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Watergang de Mario Alonso. Le Tripode. 💛💛💛💛

Mario AlonsoEAN : 9782370553126
LE TRIPODE (06/01/2022) 222 pages.

Watergang est un premier roman original et déroutant.
Par la forme de son roman Mario Alonso nous déconcerte. le titre du chapitre nous indique qui sera le narrateur des quelques pages qui vont suivre. Toujours des chapitres courts.
Donc nous connaissons le narrateur pour chaque chapitre. Quand le chapitre a pour titre Kim, Paul, Julia , Jens, John on est dans un univers connu.
Par contre quand le narrateur devient Middelbourg, roman, action, Nous, lande ou canal, on rentre dans un autre monde.
Et c’est là, toute la réussite de se premier roman.
Marion Alonso nous invite à prendre un tout. Autour des personnages le lieu du Watergang est primordial; dédale de fossés et d’ouvrages de drainage du polder
Entre polders et canaux la petite ville de Middelbourg rêve d’ailleurs. Un ailleurs que l’on peut deviner : les côtes anglaises.
Dans cette petite ville, un garçon de 12 ans : Paul. Il vit avec sa mère divorcée et qui travaille dans un supermarché. Il a une grande soeur qui est enceinte.
Milieu social simple. Des vies un peu esquintées.
Et dans cette grisaille, les rêves de Paul : il veut devenir écrivain. Il noircit des cahiers en courant le Watergang.
En faisant parler les personnages et les lieux , Mario Alonso crée une atmosphère naturaliste proche du cinéma des années 50.
Chacun est en recherche d’identité, de reconnaissance.
Est il possible de s’évader du polder, du Watergang. Ce polder, sous le niveau de la mer, entouré de digues. Les côtes anglaises sont elles un mirage. Ou peut on espérer, envisager une autre vie.
L’auteur esquisse des réponses.
La plus originale : les changements d’identité . Paul devient Jan quand il se voit écrivain. Kim devient Birgit pour Paul. Julia la maman devient Super.
Ces personnages pour lesquels l’auteur a une tendresse particulière. Tendresse qu’il nous transmet pour faire de ce premier roman une réussite


« Dans sa tête il y a du vent qui se forme et qui a besoin d’un nouveau couloir pour circuler. Je ne fais qu’exprimer avec des mots ce que son corps exprime pendant son sommeil. Et ce que son corps dit Jens le pense  » ( page 221 )



Né quelque part en Espagne dans les années 60, Mario Alonso arrive en France et se destine à être handballeur professionnel. Il change bientôt d’avis et devient guitariste dans un groupe de New Wave, puis vendeur de manteaux de fourrures et photographe dans une agence publicitaire, avant de se tourner vers le livre, à cause des écrivains américains qui ont fini par le pervertir. Il publie en 2021 Lignes de flottaisons, un recueil d’aphorismes rafraîchissants édité en Belgique par Le Cactus inébranlable. Un second opus est prévu en 2023. Aujourd’hui, l’auteur s’est fixé un nouvel objectif, écrire des romans paysages. Watergang est sa première vague.

Watergang

La nuit des pères de Gaëlle Josse. Notabilia.💛💛💛💛💛

Gaëlle JosseEAN : 9782882507488
NOIR SUR BLANC (18/08/2022) 173 pages

Il est des livres qui vous accompagnerons longtemps .
La nuit des pères de Gaelle Josse est de ceux là.


 » Mais grand frère, nous le savons tous les deux que ça ne veut rien dire, faire son deuil, que c’est une expression pour les magazines, on continue à marcher avec nos morts sur les épaules, avec nos ombres, et rien d’autres. Nous le savons que, chaque matin, il faut se rassembler, se lever, se mettre en marche, quoi qu’il en coûte. Que la douleur est un archipel dont on n’a jamais fini d’explorer les passes et les courants. Qu’elle est inépuisable. Lente, féroce et patiente comme un fauve. » ( page 39 )


Le grand frère c’est Olivier. Celui-ci demande à sa soeur Isabelle de le rejoindre dans la maison familiale , dans un village des Alpes.
La santé de leur père, Marc, décline petit à petit. Il s’enfonce lentement dans l’oubli et dans son monde.
La relation d’Isabelle et de son père est un long chemin d’absence.

