Martha Goebbels
Dans le Coeur Battant du monde nous étions  à Londres dans les années 1850 autour de Marx et de son fils
Dans La Fièvre nous sommes à Memphis Tenessee en 1878 alors qu’une épidémie se déclare avec Anne Cook tenancière de bordel, Keathing journaliste proche du Ku Klux Plan et Raphaël T . Brown ancien esclave. Trois personnages ayant réellement existés.
C’est la force de Sébastien Spitzer.  Quelque soit le roman, sa capacité à lier histoire et fiction est au rendez vous. Tous ces personnages , réels ou fictifs ont une profondeur, une psychologie une humanité.  Humanité s’éntendant positivement ou négativement.
Par un raccourci temporel étonnant,  le roman nous parle d’une épidémie de Fièvre jaune et nous entendons aussi pandémie de Coronavirus et crise sanitaire. Quand la fiction et le réel se télescopent à 150 ans d’écart.
Mais revenons à  Memphis en juillet 1878 au bord du Mississippi.  Tout est en place pour que des hommes et des femmes ancrés dans leurs certitudes soient confrontés à l’épidémie,  la peur, la mort.
Ces certitudes qui voleront en éclats  et qui feront de certains des héros et d’autres des lâches.  Héros ou lâches insoupçonnés.
Sébastien Spitzer sonde comme toujours l’âme humaine et souvent l’âme des plus défavorisés ou de ceux qu’on laisse sur le bord du chemin.
A côté d’Anne Cook, de Keathing et de Raphaël T. Brown il y a Emmy, cet enfant de 13 ans, métis, qui va être le fil rouge de ce roman.
A la recherche de son père, et protégeant sa mère elle va vivre intensément  les ravages de cette épidémie mais découvrir aussi la capacité de résilience  de personnes auxquelles elle n’aurait pas donner le Bon Dieu sans confession.
En parlant de Bon Dieu,  vaut il mieux être sous la protection de la mère abesse du couvent Sainte Mary ou sous la protection de la mère maquerelle Anne Cook ?
L’épidémie révèle la profondeur de l’âme et exacerbe aussi les sentiments et les idées : Racisme, Ku Klus Klan , délation,  violence, négation de l’autre.
Mais dans ce marécage humain, certains  arrivent à sortir de cette fange  et à simplement exister  pour  l’autre, par delà le bien et le mal.
Ce ne sont pas que des personnages de roman.  Ce sont des femmes et des hommes qui en Juillet 1878 à Memphis Tenessee  ont élevé la dignité humaine.
Cette dignité humaine qui reste le filigrane des romans de Sébastien Spitzer.
Des romans toujours en empathie avec les êtres,  quels qu’ils fussent  bons, méchants,  réels ou fictionnels.
Des romans sur la grande et la petite histoire des femmes et des hommes de ce monde.
Simplement.

Sébastien Spitzer, après une CPGE, étudie à l’Institut d’études politiques de Paris1 avant de se tourner vers le journalisme, travaillant pour Jeune AfriqueCanal+M6TF1Marianne ou Rolling Stone.
À partir des années 2010, il devient également romancier et décroche plusieurs prix, dont
le prix Stanislas (2017)2
le prix Emmanuel-Roblès (2018)3.
le prix Méditerranée des lycéens (2018)4.

