Pas de lieu, pas de temps. La montagne et les fjords norvégiens.
Il y a un an, Kirsten Nesse, jeune bergère de 17 ans, s’est réfugiée dans la montagne après avoir tué un chasseur. C’est ce que l’on dit.
Un jour, Kirsten Nesse croise le chemin du garde champêtre. Elle lui demande de dire au pasteur de venir la rencontrer en montagne.
Pour partir à sa recherche, le pasteur Sebastian Ribe souhaite emmener avec lui Reidar Skarren, connu comme le Marginal ou le Montagnard. Chacun est attiré différemment par le divin. Pour le pasteur, la vocation religieuse, et pour Reidar Skarren, la dive bouteille !
Avec Cairns, Martin Baldysz nous délivre un récit court et concis, devenant de plus en plus sombre au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la montagne rocheuse, marécageuse et brumeuse. Aux prises avec une nature incarnée, la solitude de la montagne répond à la solitude de Kirsten, de Reidar et du pasteur. Cette nature incarnée, les elfes, les trolls et Huldra, femme mythique à la queue de vache, révèlent les tourments de chacun et les vérités cachées.
Dans ce monde de brumes et de tourments, le cairn reste un point, une bouée, un horizon, un repère. Mais n’est-il que pierre ? Dans ce monde de brumes et de montagnes, l’animisme est maître.
En lisant ce roman, résonnent les moments d’un autre roman magnifiant la montagne et les mythes : le chant des pentes de Simon Parcot. Derrière le sombre et le tragique, il y a toujours et encore la beauté de la nature, cette nature incarnée.
« En goûtant le breuvage, les yeux clos, il eût l’impression de tomber dans un buisson de genévriers, comme lorsqu’il était enfant. Un goût poivré se répandit au fond de lui, une odeur de mousse et de terre retournée. Puis l’odeur d’un cheval marchant d’un pas lourd dans une neige épaisse.
Connaissez-vous le Pays Arrière ? Un bout de terre entre forêts, montagne et les méandres paresseux du fleuve Basilic. Dans ce bout de terre, un village, La Foye, et l’un de ces hameaux, Les Montées.
Les Montées, trois maisons. La première pour Rose l’herboriste guérisseuse et Bran, la deuxième pour Léon et Ambre, la troisième pour Eugène, Aelys et leurs trois enfants Germain, Artaud et Mayeul.
Aelys et Ambre sont jumelles et, malheureusement, elles n’ont pas choisi l’homme qu’il fallait.
Le pays Arrière n’a pas d’âge. Des indices, pourtant, On travaille la terre à la bêche, on meurt de famine, la peste arrive aux portes des villages. Et puis il y a des seigneurs et maitres. Les seigneurs Ambroisie père et fils règnent sur le Pays Arrière et Ambroise fils ne lésine pas sur les moyens.
Ambroisie, comme le nom est bien choisi ! Ambroisie, plante opportuniste envahissante dont le pollen est hautement allergisant pour l’homme. (Et surtout pour la femme !)
Les Ambroisie père et fils font plus qu’être envahissants. Tout leur appartient : les terres, les récoltes, les hommes et les femmes. L’injustice se conjugue à tous les temps de l’indicatif.
Et puis un jour surgit Madelaine, l’enfant de la faim, l’enfant de la révolte. Recueillie dans un premier temps par Rose et Bran, elle va s’intégrer dans cette nouvelle famille.
Et Madelaine n’est pas comme les autres. Elle est libre, animale, passionnée et vivante.
L’écriture de Sandrine Collette magnifie ce conte rural et paysan d’une grande actualité. le patriarcat, le consentement, la culpabilité, la place des femmes sont la trame de ce conte.
Pour cela, Sandrine Collette prend son temps. Elle installe ces personnages, décrit cette nature belle mais aussi hostile. Et la vie qui crie famine. Et la vie rude des paysans. Et la mort. Et la vie.
Et pour dire l’indicible, Sandrine Collette n’emploie que quelques mots. A-t-on bien compris ? A-t-on bien lu ? Qu’en pensez ? Et puis quelques pages plus loin, l’explication arrive. On avait bien lu et compris.
