Archives pour la catégorie Roman

Près de la mer d’Abdulrazak Gurnah. Denoel. 💛💛

Près de la mer par Gurnah

Voici un roman qui m’a perdu. C’est délicat de dire cela quand il s’agit d’un écrivain qui a reçu en 2021 le Prix Nobel. et pourtant je n’ai pas accroché au récit d’ Abdulrazak Gurnah.
Je suis resté surs les bords de ce livre. A aucun moment je n’ai réussi à m’inscrire dans le récit qui est proposé.
Pourtant ce récit devait être intéressant et attachant. Intéressant par la dénonciation du colonialisme britannique en Afrique de l’Est. Abdulrazak Garnah est tanzanien, né à Zanzibar et c’est dans ces pays et en Angleterre que se déroule l’action de son roman.
Roman écrit en 2001.
Un jour de 1994 Saleh Omar débarque à Londres afin de demander l’asile. Pour des raisons que l’on apprendra plus tard il se présente à la douane avec un faux passeport au nom de Mahmud.
Par un concours de circonstance le fils du vrai Mahmud va apprendre que quelqu’un a profité de l’identité de son père.
Ils vont se rencontrer et se raconter leurs vraies histoires.
Rien de bien compliqué dans le « scénario  » et pourtant je me suis perdu entre les personnages , les lieux.
Impossible de me raccrocher. Un sentiment de confusion dans l’écriture et les personnages.
Le Times dit pourtant en quatrième de couverture : « On ose à peine respirer en lisant ce livre, de peur de briser la magie. « 
Je n’ai malheureusement trouvé aucune magie dans la lecture du roman. J’étais plutôt perdu dans un labyrinthe .

Abdulrazak Gurnah - BUZZAFRIK

Abdulrazak Gurnah1, né le 20 décembre 1948 à Zanzibar, est un romancier tanzanien écrivant en anglais et vivant au Royaume-Uni. Ses plus célèbres romans sont Paradise (1994), présélectionné pour le Booker et le Whitbread PrizeDesertion (2005) et By the Sea (2001), présélectionné pour le Booker et pour le Los Angeles Times Book Prize2.

En 2021, il reçoit le prix Nobel de littérature pour son œuvre mettant en lumière le colonialisme et, selon le comité Nobel pour « son récit empathique et sans compromis des effets du colonialisme et le destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents »3

L’île aux arbres disparus d’Elif Shafak. Flammarion. 💛💛💛💛💛

L'Île aux arbres disparus par Shafak

Un coup de coeur , une pépite !. Les mots ne viennent pas pour dire le bonheur de lecture que procure L’île aux arbres disparus d »Elif Shafak.
Reprendre la quatrième de couverture et s’approprier la phrase de Colum McCann : » Les mots d’Elif Shafak créent un nouveau monde, à notre intention. « 
A partir de son roman Elif Shafak nous entraîne avec les exilés, les déracinés dans un monde du vivant tel que peut en parler Baptiste Morizot dans : Manières d’être vivant.
Ada, seize ans est lycéenne à Londres. Elle vit avec son père , Kostas, chypriote grec éxilé. Celui-ci est spécialiste de l’écologie et de la botanique évolutives.
La mère d’Ada, Defne, chypriote turque est décédé.
Dans le jardin de la maison de Kostas et Ada se tient un figuier.
Ada, se tient debout, dans la classe de Mrs Walcott et laisse sortir de son corps un long cri de rage. Pendant ce cri elle se remémore le passage d’un sermon entendu jadis, peut être dans une église ou une mosquée : « Quand l’âme quitte le corps, elle monte vers le firmament et sur son parcours elle s’arrête pour regarder tout ce qui s’étend sous elle, impassible, indifférente, insensible à la douleur « .
De ce cri de rage, Elif Shafak fait le détonateur de ce roman pour nous dire la rencontre de Kostas et Defne en 1974 dans Chypre déchiré par la guerre civile.
Des personnages d’une folle humanité, puissants débordant de générosité mais aussi de failles et de contradictions.
Pour nous raconter cette histoire , nous naviguons entre Chypre et Londres, entre 1974 et 2020.
Mais cette histoire d’amour, d’exil, de déchirement ne serait être complète sans le point de vue du figuier. Régulièrement celui-ci devient narrateur et confident de Kostas et Defne.
Celui-ci nous rapporte son point de vue sur la situation. Un figuier, c’est vivant. Il perçoit, il entend, il a une mémoire.
Et c’est dans ce personnage du figuier que le roman d’Elif Shafak prend une tournure universelle. Ce figuier nous interroge sur la bêtise humaine mais aussi sur notre temps présent : le dérèglement climatique, la place du vivant et de la nature, la mémoire transgénérationnelle ( racines végétales – racines humaines ) les migrations ( humaines et animales).
L’île aux arbres disparus est un mélange de merveilleux, de rêves ( L’Orient n’est pas loin ) de chagrin et d’imagination.
Plusieurs niveaux de lecture se superposent reliant hommes et arbres autour de l’exil, de la mémoire. Les arbres sont des gardiens de la mémoire de la terre natale et ravivent les souvenirs de nos racines. Peut on être déraciné?
Les arbres garde une mémoire du temps. Tout comme les humains possèdent une mémoire intergénérationnelle et les traumatismes qui en découlent.
Quelle interdépendance entre les hommes et le monde du vivant

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Je terminerais par l’extrait de l’interview d’Elif Shafak donné à un journaliste pour la Fête du livre de Bron :


« Nous les arbres, nous ne pouvons qu’observer, attendre et témoigner. » Etant un écrivain turque, de quoi vous sentez-vous le témoin ?