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Je vois de l’attention dans tes yeux, une attention que je n’ai jamais connue. Je respire, et je parle, je te raconte ce que je peux de ma vie. C’est ta fille froissée qui est là, qui essaie de se tenir droite dans le vent. Ta fille qui tremble. Ta fille qui t’as attendu tous les jours, tout le temps.

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Le chemin d’un père restait au village et ne vivant que pour sa montagne et pour son métier de guide.
Un père irascible, violent .
Pendant les quelques jours du roman, Gaelle Josse va nous faire entendre les voix de la famille.
C’est magnifique, c’est juste.
Reviennent les moments joyeux , rares mais tellement importants.
Reviennent les déchirures, les silences, les non dits.

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J’avais dix ans et j’étais un monstre. On me l’a dit . Je l’ai cru.

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La plume de Gaelle Josse est à vif. Elle incise, elle fait mal bien sûr, mais elle est aussi soin, réparation.
Chaque voix à ses secrets, ses vérités.
C’est une lecture intense qui interroge sur nos propres vies et nos propres silences.
Silences enfouis car leurs vérités seraient une déflagration, un cri.
C’est une lecture qui nous dit l’importance du lien, qui nous touche au plus profond.
Chacun nous connaissons la nuit des pères, une nuit qui mène vers la liberté, une mort éveillée.
Magnifique roman.

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Nous voici donc arrivés à la tombée du jour. J’ai voulu être là, avec lui, tant qu’il a souhaité. Il a fallu accepter de laisser partir ce qui doit partir, accepter de le savoir là haut, monté à la rencontre de sa nuit ultime.

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Gaëlle Josse, née le 22 septembre 1960, est une femme de lettres française. Après des études de droit, de journalisme et de psychologie clinique, Gaëlle Josse vit quelques années en Nouvelle-Calédonie.
Elle travaille actuellement comme rédactrice pour un site Internet à Paris et organise aussi des ateliers d’écoute musicale et d’écriture, pour adultes et adolescents.
Elle dit être venue à la littérature par la poésie. Ses livres sont étudiés dans de nombreux lycées.
En 2014, elle est la lauréate du Prix littéraire des Rotary Clubs de langue Française pour son roman Le Dernier Gardien d’Ellis Island.
En 2015, elle est finaliste du Prix des libraires et lauréate du prix de littérature de l’Union européenne pour son roman Le Dernier Gardien d’Ellis Island.
En 2016, elle est marraine du prix littéraire des jeunes Européens.

