
Quel livre étrange qui nous invite au pas de cÎté et au lùcher prise.
Quel livre Ă©trange oĂč une femme est commandante d’un cargo sur lequel elle dirige 20 hommes .
Ce cargo de containers relie l’Europe aux Antilles.
L’habitude du trajet , chacun Ă son poste .
Et puis la demande incongrue des 20 hommes de bord : se baigner au milieu de l’OcĂ©an. Et la commandante dit oui. le pas de cĂŽtĂ© .
Le pas de cĂŽtĂ© d’une commandante qui accepte la demande incongrue.
Le pas de cĂŽtĂ© d’une baignade dans un ocĂ©an de vagues et d’inconnus
le pas de cĂŽtĂ© d’un cargo que l’on arrĂȘte dont on coupe les radars et que l’on fait disparaitre temporairement.
La commandante n’est plus commandante. Les hommes ne sont plus marins . le cargo est Ă l’arrĂȘt.
Tous ont ralenti le temps de ce qu’ils sont . Ils ont acceptĂ© de lĂącher prise.
Et ce lùcher prise ouvre sur la poésie, le mystÚre, le vertige.
Sont ils rĂ©ellement 20 marins qui vont se perdre dans une brume inattendue s’Ă©tendant sur le Tropique ,
Comment envisager qu’un cargo prenne son indĂ©pendance et dĂ©cide de ralentir.
Ralentir , prendre du temps, le leitmotiv de ce court roman dense comme cet océan, ce cargo et cette vie de marin.
un joli moment de lecture.

AprĂšs des Ă©tudes de lettres modernes et d’arts du spectacle, Mariette Navarro est formĂ©e en tant que dramaturge à l’Ă©cole du Théùtre national de Strasbourg (2004-2007).
Elle est d’abord dramaturge auprĂšs de Dominique Pitoiset au Théùtre national de Bordeaux en Aquitaine pour la crĂ©ation de Qui a peur de Virginia Woolf ? dâEdward Albee (2009) et Mort d’un commis voyageur dâArthur Miller (2010), auprĂšs de Matthieu Roy pour Qui a peur du loup ? de Christophe Pellet (2011) et auprĂšs de Caroline Guiela Nguyen pour Se souvenir de Violetta (2011), Elle brĂ»le (2013) et Le Chagrin au Théùtre national de la Colline.
Mariette Navarro travaille comme dramaturge pour diffĂ©rents théùtres et compagnies, fait partie de comitĂ©s de lecture, et du collectif d’artistes de la ComĂ©die de BĂ©thune depuis 2014. Elle est associĂ©e aux ScĂšnes du Jura (scĂšne nationale) pour la saison 15-16, et au théùtre de l’Aquarium pour la saison 17-18.
Elle co-dirige la collection Grands Fonds chez Cheyne éditeur.
Elle intervient rĂ©guliĂšrement dans les Ă©coles supĂ©rieures dâart dramatique (ENSATT, ESAD, CNSAD).
Elle écrit notamment pour les metteurs en scÚne Matthieu Roy (ProdigesŸ), Caroline Guiela Nguyen (Elle brûle), Anne Courel (Les feux de poitrine) François Rancillac (Les hérétiques), HélÚne Soulié (Scoreuse) , et la chorégraphe Marion Lévy (Les Puissantes, Et Juliette, Training)..
Extraits d’un interview de Mariette Navarro sur France Culture
« La notion du temps est un sujet qui mâobsĂšde et qui fait que, jâaurais trĂšs bien pu faire ce voyage en cargo  et ne pas Ă©crire dessus, il nây avait aucun enjeu documentaire, mais lâidĂ©e du temps quâon peut voler Ă nos quotidiens, aux injonctions, le temps de prĂ©sence Ă bord dâun bateau fait tout disparaĂźtre : on nâa plus de rĂ©seau, plus accĂšs aux bombardements dâinternet, et finalement, deux semaines Ă bord dâun cargo, câest comme une retraite dans un monastĂšre. »Â
« Au dĂ©but lâimpulsion premiĂšre de lâĂ©criture du livre, le premier personnage qui apparaissait, Ă©tait ce collectif dâhommes qui se jetait Ă lâeau, cette image de libertĂ© absolue : on plonge, et on plonge ensemble. Mais trĂšs vite, jâai eu lâintuition quâil y avait quelquâun au-dessus de ces hommes, et qui regardait cette scĂšne, mais je ne savais pas qui. Puis, jâai pris la dĂ©cision, de façon plus consciente, que ce serait une femme. Jâavais envie, comme premier dĂ©calage par rapport Ă la rĂ©alitĂ©, de faire que le commandant du bateau soit une femme, et cela a changĂ© tout lâimaginaire du texte, en redistribuant les cartes des relations de pouvoir, de travail, et de dĂ©sirs. »
Je note ce livre pour son histoire si originale.
Merci
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