Votre question me touche car nous nous trouvons au carrefour de l’humanité. Il n’y aura pas de « retour à la normale » : l’ancien monde est en train de disparaître et le nouveau n’est pas encore né. Ces temps incertains étant effrayants, on voit apparaître des démagogues proposant des solutions faciles. Alors qu’en ces temps de Covid, on a besoin de solidarité, on assiste à une montée des nationalismes. le déclin des droits féminins pointe que rien n’est acté, alors que les femmes et les minorités seront au premier rang des changements sociaux. C’est pourquoi, j’aspire à la sororité. J’aime les arbres au point de les enlacer, il me paraît donc urgent de se reconnecter à la nature. L’éco-féminisme incarne bien ces valeurs car on tend à détruire l’écologie et les femmes. Actuellement, 80% des gens migrent à cause de la crise climatique. Les femmes et les enfants en subissent la plus grande violence.


« Les mots d »Elif Shafak créent un nouveau monde, à notre intention  » Colum McCann.
Il est urgent de lire L’île aux arbres disparus « 

Elif Shafak (auteur de Soufi, mon amour ) - Babelio
Elif Şafak, ou Elif Shafak, née le 25 octobre 1971 à Strasbourg de parents turcs, est une écrivaine turque.
Primée et best-seller en Turquie, Elif Şafak écrit ses romans aussi bien en turc qu’en anglais. Elle mêle dans ses romans les traditions romanesques occidentale et orientale, donnant naissance à une œuvre à la fois « locale » et universelle. Féministe engagée, cosmopolite, humaniste et imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, Elif Şafak défie ainsi par son écriture toute forme de bigoterie et de xénophobie. Elle vit et travaille à Londres.

Interview donné par Elif Shafak au Festival des Livres de Bron

L’auteure turque Elif Shafak aime «construire des ponts entre les gens». Son nouveau roman se déroule lors d’un conflit déchirant à Chypre. L’arrachement à une terre peut-il avoir un impact important sur les descendants ? L’amour est-il un ciment suffisant pour panser les plaies?

par Kerenn Elkaïm.

  • Mardi 11 janvier 2022

De par son élégance naturelle, Elif Shafak pourrait passer pour une belle plante, mais ce serait ignorer son talent d’écrivain et sa passion des arbres. Méfiez-vous de sa douceur, ses romans et ses engagements ne sont qu’ardeurs. La défense des oppressés ou des oubliés lui valent des ennuis avec la Turquie, pays qui revient toujours dans ses romans (ex. “La bâtarde d’Istanbul”), mais où il lui est interdit d’aller. Or l’amour et l’imaginaire ne connaissent pas de freins littéraires… Ils nous entraînent cette fois à la rencontre d’Ada. Pourquoi pousse-t-elle un tel cri après la mort de sa mère ? Un cri brisant le silence originel de sa famille. Passé et présent s’alternent pour retracer la tragédie de la guerre civile chypriote. C’est là, qu’un étrange narrateur nous ouvre le cœur des Roméo & Juliette locaux. Une somptueuse histoire de mémoire et d’espoir, malgré les déchirements et le goût du pouvoir.

Vous écrivez qu’il y a « un certain nombre de choses qu’une frontière ne peut pas empêcher de traverser ».  En quoi la littérature vous aide-t-elle à traverser des parties du monde et de vous-mêmes ?
Quelle magnifique question. Je m’intéresse depuis toujours à ce qui transcende les frontières. On a tendance à nous placer au sein de tribus, de pays ou de nationalités, or la littérature va bien au-delà de tout cela. Elle nous relie les uns aux autres, en nous rappelant qu’on n’est pas si différent. Ainsi, la littérature possède une résistence et une rébellion intérieure.

Pourquoi « n’y a-t-il presque pas d’histoires racontées par les perdants » ?
La plupart d’entre elles sont des « His-tories », à savoir des récits racontés au masculin. Je viens de Turquie, un pays qui cultive l’amnésie malgré une longue Histoire. Des trous que les ultra-nationalistes ou les islamistes s’efforcent de combler. Cette mémoire imposée n’a qu’un un seul narrateur. Je fais l’inverse en donnant une voix aux minorités oubliées ou oppressées. Proche de la périphérie, je me suis toujours sentie différente, comme si j’étais à la fois une outsider et une insider. Elevée par deux femmes dichotomiques (ndlr. sa mère diplomate et sa grand-mère très traditionnelle), je ne m’intégrais pas à l’école turque, qui m’imposait une seule vision du monde. Je suis devenue une émigrante écrivant dans une autre langue que la sienne (l’anglais). Mais de par ce sentiment d’exil, je suis une autre, voire tous les Autres.

Ce roman donne justement la parole aux « migrants, aux exilés ou aux déracinés ». Qu’est-ce qui vous révolte dans la façon dont ils sont traités ?
Que signifie être enraciné ou déraciné ? On m’accuse d’être « une cosmopolite sans racines », or pourquoi les associe-t-on au sol ou à la Nation, et non au ciel ? Loin d’être statique ou unique, l’identité peut avoir plusieurs racines et appartenances. On peut aimer sa terre ancestrale et natale, tout en se sentant lié à une autre région mondiale. Contrairement aux nationalistes, je suis une citoyenne du monde. En cette ère d’anxiété, on semble indifférent au sort des migrants qui meurent ou souffrent chaque jour. A force de les réduire à des chiffres impersonnels, on oublie que ce sont des êtres humains comme vous et moi. La destruction climatique fera d’ailleurs un jour, de chacun de nous, des réfugiés. En fermant les portes de nos frontières, on croit que les problèmes s’évanouiront. Quel leurre ! Voyez les inégalités de la vaccination du Covid, qui ne sera vaincu qu’en s’unissant.