Le pingouin d’Andrei Kourkov. Liana Lévi. 💛💛💛

Livre culte. Iconoclaste. Humour.
Comment rester sourd au pingouin d’Andrei Kourkov ?
Personnellement je voue une affection prononcée pour le manchot royal. Sa grâce dans l’eau contrastant avec sa démarche pataude doivent être un miroir des domaines où j’excelle et des domaines où je suis d’une médiocrité affligeante.
Et puis Monsieur Manchot est aussi celui qui s’occupe de ces petits.
Ça valorise la paternité !
Donc je voue une affection prononcée pour le manchot royal.
Et donc voici un roman intitu lé le pingouin.
Funeste erreur. Notre pingouin, Micha dans le roman.est un vrai manchot royal , 1 mètre sous la toise , noir et blanc tout comme il faut.
Alors pourquoi parler de pingouin ?
Serions nous au prise avec des secrets, de la conspiration, du complotisme.
C’est bien possible.
Nous sommes au mitan des années 1990 à Kiev. L’URSS à vécu. La Russie émerge et Kiev et l’Ukraine restent encore des vassaux de Moscou malgré l’indépendance de 1991.
Le zoo de Kiev est à l’agonie. Que faire des animaux ? Pourquoi pas faire des demandes d’adoption.
C’est ce qui arrive à notre pingouin manchot.
Un écrivain au chômage Victor Zolotarev va le prendre chez lui.
Un appartement , une baignoire, du poisson congelé. Voilà la nouvelle vie de Micha.
Une nouvelle vie fait de mélancolie.
Victor au chômage n’est pas en bien meilleure forme.
Pourtant il va être contacté par un quotidien pour travailler à la rubrique nécrologique.
A lui d’écrire de belles nécrologies sur des personnes encore bien vivantes.
Travail lucratif que ces  » petites croix  » littéraires.
Et puis un beau jour ces  » petites croix  » disparaissent réellement.
Donc je résume : nous sommes à Kiev au début de l’indépendance de l’Ukraine mais encore sous influence de la Russie, dans un appartement avec Victor qui écrit des notices nécrologiques et un pingouin manchot neurasthénique.
Situation incongrue dans laquelle nous entraîne Andrei Kourkov. Il serait vain de résumer l’histoire de Victor et Micha.
Tout est dans le décalage et une certaine absurdité proche du réel.
Ce décalage et cette absurdité ne m’ont pas toujours convaincu.
Pourtant ce décalage et cette absurdité matche bien avec le monde post soviétique .
Donc pas toujours convaincu mais sûrement interpellé.
Reste Micha, le manchot royal.
Il me conforte dans l’affection que je porte à cet animal.
Rien que pour cela la lecture de ce roman est intéressante . Mais vous aurez compris que cela est éminemment subjectif !


Né en 1961, Andreï Kourlov est un écrivain ukrainien. Avant de se consacrer à l’écriture, il a exercé différents métiers comme rédacteur, gardien de prison, ou encore cameraman. Dans les années 1980, il écrit plusieurs scénarios de films. En 2000, il publie son premier roman, Pingouin, dans lequel il met en scène la vie quotidienne d’un chômeur en Ukraine. En 2014, il publie Face Nord, une biographie du photographe français Charles Delcourt.

Un entretien de 2022 d’Andrei Kourkov portant sur la situation de l’Ukraine et sur son dernier roman : Les abeilles grises.

Le procès des rats de Charles Daubas. Gallimard. 💛

Le procès des rats est un roman étrange et confus.
Charles Daubas nous entraîne en 1510 entre Bourgogne et Morvan à Autun. Autun haut lieu religieux et médiéval. Son évêché en fait foi.
En cette année 1510 , les cultures ont été ravagées par une cohorte de rats et la peur de la peste s’immisce rapidement entre les remparts d »Autun.
Comme cela se faisait au Moyen Âge, un procès contre les rats est intenté. Dans le rôle de l’accusateur, l’Église , dans le rôle du défenseur, l’avocat Chasseneuz .
Ce procès qui tient lieu de titre et de quatrième de couverture n’est pas le centre du roman. On en parle au début, on en parle à la fin. Une autre histoire fait vivre de façon confuse le roman : l’histoire de Jean Mortagne dit Caboche, boucher-éleveur , et de quelques enfants vivant dans la forêt et aux prises avec une ourse et d’autres animaux.
La superposition de ces deux histoires rend pour le moins le roman peu cohérent.
Bien que court ( 150 pages ), le roman paraît fastidieux et le but recherché par l’auteur est loin d’être perceptible.
Je n’ai malheureusement trouvé aucune philosophie, aucune poésie dans cette lecture.
Je pensais que serait développé une réflexion sur le pouvoir des hommes, des animaux. Quelle place donne t on à chacun..
Le procès des rats reste à faire.

L’Etau de Paul Greveillac. Gallimard. 💛💛💛💛

L’Etau est le troisième roman de Paul Greveillac que je lis . Après Maitres et esclaves et Art Nouveau , on sent une continuité dans l’œuvre de l’auteur.
D’abord le 20ème siècle , ensuite un sujet ancré dans la réalité de l’Histoire. Toujours un savant mélange de réel et de fiction.
Dans Maitres et esclaves qui se passe en Chine on retrouve l’idée de l’ Etau : l’oppression, le régime totalitaire, le pouvoir
Dans Art Nouveau il est question de l’architecture de la MittelEuropa entre Hongrie, Autriche et Allemagne. Ce sujet revenant dans l’Etau avec l’architecte hongrois Aldor Erkan.

