Tous les articles par alain deroubaix

La guerre en soi de Laure Naimski .Belfond 💛💛💛

La guerre en soi par Naimski

Ce roman court de 136 pages vous attrape et ne vous lâche plus.
Louise ,56 ans, est dans le cercle des boit-sans-soif
« Louise, pourriez-vous nous en dire un peu plus ? Vous savez que vous pouvez être en confiance ici. Tout le monde est bienveillant  »
C’est un homme en blouse blanche qui la interpellé
et Louise de répondre :
« Mons fils est mort . Il avait vingt sept ans, bientôt vingt huit ».
Louise se tient debout dans le cercle
L’homme en blouse blanche en attend encore
« Comment s’appelait votre fils ?  »
Paul , le fils de Louise s’appelle Paul , et ce court roman sera la quête , la recherche d’une mère.
comment a t’elle pu s’éloigner de son fils, comment n’a t’elle pas perçu l’éloignement progressif de Paul.
La guerre en soi est un roman qui porte bien son nom.
Le corps , l’âme de Louise est en guerre contre les autres, contre elle même.
La relation avec le père , la mère , le mari Aurélien ou le frère Mathieu sont autant de marqueurs qui l’entraîne vers les confins sournois de l’alcool.
Et puis il y a Paul , ce fils unique , si loin et si proche
Ce fils qui décide d’aider les migrants , et dont la vie côtoie les hors la loi.
Louise cherche un coupable.
Le migrant est tout trouvé. Mais ce coupable n’est il pas au fond d’elle même.
Dans un style hâché, percutant Laure Naimski nous entraîne loin dans les recoins de l’âme de Louise.
Un livre dérangeant , noir.

 

La guerre en soi de Laure Naimski. 136 pages

Baptêmes du feu de Danièle Henky. Editions Weyrich 💛💛💛

Baptêmes du feu par Henky

Ce roman se passe entre 1912 et 1918 et mélange deux histoires , l’une fictionnelle et l’autre réelle et historique.
L’histoire fictionnelle nous met en présence d’une famille bourgeoise de Bruxelles.Charles Delahaye architecte, est marié à Marie Louise. Ils ont 5 enfants.
Parmi ces enfants Mathilde et Clotilde dont nous suivrons plus particulièrement l’histoire. Leur histoire étant très différente . L’ une Mathilde restant dans le sillage de la famille bourgeoise, l’autre Clotilde quittant la famille, cherchant une émancipation par le travail et le mouvement féministe naissant.
L’histoire réelle ,elle, nous met en présence de Guillaume Apollinaire au moment de sa rupture avec Marie Laurencin. Elle nous parlera de ses amours , de ses poèmes et surtout de son amour pour la France , lui qui est apatride.
Ces deux histoires se télescopent uniquement à la fin du roman.
Ces deux histoires se situent dans la période de la première guerre mondiale.
Le roman est de lecture facile et aborde bon nombre de sujets de cette période : l’émancipation féminine , l’horreur des tranchées ,la culture à travers la vie de Guillaume Apollinaire.
Malheureusement, ces sujets ne sont pas approfondis, et l’on retrouve dans le texte de Danièle Henky un fond universitaire que lui confère son métier .
De même j’attendais plus de la rencontre entre Guillaume Apollinaire et Clotilde.
Or celle-ci n’a lieu réellement que dans les dernières pages du livre et ne donne pas lieu à un développement de l’histoire.
Par contre j’ai beaucoup apprécié la lecture des poèmes de Guillaume Apollinaire mis en résonance avec le fil du roman.
En synthèse un bon moment de lecture , mais souvent convenu et manquant de développement .