©Jean-Luc Bertini

Vous écrivez qu’il « y a des moments dans la vie, où on doit tous devenir des guerriers. » Les mots constituent-ils l’arme idéale ?
Si on est un raconteur d’histoires, il y a des moments de l’Histoire, où il est inévitable d’aborder le monde ou la politique. Surtout si l’on vient de démocraties blessées, comme la Turquie. Dès qu’on touche aux inégalités sexuelles, à la violence liée au genre, à l’homophobie, au sexisme, au racisme ou aux minorités, on parle de politique. Impossible de faire taire la féministe en moi, alors je suis un écrivain engagé. Les livres dévoilent notre jardin intérieur… Même des lecteurs conservateurs peuvent oublier leurs préjugés en lisant l’histoire de Turcs, de Chypriotes, d’Arméniens, de juifs ou d’homosexuels. En faisant le lien avec d’autres êtres, ils redeviennent humains.

Ce livre se déroule à Chypre dans les années ’70, alors qu’il existait « une ligne verte séparant les Grecs des Turcs et les chrétiens des musulmans. » Pourquoi cette histoire est-elle méconnue ?
Elle l’est partout, même par les pays colonisateurs. Chypre a connu l’invasion ottomane ou anglaise, qui a suscité des violences ethniques. On doit saisir cela, afin d’aider les habitants à travailler ensemble sur leur passé. Beaucoup de jeunes ou de femmes désirent bâtir la paix. Pour écrire ce roman, j’ai rencontré le comité bénévole qui tente de déterrer les disparus, lors de la guerre civile des années ’70. Le but : leur offrir une sépulture, afin que les desendants puissent enfin entamer leur deuil. On retrouve ce phénomène en Espagne, en Amérique du Sud, en Bosnie, en Pologne ou en Irak. La mémoire est essentielle car ce qui ne peut pas être réparé, finira par se répéter. Je m’intéresse à l’Histoire passée sous silence, y compris dans les familles. Même si j’ai grandi en Turquie, le drame chypriote était très présent en nous. Quand les humains se déchirent, ils finissent pas détruire les animaux et les arbres.

« Nous les arbres, nous ne pouvons qu’observer, attendre et témoigner. » Etant un écrivain turque, de quoi vous sentez-vous le témoin ?
Votre question me touche car nous nous trouvons au carrefour de l’humanité. Il n’y aura pas de « retour à la normale » : l’ancien monde est en train de disparaître et le nouveau n’est pas encore né. Ces temps incertains étant effrayants, on voit apparaître des démagogues proposant des solutions faciles. Alors qu’en ces temps de Covid, on a besoin de solidarité, on assiste à une montée des nationalismes. Le déclin des droits féminins pointe que rien n’est acté, alors que les femmes et les minorités seront au premier rang des changements sociaux. C’est pourquoi, j’aspire à la sororité. J’aime les arbres au point de les enlacer, il me paraît donc urgent de se reconnecter à la nature. L’éco-féminisme incarne bien ces valeurs car on tend à détruire l’écologie et les femmes. Actuellement, 80% des gens migrent à cause de la crise climatique. Les femmes et les enfants en subissent la plus grande violence.

Comment avez-vous eu l’idée de faire parler un figuier et en quoi reflète-t-il votre « arbre intérieur » ?
Ce figuier se veut essentiel et spirituel. Tant la Bible que de nombreuses légendes mondiales prennent un arbre comme élément central (cf. le pommier du jardin d’Eden). Les arbres nous ont précédés et nous survivront, alors ils sont les témoins privilégies de notre présence, nos joies et nos drames. Mon arbre intérieur s’avère fondamental. À moi de le nourrir constamment. Les femmes l’entretiennent souvent mal, parce qu’elles sont dures avec elles-mêmes, or nous devons faire preuve de compassion envers nous-mêmes.

©Jean -Luc Bertini

Qu’en est-il de la tristesse intergénérationnelle, incarnée par la jeune Ada ?
Je crois au pouvoir des émotions et des histoires, mais ce qui m’intrigue le plus, ce sont les silences familiaux dont on hérite. Nos douleurs, nos traumas et nos regrets ont un impact majeur sur les générations suivantes. Ce roman explore cette mémoire intergénérationnelle pour nous aider à voir le monde autrement. Il construit des ponts entre les êtres d’hier et d’aujourd’hui. Ada incarne une mixité d’héritages, mais elle ne peut pas les saisir toute seule. Tant de jeunes ont l’impression que les générations précédentes ont détruit le monde. Ils tanguent face à l’incertitude du passé et de l’avenir.

Arrachée à votre terre turque, avez-vous l’impression d’être une éternelle exilée ou est-ce possible de replanter ses racines ailleurs ?
Difficile d’y répondre, tant le mot exil est lourdement connoté, mais il est vrai qu’il m’a façonnée. Je ne peux plus retourner en Turquie car mes positions engagées m’enverraient directement en prison. Malgré la mélancolie, je crois qu’on porte les lieux en soi. Et puis, quelle richesse de se connecter à d’autres cultures. Il y a toutefois un être fracturé en moi, puisque quelque chose me ramène toujours à mes origines ou à l’enfance. Bien qu’on puisse planter ses racines ailleurs, on demeure un arbre blessé, un « arbre migrant ». Je le soigne en plantant les graines de la vie dans mes livres.

