Ce roman raconte l’histoire de Vera, 47 ans, victime d’une récidive de son cancer du sein et qui se réfugie auprès de son père Zino dans la région du Trentin et du lac de Garde en Italie. Zino, octogénaire, est lui-même de santé très fragile. Aurur de Véra, il y a aussi sa soeur Nora et sa nièce Alice.
On va apprendre que la mère de Véra est décédée d’un cancer du sein. Peut-être un lien génétique entre la mère et la fille.
Cette histoire dramatique, elliptique, s’appuie sur de forts dialogues et devient rapidement brouillonne. Je n’ai pas réussi à entrer en relation avec les différents personnages.
Il est dit en quatrième de couverture que l’autrice, avec légèreté et ironie, nous offre un portrait de famille tendre, souvent hilarant, irrévérencieux et plein de vie.
Irrévencieux, je l’accepte volontiers. Par contre pour la légèreté et l’hilarité, je les cherche encore.
Susanna Bissoli est née à Vérone en 1965. Elle est l’autrice d’un recueil de nouvelles, d’un premier roman, ainsi que de plusieurs pièces de théâtre. Elle dirige depuis presque vingt ans des ateliers d’écriture interculturels.
Nathalie Bauer a publié plusieurs romans et traduit plus de cent cinquante ouvrages italiens, dont des œuvres de Mario Soldati, Primo Levi, Natalia Ginzburg, Marcello Fois et Michela Murgia.
Prenez une poignée de sable dans votre main. Même la main bien fermée, le sable file. Tous les interstices sont propices à la fuite délicate du sable. restent dans la main quelques grains délicats qui vous rappellent que votre main a contenu un trésor.
Il en va de même pour le dernier roman de Jeanne Benameur. Une délicatesse et du mystère pour nous conter un moment et des personnages immensément connus. Pas la peine de citer leurs noms, hormis Jean.
Une femme apparait au bord de la mer, vers un village de pêcheurs. Elle vient de perdre son fils, après la traversée de la grande souffrance. Son fils l’a confié à Jean, l’ami fidèle.
Cette femme va rencontrer une petite fille silencieuse, des visages sur la pierre de la falaise, un homme délicatement homme. Et petit à petit cette femme va s’affranchir de l’iconographie qui la pétrifie et devenir ce qu’elle souhaite ; une femme que la vie des autres traverse.
Les cent premières pages du roman peuvent donner une impression de dispersion et de peu d’intérêt et puis tout se concentre, devient délicatesse et émotion.
« Ajouter une pierre au cairn c’est dire Je suis passé et je veille. C’est tout. c’est avoir choisi la pierre pour qu’elle vienne s’ajouter aux autres sans en rompre l’équilibre. »
Le roman de Jeanne Benameur est veille et passage. Comme le sable qui fuit mais dont on garde la fluide sensation et la mystérieuse délicatesse. C’est tout. Mais c’est l’essentiel.
Alors « au matin, elle laissera ses sandales usées sur le seuil de la porte. » pour des pas qui avancent
.
Jeanne Benameur est une écrivaine française.
Née d’un père tunisien et d’une mère italienne, elle est la dernière d’une famille de cinq enfants. Elle a cinq ans et demi quand elle arrive avec sa famille en France, à La Rochelle.
Elle suit les cours du conservatoire d’art dramatique puis elle effectue des études de lettres à Poitiers, où elle suit aussi des cours de philosophie et d’histoire de l’art. Après l’obtention du CAPES, elle est professeure de lettres : d’abord à Mauzé-sur-le-Mignon, puis en banlieue parisienne. Ce n’est qu’à partir de 2000 qu’elle se consacre entièrement à l’écriture.