Etau : Presse formée par des mâchoires qu’on rapproche à volonté, de manière à tenir solidement les objets que l’on veut travailler . Au figuré : ce qui opprime.

L’ensemble des personnages du roman de Paul Greveillac seront au prise avec cet étau.
Courant sur la totalité du 20ème siècle l’Etau est une réflexion profonde sur le jugement que l’on porte sur les évènements et les hommes et les femmes qui les vivent.
Dans les années 1990 ,Nad’a Zdrazilova est exclue de l’Université de Prague. Elle est victime d’une campagne de délation concernant son père qui aurait été complice des nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. Son père Bohus Zdrazil est devenu PDG de l’entreprise Fernak à force de travail, après avoir démarré apprenti dans l’entreprise.
Fernak est une entreprise créée en Tchécoslovaquie au début du 20ème siécle par deux doux dingues : Viktor Forman et Viktor Jelinek.
Leur rêve : traverser l’Atlantique à bord de leur avion , leur bébé : L’Alkonost.
Au delà du rêve Fernak produit des avions et des voitures et devient le fleuron industriel de la Tchécoslovaquie.
Les années 30 arrivent tout comme l’annexion de la Bohème Moravie par l’Allemagne hitlérienne.
Fernak passe sous la coupe de Reinhard Heydrich , redouté et zélé nazi alorq que Bohus Zdrazil en est devenu PDG.
L’usine est réquisitionnée pour participer à l’effort de guerre en fabricant avions et chars.
Bohus Zdrazil est dans l’Etau : collaboration, résistance , résistance passive ?

C’est le centre du roman de Paul Greveillac.
Cette époque terrible ne peut être résumé à des jugements manichéens , nommant les bons et les méchants.
comment se permettre de juger 50 ans après ?
Pire : comment est il possible de juger des enfants pour ce qu’aurait éventuellement fait le père ? Quelle responsabilité des enfants sur le parcours des parents ?
Et que dire de cette ville-usine où les machines jouxtent les baraquements des ouvriers-prisonniers, sur le chemin de fours crématoires.
Pendant ce temps là de petits SS font main basse sur les œuvres d’art et trafiquent.
Terribles abymes. Que reste -il du destin de Bohus Zdrazil pris dans l’étau ?
Que découvrira Nad’a ?
Un roman, puissant, brutal, profond au service d’un monde non binaire.

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Paul Greveillac étudie les lettres et les sciences politiques1.

Il reçoit le prix Roger-Nimier ainsi que la Bourse de la Découverte de la Fondation Prince Pierre de Monaco pour son premier roman, Les Âmes rouges, dont l’histoire se déroule au temps de l’Union soviétique. Le personnage principal est un censeur, amoureux de cinéma et de littérature. Les Âmes rouges est également remarqué par l’académie Goncourt, qui le fait figurer sur sa liste de lecture pour l’été 2016 [archive].

En janvier 2017 est parue, dans La Nouvelle Revue françaiseLa Narvanouvelle inspirée par le Juste Uku Masing (en).

Le récit Cadence secrète. La vie invisible d’Alfred Schnittke est paru en avril 20172. Cette biographie romancée du compositeur Alfred Schnittke reçoit le prix Pelléas en avril 2018, bien qu’étant parue un an plus tôt3.

Son deuxième roman, Maîtres et Esclaves, est paru en août 20184. On y suit le parcours mouvementé d’un paysan du Sichuan qui devient, au plus fort de la Révolution culturelle chinoise, un grand peintre de propagande. Maîtres et Esclaves figure sur les dernières listes du prix Goncourt5, du Prix Interallié6, du prix Jean-Giono7, et du Prix des Deux Magots 20198. Il remporte le Prix Jean-Giono 2018. Il se voit également attribuer en 2018 le Prix de soutien à la création littéraire de la Fondation Del Duca9.

