
Cent millions d’annĂ©es et un jour m’avait transportĂ© par sa magie, sa poĂ©sie, Ă la recherche du temps perdu et des rĂȘves de notre enfance.
Ma reine m’avait emportĂ© par sa tendresse, l’imaginaire et toujours sa poĂ©sie.
Des diables et des saints m’a emmenĂ© dans les mĂȘmes contrĂ©es mais surtout dans celles du temps perdu, de l’enfance et de nos rĂȘves .
De nos jours un homme joue du piano dans les lieux publics.
Il ne joue que du Beethoven.
Il ne joue que dans les gares et les aéroports.
Depuis 50 ans il attend quelqu’un qui descendra d’un train, d’un avion. Il ne sait quand.
Il s’appelle Joe et sa vie a basculĂ© le 2 Mai 1969.
C’est une longue histoire qui a commencĂ© il y a 50 ans dans un orphelinat austĂšre au fond d’une vallĂ©e des PyrĂ©nĂ©es : Les Confins.
Confins :Partie d’un territoire situĂ©es Ă son extrĂȘme limite et Ă la frontiĂšre d’un autre.
Le confins n’est pas seulement gĂ©ographique. Il est aussi celui du bien et du mal, des diables et des saints et de l’enfance.
L’enfance, fondation de notre vie. L’enfance dans un orphelinat pensionnat catholique au service de Dieu. Tous sauf un paradis. Un enfer.
L’enfance avec la dĂ©couverte de l’autre, les amitiĂ©s, la confrontation avec les adultes, la dĂ©couverte du sexe opposĂ©.
C’est au fond de cette vallĂ©e, aux Confins, que le destin de Joe va s’inscrire.
Le sujet n’est pas nouveau. Il a Ă©tait souvent traitĂ©.
Mais Jean Baptiste Andrea le traite magnifiquement avec pudeur, émotion et justesse.
Des moments suspendus pouvant ĂȘtre durs mais aussi lumineux comme la naissance d’une amitiĂ© , d’une sociĂ©tĂ© secrĂšte La Vigie. Et que dire des moments suspendus auprĂšs des premiers Ă©mois amoureux, ou le long d’un clavier tempĂ©rĂ© jouant la sonate N°24 de Beethoven.
L’insouciance de l’enfance, l’enfance maltraitĂ©e, la recherche du temps perdu, la recherche d’un amour, tout est initiatique et Jean Baptiste Andrea nous entraĂźne sur ce chemin aux confins de notre vie .
Quelle limite et quelle frontiÚre à été notre enfance ?
Quelle fidélité gardons nous a nos années initiatiques ?

En Mars 2021, est sorti le nouvel album de Feu Chatterton. Dans celui–ci une chanson intitulĂ©e » Aux Confins «
Elle répond en écho au roman de Jean Baptiste Andrea.
Aux confins des contraires
Ă la frontiĂšre oĂč tout est liĂ©
Dans le prĂ© oĂč soucis et pensĂ©es cohabitent
Aux confins des contraires
Quand la matiĂšre se met Ă trembler
Dans le prĂ© oĂč soupirs et pensĂ©es ressuscitent
La peine, la joie, la douleur et l’ennui
On s’est fardĂ©s au milieu de la nuit
T’en souviens-tu?
T’en souviens-tu?
On s’est grimĂ©s ensemble
Tu m’as dit
Adieu, je m’en vais
Je pars, je défais la laisse
Que mon ùme soit lavée ce soir
Qu’au matin je renaisse
Aux confins des contraires
Dans la clairiĂšre oĂč tout est criblĂ©
Retrouvons la piÚce esseulée du puzzle
Aux confins des contraires
Ă la lisiĂšre oĂč l’on s’est pliĂ©
Dans le prĂ© oĂč soupirs et pensĂ©es coagulent
La peine, la joie, la douleur et l’ennui
On s’est fardĂ©s au milieu de la nuit
T’en souviens-tu?
T’en souviens-tu?
Adieu, je m’en vais
Je pars, je défais la laisse
Que mon ùme soit lavée ce soir
Qu’au matin je renaisse
Adieu, je m’en vais
Je pars, je défais la laisse
Que mon ùme soit lavée ce soir
Qu’au matin je renaisse.
J’avais 14 ans en 1969 et comme Joe j’ai vĂ©cu pendant trois ans dans un pensionnat. Pas pour les mĂȘmes raisons et pas dans les mĂȘmes conditions
Mon pĂšre professeur est devenu directeur acadĂ©mique d’un pensionnat catholique, tenu par des religieux. Il y avait besoin d’une personne ayant Ă minima une maĂźtrise afin de reprĂ©senter le pensionnat auprĂšs du rectorat. C’Ă©tait mon pĂšre.
Il a Ă©tĂ© confrontĂ© aux mĂȘmes dĂ©rives qu’Ă l’orphelinat des Confins.
Le directeur religieux faisait rĂ©gner la terreur. Lors des rĂ©crĂ©ations il circulait dans la cour du pensionnat avec 2 bergers Allemands. Un mur de chaque classe Ă©tait fait d’une vitre sans tain afin d’espionner professeur et Ă©lĂšves.
Il y avait un professeur vietnamien obsĂ©dĂ© par ce qu’il avait vu de la guerre dans son pays.
Le soir il venait chez nous et supplié mon pÚre afin de dormir sous un lit pour se protéger des bombes.
Au vu de ce qui se passait, les pensionnaires entamĂšrent une grĂšve de la faim. Mon pĂšre l’a soutenu et en averti le diocĂšse afin de mettre Ă l’Ă©cart la direction religieuse. Cela fut effectif et pendant 3 ans ce pensionnat fut dirigĂ© par mon pĂšre et des laĂŻcs,
Il ferma ses portes trois ans aprĂšs par manque d’Ă©lĂšves
J’y ai vĂ©cu trois annĂ©es majuscules de mon adolescence, entre amitiĂ©s, sociĂ©tĂ©s secrĂštes, activitĂ©s sportives.
Mes copains venaient de la France entiĂšre. Ils n’Ă©taient pas orphelins, mais ils Ă©taient pensionnaires pour l’annĂ©e scolaire. Ils arrivaient en Septembre. Ils repartaient aux grandes vacances.
Il me reste la nostalgie de ce qui a construit ma vie