Elle a publié pour la première fois en 1989 aux Éditions Guy Chambelland des textes poétiques, puis chez divers éditeurs. Elle se distingue sur la scène littéraire avec « Les Demeurées » qui reçoit en 2001 le prix Unicef. Puis, c’est le prix du centre du Livre Poitou Charentes pour « Laver les ombres » en 2007 ; les prix Paroles d’encre, le prix du Rotary et le prix du Roman d’entreprise pour « Les Insurrections singulières » en 2011. En 2013, « Profanes » reçoit le grand prix RTL-Lire. « La patience des traces » (2022) est lauréat du prix du roman France télévision 2022. Son autobiographie « Ça t’apprendra à vivre » (1998) a été portée à la scène en 2006 par la compagnie La Poursuite.
Parallèlement à son travail d’écrivaine, elle anime régulièrement des ateliers d’écriture. Membre du jury du prix Fémina depuis 2023.
Elle vit maintenant à Paris où elle consacre l’essentiel de son temps à l’écriture : théâtre, roman, poésie, nouvelles.
Joseph Incardona, avec une écriture cinématographique matinée de causticité et d’humour, nous assène un monde agité et sombre dominé par des hommes pour qui la planète Terre ne joue pas le premier rôle.
La quatrième de couverture nous avait mis en garde. « Il y a tellement de bruit alors qu’il faudrait du silence, canaliser l’émotion, poser une compresse fraîche sur la folie du monde. »
Êve avec un accent circonflexe (parce que dans rêve il y a Êve) vit dans son bruit intérieur et canaliser ces émotions lui est difficile. Elle vit plus dans le canal de la vengeance et de la haine.
La vie d’Êve a basculé il y a 7 ans. le roman nous apprendra peu à peu la raison de cette bascule tragique. Aujourd’hui Êve est une sirène professionnelle, mais personne ne sait ce que cache sa queue de silicone.
Êve court autour du monde après un double secret qui hante sa vie. Et comme dit Êve: « Je respire, je respire plus « . Ève vit sur un fil, sur une apnée. Sirène glamour et personnage intouchable, elle traverse la planète dans une quête personnelle. La recherche d’Êve se heurte à ce monde qui perd son humanité. Et le monde devient un monde hyperconnecté sans âme où les vols transatlantiques et pacifiques font que notre voisin est à notre porte. Un monde désincarné dont les totems sont Dubaï ou une île de plastique au milieu du Pacifique.
Un livre désenchanté, sombre à hauteur d’un monde sans beaucoup d’espoir.
Le mythe de la sirène en prend un coup !
Joseph Incardona est né à Lausanne le 11 février 1969. Ses parents font les saisons dans les hôtels et jouent dans un groupe de musique. Une vie semi-nomade et turbulente qui entraînera de fréquents déménagements et bouleversements au quotidien, jusqu’à l’âge de 14 ans où la famille se stabilise à Genève.
Scolarité chahutée, bac à 19 ans, quelques mois passés dans l’équipe de football réserve du Servette de Genève, avant de jouer quelques saisons en National. Après son service militaire, il multiplie les petits boulots pour payer l’université où il obtient un master en Sciences politiques. Son stage dans un journal en vue d’obtenir une carte de presse se solde par un échec : il est renvoyé pour avoir trop souvent comblé les zones d’ombre par des inventions de son cru. Ce sera pour lui le début du métier d’écrivain.
Une petite décennie passée à écrire sans rien publier, à voyager, à faire des rencontres, à lire, à fricoter avec la marge, passant de jobs en petits boulots (une soixantaine), allant de vendeur de détecteurs de faux billets, figurant pour la TV ou restaurateur de bateaux.
En 2000, il part s’établir à Paris, puis ce sera Bordeaux pendant une dizaine d’années, avant de revenir s’installer à Genève où il vit avec sa compagne et leur fils. Après trois premiers livres publiés aux éditions Delphine Montalant, quelques errements chez différents éditeurs (Baleine, Fayard, Le Seuil, notamment), il trouve son éditeur idéal à Bordeaux chez Finitude.