Son troisième roman, Art nouveau, est paru en août 202010,11,12,13. Le roman retrace la naissance de l’art nouveau hongrois à travers Lajos Ligeti, un architecte fictif juif, originaire de Vienne, qui tente de développer son cabinet à Budapest. L’Autriche-Hongrie, en proie aux nationalismes, à l’antisémitisme, moribonde sans le savoir, vit alors ses dernières années. Avec ce roman, Paul Greveillac se propose aussi, selon ses propres mots, de montrer que « l’Europe d’avant la première guerre mondiale ressemble beaucoup (…) à notre époque contemporaine »14Art nouveau est pré-sélectionné pour le Prix du livre européen 202115. En septembre 2021, le roman remporte le prix du Salon du livre de Chaumont16.

L’Étau est paru en mars 202217. Le roman se situe à la fois pendant la deuxième guerre mondiale et dans les années 2000. Deux protagonistes y subissent l’héritage de leur père, chef d’entreprise pragois accusé d’avoir collaboré avec Reinhard Heydrich et les nazis18,19.

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Les Flammes de pierre de Jean Christophe Rufin. Gallimard. 💛💛💛💛

Jean Christophe Rufin a plus d’un tour littéraire dans son sac. Voici un académicien bien éclectique.
Eclectique comme ces différents métiers ou passions : Médecin, diplomate, écrivain, alpiniste.
On sait que Jean Christophe Rufin vit partiellement à Saint Nicolas de Véroce au pied du Mont Blanc. On sait qu’il entretient une belle amitié montagnarde avec Sylvain Tesson.
Mais de la à nous partager sa passion de la montagne , il y a un pas.
Et ce pas est franchi de façon magistrale.
Quel plaisir de retrouver dans Les flammes de pierre , un peu de Frison-Roche, Rebuffat ou encore Samivel.
Quel plaisir que ce respect et cette humilité devant l’Alpe, devant la montagne.
J’ai lu sur quelques critiques de Babelio que certains d’entre vous n’aviez pas été convaincu et que le livre n’était qu’une bluette entre Rémy et Laure.
Je ne suis évidemment pas de cet avis.
Remy et Laure sont des archétypes d’une relation à la montagne.
Ce roman est une ode à la montagne. Remy et Laure ne sont que des protagonistes qui mettent en valeur la montagne.
Vivant à la montagne je suis peut être plus touché par ce que représente la montagne.
C’est ce que j’ai ressenti dans ce roman. La montagne est un révélateur de nos capacités , de nos failles , de notre ailleurs, de la mort.
La montagne est un cœur qui bat qui accueille les hommes en quête d’authenticité.
Authenticité qui amènera Laure au refuge de la Charpoua et Rémy a délaissé la frime des vêtements fluo et des lunettes haut de gamme.
Authenticité qui fera que chacun ira sur le chemin de l’autre avant de se lover en montagne.

 » Rien ne s’opposait à cette vie des lieux privés de vie. La montagne était telle qu’en elle-même, depuis toujours et à jamais. Seul dans cette tourmente, un minuscule cube de bois, qu’éclairaient à peine des bougies tremblantes, veillait. En lui, deux cœurs, livrés à l’amour et à la contemplation des éléments, étaient les témoins de ces colères surnaturelles.
Nul n’aurait pu dire ce qu’ils faisaient là ni pourquoi la montagne leur apportait tant de bonheur  » ( page 342 )

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Jean-Christophe Rufin, né le 28 juin 19521 à Bourges dans le Cher, est un médecinécrivain et diplomate français.

Il a été élu en 2008 à l’Académie française, dont il devient alors le plus jeune membre. Ancien président d’Action contre la faim de 2002 à 2006, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

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En Juin 2022, l’Aiguille Verte , les Drus, Les Flammes de Pierre. Photo Alain Deroubaix