Apeirogon de Colum McCann. Belfond . 💛💛💛💛💛

Apeirogon par McCann

Apeirogon : figure géométrique  au nombre infini de côté.
Il y a mieux que ce nom barbare pour donner un titre à un roman. Et pourtant….
Le dernier livre de Colum McCann est étourdissant  dans sa forme comme dans le fond.
Colum  McCann s’appuie sur des faits réels qui ce sont déroulés il y a 23 et 13 ans en Israël et en Cisjordanie.
En 1997 Rami Elhanan, israélien,  a perdu sa fille de 13 ans Smadar lors d’un attentat kamikaze du Hamas dans Yehuda Street à Jérusalem.
En 2007 Bassam Aramin, palestinien, à perdu sa fille de 10 ans  Abir , abattu par un tireur israélien alors qu’elle allait à l’école.
Rami et Bassam, né pour haïr le peuple ennemi vont au contraire devenir inlassablement des conteurs de leur vie et inlassablement  des combattants pour la paix au travers des associations le Cercle des Parents ou Les combattants pour la Paix.
A partir de ces événements Colum McCann va tisser un roman hybride entre fiction et réalité.
Le roman est constitué de 1000 chapitres ( faut il  voir un lien avec ce qui est dit au chapitre 220 : il n’y a de nombres amicaux qu’en deçà de 1 000 ) Les chapitres peuvent être de plusieurs pages ou au contraire ne contenir qu’une seule phrase.
La première partie contient 499 chapitres numérotés de façon croissante ( 1 à 499 ). le chapitre 500 est double et il regroupe les interviews menés auprès  de Rami Elhanan et Bassam Aramin.
La deuxième partie contient elle aussi 499 chapitres numérotés de façon décroissante ( 499 à  1 ).
Vous remarquerez que l’auteur s’est astreint à une numérotation arabe croissante et à  une numérotation juive décroissante.
Tout le roman est marqué  par ce balancier entre monde arabe palestinien et monde israélien juif. Qu’il est difficile de rester sur une ligne de crête .
Cette ligne de crête que Colum McCann décrit de façon poétique avec le fildeferiste Philippe Petit qui a tendu son fil au dessus de la vallée de Hinnom encore connue sous le nom de vallée de la Gehenne. Philippe Petit portait une tenue ample aux couleurs des drapeaux israélien et palestinien. le bras et la jambe opposée représentant un drapeau. Dans une poche un pigeon blanc qui devait s’envoler représentait la paix.
Pas une colombe car Philippe Petit n’en avait pas trouvé à Jérusalem.  Quel symbole !
Tout comme ce pigeon qui ne voulut pas s’envoler et resta posé sur la tête de Philippe Petit ou sur l’extrémité de son balancier et pouvant compromettre la traversée du fildeferiste.Ligne de crête.
Cette ligne de crête qui nous rappelle que tout est géographie dans ces territoires minuscules.
 » Il se penche à  gauche et slalome jusqu’à la voie de dépassement,  vers les tunnels, le mur de séparation,  la ville de Beit Jala. Un coup de guidon, deux possibilités : Gilo d’un coté ( israelien) Bethléem de l’autre. ( palestinien ) »
Chapitre 2 :   » Cette route mène à la Zone A sous autorité palestinienne. Entrée interdite aux citoyens israéliens. Danger de mort et violation de la loi israélienne. »
Il est interdit à tous Israélien d’aller en Cisjordanie.  Israël ne donne aucune information sur la Cisjordanie.
Chapitre 67  » Au loin au dessus de Jérusalem le dirigeable s’élève « 
Du dirigeable on peut  observer.  Combien de capteurs de caméra ?
Chapitre 251  » En 2004, des tourniquets ont été installés aux checkpoints piétons de Cisjordanie afin que les gens puissent passer en bon ordre…. A intervalles de quelques secondes, les tourniquets sont bloqués  et les piétons restent enfermés dans de long tunnels métalliques. … La technique utilisée aux checkpoints est si fine que même les murmures les plus discrets peuvent être enregistrés. « 