Trois ans ont passé à Magnapole. Zem et Salia ne se sont pas revus. Magnapole est toujours découpée en trois zones. Les zones 1 et 2 sous le dôme climatique. La zone 3 devant faire face aux pluies acides.
Le port de Magnapole est en ébullition. On va fêter la fête des cinq cents jours, des nouveaux quais et des Grands Travaux. de plus est attendu un cargo chasseur d’icebergs qui amène de l’eau naturelle, pure de milliers d’années. Alors que tous les yeux sont tournés vers ce cargo, un container livre une macabre cargaison : à l’intérieur cinq cadavres anonymes.
Quel est le secret de ce container ? Ce secret va être le centre de l’intrigue que va développer Laurent Gaudé. Toujours dans la dystopie mais un peu plus dans l’enquête policière. Enquête policière bien ancrée dans la recherche des terres rares et les galères d’un monde aux prises avec le changement climatique. Un monde noir avec la création d’une zone 4 de déchets et de rebuts mais aussi le début d’une résistance à ce monde en déshérence.
À travers les thèmes abordés, Laurent Gaudé nous rappelle la force de son écriture pour nous parler des hommes et des femmes, de leur condition et de notre monde gangréné par le pouvoir, le gain et la fuite en avant.
« Lorsqu’ils arrivent en contrebas de Delphes, Zem demande au chauffeur de s’arrêter cinq minutes. Il sait qu’il n’a pas le temps de monter jusqu’au temple. Ce serait prendre un risque inconsidéré. Et puis d’ailleurs, il ne voit pas de chemin. Il a dû être recouvert par la végétation au fil du temps. Mais il veut cinq minutes, simplement pour respirer l’endroit… Je suis de retour. murmure Zem. Il ferme les yeux puis les rouvre. Il sait que Delphes le sent. le mystère l’entoure. C’est beau. Rien n’a été sali. Rien n’a été creusé, foré, aménagé, parce qu’il n’y a ici que l’esprit. Et de cela ils ne savent que faire. »
Laurent Gaudé est un écrivain français.
Ancien élève de l’École Alsacienne de Paris, il poursuit ensuite des études de Lettres Modernes et des études Théâtrales à Paris III Sorbonne Nouvelle. Il prépare l’agrégation mais ne sent pas d’attirance pour l’enseignement. Son sujet de thèse porte sur le théâtre. Il décide de vivre de sa plume et publie sa première pièce, « Onysos le furieux », en 1997. Ce premier texte sera monté en 2000 au Théâtre national de Strasbourg dans une mise en scène de Yannis Kokkos. Suivront alors des années consacrées à l’écriture théâtrale, avec notamment « Pluie de cendres » (2001) jouée au Studio de la Comédie Française, « Combat de Possédés » (1999), traduite et joué en Allemagne, puis mise en lecture en anglais au Royal National Theatre de Londres, « Médée Kali » (2003) joué au Théâtre du Rond Point et « Les Sacrifiées » (2004).
Parallèlement à ce travail, Laurent Gaudé se lance dans l’écriture romanesque. En 2001, âgé de vingt neuf ans, il publie son premier roman, « Cris ». L’année suivante, en 2002, il obtient le Prix Goncourt des Lycéens et le prix des Libraires 2003 avec « La mort du roi Tsongor », son deuxième roman. En 2004, il remporte le prix Goncourt ainsi que le prix du jury Jean-Giono avec son roman « Le Soleil des Scorta » qui sera également un succès de librairie (80 000 exemplaires vendus entre la parution du roman et l’attribution du prix Goncourt).
Et Laurent Gaudé se lança dans la science-fiction. On dira plutôt dans la dystopie. À vrai dire je ne suis pas un adepte de la science-fiction. Va encore pour la dystopie.