Salina – les trois exils. Laurent Gaudé. Actes Sud 💛💛💛💛💛

Salina : les trois exils par Gaudé

Livre admirable , captivant, puissant fait de lumière, de cris , de poussière et de grandeur d’âme.
Comme toujours Laurent Gaudé sait être envoûtant, déchirant. dès les premières lignes vous êtes emporté par la puissance , le souffle, la beauté de l’écriture de Laurent Gaudé.
Le désert, l’Afrique, les clans , les hommes ,des guerriers, les femmes maternelles mais guerrières vous attrapent et ne vous lâcherons plus..
Afrique sûrement ,intemporelle non située. L’imaginaire . le fantasmagorique.
Tel un griot , Laurent Gaudé permet à Malaka de nous conter l’histoire de Salina
Salina ,la mère aux trois exils.
Malaka est son dernier fils et Il va nous raconter la vie de Salina.
Il ne va pas raconter qu’à nous lecteurs , il va raconter aussi Salina à des hommes , des femmes , des enfants qui sont venus l’accompagner pour emmener Salina dans l’ Île Cimetière.
C’est un conte , de vie , de mort , de transmission.
Laissez vous emporter sur la route des trois exils de Salina.
Sa voix porte encore et toujours dans les vents et les sables du désert.
Une voix forte , vengeresse ; une voix juste , une voix de femme qui est restée digne et que son fils Malaka donne au monde.
Et il la donne au monde dans la belle écriture de Laurent Gaudé , magnifiant ces barques , ces hommes et femmes qui viennent écouter le récit de la vie de Salina et qui par leurs présences ouvre la porte de l’immortalité à la femme aux trois exils.
Magnifique Laurent Gaudé !

Salina- les trois exils. Laurent Gaudé . 149 pages

Le Sillon de Valérie Manteau. Editions Le Tripode 💛💛💛

 

Le sillon par Manteau

 

 

Quel livre déroutant ! La fiction rejoignant la réalité.  Et pour dérouter encore plus , le style de Valérie Manteau enfonce le clou. Des phrases sans ponctuation, des personnages en veux tu en voilà,  des noms turcs,kurdes,arméniens et puis le dédale d’Istanbul,ces quartiers européens ou asiatiques, la traversée quotidienne du Bosphore ou de la Mer de Marmara.
Je me suis perdu dans ce livre qui paraît foutraque, mal maîtrisé .
J’ai pensé laisser tomber.
De prime abord je n’ai pas compris que le sillon est reçu le Prix Renaudot.
Et puis je suis allé au bout de cette plongée dans Istanbul et dans la Turquie d’aujourd’hui.
Tout cela à infusé.
Et en définitive le suis tombé sous le charme du Sillon de Valérie Manteau.
Ce livre est à l’image de ses villes arabes avec leurs souks, leur médina .
on a du mal à  s’orienter,à comprendre le cheminement de ruelles , on est submergé par les odeurs , la langue arabe.
On ressort de ces villes tout bizarre, sans tout comprendre ce que l’on a vécu
Et pourtant le temps passant, il reste une nostalgie de ses médinas, de ces ambiances. Peut être  un besoin impérieux d’y retourner pour retrouver cette ambiance.
Le  sillon m’a laissé la même impression. le livre est complexe, déroutant comme l’époque ou il est écrit et comme la situation de la Turquie.
Et puis l’auteure narratrice est ,elle aussi, déroutée, interrogative, à  la recherche d’une compréhension de cette Turquie du 21ème siècle.
Ce pays aux confins de l’Europe et de l’Asie, au prise avec une dictature rampante.
Qu’en est il des peuples qui ont peuplé ces territoires: Arméniens, Kurdes, Syriens, Turcs.
La Turquie se ferme, se rabougrit, exile ses contestataires,  les emprisonnent ou les tuent.
C’est cela que nous raconte le sillon en prenant comme figure de proue Hrant Dink journaliste arménien assassiné en 2007 devant son journal Agos ( le sillon en arménien )
Hrant Dink était un homme de pays défendant aussi bien les Arméniens que les Kurdes
C’est dans ses pas que va marcher Valérie Manteau alors que la France est marqué par l’attentat de Nice et la Turquie par la tentative de coup d’État de juillet 2016.
Elle va rencontrer Asli Erdogan, écrivaine qui dénonce le régime autoritaire turc et prend position en faveur des kurdes. Ce qui lui vaudra 6 mois de prison et sous la pression internationale, une libération.
Mais Asli Erdogan comme beaucoup d’autres prendra le chemin de l’exil
Après la lecture de le Sillon il est salutaire de lire ou relire Le silence même n’est plus à toi d’Asli Erdogan ,recueil de ses chroniques dans le journal pro kurde Ozgur Gundem
Cela resitue le livre de Valérie Manteau et la profondeur de celui ci.