Ici, vous semez aussi des amours impossibles. Pourquoi payent-elles un prix aussi élevé En temps de guerre ou de déchirements ethniques, les amours interdites payent le prix fort, mais l’amitié et l’Eros sont plus puissants que la haine. Dans cette Chypre de 1974, on n’a pas le droit d’aimer quelqu’un qui ne soit pas de son sang, de son rang ou de sa religion. Or “Roméo & Juliette” reste un mythe universel. La haine m’inquiète, parce qu’on n’apprend jamais rien de l’Histoire. On la croit linéaire et progressiste, or impossible de garantir que demain soit plus égalitaire. Au contraire, on peut reculer et refaire les mêmes erreurs. En cette ère de crise pandémique, socio-politique et écologique, on devrait cultiver plus d’empathie.

Vous écrivez que « les ponts apparaissent dans nos vies seulement quand nous sommes prêts à la franchir », pourquoi ?
Parce qu’on n’est pas toujours prêt pour aller à la rencontre d’un lieu, d’une histoire ou d’une personne. Il suffit d’un moment, voire d’une coïncidence. L’amour nous transforme, mais il ne suffit pas. C’est aussi valable pour l’écriture… Cela faisait longtemps que je voulais écrire ce roman sur Chypre, or les livres ne viennent à moi que lorsque je suis prête à les accueillir. Cette leçon soufique se veut une quête sans fin…

La mère d’Ada était « courageuse, un réel esprit libre. » Et vous ?
Je ne sais pas (rires). Disons que j’aime la liberté, l’égalité et la diversité, mais c’est indéniablement dans l’écriture que je me sens la plus libre. Ma terre natale est désormais la terre des histoires. C’est à elle que j’appartiens pleinement.

Un entretien réalisé par Kerenn Elkaïm.
Des portraits réalisés par Jean-Luc Bertini

Paris – Briançon de Philippe Besson. Julliard.💛💛💛💛

Paris-Briançon par Besson

Vous prenez un lieu clos : un train Intercités de nuit n°5789 qui relie Paris à Briançon. Départ : 20h52. Arrivée à Briançon 8h18.
Parmi les 123 passagers de ce train de nuit nous allons faire la connaissance de 13 passagers :
Alexis , médecin – Victor, joueur de hockey, guide, moniteur de ski – Julia et ses deux enfants Chloé et Gabriel – Jean Louis et Catherine, couple de retraités – Serge, VRP et enfin un groupe de cinq jeunes d’une vingtaine d’années : Manon – Leila – Hugo – Dylan – Enzo.
Aucun de ces 13 personnages ne se connaît. Pour des raisons différentes ils voyagent en direction de Briançon.
Et dès la page 10 , Philippe Besson nous prévient :
« Pour le moment, les passagers montent à bord, joyeux, épuisés, préoccupés ou rien de tout cela. Parmi eux, certains seront morts au lever du jour « 
Comme à son habitude Philippe Besson fait un roman ramassé : 200 pages.
Grâce à la concision de son écriture, il arrive en 200 pages à nous faire découvrir chaque personnage, à discourir sur les régions de France la nuit ou encore à nous instruire sur l’énergie nécessaire à un train !
Les vérités de chaque personnage apparaissent petit à petit en filigrane. Et ces vérités ne sont rien face à un destin qu’ils ne maitrisent pas , car parmi eux certains seront morts au lever du jour.
On ne peut révéler quoi que ce soit , mais les 60 pages qui expliqueront ces morts , sont totalement bouleversantes et émouvantes. La concision de l’écriture de Philippe Besson devient clinique. Une écriture au scalpel , le coeur au bord du vide.
La lecture de Paris – Briançon est une épreuve redoutable , à la merci du destin.
Destin que personne d’entre nous maitrise.
Un nouveau roman de Philippe Besson où il se renouvelle sans oublier qu’un train de nuit puisse connaitre des amours homosexuels.

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Philippe Besson, né le 29 janvier 1967 à Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente), est un écrivaindramaturge et scénariste français, anciennement directeur des ressources humaines en entreprise. Il a été également critique littéraire et animateur de télévision.
Il se fait connaître en tant qu’écrivain avec le roman En l’absence des hommes en 2001, qui reçoit plusieurs prix. En 2017, il totalise 18 romans, dont plusieurs ont été adaptés pour le cinéma ou le théâtre, et il a participé à l’écriture du scénario de plusieurs téléfilms

L’âge des amours égoïstes de Jérôme Attal. Robert Laffont. 💛💛

L'âge des amours égoïstes par Attal

Page 206 du roman de Jérôme Attal L’âge des amours égoïstes.
Il est demandé à Nico, personnage principal du roman ce qu’il pense du dernier roman d’Ignacio. Et voici sa réponse :
« Il raconte parfaitement une histoire qui ne m’intéresse pas. C’est suffisamment bien écrit pour que je sois pris en otage par un récit dont je pourrais très bien me passer. il ne m’en restera pas grand chose, mais la lecture est plaisante à certains passages, ce qui est une expérience très réaliste somme toute, très comparable à ce que nous expérimentons au cours de notre existence, et en ce sens je pense que c’est un livre qui mérite d’être récompensé par un prix littéraire « 
La pensée de Nico résume parfaitement ce que j’ai pensé du dernier roman de Jérôme Attal.
1/ C’est bien écrit et on ne lâche pas le roman. Lu d’une traite les 210 pages du roman.
2/ c’est une histoire et un récit dont je peux effectivement me passer. Déjà maintes fois objets de roman : la jeunesse, la vie estudiantine , Paris ,la nuit , un peu d’intellectualisme et les amours.
3/ la lecture est plaisante et réaliste. Elle restitue d des moments d’existence qui peuvent être les nôtres et ravivent souvenirs et nostalgies
4/ un prix littéraire pourquoi pas ? Paris , un petit peu de culture , d’intellectualisme sont des bonnes pioches pour un prix littéraire.
Voilà ce que j’ai pensé du livre , en totale adéquation avec cette page 206.
En définitif Jérôme Attal parle t-il du roman d’Ignacio ou parle -t -il de son propre roman ,
Vertigineuse page 206.
Reste que ce roman a une histoire.
Celle de Nico, 25 ans, étudiant en histoire de l’art et chanteur dans un groupe.
Il est subjugué et amoureux fou de Laura qu’il rencontre dans une soirée.
C’est le début d’un apprentissage , d’une traversée de Paris. On ira du Quartier Latin à la Bastille. On ira faire un tour sur la tombe de Gainsbourg. On réfléchira sur les ressemblances , les connivences, les coïncidences entre les peintures de van Gogh, Gauguin et Francis Bacon.
On apprendra ce qu’est la syllogomanie.
On traversera l’âge des amours égoïstes.