Pourtant j’avais passé mon tour. J’ai lu un certain nombre de livres et d’essais de Laurent Gaudé et je souhaitais rester sur cette impression. Et puis Laurent Gaudé est venu à la librairie Lucioles à Vienne pour une soirée autour de son dernier roman Zem. Je ne pouvais manquer cette occasion, et bien évidemment ce qui devait arriver arriva : L’achat et la lecture de Chien 51 et Zem.
Lors de cette rencontre, Laurent Gaudé expliqua ne pas être un adepte et fan de science-fiction et qu’il découvrait un nouvel horizon littéraire. Que coupler une dystopie avec une enquête policière et ses thèmes favoris (migrants-solidarité-réchauffement climatique-humanisme) avait un sens. Sur ce, il lut un extrait de Zem.
J’étais hameçonné.
Je ne vais pas revenir sur l’histoire de Chien 51. Tous les Babéliotes l’ont fait depuis trois ans.
J’ai ressenti à la lecture de Chien 51 que la dystopie est vraiment proche de la réalité que nous vivons. Comme si deux images étaient légèrement décalées. Et Laurent Gaudé excelle par son écriture pour nous emporter dans la tragédie, le réalisme et la compréhension, sombre, de ce décalage.
Aucune description physique précise de Salia ou Zem. Comme à son habitude, Laurent Gaudé nous laisse libre de notre imagination. Ses personnages se construisent par la parole et les événements qu’ils traversent.
Et les événements que traversent Salia et Zem nous décrivent un monde assez proche de notre monde actuel et qui n’augure pas de beaux jours.
Il apparait rapidement que ce n’est pas dans la dystopie et la science-fiction que Laurent Gaudé donne le meilleur, mais comme ces thèmes de prédilection (pouvoir-solidarité-inégalité) sont le fil de cette histoire, et que l’écriture de Laurent Gaudé porte le roman, on se laisse prendre.
Parallèlement à ses études, il commence à écrire. En 1994, âgé de 22 ans, il envoie un premier texte intitulé Une fille et trois garçons à Du théâtre, la revue qui le publie. Ce même texte, ajouté à deux autres, sera publié par Claude Lanzmann dans la revue Les Temps modernes.
En 2001, il écrit son premier roman Cris, un récit choral sur la guerre de 14-18, publié par Actes Sud. S’ensuivent des années où Laurent Gaudé écrit aussi bien des pièces de théâtre (Médée kali, Le Tigre bleu de l’Euphrate, Les Sacrifiées, Salina…) que des romans.
En 2002, La Mort du roi Tsongor, son deuxième roman, lui vaut d’être reconnu à la fois par le monde littéraire et par le grand public. Cité pour le prix Goncourt, il est récompensé par le prix Goncourt des lycéens et le prix des libraires. Deux ans plus tard, il remporte le prix Goncourt ainsi que le prix du jury Jean-Giono avec son roman Le Soleil des Scorta, également un succès de librairie (80 000 exemplaires vendus entre la parution du roman et l’attribution du prix Goncourt en 2004).
Dans les années qui suivent, tout en poursuivant l’écriture de romans (Eldorado, La Porte des Enfers, Ouragan, Écoutez nos défaites) Laurent Gaudé continue son travail pour le théâtre et développe de nouvelles collaborations avec d’autres formes d’art : photographie, musique, poésie, films…
Chant de l’Arctique est une saga en deux volumes. le premier volume s’intitule Lame de feu. L’action de ce roman se passe en territoire lapon ou sami aux confins de la Norvège, de la Finlande et de la Russie, plus particulièrement sur les rives du Varangerfjord.
Nous sommes en 1859. La guérisseuse Brita Caisa, étant tombée en disgrâce, doit quitter sa Finlande natale, Elle part avec ses deux enfants, Aleksi et Heikki, 11 ans et trois ans, conçus hors mariage. Elle remonte vers le Varangerfjord en espérant trouver un mari pour mettre ses enfants à l’abri du qu’en dira -t-on et de la famine qui sévit. Sur le chemin, la guérisseuse viendra en aide à tous ceux qui en ont besoin.