Cette lenteur des saisons et du travail paysan donne du sens aux dernières 50 pages quand la tragédie advient.
50 pages magistrales qui referment ce roman sombre, rêche et âpre.
Reste Madelaine avant l’aube. Mais il adviendra l’aube comme tous les jours. Comme tous les jours, la lumière remplace les ténèbres. Un peu d’espoir tout de même.
Sandrine Collette, née en 1970 à Paris, est une figure incontournable de la littérature française contemporaine. Elle se distingue par ses romans noirs et ses thrillers psychologiques.
Elle suit un parcours académique brillant. Après avoir obtenu un baccalauréat littéraire, elle poursuit ses études avec un master en philosophie. Passionnée par les sciences humaines, elle décide de se spécialiser en science politique et soutient une thèse en 1999 intitulée “De la loterie nationale à la française des jeux (1933-1998) : contribution à une sociologie de l’état moderne”.
Sandrine Collette fait une entrée remarquée dans le monde littéraire avec son premier roman, Des nœuds d’acier, publié en 2013. Ce thriller psychologique, qui raconte l’histoire d’un homme emprisonné et torturé par deux frères, remporte le Grand prix de littérature policière et le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne.
Elle enchaîne avec Un vent de cendres en 2014, un roman qui revisite le conte de La Belle et la Bête dans un cadre de vendanges en Champagne. En 2016, elle publie Il reste la poussière, qui lui vaut le Prix Landerneau du polar. Son huitième roman, Et toujours les forêts, une fiction post-apocalyptique, est récompensé par le prix de La Closerie des Lilas, le prix Amerigo Vespucci et le grand prix RTL-Lire en 2020.
Parmi ses œuvres marquantes, on trouve également On était des loups, publié en 2022, qui lui vaut le prix Jean Giono et le prix Renaudot des lycéens. Sandrine Collette continue d’explorer les recoins sombres de l’âme humaine avec une plume incisive et poétique.
Madelaine avant l’aube, publié en 2024 plonge le lecteur dans l’univers rural du Morvan, où les secrets de famille et les drames personnels se dévoilent au fil des pages. Madelaine avant l’aube est finaliste la même année au prix Goncourt et au Prix Goncourt des lycéens qu’il remporte.
Sandrine Collette est une auteure dont les récits captivants et les personnages complexes, combinés à son talent littéraire, fait d’elle une figure incontournable de la littérature contemporaine.
Zizi Cabane est un roman poétique qui tire vers le conte. La maman de Zizi Cabane a disparu. Odile n’est plus là. On ne sait pas plus de cette disparition comme Zizi qui a quatre ans. Zizi est entouré de son papa, Ferment et de ses frères Béguin et Chiffon ( des surnoms relevant les identités ) Comme dans son livre précèdent, de pierre et d’os, Bérengère Cornut oblige ses personnages à s’inventer une vie. Et cette vie à inventer est toujours proche des éléments naturels. Odile devient O et eau, cascade, rivière. Ce roman nous parle de deuil, de disparition mais aussi et surtout d’amour familial et de fratrie. Il faut se laisser surprendre et savoir garder son âme d’enfant. L’écriture de Bérengère vous emporte par sa sensibilité et les émotions vous transportent
Bérengère Cournut écrit sous des formes diverses depuis l’âge de vingt ans.
Ses premiers livres exploraient essentiellement des territoires oniriques, où l’eau se mêle à la terre (L’Écorcobaliseur, Attila, 2008), où la plaine fabrique des otaries et des renards (Nanoushkaïa, L’Oie de Cravan, 2009), où la glace se pique à la chaleur du désert (Wendy Ratherfight, L’Oie de Cravan, 2013).
D’une autre manière, Bérengère Cournut a poursuivi sa recherche d’une vision alternative du monde :
– en 2017, avec Née contente à Oraibi (Le Tripode), roman d’immersion sur les plateaux arides d’Arizona, au sein du peuple hopi ;
– en 2019, avec De pierre et d’os (Le Tripode), roman empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, qui nous plonge dans le destin solaire] d’une jeune femme inuit. Pour ce dernier ouvrage, qui se vend à plus de cent mille exemplaires, elle remporte le prix du roman Fnac2019.