Tout est géographie et ligne de crête.  C’est là que vivent les familles de Bassam et Rami.
réunis par le malheur et la perte d’un enfant
Plutôt qu’une narration classique, Colum MacCann nous distille un récit fragmenté  comme ces bombes terroristes où israéliennes . La forme fragmentée  du livre est le miroir de la complexité  des relations israelo-palestiniennes.
 S’ouvrant sur les collines de Jérusalem et se terminant sur celles de Jéricho, le livre plonge dans tous les domaines. Il mélange politique, religion, histoire, musique, ornithologie, géopolitique, géographie.
Il se déploie en cercles de plus en plus larges pour absorber tout ce qui, de près ou de loin, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, nous apprend quelque chose sur cette terre et ses hommes .
Ces cercles qui  nous disent que le conflit israelo- palestinien est le nôtre.  Nous sommes tous l’un des innombrables côtés de l’Apeirogon.
Ces côtés de l’Apeirogon qui invariablement reviendront nous dire les circonstances de la mort d’Abir et de Smadar.
Et dans toutes les conférences qu’ils feront à travers le monde Rami et Bassam auront toujours les mêmes mots :
Mon nom est Rami Elhanan. Je suis le père de Smadar.
Mon nom est Bassam Aramin. Je suis le père  d’Abir.
Simplement humain. Tellement humain.
Avec son humanisme Colum McCann saisit l’insaisissable situation de deux peuples voisins… Il était bien placé, lui, l’Irlandais au pays longtemps déchiré, pour essayer de comprendre cette folie d’une paix à  trouver
 Et cette phrase prononcée par un frère d’Abir : «La seule vengeance consiste à faire la paix.»
Magistral.

Colum McCann | Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Colum McCann (né le 28 février 1965 à Dublin) est un écrivain irlandais. Après avoir été journaliste, il commence à écrire des romans en 1995 et accède à la notoriété avec Et que le vaste monde poursuive sa course folle (Let The Great World Spin, 2009) primé à de nombreuses occasions. Il vit à New York où il enseigne l’écriture créative.

LE 25/09/2020 Extrait interview sur France Culture.

Les mille et une histoires de Colum McCann

L’écrivain irlando-américain Colum McCann est notre invité. Il revient 10 ans après “Et que le vaste monde poursuive sa course folle”. Un roman salué par la critique et traduit en 40 langues. Il signe cette rentrée Apeirogon, chez Belfond. Un titre emprunté à la géométrie, qui désigne un polygone au nombre infini de côté. Une figure géométrique qu’il transpose en littérature pour retracer les multiples facettes du conflit israelo-palestinien.

Apeirogon : de loin un cercle, de près un polygone au nombre infini de côtés

L’apeirogon, c’est une forme avec un nombre infini de côté. Je sais que c’est un titre assez risqué, mais ce que je voulais dire, c’est que nous sommes tous impliqués dans chaque récit. Nous sommes tous complices. Nous sommes tous présents. C’est l’histoire de deux hommes, deux pères qui ont perdu leur fille en Israël, en Palestine. Ça pourrait être aussi une histoire qui se passe à Paris, Dublin, ou New York. Une histoire, c’est toute nos histoires.  

Mille et un chapitres : raconter pour survivre

« Après avoir rencontré Rami et Bassam, je me suis rendu compte qu’ils racontaient l’histoire de leurs filles pour les garder vivantes. Comme Shéhérazade dans les mille et une nuits. J’ai donc raconté mille et une histoire. Mais je voulais également que ça ait l’air d’une symphonie, que chaque section soit une note de cette symphonie. Je voulais tenter de refléter l’état d’esprit contemporain, la façon dont on passe d’un endroit à l’autre en sautant d’un endroit à l’autre, d’un sujet à l’autre ».

Ecrire sur les murs

Je n’aurais pas pu écrire ce roman à partir d’un endroit autre que mon enfance irlandaise. Je suis né à Dublin. Je me souviens petit être passé du côté Nord, j’ai vu les check point et je me suis demandé pourquoi il y avait des soldats. J’ai grandi dans une atmosphère semblable, certes pas identique, mais semblable, à ce qui se passe en Israël et en Palestine. J’ai toujours été fasciné par cette idée de paix, des faiseurs de paix, et par l’idée que la paix est plus difficile à atteindre que la guerre. 

Tous des oiseaux

Colum signifie colombe ou tourterelle en gaélique. Je n’étais pas tellement intéressé par les oiseaux jusqu’à ce que j’aille à Jérusalem et que je rencontre les deux protagonistes de mon roman.  Israël et la Palestine est la deuxième autoroute au monde pour les migrations d’oiseaux, qui viennent de la France, d’Allemagne, de Suède, d’Afrique du Sud, de l’Algérie… Ils survolent cet espace aérien. Et souvent, ils atterrissent sur le sol et ils apportent en quelque sorte les récits d’autres endroits à ce lieu particulier, Israël et la Palestine. 