Lorsqu’elle rencontre Mikkel Aksa, elle sait qu’elle est au bout du chemin et qu’elle a rencontré l’homme qu’elle aimera. Mais Mikkel Aska est marié, sans enfant, avec Gretha. Dans cette société traditionnelle, l’adultère est passible de prison.
C’est un roman lent qui se déroule sur quatre années entre hivers rigoureux et étés aux bords du fjord à faire pâturer les rennes, à pêcher le saumon et le capelan, à récolter les pommes de terre et autres légumes. Les traditions du peuple sami sont bien décrites, tout comme la vie du petit peuple souterrain, qui sous-tend la vie de la guérisseuse Brite Caisa.
Les familles samis sont nomades et se déplacent selon les saisons.
J’ai trouvé que le roman était long avec une difficulté à bien cerner tous les personnages et familles, sachant que chaque personnage peut avoir plusieurs noms. Brita Caissa peut ainsi s’appeler aussi Priita Kaisa. Mikkel Aska peut aussi être connu comme Mikko ou encore Mikkel Riesto. Idem pour les villes : Vadsø peut être Ruija et Bugoynes peut être Pykeija.
Tout cela ne facilite pas la lecture. Une note de l’autrice en début d’ouvrage est censée nous aider. pas sûr de l’efficacité.
Née en 1974, Ingeborg Arvola a grandi à Tromsø, dans l’extrême nord de la Norvège. Fille de Liv Lundberg, poète, romancière et traductrice, elle s’est rapidement tournée vers l’écriture. Ses romans pour la jeunesse ont été récompensés par de nombreux prix littéraires.
Le sujet avait retenu mon attention : des temps immémoriaux, sûrement des territoires arctiques et une vieille chamane, Celle-qui-sait-les-herbes, qui veut transmettre son savoir à un disciple lors d’un grand voyage initiatique.
L’écriture, les longues phrases, le choix des mots, la méticulosité des descriptions m’ont dans un premier temps entraîné dans ses atmosphères arctique et chamanique. Et puis la lecture, le choix des mots sont devenus un exercice de style. L’histoire de transmission et le voyage se perdaient petit à petit derrière le vocabulaire très recherché, la circonlocution des phrases et l’emploi constant des conjonctions de coordination. À cela s’ajoutait un manque d’émotion et d’empathie autour des personnages.
Et toutes ces impressions mitigées se sont concentrées sur la fin du livre. Une fin du livre très rapide avec le besoin d’expliquer. Mais pourquoi vouloir expliquer des ressentis, une transmission. Le sentiment que l’auteur pense que ces lecteurs manquent d’intelligence du cœur et d’émotion. et de repenser qu’effectivement le livre de Marc Graciano est un exercice de style.
Déception.
Marc Graciano est un écrivainfrançais né en Dordogne le 14 février 1966. Marc Graciano publie en 2013 son premier roman, Liberté dans la montagne, en lequel Fabienne Pascaud voit « un texte envoûtant comme une hypnotique litanie, toute de mots rares et vieux, de répétitions et d’énigmes, de merveilleux et d’effroi ».
À propos de son deuxième roman, Une forêt profonde et bleue, Thomas Stélandre note dans Le Nouveau Magazine littéraire : « On ne sait si on est parachuté au Moyen Âge ou dans un monde mythique, mais l’on est d’emblée saisi par la beauté de décors sauvages et un défilé de scènes sans dialogues, décrites avec un soin extrême »
La maison vide est celle de la famille de Laurent Mauvignier. Cette famille au travers des générations a changé de nom : Proust, Chichery, Douet, Mauvignier.
Elle a été la maison de Jules, héros de 14-18, de l’arrière-grand-mère Marie Ernestine, de Firmin, de Marguerite, du grand-père André.