Entre  » on peut essayer, à chacun de faire son opinion  » et  » agréable, à partager « .

Credit: Gamma-Rapho via Getty Images/Jean-Marc ZAORSKI
Jérôme Attal est principalement un écrivain qui rédige en son nom ou pour d’autres personnes.
Entre 1998 et 2006, il tient un journal intime sur son site web1,2. En tant que romancier il publie notamment, à la rentrée littéraire de septembre 2018, le roman 37, étoiles filantes, qui met en scène Alberto Giacometti et Jean-Paul Sartre dans le Paris des années 19303,4. Le roman obtient le Prix de la rentrée littéraire des amis de Gonzague et le Prix coup de cœur du Clos de Vougeot. Il publie également des livres pour la jeunesse et des nouvelles.
En plus de deux albums personnels, Jérôme Attal est également l’un des paroliers de plusieurs chanteuses et chanteurs français1. En octobre 2018, il rédige par exemple, sur une musique de Yodelice, la chanson L’Amérique de William du dernier album de Johnny Hallyday5. En décembre 2020, la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) lui décerne le Grand Prix de la chanson française, catégorie créateur6.
Enfin, il a écrit plusieurs scénarios ou dialogues pour des films.


L’éternel fiancé d’Agnès Desarthe. Editions de l’Olivier. 💛💛

L'éternel fiancé par Desarthe

A peine refermé le dernier roman d’Agnès Desarthe L’éternel fiancé il me reste présent une ambivalence , une dualité qui me laisse perplexe et dubitatif sur ce roman.
Ambivalence : Caractère de ce qui comporte deux composantes de sens contraire, ou de ce qui se présente sous deux aspects.
pour moi c’exactement cela : le roman se présente sous deux aspects.
D’abord la qualité de l’écriture d’Agnès Desarthe ainsi que la qualité des descriptions, que ce soit des personnages, des lieux ou des moments familiaux. Agnès Desarthe a la faculté , par de petites touches à toucher à l’essentiel.
Cette qualité d’écriture porte le roman et le rend agréable à lire même si….
Et voilà le deuxième aspect de l’ambivalence ou de la dualité : le sujet du roman . Comme il est proposé en quatrième de couverture : A quoi ressemble une vie ?
Agnès Desarthe va articuler son roman au travers de deux personnages principaux : la narratrice et Etienne.
A l’âge de 4 ans , lors d’un concert de Noel , un petit garçon ( Etienne ) du même âge la fixe.
 » Il lui dit qu’il aime. Il l’a choisie, elle, entre toutes les filles de la salle, parce que, explique-t-il, tu as les yeux ronds  » ( page 10 )
C’est L’éternel fiancé.
Perdu de vue et retrouvé trente ans plus tard dans une rue de Paris.
Ce sera l’occasion pour la narratrice de retracer sa vie passée et présente autour de réflexion portant sur l’enfance, la famille, l’amour ,la mort , la mémoire le temps qui passe.
Et pour cette réflexion nous serons accompagnés d’une galerie de personnages plus ou moins inspirés.
La narratrice ou l’écrivaine choisit un angle de vision pour mettre en situation ces réflexions et cette angle de vision me paraît si étroit qu’il en devient par moments glauque et ridicule.
A aucun moment la narratrice nous apparait être partie prenante de ce qui arrive. Pourtant le début du roman est accrocheur et puis tout cela se délite et devient confus et un peu ennuyeux. Les situations deviennent outrées.
La narratrice ne fait que passer sombre, sans joie et son histoire nous reste étrangère.

Agnès Desarthe - Wikipedia
Agnès Desarthe, née Agnès Naouri le 3 mai 1966 à Paris, est écrivaine française auteure de livres pour adultes et pour enfants, et traductrice.Agnès Desarthe est l’une des trois enfants du pédiatre Aldo Naouri. Elle a épousé le cinéaste Dante Desarthe, fils du comédien Gérard Desarthe. Ils ont quatre enfants. Son frère Laurent Naouri, chanteur d’opéra, est l’époux de Natalie Dessay. Sa sœur, Elsa Rooke, est metteuse en scène d’opéra.

Agrégée d’anglais (1988)1, elle a d’abord travaillé comme traductrice, « puis elle rencontre Geneviève Brisac, éditrice à L’École des loisirs, qui la pousse à écrire des histoires pour enfants »2. Elle y publie en 1992 un premier roman pour adolescents, Je ne t’aime pas, Paulus, dont Je ne t’aime toujours pas, Paulus, paru treize ans plus tard, constitue la suite, toujours à l’École des loisirs, chez qui elle a maintenant publié une trentaine de livres jeunesse.

