L’Homme peuplĂ© de Franck Bouysse. Albin Michel. 💛💛💛💛

Quel plaisir de retrouver les ambiances fictionnelles de Franck Bouysse. Toujours ce mĂ©lange de monde rural, de paysage et de personnages atypiques. L’homme peuplĂ© est de la mĂŞme veine que NĂ© d’aucune femme ou Buveurs de vent. Toujours des titres de roman qui interrogent et emmènent le lecteur.
L’homme peuplĂ© ne fait pas exception Ă  la règle.
Paysages d’hiver. Neige, arbres nus. Ambiance froide et glaciale
Mais aussi la chaleur de l’Ă©tĂ©, la lĂ©gèretĂ© d’une fleur, le vent dans les arbres.
Des animaux, des fermes, des stabulations.
Un village, une Ă©picerie- bar.
Le tout sûrement dans la ruralité du Massif Central.
Harry, Ă©crivain en mal d’inspiration vient s’y ressourcer dans une vieille ferme, qu’il a achetĂ© suite Ă  une succession.
Rapidement il se sent épié . Dans cette campagne, les ombres, les bruits deviennent étranges, fantasmagoriques.
Cela serait il le fait de son voisin Caleb, guĂ©risseur et sourcier. Caleb vivant sous l’emprise de sa mère.
Ou cela serait-il le fait de Sofia qui tient l’Ă©picerie. Quel secret protège t-elle ?
Franck Bouysse nous entraĂ®ne dans un maelström entre rĂ©alitĂ©, passĂ©, monde intĂ©rieur.
Que recherche Harry l’Ă©crivain ? Une vĂ©ritĂ©, une crĂ©ation romanesque ?
Le tout dans une nature somptueuse magnifiĂ©e par l’Ă©criture de Franck Bouysse.
Des associations de mots qui engendrent immédiatement des visions, des odeurs.
Une Ă©criture qui sculpte des personnages, des personnalitĂ©s. Rien n’est fade. Tout Ă  un sens.
L’homme peuplĂ© est un roman exigeant qui ne se donne pas. Il faut accepter des incomprĂ©hensions, des Ă©tonnements. La nature humaine n’est pas simple et il est difficile d’en accueillir les fantĂ´mes et les fatalitĂ©s.
Et quand arrive la fin du roman le prĂ©sent et le passĂ© sont intimement liĂ©s et nous questionnent sur la rĂ©alitĂ© de L’homme peuplĂ©.


Du mĂŞme auteur sur ce blog

Buveurs de vent

Buveurs de vent par Bouysse

Imaginez vous surplombant le Gour Noir. Une vallĂ©e encaissĂ©e traversĂ© par un viaduc. Plus bas dans la vallĂ©e, une petite ville et son Ă©norme usine Ă©lectrique.  Une usine Ă©lectrique qui tisse sa toile et phagocite tout.
Il y a eu la guerre quelques années plutôt.
L’imagination court. Pleins de lieux viennent Ă  l’esprit.  Tous plus noirs les uns que les autres.
Qui n’a pas en tĂŞte les vallĂ©es encaissĂ©es des Vosges,du Massif Central, des Alpes ou des PyrĂ©nĂ©es. Ces vallĂ©es sombres dans lesquelles le bĂ©ton des barrages ou des usines Ă©lectriques  teinte de gris le paysage.
Nous sommes dans l’univers qu’ Ă  installĂ© Franck Bouysse. Et l’univers, on le sent bien il est bien prĂ©gnant. Reste maintenant Ă  faire vivre les personnages. Une belle brochette !
D’abord, Joyce le tyran. Il dirige l’usine et en vĂ©ritĂ© la totalitĂ© de la vallĂ©e.  Tout lui appartient. Jusqu’Ă  la ville dont les noms de rue ne sont qu’une dĂ©clinaison de son patronyme : Joyce Principale, Joyce 1, Joyce 5 etc…
Pour ĂŞtre un bon tyran il faut des sbires. Joyce Ă  ce qu’il faut et la panoplie est rĂ©jouissante et inquietante : Double et Snake pour les basses oeuvres , Lynch pour maintenir l’ordre ou encore Salles et Renoir.
Le western n’est pas loin. Il manque une famille. La voila: le grand père Elie, pipe au bec et estropiĂ©. Il vit chez ses enfants: Martha sa fille et son gendre Martin. Martha est confite dans sa bigoterie alors que Martin travaille Ă  l’usine , boit quelques bières au bar l’amiral et bat ses enfants.
Il en a quatre . Bigoterie obligĂ© Martha Ă  souhaitait leur donner le prĂ©nom des quatre Ă©vangĂ©listes : Marc, Mathieu, Luc et Jean.  Jean est une fille appelĂ© par son grand père Mabel
Marc est battu par son père car il a une passion pour les livres. Mathieu ne pense qu’Ă  la nature et parle aux arbres. Luc est dans son monde, enfant tragique recherchant des trĂ©sors et protĂ©geant les animaux. Mabel a la beautĂ© sauvage de la femme.
Ces quatre là forme une fratrie unie. Leur signe : quatre cordes accrochées sous le viaduc. Quatre cordes dans le vide.
Tout est en place pour le destin tragique de cette vallĂ©e entre soumission   et promesse d’insoumission.
La violence et la cruautĂ© du tyran va rĂ©vĂ©ler chaque personnage. Que ce soit positivement ou nĂ©gativement. Chacun va devoir prendre position pour allĂ©ger cette soumission. Devient on insoumis seul ? A partir d’un Ă©lĂ©ment  et d’un groupe ensuite, peut on envisager une solidaritĂ© et un peuple.
L’histoire est noire et pour retrouver la lumière le chemin est long.
C’est un livre magnĂ©tique et magnifique. La force de la langue de Franck Bouysse est Ă  l’unisson de cet univers noir, Ă©lectrique et bĂ©tonnĂ©.  C’est sauvage !
Et comme Marc, Mathieu,Luc et Mabel nous sommes Buveurs de Vent.