L’Arbre Monde de Richard Powers. Cherche Midi 💛💛💛💛

L'Arbre-Monde par Powers

Il est difficile de résumer le dernier livre de Richard Powers : L’arbre monde.
C’est un hymne , une symphonie en l’honneur de l’arbre.
Je reprends volontiers ce que dit l’un des personnages de ce roman :
 » Vous et l’arbre de votre jardin êtes issus d’un ancêtre commun.Il y a un milliard et demi d’années, vos chemins ont divergé. Mais aujourd’hui encore,après un immense voyage dans des directions séparées, vous partagez avec cet arbre le quart de vos gênes  »
Pour nous emmener dans son roman , Richard Powers va découper celui-ci en 4 parties bien distinctes : Racines – Tronc- Cîmes et Graines.
Ce découpage peut paraître « simplet » quand on parle des arbres.
Au contraire il représente bien la réalité de notre monde végétal et de notre monde humain et que ces deux mondes sont liés inextricablement.
Dans la partie Racines, Richard Powers va nous présenter ces différents personnages. Ils sont au nombre de 9.Ils vivent aux Etats unis.
Pour chacun un chapitre sous forme de nouvelle. La nouvelle se suffit à elle même
Chaque personnage est évoqué à travers ses rapports à l’arbre et au monde végétal.
Parmi ces personnages ,le descendant d’une famille norvégienne qui planta le premier châtaignier dans l’iowa, un ancien du Vietnam qui replante à tour de bras , un geek devenu infirme suite à une chute d’un arbre , une scientifique mis au ban de sa communauté car elle a osé proférer que les arbres parlent , une étudiante à la libido exacerbée dont des voix l’incitent à rejoindre une forêt primaire de séquoias. enfin un psychologue et un spécialiste de la propriété intellectuelle.
Ces personnages représentent les racines de l’histoire que va nous raconter Richard Powers.
Avant 1492 le territoire de l’Amérique était recouvert de quatre grandes forêts primaires. Celle-ci aujourd’hui ne représente plus que 2% du territoire.
Cette forêt primaire se trouve maintenant à l’Ouest des Etats Unis en Californie et dans l’Oregon. Elle est composée d’immense séquoias et de tout leurs éco-système.
Cette forêt primaire est en grand danger du fait de l’industrialisation, du réchauffement climatique.
et c’est autour de ces grands arbres que vont venir de façon intermittente ou continue les 9 protagonistes de cette histoire.
Ils vont faire TRONC pour rassembler ces racines.
Un tronc qui peut être pacifique mais qui est souvent violent et militant.
Selon leur vie , leur état d’esprit ces neufs protagonistes vont irriguer ce tronc. Des fois positivement , mais aussi négativement.
Les combats contre la loi , la désobéissance civile ne sont pas toujours suivis d’issues heureuses.
Et du Tronc ils vont pouvoir pour certains atteindre la cime et grainer.
Quelles graines vont ils pouvoir faire naître. Des graines d’optimisme ou juste des graines pour maintenir un statu quo.
Ce livre de Richard Powers est dense et mérite une attention de tous les instants.
le voyage est long ,parfois ardu mais il nous permet de changer notre regard sur les arbres et notre relation à la nature.
il est temps de prendre conscience que nous ne sommes pas seuls et que sans être des humains il y a des créatures pensantes.
Ce roman ne parle que de relier . A travers les racines pour les arbres , à travers la nature pour les hommes.
Comme l’a dit Richard Powers dans une interview : » Mon livre pose cette question : à quoi ressemblerait la vie si nous posions un regard sur le monde naturel ».
Voila qui est remarquablement fait.
On ressort de ce livre transformé , ouvert au questionnement.
Pour reprendre Richard Powers : »Un livre n’est pas fait pour confirmer ce que nous savons ou ce que nous croyons »
Le pari est réussi.