Outre ces nombreux romans pour la jeunesse, elle est l’auteure d’une douzaine d’ouvrages pour adultes, dont neuf romans, publiés aux Éditions de l’Olivier. Elle a obtenu le prix du Livre Inter 1996 pour son deuxième roman, Un secret sans importance. Son sixième roman Mangez-moi, publié en 2006, est traduit dans plus de 15 pays. Elle obtient le prix Renaudot des lycéens en 2010 pour son roman Dans la nuit brune. Son roman Une partie de chasse, obtient en 2012 le Goncourt des animaux3, décerné par des membres de l’académie Goncourt. Elle reçoit le prix littéraire du Monde en 20154 pour Ce cœur changeant.

En collaboration avec Geneviève Brisac, son éditrice à L’École des loisirs, elle a consacré à Virginia Woolf une émission sur France Culture. À la suite de cette émission, elles ont publié en 2004 un essai consacré à la romancière britannique, V.W, le mélange des genres.

Parallèlement, elle poursuit son activité de traduction de livres pour la jeunesse (une trentaine d’ouvrages, dont treize romans de Loïs Lowry, mais aussi Brundibar de Maurice Sendak) et pour les adultes (six ouvrages, dont La Maison de Carlyle et La Chambre de Jacob de Virginia Woolf ainsi que Les Papiers de Puttermesser de Cynthia Ozick. Pour ce dernier ouvrage, elle a reçu deux prix de traduction en 2007, le prix Maurice-Edgar Coindreau5 et le prix Laure-Bataillon6.)

Enfin, elle est l’auteure de deux pièces de théâtre7 (Les Chevaliers, mise en scène par Gilles Cohen au théâtre du Rond-Point en 2005 et Le Kit, qui n’a pas été encore montée) ainsi que de plusieurs chansons.

En attendant la montée des eaux de Maryse Condé. JC Lattès. 💛💛💛💛

En attendant la montée des eaux par Condé

En attendant la montée des eaux est ma première incursion dans l’univers de Maryse Condé.
On peut dire que l’atmosphère de son roman est au diapason du pays central de son livre : Haiti. Violence , Misère , Catastrophes naturelles , envoutement et humanité.
Maryse Condé a écrit un roman foisonnant , touffu , nous emmenant des Antilles , au Mali, au Moyen Orient et en Haiti.
Babakar est un médecin d’origine malienne qui vit en Guadeloupe
Movar est haïtien. Celui ci amène à Babakar une jeune femme ,Reinette ( réfugiée haïtienne ) qui est sur le point d’accoucher. Reinette donne naissance à Anais. Malheureusement Reinette décède à la suite de cet accouchement.
Anaïs et Babakar vont s’attacher l’un à l’autre, au point que Babacar va s’envoler pour Haiti à la recherche de la famille d’Anaïs.
De ce point de départ Maryse Condé va faire un roman envoutant traversé par la vie de trois hommes ( Babakar – Movar – Fouad) et de trois femmes ( Thecla – Alezia – Estrella ).
Peu à peu chacun de ces personnages va nous relater les étapes de sa vie.
Maryse Condé a eu l’excellente idée de ramasser ces étapes dans des chapitres uniques pour chaque personne et de les dénommer récits.
Des récits, des histoires comme peuvent en raconter des griots. Dans ces récits se télescopent la réalité mais aussi la légende , le spirituel, le subtil.
Et le lecteur de voyager entre animisme, vaudou contes et légendes de l’Afrique à Haiti.
Ce roman est aussi et surtout un roman d’humanité. Une humanité déracinée, ballotée entre des régimes politiques , des misères physiques et morales. Comment s’affranchir de sa condition mais aussi de son passé.
En attendant la montée des eaux…. Tout un symbole.

En attendant la montée des eaux

Maryse Condé EAN : 9782709633215
364 pages
J.-C. LATTÈS (25/08/2010)

Maryse Condé, écrire et ne rien céder
Maryse Condé, née Marise Boucolon le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), est une journalisteprofesseure de littérature et écrivaine d’expression française, « guadeloupéenne indépendantiste » ainsi qu’elle l’a toujours revendiqué1,2,3.
Elle est l’auteure d’une œuvre conséquente de renommée mondiale. Elle est surtout connue pour Ségou (1984-1985), roman historique en deux tomes qui, à travers le destin de trois frères, retrace la chute du royaume bambara de Ségou et dont la parution intervient dans le contexte de l’« effet Racines »4, le célèbre roman d’Alex Haley adapté pour la télévision quelques années plus tôt.
Elle est également connue pour son roman Moi, Tituba sorcière…, un récit d’esclave dont la version anglaise est accompagnée d’une préface d’Angela Davis5. En Guadeloupe et en Martinique, on l’associe essentiellement aux œuvres Traversée de la mangrove et La Vie sans fards, roman autobiographique6. Elle a d’abord été dramaturge avant d’être reconnue comme romancière. Elle a aussi écrit des romans pour adolescents, notamment dans la revue Je bouquine.
Elle a travaillé comme journaliste culturelle à la British Broadcasting Corporation (BBC) et à Radio France internationale (RFI).
Fondatrice du Centre des études françaises et francophones au sein de l’université Columbia aux États-Unis, elle contribue ainsi à faire connaître la littérature francophone dans ce pays.
Professeure émérite, elle vit à présent à Gordes (Vaucluse), où, avec une assistance médicale et le soutien de son mari, elle reçoit sa famille et des membres de son entourage et continue de se « questionner », d’écrire7.