Le Grand Monde de Pierre Lemaitre. Calmann Levy. 💛💛💛💛

C’est toujours avec un plaisir certain que l’on ouvre un livre de Pierre Lemaitre et Le Grand Monde ne déroge pas à cette règle. Après la trilogie Les enfants du désastre qui a couvert la France de 1914 à l’Exode de1940 , nous nous trouvons devant une nouvelle trilogie commençant en 1948 à Beyrouth, au cœur de la famille Pelletier.
Tout commence par un pèlerinage annuel fêtant l’entreprise de savonnerie Pelletier dont Louis et Angèle sont les propriétaires. Ce pèlerinage est sacré et les quatre enfants se doivent d’être présent , quitte à ce que jean le patriarche paye le voyage à certains de ses enfants vivant en France.
Ces enfants sont au nombre de 4 : Jean dit Bouboule, François, Etienne et Hélène.
Jean est marié à Geneviève.
Comme à son habitude Pierre Lemaitre a le chic pour nous faire entrer de plein pied dans une famille et de nous faire découvrir peu à peu les failles de chacune et chacun.
Je resterai volontairement évasif sur les événements du livre car c’est un plaisir de s’immerger par soi même dans les affres et espoirs de la famille Pelletier.
La quatrième de couverture est restée elle même évasive et énigmatique .
Néanmoins quelques jalons pour vous mettre l’eau à la bouche.:
Avec Pierre Lemaitre il y a toujours quelques meurtres , du popu et de la bourgeoisie, et puis un scandale.
Dans la trilogie Les enfants du désastre, le scandale portait sur la construction des Monuments aux morts après la Première guerre mondiale.
Dans Le grand Monde il s’agit du Scandale des Piastres en Indochine entre 1948 et 1954.
Avec Pierre Lemaitre il y a toujours de l’amour mais aussi beaucoup de coups fourrés.
Avec Pierre Lemaitre la lecture est toujours addictive et jubilatoire.
Jubilatoire quand au détour d’une page le lien prend forme avec Les enfants du désastre mais Chut ! A vous de découvrir.

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Pierre Lemaitre passe sa jeunesse entre Aubervilliers et Drancy auprès de parents employés1, qu’il situe politiquement « à gauche »2,3.

Psychologue de formation et autodidacte en littérature4, il effectue une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d’enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires.

Il se consacre ensuite à l’écriture en tant que romancier et scénariste, vivant de sa plume à partir de 20061. Il assure chaque mois la rubrique Classiques et Cie dans Le Magazine littéraire jusqu’au changement de nom de ce magazine. De 2011 à 2013, il est administrateur de la Société des gens de lettres5.

Boro, Est-Ouest de Franck & Vautrin. Fayard Grasset. 💛💛💛

Boro nous avait quitté il y a 12 ans alors qu’il participait à la naissance de l’État d’Israël. 12 ans d’absence et le voilà de retour.
En 12 ans le monde a changé tout comme Boro qui tête haute à passé la cinquantaine.
Le monde litteraire de Boro a changé aussi. Les sept premières aventures de Boro reporter photographe ont été écrites à quatre mains : celles de Jean Vautrin et de Dan Franck.
Malheureusement Jean Vautrin s’en est allé rejoindre un paradis littéraire et laissé seul, Dan Franck pour reprendre les aventures.
D’ailleurs celui- ci fait part de son Vautrin blues au début de l’ouvrage en quelques pages émouvantes.
Pour le lecteur il va de soi que la lecture de ce nouvel opus est différent du fait de sa construction linéaire.
Nous avions l’habitude  » d’un toi – à moi  » d’un chapitre à l’autre entre Franck & Vautrin. Nous n’avons plus ce plaisir ludique.
Reste une aventure de Boro tout aussi convaincante que les précédentes.
Boro arpente avec son Leica les différents endroits chauds du globe.
Nous le retrouvons donc en Argentine où une photo prise pourrait permettre l’arrestation d’un haut dignitaire nazi. Nous sommes au début des années 60. Années marquées par la guerre d’Algérie, la construction du mur de Berlin ,la guerre Froide et le rideau de fer.
Boro sera confronté à tous ces dangers auxquels il prendra part.
Comment sauver une jeune pianiste allemande bientôt prise au piège de ka RDA et du Mur.
Nous retrouverons l’agence Alpha Press, la bande des Hongrois et Marika sa cousine à l’amour dévastateur.
Boro veillit bien et appareil en bandoulière, stick au vent, celui- ci reste d’un magnétisme absolu pour les femmes.
Un joli moment d’aventure dans ces années 1960 marquées par les barbelés de la guerre froide et le début de la décolonisation.
La fin de l’aventure fait espérer un prochain tome.
La préface de Dan Franck laisse entrevoir un nouvel écrivain pour la suite.
Tout est possible avec ce Boro
Attendons sereinement.