NĂ© d’aucune femme

Né d’aucune femme par Bouysse

Sur la desserte il y une bonne dizaine de livres, lus oĂą Ă  lire. Dans ces livres depuis quelques mois, la couverture du roman NĂ© d’aucune femme de Franck Bouysse m’appelait rĂ©gulièrement.  Mais je remettais la lecture prĂ©fĂ©rant tel autre roman.
Et puis en ce dĂ©but de 2020 l’appel du livre Ă  Ă©tĂ© le bon.
Mais quel appel. Commencer 2020 sous les auspices de Franck Bouysse met le curseur très haut dans la qualitĂ© d’Ă©criture,  l’Ă©motion,  l’empathie,  la noirceur, la lumière  et les très-fond de l’âme humaine.
Comment ne pas ĂŞtre bouleversĂ©  par ce roman d’une rare sensibilitĂ©,  vibrant, poignant,  vous prenant dans ses filets et ne vous lâchant plus.
Nous sommes quelque part entre Limousin et Perigord dans la deuxième moitiĂ© du 19ème siècle. Gabriel est prĂŞtre et il a charge d’âmes.  Et l’une de ces âmes, en confession, lui demande alors qu’il va bĂ©nir le corps d’une femme Ă  l’asile de rĂ©cupĂ©rer des cahiers cachĂ©s sous sa robe.
Ce sont les cahiers de Rose.  Cahiers dans lesquels Rose raconte son histoire afin que celle ci ne soit pas oubliĂ©e.
Rose est une jeune fille de 14 ans qui a été vendu par son père paysan à un maître châtelain.
Elle a Ă©tĂ© vendu  car son père,  sa mère, ses trois soeurs n’arrivent pas Ă  vivre du fruit du travail de la terre et de l’Ă©levage.
A partir de lĂ  vont s’enchaĂ®ner de façon logique et dramatique une sĂ©rie d’Ă©vĂ©nements  qui marqueront la vie de Rose.
C’est tragique,  c’est romanesque.  Par son Ă©criture magistrale Franck Bouysse nous emmène  au fond de l’âme humaine mais aussi au fond des bois et des demeures. On entend les planchers craquer ainsi que les branches dans les bois . On distingue l’ombre de la bougie sur le mur de la chaumière.  On ressent physiquement les cris, la violence ou encore la chaleur de la forge.
Et quelle Ă©criture remarquable pour nous traduire les sentiments, les peurs, les Ă©motions de Rose.
L’histoire que nous raconte Franck Bouysse dans NĂ© d’aucune femme est une histoire somme toute assez  » classique  » dans cette deuxième partie du 19eme siècle.  Qui n’a pas rencontrĂ© en faisant des recherches dans sa gĂ©nĂ©alogie des ascendants qui sont des enfants abandonnĂ©s,  des bâtards  ou encore des enfants cachĂ©s.  Qui n’a pas dans ses ancĂŞtres une bonne qui a fautĂ© avec un bourgeois ou un châtelain.
Cette rĂ©alitĂ©, Franck Bouysse l’a sacralisĂ©e au travers de  Rose et des personnages de son roman. Nous sommes partie prenante des personnages et comment ne pas ĂŞtre Ă©mu par cette page oĂą il nous dĂ©crit le petit dĂ©jeuner des trois soeurs de Rose.  Comment ne pas ĂŞtre  Ă©mu devant la mère de Rose , devant OnĂ©sime ou encore devant Edmond.
De la même façon comment ne pas crier notre colère au maître, à la vieille ou encore au docteur.
Et puis nous partirions bien chevaucher Ă  travers bois sur la jument.
Le roman de Franck Bouysse est magistral  car son rĂ©cit est complet. Tout est compris dans le roman, de l’indicible Ă  l’espoir,  du mal Ă  l’amour, de la violence Ă  la bienveillance.
D’une histoire commune Ă  beaucoup de personnes au 19eme siècle  il en fait Une vie qui touche Ă  l’universel.
Rose restera encore longtemps  mes cĂ´tĂ©s.
 » ma manière de le remercier pour tout ce que j’ai cru pas ĂŞtre la rĂ©alitĂ©,  jusqu’Ă  ce que je me retrouve dans le tourbillon, la seule rĂ©alitĂ©, celle d’hier, celle d’aujourd’hui, celle de demain, celle de toujours,  celle de cette vie et celle d’après cette vie  » ( p.284 ).
Immense grandeur de l’âme humaine.

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