L’Arbre monde de Richard Powers. 531 pages

 

Ailefroide Altitude 3 954 de Rochette. Casterman 💛💛💛💛

Ailefroide : Altitude 3 954 par Rochette

Quelle belle autobiographie graphique !
Dans une première vie Jean Marc Rochette a été un grimpeur , un alpiniste émérite. Jusqu’à l’âge de 20 ans Jean Marc Rochette avait une passion exclusive : la montagne – la grimpe dans le Massif de l’Oisans au Sud de Grenoble et avait une obsession : atteindre le sommet d’Ailefroide à l’altitude de 3 954m.
Jean Marc Rochette a un autre talent : le dessin, la peinture , le pastel et l’aquarelle.
C’est à travers ce talent qu’il va se réaliser et être connu auprès des aficionados de la BD.
Sa BD Transperceneige est une référence , tout comme ses collaborations avec Martin Veyron.
Et dans cette BD Ailefroide Altitude 3 954 Jean marc Rochette allie ses talents d’alpiniste et de dessinateur.
En 284 pages de cette autobiographie graphique, Jean Marc Rochette nous retrace sa jeunesse à Grenoble et dans le Massif de l’Oisans.
L’atmosphère de Grenoble est plutôt grise tout comme la vie de Jean Marc Rochette. La mère de Jean Marc emmène régulièrement son fils au Musée de Grenoble. Celui ci est subjugué par une toile de Soutine: le boeuf écorché.
Mais ce qui le subjugue c’est la montagne et la grimpe.
Il va tout faire pour se défaire de la gangue du Lycée Champollion et partir grimper avec son copain Philippe Sempé. D’abord quelques falaises autour de Grenoble à Fontaine et puis rapidement l’Oisans avec un périple en mobylette.
Une adolescence entre lycée et montagne , toujours en insouciance. Insouciance qui ne convient pas toujours à la montagne.
A travers des dessins où domine le bleu du ciel et le noir des rochers et des falaises Jean Marc Rochette va nous conter les amitiés , les cordées , la beauté des montagnes mais aussi nous parler des anciens , de ces alpinistes qui ont ouvert les voies.
Et puis il nous parle avec émotion de tous ces ces sommets de l’Oisans , de la Bérarde, du Pré de Madame Carle des refuges au nom mythique : Temple – Promontoire – Aigle.
Il nous rappelle que la montagne est surtout une histoire d’hommes , de cordée , d’amitié ,de souffrance.
Et alors le lien s’installe ente la peinture de Soutine « le boeuf écorché  » et ces corps qui peuvent être abîmés par la montagne.
Et puis son autobiographie graphique devient recherche : être guide , devenir dessinateur. Que recherche t-il au milieu de ses sommets de l’Oisans.
Le bleu et le noir des dessins se font de plus en plus profond.
Le danger de la montagne , la perte des êtres se font prégnants.
Habitant la région de Grenoble et étant de la génération de Jean Marc Rochette , on ne peut qu’être touché par cette histoire.
J’ y retrouve les accents de la jeunesse estudiantine de Grenoble , piolets ou skis toujours à portée de sac à dos.
J’y retrouve la beauté des sommets de l’Oisans , ce massif éloigné de tout.
J’y retrouve l’insouciance des années 1970 et une grande liberté .
Beau et grand récit initiatique.

Ailefroide. altitude 3 954 de Jean Marc Rochette. 284 pages.