De la trempe d’un Robert Capa, Blèmia Borowicz dit « Boro » est un juif hongrois bien décidé à se faire une place au sein de l’univers du reportage photographique dans le Paris des années 1930. Les hasards de l’existence et un culot hors du commun vont finalement l’amener à parcourir la planète tout entière muni de sa canne et de son Leica.

Son destin, qui ne cesse de croiser celui des personnalités les plus célèbres de son temps, serait-il d’ores et déjà tracé ? C’est en tout cas ce que laisse entendre la prophétie délivrée par trois mystérieuses gitanes un soir de novembre 1931 :

« Même si tu es malheureux, tu ne seras jamais à plaindre. Si l’amour vient à passer, saisis-le, mais prends bien garde à ne pas t’endormir au rendez-vous de l’Histoire […]. Plus tard, tu seras l’œil qui surveille le monde. Tu iras regarder les hommes jusqu’au fond de leur nuit. Méfie-toi alors de ne pas mourir d’une balle en plein front […]. En vieillissant tu choisiras tes chemins. Ils te feront sillonner le monde et tu approcheras les grands de ton époque. Mais défie-toi de vouloir gouverner : tu irais à ta perte. »

La Maligredi de Gioacchino Criaco. Métailié💛💛💛💛

Voici un roman emplit de soleil,de vent, de garrigue, de pierre, de tragique et de destinée humaine. Gioacchino Criaco connaît bien cette région car il s’agit de la sienne : La Calabre.
L’Italie du Sud pauvre et écrasée de soleil.
Nous sommes à Africo, en bordure de mer et au pied de l’Aspromonte. le bleu de la mer Ionienne répond à la pierre éclatante de lumière. le vent codifié la vie.  » le vent ne détruit pas la vie, il la déplace seulement d’un lieu à l’autre « . Et ce vent est zéphyr, libeccio ou bruschiu
Un danger d’éboulement à fait que l’État ( les autorités) à déporté les habitants d’Africo sur la côte malsaine et marécageuse.
C’est un jeune garçon, au début du roman qui va nous raconter son village. Un village abandonné, pauvre où les trains ne s’arrêtent pas. Ils ralentissent juste pour que les collégiens puissent les prendre au vol.
Ce jeune garçon s’appelle Nicolino. Il vit avec sa mère et sa fratrie dans une  » rughe »: 2 bâtiments dessinant deux fers à cheval carré, sabot contre sabot : seize logements pour seize familles qu’elles soient d’une personne ou de dix – chaque logement avait deux pièces, une petite cuisine et une toilette. ( page 24)
Dans ses rughes il y a peu d’hommes, car ils ont émigrés pour l’Allemagne afin de trouver un emploi.
Ce sont les mères qui gèrent le village.
Nicolino à deux grands copains Antonio et Filippo avec lesquels il fait les 400 coups.
Nous allons suivre l’adolescence et le début de la vie d’adulte de ces trois copains. Une adolescence entre fêtes, rites religieux, solidarité, désagrégation sociale, le tout chapeauté par les mafias qui sont à l’affût.
Gioacchino Criaco implante son roman dans la deuxième partie du 20ème siècle. Des petites touches, des événements permettent de situer les années, mais sans plus.
Là n’est pas l’essentiel.
L’essentiel est dans ce creuset calabrais où la lutte des classes, les mafias régissent la vie de chacun.
Cela sent bon le cinéma italien des années 1970 -1990,le cinéma des Frères Taviani, le cinéma engagé d’Ettore Scola et Luigi Comencini.
La Maligredi est un roman social, une épopée entre mythe et tragédie. Les côtes calabraises bordées de la Mer Ionienne reçoivent toujours les embruns mythologiques grecs.
A la fin de cette lecture il me reste des bruits de trains, des bruits de luttes sociales, des bruits de pistolets mais aussi le bêtement des brebis et le ressac de la mer.
Il me reste les odeurs de fausse sauce, de pâtes aux pommes de terre, de cyste de garrigue et surtout l’odeur du jasmin que ramassait les mammas. Une odeur douce et suave à l’exact opposé de ce travail ingrat que le ramassage du jasmin.
Un livre remarquable .
Il existe toujours des lieux de lutte, de souffrance de tragédie , mais aussi des lieux d’espoirs où le vent soufflent sans se lasser.

