
Quel plaisir de lecture que le dernier livre de Miguel Bonnefoy »Â HĂ©ritage » .
Comme dans Sucre Noir Miguel Bonnefoy nous entraĂźne dans les pas de son histoire et de ses exils.  Sucre Noir nous parlait du monde caribĂ©en. HĂ©ritage, lui, nous entraĂźne sur un siĂšcle de la France au Chili. France et Chili qui seront des terres de vie et d’exil.
Sous la trace de ce roman se peint en filigrane les éxils et immigration de la famille de Miguel Bonnefoy.
En 200 pages d’une rare finesse, d’une Ă©criture ciselĂ©e, poĂ©tique mais aussi pouvant ĂȘtre enlevĂ©e et rugueuse, Miguel Bonnefoy nous convie Ă Â une fresque Ă©blouissante auprĂšs de personnages romanesques, engagĂ©s et tellement humain.
Personnages liĂ©es par les liens familiaux au delĂ Â de l’ Atlantique.
Tout commence avec un jurassien bon teint, viticulteur de son état. Nous sommes dans les années qui suivent la guerre de 1870.
Le philoxera à déjà détruit les vignobles bordelais et du Sud de la France.
Le vignoble du Jura est lui aussi touchĂ©. Notre viticulteur Ă tout perdu sauf un pied de vigne et un peu de cette terre Ă l’odeur de noix et de morilles.
Avec 30 francs et ce pied de vigne en poche, il prend le bateau au Havre pour rejoindre la Californie et la Napa Valley. le canal de Panama n’existant pas , le passage par le Canal de Magellan et le sud austral est une nĂ©cessitĂ©. Dans ces parages dĂ©solĂ©s la fiĂšvre typhoĂŻde se dĂ©clara, le toucha et obligea le bateau Ă faire escale Ă Valparaiso.
Notre viticulteur de Lons le Saunier décida en définitive de rester à  Valparaiso au Chili.
Les arcanes de l’immigration fit qu’on lui donna le nom de Lonsonnier.
Il rencontra Delphine Morizet, bordelaise émigrée au Chili.
De leur rencontre naquit Lazare.
Lazare Lonsonnier…… je pourrai continuer Ă vous prĂ©senter la famille Lonsonnier mais il n’y en a aucune utilitĂ©.
A vous de vous laisser porter par le souffle, la poésie et la magie de cet Héritage.
D’Ă©vĂ©nements extraordinaires en Ă©vĂ©nements quotidiens Miguel Bonnefoy tisse une histoire familiale sur le 20eme siĂšcle.
Les oiseaux, les odeurs, les agrumes ajouteront des moments oniriques à ce 20Úme siÚcle barré de deux guerres mondiales.
Bien qu’ancrĂ© dans la rĂ©alitĂ©, Miguel Bonnefoy nous entraĂźne dans l’ imaginaire de cette famille et de sa force et de son souffle Ă©pris de libertĂ©. .
Je terminerai en reprenant les phrases en exergue du livre.
« Ceux qui ne peuvent se rappeler leur passé sont condamnĂ©s Ă le rĂ©pĂ©ter «
Et le passé de Miguel Bonnefoy est un bel héritage.

En 2009, il remporte le grand prix de la nouvelle de la Sorbonne Nouvelle avec La Maison et le Voleur. Il publie en italien Quand on enferma le labyrinthe dans le Minotaure en 2009, et en français Naufrages en 2011, sĂ©lectionnĂ© pour le prix de l’inaperçu 2012.
En 2013, il est lauréat du prix du jeune écrivain avec Icare et autres nouvelles.
Le Voyage d’Octavio son premier roman, publiĂ© en 2015, est finaliste du prix Goncourt du premier roman.
En 2016, il remporte avec Jungle le prix des lycĂ©ens et apprentis dâĂle-de-France.
En 2017, Sucre noir est finaliste du prix Femina.
En 2018-2019, il est pensionnaire à la Villa Médicis.
Héritage, de Miguel Bonnefoy, paru le 19 août 2020 aux éditions Rivages (207 pages)
Extrait : « Quand Ilario Da lui demandait oĂč se trouvait ce pays de merveilles, Aukan pointait la bibliothĂšque derriĂšre lui et sâexclamait avec un mouvement exaltĂ© :
– Ce pays est dans les livres.
Ce fut lui qui alphabĂ©tisa lâenfant, dâabord en mapuche, car il sâagissait selon lui de la premiĂšre grammaire, puis en espagnol, le jour oĂč il constata que sa vivacitĂ© dâesprit pouvait contenir aisĂ©ment une langue ancienne et une autre rĂ©cente. Ilario Da put rapidement tracer des lettres sans trembler, Ă lâaide dâune plume dâoie vierge et dâun encrier dâivoire, avec une dĂ©fĂ©rence religieuse. Quand il eut fini dâĂ©crire son premier mot, il le lut Ă voix haute, avec un geste dĂ©clamatoire : RevoluciĂłn. Il se cloĂźtra dans sa chambre pour le reproduire en grand, sur plusieurs feuilles diffĂ©rentes, tachant Ă lâencre noire tous les tapis, remplissant des cahiers de ces dix lettres prophĂ©tiques qui nâavait pas encore Ă ses yeux le triomphe quâelles auraient bientĂŽt. Ces pages, aux caractĂšres maladroits et gigantesques, furent conservĂ©s par Margot dans un petit carton rouge quâelle rangea Ă lâĂ©tage de la fabrique, sur une Ă©tagĂšre de la chapelle de Lazare, jusquâĂ ce que vingt ans plus tard la dictature les tirĂąt de lâoubli. »
Une rĂ©flexion sur « HĂ©ritage de Miguel Bonnefoy. Payot et Rivages.đđđđđ »