Les Huit montagnes de Paolo Cognetti. Stock. 💛💛💛💛

Les Huit Montagnes par Cognetti

Ou comment une couverture de roman vous fait découvrir un écrivain , une atmosphère et la montagne.
Tout a été déclenché par la couverture de la félicité du loup. Cette couverture bleue et blanche avec une tête de loup stylisée fût un coup de coeur et la lecture du roman a confirmé cela au centuple. ( voir chronique ).
Cette rencontre avec l’univers de Paolo Cognetti se devait d’avoir une suite.
En espérant qu’elle fût aussi savoureuse et lumineuse que celle de la félicité du loup.
Je me précipitais donc sur le premier roman de Paolo Cognetti : Les huit montagnes….
et le sortilège fonctionna à nouveau.
Une histoire paraissant simple , dénuée d’artifice et portant en elle l’universalité.
nous sommes dans les années 1980 au nord de l’Italie ente Milan et Val d’Aoste.
Pietro, enfant de la ville a 11 ans. Bruno, enfant de la montagne à le même âge.
Lors d’un séjour des parents de Piero dans la vallée de Grana , celui ci rencontre Bruno. Une amitié adolescente naitra entre montagne, vie pastorale et grand air.
Une amitié mais aussi une filiation entre Pietro et son père. Celui-ci , solitaire mais heureux d’entrainer son fils en refuge à la découverte de la lumière des glaciers et de la beauté des forêts de mélèzes.
La vie éloignera Pietro et Bruno pendant 20 ans. Et puis ces montagnes autour du Mont Rose ,les réuniront à nouveau
L’enfance s’est enfuie tout comme sa légèreté . le monde adulte a rattrapé Pietro et Bruno :La rudesse de la vie paysanne à la montagne , la fidélité à ses espoirs de jeunesse.
Paolo Cognetti , nous raconte cette réalité aussi simple que rude comme peut être une journée d’hiver en montagne.
peut on resté fidèle à ses rêves de jeunesse. Si oui , jusqu’où Pietro et surtout Bruno sont ils prêts à aller. Une amitié de jeunesse peut elle survivre dans le monde adulte ?
Faut il courir les huit montagnes ou seulement un sommet ( le Sumeru ) comme le sous entend un sage népalais ? Une belle réflexion à approfondir dans le récit de Paolo Cognetti : Sans jamais atteindre les sommets.
Une prochaine lecture dans les vallées du Népal et du Dolpo.
Quand une couverture de livre vous accroche….


Paolo Cognetti : « Il y a là-haut la quête d’une relation plus vraie »

Alma de JMG Le Clézio . Folio. 💛💛💛

Alma par Le Clézio

Première approche de la littérature de JMG le Clézio avec Alma.
Le mot approche me parait le plus judicieux car il me fait penser aux approches lors des randonnées en montagne. D’abord une longue marche en fond de vallée avant d’attaquer un col et enfin l’arrivée au sommet.
Il en fut de même pour le livre de JMG le Clézio.
Une longue marche pour apprendre à découvrir Maurice , son histoire, ses paysages, ses hommes et ses femmes.
L’attaque du col plus délicate avec des allers retours entre différentes époques et divers lieux.
Enfin l’arrivée au sommet qui permet d’embrasser l’ensemble du paysage et de comprendre la diversité de l’histoire.
Voila ce que j’ai ressenti à la fin de la lecture d’Alma.
J’ai ressenti cette identité mauricienne , teinté des Pays Bas, d’Empire Britannique ou encore de France.
Une entité qui disparait comme a disparu le Dodo.
Dodo , l’animal ou Dodo le clochard, le hobo magnifique ?
Que reste t il d’Alma, des plantations , de la luxuriance de Maurice , de la vie créole ?
Il reste un peu de ce créole dans les textes de Dodo , ce clochard mis de côté mais qui perpétue l’âme mauricienne.
Roman de l’illusion alors que les temps modernes égrènent inlassablement leurs heures commerciales et mondialistes..

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Après l'affaire Matzneff, J.M.G Le Clézio quitte le Renaudot | Le HuffPost

Jean-Marie Gustave Le Clézio, plus connu sous la signature de J.M.G. Le Clézio1, né le 13 avril 1940 à Nice, est un écrivain de langue française, comme il se définit lui-même2,3. De nationalités française et britannique, il est fortement imprégné par la culture mauricienne et bretonne de sa famille.

Il connaît très vite le succès avec son premier roman publié, Le Procès-verbal (1963). Jusqu’au milieu des années 1970, son œuvre littéraire porte la marque des recherches formelles du Nouveau Roman4. Par la suite, influencé par ses origines familiales, par ses incessants voyages et par son goût marqué pour les cultures amérindiennes, Le Clézio publie des romans qui font une large part à l’onirisme et au mythe (Désert et Le Chercheur d’or), ainsi que des livres à dominante plus personnelle5, autobiographique ou familiale (L’Africain). Il est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages de fiction (romans, contes, nouvelles) et d’essais. Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 2008, en tant qu’« écrivain de nouveaux départs6, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante7 ». Son œuvre est traduite en 36 langues8.

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Ubasute d’Isabel Gutierrez. La fosse aux ours. 💛💛💛