Il naît à Africo dans la région de la Calabre en 1965. Il étudie le droit à Bologne et exerce comme avocat à Milan pendant une vingtaine d’années, avant de revenir s’installer à Africo dans le but de devenir écrivain.
Il publie en 2008 un premier roman policier Les Âmes noires (it) (Anime nere). L’art dont il fait preuve pour décrire la beauté et la noirceur de sa Calabre natale et la manière dont il décrit les turpitudes et les méfaits de la mafia calabraise lui vaut de recevoir pour ce premier roman un excellent accueil critique en Italie. Après cette première réussie, Criaco poursuit sa carrière de romancier, signant également des nouvelles et des articles pour la presse italienne. Il écrit notamment les romans policiers American taste (American Taste) et La Soie et le Fusil (Il Saltozoppo).
En 2014, le réalisateur Francesco Munzi adapte le roman Les Âmes noires au cinéma sous le même titre éponyme. Comme le livre, le film est un succès. Il est sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise 2014, où il est lauréat du prix Pasinetti, et remporte aussi neuf David di Donatello et trois Ruban d’Argent en Italie.
Son frère, Pietro Criaco (it), est un mafieux italien, membre de la ‘Ndrangheta de la famille Cordi.

Les chiens de Pasvik d’Olivier Truc. Métailié Noir. 💛💛

Les chiens de Pasvik est la quatrième enquête de la police des rennes. Depuis 2012 Olivier Truc nous emmène dans le Grand Nord auprès de la police des rennes.
Dans cette aventure nous retrouvons Klemet à Kirkenes au nord de la Norvège aux confins des frontières norvégiennes, finlandaises et russes.
Des frontières , mais à quoi peuvent elles servir pour des rennes dont le territoire est sans frontières.
Des rennes de Piera traversent la frontière est se retrouvent en Russie.
C’est l’incident qui met en branle les gardes frontières , le FSB, la police des rennes et les chiens de Pasvik.
Ce branle bas de combat mettra à jour les trafics mafieux, les douaniers véreux ou encore les éleveurs nostalgiques de leurs traditions sami.
Là se trouve la limite de ce polar nordique : beaucoup de personnages, beaucoup de problèmes superposés.
L’intrication de ces bouts de territoires dépeint sur le roman.
Dans ce blanc nordique , on n’a du mal à savoir si l’on est en Norvège en Finlande ou en Russie.
Pareil pour l’intrigue qui s’étale tel le manteau neigeux. Beaucoup de langueur comme si Olivier Truc avait du mal a faire exister ces personnages.
Il faut attendre au moins 200 pages pour être happé par l’ histoire et puis cela retombe.
Foutu Grand Nord, pas de jour pas de nuit, lumières blanches et brumes.
Idem pour Les Chiens de Pasvik.

Olivier Truc est journaliste depuis 1986, il vit à Stockholm depuis 1994. Où il a été le correspondant du Monde et du Point, après avoir travaillé à Libération.
Spécialiste des pays baltes, il est aussi documentariste pour la radio et la télévision. Il est l’auteur de la biographie d’un rescapé français du goulag, L’Imposteur (Calmann-Levy).
Le 13 septembre 2012 est paru « Le dernier Lapon » aux éditions Métailié. Dans une atmosphère à la « Fargo », au milieu d’un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l’hypermodernité et de la tradition d’un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.