« Nous avons là le lieu de rencontre de trois continents l’Afrique, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. Il y a le lieu de rencontre de ces religions, les principales religions du monde. Il y a une énergie là, une énergie nucléaire qui se tient dans cette partie du monde. Oui, oui, il y a un conflit terrible. Il y a énormément de tristesse. Il y a aussi une beauté incroyable là bas. Je voulais capturer cette beauté à travers les formes de ces oiseaux migrateurs ».  

Arène de Négar Djavadi. Liana Lévi.💛 💛💛💛

Arène par Djavadi

Arène est un roman contemporain, urbain et totalement de notre époque.  La crise sanitaire aurait pu s’y inviter sans problème.
Negar Djavadi situe son arène dans l’Est Parisien. L’Est parisien  n’est pas en banlieue. Nous sommes dans Paris intra muros entre le Canal Saint MartinLa Villette, Menilmontant, Belle ville ou encore la Place du Colonel Fabien, les Buttes Chaumont.
C’est dans ce territoire que va se retrouver Benjamin Grossman. C’est le territoire de son enfance qu’il n’habite plus depuis longtemps. Benjamin Grossman est devenu un habitant des beaux quartiers auxquels il ne peut rien arriver. Il est du côté de la réussite,  de l’argent, des happy few.  La preuve : il est l’un des dirigeants de la plateforme cinématographique et télévisuelle américaine BeCurrent.
Et pourtant…
Benjamin Grossman retourne dans son quartier d’enfance et s’attable dans un bar de Belle ville. Il est bousculé par un gamin et son téléphone disparaît. Il poursuit le gamin, le rattrape et s’ensuit une altercation violente.
Le lendemain sur les réseaux sociaux circule la vidéo  du corps sans vie d’un adolescent bousculée par une policière.
Bienvenue dans l’arène urbaine !
A partir de ces deux événements  (vol d’un portable et vidéo dénonçant des violences policières ) Negar Djavadi va construire un simili polar sombre dans lequel aucun des personnages ne pourra sortir de cette arène et sera confronté à sa réalité.
A la précision de la mécanique s’ajoute la remarquable écriture de Negar Djavadi.  Écriture en symbiose avec ces quartiers populaires,  communistes qui sont aujourd’hui un creuset multiracial, solidaire où différents trafics prospères.
Cette arène est aussi une arène visuelle, médiatique.  L’image trône en majesté.  Que ce soit Benjamin Grossman ou les personnages vivant dans cette arène  la relation à l’image est constante. Benjamin Grossman en a fait sa profession et ne vit qu’à travers la production et la réalisation de séries.  Séries qui abreuverons l’arène.  Que ce soit les jeunes des cités,  les mères de famille, les travailleurs au noir, tout le monde est addict à  l’image, aux réseaux sociaux.
La force de l’image n’a pas de limite.  Elle déboule dans l’arène  et casse tous les codes. Chacun est confronté à la réalité où à l’irréalité de l’image. du jeune de la cité, à la prétendante  à la mairie de Paris en passant par Benjamin Grossman, les trafiquants ou encore des prédicateurs; tous sont entraînés dans une logique fatale ou  l’image continuera à se nourrir de la réalité  afin que des plateformes média transforment tout cela en séries  violentes et noires, reflet de notre société.
Noir et implacable.

CFDT - [Entretien] Négar Djavadi : Mille et une vies
Négar Djavadi, scénariste et réalisatrice pour le cinéma, fait en 2016 une grande entrée dans le monde littéraire avec un premier roman d’une richesse peu commune, formidable saga entre l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.
Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny. À l’âge de 11 ans, elle fuit clandestinement l’Iran et la révolution islamique avec sa mère et ses deux sœurs en traversant les montagnes du Kurdistan à cheval. Plus tard installées à Paris, Négar Djavadi suit des études de cinéma à l’INSAS de Bruxelles. Scénariste, monteuse et réalisatrice, elle enseigne également de 1996 à 2000 à l’Université Paris 8.