Une maison abandonnée et que va rouvrir le père de Laurent Mauvignier dans les années 1970. L’auteur est âgé de 7 ans. Ce père qui va se suicider quelques années plus tard, sans donner de raison. Laurent Mauvignier tourne autour de ce suicide sans en faire le centre de son roman.
le centre se situe dans cette maison vide. Il faut interroger les meubles, les objets, le marbre cassé, la Légion d’honneur, le piano. Il faut interroger les secrets, les vivants et les morts qui ont donné une âme à cette maison.
Par cette maison, Laurent Mauvignier va dire l’histoire de sa famille, une histoire faite de certitudes, de secrets et de non-dits. de pièce en pièce, la poussière a été mise sous le lit, des tiroirs n’ont plus de clés, les portes sont juste entrouvertes.
Alors d’une écriture ample, fine, juste, tout va s’éclairer petit à petit.
« D’un bout à l’autre d’un siècle trop court, ils sont posés l’un en face de l’autre, (Marie-Ernestine et le père de Laurent Mauvignier) se répondent, dialoguent par-dessus la béance que laisse Marguerite, fille de l’une et mère de l’autre. Moi, de mon côté de la rive du temps, j’aperçois tout ca comme le seul récit diffracté d’un monde dont la gloire a été – par la mort de Jules- le signe avant-coureur de la catastrophe familiale qui a nourri le récit qu’aujourd’hui quelque chose en moi cherche à comprendre, comme pour reconstituer le puzzle, vieux cliché que l’image du puzzle, mais limpide et évidente qu’elle s’impose avec une force telle que je refuse à la révoquer, oui, l’image d’un puzzle dans une histoire du temps que j’ai cherché depuis ce matin à reconstituer en retrouvant le certificat de Légion d’honneur dressé en 1920 sur lequel ont fait le panégyrique d’un Jules parmi les autres, mort dans la boue de la grande Guerre avec ces majuscules tonitruantes comme une charge de cavalerie. » (pages 23-24)
Ce que ne connait pas Laurent Mauvignier de l’histoire familiale, il va le reconstituer avec pudeur, justesse, violence parfois. Avec finesse, il va combler, les manques, faire remonter des douleurs, des absences, des rejets. Avec finesse, il met à jour une résilience et donne de la dignité à des souffrances tues.
Avec ce roman ample, Laurent Mauvignier perce les strates intergénérationnelles et fait surgir les drames familiaux enfouis dans la mémoire et la conscience. Il transforme les secrets et non-dits en nouvelle présence.
Cette reconstitution familiale nous touche car elle peut sûrement être notre . La famille est le creuset, des silences, des secrets et des absences recuites .
« …c’en nous laissant, nous, enfants et petit enfants d’une histoire dont nous ne connaitrons que l’écume, dans l’ignorance presque totale, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul témoin ou seulement des gens trop âgés ou frappés de cette maladie au nom allemand : Alzheimer. » (page 723)
Laurent Mauvignier est un écrivain français.
Issu d’un milieu modeste, il abandonne des études de BEP comptabilité pour entrer à l’École des Beaux arts de Tours en 1984. Il sera diplômé en 1991 dans le département Arts plastiques, puis s’inscrira à la faculté de Lettres Modernes, sans mener à terme ce nouveau cursus.
Son rapport à l’écriture commence alors qu’il est hospitalisé à l’âge de huit ans. Il reçoit un exemplaire d’ »Un bon petit diable », de la Comtesse de Ségur.
DJ Bambi est l’histoire d’un homme né soixante ans plus tôt qui s’est toujours senti femme. Elle a choisi le prénom de Logn qui signifie en islandais : absence de vent ou calme plat. Suite à son divorce et à un traitement hormonal, Logn attend d’être opérée du bas (quelle pudeur) afin d’avoir un corps qui lui corresponde vraiment.
À terme, elle souhaite prendre le prénom de sa grand-mère, Grudidur. Seul son jumeau Trausti la soutient, au contraire de sa famille qui la rejette.