La vallée du Vénéon en Isère a connu récemment des inondations qui ont emporté le village mythique de l’Oisans : La Bérarde au coeur de l’Oisans et des Ecrins. Mais cette magnifique vallée a gardé en son sein deux écrins : le premier est bien connu : Jean Marc Rochette , le dessinateur, l’alpiniste , le créateur du Transperceneige , d’Ailefroide, le loup, et la dernière reine. Le deuxième va vite être connu. Il s’agit de Simon Parcot, 29 ans, philosophe des sentiers. Sont roman , le chant des pentes est une réussite totale. S’appuyant sur les chants sifflés du village d’Aas dans les Pyrénées et sur les chemins des Ecrins, il nous livre un conte pastoral bouleversant. Mais n’est ce qu’un conte ? Comme tout les contes celui-ci a vocation à dire les choses secrètes, à dire la fantasmagorie et le lien à la nature. Dans un village de montagne une jeune fille Gayané ne parle pas comme la plupart des enfants.. A la suite d’un rêve, Gayané décide de partir du village et de rejoindre l’alpage du grand Lac par delà les fôrèts. Les villageois ne vont plus à l’alpage car ils pensent qu’il est hanté par des êtres siffleurs et des personnages mi- humains et mi-vautours. Pour ce voyage initiatique Gayané sera accompagnée par Hélias, son ami interprète, Manolios le doyen des bergers et La Mule une contrebandière. Le chant des pentes est un récit de transmission, de langue, d’animisme, de résilience mais aussi d’esprit. L’écriture de Simon Parcot nous entraine en forêt, dans les alpages, au coeur de la montagne Lumineuse. C’est doux, c’est violent, parfois angoissant. Il faut accepter de lâcher prise et d’arpenter les chemins de montagnes avec des êtres habités par la nature et en symbiose avec celle-ci jusqu’à cette langue sifflée qui irrigue le roman. Ensuite il sera temps pour chacun de faire sien, le conte et de s’en imprégner.
Simon Parcot est écrivain et philosophe de sentiers.
Jeune, il voyage fréquemment dans le Caucase, les Balkans ou l’Afrique du Nord. Il expérimente le désert, de feu d’abord (Sahara), de glace ensuite (Spitzberg – Pôle Nord). Plus tard, il découvre le Brésil, la folie de l’Inde, la rudesse de l’Himalaya (Népal). Il use aussi ses semelles sur les sentiers d’Europe (Chemins de Compostelle, chemin de Stevenson, Tour de l’Oisans).
Après une expérience en tant que professeur de philosophie, il décide de revenir à la montagne, et d’habiter dans le massif des écrins. Là-bas, il se consacre à l’écriture et invente les « balades-philo », des initiations ambulantes à la philosophie.
Histoire d’une baleine blanche est mon premier pas dans l’univers de Luis Sepulveda. C’est un premier pas très engageant que de cheminer le long de la côte chilienne vers Puerto Montt. Vous pourrez y rencontrer des pêcheurs qui respectent la baleine morte. Ils l’entraîne en pleine mer,la vide et la laisse s’enfoncer en pleine mer. Ces pêcheurs et leurs familles sont des lafkenche, des gens de la mer. Un petit lafkenche est triste à cause de la baleine. Il nous tend une coquille de loco, coquillage très apprécié. Mettez la coquille contre votre oreille et la baleine vous parlera. ….Et la baleine à parlé. Elle a parlé de l’homme, des fonds marins, de son monde et de ce qu’elle a appris de l’homme, de ses raisons. Elle nous parle de ses congénères et des baleiniers. Elle nous parle de son paradis, l’île Mocha. La baleine nous raconte des histoires au Sud du monde, mais elle raconte aussi notre monde. Le tout est sublimé par les dessins en noir et blanc de Joëlle Jolivet. Un conte, une réflexion au pays lafkenche entre baleines et vieilles femmes. Un moment suspendu…