Ubasute par Gutierrez

Voici un premier roman très original. Cet opuscule de 120 pages tire son nom Ubasute, d’une tradition ancestrale japonaise qui voulait que l’on abandonne en montagne une personne âgée et malade..
Isabel Gutierrez va mettre en situation Marie , la maman malade et son fils Pierre.
Marie a conscience que sa dernière heure approche.
Elle demande à son fils Pierre de la porter auprès d’une roche et d’une grotte et de l’abandonner. Littéralement la porter dans une chaise sanglée sur le dos.
Ce sera pour Marie la dernière fois qu’elle pourra parler à son fils.
Parler n’est pas le mot juste . C’est plus parler en silence.
« Puisque nous allons ensemble, mon fils, sans que nos regards se croisent, puisque c’est le moment du départ et celui des dernières enjambées, à toi à qui j’ai appris à marcher et à pédaler, je parlerai en silence, je calerai le rythme de ma langue sourde, marche de vers iambiques, à la longueur de tes pas . Nous traverserons le temps du paysage ensemble.  » ( Page 28 )
Ce voyage intérieur sera l’occasion pour Marie de revisiter sa vie , que ce soit auprès de ses grands parents, de son mari, de ses enfants.
Tout cela est écrit dans une belle langue poétique qui nous touche dès la première ligne par sa vérité et sa sincérité.
Chacun peut s’identifier à un enfant , un parent. Tout cela peut nous être très proche.
Reste néanmoins un sentiment de trop plein, comme si Marie devait tout revisiter. Et cela au détriment de la relation avec son fils.
Enfin quel poids fait porter ( au propre comme au figuré) Marie à son fils qui est l’élu pour abandonner sa mère.
L’Ubasute tradition japonaise peut elle être transposée telle quelle dans la société occidentale ?
Ces points abordés, le récit d’Isabel Gutierrez demeure très fort et émouvant.
Un beau premier roman.

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Isabel Gutierrez est une écrivaine française. Elle enseigne la littérature et le cinéma à Grenoble.

Poussière dans le vent de Leonardo Padura. Métailié. 💛💛💛💛💛

Poussière dans le vent par Padura

Poussière dans le vent est un véritable bonheur de lecture et il faut se laisser prendre par cet ample roman choral qui embrasse la vie d’un groupe d’amis « Le Clan  » sur près de 30 ans entre 1990 et 2016.
Le Clan, c’est huit amis soudés qui vont être affectés par les transformations du monde sur la vie à Cuba
Nous entrerons dans le Clan par le truchement d’une photo de groupe postée sur Facebook par Clara. à l’intention de son fils Marcos. La photo a été prise en 1990 dans les jardins de la maison familiale de Fontanar.
Cette photo est révélatrice de secrets , des souvenirs et plus.
En s’appuyant sur cette photo, Leonardo Paduro va nous entrainer dans un roman à trois niveaux:
1 / La découverte approfondie de chacun des membres du Clan et de leurs secrets
2 / le déroulement d’une intrigue et d’un suspense tenu jusqu’au dernier chapitre
3 / Cuba et son régime politique dans les années 1990 et jusqu’en 2016.
Et pour bien fluidifier ces trois niveaux , Leonardo Padura va faire que son roman ne soit pas chronologique mais qu’au contraire il oscille entre ses trente années de vie de ces personnages.
Il faut un peu de temps au départ pour tout mettre en ordre , entre l’ensemble des personnages et la ligne de temps. Mais une fois que cela est acquis , c’est un grand bonheur de lecture de retrouver Clara , Horacio , Bernardo , Walter , Irving , Joel , Fabio et Liuba.
Poussière dans le vent est un roman de l’amitié, de l’amour , de la fidélité le tout sur fond d’exil, de perte.
La force de ce roman vient aussi de la façon dont est traité Cuba et son régime politique. Rien n’est dit frontalement. Jamais le nom de Fidel Castro n’est prononcé ( Juste une fois le prénom !). On comprend les liens forts avec l’Union Soviétique, on a vent de la chute du mur de Berlin. Une peur certaine des indics espions et délateurs parcourt le roman.
Cette chape enveloppe chaque personnage est dicte en partie leurs actions.
Tout cubain est viscéralement attaché à son île .Mais les pénuries alimentaires, économiques et le besoin de liberté font que chaque cubain devient candidat à l’exil et avec des bouts de ficelle il fait une vie.
Ce roman est aussi celui de la diaspora cubaine à travers les Etats Unis , l’Argentine et l’Espagne .
L’amour, la fidélité à une terre , des paysages, des familles
Mais laisse t -on son pays ?
Poussière dans le vent ?
Leonardo Padura à la double nationalité cubaine et espagnole ».
Quand il est interrogé sur cette double nationalité il répond qu’il a une double citoyenneté : espagnole et cubaine mais qu’il n’a qu’une nationalité et elle est cubaine.
Leornado Padura vit à Cuba.
 » Clara fouilla dans son sac, sortit les clés, ouvrit la porte et entra dans la maison où l’accueillirent la solitude, le silence et ses souvenirs. La coquille de Clara. « 


Leonardo Padura: «J'ai besoin de Cuba pour écrire» - Le Temps

Leonardo PADURA
Cuba
 BIOGRAPHIE
Leonardo PADURA est né à La Havane en 1955 où il vit. Diplômé de littérature hispano-américaine, il est romancier, essayiste, journaliste et scénariste pour le cinéma. Traduit dans 15 pays, best-seller en Espagne et en Amérique latine, il fait partie des grands noms de la littérature mondiale.
Pour l’ensemble de son œuvre, il a reçu le prix Raymond Chandler en 2009, le Prix national de littérature cubain en 2012, et le prestigieux prix Princesse des Asturies en 2015.

Le titre du roman est tiré d’une chanson du groupe Kansas :

Poussière dans le vent datant de 1975.

Poussière dans le vent,
Ils ne sont que poussière dans le vent

La même vieille chanson, juste une goutte d’eau en mer infinie
Tout que nous faisons,
s’effondre par terre, bien que nous refusions de voir

Poussière dans le vent,
Nous ne sommes que poussière dans le vent

Ne t’accroche pas,
rien ne dure pour toujours, sauf la terre et le ciel
Ca t’échappe
et tout ton argent ne pourra acheter une autre minute

Poussière dans le vent,
Nous ne sommes que poussière dans le vent
Poussière dans le vent,
Nous ne sommes que poussière dans le vent