Cette réalité, Logn, l’a tenue enfouie et a mis des années à l’accepter.
Après le rouge vif de la rhubarbe, c’est le deuxième roman d’Audur Olafsdottir que je lis. J’ai retrouvé la même poésie et la même empathie pour ces personnages. des personnages différents aux proies avec la reconnaissance.
Choisir le sujet transgenre n’est pas le sujet le plus simple à aborder. Pour le rendre quotidien et ancré dans la réalité Audur Olafsdottir nomme à l’infini les noms des rues, des plages, des caps, des lieux de Reykjavik, nous englobe dans le ciel, les étoiles et au plus près des goélands.
Pour déposer le sujet, elle choisit un personnage appelée Audur T. (étonnant !) qui interview Logn et veut en faire un livre.
J’ai ressenti durant cette lecture la difficulté qu’il y avait à traiter du transgenre et la difficulté de parler et de comprendre ce chemin de transition. Cela a été accentué par la réalisation ou non du livre d’Audur T. et d’un événement final.
Reste qu’Agustina dans le Rouge vif de la rhubarbe ou Logn dans DJ Bambi sont des personnes qui se tiennent droites, éminemment humaines. Il faut se rappeler qu’au départ Bambi parle de l’ostracisme fait aux juifs.
Logn, Agustina différents.
Auður Ava Ólafsdóttir est sans conteste la reine des lettres islandaises ! Depuis Rosa candida, le charme inimitable de ses romans tient peut-être à son talent sans pareil pour nous faire explorer les troublantes drôleries de l’inconstance humaine avec une poésie et un humour d’une grâce inégalable. Elle a reçu notamment les plus hautes distinctions nordiques, et le Prix Médicis étranger pour Miss Islande.
« Révélée au public français grâce à Rosa candida, l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir possède l’art de dire les choses compliquées avec des mots simples. Celui aussi de suggérer l’émerveillement devant le miracle quotidien de l’existence. » – Elena Balzamo, Le Monde des Livres.
ISBN : 978-2-843-04756 -5 Islande 1998 – France 09/2016
156 pages
Le rouge vif de la rhubarbe est un court roman, sensible, délicat et poétique se déroulant sur les terres islandaises.
Agustina a été conçue dans un champ rouge vif de rhubarbe. Un père de passage lors de l’escale d’un navire et absent à jamais. Une mère, scientifique de la migration des oiseaux, toujours aux quatre coins de la terre et qui n’existe que par des lettres.
Agustina vit auprès de Nina, une amie de sa mère.
Agustina est née avec des jambes de coton qui ne peuvent la porter et des béquilles sont ses meilleures amies.
Agustina a une vie horizontale, elle ne peut grimper, ou entamer des randonnées dans les paysages escarpés de son île. Elle a néanmoins un lien vertical avec les nuages, le ciel et Dieu.
Agustina a un rêve : atteindre le sommet de la Montagne, 844 mètres, afin de voir le monde de haut et de s’englober dans un paysage.
A partir des scènes du quotidien, autour de la cuisine, de la pêche, des rencontres, Audur Aya Olafsdottir va instiller une poésie et une tendresse autour d’Agustina, sirène ou ange.
Quand l’ordinaire de la vie et le handicap confèrent au merveilleux.
Auður Ava Ólafsdóttir est sans conteste la reine des lettres islandaises ! Depuis Rosa candida, le charme inimitable de ses romans tient peut-être à son talent sans pareil pour nous faire explorer les troublantes drôleries de l’inconstance humaine avec une poésie et un humour d’une grâce inégalable. Elle a reçu notamment les plus hautes distinctions nordiques, et le Prix Médicis étranger pour Miss Islande.
« Révélée au public français grâce à Rosa candida, l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir possède l’art de dire les choses compliquées avec des mots simples. Celui aussi de suggérer l’émerveillement devant le miracle quotidien de l’existence. » – Elena Balzamo, Le Monde des Livres.