Maîtres et esclaves de Paul Greveillac. Gallimard 💛💛💛

Maîtres et esclaves par Greveillac

J’ai entendu parler de Maîtres et esclaves de Paul Greveillac à l’occasion des listes pour le Goncourt.
De plus le sujet traité, la Chine des années 50 à 80, m’intéressait diablement.
Je ne suis pas déçu de m’être lancer dans la lecture de ce roman.
Il s’agit d’une fresque de la Chine qui correspond bien au sujet du roman
Ce roman embrasse la vie politique chinoise par la propagande et la peinture officielle du régime.
Ces peintures sont souvent immenses, très réalistes et littéraires pour représenter le pouvoir.
Le livre de Paul Greveillac est à l’image de ces peintures : réaliste , historique, photographique, un peu convenu.
Peu d’émotion émane de ces fresques comme du roman Maîtres et Esclaves. C’est un constat.
A partir du personnage de Kewei, fils de paysan du Sichuan au pied de l’Himalaya, Paul Greveillac va nous raconter la transformation politique de la Chine depuis les gardes rouges, Mao, la révolution culturelle mais aussi la collectivisation des terres ,la délation ,l’enfermement ou encore la répression et la rééducation.
Kewei à des dons pour le dessin, la peinture.
C’est à partir de ce don que Paul Greveillac va construire l’histoire de Kewei et son ascension sociale et politique.
Du Sichuan aux Beaux arts à Pékin, Kewei va développer son art et côtoyer le pouvoir chinois.
Devenu membre du parti communiste, il deviendra peintre du régime.
Cette ascension sera longue,douloureuse et sera rattraper par l’histoire.
Cette fresque sur 30 ans nous permets de vivre les grands soubresauts de l’empire du Milieu.
Maîtres et esclaves est plus qu’ un bon roman historique .
Sa description du peuple du Sichuan, de Pékin est remarquable. Tout comme la description des arcanes du pouvoir et des maîtres de la Chine.
Son parti pris de resserrer le roman autour de Kewei et de ces 3 femmes (mère femme et amante ) permet de mieux comprendre la condition feminine.
Mais au final il manque d’une flamme qui vous emporte.

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu . Actes Sud 💛💛💛💛💛

Leurs enfants après eux par Mathieu

Quelle belle idée  que le titre du roman de Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux
Qui sont ces enfants , qui sont  » eux » ?  Les enfants , eux, peuvent être intervertis  tout comme les années   : les années  60, les années  1990 ou encore maintenant en 2018.
Nicolas Mathieu à choisi quatre étés: 1992 ,1994, 1996,1998.
Mais son histoire est universelle et pourrait très bien se déroulait en 2018 , dans ces territoires loin de Paris, ou dans les périphéries urbaines.
Nous sommes donc en 1992, dans une vallée  de L’est de la France. Certainement dans le bassin sidérurgique au Nord de Metz, entre Lorraine et Luxembourg.
Anthony à 14 ans et avec son cousin, par désoeuvrement,  ils volent un canoë et vont traverser un lac pour rencontrer et défier les interdits sur la plage des culs nus.
A partir de cet événement,  Nicolas Mathieu va nous faire découvrir en quatre étés,  la vie d’une vallée,  d’une jeunesse, d’un monde du travail  et aussi la fin des utopies.
Par son écriture et son style, Nicolas Mathieu nous ancre dans la peau de ces personnages,  dans cette vraie vie, loin de Paris et la mondialisation
C’est terre à terre, charnel, sans équivoque.
Anthony , son cousin ,Hacine , Steph ou encore Clem sont les visages de cette jeunesse qui se fracasse contre le mur de cette vallée  qui se meure par manque de travail, par manque de considération.
Cette jeunesse qui se cherche et se perd dans la drogue , les petits boulots , les bals et les cuites du samedi soir.  Mais en définitive une recherche de soi, d’un éventuel ascenseur social.
Mais il n’y a pas que la jeunesse . Les adultes sont aux prises avec des tourments identiques.
C’est aussi dans l’alcool, la violence qu’ils pensent pouvoir résoudre ces tourments
Ce mal être est superbement rendu par le texte de Nicolas Mathieu.
Une écriture populaire, des mots simples nous plongent au coeur de ces jeunes,  de leurs parents
Aucun voyeurisme,  juste l’envie de vivre, d’exister.
Ces quatre étés font évoluer cette jeunesse, de l’adolescence à l’orée du monde adulte.
Une adolescence faite de rêves mais vite rattrapée par les contingences  de cette vallée.
Qu’il est difficile de s’extraire de son milieu, que l’on soit jeune ou adulte. Et en à t on réellement l’envie et la force?
Nos liens familiaux,  sociaux forment un déterminisme  qu’il est compliqué de transcender.
C’est en cela que le livre de Nicolas Mathieu est universel.
Cet état de fait qu’il situe en 1992 dans une vallée lorraine , est tout aussi prégnant aujourd’hui   dans cette vie peri- urbaine et pavillonnaire.  le parallèle avec le mouvement des Gilets Jaunes est manifeste.
Ce mouvement qui fait rejaillir des rêves,  des utopies qui ont 40 ans et qui  devaient traverser Anthony, Hacine, le cousin ou encore Hélène et Patrick.
Rien est réglé  et c’est pour cela que le titre du livre de Nicolas Mathieudoit résonner au fond de Nous.
Leurs enfants après eux  sous entend nos enfants après nous.
C’est un grand livre politique dans le sens noble du terme .
Nicolas Mathieu nous parle de la cité,  des relations sociales,  de nos rêves et utopies.
Il est toujours l’heure de croire.
Il est toujours l’heure d’un départ.

Leus enfants après eux. Actes Sud. 426 pages

Nous, Les vivants d’Olivier Bleys. Albin Michel 💛💛

Nous, les vivants par Bleys

Déception que la lecture de Nous, Les Vivants d’ Olivier Bleys . Pourtant la couverture et le début de la quatrième de couverture m’avait donné envie de rentrer dans ce livre .
Un refuge à 4 200m d’altitude dans les Andes à la frontière entre le Chili et l’Argentine. 3 personnages principaux : un pilote d’hélicoptère , un gardien de refuge et un ingénieur des frontières ( valider la frontière entre le Chili et l’Argentine à plus de 4 000m dans les Andes)
Et bien la mayonnaise n’a pas pris
A part quelques passages , le roman est cousu de fil blanc. Tout est montré , appuyé . Jusqu’aux prénoms des personnages :Jonas et Jésus . La métaphore de la frontière est soulignée avec le passage des anges.
Je ne me suis pas retrouvé dans ce roman d’Olivier Bleys et je ne vois pas où voulait m’emmener l’auteur et je n’ai pas trouvé l’envoûtement promis par l’éditeur
Comme Jonas avec son hélicoptère , j’ai tourné en rond et n’ait pas trouvé avec Jésus un bon compagnon de randonnée.
Dommage

Nous , les Vivants. Albin Michel. 180 pages

La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino. Albin Michel 💛💛💛💛

La goûteuse d'Hitler par Postorino

La goûteuse  d’Hitler est le premier livre de Rosella Postorino traduit en Français.
Nous sommes en 1943 dans la partie prussienne de l’Allemagne. C’est dans cette région qu’Hitler à construit un ensemble de bunkers pour être au plus près de la ligne de front dans le cadre de l’opération Barbarossa, face aux troupes russes.
Rosa Sauer, berlinoise de 26 ans a perdu ses parents et se voit contrainte de venir vivre chez ses beaux parents à  Gross Partsch car son mari s’est engagé dans l’armée .
Gross Partch est un village situé à  quelques encablures du bunker d’Hitler.
Convaincu qu’on cherche à  l’empoisonner,  Hitler met en place un système de goûteuses  pour toute sa nourriture. Elles sont au nombre de 10
Parmi elles,  Rosa Sauer.
Elle devient goûteuse et deux fois par jour elle va aller au camp d’Hitler.
Ce roman va nous raconter cette succession de repas, mais il va surtout nous raconter la vie de ces goûteuses, de leur famille  et des militaires allemands .
Tout à égale importance : les repas ,  les amours , les rencontres , la guerre. Les petits moments comme les rencontres importantes.
Le dicible et l’indicible. La solidarité et les secrets.
Cela reste une lutte pour la survie , que l’on soit engagé dans l’armée nazie ou que l’on soit des goûteuses d’Hitler.
Rien ne sera expliqué.  C’est le constat d’événements dans cette Allemagne des années 1940.
Le réel étant bien imbriqué dans la fiction.
C’est poignant et terriblement émouvant.
Rosa Sauer à réellement existé.  Elle s’appelait Margot Wolk
C’est son histoire. Une petite histoire au vu de la deuxième guerre mondiale.
Mais une histoire d’hommes et de femmes qui dans les tourments et les avanies de la guerre ont dû faire face. Comme beaucoup.
Avec leurs forces et leurs faiblesses qui font la grandeur de leur histoire.

La goûteuse d’Hitler .Albin Michel.382 pages. En librairie le 2 Janvier 2019